{"id":5928,"date":"2010-11-20T16:12:19","date_gmt":"2010-11-20T15:12:19","guid":{"rendered":"http:\/\/pro.ovh.net\/~emillena\/blog\/?p=5928"},"modified":"2011-09-26T00:44:49","modified_gmt":"2011-09-25T23:44:49","slug":"paul-valery-un-mystique-sans-dieu-par-denise-barrere","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/paul-valery-un-mystique-sans-dieu-par-denise-barrere\/","title":{"rendered":"Paul Val\u00e9ry un mystique sans dieu? par Denise Barr\u00e8re"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\">(Revue Question De. N<sup>o<\/sup> 18. Mai-Juin 1977)<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong><em>Andr\u00e9 Gide, parlant de Paul Val\u00e9ry, disait : \u00ab C&rsquo;est un ami incomparable \u00bb, tout en pr\u00e9cisant : \u00ab Il me fallait dix jours pour me remettre d&rsquo;une conversation avec lui. \u00bb Il est probable qu&rsquo;en sa pr\u00e9sence le po\u00e8te mondain s&rsquo;\u00e9vanouissait pour d\u00e9couvrir l&rsquo;esth\u00e8te tendu vers un art absolu et qui confiait : \u00ab Le beau est ce qui d\u00e9sesp\u00e8re ! \u00bb<\/em><\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong><em>Paul Val\u00e9ry en effet poursuivait l&rsquo;inaccessible. Or pour atteindre ce qui semble hors de port\u00e9e, il faut que l&rsquo;\u00e2me appareille \u00e0 l&rsquo;extr\u00eame du d\u00e9sir. Seule la discipline po\u00e9tique cr\u00e9e l&rsquo;univers particulier permettant de saisir les moindres oscillations de l&rsquo;\u00eatre, car l&rsquo;artiste, refusant les raisonnements trop lucides du h\u00e9ros de \u00ab Mon Faust \u00bb, accepte dans la rigueur de l&rsquo;asc\u00e8se po\u00e9tique de reconna\u00eetre une part d&rsquo;inexplicable.<\/em><\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong><em>La po\u00e9sie, contrairement \u00e0 la prose qui n&rsquo;impose pas de r\u00e8gle, invente la cl\u00f4ture n\u00e9cessaire au recueillement. Si Paul Val\u00e9ry a parfois rencontr\u00e9 l&rsquo;illumination, c&rsquo;est dans ses textes po\u00e9tiques que nous devons tenter de la percevoir puisqu&rsquo;il nous a confi\u00e9 : \u00ab Dans certains \u00e9tats des choses de ma vie, il arriva que le travail de po\u00e9sie me fut une mani\u00e8re de me s\u00e9parer du monde. J&rsquo;appelle \u00ab\u00a0monde\u00a0\u00bb, ici, l&rsquo;ensemble d&rsquo;incidents, d&rsquo;injonctions, d&rsquo;interpellations et de sollicitations de toute esp\u00e8ce et de toute intensit\u00e9 qui surprennent l&rsquo;esprit sans l&rsquo;illuminer en lui-m\u00eame, qui l&rsquo;\u00e9meuvent en le d\u00e9concertant, qui le d\u00e9placent du plus important vers le moins&#8230; \u00bb<\/em><\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">L&rsquo;homme m\u00e9diterran\u00e9en baigne dans un univers de lumi\u00e8re : l&rsquo;\u00e9clatement solaire qui fixe des ombres sans nuances d\u00e9limite l&rsquo;\u00eatre unique. Mais les rayons trop per\u00e7ants peuvent aussi p\u00e9n\u00e9trer fort loin et briser cette m\u00eame unicit\u00e9. Et le jeune Paul Val\u00e9ry ne put rester insensible \u00e0 la d\u00e9chirure supr\u00eame des \u00e9clairs lors d&rsquo;une nuit d&rsquo;orage \u00e0 G\u00eanes en 1892. La dichotomie h\u00e9raclit\u00e9enne entre les t\u00e9n\u00e8bres nocturnes et la foudre violente trouvait un \u00e9cho dans l&rsquo;\u00e2me de cet adolescent. \u00ab <em>J&rsquo;\u00e9tais entre moi et moi<\/em> \u00bb, dira-t-il plus tard. Cette crise profonde devait \u00eatre le point de d\u00e9part d&rsquo;une longue recherche apparent\u00e9e \u00e0 la qu\u00eate des mystiques : \u00ab <em>Il s&rsquo;agissait de d\u00e9composer toutes mes premi\u00e8res id\u00e9es ou idoles, et de rompre avec un moi qui ne savait pas pouvoir ce qu&rsquo;il voulait ; ni vouloir ce qu&rsquo;il pouvait <\/em><a id=\"ftnref1\" href=\"#ftn1\">[1]<\/a> . \u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Cette rupture douloureuse au c\u0153ur de l&rsquo;\u00eatre m\u00eame, surgie en \u00e9cho \u00e0 la faille \u00e9tincelante parue dans la nuit, accompagna longuement le po\u00e8te. Et sa d\u00e9marche tentait de retrouver l&rsquo;autre part de lui-m\u00eame toujours plus distante, toujours plus \u00e9trang\u00e8re&#8230;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Son d\u00e9sir d&rsquo;\u00e9prouver de nouveau cette unit\u00e9 ou m\u00eame cette union a lui-m\u00eame \u2014 mais une union diff\u00e9rente qui ne serait pas un simple retour vers lui \u2014 lui fit suivre la voie de l&rsquo;asc\u00e8se la plus rigoureuse. \u00ab <em>Je suis dans le plus quotidien myst\u00e8re<\/em>, \u00e9crivait-il \u00e0 Pierre Loups le 25 janvier 1892, <em>tordu par des effets sans nulles causes, contradictoire jusqu&rsquo;\u00e0 une certaine beaut\u00e9, aussi \u00e9pars que l&rsquo;ont \u00e9ternellement connu tous ceux qui ont \u2014 coupablement \u2014 tent\u00e9 de sortir de leur \u00eatre et d&rsquo;oublier l&rsquo;ombre de leur corps m\u00eame, \u00e0 la recherche de l&rsquo;Absolu<\/em>. \u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>\u00ab La soif de l&rsquo;\u00e2me \u00e9lev\u00e9e \u00bb qualifie la d\u00e9marche du po\u00e8te<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Pouss\u00e9 par un d\u00e9sir invincible d&rsquo;aller plus loin, il se met \u00e0 l&rsquo;\u00e9coute des moindres oscillations de sa conscience : \u00ab <em>Personne ne va au bout \u2014 \u00e0 l&rsquo;extr\u00eame nord humain \u2014 ni au dernier point intelligible, imaginable, ni jusqu&rsquo;\u00e0 un certain mur \u2014 et la certitude que l\u00e0 commence vraiment l&rsquo;infranchissable <\/em><a id=\"ftnref2\" href=\"#ftn2\">[2]<\/a>. \u00bb C&rsquo;est la tentation de d\u00e9passer cet infranchissable qui le meut. Et cette aspiration qu&rsquo;il \u00e9prouve dans toute sa violence il la d\u00e9finit comme \u00ab <em>la soif de l&rsquo;\u00e2me \u00e9lev\u00e9e, inqui\u00e8te et absolue <\/em><a id=\"ftnref3\" href=\"#ftn3\">[3]<\/a> \u00bb, si proche alors de Simone Weil qui d\u00e9crira quelque temps plus tard sa propre qu\u00eate : \u00ab <em>Appeler l&rsquo;Esprit purement et simplement ; un appel, un cri. Comme quand on est \u00e0 la limite de la soif, qu&rsquo;on est malade de soif, on ne se repr\u00e9sente plus l&rsquo;acte de boire&#8230; On se repr\u00e9sente seulement l&rsquo;eau, l&rsquo;eau prise en elle-m\u00eame ; mais cette image de l&rsquo;eau est comme un cri de tout l&rsquo;\u00eatre <\/em><a id=\"ftnref4\" href=\"#ftn4\">[4]<\/a>. \u00bb Mais cette d\u00e9marche de Paul Val\u00e9ry qu&rsquo;il veut bien qualifier de \u00ab mystique \u00bb puisqu&rsquo;il \u00e9crit : \u00ab <em>Ce que je nomme Perfection \u00e9limine la personne de l&rsquo;auteur ; et par l\u00e0 n&rsquo;est pas sans \u00e9veiller quelque r\u00e9sonance mystique \u2014 comme le fait toute recherche dont on place d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment le terme <\/em>\u00ab\u00a0<em>\u00e0 l&rsquo;infini<\/em>\u00a0\u00bb <a id=\"ftnref5\" href=\"#ftn5\">[5]<\/a> \u00bb, n&rsquo;est cependant pas \u2014 \u00e0 la diff\u00e9rence de Simone Weil \u2014 une qu\u00eate de Dieu car, pour lui, \u00ab <em>il n&rsquo;y a aucune raison d&rsquo;appeler Dieu l&rsquo;extr\u00eame de ce mouvement <\/em><a id=\"ftnref6\" href=\"#ftn6\">[6]<\/a> \u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Pour atteindre son dieu, le po\u00e8te s&rsquo;impose une asc\u00e8se<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Paul Val\u00e9ry, mystique sans Dieu, ne tente pas d&rsquo;acc\u00e9der \u00e0 un \u00e9tat de saintet\u00e9 au sens religieux de ce terme ; il veut attendre non pas Dieu mais son Dieu, comme l&rsquo;explique Ned Bastet, \u00ab <em>dans cette exp\u00e9rience limite de l&rsquo;existence qui communique l&rsquo;illusion du divin<\/em> <a id=\"ftnref7\" href=\"#ftn7\">[7]<\/a>\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Et le po\u00e8te est le premier \u00e0 consid\u00e9rer que la discipline qu&rsquo;il s&rsquo;impose afin d&rsquo;\u00e9purer son propre \u00eatre lui procure les m\u00eames effets que doit procurer l&rsquo;asc\u00e8se des croyants. Il reconna\u00eet que \u00ab l&rsquo;existence d&rsquo;une r\u00e9pulsion \u00e9gale \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard de toutes choses est la forme n\u00e9gative mais positivement sensible de ce qui doit se produire dans l&rsquo;\u00e9tat d&rsquo;oraison chez les croyants, avec substitution au Moi pur <a id=\"ftnref8\" href=\"#ftn8\">[8]<\/a> dans cette exp\u00e9rience (sienne) d&rsquo;une sensation-Dieu \u00bb <a id=\"ftnref9\" href=\"#ftn9\">[9]<\/a>. Et sans doute regrette-t-il, non sans humour, la possibilit\u00e9 d&rsquo;une existence toute vou\u00e9e \u00e0 la qu\u00eate, prot\u00e9g\u00e9e par une cl\u00f4ture monacale. \u00ab <em>Songez doucement \u00e0 ce clo\u00eetre<\/em>, \u00e9crit-il \u00e0 son ami Pierre Loups, le 23 f\u00e9vrier 1891, <em>un clo\u00eetre comme Saint-Michel o\u00f9 nous ne serions que des amis r\u00e9unis pour creuser leur fosse ensemble, o\u00f9 nous ferions tant de po\u00e8mes et de musiques et de tout sans noircir des feuillets, mais le soir sur les terrasses quand les cris se taisent des oiseaux qui virent autour de la lune \u00e0 son lever. Esth\u00e8tes attendris et r\u00e9fugi\u00e9s vers les mystiques astres, entre la mer et les astres, abritant sous les antiques pierres d&rsquo;encens notre pudeur sacr\u00e9e que des foules insultent, nous oublierons tout, et le reste seul demeurera en nous<\/em>. \u00bb Cette mont\u00e9e vers l&rsquo;absolu dans laquelle s&rsquo;engage le po\u00e8te est en r\u00e9alit\u00e9 un cheminement vers les sources de l&rsquo;\u00eatre. Car la distance qu&rsquo;il prend \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard du monde ext\u00e9rieur et \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard de ses propres affections le replace en face de lui-m\u00eame et l&rsquo;entra\u00eene \u00e0 entretenir un nouveau dialogue entre son \u00ab moi pur \u00bb et sa conscience lumineuse. \u00ab <em>La sensation<\/em>, \u00e9crit-il, <em>extraordinaire et terrible d&rsquo;\u00eatre saisi int\u00e9rieurement par plus fort que soi<\/em> [&#8230;] <em>qui porte au-dessus du rien, le Tout et son unique, le Moi-Soleil <\/em><a id=\"ftnref10\" href=\"#ftn10\">[10]<\/a>. \u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">L&rsquo;asc\u00e8se po\u00e9tique \u00e9chappe au temps et cr\u00e9e une nouvelle dimension Mais l&rsquo;absolu de l&rsquo;\u00eatre ne peut \u00eatre qu&rsquo;une figure d\u00e9livr\u00e9e du temps. Car, en se r\u00e9f\u00e9rant au pass\u00e9 ou \u00e0 l&rsquo;avenir, la pens\u00e9e s&rsquo;\u00e9carte de la personnalit\u00e9 et implique une distance entre l&rsquo;\u00eatre et le conna\u00eetre. La contemplation est un ph\u00e9nom\u00e8ne instantan\u00e9. D\u00e8s qu&rsquo;elle s&rsquo;installe, en effet, entre un pass\u00e9 et un futur, elle se charge de tout ce qui est inutile. Voil\u00e0 pourquoi Paul Val\u00e9ry t\u00e2tonne pour trouver l&rsquo;acc\u00e8s \u00e0 une autre dimension dans laquelle l&rsquo;\u00e2me s&rsquo;\u00e9panouirait dans un temps immobile. Or l&rsquo;art seul permet de briser le carcan de la dur\u00e9e ou, du moins, de le modeler et de le reconstituer. Le po\u00e8te s&rsquo;\u00e9merveille devant la danseuse inspir\u00e9e : \u00ab <em>Regarde, mais regarde ! &#8230; Elle fait voir l&rsquo;instant&#8230; O quels joyaux elle traverse ! &#8230; Elle jette ses gestes comme des scintillations !&#8230; Elle d\u00e9robe \u00e0 la nature des attitudes impossibles, sous l&rsquo;\u0153il m\u00eame du Temps !&#8230;<\/em> \u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Il se laisse tromper : \u00ab <em>Elle traverse impun\u00e9ment l&rsquo;absurde. Elle est divine dans l&rsquo;instable, elle en fait don \u00e0 nos regards<\/em> !&#8230; <a id=\"ftnref11\" href=\"#ftn11\">[11]<\/a>\u00bb La danseuse \u00e9volue dans un autre monde en ob\u00e9issant \u00e0 un \u00ab tempo \u00bb qui lui est propre, en cr\u00e9ant sa propre dur\u00e9e. C&rsquo;est donc dans le cadre de ce nouveau temps que pourra s&rsquo;ins\u00e9rer la r\u00e9v\u00e9lation de l&rsquo;\u00eatre. Et le po\u00e8me \u00e0 forme fixe institue cette autre dimension : \u00ab <em>Un po\u00e8me est une dur\u00e9e pendant laquelle, lecteur, je respire une loi qui fut pr\u00e9par\u00e9e <\/em><a id=\"ftnref12\" href=\"#ftn12\">[12]<\/a>. \u00bb Paul Val\u00e9ry ne pourra \u00eatre \u00ab en communion \u00bb avec lui-m\u00eame et peut-\u00eatre d\u00e9couvrir alors la part divine qui est en lui qu&rsquo;en unissant cette nouvelle dur\u00e9e au son absolu, c&rsquo;est-\u00e0-dire en devenant po\u00e8te. Il veut entendre \u00ab <em>le son pur qui \u00e9veille l&rsquo;\u00e2me-instant et qui n&rsquo;appartient \u00e0 personne, \u00e0 rien <\/em><a id=\"ftnref13\" href=\"#ftn13\">[13]<\/a> \u00bb. L&rsquo;art po\u00e9tique devient donc l&rsquo;asc\u00e8se, la m\u00e9thode d&rsquo;investigation des profondeurs de l&rsquo;\u00eatre que s&rsquo;impose Paul Val\u00e9ry. \u00ab <em>Pour moi<\/em>, pr\u00e9cise t-il, <em>la Po\u00e9sie devait \u00eatre le Paradis du Langage, dans lequel les diff\u00e9rentes vertus de cette facult\u00e9 transcendante, conjointes par leur emploi, mais aussi \u00e9trang\u00e8res l&rsquo;une \u00e0 l&rsquo;autre que le sensible l&rsquo;est \u00e0 l&rsquo;intelligible, et que la puissance sonore imm\u00e9diate l&rsquo;est \u00e0 la pens\u00e9e qui se d\u00e9veloppe, peuvent et doivent se composer et former pendant quelque temps une alliance aussi intime que celle du corps avec l&rsquo;\u00e2me <\/em><a id=\"ftnref14\" href=\"#ftn14\">[14]<\/a>. \u00bb L&rsquo;exp\u00e9rience du silence permet d&rsquo;\u00e9couter le chant primordial L&rsquo;\u00e2me d\u00e9barrass\u00e9e des fantasmes t\u00e9n\u00e9breux, purifi\u00e9e par l&rsquo;asc\u00e8se, peut enfin accueillir \u00ab l&rsquo;\u00eatre \u00bb de la sensation comme un absolu ou acc\u00e9der \u00e0 l&rsquo;\u00eatre dans la sensation : un son jamais ou\u00ef en sa justesse divine, une couleur d&rsquo;une tendresse sans pareille dans le cr\u00e9puscule, un rayon jamais per\u00e7u, \u00e9manant du soleil du monde ext\u00e9rieur \u2014 de ce soleil qui est la plus belle des choses r\u00e9elles, et que nul mystique de l&rsquo;int\u00e9riorit\u00e9, jamais, ne pourra faire jaillir de ses t\u00e9n\u00e8bres. Paul Val\u00e9ry ajoute ici deux touches tr\u00e8s pr\u00e9cieuses : il dit que le paysage prend alors une valeur religieuse et sacr\u00e9e, et que l&rsquo;\u00e2me fait plus que voir et qu&rsquo;adh\u00e9rer de toutes ses forces \u00e0 la sensation : elle chante \u00e0 l&rsquo;unisson de ce qui l&rsquo;\u00e9meut <a id=\"ftnref15\" href=\"#ftn15\">[15]<\/a>. Elle chante parce qu&rsquo;elle per\u00e7oit au c\u0153ur du silence int\u00e9rieur et de l&rsquo;attente le \u00ab son pur \u00bb, la musique quasi divine. C&rsquo;est le chant du r\u00e9veil de la conscience, de l&rsquo;\u00e9veil de la vie. Ainsi que l&rsquo;explique le philosophe Heidegger dans son <em>Approche de H\u00f6lderlin<\/em>, \u00ab <em>p\u00e9n\u00e9tr\u00e9 de l&rsquo;Esprit qui s&rsquo;\u00e9veille, un \u00ab\u00a0spirituel\u00a0\u00bb est maintenant destin\u00e9 \u00e0 \u00eatre l&rsquo;unique po\u00e8te. Car il doit bien d&rsquo;abord y avoir un po\u00e8te pour que puisse commencer une parole de l&rsquo;hymne. Le po\u00e8te unique abrite l&rsquo;\u00e9branlement apais\u00e9 du Sacr\u00e9 dans la paix de son silence. Comme le chant de la parole elle-m\u00eame ne peut na\u00eetre que du silence, alors tout est pr\u00eat ainsi<\/em> :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Alors promptement \u00e9mue, l&rsquo;\u00e2me, famili\u00e8re<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>A l&rsquo;infini depuis longtemps, de m\u00e9moire<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Tressaille et, embras\u00e9e par l&rsquo;\u00e9clair sacr\u00e9,<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Que lui r\u00e9ussisse le fruit port\u00e9 en amour, \u0153uvre des dieux et des hommes<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Le chant, pour qu&rsquo;il t\u00e9moigne des deux <\/em><a id=\"ftnref16\" href=\"#ftn16\"><strong>[16]<\/strong><\/a>. \u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>La \u00ab mystique des sensations \u00bb dans la symphonie val\u00e9ryenne<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Or cette m\u00e9lodie qui sourd du plus intime de l&rsquo;\u00eatre, Paul Val\u00e9ry la recompose \u00e0 travers ses po\u00e8mes. Son \u0153uvre constitue la r\u00e9sonance continue de ce chant de l&rsquo;\u00e2me que Narcisse invente pour lui-m\u00eame. Cet adolescent venu des rivages lumineux de la Gr\u00e8ce hante la po\u00e9sie val\u00e9ryenne. Et les fragments du Narcisse repr\u00e9sentent en quelque sorte une symphonie en trois mouvements \u00e0 la gloire des \u00e9chos divis\u00e9s \u00e0 l&rsquo;infini qui se r\u00e9pondent et se d\u00e9forment continuellement et repr\u00e9sentent chacun une parcelle d&rsquo;une r\u00e9alit\u00e9 insaisissable, o\u00f9 le personnage absent semble \u00eatre plus pr\u00e9sent et plus r\u00e9el que le personnage de chair. Ce sont ces divers \u00e9chos que le po\u00e8te fait entendre et, \u00e0 travers leurs sonorit\u00e9s alt\u00e9r\u00e9es, un des aspects r\u00e9fract\u00e9s de sa contemplation.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Toute sensation \u00ab r\u00e9sonne \u00bb dans l&rsquo;\u00e2me. Les images m\u00eames peuvent restituer un \u00e9cho visuel. Le paysage, la lumi\u00e8re, les \u00eatres reproduisent et refl\u00e8tent un autre paysage, une autre lumi\u00e8re, d&rsquo;autres \u00eatres. L&rsquo;\u00e9cho du d\u00e9cor se fait entendre \u00e0 travers le tremblement de l&rsquo;immobilit\u00e9 sensible \u00e0 la moindre perturbation.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>M\u00eame, dans sa faiblesse, aux ombres \u00e9chapp\u00e9es,<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Si la feuille \u00e9perdue effleure la nap\u00e9e,<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Elle suffit \u00e0 rompre un univers dormant<\/em><a id=\"ftnref17\" href=\"#ftn17\"> [17]<\/a>.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Alors surgit l&rsquo;\u00e9cho pictural d&rsquo;un sentiment d&rsquo;amour perdu pr\u00e9sageant l&rsquo;\u00e9cho de la mort qui poursuit son in\u00e9luctable chemin :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Adieu&#8230; Sens-tu fr\u00e9mir mille flottants adieux?<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Bient\u00f4t va frissonner le d\u00e9sordre des ombres !<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>L&rsquo;arbre aveugle vers l&rsquo;arbre \u00e9tend ses membres sombres,<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Et cherche aveugl\u00e9ment l&rsquo;arbre qui dispara\u00eet&#8230;<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Mon \u00e2me ainsi se perd dans sa propre for\u00eat <\/em><a id=\"ftnref18\" href=\"#ftn18\">[18]<\/a>.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">La conscience repouss\u00e9e d&rsquo;ombre en ombre se cherche d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9ment sans s&rsquo;atteindre jamais<a id=\"ftnref19\" href=\"#ftn19\"> [19]<\/a>.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Parfois l&rsquo;\u00e9cho per\u00e7u est \u00e0 la fois visuel et sonore et joue sur plusieurs claviers \u00e0 la fois, comme si la nature tout enti\u00e8re participait \u00e0 la recherche douloureuse du h\u00e9ros :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Antres, qui me rendez mon \u00e2me plus profonde,<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Vous renflez de votre ombre une voix qui se meurt&#8230;<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Vous me le murmurez, ramures !&#8230; O rumeur<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>D\u00e9chirante et docile aux souffles sans figure<\/em>&#8230;<a id=\"ftnref20\" href=\"#ftn20\"> [20]<\/a><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">L&rsquo;ombre ici bruit \u00e0 travers les assonances et les allit\u00e9rations. Le po\u00e8te, sans qu&rsquo;il y paraisse, p\u00e9n\u00e8tre dans le monde de l&rsquo;impossible, livr\u00e9 \u00e0 la d\u00e9formation des songes.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">L&rsquo;amour lui-m\u00eame r\u00e9sonne en \u00e9cho \u00e0 l&rsquo;amour perdu des amants. La nature en a conserv\u00e9 le chant :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Leur folle solitude, \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard du sommeil,<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Peuple et trompe l&rsquo;absence ; et leur secr\u00e8te oreille<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Partout place une voix qui n&rsquo;a point de pareille <\/em><a id=\"ftnref21\" href=\"#ftn21\">[21]<\/a><em>.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>La voix des sources change, et me parle du soir ;<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Un grand calme m&rsquo;\u00e9coute o\u00f9 j&rsquo;\u00e9coute l&rsquo;espoir<\/em><a id=\"ftnref22\" href=\"#ftn22\"> [22]<\/a>.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Narcisse \u00e9coute la nature qui l&rsquo;\u00e9coute&#8230; tous deux se perdent dans cette attente r\u00e9ciproque car nul ne sait plus qui parle. Ces ricochets d&rsquo;\u00e9cho jouant sur l&rsquo;eau se r\u00e9pondent sans cesse et, comme une phrase musicale qui revient et que l&rsquo;on attend au retour de la m\u00e9lodie, scandent la construction de ce po\u00e8me.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Pour approcher la divinit\u00e9, il faut passer par la mort<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Au fil du r\u00e9cit, le chant rythme le d\u00e9roulement du tragique destin de Narcisse. C&rsquo;est la musique qui nous guide, nous attire et constitue comme un \u00e9cho ant\u00e9rieur, parce qu&rsquo;elle est l&rsquo;\u00e9cho feutr\u00e9 d&rsquo;un \u00e9v\u00e9nement qui se produira plus tard :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Que tu brilles enfin, terme pur de ma course<\/em> !<a id=\"ftnref23\" href=\"#ftn23\"> [23]<\/a><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Ce premier vers qui figure l&rsquo;\u00ab ouverture \u00bb de ce morceau est d\u00e9j\u00e0 ambigu\u00eb. S&rsquo;il signale simplement l&rsquo;\u00e9clat de la fontaine qui est le but de l&rsquo;\u00e9lan de Narcisse qui cherche \u00e0 se d\u00e9salt\u00e9rer, il peut sugg\u00e9rer aussi que l&rsquo;heure de sa fin approche et qu&rsquo;il parvient au terme de son cheminement terrestre. Le th\u00e8me resurgit aux vers 91 et suivants :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Ne le sauraient de l&rsquo;onde extraire qu&rsquo;il n&rsquo;expire&#8230;<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Pire \u2014<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Pire ?<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Pire destin<\/em> !<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Narcisse appara\u00eet dans cette modulation si l\u00e9g\u00e8re et \u00e9vanescente qui \u00e9voque ant\u00e9rieurement la m\u00e9tamorphose du h\u00e9ros en fleur. N&rsquo;est-ce pas d\u00e9j\u00e0 la subtilit\u00e9 de son propre parfum que l&rsquo;adolescent per\u00e7oit<a id=\"ftnref24\" href=\"#ftn24\"> [24]<\/a> ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>H\u00e9las ! la rose m\u00eame est am\u00e8re dans l&rsquo;air&#8230;<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Moins amers les parfums des supr\u00eames fum\u00e9es<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Qu&rsquo;abandonnent au vent les feuilles consum\u00e9es <\/em><a id=\"ftnref25\" href=\"#ftn25\">[25]<\/a> !<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Une troisi\u00e8me fois, le th\u00e8me se fait entendre avec une acuit\u00e9 encore plus grande au d\u00e9but de fragment, III.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>De quelle profondeur songes-tu de m&rsquo;instruire,<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Habitant de l&rsquo;ab\u00eeme, h\u00f4te si sp\u00e9cieux<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>D&rsquo;un ciel sombre ici-bas pr\u00e9cipit\u00e9 des cieux ?<\/em>,<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">pour \u00e9clater dans toute sa force au vers 43 :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Entre la mort et soi, quel regard est le sien<\/em><a id=\"ftnref26\" href=\"#ftn26\"> [26]<\/a><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Ainsi l&rsquo;auteur a \u00e9difi\u00e9 son po\u00e8me sur les modulations d&rsquo;un \u00e9cho s&rsquo;enflant peu \u00e0 peu et se d\u00e9formant sans cesse. Cette notation musicale \u00e9voque la marche s\u00fbre et inqui\u00e9tante de la mort ici cruellement pr\u00e9sente. Il nous semble entendre le cri d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9 de la Jeune Parque : \u00ab <em>Mon c\u0153ur bat ! \u00bb Mon c\u0153ur bat !<\/em> \u00bb, cri lanc\u00e9 pour r\u00e9pondre \u00e0 son angoisse int\u00e9rieure. Le po\u00e8me nous fait participer r\u00e9ellement au drame du h\u00e9ros, parce qu&rsquo;il est un \u00ab charme \u00bb qui recr\u00e9e la sensation. Or Paul Val\u00e9ry disait : \u00ab <em>Je tiens qu&rsquo;il existe une sorte de mystique des sensations, c&rsquo;est-\u00e0-dire une \u00bb \u00ab\u00a0vie ext\u00e9rieure\u00a0\u00bb d&rsquo;intensit\u00e9 et de profondeur au moins \u00e9gales \u00e0 celles que nous pr\u00eatons aux t\u00e9n\u00e8bres intimes et aux secr\u00e8tes illuminations des asc\u00e8tes<\/em>. <a id=\"ftnref27\" href=\"#ftn27\">[27]<\/a> \u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Narcisse ou la tentation de se faire divin<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Narcisse, en se d\u00e9diant \u00e0 lui-m\u00eame son chant d&rsquo;amour, tente de s&rsquo;enclore, mais, comme don Juan, il craint le mouvement et le temps, c&rsquo;est-\u00e0-dire le vieillissement et l&rsquo;alt\u00e9ration. C&rsquo;est pourquoi don Juan recherche sa jeunesse dans chaque nouvelle conqu\u00eate et Narcisse veut immobiliser l&rsquo;image. Mais en se contemplant dans la fontaine, il per\u00e7oit tellement son double comme un \u00eatre r\u00e9el qu&rsquo;il ne sait plus o\u00f9 est le double et o\u00f9 est la r\u00e9alit\u00e9 : \u00ab <em>Souffrez ce beau reflet des d\u00e9sordres humains<\/em><a id=\"ftnref28\" href=\"#ftn28\"> [28]<\/a> \u00bb, lance-t-il \u00e0 la fontaine, comme si son \u00eatre propre n&rsquo;\u00e9tait plus qu&rsquo;un simple reflet. La surface de l&rsquo;eau qui lui renvoie son image est donc per\u00e7ue comme une profondeur habit\u00e9e s&rsquo;opposant \u00e0 son \u00eatre v\u00e9ritable devenu miroir. Narcisse transforme le monde et recr\u00e9e de nouvelles valeurs. Livr\u00e9 \u00e0 la tentation absolue de se faire divin, il s&rsquo;abolit en lui-m\u00eame pour devenir Dieu :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em> <\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>L&rsquo;\u00e2me jusqu&rsquo;\u00e0 p\u00e9rir s&rsquo;y penche pour un Dieu<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Qu&rsquo;elle demande \u00e0 l&rsquo;onde<\/em>&#8230; <a id=\"ftnref29\" href=\"#ftn29\">[29]<\/a><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Mon c\u0153ur jette aux \u00e9chos l&rsquo;\u00e9clat des noms divins <\/em><a id=\"ftnref30\" href=\"#ftn30\">[30]<\/a> !<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Mais que ta bouche est belle en ce muet blasph\u00e8me<\/em><a id=\"ftnref31\" href=\"#ftn31\"> [31]<\/a> !<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Or, pour se faire divin, il faut passer par la mort, il faut p\u00e9rir. Et si toutefois Narcisse refuse les morts qui sont des modifications, des pertes de l&rsquo;\u00eatre en l&rsquo;autre inconnu, il ne peut, quoiqu&rsquo;il l&rsquo;esp\u00e8re, mourir en lui, en s&rsquo;atteignant intact.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>&#8230;Toi seul, \u00f4 mon corps, mon cher corps,<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Je t&rsquo;aime, unique objet qui me d\u00e9fend des morts <\/em><a id=\"ftnref32\" href=\"#ftn32\">[32]<\/a>.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Le h\u00e9ros ne conna\u00eetra pas les morts, et cette d\u00e9claration n&rsquo;est pas ironique. Mais il n&rsquo;atteindra pas non plus un corps qui ne peut \u00eatre identique \u00e0 son d\u00e9sir, car l&rsquo;image de ce corps n&rsquo;est pas ce corps lui-m\u00eame : il trahit ; un \u00ab esclave \u00bb est trop \u00ab soi \u00bb pour ne pas trahir.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>&#8230; Voir ma bouche nuanc\u00e9e<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>trahir <\/em><a id=\"ftnref33\" href=\"#ftn33\">[33]<\/a>&#8230;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Narcisse passera donc par la mort.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>L&rsquo;\u00e2me, l&rsquo;\u00e2me aux yeux noirs, touche aux t\u00e9n\u00e8bres m\u00eames,<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Elle se fait immense et ne rencontre rien <\/em><a id=\"ftnref34\" href=\"#ftn34\">[34]<\/a>.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Les tentations du D\u00e9mon<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Les jeux d&rsquo;ombres et de lumi\u00e8re, de silences et de musiques, de surfaces et de profondeurs qui d\u00e9forment l&rsquo;image de Narcisse et la font \u00e9clater en mille parcelles insaisissables figurent cet \u00e9cho diabolique qui se moque du h\u00e9ros. Dans la voie de l&rsquo;union \u00e0 l&rsquo;\u00catre, tout au long de la qu\u00eate des mystiques surgit toujours le Malin, le Diable tentateur qui mystifie sa victime. La nature m\u00eame semble charg\u00e9e de mal\u00e9fices au point que l&rsquo;adolescent ne sait plus se distinguer de ces arbres touffus qui le d\u00e9vorent de leur \u00ab\u00a0\u00e9paisseur panique\u00a0\u00bb. H\u00e9cate la magicienne para\u00eet \u00eatre la seule \u00e0 pouvoir percer son myst\u00e8re :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Et la lune perfide \u00e9l\u00e8ve son miroir<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Jusque dans les secrets de la fontaine \u00e9teinte&#8230;<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Jusque dans les secrets que je crains de savoir,<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Jusque dans le repli de l&rsquo;amour de soi-m\u00eame,<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Rien ne peut \u00e9chapper au silence du soir <\/em><a id=\"ftnref35\" href=\"#ftn35\">[35]<\/a>.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">C&rsquo;est pr\u00e9cis\u00e9ment quand il est le plus pr\u00e8s de s&rsquo;atteindre, \u00e0 la tomb\u00e9e du jour, qu&rsquo;il comprend ce qu&rsquo;il avait d\u00e9j\u00e0 pressenti auparavant, que l&rsquo;objet m\u00eame de son amour est l&rsquo;impossibilit\u00e9 de sa r\u00e9alisation :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">() <em>mon corps, mon cher corps, temple qui me s\u00e9pare<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>De ma divinit\u00e9, je voudrais apaiser<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Votre bouche <\/em><a id=\"ftnref36\" href=\"#ftn36\">[36]<\/a>.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Le h\u00e9ros fuit devant lui et les trois \u00e9chos qui terminent les trois fragments de ce po\u00e8me chantent un m\u00eame d\u00e9sespoir \u00e9ternellement renvoy\u00e9 :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Nulle des Nymphes, nulle amie ne m&rsquo;attire<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Comme tu fais sur l&rsquo;onde, in\u00e9puisable Moi <\/em><a id=\"ftnref37\" href=\"#ftn37\">[37]<\/a><em> !<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Bel et cruel Narcisse, inaccessible enfant,<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Tout orn\u00e9 de mes biens que la nymphe d\u00e9fend<\/em><a id=\"ftnref38\" href=\"#ftn38\">[38]<\/a><em>.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>L&rsquo;insaisissable amour que tu me vins promettre<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Passe et, dans un frisson, brise Narcisse, et fuit<\/em><a id=\"ftnref39\" href=\"#ftn39\"> [39]<\/a>&#8230;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">L&rsquo;adolescent dispara\u00eet \u00e0 la tomb\u00e9e d&rsquo;un jour \u00e9meraude ne laissant subsister de lui qu&rsquo;un \u00e9cho olfactif. Cette subtile saveur de fleur sauvage et am\u00e8re&#8230; ainsi sans doute que le chant \u00e9trange de cet \u00ab in\u00e9puisable Moi \u00bb. Si nous voulons l&rsquo;entendre dans ce po\u00e8me de fuite et de mirage, sa discr\u00e8te m\u00e9lodie semble reproduire la musique de la qu\u00eate po\u00e9tique de Paul Val\u00e9ry. Et peut-\u00eatre est-ce dans l&rsquo;\u0153uvre de cet auteur que nous trouverons Narcisse, \u00e0 moins que Narcisse ne soit l&rsquo;\u00e9cho de toute sa po\u00e9sie et son but ultime ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Les m\u00e9tamorphoses du po\u00e8te sur le chemin de l&rsquo;initiation<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Entre le jour et la nuit, entre la veille et le sommeil, les po\u00e8mes de Val\u00e9ry se situent souvent \u00e0 la fronti\u00e8re de la conscience. M\u00eame le soleil de midi du Cimeti\u00e8re marin fait trembler l&rsquo;air et le voile,<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Et vous, grande \u00e2me, esp\u00e9rez-vous un songe<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Qui n&rsquo;aura plus ces couleurs de mensonge <\/em><a id=\"ftnref40\" href=\"#ftn40\">[40]<\/a> ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">au point que l&rsquo;on doute de la r\u00e9alit\u00e9 de la nature. Et Narcisse constatera :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Tout est songe pour toi, S\u0153ur tranquille du sort<\/em><a id=\"ftnref41\" href=\"#ftn41\">[41]<\/a>.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Aux limites de soi, un \u00eatre est seul \u00e0 se chercher, \u00e0 vouloir s&rsquo;atteindre, \u00e0 vouloir discerner un reflet de son existence, et cela d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9ment. Comme la Jeune Parque qui se demande \u00ab qui pleure, seule&#8230; \u00bb, Narcisse proclame :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Mais moi, Narcisse aim\u00e9, je ne suis curieux<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Que de ma seule essence ;<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Tout autre n&rsquo;a pour moi qu&rsquo;un c\u0153ur myst\u00e9rieux,<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Tout autre n&rsquo;est qu&rsquo;absence <\/em><a id=\"ftnref42\" href=\"#ftn42\">[42]<\/a>.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>La divinit\u00e9 secr\u00e8te du po\u00e8te<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Au terme de la longue asc\u00e8se po\u00e9tique, le po\u00e8me est une r\u00e9cr\u00e9ation qui permet de tromper la solitude, l&rsquo;angoisse et le temps. Il \u00e9voque la question ind\u00e9finiment r\u00e9p\u00e9t\u00e9e que l&rsquo;homme pose \u00e0 la part inconnue de lui-m\u00eame quand il croit distinguer une empreinte divine :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>O pour moi seul, \u00e0 moi seul, en moi-m\u00eame,<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Aupr\u00e8s d&rsquo;un c\u0153ur, aux sources du po\u00e8me,<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Entre le vide et l&rsquo;\u00e9v\u00e9nement pur,<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>J&rsquo;attends l&rsquo;\u00e9cho de ma grandeur interne,<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Am\u00e8re, sombre et sonore citerne,<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Sonnant dans l&rsquo;\u00e2me un creux toujours futur <\/em><a id=\"ftnref43\" href=\"#ftn43\">[43]<\/a> !<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">De cette attente surgit parfois dans un \u00e9clair l&rsquo;illumination qui ne peut \u00eatre transcrite puisqu&rsquo;elle est du domaine de l&rsquo;ineffable, mais que Paul Val\u00e9ry sugg\u00e8re dans une r\u00e9flexion not\u00e9e dans ses Cahiers :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab <em>Il faut parvenir \u00e0 visiter son \u00eatre jusqu&rsquo;\u00e0 toucher le dieu avec le dieu, comprendre l&rsquo;amour <\/em><a id=\"ftnref44\" href=\"#ftn44\">[44]<\/a>.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">La r\u00e9ponse \u00e0 cette longue recherche n&rsquo;est cependant pas Certitude, elle est Gr\u00e2ce instantan\u00e9e, effac\u00e9e aussit\u00f4t apparue, \u00e0 peine entrevue au d\u00e9tour d&rsquo;une rime ou entre les lignes de ces notes du po\u00e8te sur le Narcisse : \u00ab <em>Le miroir de la source : il semble une vision d&rsquo;un autre ciel et d&rsquo;un autre Narcisse o\u00f9 stagne l&rsquo;intangible bonheur. O\u00f9 l&rsquo;on ne verrait plus que le ciel et Narcisse<\/em>. \u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Et le dieu que je porte en moi se d\u00e9gage.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>L&rsquo;infini remplace l&rsquo;image dans l&rsquo;eau.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>L&rsquo;\u00e2me se regarde dans la beaut\u00e9.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Voilez les miroirs ! Voilez les miroirs !<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">D. Barr\u00e8re<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">***<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong> <\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>QUELQUES DATES&#8230;<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">1871 30 octobre : naissance de Paul Val\u00e9ry \u00e0 S\u00e8te.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">1890 \u00c9tudiant en droit \u00e0 Montpellier. Rencontre Pierre Loups, puis Andr\u00e9 Gide ; \u00e9crit \u00e0 Mallarm\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">1898 14 juillet : derni\u00e8re visite \u00e0 Mallarm\u00e9, \u00e0 Valvins ; tr\u00e8s frapp\u00e9 par sa mort.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">1900 \u00c9pouse la ni\u00e8ce de Berthe Morisot. Devient secr\u00e9taire particulier d&rsquo;un des directeurs de l&rsquo;Agence Havas, \u00c9douard Lebey.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">1903 Naissance de son premier fils, Claude. Rencontre Degas.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">1906 Naissance de sa fille, Agathe.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">1912 A la demande de Gide, Gaston Gallimard lui propose de revoir et publier ses \u0153uvres anciennes ; id\u00e9e de la Jeune Parque.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">1916 Trois cents vers de la Jeune Parque sont lus \u00e0 Gide. Naissance de son second fils, Fran\u00e7ois.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">1920 La N.R.F. publie le Cimeti\u00e8re marin : succ\u00e8s. Paul Val\u00e9ry fr\u00e9quente les salons parisiens.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">1922 Edition originale de Charmes.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">1925 Acad\u00e9micien.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">1928 Gustave Cohen fait en Sorbonne une le\u00e7on sur le Cimeti\u00e8re marin en pr\u00e9sence de Paul Val\u00e9ry.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">1931 Docteur honoris causa de l&rsquo;universit\u00e9 d&rsquo;Oxford.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">1935 Questions de Po\u00e9sie.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">1936 Vari\u00e9t\u00e9 III. \u00c9lu professeur au Coll\u00e8ge de France.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">1941 Prononce l&rsquo;\u00e9loge fun\u00e8bre de Bergson \u00e0 l&rsquo;Acad\u00e9mie. Le gouvernement de Vichy le destitue de ses fonctions d&rsquo;administrateur du Centre m\u00e9diterran\u00e9en.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">1945 \u00c9crit l&rsquo;Ange (publication posthume 1946). S&rsquo;alite le 31 mai pour ne plus se relever.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les derniers mots \u00e9crits sur ses cahiers en juin ou juillet : \u00ab Toutes les chances d&rsquo;erreur. Pire encore, toutes les chances de mauvais go\u00fbt, de facilit\u00e9 vulgaire sont avec celui qui hait \u00bb &#8230; \u00ab Le mot Amour ne s&rsquo;est trouv\u00e9 associ\u00e9 au nom de Dieu que depuis le Christ. \u00bb Meurt le 20 juillet \u00e0 l&rsquo;\u00e2ge de soixante-quatorze ans. Le 25 juillet, obs\u00e8ques nationales \u00e0 la demande du gouvernement du g\u00e9n\u00e9ral de Gaulle. Le 27, enterr\u00e9 au cimeti\u00e8re marin de S\u00e8te.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>QUELQUES OUVRAGES ET ARTICLES (1977)<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>SUR LA QU\u00caTE POURSUIVIE PAR PAUL VALERY<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">BASTET (Ned) : L&rsquo;exp\u00e9rience de la Borne et du D\u00e9passement chez Paul Val\u00e9ry. Article paru dans les Cahiers Paul Val\u00e9ry. I. Po\u00e9tique et Po\u00e9sie (Paris, Gallimard).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">BLANCHET (Andr\u00e9) : \u00ab Propos en marge. O\u00f9 il est question de Val\u00e9ry et de la mystique \u00bb, in revue \u00c9tudes, CCCXXXVI, juin 1972, pp. 891-895. BRINCOURT (Andr\u00e9) : \u00ab Paul Val\u00e9ry : l&rsquo;amour, la foi et la vie \u00bb, in Le Figaro litt\u00e9raire, septembre 1974.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">CATTAUI (Georges) : \u00ab Un mystique agnostique \u00bb, in Le Figaro litt\u00e9raire, 15 octobre 1971.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">HYTIER (Jean) : Les Dangers d&rsquo;une m\u00e9taphysique, questions de litt\u00e9rature (Gen\u00e8ve, Droz, 1967).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">INCE (Walter) : \u00catre, conna\u00eetre et mysticisme du r\u00e9el chez Paul Val\u00e9ry. Entretiens sur Val\u00e9ry (Cerisy, 1965).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">RAYMOND (Marcel) : Paul Val\u00e9ry et la tentation de l&rsquo;esprit (Neuch\u00e2tel, 1946).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<hr style=\"text-align: justify;\" size=\"1\" \/>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a id=\"ftn1\" href=\"#ftnref1\">[1]<\/a> Lettre de 1892 \u00e0 Guy de Pourtal\u00e8s.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a id=\"ftn2\" href=\"#ftnref2\">[2]<\/a> Cahiers IV, p. 476.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a id=\"ftn3\" href=\"#ftnref3\">[3]<\/a> Cahiers VII, p. 741.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a id=\"ftn4\" href=\"#ftnref4\">[4]<\/a> <em>Attente de Dieu<\/em> (Paris, 1950).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a id=\"ftn5\" href=\"#ftnref5\">[5]<\/a> Vari\u00e9t\u00e9s \u00ab Cantiques Spirituels \u00bb (La Pl\u00e9iade, t. I, p. 455).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a id=\"ftn6\" href=\"#ftnref6\">[6]<\/a> Cahiers, XXVIII, p. 534.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a id=\"ftn7\" href=\"#ftnref7\">[7]<\/a> \u00ab <em>L&rsquo;exp\u00e9rience de la Borne et du D\u00e9passement chez Paul Val\u00e9ry<\/em> \u00bb, article paru dans les Cahiers Paul Val\u00e9ry, I, Po\u00e9tique et Po\u00e9sie (Paris, Gallimard).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a id=\"ftn8\" href=\"#ftnref8\">[8]<\/a> Cahiers XXVII, p. 530.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a id=\"ftn9\" href=\"#ftnref9\">[9]<\/a> \u00ab <em>Je ne me suis jamais r\u00e9f\u00e9r\u00e9 qu&rsquo;\u00e0 mon Moi pur, par quoi j&rsquo;entends l&rsquo;absolu de la conscience, qui est l&rsquo;op\u00e9ration unique et uniforme de se d\u00e9gager automatiquement de tout ; et, dans ce tout, figure notre personne m\u00eame, avec son histoire, ses singularit\u00e9s, ses puissances diverses et ses complaisances propres. Je compare volontiers ce Moi pur \u00e0 ce pr\u00e9cieux z\u00e9ro de l&rsquo;\u00e9criture math\u00e9matique auquel toute expression alg\u00e9brique s&rsquo;\u00e9gale [&#8230;]. Cette mani\u00e8re de  voir m\u2019est, en quelque sorte, consubstantielle. Elle s&rsquo;impose \u00e0 ma pens\u00e9e depuis un demi-si\u00e8cle et l&rsquo;engage quelquefois dans des transformations int\u00e9ressantes, comme elle la d\u00e9gage, d&rsquo;autres fois, de liaisons tout accidentelles<\/em>. \u00bb Lettre au R.P. Rideau, 1943.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a id=\"ftn10\" href=\"#ftnref10\">[10]<\/a> Cahiers XXVII, p. 530.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a id=\"ftn11\" href=\"#ftnref11\">[11]<\/a> Dialogue : l&rsquo;\u00c2me et la Danse (La Pl\u00e9iade, t. II, p. 172).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a id=\"ftn12\" href=\"#ftnref12\">[12]<\/a> Po\u00e9sies, p. 62.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a id=\"ftn13\" href=\"#ftnref13\">[13]<\/a> Cahiers XVII, p. 578.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a id=\"ftn14\" href=\"#ftnref14\">[14]<\/a> \u00c9tudes litt\u00e9raires, \u00ab Cantiques spirituels \u00bb (La Pl\u00e9iade, t. I, p. 457).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a id=\"ftn15\" href=\"#ftnref15\">[15]<\/a> Marcel Raymond : Paul Val\u00e9ry et la tentation de l&rsquo;Esprit (Neuch\u00e2tel, 1946).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a id=\"ftn16\" href=\"#ftnref16\">[16]<\/a> H\u00f6lderlin : comme au jour de f\u00eate.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a id=\"ftn17\" href=\"#ftnref17\">[17]<\/a> Fragment, I, v. 8-11.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a id=\"ftn18\" href=\"#ftnref18\">[18]<\/a> Fragment, III, v. 35 et suiv.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a id=\"ftn19\" href=\"#ftnref19\">[19]<\/a> Cf. La Jeune Parque, v. 64-68 :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab <em>Je n&rsquo;attendais pas moins de mes riches d\u00e9serts <\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Qu&rsquo;un tel enfantement de fureur et de tresse : <\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Si loin que je m&rsquo;avance et m&rsquo;alt\u00e8re pour voir<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>De mes enfers pensifs les confins sans espoir<\/em>. \u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a id=\"ftn20\" href=\"#ftnref20\">[20]<\/a> Fragment, I, v. 100 et suiv.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a id=\"ftn21\" href=\"#ftnref21\">[21]<\/a> Fragment, II, v. 72 et suiv.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a id=\"ftn22\" href=\"#ftnref22\">[22]<\/a> Fragment, 1, v. 35, 36.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a id=\"ftn23\" href=\"#ftnref23\">[23]<\/a> Fragment, I, v. I.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a id=\"ftn24\" href=\"#ftnref24\">[24]<\/a> Cf. le Cimeti\u00e8re marin : \u00ab Je hume ici ma future fum\u00e9e. \u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a id=\"ftn25\" href=\"#ftnref25\">[25]<\/a> Fragment, II, v. 60 et suiv.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a id=\"ftn26\" href=\"#ftnref26\">[26]<\/a> La mort hante souvent la po\u00e9sie de Paul Val\u00e9ry. Cf. La Jeune Parque, v. 142 et suiv. :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab <em>Si ce n&rsquo;est, \u00f4 splendeur, qu&rsquo;\u00e0 mes pieds l&rsquo;Ennemie,<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Mon ombre ! Le mobile et la souple momie,<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>De mon absence peinte effleurait sans effort<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>La terre o\u00f9 je fuyais cette l\u00e9g\u00e8re mort<\/em>. \u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a id=\"ftn27\" href=\"#ftnref27\">[27]<\/a> Pi\u00e8ces sur l&rsquo;art, \u00ab Autour de Corot \u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a id=\"ftn28\" href=\"#ftnref28\">[28]<\/a> Fragment, I, v. 28.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a id=\"ftn29\" href=\"#ftnref29\">[29]<\/a> Fragment, I, v. 57.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a id=\"ftn30\" href=\"#ftnref30\">[30]<\/a> Fragment, I, v. 120.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a id=\"ftn31\" href=\"#ftnref31\">[31]<\/a> Fragment, I, v. 121.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a id=\"ftn32\" href=\"#ftnref32\">[32]<\/a> Fragment, III, v. 12.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a id=\"ftn33\" href=\"#ftnref33\">[33]<\/a> Fragment, I, v. 142.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a id=\"ftn34\" href=\"#ftnref34\">[34]<\/a> Fragment, III, v. 41.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a id=\"ftn35\" href=\"#ftnref35\">[35]<\/a> Fragment, I, v. 38 et suiv.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a id=\"ftn36\" href=\"#ftnref36\">[36]<\/a> Fragment, III, v. 29 et suiv.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a id=\"ftn37\" href=\"#ftnref37\">[37]<\/a> Fragment, I.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a id=\"ftn38\" href=\"#ftnref38\">[38]<\/a> 38.    Fragment, II<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a id=\"ftn39\" href=\"#ftnref39\">[39]<\/a> Fragment, III.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a id=\"ftn40\" href=\"#ftnref40\">[40]<\/a> Strophe17.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a id=\"ftn41\" href=\"#ftnref41\">[41]<\/a> Fragment, II, r. 4.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a id=\"ftn42\" href=\"#ftnref42\">[42]<\/a> Fragment, II, v. 83.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a id=\"ftn43\" href=\"#ftnref43\">[43]<\/a> Le Cimeti\u00e8re marin, strophe 8.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a id=\"ftn44\" href=\"#ftnref44\">[44]<\/a> Cahiers IX, p. 304.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Je ne me suis jamais r\u00e9f\u00e9r\u00e9 qu&rsquo;\u00e0 mon Moi pur, par quoi j&rsquo;entends l&rsquo;absolu de la conscience, qui est l&rsquo;op\u00e9ration unique et uniforme de se d\u00e9gager automatiquement de tout ; et, dans ce tout, figure notre personne m\u00eame, avec son histoire, ses singularit\u00e9s, ses puissances diverses et ses complaisances propres. Je compare volontiers ce Moi pur \u00e0 ce pr\u00e9cieux z\u00e9ro de l&rsquo;\u00e9criture math\u00e9matique auquel toute expression alg\u00e9brique s&rsquo;\u00e9gale [&#8230;]. Cette mani\u00e8re de  voir m\u2019est, en quelque sorte, consubstantielle. 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