{"id":5249,"date":"2010-10-12T20:16:44","date_gmt":"2010-10-12T19:16:44","guid":{"rendered":"http:\/\/pro.ovh.net\/~emillena\/blog\/?p=5249"},"modified":"2011-09-29T03:02:49","modified_gmt":"2011-09-29T02:02:49","slug":"le-mysterieux-chef-doeuvre-de-giulio-camillo-par-aime-michel","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/le-mysterieux-chef-doeuvre-de-giulio-camillo-par-aime-michel\/","title":{"rendered":"Le myst\u00e9rieux chef-d\u2019\u0153uvre de Giulio Camillo par Aim\u00e9 Michel"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\">(Revue Question De. No 17. Mars-Avril 1977)<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Aim\u00e9 Michel relate ici l&rsquo;histoire du th\u00e9\u00e2tre de la m\u00e9moire de Giulio Camillo, \u00e9rudit fameux du XVI<sup>e<\/sup> si\u00e8cle. Cette histoire est analys\u00e9e en d\u00e9tail dans le livre de Frances A. Yates, \u00ab <em>l&rsquo;Art de la m\u00e9moire<\/em> \u00bb, paru aux \u00e9ditions Gallimard. Miss Yates est professeur d&rsquo;histoire de la Renaissance \u00e0 l&rsquo;universit\u00e9 de Londres. Ses travaux portent surtout sur l&rsquo;herm\u00e9tisme et Giordano Bruno. Dans cet ouvrage fascinant, elle fait d\u00e9couvrir que, d\u00e8s l&rsquo;Antiquit\u00e9, les Grecs et les Romains avaient invent\u00e9 un art de la m\u00e9moire. Bri\u00e8vement r\u00e9sum\u00e9, ce syst\u00e8me mn\u00e9motechnique consistait \u00e0 imprimer dans la m\u00e9moire une s\u00e9rie de \u00ab lieux \u00bb qui \u00e9voquaient immanquablement les images ou les mots dont il fallait se souvenir. C&rsquo;est Quintilien qui explique que, pour former ces lieux dans la m\u00e9moire, il faut se rappeler un b\u00e2timent spacieux avec toutes ses pi\u00e8ces et ses ornements. Les images qui doivent rappeler le discours (car cet art \u00e9tait surtout utilis\u00e9 par les orateurs) sont alors plac\u00e9es en imagination dans les lieux qui ont \u00e9t\u00e9 m\u00e9moris\u00e9s dans le b\u00e2timent. Cet art de la m\u00e9moire, apr\u00e8s les Romains, semble s&rsquo;\u00eatre perdu, ou tout au moins s&rsquo;\u00eatre transmis uniquement sous une forme occulte, jusqu&rsquo;\u00e0 la Renaissance. Quelques \u00e9rudits du XVI<sup>e<\/sup> si\u00e8cle l&rsquo;ont ressuscit\u00e9 : ainsi Giulio Camillo avec son th\u00e9\u00e2tre magique, qui, en fait, d\u00e9forme un th\u00e9\u00e2tre r\u00e9el en fonction d&rsquo;un syst\u00e8me herm\u00e9tique de m\u00e9moire; ainsi surtout le grand Giordano Bruno, artiste, po\u00e8te et philosophe occultiste qui d\u00e9fendit toute sa vie l&rsquo;imagination, l&rsquo;art des images, comme moyen de saisir l&rsquo;organisation du monde.<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">J&rsquo;ai toujours r\u00eav\u00e9 de voir et, surtout, de voir de pr\u00e8s et de toucher et retourner dans mes mains un objet magique. Par exemple l&rsquo;un de ces miroirs <a id=\"ftnref1\" href=\"#ftn1\">[1]<\/a> dont parle Jamblique dans ses <em>Myst\u00e8res d&rsquo;\u00c9gypte<\/em> et qui, \u00e0 l&rsquo;en croire, auraient \u00e9t\u00e9 de son temps chose tout ordinaire, montrant le futur, le pass\u00e9, les tr\u00e9sors cach\u00e9s, et si vous \u00eates cocu.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Ou bien la \u00ab t\u00eate parlante \u00bb de saint Vincent de Paul, que le saint avait, de ses mains, fabriqu\u00e9e \u00e0 Rome, chez le pape, et qui produisait les m\u00eames prodiges que les miroirs de Jamblique. Le pape et les cardinaux en auraient \u00e9t\u00e9 \u00e9merveill\u00e9s. Moi aussi, si j&rsquo;avais pu la voir et la tripoter un peu, chez moi, dans un coin bien abrit\u00e9 des tours de ventriloquie ou autres. Ou seulement si l&rsquo;on en avait d&rsquo;autres t\u00e9moignages que celui de saint Vincent de Paul dont j&rsquo;admire les vertus et dont les excellentes nonnes portaient, nagu\u00e8re encore, h\u00e9las, de si jolies cornettes en forme de MIG-25 ! Malheureusement ces nonnes s&rsquo;habillent maintenant comme des minettes, et personne, en dehors de saint Vincent de Paul lui-m\u00eame, ne parle de sa t\u00eate imbattable au jeu des l000 francs.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Le seul objet un peu magique qu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;\u00e2ge de cinquante-sept ans il m&rsquo;ait \u00e9t\u00e9 donn\u00e9 de regarder et manipuler \u00e0 loisir n&rsquo;est qu&rsquo;une tranche de bifteck, mais dess\u00e9ch\u00e9e d&rsquo;une br\u00e8ve imposition de mains par un gu\u00e9risseur que je ne nommerai pas ; je ne le nommerai pas, car si je l&rsquo;ai vu dess\u00e9cher mon bifteck ou, plus exactement, le rendre imputrescible (il a s\u00e9ch\u00e9 apr\u00e8s, chez moi, c&rsquo;est du bifteck que je parle), je ne l&rsquo;ai vu gu\u00e9rir personne, m\u00eame pas moi qui \u00e9tais tout pr\u00eat \u00e0 lui pr\u00eater le lustre d&rsquo;une publicit\u00e9 gratuite. Le bifteck, vieux maintenant d&rsquo;une douzaine d&rsquo;ann\u00e9es, est toujours l\u00e0, sur une \u00e9tag\u00e8re de mon bureau, tellement sec qu&rsquo;il n&rsquo;a jamais attir\u00e9 l&rsquo;attention de ma chatte pourtant adonn\u00e9e \u00e0 des friandises innommables. Mon bifteck est-il magique ? Peut-\u00eatre, mais j&rsquo;aurais pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 un miroir (uniquement pour trouver des tr\u00e9sors).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Les contemporains d&rsquo;Erasme et de Fran\u00e7ois 1<sup>er<\/sup> ont eu plus de chance que nous. Un grand nombre d&rsquo;entre eux, dont beaucoup ont laiss\u00e9 leur t\u00e9moignage ont vu tout \u00e0 leur aise un authentique objet magique et sont m\u00eame entr\u00e9s dedans.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Un \u00e2ge d&rsquo;or ; l&rsquo;Arioste, Erasme, Vinci et Giulio Camillo<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">L&rsquo;auteur de cet objet, l&rsquo;Italien Giulio Camillo Delminio, appel\u00e9 simplement Giulio Camillo par ses contemporains, n&rsquo;\u00e9tait pas un charlatan, mais un humaniste universellement admir\u00e9. Les plus grands esprits de l&rsquo;\u00e9poque, et particuli\u00e8rement ceux qui l&rsquo;avaient rencontr\u00e9 et avaient discut\u00e9 avec lui, l&rsquo;appelaient toujours le \u00ab grand \u00bb ou l&rsquo;\u00ab illustre \u00bb, l&rsquo;\u00ab admirable \u00bb ou m\u00eame le \u00ab divin \u00bb Giulio Camillo. Ils louaient sa science et la profondeur de ses pens\u00e9es. Ils le mettaient au rang de Pic de La Mirandole, de Marsile Ficin, d&rsquo;\u00c9rasme, de Dante m\u00eame. Si Giulio Camillo est maintenant oubli\u00e9, ce n&rsquo;est pas parce qu&rsquo;il aurait \u00e9t\u00e9 \u00ab d\u00e9masqu\u00e9 \u00bb. Au contraire, son prestige ne fit que grandir apr\u00e8s sa mort.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Puis \u00e0 un moment, on ne sait quand, l&rsquo;\u00ab objet \u00bb, \u0153uvre de sa vie, disparut sans laisser de trace, et l&rsquo;on finit par ne plus parler de cet absent. A-t-il p\u00e9ri dans un incendie (car il \u00e9tait en bois) au cours d&rsquo;une des guerres qui ont tant de fois ravag\u00e9 le nord de l&rsquo;Italie depuis le XVI<sup>e<\/sup> si\u00e8cle ? Ou bien existe-t-il encore secr\u00e8tement quelque part, privil\u00e8ge sans pareil d&rsquo;une famille ou d&rsquo;une secte ? Nul ne le sait. J&rsquo;ai pris ce que je vais en dire dans le livre captivant d&rsquo;une \u00e9rudite anglaise, miss Frances A. Yates, professeur d&rsquo;histoire de la Renaissance \u00e0 l&rsquo;universit\u00e9 de Londres, dont les recherches et r\u00e9flexions ont renouvel\u00e9 beaucoup de nos id\u00e9es sur cette \u00e9poque et sont in\u00e9vitablement appel\u00e9es \u00e0 trouver des prolongements dans la n\u00f4tre <a id=\"ftnref2\" href=\"#ftn2\">[2]<\/a>. Je me propose de parler longuement, une autre fois, de l&rsquo;\u0153uvre de miss Yates, esprit d&rsquo;une puissante originalit\u00e9, compl\u00e8tement \u00e9trang\u00e8re \u00e0 la pur\u00e9e de pois freudo-marxiste qui recouvre pr\u00e9sentement la France, et me bornerai ici au myst\u00e9rieux Giulio Camillo, justement ressuscit\u00e9 par elle de ses cendres.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Giulio Camillo na\u00eet vers 1480, c&rsquo;est-\u00e0-dire qu&rsquo;il est un contemporain de l&rsquo;Arioste, d&rsquo;Erasme, de Von Hutten, de L\u00e9onard de Vinci, et que sa jeunesse se passe alors que les savants byzantins chass\u00e9s par les Turcs (Constantinople est tomb\u00e9 le 29 mai 1453) divulguent en Occident l&rsquo;h\u00e9ritage antique.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">C&rsquo;est l&rsquo;\u00e2ge d&rsquo;or de la Renaissance des sciences, des lettres et de la philosophie, un de ces moments pr\u00e9cieux comme les hommes en connaissent tous les mille ans, et o\u00f9 les yeux s&rsquo;ouvrent \u00e0 des r\u00e9alit\u00e9s nouvelles.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">La divine, l&rsquo;enivrante nouveaut\u00e9, pour ces hommes du XVI<sup>e<\/sup> si\u00e8cle commen\u00e7ant, na\u00eet d&rsquo;une d\u00e9couverte et d&rsquo;une red\u00e9couverte. La d\u00e9couverte que la technologie est toute-puissante, qu&rsquo;elle permet de naviguer en haute mer avec la boussole, de trouver l&rsquo;Am\u00e9rique, de prouver que les antipodes existent en y allant, de multiplier et de diffuser la pens\u00e9e \u00e0 l&rsquo;infini par le livre, de d\u00e9tr\u00f4ner la force animale \u00e0 coups de canon sur les champs de bataille. Et la red\u00e9couverte des religions anciennes, de Platon, d&rsquo;Herm\u00e8s Trism\u00e9giste, de la Gnose.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Tout d&rsquo;un coup, par la gr\u00e2ce des Turcs devant qui s&rsquo;enfuient les d\u00e9tenteurs de la connaissance grecque, la fantasmagorie gothique et scolastique s&rsquo;effondre. Un univers nouveau surgit, infini et pensant, brisant l&rsquo;\u00e9touffante cloche de cristal dont la visionnaire Brigitte de Su\u00e8de avait pr\u00e9cis\u00e9 les dimensions \u00e9triqu\u00e9es. L&rsquo;\u00e2me humaine, jusque-l\u00e0 pr\u00e9cairement suspendue sous l&rsquo;\u0153il du Diable, entre l&rsquo;enfer et le purgatoire, retrouve les voies de son exaltation jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;Anima mundi d&rsquo;Herm\u00e8s.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">En m\u00eame temps que cette vision nouvelle de soi, l&rsquo;homme de ce temps r\u00e9apprend les techniques oubli\u00e9es de son ascension vers une ma\u00eetrise spirituelle la\u00efcis\u00e9e. L&rsquo;Institutio oratoria, de Quintilien, d\u00e9couverte en 1416 par Poggio Bracciolini et imprim\u00e9e pour la premi\u00e8re fois \u00e0 Rome en 1470, r\u00e9v\u00e8le l&rsquo;\u00e9tendue infinie de la m\u00e9moire symbolique. En quelques ann\u00e9es \u00e9blouissantes, Pic de La Mirandole fait la synth\u00e8se de la Kabbale, de Platon, d&rsquo;Herm\u00e8s, de Quintilien, et quibus aliis.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Le mod\u00e8le de l&rsquo;homme nouveau se pr\u00e9cise et se r\u00e9pand. Il est l&rsquo;image du monde. Il est le microcosme du macrocosme qu&rsquo;il reproduit fid\u00e8lement, jusque dans son infinit\u00e9 : \u00ab Ce qui est en haut est comme ce qui est en bas. \u00bb Il peut contempler l&rsquo;Anima mundi dans son \u00e2me propre. De plus, Quintilien et d&rsquo;autres auteurs anciens <a id=\"ftnref3\" href=\"#ftn3\">[3]<\/a> donnent les cl\u00e9s d&rsquo;une science \u00ab divine \u00bb, la m\u00e9moire artificielle, permettant de repr\u00e9senter toutes choses intellectuelles par des images, de les retenir \u00e0 jamais une fois apprises et d&rsquo;en avoir \u00e0 volont\u00e9 la vision int\u00e9rieure.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Un lieu magique o\u00f9 l&rsquo;on enfermait les images \u00e0 m\u00e9moriser <\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">C&rsquo;est alors, un peu avant 1530, que l&rsquo;on commence \u00e0 parler de Giulio Camillo et de son myst\u00e9rieux \u00ab objet \u00bb, baptis\u00e9 \u00ab Th\u00e9\u00e2tre \u00bb par son auteur.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Les propri\u00e9t\u00e9s de ce \u00ab Th\u00e9\u00e2tre \u00bb, que nous qualifierions maintenant de \u00ab psychiques \u00bb, excitent la curiosit\u00e9 en m\u00eame temps que la m\u00e9fiance d&rsquo;Erasme vieillissant (il mourra en 1536) dont la pi\u00e9t\u00e9 et le scepticisme ont du mal \u00e0 admettre ce qu&rsquo;en dit la rumeur publique.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Erasme habite alors B\u00e2le, et le \u00ab Th\u00e9\u00e2tre \u00bb de Camillo est \u00e0 Venise. Ce n&rsquo;est pas loin. En 1532, il prie l&rsquo;un de ses amis, alors en voyage en Italie, d&rsquo;aller voir ce qu&rsquo;il en est. L&rsquo;ami s&rsquo;appelle Viglius Zwinchem. Les lettres de Viglius avant et apr\u00e8s son passage \u00e0 Venise ont \u00e9t\u00e9 conserv\u00e9es dans la correspondance d&rsquo;Erasme. Ce sont deux des trois documents qui nous permettent d&rsquo;imaginer un peu en quoi consistait le Th\u00e9\u00e2tre magique de Giulio Camillo. Avant de l&rsquo;avoir vu de ses yeux, Viglius \u00e9crit :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab On dit [de Giulio Camillo] qu&rsquo;il a construit un certain Amphith\u00e9\u00e2tre, \u0153uvre d&rsquo;une habilet\u00e9 extraordinaire ; celui qui y est admis comme spectateur sera capable de discourir sur n&rsquo;importe quel sujet avec l&rsquo;aisance de Cic\u00e9ron. J&rsquo;ai d&rsquo;abord cru que c&rsquo;\u00e9tait une fable, jusqu&rsquo;\u00e0 ce que Battista Egnazio [autre humaniste] m&rsquo;en ait appris davantage. On dit que cet architecte a rassembl\u00e9 sur des lieux d\u00e9termin\u00e9s tout ce qu&rsquo;on trouve dans Cic\u00e9ron sur n&rsquo;importe quel sujet. Il y a dispos\u00e9 par ordres et rangs, des figures [ &#8230; ] . C&rsquo;est un travail admirable d&rsquo;une habilet\u00e9 divine <a id=\"ftnref4\" href=\"#ftn4\">[4]<\/a>. \u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Comment doit-on comprendre, m\u00eame apr\u00e8s les explications d&rsquo;Egnazio, que le spectateur, \u00e0 la seule vue du Th\u00e9\u00e2tre, se trouve soudain \u00ab capable de discourir sur n&rsquo;importe quel sujet avec l&rsquo;aisance de Cic\u00e9ron \u00bb ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais suivons Viglius. Il rend visite \u00e0 Giulio Camillo, est admis \u00e0 la fabuleuse contemplation, examine de son mieux, rentre \u00e0 son auberge et rend compte \u00e0 Erasme.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab L&rsquo;ouvrage, \u00e9crit-il, est en bois, marqu\u00e9 de nombreuses images et plein de petites bo\u00eetes ; il s&rsquo;y trouve diff\u00e9rents ordres et diff\u00e9rentes rang\u00e9es. Il [Giulio]\u00a0 donne sa place \u00e0 chaque figure, \u00e0 chaque ornement, et il m&rsquo;a montr\u00e9 une telle masse de papiers que, tout en ayant toujours entendu dire que Cic\u00e9ron \u00e9tait la source de l&rsquo;\u00e9loquence la plus riche, j&rsquo;aurais difficilement pu penser qu&rsquo;un seul auteur p\u00fbt contenir tant de choses [&#8230;]. L&rsquo;auteur [Giulio]\u00a0 b\u00e9gaie beaucoup et parle latin difficilement. Il s&rsquo;en excuse en disant qu&rsquo;\u00e0 force d&rsquo;utiliser sans cesse sa plume, il a presque perdu l&rsquo;usage de la parole [&#8230;]. Quand je l&rsquo;ai interrog\u00e9 sur la signification de l&rsquo;ouvrage, son plan, ses r\u00e9sultats \u2014 je parlais religieusement et comme frapp\u00e9 d&rsquo;\u00e9tonnement par le caract\u00e8re miraculeux de l&rsquo;objet \u2014, il m&rsquo;a montr\u00e9 des papiers et me les a r\u00e9cit\u00e9s avec une voix qui exprimait les nombres, les clausules, et tous les artifices du style italien, bien qu&rsquo;avec un peu d&rsquo;irr\u00e9gularit\u00e9, \u00e0 cause de sa difficult\u00e9 \u00e0 parler [&#8230;]. Il donne beaucoup de noms \u00e0 son Th\u00e9\u00e2tre, il dit tant\u00f4t que c&rsquo;est un esprit ou une \u00e2me construite, tant\u00f4t que c&rsquo;est une \u00e2me pourvue de fen\u00eatres. Il pr\u00e9tend que tout ce que l&rsquo;esprit humain peut concevoir et que nous ne pouvons pas voir de nos yeux corporels, on peut, apr\u00e8s en avoir fait la synth\u00e8se au cours d&rsquo;une m\u00e9ditation attentive, l&rsquo;exprimer par certains signes mat\u00e9riels, de telle sorte que le spectateur peut percevoir d&rsquo;un seul coup d&rsquo;\u0153il tout ce qui, autrement, reste cach\u00e9 dans les profondeurs de l&rsquo;esprit humain. Et c&rsquo;est \u00e0 cause de cette vision physique qu&rsquo;il l&rsquo;appelle un Th\u00e9\u00e2tre. \u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">En bon \u00e9rudit plus soucieux de textes et de r\u00e9f\u00e9rences que de contemplation, Viglius demande alors \u00e0 Giulio s&rsquo;il a \u00e9crit quelque chose de bien complet \u00ab \u00e0 l&rsquo;appui de ses opinions \u00bb <a id=\"ftnref5\" href=\"#ftn5\">[5]<\/a>. Non, pas encore, r\u00e9pond en substance l&rsquo;Italien, je n&rsquo;ai pas le temps, il faut d&rsquo;abord que j&rsquo;ach\u00e8ve ce Th\u00e9\u00e2tre, j&rsquo;y consacre tous mes efforts, mais j&rsquo;en publierai la description d\u00e8s que je l&rsquo;aurai termin\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Giulio Camillo mourut sans avoir \u00e9crit cet ouvrage impossible, par d\u00e9finition infini, puisqu&rsquo;il aurait d\u00fb avec des mots exprimer l&rsquo;inexprimable. Car que repr\u00e9sentait son Th\u00e9\u00e2tre ? Que le lecteur remonte aux lignes soulign\u00e9es un peu plus haut : il repr\u00e9sentait toutes les profondeurs de l&rsquo;esprit humain, visibles d&rsquo;un simple regard. Mais rappelons-nous : \u00ab Ce qui est en haut est comme ce qui est en bas \u00bb ; l&rsquo;esprit humain est comme l&rsquo;Anima mundi, si bien que l&rsquo;objet de ce Th\u00e9\u00e2tre prodigieux n&rsquo;\u00e9tait autre que la transcendance platonicienne, herm\u00e9tique, gnostique, le but ultime de la recherche kabbalistique, l&rsquo;indicible m\u00e9tamorphose alchimique, bref l&rsquo;union divine, ou m\u00eame Dieu selon que l&rsquo;on est plus ou moins h\u00e9r\u00e9tique !<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Fran\u00e7ois 1<sup>er<\/sup> (peut-\u00eatre apr\u00e8s l&rsquo;avoir vu ?) avait promis 1500 ducats pour en avoir un exemplaire. J&rsquo;ignore le cours du ducat, mais de toute fa\u00e7on, 1500 ducats pour voir Dieu, ce n&rsquo;est pas cher, au prix o\u00f9 sont les messes.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Chaque lieu de ce th\u00e9\u00e2tre a sa place en ordre dans la m\u00e9moire<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Malheureusement, il semble que le divin sortil\u00e8ge n&rsquo;ait pas march\u00e9 avec tout le monde. Viglius veut des explications, et qu&rsquo;est-ce qu&rsquo;il y a dans ce tiroir, l\u00e0-haut, et que signifie ce symbole ? Et il trouve que Giulio b\u00e9gaie et parle mal le latin.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Cela ne marche pas sur tout le monde ; mais sur le Tasse, sur l&rsquo;Arioste, sur d&rsquo;autres encore de m\u00eame stature, qui ont trouv\u00e9 le Th\u00e9\u00e2tre v\u00e9ritablement divin, cela marchait. Comment ? En 1559, alors que son auteur \u00e9tait mort depuis plus de dix ans, un guide des merveilles de Milan signale, parmi les chefs-d\u2019\u0153uvre les plus c\u00e9l\u00e8bres de la villa Cotta, l&rsquo;\u00e9difice profond et incomparable du merveilleux Th\u00e9\u00e2tre de Giulio Camillo. En 1588, Ludovico Dolce met au m\u00eame niveau \u00ab les philosophies d&rsquo;Herm\u00e8s Trism\u00e9giste, de Pythagore, de Platon, de Pic de La Mirandole et le Th\u00e9\u00e2tre de Giulio Camillo \u00bb, qui \u00e9tait donc tenu pour une philosophie et une religion \u00e0 lui tout seul. Dans son Orlando Furioso, l&rsquo;Arioste salue en Giulio Camillo celui qui a indiqu\u00e9 une voie plus facile et plus br\u00e8ve vers les sommets de l&rsquo;H\u00e9licon <a id=\"ftnref6\" href=\"#ftn6\">[6]<\/a>. De son c\u00f4t\u00e9, le Tasse <a id=\"ftnref7\" href=\"#ftn7\">[7]<\/a> analyse longuement le Th\u00e9\u00e2tre de Camillo et place son auteur aux c\u00f4t\u00e9s de Dante.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>L&rsquo;art de la m\u00e9moire faisait partie de la rh\u00e9torique<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Oui, comment cela marchait-il ? Que diable voyait-on dans ce petit th\u00e9\u00e2tre en bois ? Comment, avec un peu de bois peint, et encore l&rsquo;e\u00fbt-on tout rempli de tiroirs, peut-on donner au Tasse, \u00e0 l&rsquo;Arioste, \u00e0 tant d&rsquo;autres, le sentiment d&rsquo;une contemplation divine ? On enrage de ne pas comprendre mieux ce que nous disent ces visiteurs.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Le Tasse donne une pr\u00e9cision qui n&rsquo;arrange rien : il dit que Camillo est le premier apr\u00e8s Dante \u00e0 avoir montr\u00e9 que la rh\u00e9torique est une forme de la po\u00e9sie. Sans doute la \u00ab rh\u00e9torique \u00bb d\u00e9signe-t-elle l&rsquo;Institutio oratorio de Quintilien, o\u00f9 est expliqu\u00e9 l&rsquo;art antique et maintenant oubli\u00e9 de la m\u00e9morisation par les images : quand on a une fois attach\u00e9 ensemble dans son esprit une image (surtout l&rsquo;image d&rsquo;un lieu) avec une id\u00e9e, il suffit selon Quintilien, de parcourir le souvenir qu&rsquo;on a de ce lieu pour retrouver l&rsquo;id\u00e9e. Fort bien. Seulement, dans Quintilien comme dans les deux ou trois autres textes antiques o\u00f9 l&rsquo;on a pu retrouver quelques maigres pr\u00e9cisions sur l&rsquo;art perdu de la m\u00e9moire, les images sont arbitraires, librement choisies par chacun dans le cadre o\u00f9 il vit, et les correspondances avec les id\u00e9es aussi sont arbitraires. D\u00e8s lors on ne voit pas du tout comment un labyrinthe d&rsquo;images peintes sur un petit Th\u00e9\u00e2tre a pu (pas toujours, on l&rsquo;a vu, mais enfin parfois, et m\u00eame semble-t-il, presque toujours) susciter chez le spectateur, en un \u00e9clair, une illumination int\u00e9rieure telle qu&rsquo;un connaisseur comme le Tasse se prend \u00e0 penser au gigantesque \u00e9difice de la Divine Com\u00e9die. N&rsquo;est-ce pas ? On enrage. Surtout sachant, comme dit l&rsquo;Arioste, que c&rsquo;\u00e9tait le raccourci de l&rsquo;H\u00e9licon : il suffisait d&rsquo;entrer pour acc\u00e9der d&#8217;embl\u00e9e au sommet d&rsquo;o\u00f9 descend toute inspiration.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Le th\u00e9\u00e2tre divin s&rsquo;est perdu ; l&rsquo;art de la m\u00e9moire aussi&#8230; <\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Surtout sachant que Frances Yates, suivant \u00e0 la piste le fameux Th\u00e9\u00e2tre \u00e0 travers les documents de la fin du XVI<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, pense qu&rsquo;il fut peut-\u00eatre finalement d\u00e9m\u00e9nag\u00e9 en France, o\u00f9 il dispara\u00eet sans laisser de traces ! Qui sait ? Peut-\u00eatre acheva-t-il sa carri\u00e8re dans une chemin\u00e9e louis-quatorzi\u00e8me \u00e0 chauffer les pieds d&rsquo;un bourgeois ? A moins qu&rsquo;il ne pourrisse encore en ce moment m\u00eame dans un vieux grenier, non loin du lieu o\u00f9 vous lisez ces lignes ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">S&rsquo;il existe encore, et compte tenu du tirage de cette revue, il est tr\u00e8s probable que ce que je tiens d&rsquo;\u00e9crire est vrai pour un lecteur ou deux. Vous qui me lisez, peut-\u00eatre dormez-vous sans le savoir depuis des ann\u00e9es non loin du plus prodigieux objet jamais sorti de main d&rsquo;homme. Ou, qui sait m\u00eame ?, peut-\u00eatre l&rsquo;un de vous l&rsquo;a-t-il vu et s&rsquo;est-il demand\u00e9 \u00e0 quoi rimait ce fantasme de menuisier fou ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Si l&rsquo;on retrouvait le Th\u00e9\u00e2tre divin de Giulio Camillo&#8230; Mais d&rsquo;abord faudrait-il le reconna\u00eetre. Patiemment, rassemblant tous les indices, Frances Yates en a reconstitu\u00e9 le plan g\u00e9n\u00e9ral <a id=\"ftnref8\" href=\"#ftn8\">[8]<\/a>.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">C&rsquo;\u00e9tait un amphith\u00e9\u00e2tre en demi-cercle d&rsquo;un diam\u00e8tre de peut-\u00eatre six ou sept m\u00e8tres, donc d\u00e9montable : il n&rsquo;est pas exclu qu&rsquo;on doive le chercher sous la forme d&rsquo;un tas de vieilles planches \u00e0 la peinture fan\u00e9e. Le spectateur se pla\u00e7ait au centre, les yeux tourn\u00e9s vers la concavit\u00e9 du demi-cercle. Cette concavit\u00e9 se d\u00e9composait en sept niveaux s&rsquo;\u00e9levant du centre vers la circonf\u00e9rence, chaque niveau, ou gradin, comportait sept subdivisions s\u00e9par\u00e9es par six all\u00e9es. Tout en bas, au pied des gradins, se dressaient sept piliers en quinconce. Et que dire encore ? J&rsquo;ai le plan sous les yeux. H\u00e9las, c&rsquo;est un plan ! Il est mort. On ne peut que r\u00eaver, comme on tend l&rsquo;oreille au chant des Trois Gr\u00e2ces de Botticelli.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Si on le retrouvait&#8230; mais je sais ce qui se passerait. Comme Viglius, on ne verrait rien. Viglius \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 un homme du si\u00e8cle suivant. En lui per\u00e7aient Descartes et son doute, Galil\u00e9e et son exigence exp\u00e9rimentale. Les \u00ab profondeurs de l&rsquo;\u00e2me humaine \u00bb repr\u00e9sent\u00e9es par Giulio Camillo \u00e9taient celles de l&rsquo;\u00e2me occulte et magique que nous avons perdue, que nous cherchons dans les t\u00e9n\u00e8bres. Le Tasse le comparait \u00e0 Dante. Ne serait-il pas plut\u00f4t le proph\u00e8te de l&rsquo;\u00e2me future r\u00e9v\u00e9l\u00e9e ? En affirmant (et peut-\u00eatre en prouvant) que l&rsquo;\u00e2me humaine est repr\u00e9sentable, n&rsquo;a-t-il pas devanc\u00e9 le r\u00eave de la psychologie des hauteurs annonc\u00e9e par Pauwels ? Greniers de France et de Navarre, le Diable sait si vous savez.<\/p>\n<p style=\"text-align: right;\">A. Michel<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>BIBLIOGRAPHIE<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Il faut naturellement lire le livre de France A. Yates cit\u00e9 dans le texte. Et, pour se faire une id\u00e9e directe de l&rsquo;art antique de la m\u00e9moire, la traduction dit trait\u00e9 de Quintilien : L&rsquo;institution oratoire, par J. Cousin, \u00c9ditions des Belles Lettres.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<hr style=\"text-align: justify;\" size=\"1\" \/>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a id=\"ftn1\" href=\"#ftnref1\">[1]<\/a> Jamblique : <em>les Myst\u00e8res d&rsquo;Egypte<\/em>, traduit du grec, \u00e9d. E. des Places (Paris. les Belles Lettres).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a id=\"ftn2\" href=\"#ftnref2\">[2]<\/a> Frances A. Yates : <em>l&rsquo;Art de la m\u00e9moire<\/em>, trad. fran\u00e7aise (Paris, Gallimard, 1975, chap. 6).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a id=\"ftn3\" href=\"#ftnref3\">[3]<\/a> Parmi lesquels surtout l&rsquo;auteur d&rsquo;un trait\u00e9 de rh\u00e9torique, <em>l&rsquo;Ad Herenium<\/em>, que l&rsquo;on croyait alors de Cic\u00e9ron.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a id=\"ftn4\" href=\"#ftnref4\">[4]<\/a> Frances A. Yates, op. cit. p. 145 de l&rsquo;\u00e9dition fran\u00e7aise.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a id=\"ftn5\" href=\"#ftnref5\">[5]<\/a> On voit, non sans amusement, que le Th\u00e9\u00e2tre magique n&rsquo;a provoqu\u00e9 nul prodige dans l&rsquo;\u00e2me de Viglius, vrai esprit moderne ne croyant \u00e0 rien et rebelle \u00e0 l&rsquo;illumination.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a id=\"ftn6\" href=\"#ftnref6\">[6]<\/a> Orlando furioso, XLVI, 12, d&rsquo;apr\u00e8s Yates, p. 184. L&rsquo;H\u00e9licon est, depuis H\u00e9siode, le s\u00e9jour des Muses.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a id=\"ftn7\" href=\"#ftnref7\">[7]<\/a> Dans son dialogue <em>la Cavaletta<\/em>, cit\u00e9 par Yates, p. 185.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a id=\"ftn8\" href=\"#ftnref8\">[8]<\/a> P. 167.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>D\u00e8s l&rsquo;Antiquit\u00e9, les Grecs et les Romains avaient invent\u00e9 un art de la m\u00e9moire. Bri\u00e8vement r\u00e9sum\u00e9, ce syst\u00e8me mn\u00e9motechnique consistait \u00e0 imprimer dans la m\u00e9moire une s\u00e9rie de \u00ab lieux \u00bb qui \u00e9voquaient immanquablement les images ou les mots dont il fallait se souvenir. C&rsquo;est Quintilien qui explique que, pour former ces lieux dans la m\u00e9moire, il faut se rappeler un b\u00e2timent spacieux avec toutes ses pi\u00e8ces et ses ornements. Les images qui doivent rappeler le discours (car cet art \u00e9tait surtout utilis\u00e9 par les orateurs) sont alors plac\u00e9es en imagination dans les lieux qui ont \u00e9t\u00e9 m\u00e9moris\u00e9s dans le b\u00e2timent.<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[534],"tags":[647,117],"class_list":["post-5249","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-michel-aime","tag-histoire","tag-memoire"],"yoast_head":"<!-- This site is optimized with the Yoast SEO plugin v27.0 - https:\/\/yoast.com\/product\/yoast-seo-wordpress\/ -->\n<title>Le myst\u00e9rieux chef-d\u2019\u0153uvre de Giulio Camillo par Aim\u00e9 Michel - 3e mill\u00e9naire - Spiritualit\u00e9 - Connaissance de soi - Non-dualit\u00e9 - M\u00e9ditation<\/title>\n<meta name=\"robots\" content=\"index, follow, max-snippet:-1, max-image-preview:large, max-video-preview:-1\" \/>\n<link rel=\"canonical\" href=\"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/le-mysterieux-chef-doeuvre-de-giulio-camillo-par-aime-michel\/\" \/>\n<meta property=\"og:locale\" content=\"fr_FR\" \/>\n<meta property=\"og:type\" content=\"article\" \/>\n<meta property=\"og:title\" content=\"Le myst\u00e9rieux chef-d\u2019\u0153uvre de Giulio Camillo par Aim\u00e9 Michel - 3e mill\u00e9naire - Spiritualit\u00e9 - Connaissance de soi - Non-dualit\u00e9 - M\u00e9ditation\" \/>\n<meta property=\"og:description\" content=\"D\u00e8s l&#039;Antiquit\u00e9, les Grecs et les Romains avaient invent\u00e9 un art de la m\u00e9moire. Bri\u00e8vement r\u00e9sum\u00e9, ce syst\u00e8me mn\u00e9motechnique consistait \u00e0 imprimer dans la m\u00e9moire une s\u00e9rie de \u00ab lieux \u00bb qui \u00e9voquaient immanquablement les images ou les mots dont il fallait se souvenir. C&#039;est Quintilien qui explique que, pour former ces lieux dans la m\u00e9moire, il faut se rappeler un b\u00e2timent spacieux avec toutes ses pi\u00e8ces et ses ornements. Les images qui doivent rappeler le discours (car cet art \u00e9tait surtout utilis\u00e9 par les orateurs) sont alors plac\u00e9es en imagination dans les lieux qui ont \u00e9t\u00e9 m\u00e9moris\u00e9s dans le b\u00e2timent.\" \/>\n<meta property=\"og:url\" content=\"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/le-mysterieux-chef-doeuvre-de-giulio-camillo-par-aime-michel\/\" \/>\n<meta property=\"og:site_name\" content=\"3e mill\u00e9naire - Spiritualit\u00e9 - Connaissance de soi - Non-dualit\u00e9 - M\u00e9ditation\" \/>\n<meta property=\"article:published_time\" content=\"2010-10-12T19:16:44+00:00\" \/>\n<meta property=\"article:modified_time\" content=\"2011-09-29T02:02:49+00:00\" \/>\n<meta name=\"author\" content=\"3e mill\u00e9naire\" \/>\n<meta name=\"twitter:card\" content=\"summary_large_image\" \/>\n<meta name=\"twitter:label1\" content=\"\u00c9crit par\" \/>\n\t<meta name=\"twitter:data1\" content=\"3e mill\u00e9naire\" \/>\n\t<meta name=\"twitter:label2\" content=\"Dur\u00e9e de lecture estim\u00e9e\" \/>\n\t<meta name=\"twitter:data2\" content=\"17 minutes\" \/>\n<script type=\"application\/ld+json\" class=\"yoast-schema-graph\">{\"@context\":\"https:\/\/schema.org\",\"@graph\":[{\"@type\":\"Article\",\"@id\":\"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/le-mysterieux-chef-doeuvre-de-giulio-camillo-par-aime-michel\/#article\",\"isPartOf\":{\"@id\":\"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/le-mysterieux-chef-doeuvre-de-giulio-camillo-par-aime-michel\/\"},\"author\":{\"name\":\"3e mill\u00e9naire\",\"@id\":\"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/#\/schema\/person\/9a3a7cc4ccaa707f402d4394327106d5\"},\"headline\":\"Le myst\u00e9rieux chef-d\u2019\u0153uvre de Giulio Camillo par Aim\u00e9 Michel\",\"datePublished\":\"2010-10-12T19:16:44+00:00\",\"dateModified\":\"2011-09-29T02:02:49+00:00\",\"mainEntityOfPage\":{\"@id\":\"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/le-mysterieux-chef-doeuvre-de-giulio-camillo-par-aime-michel\/\"},\"wordCount\":3480,\"keywords\":[\"Histoire\",\"m\u00e9moire\"],\"articleSection\":[\"Michel Aim\u00e9\"],\"inLanguage\":\"fr-FR\"},{\"@type\":\"WebPage\",\"@id\":\"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/le-mysterieux-chef-doeuvre-de-giulio-camillo-par-aime-michel\/\",\"url\":\"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/le-mysterieux-chef-doeuvre-de-giulio-camillo-par-aime-michel\/\",\"name\":\"Le myst\u00e9rieux chef-d\u2019\u0153uvre de Giulio Camillo par Aim\u00e9 Michel - 3e mill\u00e9naire - Spiritualit\u00e9 - Connaissance de soi - Non-dualit\u00e9 - M\u00e9ditation\",\"isPartOf\":{\"@id\":\"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/#website\"},\"datePublished\":\"2010-10-12T19:16:44+00:00\",\"dateModified\":\"2011-09-29T02:02:49+00:00\",\"author\":{\"@id\":\"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/#\/schema\/person\/9a3a7cc4ccaa707f402d4394327106d5\"},\"breadcrumb\":{\"@id\":\"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/le-mysterieux-chef-doeuvre-de-giulio-camillo-par-aime-michel\/#breadcrumb\"},\"inLanguage\":\"fr-FR\",\"potentialAction\":[{\"@type\":\"ReadAction\",\"target\":[\"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/le-mysterieux-chef-doeuvre-de-giulio-camillo-par-aime-michel\/\"]}]},{\"@type\":\"BreadcrumbList\",\"@id\":\"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/le-mysterieux-chef-doeuvre-de-giulio-camillo-par-aime-michel\/#breadcrumb\",\"itemListElement\":[{\"@type\":\"ListItem\",\"position\":1,\"name\":\"Accueil\",\"item\":\"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/\"},{\"@type\":\"ListItem\",\"position\":2,\"name\":\"Le myst\u00e9rieux chef-d\u2019\u0153uvre de Giulio Camillo par Aim\u00e9 Michel\"}]},{\"@type\":\"WebSite\",\"@id\":\"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/#website\",\"url\":\"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/\",\"name\":\"3e mill\u00e9naire - Spiritualit\u00e9 - Connaissance de soi - Non-dualit\u00e9 - M\u00e9ditation\",\"description\":\"L&#039;Homme en devenir\",\"potentialAction\":[{\"@type\":\"SearchAction\",\"target\":{\"@type\":\"EntryPoint\",\"urlTemplate\":\"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/?s={search_term_string}\"},\"query-input\":{\"@type\":\"PropertyValueSpecification\",\"valueRequired\":true,\"valueName\":\"search_term_string\"}}],\"inLanguage\":\"fr-FR\"},{\"@type\":\"Person\",\"@id\":\"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/#\/schema\/person\/9a3a7cc4ccaa707f402d4394327106d5\",\"name\":\"3e mill\u00e9naire\",\"url\":\"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/author\/admin\/\"}]}<\/script>\n<!-- \/ Yoast SEO plugin. -->","yoast_head_json":{"title":"Le myst\u00e9rieux chef-d\u2019\u0153uvre de Giulio Camillo par Aim\u00e9 Michel - 3e mill\u00e9naire - Spiritualit\u00e9 - Connaissance de soi - Non-dualit\u00e9 - M\u00e9ditation","robots":{"index":"index","follow":"follow","max-snippet":"max-snippet:-1","max-image-preview":"max-image-preview:large","max-video-preview":"max-video-preview:-1"},"canonical":"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/le-mysterieux-chef-doeuvre-de-giulio-camillo-par-aime-michel\/","og_locale":"fr_FR","og_type":"article","og_title":"Le myst\u00e9rieux chef-d\u2019\u0153uvre de Giulio Camillo par Aim\u00e9 Michel - 3e mill\u00e9naire - Spiritualit\u00e9 - Connaissance de soi - Non-dualit\u00e9 - M\u00e9ditation","og_description":"D\u00e8s l'Antiquit\u00e9, les Grecs et les Romains avaient invent\u00e9 un art de la m\u00e9moire. Bri\u00e8vement r\u00e9sum\u00e9, ce syst\u00e8me mn\u00e9motechnique consistait \u00e0 imprimer dans la m\u00e9moire une s\u00e9rie de \u00ab lieux \u00bb qui \u00e9voquaient immanquablement les images ou les mots dont il fallait se souvenir. C'est Quintilien qui explique que, pour former ces lieux dans la m\u00e9moire, il faut se rappeler un b\u00e2timent spacieux avec toutes ses pi\u00e8ces et ses ornements. Les images qui doivent rappeler le discours (car cet art \u00e9tait surtout utilis\u00e9 par les orateurs) sont alors plac\u00e9es en imagination dans les lieux qui ont \u00e9t\u00e9 m\u00e9moris\u00e9s dans le b\u00e2timent.","og_url":"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/le-mysterieux-chef-doeuvre-de-giulio-camillo-par-aime-michel\/","og_site_name":"3e mill\u00e9naire - Spiritualit\u00e9 - Connaissance de soi - Non-dualit\u00e9 - M\u00e9ditation","article_published_time":"2010-10-12T19:16:44+00:00","article_modified_time":"2011-09-29T02:02:49+00:00","author":"3e mill\u00e9naire","twitter_card":"summary_large_image","twitter_misc":{"\u00c9crit par":"3e mill\u00e9naire","Dur\u00e9e de lecture estim\u00e9e":"17 minutes"},"schema":{"@context":"https:\/\/schema.org","@graph":[{"@type":"Article","@id":"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/le-mysterieux-chef-doeuvre-de-giulio-camillo-par-aime-michel\/#article","isPartOf":{"@id":"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/le-mysterieux-chef-doeuvre-de-giulio-camillo-par-aime-michel\/"},"author":{"name":"3e mill\u00e9naire","@id":"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/#\/schema\/person\/9a3a7cc4ccaa707f402d4394327106d5"},"headline":"Le myst\u00e9rieux chef-d\u2019\u0153uvre de Giulio Camillo par Aim\u00e9 Michel","datePublished":"2010-10-12T19:16:44+00:00","dateModified":"2011-09-29T02:02:49+00:00","mainEntityOfPage":{"@id":"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/le-mysterieux-chef-doeuvre-de-giulio-camillo-par-aime-michel\/"},"wordCount":3480,"keywords":["Histoire","m\u00e9moire"],"articleSection":["Michel Aim\u00e9"],"inLanguage":"fr-FR"},{"@type":"WebPage","@id":"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/le-mysterieux-chef-doeuvre-de-giulio-camillo-par-aime-michel\/","url":"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/le-mysterieux-chef-doeuvre-de-giulio-camillo-par-aime-michel\/","name":"Le myst\u00e9rieux chef-d\u2019\u0153uvre de Giulio Camillo par Aim\u00e9 Michel - 3e mill\u00e9naire - Spiritualit\u00e9 - Connaissance de soi - Non-dualit\u00e9 - M\u00e9ditation","isPartOf":{"@id":"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/#website"},"datePublished":"2010-10-12T19:16:44+00:00","dateModified":"2011-09-29T02:02:49+00:00","author":{"@id":"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/#\/schema\/person\/9a3a7cc4ccaa707f402d4394327106d5"},"breadcrumb":{"@id":"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/le-mysterieux-chef-doeuvre-de-giulio-camillo-par-aime-michel\/#breadcrumb"},"inLanguage":"fr-FR","potentialAction":[{"@type":"ReadAction","target":["https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/le-mysterieux-chef-doeuvre-de-giulio-camillo-par-aime-michel\/"]}]},{"@type":"BreadcrumbList","@id":"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/le-mysterieux-chef-doeuvre-de-giulio-camillo-par-aime-michel\/#breadcrumb","itemListElement":[{"@type":"ListItem","position":1,"name":"Accueil","item":"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/"},{"@type":"ListItem","position":2,"name":"Le myst\u00e9rieux chef-d\u2019\u0153uvre de Giulio Camillo par Aim\u00e9 Michel"}]},{"@type":"WebSite","@id":"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/#website","url":"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/","name":"3e mill\u00e9naire - Spiritualit\u00e9 - Connaissance de soi - Non-dualit\u00e9 - M\u00e9ditation","description":"L&#039;Homme en devenir","potentialAction":[{"@type":"SearchAction","target":{"@type":"EntryPoint","urlTemplate":"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/?s={search_term_string}"},"query-input":{"@type":"PropertyValueSpecification","valueRequired":true,"valueName":"search_term_string"}}],"inLanguage":"fr-FR"},{"@type":"Person","@id":"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/#\/schema\/person\/9a3a7cc4ccaa707f402d4394327106d5","name":"3e mill\u00e9naire","url":"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/author\/admin\/"}]}},"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/5249","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=5249"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/5249\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=5249"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=5249"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=5249"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}