{"id":5010,"date":"2010-09-30T16:33:50","date_gmt":"2010-09-30T15:33:50","guid":{"rendered":"http:\/\/pro.ovh.net\/~emillena\/blog\/?p=5010"},"modified":"2011-10-15T01:14:01","modified_gmt":"2011-10-15T00:14:01","slug":"les-judeo%e2%80%93chretiens-ont-ils-assassine-le-monde-antique-par-pierre-vial","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/les-judeo%e2%80%93chretiens-ont-ils-assassine-le-monde-antique-par-pierre-vial\/","title":{"rendered":"Les jud\u00e9o\u2013chr\u00e9tiens ont-ils assassin\u00e9 le monde antique par Pierre Vial"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\">(Revue Question De. N<sup>o<\/sup> 16\u00a0: La fin du monde. Janvier-F\u00e9vrier 1977)<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong><em>Au V<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, l&rsquo;Empire romain dispara\u00eet en Occident \u2014 C&rsquo;est une fin du monde \u2014 Saint Augustin \u00e9crit \u00ab la Cit\u00e9 de Dieu \u00bb : peu importe la mort des cit\u00e9s terrestres \u2014 Mais qui fut responsable de l&rsquo;effondrement ? \u2014 Une lign\u00e9e d&rsquo;historiens r\u00e9pond : le jud\u00e9o-christianisme \u2014 Si ces historiens ont raison, ceux qui, aujourd&rsquo;hui, attendent et souhaitent une apocalypse ressemblent \u00e9trangement aux chr\u00e9tiens des origines.<\/em><\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab Vous aimez les spectacles ? Attendez le plus grand de tous les spectacles, le Jugement dernier, jugement universel de l&rsquo;univers. Oh ! combien j&rsquo;admirerai, combien je rirai, combien je me r\u00e9jouirai, combien je triompherai lorsque je contemplerai tant de superbes monarques et de dieux imaginaires, poussant d&rsquo;affreux g\u00e9missements dans le plus profond de l&rsquo;ab\u00eeme, tant de magistrats, qui pers\u00e9cutaient le nom du Seigneur, liqu\u00e9fi\u00e9s dans des fournaises mille fois plus ardentes que celles o\u00f9 ils ont pr\u00e9cipit\u00e9 les chr\u00e9tiens, tant de sages philosophes rugissant au milieu des flammes avec les disciples qu&rsquo;ils ont s\u00e9duits, tant de po\u00e8tes c\u00e9l\u00e8bres tremblant devant le tribunal non de Minos, mais de J\u00e9sus-Christ, tant d&rsquo;acteurs tragiques \u00e9levant la voix avec bien plus de force pour exprimer leur propre douleur <a id=\"ftnref1\" href=\"#ftn1\">[1]<\/a> ! \u00bb Ainsi jubile Tertullien, \u00ab honneur de l&rsquo;\u00c9glise d&rsquo;Afrique \u00bb avant de devenir, au III<sup>e<\/sup> si\u00e8cle de l&rsquo;\u00e8re chr\u00e9tienne, le chantre exalt\u00e9 de la fin d&rsquo;un monde \u2014 le monde romain \u2014, un monde o\u00f9 il est n\u00e9 mais qu&rsquo;il refuse de reconna\u00eetre comme sien et sur lequel il appelle la col\u00e8re divine. Il exprime ainsi un \u00e9tat d&rsquo;esprit largement r\u00e9pandu chez les sectateurs des religions orientales qui ont entrepris la subversion id\u00e9ologique de la soci\u00e9t\u00e9 romaine, en jouant avec succ\u00e8s sur la tol\u00e9rance traditionnelle qu&rsquo;ont toujours eue \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard des religions \u00e9trang\u00e8res les citoyens de l&rsquo;Urbs <a id=\"ftnref2\" href=\"#ftn2\">[2]<\/a>. Cette tol\u00e9rance \u00e9tait partie int\u00e9grante d&rsquo;un syst\u00e8me de valeurs, d&rsquo;une certaine conception du monde. C&rsquo;est une remise en cause globale, un refus total de cette conception du monde qu&rsquo;apporte avec lui le christianisme. C&rsquo;est donc en droite logique que les chr\u00e9tiens des premiers si\u00e8cles ont pu appeler de leurs pri\u00e8res la fin d&rsquo;un monde auquel ils refusaient d&rsquo;appartenir.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Le sens chr\u00e9tien de l&rsquo;histoire<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">La fin du monde antique a \u00e9t\u00e9 un tournant d\u00e9cisif de l&rsquo;histoire universelle. Le traumatisme qu&rsquo;elle a provoqu\u00e9 dans l&rsquo;inconscient collectif des peuples europ\u00e9ens a \u00e9t\u00e9 ressenti durablement. Il s&rsquo;est traduit, au plan mythique, par une nostalgie lancinante de l&rsquo;\u00ab imperium \u00bb \u2014 de l&rsquo;Empire \u2014 tout au long de l&rsquo;histoire de l&rsquo;Occident. Et il explique largement, d&rsquo;autre part, que toute r\u00e9flexion sur la vie et la mort des civilisations doive comporter une interrogation sur la disparition d&rsquo;un empire dont le souvenir hante les imaginations : \u00ab La crise de l&rsquo;\u00c9tat romain, note Santo Mazzarino, a toujours \u00e9t\u00e9 consid\u00e9r\u00e9e comme une r\u00e9f\u00e9rence pour la compr\u00e9hension de l&rsquo;histoire mondiale <a id=\"ftnref3\" href=\"#ftn3\">[3]<\/a>. \u00bb Mais la r\u00e9flexion historique a \u00e9t\u00e9 bloqu\u00e9e pendant plus d&rsquo;un mill\u00e9naire par le conformisme intellectuel que l&rsquo;\u00c9glise imposa : tout \u00e9v\u00e9nement, dans la perspective chr\u00e9tienne, s&rsquo;expliquant obligatoirement par la volont\u00e9 divine, ce sont les jugements de Dieu qui font la trame de l&rsquo;histoire. Pr\u00eatre espagnol et fid\u00e8le disciple de saint Augustin, Orose, t\u00e9moin de l&rsquo;agonie du monde romain <a id=\"ftnref4\" href=\"#ftn4\">[4]<\/a>, \u00e9crit une \u0153uvre historique, achev\u00e9e vers 418, qui explique en quoi l&rsquo;observateur est l\u00e9gitimement d\u00e9sarm\u00e9 devant les vicissitudes de l&rsquo;histoire : \u00ab Puisque les jugements de Dieu sont ineffables, que nous ne pouvons ni les conna\u00eetre tous ni expliquer ceux qui nous sont connus, je dirai en bref que la violence du Dieu de justice, sous quelque forme qu&rsquo;elle se manifeste, s&rsquo;abat justement sur ceux qui ne savent pas. \u00bb Tout le Moyen Age a \u00e9t\u00e9 domin\u00e9 par cette \u00ab eschatologie historique \u00bb \u2014 pour reprendre l&rsquo;expression de Santo Mazzarino \u2014 qui voit l&rsquo;histoire d&rsquo;un regard augustinien et orosien. Au temps de Fr\u00e9d\u00e9ric Barberousse encore, Alexandre le Minorite \u00e9num\u00e8re, dans un trait\u00e9 qu&rsquo;il consacre \u00e0 la fin de Rome, les diff\u00e9rentes catastrophes qui ont frapp\u00e9 la ville aux V<sup>e<\/sup> et VI<sup>e<\/sup> si\u00e8cles avant de conclure avec satisfaction : \u00ab Cela n&#8217;emp\u00eacha que persist\u00e2t et se multipli\u00e2t sur la terre le r\u00e8gne de Notre-Seigneur J\u00e9sus-Christ, et son r\u00e8gne n&rsquo;aura pas de fin dans l&rsquo;\u00e9ternit\u00e9. \u00bb Alors m\u00eame que la Renaissance red\u00e9couvre la libert\u00e9 de l&rsquo;esprit et du corps, certains humanistes ne parviennent pas \u00e0 se lib\u00e9rer vraiment du d\u00e9terminisme historique chr\u00e9tien. Flavio Bondo, s&rsquo;int\u00e9ressant en 1453 \u00e0 l&rsquo;inclinatio \u2014 le \u00ab d\u00e9clin \u00bb \u2014 du monde antique <a id=\"ftnref5\" href=\"#ftn5\">[5]<\/a>, y voit avant tout un ch\u00e2timent qui vient de Dieu, en punition des pers\u00e9cutions inflig\u00e9es aux chr\u00e9tiens jusqu&rsquo;\u00e0 Constantin, le premier empereur chr\u00e9tien. La lumi\u00e8re cependant fait peu \u00e0 peu son chemin. La r\u00e9flexion historique pouvant d\u00e9sormais s&rsquo;affranchir du r\u00e9ductionnisme chr\u00e9tien, elle a le loisir de se tourner vers des explications moins st\u00e9riles que la seule volont\u00e9 divine. Ainsi Guichardin voit-il dans l&rsquo;abandon des coutumes anciennes la principale raison de l&rsquo;affaiblissement de l&rsquo;Empire, alors qu&rsquo;elle r\u00e9side pour Machiavel dans l&rsquo;extinction de la force d&rsquo;\u00e2me, de la virtus, extinction li\u00e9e au r\u00e8gne de l&rsquo;argent, au triomphe de la soci\u00e9t\u00e9 marchande.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">La d\u00e9marche intellectuelle d&rsquo;un Guichardin ou d&rsquo;un Machiavel annon\u00e7ait l&rsquo;\u0153uvre de L\u00f6wenklav. Pour la premi\u00e8re fois depuis la disparition de l&rsquo;Empire romain, un auteur s&rsquo;interroge sur la valeur des t\u00e9moignages chr\u00e9tiens concernant cette disparition et il refuse le manich\u00e9isme primaire qui, depuis dix si\u00e8cles, r\u00e9partissait les acteurs du drame en chr\u00e9tiens vertueux et pa\u00efens vicieux : \u00ab Si l&rsquo;on veut faire le r\u00e9cit des \u00e9v\u00e9nements du si\u00e8cle de Constantin, on a le devoir de rappeler non seulement les choses louables, mais aussi celles qui ne le sont pas ; la loi de l&rsquo;histoire l&rsquo;exige. \u00bb Il est r\u00e9v\u00e9lateur que L\u00f6wenklav ait pris soin d&rsquo;\u00e9crire une <em>Apologie pour la d\u00e9fense de Zosime<\/em> <a id=\"ftnref6\" href=\"#ftn6\">[6]<\/a>, dans laquelle il montre comment deux grandes personnalit\u00e9s oppos\u00e9es ont domin\u00e9 l&rsquo;histoire du Bas-Empire : celle du r\u00e9volutionnaire Constantin, qui a donn\u00e9 droit de cit\u00e9 \u00e0 l&rsquo;id\u00e9ologie subversive des chr\u00e9tiens et l&rsquo;a \u00e9lev\u00e9e au rang de nouvelle religion d&rsquo;\u00c9tat, et celle de Julien, neveu de Constantin mais d\u00e9fenseur d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9 de la tradition et dernier rempart de la libert\u00e9 de conscience. L\u00f6wenklav brise l&rsquo;imagerie m\u00e9di\u00e9vale h\u00e9rit\u00e9e des P\u00e8res de l&rsquo;\u00c9glise lorsqu&rsquo;il \u00e9crit de l&#8217;empereur Julien, Julien l&rsquo;Apostat, Julien le maudit : \u00ab Julien, par ses nombreuses et grandes vertus, fut en r\u00e9alit\u00e9 non point \u00e9gal mais sup\u00e9rieur \u00e0 Constantin \u00bb. Il n&rsquo;osa cependant pas s&rsquo;interroger, en termes clairs, sur la responsabilit\u00e9 du christianisme, en tant que tel, dans la fin du monde romain. Il faut du temps pour faire tomber les blocages psychologiques h\u00e9rit\u00e9s d&rsquo;un mill\u00e9naire de terrorisme intellectuel. En 1679, encore, un Etienne Baluze, biblioth\u00e9caire de la Colbertine, s&#8217;emporte contre ceux qui pr\u00e9tendent abattre les barri\u00e8res entre histoire de l&rsquo;\u00c9glise et histoire profane et contester la valeur historique des auteurs chr\u00e9tiens du haut Moyen Age : \u00ab Il convient de traiter ce genre de mati\u00e8res avec plus de religion ; une \u00e2me chr\u00e9tienne doit se tenir bien \u00e0 l&rsquo;\u00e9cart de cette audace impie. \u00bb L&rsquo;\u00c9glise ne peut plus, cependant, emp\u00eacher les esprits libres de se poser certaines questions. En 1734, Montesquieu \u00e9crit <em>les Consid\u00e9rations sur les causes de la grandeur des Romains et de leur d\u00e9cadence<\/em>. Dans cet ouvrage, l&rsquo;id\u00e9e appara\u00eet, bri\u00e8vement esquiss\u00e9e, que le christianisme pourrait ne pas \u00eatre \u00e9tranger au processus de d\u00e9gradation qui mena l&#8217;empire \u00e0 sa ruine. Id\u00e9e reprise par Voltaire, qui n&rsquo;en fait qu&rsquo;un usage circonstanciel et pol\u00e9mique, sans voir qu&rsquo;il y a l\u00e0 mati\u00e8re pour une recherche historique de grande ampleur.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Et Gibbon vint<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Il faut attendre Gibbon pour qu&rsquo;enfin le vrai probl\u00e8me soit pos\u00e9 : les chr\u00e9tiens ont-ils \u00e9t\u00e9, oui ou non, les messagers de la fin du monde pour Rome ? Homme du XVIII<sup>e<\/sup> si\u00e8cle <a id=\"ftnref7\" href=\"#ftn7\">[7]<\/a>, Gibbon a manifest\u00e9 tout au long de sa vie une libert\u00e9 teint\u00e9e d&rsquo;indiff\u00e9rence \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard de la religion chr\u00e9tienne <a id=\"ftnref8\" href=\"#ftn8\">[8]<\/a>. C&rsquo;est une v\u00e9ritable d\u00e9claration d&rsquo;intention que Gibbon reprend \u00e0 son compte lorsqu&rsquo;il cite la remarque de Bayle au cardinal de Polignac : \u00ab Je suis bien \u00e0 la lettre un protestant, car je proteste indiff\u00e9remment contre tous les syst\u00e8mes et toutes les sectes. \u00bb La protestation de Gibbon se traduisit par une vocation d&rsquo;historien. Sa monumentale <em>Histoire de la d\u00e9cadence et de la chute de l&rsquo;Empire romain<\/em>, publi\u00e9e de 1776 \u00e0 1788, repr\u00e9sente la premi\u00e8re \u00e9tude d&rsquo;ensemble, consacr\u00e9e \u00e0 la fin du monde romain, men\u00e9e selon un \u00e9tat d&rsquo;esprit proprement scientifique, lib\u00e9r\u00e9 de tout dogmatisme.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Gibbon cherche \u00e0 comprendre quels m\u00e9canismes ont pu abattre le colosse romain. Il sait faire la part des facteurs politiques, \u00e9conomiques, sociaux qui ont, chacun \u00e0 leur mani\u00e8re, sap\u00e9 l&rsquo;\u00e9difice imp\u00e9rial. Mais il est le premier \u00e0 analyser le r\u00f4le d\u00e9cisif du christianisme dans ce que nous appellerions aujourd&rsquo;hui une subversion id\u00e9ologique <a id=\"ftnref9\" href=\"#ftn9\">[9]<\/a>. Il est d&rsquo;ailleurs symptomatique que son \u0153uvre ait eu pour origine, selon ses propres d\u00e9clarations, la r\u00e9v\u00e9lation qu&rsquo;il eut un jour de l&rsquo;inversion des valeurs qu&rsquo;avaient apport\u00e9e les chr\u00e9tiens en s&rsquo;installant au c\u0153ur du monde pa\u00efen : \u00ab C&rsquo;est \u00e0 Rome, \u00e9crit-il dans ses M\u00e9moires, un 15 octobre 1764, r\u00eavant, assis au milieu des ruines du Capitole, pendant qu&rsquo;\u00e0 mes pieds les moines chantaient v\u00eapres dans le temple de Jupiter, que l&rsquo;id\u00e9e de tracer le d\u00e9clin et la chute de cette ville vint pour la premi\u00e8re fois se saisir de mon esprit. \u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">C&rsquo;est sans doute le plus grand m\u00e9rite de Gibbon d&rsquo;avoir clairement aper\u00e7u en quoi les chr\u00e9tiens, apportant une \u00e9chelle des valeurs, une vision du monde inconciliable avec celle de l&rsquo;Antiquit\u00e9 pa\u00efenne, ont \u00e9t\u00e9 amen\u00e9s \u00e0 constituer une contre-soci\u00e9t\u00e9, refusant la soci\u00e9t\u00e9 romaine dont ils \u00e9taient th\u00e9oriquement membres et m\u00eame attendant avec impatience, dans leur logique propre, la fin d&rsquo;un monde qui n&rsquo;\u00e9tait, selon eux, qu&rsquo;apparence et vaine agitation. L&rsquo;attente de la fin des temps \u00e9tait une des clefs du message chr\u00e9tien : \u00ab On croyait universellement, \u00e9crit Gibbon, que la fin du monde et le royaume des cieux \u00e9taient sur le point d&rsquo;arriver. L&rsquo;approche de ce merveilleux \u00e9v\u00e9nement avait \u00e9t\u00e9 pr\u00e9dit par les ap\u00f4tres ; leurs plus anciens disciples en avaient conserv\u00e9 la tradition ; et ceux qui expliquaient litt\u00e9ralement les paroles de J\u00e9sus-Christ lui-m\u00eame d\u00e9claraient que le Fils de l&rsquo;Homme allait bient\u00f4t para\u00eetre dans les nuages, et qu&rsquo;il descendrait de nouveau sur la terre avec tout l&rsquo;\u00e9clat de sa gloire. \u00bb Gibbon voit bien toute l&rsquo;ambigu\u00eft\u00e9 de ce royaume promis aux \u00e9lus puisque le retour du Christ semble annoncer, pour nombre de chr\u00e9tiens, moins \u00ab un royaume qui n&rsquo;est pas de ce monde \u00bb que l&rsquo;av\u00e8nement d&rsquo;une cit\u00e9 d&rsquo;utopie nous sommes tent\u00e9s de dire d&rsquo;une soci\u00e9t\u00e9 sans classes et sans \u00c9tat \u2014 li\u00e9e au vieux mythe mill\u00e9nariste : \u00ab Comme les ouvrages de la cr\u00e9ation avaient \u00e9t\u00e9 finis en six jours, leur \u00e9tat actuel \u00e9tait fix\u00e9 \u00e0 six mille ans, selon une tradition attribu\u00e9e au proph\u00e8te \u00c9lie. Par la m\u00eame analogie, on pr\u00e9tendait qu&rsquo;\u00e0 cette longue p\u00e9riode, alors presque accomplie <a id=\"ftnref10\" href=\"#ftn10\">[10]<\/a> de travaux et de disputes, succ\u00e9derait un joyeux sabbat de dix si\u00e8cles, et que J\u00e9sus-Christ, suivi de la milice triomphante des saints et des \u00e9lus \u00e9chapp\u00e9s \u00e0 la mort, ou miraculeusement rappel\u00e9s \u00e0 la vie, r\u00e9gnerait sur la terre jusqu&rsquo;au temps d\u00e9sign\u00e9 pour la derni\u00e8re et g\u00e9n\u00e9rale r\u00e9surrection. Cet espoir flattait tellement l&rsquo;esprit des fid\u00e8les que la nouvelle J\u00e9rusalem, si\u00e8ge de ce royaume de f\u00e9licit\u00e9, fut bient\u00f4t orn\u00e9e de toutes les peintures les plus s\u00e9duisantes de l&rsquo;imagination [&#8230;]. Une ville fut donc b\u00e2tie, brillante d&rsquo;or et de pierres pr\u00e9cieuses : partout aux environs la terre produisait d&rsquo;elle m\u00eame avec une abondance surnaturelle ; la vigne croissait sans culture, et le peuple heureux et innocent jouissait de tous ces biens, sans \u00eatre retenu par aucune de ces lois jalouses qui distribuent si in\u00e9galement les propri\u00e9t\u00e9s. \u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">En somme, les premiers chr\u00e9tiens annon\u00e7aient le bon sauvage de Jean-Jacques Rousseau, lui-m\u00eame p\u00e8re spirituel de l&rsquo;utopie marxiste&#8230; Loin d&rsquo;\u00eatre le fait de quelques esprits faibles, une telle vision avait \u00e9t\u00e9 officialis\u00e9e par les plus hautes autorit\u00e9s : \u00ab Depuis saint Justin le martyr, et saint Ir\u00e9n\u00e9e, qui avait convers\u00e9 famili\u00e8rement avec les disciples imm\u00e9diats des ap\u00f4tres, jusqu&rsquo;\u00e0 Lactance, pr\u00e9cepteur du fils de Constantin, tous les P\u00e8res de l&rsquo;\u00c9glise ont eu soin d&rsquo;annoncer ce mill\u00e9naire : l&rsquo;assurance qu&rsquo;ils en ont donn\u00e9e, et leur d\u00e9claration authentique, prouve que, de leur temps, les chr\u00e9tiens avaient embrass\u00e9 ce syst\u00e8me d&rsquo;un consentement presque g\u00e9n\u00e9ral. \u00bb Gibbon, sans illusions, ajoute : \u00ab Et il para\u00eet si bien adapt\u00e9 aux d\u00e9sirs et aux notions du genre humain qu&rsquo;il a d\u00fb contribuer beaucoup aux progr\u00e8s de la religion chr\u00e9tienne. \u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>L&rsquo;attente de l&rsquo;Apocalypse<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Comment s&rsquo;\u00e9tonner, d\u00e8s lors, que la venue de la cit\u00e9 de Dieu, destin\u00e9e aux croyants, s&rsquo;accompagn\u00e2t de la fin apocalyptique d&rsquo;un monde perverti, juste punition des p\u00e9cheurs endurcis refusant avec obstination la Bonne Nouvelle : \u00ab Tandis qu&rsquo;on promettait aux disciples de J\u00e9sus-Christ le bonheur et la gloire d&rsquo;un r\u00e8gne temporel, les calamit\u00e9s les plus terribles \u00e9taient d\u00e9nonc\u00e9es contre un monde incr\u00e9dule. L&rsquo;\u00e9dification de la nouvelle J\u00e9rusalem devait \u00eatre accompagn\u00e9e de la destruction de la Babylone mystique ; et, tant que les princes qui r\u00e9gn\u00e8rent avant Constantin persist\u00e8rent dans la profession de l&rsquo;idol\u00e2trie, le nom de Babylone fut appliqu\u00e9 \u00e0 la ville et \u00e0 l&#8217;empire de Rome. Tous les maux que les causes physiques et morales peuvent produire pour affliger une nation florissante avaient \u00e9t\u00e9 annonc\u00e9s. Les discordes intestines, l&rsquo;invasion des plus f\u00e9roces barbares accourus des extr\u00e9mit\u00e9s du Nord, la peste et la famine, les com\u00e8tes et les \u00e9clipses, les tremblements de terre et les inondations, tout pr\u00e9sageait une r\u00e9volution terrible. Ces signes effrayants n&rsquo;\u00e9taient que les avant coureurs de la grande catastrophe. L&rsquo;instant fatal approchait o\u00f9 la patrie des Scipions et des C\u00e9sars serait consum\u00e9e par une flamme descendue du ciel, o\u00f9 la ville des sept collines, ses palais, ses temples et ses arcs de triomphe seraient bient\u00f4t ensevelis dans un lac immense de feu et de bitume ; et le monde, qui avait d\u00e9j\u00e0 p\u00e9ri par l&rsquo;eau, devait \u00e9prouver une destruction plus prompte par le feu. \u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">En attendant le grand jour \u2014 ou le grand soir \u2014 qui verra la revanche des opprim\u00e9s, l&rsquo;\u00c9glise s&rsquo;organise en v\u00e9ritable contre-soci\u00e9t\u00e9, o\u00f9 les lois de la raison n&rsquo;ont pas leur place. C&rsquo;est d&rsquo;ailleurs l\u00e0, selon Gibbon, une des raisons du succ\u00e8s des chr\u00e9tiens. Ils \u00e9chappent aux cat\u00e9gories de pens\u00e9e du monde gr\u00e9co-latin, ils sont insaisissables pour ceux qui les c\u00f4toient et inaccessibles aux raisonnements normaux, car ils se meuvent dans un univers mental o\u00f9 la logique n&rsquo;a aucune part : \u00ab Ils sentaient ou ils se figuraient qu&rsquo;assaillis de tous c\u00f4t\u00e9s par les d\u00e9mons ils \u00e9taient sans cesse rassur\u00e9s par les visions c\u00e9lestes, instruits par les proph\u00e9ties et miraculeusement d\u00e9livr\u00e9s des dangers, des maladies, de la mort m\u00eame, par les supplications de l&rsquo;\u00c9glise. \u00bb Chr\u00e9tiens et pa\u00efens ne parlent pas le m\u00eame langage. L&rsquo;incommunicabilit\u00e9 \u2014 th\u00e8me si rebattu de nos jours \u2014 est alors une r\u00e9alit\u00e9 quotidienne. Et d&rsquo;abord parce que le fanatisme chr\u00e9tien est proprement incompr\u00e9hensible pour un Romain. Ce fanatisme, Gibbon l&rsquo;interpr\u00e8te comme un t\u00e9moignage des origines juda\u00efques du christianisme. Contrebattant en cela les efforts faits tout au long du Moyen Age par les th\u00e9ologiens pour distinguer christianisme et juda\u00efsme <a id=\"ftnref11\" href=\"#ftn11\">[11]<\/a>, Gibbon montre l&rsquo;\u00e9troite filiation qui les relie l&rsquo;un \u00e0 l&rsquo;autre, \u00e9tant ainsi le premier \u00e0 reconna\u00eetre toute l&rsquo;importance du courant, ax\u00e9 autour de l&rsquo;\u00c9glise de J\u00e9rusalem, que les historiens actuels appellent jud\u00e9o-chr\u00e9tien <a id=\"ftnref12\" href=\"#ftn12\">[12]<\/a>. \u00c9voquant \u00ab le z\u00e8le inflexible, intol\u00e9rant des chr\u00e9tiens, tir\u00e9 de la religion juive <a id=\"ftnref13\" href=\"#ftn13\">[13]<\/a> \u00bb, il rappelle que le christianisme primitif, \u00ab arm\u00e9 de toute la force de la loi mosa\u00efque \u00bb, reposait sur la tradition v\u00e9t\u00e9ro-testamentaire : \u00ab L&rsquo;autorit\u00e9 divine de Mo\u00efse \u00bb et des proph\u00e8tes fut admise, et m\u00eame \u00e9tablie comme la base la plus solide du christianisme. \u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Le refus des coutumes non chr\u00e9tiennes<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">A l&rsquo;instar des juifs, les chr\u00e9tiens se sont group\u00e9s et organis\u00e9s pour vivre en conformit\u00e9 avec leur foi dans le cadre de communaut\u00e9s qui, tr\u00e8s vite, apparurent comme des corps \u00e9trangers au sein de l&rsquo;organisme romain. Dans le cadre de la vie quotidienne, le chr\u00e9tien, par son attitude, s&rsquo;affirmait en rupture de soci\u00e9t\u00e9, se conduisait comme un marginal, refusant des pratiques consid\u00e9r\u00e9es comme normales par les pa\u00efens : \u00ab Le fid\u00e8le, qui \u00bb fuyait avec une pieuse horreur les abominations du cirque ou du th\u00e9\u00e2tre, se trouvait, \u00e0 chaque repas, expos\u00e9 \u00e0 des emb\u00fbches infernales toutes les fois que ses amis, invoquant les dieux propices, versaient des libations et formaient des v\u0153ux pour leur bonheur r\u00e9ciproque ; lorsque l&rsquo;\u00e9pouse, enlev\u00e9e d&rsquo;entre les bras de ses parents, franchissait avec une r\u00e9pugnance affect\u00e9e le seuil de sa nouvelle demeure, accompagn\u00e9e de tout le cort\u00e8ge de l&rsquo;hymen ; lorsque la pompe fun\u00e8bre s&rsquo;avan\u00e7ait lentement vers le b\u00fbcher. Au milieu de ces c\u00e9r\u00e9monies int\u00e9ressantes, le chr\u00e9tien, dans la crainte de se rendre coupable de sacril\u00e8ge, se trouvait forc\u00e9 d&rsquo;abandonner les personnes qu&rsquo;il ch\u00e9rissait le plus. \u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">La culture gr\u00e9co-latine, baign\u00e9e de r\u00e9f\u00e9rences mythologiques, \u00e9tait forc\u00e9ment un sujet d&rsquo;indignation pour les censeurs chr\u00e9tiens. \u00ab C&rsquo;\u00e9tait dans cette source impure, note Gibbon avec une amertume teint\u00e9e d&rsquo;ironie, que la musique, la peinture, l&rsquo;\u00e9loquence et la po\u00e9sie avaient puis\u00e9 leurs plus grandes beaut\u00e9s. Dans le langage des P\u00e8res de l&rsquo;\u00c9glise, Apollon et les Muses sont les organes de l&rsquo;esprit infernal ; Hom\u00e8re et Virgile en sont les principaux ministres ; et cette mythologie brillante qui remplit, qui anime les productions de leur g\u00e9nie est destin\u00e9e \u00e0 c\u00e9l\u00e9brer la gloire des d\u00e9mons. \u00bb Le christianisme apporte une conception purement utilitaire, si l&rsquo;on peut dire, de l&rsquo;activit\u00e9 de l&rsquo;esprit : celle-ci n&rsquo;est admissible que dans la mesure o\u00f9 elle sert le seul objectif que doive avoir un chr\u00e9tien, le salut de son \u00e2me. Gibbon voit bien qu&rsquo;il y a, d\u00e8s les d\u00e9buts de l&rsquo;\u00c9glise, une m\u00e9fiance inn\u00e9e \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard de toute r\u00e9flexion intellectuelle d\u00e9sint\u00e9ress\u00e9e, qui d\u00e9bouche fatalement, selon les autorit\u00e9s chr\u00e9tiennes, sur cette \u00ab concupiscence du savoir \u00bb qui sera d\u00e9nonc\u00e9e sans cesse, tout au long du Moyen Age, comme le p\u00e9ch\u00e9 d&rsquo;orgueil par excellence. \u00ab Acqu\u00e9rir de nouvelles connaissances, exercer sa raison ou son imagination et se livrer sans d\u00e9fiance \u00e0 toute la vivacit\u00e9 d&rsquo;une conversation enjou\u00e9e c&rsquo;\u00e9tait l\u00e0, pour l&rsquo;honn\u00eate homme de l&rsquo;Antiquit\u00e9 gr\u00e9co-romaine, une heureuse fa\u00e7on d&rsquo;utiliser les dons fournis par la nature \u00e0 l&rsquo;esp\u00e8ce humaine. Les P\u00e8res en jugeaient tout autrement, hant\u00e9s qu&rsquo;ils \u00e9taient par l&rsquo;id\u00e9e du p\u00e9ch\u00e9, et ils avaient en horreur des occupations si contraires \u00e0 la s\u00e9v\u00e9rit\u00e9 de leur conduite, ou ils ne les permettaient qu&rsquo;avec la plus grande r\u00e9serve. Ils m\u00e9prisaient toutes les connaissances qu&rsquo;ils jugeaient inutiles \u00e0 l&rsquo;\u0153uvre du salut, et les discours frivoles leur paraissaient un abus criminel du don de la parole \u00bb <a id=\"ftnref14\" href=\"#ftn14\">[14]<\/a>.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong> <\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Tabous et fantasmes du christianisme primitif<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Le sectarisme et le puritanisme de l&rsquo;\u00c9glise primitive touchent tous les aspects de la vie, et Gibbon, quelque peu effar\u00e9, fait le compte des interdits <a id=\"ftnref15\" href=\"#ftn15\">[15]<\/a> qui enserrent la vie des premiers chr\u00e9tiens : \u00ab Des habits \u00e9l\u00e9gants, de superbes maisons, des meubles magnifiques \u00e9taient suppos\u00e9s r\u00e9unir le double crime de l&rsquo;orgueil et de la sensualit\u00e9. Un ext\u00e9rieur simple, un air mortifi\u00e9 convenaient mieux au fid\u00e8le qui, certain de ses p\u00e9ch\u00e9s, doutait de son salut. En condamnant le luxe, les P\u00e8res sont extr\u00eamement minutieux et entrent dans les plus petits d\u00e9tails ; parmi les divers articles qui excitent leur pieuse indignation, on peut compter les faux cheveux, les habits de toute esp\u00e8ce de couleur, except\u00e9 le blanc, les instruments de musique, les vases d&rsquo;or et d&rsquo;argent, les oreillers de duvet (puisque Jacob reposa sa t\u00eate sur une pierre), du pain blanc, des vins \u00e9trangers, les salutations publiques, l&rsquo;usage des bains chauds et celui de se faire la barbe, pratique qui, selon l&rsquo;expression de Tertullien, est un mensonge contre notre propre face et une tentative impie pour perfectionner les ouvrages du cr\u00e9ateur. \u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">La proscription et la mal\u00e9diction qui s&rsquo;attachent chez les chr\u00e9tiens, d\u00e8s l&rsquo;origine, \u00e0 la vie sexuelle rel\u00e8vent de la m\u00eame hantise de tout ce qui fait l&rsquo;\u00e9panouissement normal de la vie <a id=\"ftnref16\" href=\"#ftn16\">[16]<\/a>. L&rsquo;\u00ab acte de chair \u00bb \u2014 pour reprendre la terminologie des milieux eccl\u00e9siastiques \u2014 s&rsquo;inscrivant tout naturellement parmi les pratiques qui font la joie de vivre d&rsquo;\u00eatres sains, l&rsquo;\u00c9glise prit soin de l&rsquo;inscrire parmi les tabous impos\u00e9s aux fid\u00e8les. Gibbon, homme du XVIII<sup>e<\/sup> si\u00e8cle \u2014 c&rsquo;est-\u00e0-dire d&rsquo;un temps o\u00f9 la lib\u00e9ration sexuelle va de pair avec la lib\u00e9ration intellectuelle \u2014, ironise volontiers sur ce chapitre :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab\u00a0La chaste s\u00e9v\u00e9rit\u00e9 des P\u00e8res dans tout ce qui avait rapport au commerce des deux sexes venait du m\u00eame principe : leur horreur pour toutes les volupt\u00e9s qui pouvaient satisfaire les app\u00e9tits sensuels de l&rsquo;homme. Ils aimaient \u00e0 croire que, si Adam e\u00fbt pers\u00e9v\u00e9r\u00e9 dans son ob\u00e9issance au Cr\u00e9ateur <a id=\"ftnref17\" href=\"#ftn17\">[17]<\/a>, il aurait toujours v\u00e9cu dans un \u00e9tat de puret\u00e9 virginale ; et qu&rsquo;alors quelque forme plus pure de g\u00e9n\u00e9ration aurait peupl\u00e9 le paradis d&rsquo;\u00eatres innocents et immortels. L&rsquo;usage du mariage fut permis, apr\u00e8s sa chute, \u00e0 sa post\u00e9rit\u00e9, seulement comme un exp\u00e9dient n\u00e9cessaire pour perp\u00e9tuer l&rsquo;esp\u00e8ce humaine et comme un frein toutefois imparfait contre la licence naturelle de nos d\u00e9sirs <a id=\"ftnref18\" href=\"#ftn18\">[18]<\/a>. \u00bb L&#8217;embarras des casuistes orthodoxes, sur ce sujet int\u00e9ressant, d\u00e9c\u00e8le la perplexit\u00e9 d&rsquo;un l\u00e9gislateur qui ne voudrait point approuver une institution qu&rsquo;il est forc\u00e9 de tol\u00e9rer. L&rsquo;\u00e9num\u00e9ration des lois bizarres et minutieuses dont ils avaient entour\u00e9 le lit nuptial arracherait un sourire au jeune \u00e9poux et ferait rougir la vierge modeste. D&rsquo;o\u00f9 la sanctification de la virginit\u00e9 et l&rsquo;exaltation du c\u00e9libat <a id=\"ftnref19\" href=\"#ftn19\">[19]<\/a> \u2014 \u00e9tat contre lequel avait au contraire lutt\u00e9 avec lucidit\u00e9 l&#8217;empereur Auguste, y voyant avec raison une des menaces les plus graves contre la survie du monde romain. Les chr\u00e9tiens les plus z\u00e9l\u00e9s, \u00ab qui crurent plus prudent de d\u00e9sarmer le tentateur\u00a0\u00bb, \u00e9taient pouss\u00e9s logiquement \u2014 par la logique de l&rsquo;absurde \u2014 \u00e0 supprimer l&rsquo;objet de la tentation : un Orig\u00e8ne se glorifiait de s&rsquo;\u00eatre castr\u00e9 de ses propres mains <a id=\"ftnref20\" href=\"#ftn20\">[20]<\/a>.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong> <\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Une contre-soci\u00e9t\u00e9<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Fanatisme et visions eschatologiques sont, pour Gibbon, une des forces des chr\u00e9tiens. Mais ces ressorts psychologiques tirent toute leur efficacit\u00e9 du fait qu&rsquo;ils animent une organisation structur\u00e9e, qui cherche \u00e0 constituer dans chaque secteur de la soci\u00e9t\u00e9 des cellules d&rsquo;agitation, nous dirions aujourd&rsquo;hui une internationale, mettant en place une hi\u00e9rarchie parall\u00e8le \u00e0 celle de l&rsquo;\u00c9tat.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Les cadres r\u00e9volutionnaires que sont pr\u00eatres et \u00e9v\u00eaques assument une direction \u00e0 la fois spirituelle et temporelle de la communaut\u00e9 chr\u00e9tienne et constituent bel et bien un \u00c9tat dans l&rsquo;\u00c9tat <a id=\"ftnref21\" href=\"#ftn21\">[21]<\/a> avant de devenir officiellement, apr\u00e8s Constantin, les directeurs de conscience des chefs de l&rsquo;\u00c9tat. Fait d&rsquo;autant plus grave que le service de la cause chr\u00e9tienne justifie tout : \u00ab 1a s\u00fbret\u00e9 de cette soci\u00e9t\u00e9, son honneur, son agrandissement produisirent, m\u00eame dans les \u00e2mes les plus religieuses, un esprit de patriotisme semblable \u00e0 celui qui enflammait les premiers Romains pour leur patrie, et quelquefois les fid\u00e8les ne furent pas plus d\u00e9licats sur le choix des moyens qui pouvaient conduire \u00e0 un but si durable. \u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Et c&rsquo;est bien en cela que les chr\u00e9tiens se font les agents, conscients ou inconscients, de la fin du monde romain. Leur attitude \u00ab non violente \u00bb appara\u00eet \u00e0 bon droit \u00e0 leurs contemporains comme une trahison pure et simple de la Cit\u00e9 : \u00ab En inculquant des maximes d&rsquo;ob\u00e9issance passive, ils refusaient d&rsquo;agir dans l&rsquo;administration civile ou dans la d\u00e9fense militaire de l&#8217;empire. On pouvait avoir quelque indulgence pour ceux qui, avant leur conversion, s&rsquo;\u00e9taient d\u00e9j\u00e0 trouv\u00e9s engag\u00e9s dans ces occupations violentes et sanguinaires ; mais les chr\u00e9tiens avaient \u00e0 remplir un devoir plus sacr\u00e9 ; il ne leur \u00e9tait pas permis d&rsquo;exercer les fonctions de soldat, de magistrat ou de prince. \u00bb Le refus d&rsquo;adh\u00e9rer au consensus civique s&rsquo;exprimait de la fa\u00e7on la plus spectaculaire lorsque, rejetant toute participation aux c\u00e9r\u00e9monies du culte rendu \u00e0 Rome et \u00e0 Auguste, les chr\u00e9tiens renon\u00e7aient ainsi ostensiblement \u00e0 \u00eatre reli\u00e9s, pour le meilleur et pour le pire, au destin de leurs concitoyens <a id=\"ftnref22\" href=\"#ftn22\">[22]<\/a>. Cette s\u00e9cession morale pouvait, \u00e0 elle seule, justifier la r\u00e9pression.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">R\u00e9pression souvent suscit\u00e9e par la pression populaire, en raison de l&rsquo;attitude bizarre des chr\u00e9tiens : \u00ab Leur aspect sombre et aust\u00e8re, leur horreur pour les affaires et pour les plaisirs de la vie, leurs pr\u00e9dictions fr\u00e9quentes des calamit\u00e9s qui mena\u00e7aient l&rsquo;univers causaient la plus vive inqui\u00e9tude. \u00bb La voix du peuple pouvait s&rsquo;\u00e9lever, \u00e0 certains moments, contre les chr\u00e9tiens <a id=\"ftnref23\" href=\"#ftn23\">[23]<\/a>. Les autorit\u00e9s n&rsquo;en avaient pas moins le souci de juger avec \u00e9quit\u00e9, sans passion. Gibbon a le courage de rendre justice en cela \u00e0 l&rsquo;ordre romain \u2014 d\u00e9truisant ainsi le clich\u00e9, complaisamment colport\u00e9 par des g\u00e9n\u00e9rations de clercs, selon lequel les chr\u00e9tiens auraient \u00e9t\u00e9 les victimes permanentes de brutes sanguinaires.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Insoumis et marginaux<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Comment ne pas comprendre, d&rsquo;ailleurs, interroge Gibbon, une autorit\u00e9 politique refusant \u00e0 ses soldats le droit \u00e0 la d\u00e9sertion ? \u00ab On trouverait peu de gouvernements qui laissassent impunie l&rsquo;action de Marcellus, centurion. Un jour de f\u00eate publique, cet officier, apr\u00e8s avoir jet\u00e9 son baudrier, son \u00e9p\u00e9e et les marques de sa dignit\u00e9, s&rsquo;\u00e9cria hautement qu&rsquo;il n&rsquo;ob\u00e9irait qu&rsquo;\u00e0 J\u00e9sus-Christ, roi \u00e9ternel, et qu&rsquo;il renon\u00e7ait pour jamais \u00e0 des armes indignes d&rsquo;un chr\u00e9tien et au service d&rsquo;un ma\u00eetre idol\u00e2tre. Les soldats, d\u00e8s qu&rsquo;ils furent revenus de leur \u00e9tonnement, s&rsquo;assur\u00e8rent de la personne de Marcellus. Il fut examin\u00e9 dans la ville de Tingis, par le pr\u00e9sident de cette partie de la Mauritanie ; et convaincu par son propre aveu, il fut condamn\u00e9 et d\u00e9capit\u00e9 pour crime de d\u00e9sertion. Il s&rsquo;agit bien moins ici de pers\u00e9cution religieuse que de la loi militaire ou m\u00eame civile. \u00bb Les pers\u00e9cutions n&rsquo;ont \u00e9t\u00e9 ni si nombreuses ni si cruelles que les auteurs d&rsquo;hagiographies ont bien voulu l&rsquo;\u00e9crire. Gibbon accomplit une salubre d\u00e9mystification en montrant ce qu&rsquo;il en est <a id=\"ftnref24\" href=\"#ftn24\">[24]<\/a>. Il d\u00e9truit du m\u00eame coup une l\u00e9gende pieuse en montrant que les motifs des martyrs, ou pseudo-martyrs, \u00e9taient loin d&rsquo;\u00eatre sans \u00e9quivoques : \u00ab Les \u00e9v\u00eaques \u00e9taient oblig\u00e9s de r\u00e9primer et de censurer le z\u00e8le emport\u00e9 de ceux qui se jetaient volontairement entre les mains des magistrats. Parmi ces chr\u00e9tiens, les uns, perdus de dettes et accabl\u00e9s sous le poids de la pauvret\u00e9, cherchaient dans leur d\u00e9sespoir \u00e0 terminer, par une mort glorieuse, une existence mis\u00e9rable, les autres se flattaient qu&rsquo;un emprisonnement de peu de dur\u00e9e expierait les p\u00e9ch\u00e9s de leur vie enti\u00e8re. Il y en avait enfin qui, dirig\u00e9s par des vues bien moins honorables, esp\u00e9raient tirer une subsistance abondante et peut-\u00eatre un profit consid\u00e9rable des aum\u00f4nes que la charit\u00e9 des fid\u00e8les accordait aux prisonniers. \u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Le recrutement des premiers chr\u00e9tiens<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00c9voquer la qualit\u00e9 humaine des premiers chr\u00e9tiens et leurs motivations, c&rsquo;est poser le probl\u00e8me du recrutement de l&rsquo;\u00c9glise des origines. Les chr\u00e9tiens y voient l&rsquo;illustration de la toute-puissance divine. Mais Gibbon, discr\u00e8tement, met en parall\u00e8le la tranquillit\u00e9 d&rsquo;\u00e2me de celui qui, ayant \u00ab bien fait \u00bb, a \u00ab sa conscience pour lui \u00bb et le caract\u00e8re tourment\u00e9 du nouveau converti qui se pr\u00e9cipite vers une r\u00e9demption d&rsquo;autant plus souhait\u00e9e qu&rsquo;elle effacera un lourd pass\u00e9 : \u00ab Les personnes qui dans le monde avaient suivi, quoique d&rsquo;une mani\u00e8re tr\u00e8s imparfaite, les lois de la bienveillance et de l&rsquo;honn\u00eatet\u00e9 se contentaient de l&rsquo;opinion de leur propre droiture ; et la satisfaction calme qu&rsquo;elles \u00e9prouvaient les rendait bien moins susceptibles de ces \u00e9motions soudaines de honte, de douleur et d&rsquo;effroi qui ont enfant\u00e9 tant de conversions merveilleuses. Guid\u00e9s par l&rsquo;exemple de leur divin ma\u00eetre, les missionnaires de l&rsquo;\u00c9vangile s&rsquo;adressaient aux hommes, et surtout aux femmes, qui, accabl\u00e9s du poids de leurs vices, en ressentaient souvent les effets. \u00bb C&rsquo;est souligner le caract\u00e8re pathologique que nous montrent inconsciemment certains apologistes chez les chr\u00e9tiens qu&rsquo;ils d\u00e9crivent, dont l&rsquo;\u00ab h\u00e9ro\u00efsme \u00bb peut s&rsquo;interpr\u00e9ter, m\u00e9dicalement parlant, en termes de n\u00e9vrose masochiste. Recrutant beaucoup dans ce qu&rsquo;il faut bien appeler le \u00ab lumpenprol\u00e9tariat \u00bb de la soci\u00e9t\u00e9 romaine, le christianisme y recrutait d&rsquo;autant plus facilement des partisans que ceux-ci pouvaient trouver, dans la \u00ab saintet\u00e9 \u00bb aust\u00e8re de ses r\u00e8gles de vie, une revanche secr\u00e8te et \u00e0 bon compte contre les puissants, les riches, les bourgeois&#8230; bref, les damn\u00e9s. Gibbon note avec malignit\u00e9 ce ph\u00e9nom\u00e8ne de transfert : \u00ab Les derniers rangs de la soci\u00e9t\u00e9 se font un m\u00e9rite de m\u00e9priser la pompe et les plaisirs que leur a refus\u00e9s la fortune. Une pareille affectation leur est toujours facile, et en m\u00eame temps agr\u00e9able. La vertu des premiers chr\u00e9tiens fut tr\u00e8s souvent gard\u00e9e par leur pauvret\u00e9 et par leur ignorance. \u00bb M\u00eame si, progressivement, le christianisme s&rsquo;implanta dans les sph\u00e8res sup\u00e9rieures de la soci\u00e9t\u00e9 romaine <a id=\"ftnref25\" href=\"#ftn25\">[25]<\/a>, ses caract\u00e8res messianiques, proph\u00e9tiques, apocalyptiques lui apport\u00e8rent toujours <a id=\"ftnref26\" href=\"#ftn26\">[26]<\/a> \u2014 et aujourd&rsquo;hui comme il y a dix-neuf si\u00e8cles \u2014 l&rsquo;adh\u00e9sion de ceux pour qui la fin du monde, attendue, esp\u00e9r\u00e9e, voire h\u00e2t\u00e9e par le terrorisme <a id=\"ftnref27\" href=\"#ftn27\">[27]<\/a>, est d&rsquo;abord une revanche contre la vie : ce sont les faibles et les malades qui aiment s&rsquo;entendre dire que le combat et la sant\u00e9 sont immoraux.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Gibbon a \u00e9t\u00e9 un initiateur et un guide pour tous ceux qui se sont pench\u00e9s sur la responsabilit\u00e9 du christianisme dans la fin du monde romain. Son \u0153uvre s&rsquo;ins\u00e9rait dans le cadre du mouvement d&rsquo;\u00e9mancipation qui a pouss\u00e9, au XVIII<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, nombre d&rsquo;intellectuels \u00e0 se lib\u00e9rer du conformisme chr\u00e9tien. Lib\u00e9ration vite remise en cause puisque l&rsquo;ordre moral instaur\u00e9 dans l&rsquo;Europe de 1815 a emp\u00each\u00e9, pour plusieurs g\u00e9n\u00e9rations, le d\u00e9veloppement d&rsquo;une nouvelle \u00e9cole historique capable de continuer, en l&rsquo;approfondissant, l&rsquo;\u0153uvre de Gibbon. Le XIX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle \u2014 on l&rsquo;oublie trop souvent \u2014 a vu le retour en force, apr\u00e8s les secousses r\u00e9volutionnaires, d&rsquo;une \u00c9glise s\u00fbre d&rsquo;elle-m\u00eame jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;arrogance, multipliant missions et calvaires dans les campagnes, pr\u00e9dications mondaines et initiatives \u00ab sociales \u00bb dans les villes pour s&rsquo;assurer le contr\u00f4le intellectuel et moral du peuple chr\u00e9tien et surtout de ses \u00e9lites. Il fallut \u00e0 Ernest Renan beaucoup de courage et de pers\u00e9v\u00e9rance pour briser ce carcan, reprendre la piste trac\u00e9e par Gibbon et r\u00e9aliser, lui, l&rsquo;ancien s\u00e9minariste, une \u0153uvre qui est, aujourd&rsquo;hui encore, un exemple pour les esprits libres.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Renan, le ma\u00eetre<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">C&rsquo;est dans son Marc Aur\u00e8le, publi\u00e9 en 1882, que Renan est amen\u00e9, apr\u00e8s s&rsquo;\u00eatre pench\u00e9 dans ses \u0153uvres pr\u00e9c\u00e9dentes sur les d\u00e9buts du christianisme, \u00e0 \u00e9tudier le heurt entre l&rsquo;\u00c9glise primitive et le monde romain. Son diagnostic est s\u00e9v\u00e8re : \u00ab A mesure que l&rsquo;Empire baisse, le christianisme s&rsquo;\u00e9l\u00e8ve. \u00bb Nomm\u00e9 en 1862 professeur d&rsquo;h\u00e9breu au Coll\u00e8ge de France <a id=\"ftnref28\" href=\"#ftn28\">[28]<\/a>, Renan conna\u00eet bien les racines s\u00e9mitiques du christianisme et il voit avant tout, dans l&rsquo;introduction du christianisme au sein du monde romain, la confrontation de deux visions du monde, incompatibles : \u00ab La vie antique, vie tout ext\u00e9rieure et virile, vie de gloire, d&rsquo;h\u00e9ro\u00efsme, de civisme, vie de forum, de th\u00e9\u00e2tre, de gymnase, est vaincue par la vie juive, vie antimilitaire, amie de l&rsquo;ombre, vie de gens p\u00e2les, claquemur\u00e9s. La politique ne suppose pas les hommes trop d\u00e9tach\u00e9s de la terre. Quand l&rsquo;homme se d\u00e9cide \u00e0 n&rsquo;aspirer qu&rsquo;au ciel, il n&rsquo;a plus de pays ici-bas. On ne fait pas une nation avec des moines ou des yogis ; la haine et le m\u00e9pris du monde ne pr\u00e9parent pas \u00e0 la lutte de la vie. \u00bb Le caract\u00e8re international et apatride du christianisme, qui se trouve si souvent cit\u00e9 dans l&rsquo;Antiquit\u00e9 parmi les griefs des pa\u00efens en m\u00eame temps qu&rsquo;il est revendiqu\u00e9 avec ostentation par certains apologistes <a id=\"ftnref29\" href=\"#ftn29\">[29]<\/a> est pour Renan \u00e0 la base du divorce, in\u00e9vitable, entre christianisme et civisme : \u00ab L&rsquo;\u00c9glise est la patrie du chr\u00e9tien, comme la synagogue est la patrie du juif ; le chr\u00e9tien et le juif vivent dans le pays o\u00f9 ils se trouvent comme des \u00e9trangers [&#8230;]. Le chr\u00e9tien ne se r\u00e9jouit pas des victoires de l&#8217;empire ; les d\u00e9sastres publics lui paraissent une confirmation des proph\u00e9ties qui condamnent le monde \u00e0 p\u00e9rir par les barbares et par le feu. \u00bb Antimilitarisme <a id=\"ftnref30\" href=\"#ftn30\">[30]<\/a>, bouleversement des structures sociales <a id=\"ftnref31\" href=\"#ftn31\">[31]<\/a>, proph\u00e9tisme apocalyptique : autant de fruits v\u00e9n\u00e9neux que donne, sur le sol de l&rsquo;Empire, la semence chr\u00e9tienne. Certes, Renan voit bien qu&rsquo;il faut nuancer l&rsquo;analyse, par exemple en ce qui concerne l&rsquo;annonce de la fin des temps : apr\u00e8s les premi\u00e8res g\u00e9n\u00e9rations \u2014 celles de l&rsquo;attente \u2014 la communaut\u00e9 chr\u00e9tienne s&rsquo;adapte \u00e0 la survie d&rsquo;un monde en sursis et, comme toutes les adaptations, celle-ci entra\u00eene des compromis avec le milieu ambiant. Mais l&rsquo;esprit des origines se perp\u00e9tue chez ceux qui pr\u00e9tendent rester fid\u00e8les \u00e0 la puret\u00e9 primitive, au besoin contre la hi\u00e9rarchie accus\u00e9e de mod\u00e9rantisme \u2014 disons d&rsquo;\u00ab embourgeoisement \u00bb <a id=\"ftnref32\" href=\"#ftn32\">[32]<\/a> \u2014. Et Renan note qu&rsquo;apr\u00e8s tout les montanistes, d\u00e9nonc\u00e9s comme h\u00e9r\u00e9tiques, sont dans le droit fil d&rsquo;une tradition qu&rsquo;ils perp\u00e9tuent. L&rsquo;attente d&rsquo;une fin du monde imminente d\u00e9bouche tr\u00e8s logiquement sur un rejet des r\u00e8gles de vie coutumi\u00e8res <a id=\"ftnref33\" href=\"#ftn33\">[33]<\/a> et des liens sociaux : \u00ab L&rsquo;extase n&rsquo;\u00e9tait-elle pas la r\u00e9alisation provisoire du royaume de Dieu, commenc\u00e9 par J\u00e9sus ? Les femmes quittaient leur mari comme \u00e0 la fin de l&rsquo;humanit\u00e9. Chaque jour on croyait voir les nu\u00e9es s&rsquo;ouvrir et la nouvelle J\u00e9rusalem se dessiner sur l&rsquo;azur du ciel. \u00bb Pourquoi reprocher au montanisme, demande Renan, d&rsquo;incarner une des tendances profondes du christianisme <a id=\"ftnref34\" href=\"#ftn34\">[34]<\/a> ? Comment ne pas voir qu&rsquo;un Tertullien ne fait que pousser \u00e0 sa conclusion logique la n\u00e9cessit\u00e9 d&rsquo;une rupture des liens terrestres, qui est \u00e0 la base de toute eschatologie, lorsqu&rsquo;il apostrophe ainsi les chr\u00e9tiennes : \u00ab Qu&rsquo;ont \u00e0 d\u00e9m\u00ealer des soucis de nourrissons avec le jugement dernier ? Il fera beau voir des siens flottants, des naus\u00e9es d&rsquo;accouch\u00e9e, des mioches qui braillent se m\u00ealer \u00e0 l&rsquo;apparition du juge et aux sons de la trompette. Oh ! les bonnes sages-femmes que les bourreaux de l&rsquo;Ant\u00e9christ ! \u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Un si\u00e8cle de recherches<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">En France l&rsquo;\u00e9tude du christianisme primitif fait l&rsquo;objet d&rsquo;\u00e2pres controverses \u00e0 la fin du XIX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle et au d\u00e9but du XX<sup>e<\/sup>, alors qu&rsquo;en toile de fond la crise moderniste secoue durement l&rsquo;\u00e9difice catholique et que le conflit entre l&rsquo;\u00c9glise et l&rsquo;\u00c9tat prend de l&rsquo;ampleur. Paul Allard, dans une Histoire des pers\u00e9cutions en cinq volumes publi\u00e9s de 1884 \u00e0 1890, d\u00e9veloppe, avec l&rsquo;approbation de la hi\u00e9rarchie, une argumentation qui est \u00e0 peu pr\u00e8s celle des anciens apologistes. En face, la critique historique dispose d\u00e9sormais d&rsquo;une pl\u00e9iade de talents. Des auteurs, dont les engagements id\u00e9ologiques peuvent \u00eatre par ailleurs fort divers, se retrouvent pour se pencher, sans concessions au conformisme catholique, sur l&rsquo;histoire de la primitive \u00c9glise. Ce qui les am\u00e8ne, immanquablement, \u00e0 \u00e9tudier ses rapports avec l&rsquo;\u00c9tat romain. Tous, ils arrivent \u00e0 la m\u00eame conclusion : la main des chr\u00e9tiens se retrouve \u00e0 chaque phase de l&rsquo;agonie du monde antique.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">La raison en est simple : les chr\u00e9tiens se d\u00e9sint\u00e9ressent, ne peuvent que se d\u00e9sint\u00e9resser de ce qui peut arriver au monde des hommes, puisque le seul vrai monde est celui de Dieu, ce royaume qui va venir et qu&rsquo;a annonc\u00e9 J\u00e9sus. Car c&rsquo;est l\u00e0, note Alfred Loisy <a id=\"ftnref35\" href=\"#ftn35\">[35]<\/a>, le fond de l&rsquo;enseignement de J\u00e9sus : \u00ab Ce n&rsquo;est pas sans motif que les \u00c9vangiles d\u00e9finissent son enseignement et celui du Baptiste par la m\u00eame formule g\u00e9n\u00e9rale : \u00ab\u00a0Repentez-vous, parce que le r\u00e8gne de Dieu est proche.\u00a0\u00bb Mais cette simple indication, d&rsquo;ailleurs tr\u00e8s compr\u00e9hensive, est ce que nous connaissons de plus certain touchant sa doctrine. Nous pouvons la consid\u00e9rer comme certaine, parce qu&rsquo;elle est encore l&rsquo;\u00e9l\u00e9ment fondamental de la foi qui fut celle des premiers sectateurs de J\u00e9sus, de ceux qui continu\u00e8rent son \u0153uvre apr\u00e8s sa mort, en le proclamant Christ, et parce que le travail ult\u00e9rieur de la tradition chr\u00e9tienne, toujours li\u00e9 \u00e0 cette donn\u00e9e initiale, a consist\u00e9 en des retouches et des att\u00e9nuations successives du m\u00eame principe, l&rsquo;av\u00e8nement du grand r\u00e8gne. Nous savons, du reste, que l\u00e0 se r\u00e9sume l&rsquo;esp\u00e9rance juive, et que de cette esp\u00e9rance J\u00e9sus a \u00e9t\u00e9 cens\u00e9, pour les siens, devoir amener la r\u00e9alisation. \u00bb D&rsquo;o\u00f9, d&rsquo;ailleurs, le caract\u00e8re profond\u00e9ment subversif, apatride et totalitaire du christianisme, qui appara\u00eet comme tel dans la propagande des premiers chr\u00e9tiens : \u00ab Ils n&rsquo;\u00e9taient que les fid\u00e8les d&rsquo;un dieu tr\u00e8s jaloux, aussi absolu que celui des juifs, mais n&rsquo;ayant que des pr\u00e9tentions, sans nation qui aurait \u00e9t\u00e9 \u00e0 son service h\u00e9r\u00e9ditairement. Il aspirait \u00e0 l&#8217;empire du monde, et il refusait d&rsquo;\u00eatre inscrit au catalogue des divinit\u00e9s nationales, qu&rsquo;il entendait bien d\u00e9poss\u00e9der toutes, sans d\u00e9lai ni r\u00e9mission. Car ce n&rsquo;\u00e9tait pas une divinit\u00e9 abstraite et lointaine, avec des droits th\u00e9oriques dont l&rsquo;\u00e9ch\u00e9ance d&rsquo;application aurait \u00e9t\u00e9 ind\u00e9termin\u00e9e. Il \u00e9tait l\u00e0, pressant les hommes de se soumettre \u00e0 lui au plus t\u00f4t, c&rsquo;est-\u00e0-dire de renier comme faux et mauvais tous les dieux de l&rsquo;institution imp\u00e9riale [&#8230;]. Lorsque les missionnaires de J\u00e9sus se mirent en route, ils annon\u00e7aient la venue prochaine du Christ sur les nu\u00e9es, la ruine de Satan et de son r\u00e8gne, c&rsquo;est-\u00e0-dire l&rsquo;effondrement de l&rsquo;idol\u00e2trie et de l&#8217;empire idol\u00e2trique, Dieu seul devant r\u00e9gner au lieu de Rome, et le Christ au lieu de l&#8217;empereur. Ainsi l&rsquo;entendaient-ils, et ainsi le comprit-on. \u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">D&rsquo;o\u00f9 le lent travail de sape accompli, en trois si\u00e8cles, par le christianisme. Georges Sorel, le bouillant th\u00e9oricien d&rsquo;un syndicalisme r\u00e9volutionnaire, publie en 1901 <em>la Ruine du monde antique<\/em>. Titre r\u00e9v\u00e9lateur : l&rsquo;homme qui a exerc\u00e9 sur les grands courants id\u00e9ologiques du XX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle une influence incontestable <a id=\"ftnref36\" href=\"#ftn36\">[36]<\/a> a bien vu quel r\u00f4le d\u00e9terminant a jou\u00e9 l&rsquo;id\u00e9ologie chr\u00e9tienne, qui a \u00ab sem\u00e9 partout des germes de qui\u00e9tisme, de d\u00e9sesp\u00e9rance et de mort \u00bb. Ce qui frappe surtout Sorel, lui qui est si pr\u00e9occup\u00e9 des questions \u00e9conomiques et sociales, c&rsquo;est que le sort mat\u00e9riel de la communaut\u00e9 de travail que constitue tout groupe humain organis\u00e9 semble le dernier souci des id\u00e9ologues du christianisme primitif. Saint J\u00e9r\u00f4me, de ce point de vue-l\u00e0, lui para\u00eet offrir un exemple caract\u00e9ristique : \u00ab Il ne croit pas \u00e0 l&rsquo;avenir du monde ; il croit fermement \u00e0 la fin prochaine ; c&rsquo;est pour une catastrophe imminente et in\u00e9luctable qu&rsquo;il faut nous pr\u00e9parer ; d\u00e8s lors on con\u00e7oit qu&rsquo;il n&rsquo;y ait pas lieu de se pr\u00e9occuper des r\u00e9formes \u00e9conomiques. \u00bb Il y a \u00e0 cela deux causes, selon Sorel : \u00ab D&rsquo;une part, les docteurs constat\u00e8rent qu&rsquo;il leur \u00e9tait impossible de r\u00e9aliser la soci\u00e9t\u00e9 chr\u00e9tienne telle qu&rsquo;ils l&rsquo;avaient construite d&rsquo;apr\u00e8s leur dogmatique ; d&rsquo;autre part, ils virent que les maux de l&rsquo;existence \u00e9taient si grands qu&rsquo;il \u00e9tait vraiment absurde de chercher \u00e0 prolonger la dur\u00e9e d&rsquo;une soci\u00e9t\u00e9 profond\u00e9ment mauvaise et incorrigible ; d\u00e8s lors il fallait d\u00e9sirer la fin du monde. \u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Sorel voit dans le \u00ab sens de l&rsquo;histoire des chr\u00e9tiens un h\u00e9ritage du juda\u00efsme <a id=\"ftnref37\" href=\"#ftn37\">[37]<\/a> \u00bb. C&rsquo;est une vue que partage Charles Guignebert, en pr\u00e9cisant cependant en quoi la notion du royaume promis aux premiers chr\u00e9tiens pouvait \u00eatre ambigu\u00eb : \u00ab Il est certain que les premiers chr\u00e9tiens n&rsquo;\u00e9taient pas mieux \u00e9clair\u00e9s que nous sur la repr\u00e9sentation qu&rsquo;il convenait de se faire du royaume, puisqu&rsquo;au lieu de s&rsquo;en tenir \u00e0 un enseignement pr\u00e9cis, comme ils l&rsquo;auraient fait s&rsquo;ils en avaient re\u00e7u un, ils laiss\u00e8rent le champ libre \u00e2 leur imagination. Ils invent\u00e8rent le mill\u00e9narisme : les justes rendus immortels ou ressuscit\u00e9s devaient vivre durant mille ans sur la terre sous l&rsquo;\u0153il bienveillant de Dieu et gouvern\u00e9s par le Christ dans la paix et l&rsquo;abondance. Cette grossi\u00e8re mat\u00e9rialisation du royaume gardait encore des partisans au temps de saint Augustin, et lui-m\u00eame n&rsquo;\u00e9tait pas sans tendresse pour elle. On entrevoit cependant que J\u00e9sus annon\u00e7ait la fin du monde pr\u00e9sent, qui serait pr\u00e9c\u00e9d\u00e9e de signes terribles, d\u00e8s longtemps fix\u00e9s par l&rsquo;imagination juive, la r\u00e9surrection de tous les hommes et un jugement g\u00e9n\u00e9ral, suivi de r\u00e9compenses et de ch\u00e2timents, avec l&rsquo;intervention des anges, des d\u00e9mons, et aussi du Fils de l&rsquo;Homme <a id=\"ftnref38\" href=\"#ftn38\">[38]<\/a>. \u00bb Guignebert, avec l&rsquo;autorit\u00e9 que lui donnent trente ann\u00e9es d&rsquo;enseignement d&rsquo;histoire du christianisme \u00e0 la Sorbonne et l&rsquo;ind\u00e9pendance d&rsquo;un esprit libre, a su mettre en relief la diversit\u00e9, la complexit\u00e9 des courants d&rsquo;influence qui ont pu exister \u2014 et s&rsquo;opposer \u2014 dans la primitive \u00c9glise. Il n&rsquo;en reste pas moins fort net sur l&rsquo;incompatibilit\u00e9 totale qui s&rsquo;est affirm\u00e9e, au fil des \u00e2ges, entre l&rsquo;\u00e9chelle de valeurs des chr\u00e9tiens et celle de la cit\u00e9 antique que symbolisait Rome <a id=\"ftnref39\" href=\"#ftn39\">[39]<\/a>.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">C&rsquo;est que le christianisme se pr\u00e9sente d&rsquo;abord comme un s\u00e9paratisme, puisqu&rsquo;il l\u00e9gitime la s\u00e9cession de fait des communaut\u00e9s chr\u00e9tiennes par rapport \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9 romaine. A. Bouch\u00e9-Leclercq, publiant en 1911 <em>l&rsquo;Intol\u00e9rance religieuse et la Politique<\/em> <a id=\"ftnref40\" href=\"#ftn40\">[40]<\/a>, voit bien qu&rsquo;il y a l\u00e0 le principe d&rsquo;une rupture irr\u00e9m\u00e9diable : \u00ab Ces soci\u00e9t\u00e9s vivent d\u00e9j\u00e0 sous la loi de Dieu : elles font dans les lois de l&#8217;empire le triage de celles qu&rsquo;elles peuvent accepter et de celles qu&rsquo;elles r\u00e9prouvent. \u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>La pers\u00e9cution des justes<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Depuis la g\u00e9n\u00e9ration des Loisy et des Guignebert, les historiens ont beaucoup \u00e9crit sur la fin du monde antique. Crise, d\u00e9mographique, politique, financi\u00e8re, \u00e9conomique, sociale, morale, intellectuelle, religieuse, voire&#8230; climatique : chaque auteur a pr\u00e9tendu trouver dans l&rsquo;une ou l&rsquo;autre la cause d\u00e9cisive de la chute de Rome <a id=\"ftnref41\" href=\"#ftn41\">[41]<\/a>. Comment ne pas comprendre qu&rsquo;en fait cette chute fut due \u00e0 un ensemble de facteurs, dont la mise en faisceau a \u00e9t\u00e9 fatale. Mais s&rsquo;il para\u00eet de moins en moins possible d&rsquo;expliquer par une seule cause la catastrophe, du moins est-il n\u00e9cessaire de bien voir que certaines forces de destruction ont jou\u00e9 un r\u00f4le d\u00e9cisif. Le christianisme est de celles-l\u00e0 et les historiens contemporains \u2014 y compris ceux qui, par leurs options personnelles, lui sont le plus favorables \u2014 le reconnaissent. Ainsi, Marcel Simon <a id=\"ftnref42\" href=\"#ftn42\">[42]<\/a> montre bien qu&rsquo;aucune communication \u2014 et donc compr\u00e9hension \u2014 r\u00e9elle ne pouvait exister entre chr\u00e9tiens et pa\u00efens lorsqu&rsquo;il \u00e9crit au sujet des apologistes : \u00ab Ils n&rsquo;ont pu que convaincre leurs interlocuteurs qu&rsquo;ils ne parlaient pas le m\u00eame langage. Leur recours \u00e0 la r\u00e9v\u00e9lation biblique et \u00e0 la proph\u00e9tie, qui constitue, bien plus que les arguments philosophiques, le vrai fondement de leur foi, reste inintelligible pour un pa\u00efen. En subordonnant la loi humaine \u00e0 la loi divine et aux imp\u00e9ratifs de leur conscience, ils d\u00e9montrent que leur loyalisme, si sinc\u00e8re qu&rsquo;il soit, n&rsquo;est pas cependant inconditionnel. \u00bb Le messianisme apocalyptique et l&rsquo;eschatologie h\u00e9rit\u00e9s du juda\u00efsme marquent d&rsquo;un tel sceau le christianisme primitif <a id=\"ftnref43\" href=\"#ftn43\">[43]<\/a> que les chr\u00e9tiens peuvent appara\u00eetre comme des \u00ab ennemis du genre humain \u00bb \u2014 selon l&rsquo;expression m\u00eame utilis\u00e9e par plusieurs auteurs pa\u00efens. D&rsquo;autant plus que la soif du martyre manifest\u00e9e par certains d&rsquo;entre eux semble, \u00e0 un esprit form\u00e9 par la culture antique, relever d&rsquo;un v\u00e9ritable masochisme. Jacques Moreau <a id=\"ftnref44\" href=\"#ftn44\">[44]<\/a>, auteur tr\u00e8s favorable aux th\u00e8ses catholiques, reconna\u00eet que, dans les \u00c9critures ou les textes des P\u00e8res, \u00ab la pers\u00e9cution n&rsquo;appara\u00eet pas seulement dans une perspective humaine, mais elle est la condition n\u00e9cessaire, sur le plan surnaturel, du salut du peuple de Dieu et des hommes pieux. Cette croyance, d&rsquo;origine juive, a trouv\u00e9 sa plus belle expression dans le sermon sur la montagne : \u00ab\u00a0Heureux serez-vous quand on vous ha\u00efra, quand on vous chassera, quand on vous outragera, quand on rejettera votre nom comme inf\u00e2me \u00e0 cause du Fils de l&rsquo;Homme.\u00a0\u00bb Les ap\u00f4tres sont envoy\u00e9s en mission parmi les hommes comme des brebis parmi les loups ; ils seront livr\u00e9s aux tribunaux, battus de verges ; trahis, ha\u00efs, errant de ville en ville, ils ne seront sauv\u00e9s que s&rsquo;ils pers\u00e9v\u00e8rent jusqu&rsquo;\u00e0 la fin. La pers\u00e9cution des justes est un des signes qui, avec l&rsquo;apparition de faux messies, les guerres, les cataclysmes et les famines, annoncent la fin des temps ; elle appara\u00eet, dans la perspective eschatologique des \u00c9vangiles, comme une in\u00e9luctable n\u00e9cessit\u00e9 ; les Actes et les \u00c9p\u00eetres saluent avec fiert\u00e9 les \u00c9glises que leurs tribulations et leurs souffrances rendent dignes du royaume de Dieu.\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>La sainte insoumission<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Les chr\u00e9tiens qui se jettent \u00e0 la t\u00eate du bourreau affirment ainsi qu&rsquo;ils ob\u00e9issent \u00e0 une loi qui n&rsquo;est pas de ce monde. C&rsquo;est en cela, pr\u00e9cis\u00e9ment, qu&rsquo;ils sont profond\u00e9ment subversifs. \u00ab En affirmant, \u00e9crit Michel Meslin <a id=\"ftnref45\" href=\"#ftn45\">[45]<\/a>, que le christianisme, ach\u00e8vement du juda\u00efsme, \u00e9tait d&rsquo;abord monoth\u00e9iste, les chr\u00e9tiens rejetaient les cadres d&rsquo;une soci\u00e9t\u00e9 religieuse et politique fond\u00e9e sur des structures polyth\u00e9istes. Mais surtout, en soutenant que la loi divine transcendait les lois \u00e9tablies par les hommes, ils portaient atteinte \u00e0 l&rsquo;int\u00e9grit\u00e9 de l&rsquo;Empire\u00a0\u00bb. M\u00eame les historiens, qui, comme Andr\u00e9 Piganiol, voient dans les invasions germaniques la cause d\u00e9terminante de la fin du monde romain, admettent que la cinqui\u00e8me colonne chr\u00e9tienne, exaltant la sainte insoumission, a frapp\u00e9 d&rsquo;un coup de poignard dans le dos les derniers d\u00e9fenseurs de l&rsquo;Empire <a id=\"ftnref46\" href=\"#ftn46\">[46]<\/a>. La hi\u00e9rarchie eccl\u00e9siastique pouvait, dans l&#8217;empire devenu chr\u00e9tien, transiger avec les principes lorsque l&rsquo;essentiel lui semblait ne pas \u00eatre en cause. Il n&#8217;emp\u00eache que ceux qui pr\u00e9tendaient incarner la conscience du christianisme ne pouvaient oublier que l&rsquo;ordre divin exige la disparition de cette volont\u00e9 de puissance que symbolisaient les aigles romaines <a id=\"ftnref47\" href=\"#ftn47\">[47]<\/a>.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Lorsqu&rsquo;un historien contemporain d\u00e9cide d&rsquo;ouvrir une nouvelle fois le dossier de la fin du monde romain, les pi\u00e8ces qu&rsquo;il y trouve sont accablantes pour les chr\u00e9tiens, m\u00eame si l&rsquo;auteur affirme ne pas vouloir, lui-m\u00eame, prendre parti sur le fond. C&rsquo;est ce qui s&rsquo;est produit pour Santo Mazzarino, qui pr\u00e9tendait, en publiant <em>la Fin du monde antique<\/em> (traduction fran\u00e7aise, Paris, 1973), s&rsquo;int\u00e9resser simplement aux \u00ab avatars d&rsquo;un th\u00e8me historiographique \u00bb. Or, au fil de son \u00e9tude, les constats qu&rsquo;il dresse sont r\u00e9v\u00e9lateurs. C&rsquo;est le m\u00e9pris et la haine pour l&rsquo;Empire qui, d\u00e9j\u00e0 pr\u00e9sents dans <em>le Commentaire sur Habacuc<\/em> <a id=\"ftnref48\" href=\"#ftn48\">[48]<\/a>, s&rsquo;expriment dans l&rsquo;\u0153uvre d&rsquo;un Commodien, \u00e9crivain chr\u00e9tien du III<sup>e<\/sup> si\u00e8cle qui se r\u00e9jouit des revers romains <a id=\"ftnref49\" href=\"#ftn49\">[49]<\/a>. Vers 407, dans son c\u00e9l\u00e8bre Commentaire sur Daniel, saint J\u00e9r\u00f4me justifie le d\u00e9mant\u00e8lement de l&rsquo;Empire : \u00ab Nous disons ce que nous ont transmis tous les auteurs de l&rsquo;\u00c9glise : \u00e0 la fin du monde, au temps o\u00f9 le r\u00e8gne des Romains devra \u00eatre d\u00e9truit, il y aura dix rois qui se partageront le monde romain. \u00bb La fin des temps s&rsquo;inscrit aussi bien dans l&rsquo;id\u00e9ologie orthodoxe <a id=\"ftnref50\" href=\"#ftn50\">[50]<\/a> que dans celle des sectes h\u00e9r\u00e9tiques qui mettent en mouvement les \u00ab masses fanatis\u00e9es de l&rsquo;Afrique donatiste, de la Syrie nestorienne, de l&rsquo;\u00c9gypte monophysite\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Certains auteurs ont voulu minimiser la responsabilit\u00e9 chr\u00e9tienne en affirmant que l&rsquo;apocalyptisme des premiers temps n&rsquo;\u00e9tait pas le fait de tous les chr\u00e9tiens et qu&rsquo;il s&rsquo;\u00e9tait, de plus, \u00e9vanoui avec l&rsquo;accession du christianisme au pouvoir, dans le cadre de l&rsquo;Empire constantinien <a id=\"ftnref51\" href=\"#ftn51\">[51]<\/a>. C&rsquo;est l&rsquo;immense m\u00e9rite du professeur Louis Rougier d&rsquo;avoir montr\u00e9, au fil de son \u0153uvre <a id=\"ftnref52\" href=\"#ftn52\">[52]<\/a>, qu&rsquo;il n&rsquo;en fut rien et qu&rsquo;en fait l&rsquo;incompatibilit\u00e9 entre le christianisme et le \u00ab g\u00e9nie de l&rsquo;Occident \u00bb, fruit de la tradition gr\u00e9co-romaine, \u00e9tait totale. Que ce soit dans l&rsquo;Antiquit\u00e9 ou au Moyen-\u00e2ge, l&rsquo;id\u00e9ologie chr\u00e9tienne n&rsquo;a pu que produire des syst\u00e8mes de pens\u00e9e marqu\u00e9s par le dogmatisme. Il a fallu que l&rsquo;\u00c9glise \u00e9vacue le message subversif de ses origines pour que le christianisme \u2014 devenu le catholicisme, c&rsquo;est-\u00e0-dire le contraire de l&rsquo;utopie anarchisante des \u00c9vangiles <a id=\"ftnref53\" href=\"#ftn53\">[53]<\/a> \u2014 puisse s&rsquo;acclimater sur le sol europ\u00e9en. Le professeur Rougier a fait \u0153uvre de ma\u00eetre en inspirant une nouvelle \u00e9cole historique, critique et positive, qui, repla\u00e7ant l&rsquo;\u00e9volution du christianisme dans l&rsquo;histoire des mentalit\u00e9s, entend d\u00e9barrasser son \u00e9tude des postulats id\u00e9ologiques et des partis pris a priori qui l&rsquo;encombrent encore. Ce qui n&rsquo;est pas sans lien avec une r\u00e9flexion portant sur l&rsquo;avenir de notre monde.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Car les germes de mort gui ont \u00e9puis\u00e9 peu \u00e0 peu l&rsquo;organisme romain n&rsquo;ont pas disparu. La\u00efcis\u00e9, le messianisme jud\u00e9o-chr\u00e9tien a donn\u00e9 naissance \u00e0 l&rsquo;\u00e9glise marxiste, avec ses dogmes, ses schismes, ses h\u00e9r\u00e9sies et son eschatologie apocalyptique, comme l&rsquo;a bien montr\u00e9 Raymond Aron <a id=\"ftnref54\" href=\"#ftn54\">[54]<\/a>. \u00ab L&rsquo;abandon de l&rsquo;individu dans le gr\u00e9garisme exalt\u00e9 <a id=\"ftnref55\" href=\"#ftn55\">[55]<\/a> reste une tentation pour les \u00e2mes faibles, qui peut conduire dans les rangs du parti, dans ceux des nombreuses sectes qui fleurissent sur les trottoirs des m\u00e9gapoles ou encore au sein des \u00c9glises, catholique ou protestante, qui, dans les m\u00e9lop\u00e9es d&rsquo;un Theiz\u00e9, retrouvent, pour exalter le r\u00f4le r\u00e9dempteur des masses du tiers monde, les accents de l&rsquo;\u00c9p\u00eetre de saint Jacques : \u00ab Eh bien ! maintenant, les riches ! Pleurez, hurlez sur les malheurs qui vont vous arriver. Votre or et votre argent sont rouill\u00e9s, et leur rouille t\u00e9moignera contre vous ; elle d\u00e9vorera vos chairs ; c&rsquo;est un feu que vous avez th\u00e9sauris\u00e9 dans vos derniers jours <a id=\"ftnref56\" href=\"#ftn56\">[56]<\/a> \u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Demain, l&rsquo;apocalypse ? Ce v\u0153u secret des premiers chr\u00e9tiens est aujourd&rsquo;hui encore l&rsquo;esp\u00e9rance de tous ceux qui refusent de regarder l&rsquo;avenir en face.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pierre Vial<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Sur Pierre Vial voir\u00a0: <\/em><a href=\"http:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Pierre_Vial_%28homme_politique%29\"><em>http:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Pierre_Vial_%28homme_politique%29<\/em><\/a><em> <\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<hr style=\"text-align: justify;\" size=\"1\" \/>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a id=\"ftn1\" href=\"#ftnref1\">[1]<\/a> Cit\u00e9 dans Pierre de Labriolle : <em>la Crise montaniste<\/em> (Paris, 1913).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a id=\"ftn2\" href=\"#ftnref2\">[2]<\/a> Urbs : la ville ; terme par lequel on d\u00e9signait Rome.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a id=\"ftn3\" href=\"#ftnref3\">[3]<\/a> S. Mazzarino : <em>la Fin du monde antique<\/em> \u2014 Avatars d&rsquo;un th\u00e8me historiographique (Paris, 1973).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a id=\"ftn4\" href=\"#ftnref4\">[4]<\/a> Agonie envoy\u00e9e, selon Orose, par le Dieu des chr\u00e9tiens \u00ab en punition des fautes des Romains \u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a id=\"ftn5\" href=\"#ftnref5\">[5]<\/a> Il ach\u00e8ve cette ann\u00e9e-l\u00e0 son \u0153uvre ma\u00eetresse, intitul\u00e9e Historiarum ab inclinations Romanorum imperii decades tres.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a id=\"ftn6\" href=\"#ftnref6\">[6]<\/a> Zosime fut un des derniers intellectuels romains \u00e0 avoir pris, dans la seconde moiti\u00e9 du V<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, la d\u00e9fense du paganisme, ce qui l&rsquo;avait amen\u00e9, dans une <em>Histoire nouvelle<\/em> o\u00f9 il d\u00e9crivait les derni\u00e8res d\u00e9cennies de l&rsquo;Empire, \u00e0 faire le proc\u00e8s du tr\u00e8s chr\u00e9tien et tr\u00e8s intol\u00e9rant empereur Th\u00e9odose : \u00ab Par la volont\u00e9 de Th\u00e9odose, le rite des sacrifices prit fin \u00e0 Rome ; et l&rsquo;on n\u00e9gligea ce qui venait de la tradition des anc\u00eatres. Pour cette raison, l&#8217;empire des Romains tomba en d\u00e9cadence. \u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a id=\"ftn7\" href=\"#ftnref7\">[7]<\/a> \u00c9douard Gibbon est n\u00e9 en 1737, mort en 1794. Lors d&rsquo;un s\u00e9jour \u00e0 Paris, en 1763, il se lia avec Diderot, d&rsquo;Alembert, Raynal, d&rsquo;Holbach et Helv\u00e9tius.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a id=\"ftn8\" href=\"#ftnref8\">[8]<\/a> Donnant une note biographique de Gibbon en introduction \u00e0 l&rsquo;\u00e9dition fran\u00e7aise de 1835 dont il \u00e9tait l&rsquo;auteur, J.A.C. Buchon \u00e9crit : \u00ab Une foi bien ardente n&rsquo;avait jamais \u00e9t\u00e9 le trait distinctif de ses croyances. \u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a id=\"ftn9\" href=\"#ftnref9\">[9]<\/a> Gibbon est tr\u00e8s conscient des difficult\u00e9s que cause \u00e0 l&rsquo;historien le parti pris des sources chr\u00e9tiennes concernant la fin de l&rsquo;Antiquit\u00e9 : \u00ab Les monuments suspects et imparfaits de l&rsquo;histoire eccl\u00e9siastique, \u00e9crit-il, nous mettent rarement en \u00e9tat d&rsquo;\u00e9carter les nuages \u00e9pais qui couvrent le berceau du christianisme. \u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a id=\"ftn10\" href=\"#ftnref10\">[10]<\/a> Les premiers chr\u00e9tiens aboutissaient \u00e0 cette conclusion au prix d&rsquo;une gymnastique arithm\u00e9tique quelque peu ahurissante et fond\u00e9e sur la version des Septante. Non sans quelques divergences puisque l&rsquo;\u00c9glise d&rsquo;Antioche comptait pr\u00e8s de six mille ans depuis la cr\u00e9ation du monde jusqu&rsquo;\u00e0 la naissance de J\u00e9sus, alors que l&rsquo;\u00c9glise grecque r\u00e9duisait ce nombre a cinq mille cinq cents, Eus\u00e8be, quant \u00e0 lui, se contentant de cinq mille deux cents ann\u00e9es.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a id=\"ftn11\" href=\"#ftnref11\">[11]<\/a> Efforts qui ont donn\u00e9 naissance \u00e0 un antis\u00e9mitisme \u00e0 base religieuse qui a surv\u00e9cu jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;\u00e9poque contemporaine.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a id=\"ftn12\" href=\"#ftnref12\">[12]<\/a> Voir \u00e0 ce sujet M. Simon : <em>Verus Isra\u00ebl<\/em> (Paris, 1948), et, du m\u00eame auteur, en collaboration avec A. Beno\u00eet : <em>le Juda\u00efsme et le Christianisme antique<\/em> (Paris, 1968).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a id=\"ftn13\" href=\"#ftnref13\">[13]<\/a> Citant un certain nombre d&rsquo;atrocit\u00e9s commises, au cours de guerres religieuses, par les Juifs r\u00e9volt\u00e9s \u2014 Grecs sci\u00e9s en deux, par exemple, \u00e0 Cyr\u00e8ne et \u00e0 Chypre \u2014, Gibbon ajoute : \u00ab Nous sommes tent\u00e9s d&rsquo;applaudir \u00e0 la vengeance s\u00e9v\u00e8re que les armes des l\u00e9gions tir\u00e8rent d&rsquo;une race de fanatiques qu&rsquo;une superstition barbare et cr\u00e9dule semblait rendre les ennemis implacables non seulement du gouvernement de Rome, mais encore de tout le genre humain. \u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a id=\"ftn14\" href=\"#ftnref14\">[14]<\/a> Vient immanquablement \u00e0 l&rsquo;esprit la comparaison avec le rigorisme des sectateurs de certaines \u00c9glises marxistes qui jugent \u00ab frivole \u00bb, \u00ab corrompue \u00bb et \u00ab bourgeoise \u00bb toute \u0153uvre ne s&rsquo;alignant pas sur le diktat de la \u00ab culture prol\u00e9tarienne \u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a id=\"ftn15\" href=\"#ftnref15\">[15]<\/a> Interdits particuli\u00e8rement d\u00e9velopp\u00e9s, bien s\u00fbr, dans les communaut\u00e9s chr\u00e9tiennes rest\u00e9es les plus fid\u00e8les aux racines juda\u00efques du christianisme.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a id=\"ftn16\" href=\"#ftnref16\">[16]<\/a> Il y aurait beaucoup \u00e0 dire sur la trouble attirance-r\u00e9pulsion qui se manifeste \u00e0 ce sujet des textes bibliques \u00e0 l&rsquo;\u0153uvre de Freud, dans la tradition jud\u00e9o-chr\u00e9tienne.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a id=\"ftn17\" href=\"#ftnref17\">[17]<\/a> L&rsquo;interpr\u00e9tation du p\u00e9ch\u00e9 originel, tel qu&rsquo;il est d\u00e9crit dans la Gen\u00e8se, est particuli\u00e8rement r\u00e9v\u00e9latrice : la tentation d\u00e9bouche sur 1&rsquo;\u00ab acte de chair \u00bb, donc sur la procr\u00e9ation. Or le grand reproche qui est fait \u00e0 Adam et \u00c8ve est d&rsquo;avoir cueilli le \u00ab fruit d\u00e9fendu \u00bb, c&rsquo;est-\u00e0-dire le fruit de l&rsquo;arbre de la connaissance. Ce faisant, les cr\u00e9atures qu&rsquo;ils \u00e9gaient se lib\u00e9raient de la tutelle du Cr\u00e9ateur puisqu&rsquo;ils devenaient eux-m\u00eames capables de cr\u00e9ation en donnant la vie \u00e0 un autre \u00eatre. C&rsquo;est cet acte d&rsquo;affranchissement, de lib\u00e9ration \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard d&rsquo;un Dieu seul d\u00e9tenteur jusque-l\u00e0 du pouvoir de cr\u00e9ation qui est impardonnable dans la perspective biblique, comme il l&rsquo;est pour les religions n\u00e9es du monoth\u00e9isme juda\u00efque, christianisme et islam \u2014 les \u00ab religions du Livre \u00bb \u2014 o\u00f9 l&rsquo;\u00eatre humain ne peut \u00eatre \u2014 selon la formule musulmane \u2014 que \u00ab dans la main d&rsquo;Allah \u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a id=\"ftn18\" href=\"#ftnref18\">[18]<\/a> On conna\u00eet la phrase fameuse de saint Paul : \u00ab Plut\u00f4t que de br\u00fbler, mariez-vous. \u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a id=\"ftn19\" href=\"#ftnref19\">[19]<\/a> \u00ab D\u00e8s que le d\u00e9sir eut \u00e9t\u00e9 interpr\u00e9t\u00e9 comme un crime, \u00e9crit Gibbon, et le mariage tol\u00e9r\u00e9 comme un d\u00e9faut, selon les m\u00eames principes, le c\u00e9libat devint l&rsquo;\u00e9tat qui approchait le plus de la perfection divine. \u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a id=\"ftn20\" href=\"#ftnref20\">[20]<\/a> \u00ab Comme c&rsquo;\u00e9tait en g\u00e9n\u00e9ral sa pratique d&rsquo;all\u00e9goriser l&rsquo;\u00c9criture, note Gibbon avec un humour froid, il est malheureux que dans cette occasion seulement, il ait pris le sens litt\u00e9ral. \u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a id=\"ftn21\" href=\"#ftnref21\">[21]<\/a> \u00ab Une soci\u00e9t\u00e9 s\u00e9par\u00e9e, \u00e9crit Gibbon, qui attaquait la religion dominante de l&#8217;empire, \u00e9tait oblig\u00e9e d&rsquo;adopter quelque forme de police int\u00e9rieure et de cr\u00e9er un nombre suffisant de ministres, charg\u00e9s non seulement des fonctions spirituelles, mais encore de la direction temporelle de la r\u00e9publique chr\u00e9tienne. \u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a id=\"ftn22\" href=\"#ftnref22\">[22]<\/a> Gibbon voit bien le sens du non possumus des chr\u00e9tiens : \u00ab La plus petite marque de respect pour le culte national e\u00fbt \u00e9t\u00e9 \u00e0 leurs yeux un hommage direct rendu aux esprits infernaux et un acte de r\u00e9bellion contre la majest\u00e9 de Dieu [&#8230;]. Tout chr\u00e9tien rejetait avec m\u00e9pris les superstitions de sa famille, de sa ville, de sa province. Le corps entier des chr\u00e9tiens refusait unanimement de reconna\u00eetre les dieux de Rome, de l&#8217;empire et de l&rsquo;univers. \u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a id=\"ftn23\" href=\"#ftnref23\">[23]<\/a> Les chr\u00e9tiens pr\u00eataient le flanc \u00e0 la suspicion populaire. L&rsquo;\u00c9glise connut tr\u00e8s t\u00f4t plusieurs courants de pens\u00e9e \u00ab d\u00e9viationnistes \u00bb, d\u00e9nonc\u00e9s comme h\u00e9r\u00e9tiques. Les dissensions entre fractions chr\u00e9tiennes rivales donnaient des arguments \u00e0 ceux qui voyaient dans les lieux de culte de la nouvelle religion des endroits mal fam\u00e9s. Ainsi Gibbon \u00e9voque \u00ab la conduite peu judicieuse des apologistes eux-m\u00eames, qui trahissaient la cause commune de la religion pour satisfaire leur haine contre les ennemis de l&rsquo;\u00c9glise. Tant\u00f4t ils insinuaient faiblement, tant\u00f4t ils soutenaient \u00e0 haute voix que les marcionites, les carpocratiens et les autres sectes de gnostiques c\u00e9l\u00e9braient r\u00e9ellement les m\u00eames sacrifices sanglants, les m\u00eames f\u00eates incestueuses, si faussement attribu\u00e9s aux vrais fid\u00e8les [&#8230;]. Les schismatiques faisaient retomber de pareilles accusations sur l&rsquo;\u00c9glise, dont ils avaient abandonn\u00e9 la communion ; et l&rsquo;on reconnaissait de tous c\u00f4t\u00e9s que la licence la plus scandaleuse r\u00e9gnait parmi un grand nombre de ceux qui affectaient le nom de chr\u00e9tiens. \u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a id=\"ftn24\" href=\"#ftnref24\">[24]<\/a> \u00ab Le savant Orig\u00e8ne, \u00e9crit-il, qui avait \u00e9tudi\u00e9 et qui connaissait par exp\u00e9rience l&rsquo;histoire de l&rsquo;\u00c9glise, d\u00e9clare, dans les termes les plus formels, qu&rsquo;il existait un tr\u00e8s petit nombre de martyrs. Son autorit\u00e9 suffirait seule pour d\u00e9truire cette arm\u00e9e innombrable de confesseurs dont les reliques, tir\u00e9es pour la plupart des catacombes de Rome, ont rempli tant d&rsquo;\u00e9glises et dont les aventures merveilleuses ont \u00e9t\u00e9 le sujet de tant de romans sacr\u00e9s. Mais l&rsquo;assertion g\u00e9n\u00e9rale d&rsquo;Orig\u00e8ne est expliqu\u00e9e et confirm\u00e9e par le t\u00e9moignage particulier de saint Denis, son ami, qui, dans la ville immense d&rsquo;Alexandrie, et du temps de la pers\u00e9cution rigoureuse de l&#8217;empereur Decius, compte seulement dix hommes et sept femmes ex\u00e9cut\u00e9s pour avoir profess\u00e9 la religion chr\u00e9tienne. \u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a id=\"ftn25\" href=\"#ftnref25\">[25]<\/a> Gibbon note que Marcia, la concubine de l&#8217;empereur Commode, avait au moins des sympathies pour le christianisme. La nourrice et le pr\u00e9cepteur de Caracalla \u00e9taient chr\u00e9tiens. Sous les S\u00e9v\u00e8re, \u00ab les r\u00e8gnes de ces princes, qui tiraient leur origine des provinces asiatiques, furent les plus favorables aux chr\u00e9tiens. \u00bb Quant \u00e0 Philippe l&rsquo;Arabe, \u00ab d\u00e8s que ce prince, n\u00e9 dans le voisinage de la Palestine, eut usurp\u00e9 le tr\u00f4ne, les chr\u00e9tiens acquirent un ami et un protecteur. \u00bb Sous Diocl\u00e9tien, l&rsquo;imp\u00e9ratrice Prisca et sa fille Val\u00e9rie semblent avoir \u00e9t\u00e9 sensibles \u00e0 la pr\u00e9dication chr\u00e9tienne, cependant que \u00ab les principaux eunuques, Lucien et Doroth\u00e9e, Gorgonius et Andr\u00e9, qui accompagnaient la personne de Diocl\u00e9tien, poss\u00e9daient sa faveur et gouvernaient sa maison, prot\u00e9g\u00e8rent par leur influence puissante la foi qu&rsquo;ils avaient embrass\u00e9e \u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a id=\"ftn26\" href=\"#ftnref26\">[26]<\/a> Tout au long de l&rsquo;histoire, les mouvements de \u00ab r\u00e9veil \u00bb, canalis\u00e9s \u2014 nous dirions aujourd&rsquo;hui r\u00e9cup\u00e9r\u00e9s \u2014 au sein de l&rsquo;\u00c9glise ou d\u00e9bouchant sur l&rsquo;h\u00e9r\u00e9sie, ont toujours eu pour base sociologique des milieux pauvres et peu cultiv\u00e9s, voire carr\u00e9ment des marginaux et des exclus.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a id=\"ftn27\" href=\"#ftnref27\">[27]<\/a> Gibbon signale, par exemple, les deux incendies qui, \u00e0 quinze jours d&rsquo;intervalle, ravag\u00e8rent le palais de Diocl\u00e9tien \u00e0 Nicom\u00e9die. \u00ab Quoique ces deux fois, \u00e9crit-il, on l&rsquo;\u00e9teign\u00eet avant qu&rsquo;il e\u00fbt caus\u00e9 quelque dommage consid\u00e9rable, ce renouvellement singulier du m\u00eame accident parut avec raison une preuve \u00e9vidente qu&rsquo;il n&rsquo;avait point \u00e9t\u00e9 l&rsquo;effet du hasard ou de la n\u00e9gligence. Le soup\u00e7on tombait naturellement sur les chr\u00e9tiens. On insinua, non sans quelque degr\u00e9 de probabilit\u00e9, que ces fanatiques, anim\u00e9s par le d\u00e9sespoir, irrit\u00e9s par leurs souffrances, avaient conspir\u00e9 avec leurs fr\u00e8res les eunuques du palais contre la vie des deux empereurs, qu&rsquo;ils d\u00e9testaient comme les ennemis irr\u00e9conciliables de l&rsquo;\u00c9glise de Dieu. \u00bb Gibbon note que les historiens eccl\u00e9siastiques qui relatent l&rsquo;\u00e9v\u00e9nement sont curieusement silencieux sur ses causes.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a id=\"ftn28\" href=\"#ftnref28\">[28]<\/a> Apr\u00e8s sa premi\u00e8re le\u00e7on, o\u00f9 il avait appel\u00e9 J\u00e9sus un \u00ab homme incomparable \u00bb, son cours fut suspendu, puis supprim\u00e9 jusqu&rsquo;en 1870.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a id=\"ftn29\" href=\"#ftnref29\">[29]<\/a> On conna\u00eet la c\u00e9l\u00e8bre phrase de Tertullien : \u00ab Nous n&rsquo;avons qu&rsquo;une r\u00e9publique, c&rsquo;est le monde. \u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a id=\"ftn30\" href=\"#ftnref30\">[30]<\/a> \u00ab Le grand affaiblissement, \u00e9crit Renan, qui se remarque dans l&rsquo;arm\u00e9e romaine \u00e0 la fin du II<sup>e<\/sup> si\u00e8cle et qui \u00e9clate surtout au III<sup>e<\/sup>, a sa cause dans le christianisme. \u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a id=\"ftn31\" href=\"#ftnref31\">[31]<\/a> Renan, faisant remarquer la communaut\u00e9 d&rsquo;inspiration qui existe, \u00e0 ce sujet, entre tradition juda\u00efque et tradition chr\u00e9tienne, cite le Talmud de Babylone (Pesahim, 50 a) : \u00ab Un jour Rab Joseph, fils de Rab Josu\u00e9 ben L\u00e9vi, \u00e9tant tomb\u00e9 en l\u00e9thargie, son p\u00e8re lui demanda, quand il fut revenu \u00e0 lui : Qu&rsquo;as-tu vu dans le ciel ? \u2014 J&rsquo;ai vu, r\u00e9pondit Joseph, le monde renvers\u00e9 : les plus puissants \u00e9taient au dernier rang ; les plus humbles au premier. \u2014 C&rsquo;est le monde normal que tu as vu, mon fils. \u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a id=\"ftn32\" href=\"#ftnref32\">[32]<\/a> \u00ab Le grand jour, malgr\u00e9 les affirmations de J\u00e9sus et des proph\u00e8tes inspir\u00e9s de lui, refusait de venir. Le Christ tardait \u00e0 se montrer [&#8230;]. Il \u00e9tait in\u00e9vitable que des rigoristes trouvassent qu&rsquo;on s&rsquo;enfon\u00e7ait dans la fange de la plus dangereuse mondanit\u00e9, et qu&rsquo;il s&rsquo;\u00e9lev\u00e2t un parti de pi\u00e9tistes pour combattre la ti\u00e9deur g\u00e9n\u00e9rale, pour continuer les dons surnaturels de l&rsquo;\u00c9glise apostolique, et pr\u00e9parer l&rsquo;humanit\u00e9, par un redoublement d&rsquo;aust\u00e9rit\u00e9, aux \u00e9preuves des derniers jours [&#8230;]. Il \u00e9tait in\u00e9vitable que les id\u00e9es qui avaient form\u00e9 le fonds du christianisme naissant reparussent de temps en temps, au milieu de cet affaissement g\u00e9n\u00e9ral, avec ce qu&rsquo;elles avaient de s\u00e9v\u00e8re et d&rsquo;effrayant. Le fanatisme, que mitigeait le bon sens orthodoxe, faisait des esp\u00e8ces d&rsquo;\u00e9ruptions, comme un volcan comprim\u00e9.\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a id=\"ftn33\" href=\"#ftnref33\">[33]<\/a> \u00ab Une vie de haut asc\u00e9tisme, note Renan, \u00e9tait la cons\u00e9quence de cette foi br\u00fblante en la venue prochaine de Dieu sur terre. \u00bb Il ajoute, rejoignant en cela Gibbon : \u00ab Les disciplines aust\u00e8res sont toujours contagieuses dans les foules, incapables de haute spiritualit\u00e9 ; car elles rendent le salut certain \u00e0 bon march\u00e9, et elles sont faciles \u00e0 pratiquer pour les simples qui n&rsquo;ont que leur bonne volont\u00e9. \u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a id=\"ftn34\" href=\"#ftnref34\">[34]<\/a> \u00ab Il r\u00e9ussit, malgr\u00e9 ses exag\u00e9rations, ou plut\u00f4t \u00e0 cause de ses exag\u00e9rations m\u00eames, \u00e0 recruter dans l&rsquo;\u00c9glise universelle tous les aust\u00e8res, tous les excessifs. Il \u00e9tait si bien dans la logique du christianisme ! [&#8230;]. Avec ses abstinences contre nature, sa m\u00e9sestime du mariage, sa condamnation des secondes noces, le montanisme n&rsquo;est autre chose qu&rsquo;un mill\u00e9narisme cons\u00e9quent, et le mill\u00e9narisme, c&rsquo;\u00e9tait le christianisme lui-m\u00eame. \u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a id=\"ftn35\" href=\"#ftnref35\">[35]<\/a> A. Loisy : <em>la Naissance du christianisme<\/em> (Paris, 1933). Loisy, ordonn\u00e9 pr\u00eatre en 1879, a \u00e9t\u00e9 professeur d&rsquo;h\u00e9breu puis d&rsquo;\u00c9criture sainte \u00e0 l&rsquo;Institut catholique de Paris, avant de devenir un des chefs de file du modernisme. Professant l&rsquo;ind\u00e9pendance absolue de la critique biblique et de l&rsquo;histoire eccl\u00e9siastique par rapport \u00e0 la R\u00e9v\u00e9lation et aux dogmes, il fut condamn\u00e9 par le Saint-Office en 1903 et excommuni\u00e9 en 1908. Rompant alors avec l&rsquo;\u00c9glise, il devint professeur d&rsquo;histoire des religions au Coll\u00e8ge de France (1909-1933). Il a laiss\u00e9 une \u0153uvre de premi\u00e8re importance, qu&rsquo;\u00e9tudie Denise Dumont-Dressy dans sa th\u00e8se : <em>Histoire et religion dans l&rsquo;\u0153uvre d&rsquo;Alfred Loisy<\/em>.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a id=\"ftn36\" href=\"#ftnref36\">[36]<\/a> On sait que L\u00e9nine et Mussolini ont \u00e9t\u00e9 tous deux des lecteurs attentifs de l&rsquo;\u0153uvre de Sorel, en particulier des <em>R\u00e9flexions sur la violence<\/em> (Paris, 1908).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a id=\"ftn37\" href=\"#ftnref37\">[37]<\/a> \u00ab Le christianisme, \u00e9crit-il, empruntait aux \u00e9crivains h\u00e9breux une conception providentielle, singuli\u00e8rement pauvre, de l&rsquo;histoire. \u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a id=\"ftn38\" href=\"#ftnref38\">[38]<\/a> C. Guignebert : <em>Manuel d&rsquo;histoire ancienne du christianisme<\/em> (Paris, 1907).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a id=\"ftn39\" href=\"#ftnref39\">[39]<\/a> \u00ab Les chr\u00e9tiens des premiers \u00e2ges, \u00e9crit-il dans <em>le Christianisme antique<\/em> (Paris, 1921), croyaient la fin du monde imminente et ils la d\u00e9siraient ; tout naturellement, ils se d\u00e9tachaient des soucis et des devoirs de la vie terrestre et, dans leur c\u0153ur, l&rsquo;amour de la J\u00e9rusalem c\u00e9leste faisait grand tort \u00e0 celui de la patrie romaine. Le service militaire leur \u00e9tait odieux parce qu&rsquo;il comportait des obligations idol\u00e2triques et qu&rsquo;ils ex\u00e9craient la guerre ; leur participation au service civil leur semblait superflue ; ils se refusaient obstin\u00e9ment \u00e0 prendre part \u00e0 aucune des manifestations loyalistes que le gouvernement imp\u00e9rial r\u00e9clamait parce qu&rsquo;elles rev\u00eataient toutes un caract\u00e8re religieux. Leur conscience religieuse se montrait tr\u00e8s chatouilleuse et les obligeait \u00e0 opposer quantit\u00e9 de non possumus aux exigences les plus usuelles de la vie civile. \u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a id=\"ftn40\" href=\"#ftnref40\">[40]<\/a> Ce libre penseur, professeur \u00e0 la Sorbonne et membre de l&rsquo;Institut, esp\u00e8re, sans trop y croire, Pouvoir placer le d\u00e9bat sur un terrain purement scientifique. \u00ab Encore que j&rsquo;aie \u00e9vit\u00e9 avec soin toute apparence de pol\u00e9mique, note-t-il dans son avant-propos, toute allusion d\u00e9sobligeante pour les personnes, je ne serais pas autrement \u00e9tonn\u00e9 de d\u00e9plaire aux intol\u00e9rants de tous les partis gens de logique simpliste, qui proc\u00e8dent par jugements sommaires et solutions radicales. Peut-\u00eatre m&rsquo;est-il permis, par compensation, d&rsquo;esp\u00e9rer bon accueil aupr\u00e8s des esprits vraiment lib\u00e9raux, s&rsquo;il en reste encore. \u00bb Un tel souhait n&rsquo;a-t-il pas encore beaucoup d&rsquo;actualit\u00e9 ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a id=\"ftn41\" href=\"#ftnref41\">[41]<\/a> A. Piganiol : <em>l&rsquo;Empire chr\u00e9tien<\/em> (Paris, 1947), puis R. R\u00e9mondon : <em>la Crise de l&#8217;empire romain<\/em> (Paris, 1964), ont pass\u00e9 en revue les diff\u00e9rentes th\u00e8ses, non sans les critiquer au passage.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a id=\"ftn42\" href=\"#ftnref42\">[42]<\/a> Marcel Simon et Andr\u00e9 Benoit, op. cit.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a id=\"ftn43\" href=\"#ftnref43\">[43]<\/a> Marcel Simon montre avec nettet\u00e9 l&rsquo;importance de cet h\u00e9ritage, pp. 65-68 de l&rsquo;ouvrage d\u00e9j\u00e0 cit\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a id=\"ftn44\" href=\"#ftnref44\">[44]<\/a> J. Moreau : <em>la Pers\u00e9cution du christianisme dans l&#8217;empire romain<\/em> (Paris. 1956).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a id=\"ftn45\" href=\"#ftnref45\">[45]<\/a> M. Meslin : <em>le Christianisme dans l&#8217;empire romain<\/em> (Paris, 1970).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a id=\"ftn46\" href=\"#ftnref46\">[46]<\/a> Dans <em>l&rsquo;Empire chr\u00e9tien<\/em> (Paris, 1947) Piganiol a ce jugement sans \u00e9quivoque : \u00ab Le christianisme n&rsquo;avait pas d\u00e9clar\u00e9 la guerre \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9 romaine, mais il l&rsquo;avait condamn\u00e9e. Il attendait impatiemment la chute de la nouvelle Babylone, qui serait le premier \u00e9pisode de la fin du monde. C&rsquo;est pourquoi, avant l&rsquo;av\u00e8nement de Constantin, le chr\u00e9tien faisait gr\u00e8ve, fuyait les charges de l&rsquo;\u00c9tat, refusait de se battre pour Rome. Le rem\u00e8de h\u00e9ro\u00efque de Constantin, appeler les chr\u00e9tiens \u00e0 gouverner, est comparable \u00e0 celui qu&rsquo;appliquerait l&rsquo;homme d&rsquo;\u00c9tat qui confierait le pouvoir aux r\u00e9volutionnaires, dans l&rsquo;espoir que l&rsquo;exp\u00e9rience les assagirait [&#8230;]. Mais, quand Rome traversa la crise supr\u00eame, les chr\u00e9tiens, la voyant perdue, l&rsquo;ont trait\u00e9e de cit\u00e9 du diable et l&rsquo;ont de nouveau trahie. La patrie romaine a beaucoup \u00e0 se plaindre de ces mauvais citoyens. \u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a id=\"ftn47\" href=\"#ftnref47\">[47]<\/a> \u00ab Certains chr\u00e9tiens, des moines souvent, pouss\u00e8rent le refus du ralliement \u00e0 l&#8217;empire si loin qu&rsquo;ils prirent, au moins en parole, le parti des barbares lors des invasions. Le plus typique fut le moine gaulois Salvien qui, au V<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, affirma que les barbares \u00e9taient les instruments de la vengeance divine contre les Romains corrompus. On voit ici une survivance du vieil esprit eschatologique qui attendait l&rsquo;av\u00e8nement du royaume de Dieu apr\u00e8s la destruction imminente de l&rsquo;ordre humain existant. \u00bb C. Lepelley : <em>l&rsquo;Empire romain et le Christianisme<\/em> (Paris, 1969).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a id=\"ftn48\" href=\"#ftnref48\">[48]<\/a> Il s&rsquo;agit d&rsquo;un des c\u00e9l\u00e8bres \u00ab manuscrits de la mer Morte \u00bb, qui ont apport\u00e9 beaucoup pour la connaissance des liaisons \u00e9tablies entre certains milieux du juda\u00efsme et le christianisme primitif.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a id=\"ftn49\" href=\"#ftnref49\">[49]<\/a> \u00c9voquant avec joie les envahisseurs goths et donnant \u00e0 leur roi le nom d&rsquo;Apollyon, l&rsquo;\u00ab Exterminateur \u00bb, emprunt\u00e9 \u00e0 l&rsquo;Apocalypse de saint Jean, il \u00e9crit : \u00ab Il marche sur Rome avec nombre de milliers d&rsquo;hommes, et par la volont\u00e9 de Dieu il subjugue les Romains et les fait prisonniers. Nombreux les s\u00e9nateurs, prisonniers, qui alors pleurent. \u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a id=\"ftn50\" href=\"#ftnref50\">[50]<\/a> \u00ab Au fond de tous les pessimismes chr\u00e9tiens, \u00e9crit Mazzarino, qu&rsquo;ils fussent violents comme chez Commodien, ou m\u00e9dit\u00e9s comme chez Dionysius, il y avait toujours la conviction apocalyptique d&rsquo;une fin du monde, plus ou moins proche, mais, en tout cas, certaine. Les livres saints, le Livre de Daniel et l&rsquo;Apocalypse de saint Jean semblaient en donner l&rsquo;assurance. \u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a id=\"ftn51\" href=\"#ftnref51\">[51]<\/a> Cette position est d\u00e9fendue, par exemple, par Marcel Simon dans <em>la Civilisation de l&rsquo;Antiquit\u00e9 et le Christianisme<\/em> (Paris, 1972). Celui-ci doit reconna\u00eetre cependant qu&rsquo;un saint Augustin, qui, \u00ab comme chr\u00e9tien, veut voir plus loin que la catastrophe de 410, livre ainsi un aveu : \u00ab Ce faisant, qu&rsquo;il le veuille ou non, il se d\u00e9solidarise de Rome, car il est moins pr\u00e9occup\u00e9 de la grandeur p\u00e9rissable d&rsquo;une ville qui s&rsquo;est crue \u00e0 tort \u00e9ternelle que de l&rsquo;accomplissement de la volont\u00e9 divine. \u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a id=\"ftn52\" href=\"#ftnref52\">[52]<\/a> En particulier dans <em>la Scolastique et le Thomisme<\/em> (1925), <em>Celse<\/em> (1926), <em>le G\u00e9nie de l&rsquo;Occident<\/em> (1969), <em>la Gen\u00e8se des dogmes chr\u00e9tiens<\/em> (1972), <em>le Conflit du christianisme primitif et de la civilisation antique<\/em> (1974).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a id=\"ftn53\" href=\"#ftnref53\">[53]<\/a> Bien connue est la phrase du cardinal Dani\u00e9lou : \u00ab Si nous s\u00e9parons l&rsquo;\u00c9vangile de l&rsquo;\u00c9glise, celui-ci devient fou. \u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a id=\"ftn54\" href=\"#ftnref54\">[54]<\/a> R. Aron : <em>l&rsquo;opium des intellectuels<\/em> (Paris, 1968). Dans un r\u00e9cent article intitul\u00e9 \u00ab Catholicisme et communisme : deux \u00c9glises en crise (le Monde, 17 ao\u00fbt 1976), Alfred Grosser \u00e9voque \u00ab le besoin de la grande explication simple et s\u00e9curisante ayant conduit tant de catholiques \u00e0 substituer l&rsquo;eschatologie de la soci\u00e9t\u00e9 sans classe \u00e0 celle de l&rsquo;av\u00e8nement du royaume de Dieu \u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a id=\"ftn55\" href=\"#ftnref55\">[55]<\/a> La formule est de Louis Pauwels, Question de, n\u00b0 12.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a id=\"ftn56\" href=\"#ftnref56\">[56]<\/a> \u00c9p\u00eetre de saint Jacques (traduction de la Soci\u00e9t\u00e9 biblique de J\u00e9rusalem, Le Cerf, 1956).<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>C&rsquo;est sans doute le plus grand m\u00e9rite de Gibbon d&rsquo;avoir clairement aper\u00e7u en quoi les chr\u00e9tiens, apportant une \u00e9chelle des valeurs, une vision du monde inconciliable avec celle de l&rsquo;Antiquit\u00e9 pa\u00efenne, ont \u00e9t\u00e9 amen\u00e9s \u00e0 constituer une contre-soci\u00e9t\u00e9, refusant la soci\u00e9t\u00e9 romaine dont ils \u00e9taient th\u00e9oriquement membres et m\u00eame attendant avec impatience, dans leur logique propre, la fin d&rsquo;un monde qui n&rsquo;\u00e9tait, selon eux, qu&rsquo;apparence et vaine agitation.<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[758],"tags":[280,759,647],"class_list":["post-5010","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-vial-pierre","tag-christianisme","tag-fin-des-temps","tag-histoire"],"yoast_head":"<!-- This site is optimized with the Yoast SEO plugin v27.0 - 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