{"id":5291,"date":"2010-10-15T18:03:17","date_gmt":"2010-10-15T17:03:17","guid":{"rendered":"http:\/\/pro.ovh.net\/~emillena\/blog\/?p=5291"},"modified":"2010-10-15T18:03:17","modified_gmt":"2010-10-15T17:03:17","slug":"vers-un-nouvel-espace-culturel-par-kenneth-white","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/vers-un-nouvel-espace-culturel-par-kenneth-white\/","title":{"rendered":"Vers un nouvel espace culturel par Kenneth White"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\">(Revue 3<sup>e<\/sup> Mill\u00e9naire. Ancienne S\u00e9rie. N<sup>o<\/sup> 2. Mai-Juin 1982)<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: center;\">Pour \u00e9chapper \u00e0 la culture d&rsquo;\u00e9lite<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">(<em>sophistication creuse<\/em>)<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">et \u00e0 la culture de masse<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">(<em>vulgarit\u00e9 crasse<\/em>)<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>La po\u00e9sie, moyen puissant d&rsquo;\u00e9volution de la pens\u00e9e d&rsquo;une soci\u00e9t\u00e9, la po\u00e9sie mieux que la philosophie refl\u00e8te le fond des \u00e2mes. A chaque \u00e9poque sa po\u00e9sie et une \u00e9poque sans po\u00e9sie n&rsquo;existerait pas. <a href=\"http:\/\/www.kennethwhite.org\/\" target=\"_blank\">Kenneth White<\/a><\/em><a href=\"#ftn1\" id=\"ftnref1\">[1]<\/a><em>, po\u00e8te, Ecossais vivant en France depuis longtemps, enseigne la po\u00e9sie am\u00e9ricaine et anglaise \u00e0 l&rsquo;universit\u00e9 de Paris. Nul, mieux que lui, p\u00e9trit de Tradition, ayant cherch\u00e9 une parcelle de Connaissance dans toutes les philosophies et mythologies du monde, ne pouvait mieux dresser le d\u00e9cor de la po\u00e9sie contemporaine et dessiner l&rsquo;esquisse d&rsquo;une po\u00e9sie pour demain.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Avant de nous lancer dans la culturanalyse (comme on dit psychanalyse), avant d&rsquo;examiner, succinctement, o\u00f9 nous en sommes aujourd&rsquo;hui et de voir quelles sont nos possibilit\u00e9s, essayons de cerner la notion g\u00e9n\u00e9rale, et la plupart du temps assez confuse, de \u00ab culture \u00bb. On pourrait peut-\u00eatre \u00e9tablir une distinction entre<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">1 \u2014 la culture,<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">2 \u2014 une culture,<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">3 \u2014 de la culture,<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">4 \u2014 un espace culturel.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">La culture, c&rsquo;est la mani\u00e8re dont l&rsquo;\u00eatre humain se con\u00e7oit, se travaille et se dirige. Une culture, c&rsquo;est un ensemble de motifs et de motivations, une vue et une vie d&rsquo;ensemble, telles que les connaissaient, par exemple, le Moyen Age ou, pour remonter dans le temps, une cit\u00e9 grecque, une tribu pal\u00e9olithique. Nous ne pouvons gu\u00e8re pr\u00e9tendre, aujourd&rsquo;hui, \u00e0 une \u00ab culture \u00bb dans ce sens. Ce que nous avons c&rsquo;est \u00ab de la culture \u00bb, c&rsquo;est-\u00e0-dire, un peu de ceci, un peu de cela : des restes de christianisme (r\u00e9duit la plupart du temps \u00e0 la platitude moralisante, au mis\u00e9rabilisme g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9, au gnangnan sentimental), une dose d&rsquo;humanisme gr\u00e9co-latin (r\u00e9f\u00e9rence mythopo\u00e9tique au 19<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, il ne nous sert plus gu\u00e8re que de structure grammaticale et de glossolalie <a href=\"#ftn2\" id=\"ftnref2\">[2]<\/a> byzantine), un peu de science (traduite d&rsquo;un c\u00f4t\u00e9 en science-fiction fantasmante, de l&rsquo;autre, en scientisme universitaire) et quelques r\u00e9f\u00e9rences exotiques et cosmopolites (depuis les Azt\u00e8ques jusqu&rsquo;au Zen) : \u00ab un plat dont m\u00eame les chiens ne voudraient pas \u00bb, disait s\u00e9v\u00e8rement, Nietzsche.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">On fait quelques distinctions : entre par exemple, culture d&rsquo;\u00e9lite et culture de masse (division elle-m\u00eame symptomatique d&rsquo;un \u00e9tat de chose morbide) et, en effet, on a parfois l&rsquo;impression que l&rsquo;on n&rsquo;a de choix qu&rsquo;entre une sophistication creuse et une vulgarit\u00e9 crasse avec, entre les deux, un \u00e9tat g\u00e9n\u00e9ral amorphe (mais bruyant) de d\u00e9sarroi et de bofisme. Dans l&rsquo;entre-deux aussi, en r\u00e9action contre le d\u00e9sarroi et le bofisme, beaucoup de pr\u00eachi-pr\u00eacha : sur la n\u00e9cessit\u00e9, par exemple, d&rsquo;une renaissance de la foi (l&rsquo;appel aux anges), d&rsquo;une repolitisation (les rudes t\u00eates militantes), d&rsquo;une \u00e9ducation culturelle (ces bonnes intentions mortellement ennuyeuses&#8230;). Tout cela n&rsquo;est ni convaincant, ni inspirant, pour personne, enfin pour quiconque a su garder \u00e0 peu pr\u00e8s intactes toutes ses facult\u00e9s (ce qui, vu les nuisances de toutes sortes qui nous assaillent, en soi n&rsquo;est peut-\u00eatre pas un mince exploit). Les temps sont m\u00fbrs pour une analyse culturelle radicale et pour un changement de r\u00e9gime, disons, ontologique : une revivification, une nouvelle inspiration. Cela \u00e9tant dit, non avec optimisme, mais dans un esprit possibiliste. Et puis la notion d&rsquo;\u00ab espace culturel \u00bb auquel j&rsquo;en arrive maintenant, est, relativement, modeste.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Pour cr\u00e9er une culture, il faut plus qu&rsquo;un individu, plus que des individus, il faut tout un complexe de forces socio-politico-\u00e9conomiques. Alors, objectera-t-on peut-\u00eatre : \u00ab Tu mets la charrue avant les b\u0153ufs, ce n&rsquo;est pas la peine de parler de culture avant d&rsquo;avoir chang\u00e9 les structures socio-politico-\u00e9conomiques. \u00bb Mais on commence \u00e0 savoir que changer les structures ne suffit pas en soi, que les r\u00e9volutions purement (puritainement) politiques tournent court et que le \u00ab rem\u00e8de \u00bb est souvent pire que le mal. On commence \u00e0 se dire qu&rsquo;il faut op\u00e9rer \u00e0 un niveau plus profond, et d&rsquo;une mani\u00e8re plus archip\u00e9lagique qu&rsquo;institutionnelle. Si l&rsquo;on accepte d&rsquo;utiliser encore un mot par trop galvaud\u00e9, on pourrait dire que la r\u00e9volution sera culturelle ou ne sera pas. Mais laissons tomber la \u00ab r\u00e9volution \u00bb, et toute son id\u00e9ologie. La r\u00e9volution, c&rsquo;est une affaire de temps, alors qu&rsquo;il faudrait peut-\u00eatre commencer \u00e0 penser en termes d&rsquo;espace. Peut-\u00eatre s&rsquo;agit-il de sortir de l&rsquo;histoire, enfin d&rsquo;une certaine histoire, afin de retrouver une g\u00e9ographie. Parlons en termes d&rsquo;espacement.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Quels sont, quels peuvent \u00eatre, les porteurs de ce changement de r\u00e9gime ontologique ? Les po\u00e8tes ? On parle beaucoup de po\u00e9sie en ce moment, et on va en parler de plus en plus et, esp\u00e9rons-le, de mieux en mieux. A la question que je viens de poser, je r\u00e9pondrais \u00ab oui, peut-\u00eatre \u00bb, si l&rsquo;on entend le mot \u00ab po\u00e8te \u00bb comme l&rsquo;entendait Whitman : \u00ab po\u00e8tes du cosmos qui p\u00e9n\u00e8trent jusqu&rsquo;aux premiers principes \u00bb, ou comme l&rsquo;entendait Nietzsche : \u00ab po\u00e8tes, jusqu&rsquo;\u00e0 la limite du mot \u00bb. Mais on ne peut gu\u00e8re pr\u00e9tendre que tous ceux qui \u00e9crivent de la po\u00e9sie r\u00e9pondent \u00e0 ces crit\u00e8res. Evitons donc toute niaiserie artistique et toute l&rsquo;id\u00e9ologie bavarde de la \u00ab cr\u00e9ativit\u00e9 \u00bb. Si la po\u00e9sie prolif\u00e8re aujourd&rsquo;hui (sympt\u00f4me, pour dire le moins, d&rsquo;un malaise dans la civilisation et d&rsquo;un d\u00e9sir de densit\u00e9), elle tourne, faute d&rsquo;espaces mentaux et de lieux communs vivables, la plupart du temps autour de la personne r\u00e9duite \u00e0 sa personne, tandis que l&rsquo;espace sp\u00e9cifiquement litt\u00e9raire arrive \u00e0 la suite de Mallarm\u00e9 au bout d&rsquo;un processus de purification, se r\u00e9v\u00e8le non pas pur mais, pr\u00e9tentieusement ou tristement, selon les personnalit\u00e9s, st\u00e9rile. Les connotations courantes et triviales du mot \u00ab po\u00e8te \u00bb ne sont malheureusement pas tout \u00e0 fait sans justification. Il faut donc renouveler l&rsquo;image de la po\u00e9sie, mais on ne renouvelle pas l&rsquo;image sans renouveler la substance, sans faire circuler des s\u00e8ves nouvelles, sans ouvrir des voies, et cela implique un travail difficilement d\u00e9finissable, qui ne rentre pas dans les cadres de la po\u00e9sie personnelle ou de la po\u00e9sie pure. Travail public et impur ! A premi\u00e8re vue, du moins. Par la suite, l&rsquo;on comprend qu&rsquo;il d\u00e9passe les oppositions personne-public et pur-impur. De la po\u00e9sie pure, prenons l&rsquo;exigence, le d\u00e9sir d&rsquo;exactitude et une certaine distance. De la po\u00e9sie personnelle, prenons le d\u00e9sir, l&rsquo;\u00e9lan. Mais essayons \u00e0 la fois de pousser plus loin et de trouver une nouvelle imm\u00e9diatet\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Comment d\u00e9finir le nouveau po\u00e8te-penseur-activiste ? Pour \u00e9viter les connotations du mot \u00ab po\u00e8te \u00bb, et sortir du ghetto po\u00e9tique, j&rsquo;ai souvent pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 le mot plus g\u00e9n\u00e9ral d&rsquo;\u00ab \u00e9crivain \u00bb. Mais c&rsquo;est sortir du ghetto pour entrer dans le cirque. \u00ab Beaucoup d&rsquo;\u00e9crivains, peu d&rsquo;auteurs \u00bb, disait Rimbaud, qui \u00e9tait encore assez bon latiniste pour savoir qu&rsquo;auteur, venant d&rsquo;auctor (augere), signifie \u00ab celui qui augmente \u00bb. Et qui augmente quoi ? Disons la sensation de vie. Oui, c&rsquo;est bien de cela qu&rsquo;il s&rsquo;agit : augmenter la sensation de vie. Mais le mot auteur chez nous a quelque chose de guind\u00e9 et de fat. Il faudrait trouver autre chose pour d\u00e9signer le v\u00e9ritable espace, la recherche de l&rsquo;\u00ab espace r\u00e9el \u00bb. Certes, on ne change pas les choses en changeant les mots, mais en renouvelant le vocabulaire, on peut revivifier la perception de la r\u00e9alit\u00e9. C&rsquo;est pour cela que j&rsquo;ai mis en avant le terme de \u00ab nomade intellectuel \u00bb pour d\u00e9signer celui qui, persuad\u00e9 que toutes les cultures sont partielles, va d&rsquo;une culture \u00e0 l&rsquo;autre afin de se cr\u00e9er des notions plus compl\u00e8tes, plus rayonnantes. J&rsquo;ai nomm\u00e9 \u00ab surnihiliste \u00bb celui qui va jusqu&rsquo;au bout de notre demi-nihilisme d&rsquo;aujourd&rsquo;hui et d\u00e9bouche dans un vide-pl\u00e9nitude qui n&rsquo;est pas encore inscrit sur nos cartes mentales. J&rsquo;aime aussi, et m\u00eame tout particuli\u00e8rement, la notion de \u00ab l&rsquo;homme r\u00e9el sans situation \u00bb que l&rsquo;on trouve dans la tradition tao\u00efste chinoise : \u00ab Il est sur la route, sans avoir quitt\u00e9 la maison. Il est dans la maison, sans avoir quitt\u00e9 la route. N&rsquo;est-il qu&rsquo;un homme vivant qui puisse le d\u00e9finir. D\u00e8s que vous essayez de le saisir, il n&rsquo;est plus l\u00e0 \u2014 il est de l&rsquo;autre c\u00f4t\u00e9 de la montagne. \u00bb Pour en revenir au mot \u00ab po\u00e8te \u00bb, qu&rsquo;il s&rsquo;agit de revaloriser, j&rsquo;imagine un po\u00e8te pluriel, un penseur mobile, qui sache suivre des routes diverses, v\u00e9hiculer des \u00e9nergies multiples et ouvrir un espace in\u00e9dit \u2014 non pas un espace purement \u00ab litt\u00e9raire \u00bb, mais un espace que j&rsquo;ai appel\u00e9 biocosmopo\u00e9tique.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Plusieurs forces semblent converger aujourd&rsquo;hui vers cet espace. Examinons un peu ce mouvement, et quelques-uns de ses repr\u00e9sentants.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab\u00a0Le monde dans lequel Hegel s&rsquo;\u00e9tait fait sa maison, \u00e9crit Karl L\u00f6with (De Hegel \u00e0 Nietzsche) \u00e9tait pour Marx et Kierkegaard devenu \u00e9tranger, ils l&rsquo;avaient d\u00e9pass\u00e9, ils en \u00e9taient sortis, devenus absurdes, transcendants, qualificatifs que Goethe attribue \u00e0 l&rsquo;esprit montant du si\u00e8cle. Et Nietzsche, plus encore, avait perdu tout foyer. \u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">On commence donc avec cette \u00ab absurdit\u00e9 \u00bb, cet abandon d&rsquo;un ordre, et avec cette \u00ab clochardise \u00bb (apatride et atopique) transcendantale. L\u00f6with ne parle que d&rsquo;Allemands (ou, disons mieux, de figures du dehors d&rsquo;origine allemande), mais en France, cette rupture, cette fissure est, bien s\u00fbr, repr\u00e9sent\u00e9e par Rimbaud, peut-\u00eatre aussi par Nerval et Lautr\u00e9amont \u2014 mais surtout Rimbaud. Et elle est continu\u00e9e par Artaud (l&rsquo;Artaud nomade, et non pas l&rsquo;Artaud malade qu&rsquo;imitent tous les sous-Artaud du si\u00e8cle). Si Rimbaud pouvait dire que \u00ab les vieux imb\u00e9ciles n&rsquo;avaient trouv\u00e9 du moi que la signification fausse \u00bb, Artaud, dans un de ses moments de lucidit\u00e9 fulgurante, pr\u00e9cise la notion d&rsquo;une identit\u00e9 plus vraie, et l&rsquo;espace de sa croissance, en parlant d&rsquo;une culture fond\u00e9e sur une m\u00e9taphysique permettant \u00e0 l&rsquo;homme, non plus individu mais point concentr\u00e9 d&rsquo;un champ cosmique, de conna\u00eetre \u00ab l&rsquo;\u00e9tat po\u00e9tique, un \u00e9tat transcendant de vie \u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Ce mouvement radical et fluide a \u00e9t\u00e9 longtemps bloqu\u00e9 par un marxisme \u00e9cul\u00e9 et un freudisme fig\u00e9, et par toute une partie des sciences humaines (trop humaines) qui les ont prises pour mod\u00e8les. Tout mouvement (Marx et Freud \u00e9taient des esprits mobiles) est victime de ceux parmi ses adh\u00e9rents qui, ayant accompli une partie du chemin, s&rsquo;arr\u00eatent et construisent des chapelles. Ce sont ces chapelles qui, aujourd&rsquo;hui, se d\u00e9sagr\u00e8gent pour de bon, m\u00eame si certains s&#8217;emploient encore \u00e0 recoller les morceaux (toute cette colle \u00e0 la place d&rsquo;une culture vivante !).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab D\u00e9gager la v\u00e9rit\u00e9 de Marx et de Freud, du marxisme et du freudisme, dit Axelos (Horizons du monde), signifierait les ramener \u00e0 une errance plus fondamentale \u00bb. Et Lyotard (D\u00e9rive \u00e0 partir de Marx et de Freud) : \u00ab Ce n&rsquo;est pas une rive que l&rsquo;on quitte, mais plusieurs ensemble. \u00bb On voit donc se dessiner un d\u00e9gagement et une d\u00e9rive plurielle. Pour Lyotard, le principe de navigation \u00e0 suivre dans ce nouvel espace, est \u00ab une sensibilit\u00e9 oc\u00e9ano-sismographique \u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Or, pour retrouver une sensibilit\u00e9 oc\u00e9anique chez nous, il faut remonter bien loin dans le temps. J&rsquo;ai tendance, pour ma part, \u00e0 remonter jusqu&rsquo;aux p\u00e9r\u00e9grinations p\u00e9lagiennes des moines celtes, au p\u00e9riple de Pyth\u00e9as le Massiliote&#8230; L&rsquo;on se souviendra que dans Malaise dans la civilisation, Freud prend ses distances vis-\u00e0-vis du \u00ab sentiment oc\u00e9anique (ozeanisches Gef\u00fchl) : il ne serait qu&rsquo;une r\u00e9alit\u00e9 passag\u00e8re chez l&rsquo;enfant et m\u00eame s&rsquo;il \u00e9tait une virtualit\u00e9 chez l&rsquo;adulte, la civilisation occidentale no pourrait pas l&rsquo;accepter. Or, il se peut tr\u00e8s bien que le \u00ab sentiment oc\u00e9an \u00bb soit non seulement une virtualit\u00e9, mais une n\u00e9cessit\u00e9. Autrement, l&rsquo;\u00eatre humain souffrira sempiternellement de ce que Ferenczi appelle \u00ab une frustration biog\u00e9n\u00e9tique fondamentale \u00bb : frustration qui sera traduite et rationalis\u00e9e de toutes sortes de mani\u00e8res, depuis les criailleries du marmot jusqu&rsquo;aux th\u00e9ories les plus abstraites. Et si la civilisation occidentale ne supporte pas cette r\u00e9alit\u00e9 fondamentale, il faut, \u00e9videmment changer cette civilisation. Mais pas n&rsquo;importe comment ! Qui ne voit, par exemple, que les th\u00e9ories et les pratiques du changement, dont on nous rebat les oreilles, sont la plupart du temps l&rsquo;expression m\u00eame de la frustration, et nullement une \u00e9nergie, disons biocosmique, venue d&rsquo;ailleurs et r\u00e9ellement capable d&rsquo;apporter une jouissance et, par cons\u00e9quent, des transformations n\u00e9cessaires. J&rsquo;ajoute que si je parle de soci\u00e9t\u00e9 et de civilisations occidentales, c&rsquo;est parce que j&rsquo;y ai pris mon point de d\u00e9part, ce n&rsquo;est pas pour sugg\u00e9rer, d&rsquo;une mani\u00e8re simpliste, que la soci\u00e9t\u00e9 et la civilisation orientales sont n\u00e9cessairement et partout pr\u00e9f\u00e9rables. En fait, de plusieurs points de vue, ces soci\u00e9t\u00e9s sont pires que les n\u00f4tres. Mais il se trouve que marginalement (et m\u00eame, parfois, avec des r\u00e9percussions sur la vie quotidienne), on a beaucoup plus insist\u00e9 l\u00e0-bas sur la n\u00e9cessit\u00e9 du \u00ab sentiment oc\u00e9anique \u00bb. La vie tao\u00efste en est impr\u00e9gn\u00e9e, et c&rsquo;est le \u00ab visage originel \u00bb du Zen. Il s&rsquo;agit donc pour nous tous, en Occident comme en Orient, de retrouver ce visage. Mais ne br\u00fblons pas les \u00e9tapes.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Nous sommes sortis de l&rsquo;\u00e9tape de l&rsquo;absurdit\u00e9 pour aller vers celle de la d\u00e9rive. Essayons d&rsquo;aller encore plus loin. Dans la confusion de la d\u00e9rive se dessine, petit \u00e0 petit (il faut essayer d&rsquo;\u00eatre clairvoyant sans vouloir d\u00e9finir trop rapidement), une voie.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Si le scientiste et le croyant se contentent de fabriquer des syst\u00e8mes clos, de construire des mod\u00e8les \u00e0 imiter, le po\u00e8te-chercheur suit une voie, et invite au voyage. \u00ab Aux mod\u00e8les s&rsquo;opposent les voies, dit Henri Lefebvre (Au-del\u00e0 du savoir). Il y a une id\u00e9e nouvelle, la Voie, qui affine la notion de praxis et rend concr\u00e8tes les id\u00e9es de trajet et de parcours. La notion de voie interdit de s\u00e9parer le style de vie et la m\u00e9thode de pens\u00e9e, la pr\u00e9sence \u00e0 soi et la pr\u00e9sence au monde. \u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">C&rsquo;est cette notion de voie (\u00e0 travers mille plateaux) qu&rsquo;\u00e9voque Gilles Deleuze quand il parle de certaines figures de la litt\u00e9rature anglaise-am\u00e9ricaine, qu&rsquo;il semble pr\u00e9f\u00e9rer d\u00e9cid\u00e9ment \u00e0 une certaine litt\u00e9rature fran\u00e7aise \u00ab irr\u00e9m\u00e9diablement classiciste \u00bb comme disait Barthes. \u00ab Fuir, \u00e9crit-il (Dialogues), c&rsquo;est tracer une ligne, des lignes, toute une cartographie. On ne d\u00e9couvre des mondes que par une longue fuite bris\u00e9e. La litt\u00e9rature anglaise-am\u00e9ricaine ne cesse de pr\u00e9senter ces ruptures, ces personnages qui cr\u00e9ent leur ligne de fuite, qui cr\u00e9ent par ligne de fuite&#8230; Tout y est d\u00e9part, devenir, passage, saut, d\u00e9mon, rapport avec le dehors&#8230; Le devenir est g\u00e9ographique. On n&rsquo;a pas l&rsquo;\u00e9quivalent en France. Les Fran\u00e7ais sont trop humains, trop historiques. Ils passent leur temps \u00e0 faire le point. \u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">On reviendra sur cette question de la conscience historique, et du blocage qu&rsquo;elle repr\u00e9sente. Poursuivons pour l&rsquo;instant la voie du nomade intellectuel, du po\u00e8te-chercheur, en dehors de tout syst\u00e8me.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Quand, dans sa lettre aux recteurs des universit\u00e9s europ\u00e9ennes, Artaud s&rsquo;\u00e9l\u00e8ve contre la \u00ab momification \u00bb de l&rsquo;Europe, c&rsquo;est surtout \u00e0 une certaine logique qu&rsquo;il s&rsquo;en prend : \u00ab La faute en est \u00e0 vos syst\u00e8mes moisis, \u00e0 votre logique. \u00bb On s&rsquo;est beaucoup attaqu\u00e9 \u00e0 cette logique ces derniers temps, surtout telle qu&rsquo;elle s&rsquo;est concr\u00e9tis\u00e9e dans le discours le plus prestigieux de notre \u00e9poque, celui des sciences. S&rsquo;attaquer \u00e0 ce discours, aujourd&rsquo;hui, c&rsquo;est pour beaucoup une h\u00e9r\u00e9sie. C&rsquo;est pourtant ce qui est en train de se faire, et c&rsquo;est parfois le fait des scientifiques eux-m\u00eames, les plus lucides et les plus cr\u00e9ateurs parmi eux. Cela ne signifie certes pas la fin de la science, mais peut-\u00eatre la fin d&rsquo;une certaine science et, certainement, la fin de l&rsquo;h\u00e9g\u00e9monie de la science. On peut y voir, si l&rsquo;on sait faire la synth\u00e8se entre celle-ci et d&rsquo;autres \u00ab ouvertures \u00bb, les pr\u00e9ludes \u00e0 une nouvelle \u00e9pist\u00e9mologie.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab Ni les sciences logico-math\u00e9matiques, dit Axelos (Contribution \u00e0 la logique), ni les sciences physico-chimiques, ni les sciences biologico-m\u00e9dicales, ni les sciences psychosociologiques ne peuvent nous donner un style de pens\u00e9e. Car ce sont elles qui ont besoin de pens\u00e9e. \u00bb Et Baudrillard (L&rsquo;\u00c9change symbolique) : \u00ab La science n&rsquo;a jamais fait, avec la physique de l&rsquo;atome, qu&rsquo;approfondir sa rationalit\u00e9 positiviste. Elle ne s&rsquo;est en rien rapproch\u00e9e d&rsquo;un autre mode. Peut-\u00eatre arrive-t-elle aujourd&rsquo;hui \u00e0 ses confins, en m\u00eame temps qu&rsquo;\u00e0 une crise th\u00e9orique totale du mat\u00e9rialisme, sans pouvoir, cependant, sauter par-dessus son ombre. \u00bb Quant \u00e0 Manuel de Di\u00e9guez (Science et nescience), la science n&rsquo;a fait selon lui que conjurer son angoisse devant la \u00ab cosmologie de l&rsquo;\u00e9nergie \u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Retenons de ces trois r\u00e9f\u00e9rences les notions de \u00ab cosmologie de l&rsquo;\u00e9nergie \u00bb, d&rsquo;un \u00ab style de pens\u00e9e \u00bb et d&rsquo;un \u00ab autre mode \u00bb. Mais c&rsquo;est une chose de critiquer les syst\u00e8mes existants, et de proclamer la n\u00e9cessit\u00e9 d&rsquo;autres approches de la r\u00e9alit\u00e9, c&rsquo;en est une autre de les cr\u00e9er, ou peut-\u00eatre plut\u00f4t d&rsquo;entrer dans l&rsquo;espace o\u00f9 l&rsquo;on peut les trouver. C&rsquo;est ici que le po\u00e8te, plus vif, moins encombr\u00e9 de discours-cadavre, prend la rel\u00e8ve du philosophe. Mais qui ne sent une force authentiquement po\u00e9tique dans ce tr\u00e8s beau passage d&rsquo;Axelos le philosophe : \u00ab La logique doit se tenir pr\u00eate \u00e0 accomplir une mue&#8230; Sa t\u00e2che la plus \u00e9lev\u00e9e pourrait consister \u00e0 se mettre \u00e0 l&rsquo;\u00e9coute de la pens\u00e9e et \u00e0 marcher vers son autod\u00e9passement, lib\u00e9rant une pens\u00e9e plus fluide et rigoureuse&#8230; qui aurait le souffle n\u00e9cessaire pour animer une d\u00e9marche plus qu&rsquo;une m\u00e9thode&#8230; pour orienter \u00e0 travers des spirales vers l&rsquo;ouverture&#8230; pour introduire \u00e0 une radicalit\u00e9 in\u00e9dite&#8230; \u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Pour orienter \u00e0 travers des spirales vers l&rsquo;ouverture&#8230; Il me semble que dans cette orientation (il s&rsquo;agit bien plus d&rsquo;orientation que d&rsquo;orientalisme), l&rsquo;Orient, un certain Orient, l&rsquo;extr\u00eame de l&rsquo;Extr\u00eame-Orient, a un r\u00f4le \u00e0 jouer. Mais on conna\u00eet les r\u00e9sistances qu&rsquo;on oppose \u00e0 toute proposition de ce genre. En fait, on a parfois l&rsquo;impression que les r\u00e9sistances sont encore plus fortes en culturanalyse qu&rsquo;en psychanalyse. Et sans doute est-ce normal, car il s&rsquo;agit l\u00e0 de plus qu&rsquo;un moi, il s&rsquo;agit d&rsquo;un monde.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Les r\u00e9sistances vont de la simple x\u00e9nophobie culturelle primaire (\u00ab rien \u00e0 voir avec ces gens-l\u00e0 \u00bb) \u00e0 des formes plus sophistiqu\u00e9es (on porte atteinte \u00e0 une identit\u00e9 p\u00e9niblement construite). On dira, par exemple, qu&rsquo;il faut s&rsquo;en tenir \u00e0 sa propre culture, \u00e0 la \u00ab spiritualit\u00e9 occidentale \u00bb, sans vouloir se rendre compte qu&rsquo;aucune culture ne peut \u00eatre totalement monolithique, et que le paysage culturel, surtout \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque moderne, est bien plus complexe et vari\u00e9, \u00e0 l&rsquo;image de nos paysages mentaux, qu&rsquo;on veut bien le croire. On dira aussi qu&rsquo;avant d&rsquo;aborder la culture orientale, il faut assimiler d&rsquo;abord sa propre culture occidentale. C&rsquo;est exactement comme si, vers le 16<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, un p\u00e8re avait dit \u00e0 son fils : \u00ab C&rsquo;est tr\u00e8s bien, tes nouvelles sciences \u2014 mais attends d&rsquo;avoir appris ton Virgile par c\u0153ur. \u00bb Ce n&rsquo;est pas ainsi que les choses se passent en culture. On ne va pas d&rsquo;une totalit\u00e9 \u00e0 une autre. Il y a des failles, des glissements, parfois des avalanches, surtout sur les hauteurs. Pour en finir avec cette analyse des r\u00e9sistances, en voici une, assez sophistiqu\u00e9e, que je rel\u00e8ve dans un livre r\u00e9cent, Science et conscience, symptomatique lui aussi du changement de r\u00e9gime culturel dont je m&rsquo;efforce d&rsquo;esquisser quelques aspects dans cet essai. Apr\u00e8s avoir pr\u00e9sent\u00e9 son expos\u00e9 sur \u00ab le Tao de la physique \u00bb, o\u00f9 il s&rsquo;agissait, entre autres, du parall\u00e9lisme entre les id\u00e9es de base de la physique moderne et celles de certaines philosophies extr\u00eame-orientales, Fritjof Capra se voyait inviter \u00e0 parler en termes, non d&rsquo;Orient et d&rsquo;Occident, mais d&rsquo;\u00e9sot\u00e9risme et d&rsquo;exot\u00e9risme. Capra exprime d&rsquo;abord son accord : dans le domaine de la pens\u00e9e mystique, Orient et Occident se rejoignent, effectivement, plus ou moins. Mais tout est dans ce \u00ab plus ou moins \u00bb. Et Capra de continuer : \u00ab Je voudrais pourtant ajouter que les philosophies orientales sont d&rsquo;une certaine fa\u00e7on plus \u00e0 notre port\u00e9e que les \u00e9sot\u00e9rismes traditionnels de l&rsquo;Occident \u2014 m\u00eame si cela peut nous sembler bizarre. \u00bb En effet, tel esprit occidental moderne est imm\u00e9diatement r\u00e9ceptif au ha\u00efku, par exemple, qui peinerait sur Jakob B\u00f6hme. Nous cherchons une certaine \u00e9conomie, une certaine vivacit\u00e9, une certaine fra\u00eecheur, et cela manque singuli\u00e8rement \u00e0 la plus grande partie de ce qu&rsquo;on appelle l&rsquo;\u00e9sot\u00e9risme, qui s&rsquo;enferme dans le solennel, le pesant et le trop \u00e9labor\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Il ne s&rsquo;agit, \u00e9videmment (mais il faudra toujours revenir l\u00e0-dessus \u2014 jusqu&rsquo;\u00e0 nouvel ordre) ni de se gouroufier, ni de s&rsquo;ashramiser, il s&rsquo;agit de savoir int\u00e9grer des \u00e9l\u00e9ments du yoga, du tao et du zen (etc.) dans une pens\u00e9e-pratique actuelle.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">La r\u00e9sistance \u00e0 tout ceci est plus forte peut-\u00eatre en France que partout ailleurs. Pourquoi ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Paul Masson-Oursel (Aspects de la Chine) l&rsquo;impute au rationalisme classique : \u00ab L&rsquo;Allemagne romantique \u00e9tait pr\u00eate \u00e0 autre chose que notre rationalisme classique \u00e0 la fin du 18<sup>e<\/sup> si\u00e8cle. Elle a savour\u00e9, dirions-nous, l&rsquo;originalit\u00e9 tao\u00efste nettement pressentie, alors que l&rsquo;esprit fran\u00e7ais ne pr\u00eatait d&rsquo;int\u00e9r\u00eat qu&rsquo;\u00e0 ce que Confucius mal connu semblait dire d&rsquo;exact et de \u00ab raisonnable \u00bb. Mais si l&rsquo;on creuse plus loin, on peut trouver autre chose encore que le rationalisme classique. Quand Victor Cousin exprima ses objections \u00e0 toute ouverture vers l&rsquo;Orient, ce fut au nom de la \u00ab conscience historique \u00bb \u00e0 laquelle nous avons d\u00e9j\u00e0 fait allusion. Or, cette conscience historique provient sans doute en derni\u00e8re analyse du christianisme. Voici Alan Watts (Le Livre de la Sagesse) : \u00ab Le sens chr\u00e9tien de la r\u00e9alit\u00e9 du mal et la conscience du temps et de l&rsquo;histoire comme processus en vue de vaincre le mal, nous impr\u00e8gnent si fortement m\u00eame dans le climat intellectuel post-chr\u00e9tien d&rsquo;aujourd&rsquo;hui que nous \u00e9prouvons de la difficult\u00e9 \u00e0 voir dans la conscience cosmique autre chose qu&rsquo;une hallucination. \u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Conscience cosmique, voil\u00e0 encore un grand mot de l\u00e2ch\u00e9. Qu&rsquo;est-ce que cela veut dire, qu&rsquo;est-ce que cela implique ? Ne s&rsquo;agit-il que d&rsquo;un mirage ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Bah ! Mieux vaut voir le visage qu&rsquo;entendre le nom. Et quand le disciple demanda au ma\u00eetre : qu&rsquo;est-ce que le Tao ? la r\u00e9ponse fut : va ! Mais puisque dans ces pages nous sommes encore dans le discours de l&rsquo;exposition et de l&rsquo;invitation, et pas encore engag\u00e9s dans le mouvement spatialisant de la biocosmopo\u00e9tique, disons que p\u00e9n\u00e9trer dans la conscience cosmique c&rsquo;est aller de la personne li\u00e9e \u00e0 une histoire au moi sur-personnel (le \u00ab tu es cela \u00bb des Upanishad), c&rsquo;est aller du socio-moral \u00e0 l&rsquo;universel (au-del\u00e0 du bien et du mal), de la condition humaine \u00e0 un d\u00e9conditionnement trans-humain, de toutes sortes de gestes \u00e9triqu\u00e9s au grand geste (mahamudra), de la logique discursive \u00e0 la logique \u00e9rotique, de la recherche d&rsquo;une r\u00e9ponse unique et globale (Dieu) \u00e0 un champ de correspondances, de la th\u00e9ologie \u00e0 la taologie, de la notion de situation \u00e0 celle d&rsquo;espace et d&rsquo;errance (\u00ab errant partout dans les champs de la connaissance parmi les coups d&rsquo;\u00e9clair de la po\u00e9sie \u00bb, dit le po\u00e8te-yogin Kunlegs), de l&rsquo;ankylose \u00e0 une souplesse nonchalante (\u00ab regarde ce nonchalant homme du Tao qui a \u00e9chapp\u00e9 au filet des syllogismes \u00bb), etc., etc., etc. Une fois le mouvement lanc\u00e9, les cons\u00e9quences s&rsquo;ensuivent comme une rivi\u00e8re coule.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">C&rsquo;est, enfin, la fin du questionnement. \u00ab La vraie vie est de br\u00fbler les questions \u00bb, dit Artaud. Et plus loin : \u00ab La vraie vie est mouvante et blanche. \u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<hr style=\"text-align: justify;\" size=\"1\" \/>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"#ftnref1\" id=\"ftn1\">[1]<\/a> Il est l&rsquo;auteur de \u00ab <em>La Figure du Dehors<\/em> \u00bb (Grasset).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"#ftnref2\" id=\"ftn2\">[2]<\/a> Glossolalie : langage personnel de certains malades mentaux.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La culture, c&rsquo;est la mani\u00e8re dont l&rsquo;\u00eatre humain se con\u00e7oit, se travaille et se dirige. Une culture, c&rsquo;est un ensemble de motifs et de motivations, une vue et une vie d&rsquo;ensemble, telles que les connaissaient, par exemple, le Moyen Age ou, pour remonter dans le temps, une cit\u00e9 grecque, une tribu pal\u00e9olithique. Nous ne pouvons gu\u00e8re pr\u00e9tendre, aujourd&rsquo;hui, \u00e0 une \u00ab culture \u00bb dans ce sens. Ce que nous avons c&rsquo;est \u00ab de la culture \u00bb, c&rsquo;est-\u00e0-dire, un peu de ceci, un peu de cela : des restes de christianisme (r\u00e9duit la plupart du temps \u00e0 la platitude moralisante, au mis\u00e9rabilisme g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9, au gnangnan sentimental), une dose d&rsquo;humanisme gr\u00e9co-latin (r\u00e9f\u00e9rence mythopo\u00e9tique au 19e si\u00e8cle, il ne nous sert plus gu\u00e8re que de structure grammaticale et de glossolalie  byzantine), un peu de science (traduite d&rsquo;un c\u00f4t\u00e9 en science-fiction fantasmante, de l&rsquo;autre, en scientisme universitaire) et quelques r\u00e9f\u00e9rences exotiques et cosmopolites (depuis les Azt\u00e8ques jusqu&rsquo;au Zen) : \u00ab un plat dont m\u00eame les chiens ne voudraient pas \u00bb, disait s\u00e9v\u00e8rement, Nietzsche.<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[787],"tags":[310],"class_list":["post-5291","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-white-kenneth","tag-culture"],"yoast_head":"<!-- This site is optimized with the Yoast SEO plugin v27.0 - https:\/\/yoast.com\/product\/yoast-seo-wordpress\/ -->\n<title>Vers un nouvel espace culturel par Kenneth White - 3e mill\u00e9naire - Spiritualit\u00e9 - Connaissance de soi - Non-dualit\u00e9 - M\u00e9ditation<\/title>\n<meta name=\"robots\" content=\"index, follow, max-snippet:-1, max-image-preview:large, max-video-preview:-1\" \/>\n<link rel=\"canonical\" href=\"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/vers-un-nouvel-espace-culturel-par-kenneth-white\/\" \/>\n<meta property=\"og:locale\" content=\"fr_FR\" \/>\n<meta property=\"og:type\" content=\"article\" \/>\n<meta property=\"og:title\" content=\"Vers un nouvel espace culturel par Kenneth White - 3e mill\u00e9naire - Spiritualit\u00e9 - Connaissance de soi - Non-dualit\u00e9 - M\u00e9ditation\" \/>\n<meta property=\"og:description\" content=\"La culture, c&#039;est la mani\u00e8re dont l&#039;\u00eatre humain se con\u00e7oit, se travaille et se dirige. 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3e mill\u00e9naire - Spiritualit\u00e9 - Connaissance de soi - Non-dualit\u00e9 - M\u00e9ditation","og_description":"La culture, c'est la mani\u00e8re dont l'\u00eatre humain se con\u00e7oit, se travaille et se dirige. 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Ce que nous avons c'est \u00ab de la culture \u00bb, c'est-\u00e0-dire, un peu de ceci, un peu de cela : des restes de christianisme (r\u00e9duit la plupart du temps \u00e0 la platitude moralisante, au mis\u00e9rabilisme g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9, au gnangnan sentimental), une dose d'humanisme gr\u00e9co-latin (r\u00e9f\u00e9rence mythopo\u00e9tique au 19e si\u00e8cle, il ne nous sert plus gu\u00e8re que de structure grammaticale et de glossolalie byzantine), un peu de science (traduite d'un c\u00f4t\u00e9 en science-fiction fantasmante, de l'autre, en scientisme universitaire) et quelques r\u00e9f\u00e9rences exotiques et cosmopolites (depuis les Azt\u00e8ques jusqu'au Zen) : \u00ab un plat dont m\u00eame les chiens ne voudraient pas \u00bb, disait s\u00e9v\u00e8rement, Nietzsche.","og_url":"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/vers-un-nouvel-espace-culturel-par-kenneth-white\/","og_site_name":"3e mill\u00e9naire - Spiritualit\u00e9 - Connaissance de soi - Non-dualit\u00e9 - M\u00e9ditation","article_published_time":"2010-10-15T17:03:17+00:00","author":"3e mill\u00e9naire","twitter_card":"summary_large_image","twitter_misc":{"\u00c9crit par":"3e mill\u00e9naire","Dur\u00e9e de lecture estim\u00e9e":"20 minutes"},"schema":{"@context":"https:\/\/schema.org","@graph":[{"@type":"Article","@id":"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/vers-un-nouvel-espace-culturel-par-kenneth-white\/#article","isPartOf":{"@id":"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/vers-un-nouvel-espace-culturel-par-kenneth-white\/"},"author":{"name":"3e mill\u00e9naire","@id":"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/#\/schema\/person\/9a3a7cc4ccaa707f402d4394327106d5"},"headline":"Vers un nouvel espace culturel par Kenneth White","datePublished":"2010-10-15T17:03:17+00:00","mainEntityOfPage":{"@id":"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/vers-un-nouvel-espace-culturel-par-kenneth-white\/"},"wordCount":3947,"keywords":["culture"],"articleSection":["White Kenneth"],"inLanguage":"fr-FR"},{"@type":"WebPage","@id":"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/vers-un-nouvel-espace-culturel-par-kenneth-white\/","url":"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/vers-un-nouvel-espace-culturel-par-kenneth-white\/","name":"Vers un nouvel espace culturel par Kenneth White - 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