{"id":6134,"date":"2010-12-18T20:58:06","date_gmt":"2010-12-18T19:58:06","guid":{"rendered":"http:\/\/pro.ovh.net\/~emillena\/blog\/?p=6134"},"modified":"2011-09-20T03:24:48","modified_gmt":"2011-09-20T02:24:48","slug":"etat-de-conscience-et-la-possession-de-soi-par-louis-pauwels","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/etat-de-conscience-et-la-possession-de-soi-par-louis-pauwels\/","title":{"rendered":"Etat de conscience et la possession de soi par Louis Pauwels"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\">(Revue Question De. No 21. Novembre-D\u00e9cembre 1977)<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L&rsquo;\u00e9crivain anarchiste F\u00e9n\u00e9on fut arr\u00eat\u00e9 ; on le soup\u00e7onnait d&rsquo;\u00eatre dans un complot.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab Vous aviez sur vous un revolver ! dit le juge. C&rsquo;est donc que vous \u00e9tiez pr\u00eat \u00e0 tuer !<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">J&rsquo;avais aussi sur moi de quoi commettre un viol, monsieur le Juge. Ai-je viol\u00e9 quelqu&rsquo;un ? \u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Nous avons aussi tous sur nous de quoi nous faire une \u00e2me. De quoi forcer notre nature. De quoi introduire de la graine d&rsquo;\u00e2me dans notre existence. Mais qui s&rsquo;en sert ? Nous sommes tous innocents, c&rsquo;est \u00e9vident. Innocents du viol de notre nature. Avec pourtant, sur nous, de quoi la violer. C&rsquo;est l&rsquo;innocence des non-vivants.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">A la question des questions : Les hommes sont-ils essentiellement \u00e9gaux ou non ? il est l\u00e9gitime de r\u00e9pondre : Tous les hommes meurent, peu vivent.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La v\u00e9rit\u00e9 probable est que, sauf exception, les hommes ne sont pas des \u00eatres accomplis. Nous sommes seulement des \u00e9bauches d&rsquo;homme. Et rien, dans l&rsquo;existence ordinaire, \u00ab normale \u00bb, ne peut nous faire passer de l&rsquo;\u00e9tat d&rsquo;\u00e9bauche \u00e0 l&rsquo;\u00e9tat de r\u00e9alisation. A la rigueur, nous pouvons aller de l&rsquo;\u00e9bauche rugueuse \u00e0 l&rsquo;\u00e9bauche polie. Mais c&rsquo;est tout.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Et que fait la mort ? Elle renvoie tout \u00e7a \u00e0 la fonte.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La v\u00e9rit\u00e9 probable est que la nature ne cr\u00e9e les hommes que jusqu&rsquo;\u00e0 un certain point. Puis elle les abandonne. Et m\u00eame, tout se passe ensuite comme si le travail de la nature \u00e9tait de nous emp\u00eacher de conna\u00eetre notre \u00e9tat d&rsquo;\u00e9bauche ; de nous inciter \u00e0 nous satisfaire de cet \u00e9tat. Somme toute : d&rsquo;endormir nos soup\u00e7ons. Voil\u00e0 le sens cach\u00e9 de la parole banale : \u00ab La vie est une \u00e9preuve. \u00bb C&rsquo;est l&rsquo;\u00e9preuve du sommeil profond.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>\u00c9veille-toi, dormeur, \u00e9veille-toi !<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Toutes les traditions spirituelles disent la m\u00eame chose : qu&rsquo;il faudrait avoir la puce \u00e0 l&rsquo;oreille et se r\u00e9veiller. \u00ab \u00c9veille-toi, dormeur, \u00e9veille-toi ! \u00bb Il faut aller contre cette nature l\u00e2cheuse qui ne nous a qu&rsquo;\u00e9bauch\u00e9s. Contre cette nature endormeuse qui nous rend contents de si peu. \u00ab Veiller est tout. \u00bb Il faut, avec une volont\u00e9 de d\u00e9miurge, essayer de changer d&rsquo;\u00e9tat. Alors se d\u00e9voile le sens de la parole sibylline selon laquelle \u00ab \u00eatre, c&rsquo;est \u00eatre diff\u00e9rent \u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">D&rsquo;abord, table rase de la psychologie. La psychologie n&rsquo;a rien \u00e0 faire ici. C&rsquo;est une science qui a trait \u00e0 l&rsquo;\u00e9bauche. Tenant l&rsquo;\u00e9bauche pour seul objet de consid\u00e9ration, elle ne peut fournir de r\u00e9ponse \u00e0 la question suivante : O\u00f9 est votre point fixe ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Vous aurez beau chercher, vous ne trouverez pas votre point fixe dans votre vous-m\u00eame. Votre vous-m\u00eame n&rsquo;a pas de point fixe. C&rsquo;est une mouvance, un essaim dans le vent.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">A la rigueur, \u00e0 y bien regarder, vous finissez par r\u00e9pondre que votre point fixe est votre d\u00e9sir de changer. Encore n&rsquo;est ce pas un d\u00e9sir stable.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Voil\u00e0 une question qui vous met le nez dans votre peu de r\u00e9alit\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Une foule de \u00ab\u00a0je \u00bb agit\u00e9e de mouvements divers<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Certes, vous voulez changer. Qui veut changer, en vous ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pour changer r\u00e9ellement, il faut qu&rsquo;il y ait en vous quelque \u00eatre fixe qui d\u00e9sire fixement changer. Engageriez-vous votre nom l\u00e0-dessus ? Ce ne serait pas honn\u00eate. Votre nom, admettez-le, est compos\u00e9 de mille petits je. Tous ne sont pas d&rsquo;accord. Parfois, c&rsquo;est l&rsquo;un qui veut changer, parfois l&rsquo;autre. Certains sont group\u00e9s en syndicat des satisfaits-comme-\u00e7a. Certains sont sans opinion. D&rsquo;autres font des d\u00e9fil\u00e9s enthousiastes. D&rsquo;autres, des soci\u00e9t\u00e9s de ren\u00e2clants. Somme toute, une foule de je agit\u00e9e de mouvements divers. Mais pas de Je majuscule, responsable et d\u00e9cideur. Tout vous-m\u00eame n&rsquo;existe pas comme tel. Ou seulement comme chose, magma. Ou comme concept admis ; il est g\u00e9n\u00e9ralement admis que vous existez.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>D&rsquo;\u00e9normes dettes contract\u00e9es par des moi de passage<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Confront\u00e9 nagu\u00e8re \u00e0 ces interrogations majeures, je vis en moi quantit\u00e9 de moi s&rsquo;ignorant l&rsquo;un l&rsquo;autre, souvent hostiles les uns aux autres. Comme dans un sac de billes qu&rsquo;on remue, certains apparaissaient en groupe \u00e0 la surface, puis s&rsquo;enfouissaient, laissant \u00e0 d&rsquo;autres la surface. D&rsquo;o\u00f9 venait ce brassage ? Je ne le savais pas. Je supputais des m\u00e9canismes int\u00e9rieurs, des influences externes. Les diverses positions des billes dans le sac se trouvaient sous une myriade de d\u00e9pendances : associations d&rsquo;id\u00e9es fortuites, rencontres, temps qu&rsquo;il fait, \u00e9tat des nerfs, travail des cellules, lectures, boisson, nourriture, etc. Ce n&rsquo;\u00e9tait pas brillant. \u00ab Connais-toi toi-m\u00eame \u00bb \u00e9tait une injonction d\u00e9sesp\u00e9rante. Qui conna\u00eet quoi ? Je me sens bien quelques moi plus moi que les autres ; c&rsquo;\u00e9tait gr\u00e2ce \u00e0 eux que j&rsquo;estimais \u00eatre Pauwels. Mais me repr\u00e9sentaient-ils v\u00e9ritablement ? Ils \u00e9taient les produits privil\u00e9gi\u00e9s de diverses composantes de la destin\u00e9e : h\u00e9r\u00e9dit\u00e9, \u00e9ducation, habitudes, hasards. Ce Pauwels un peu plus Pauwels que les autres, ce n&rsquo;\u00e9tait certes pas encore un Pauwels significatif et directeur. Et enfin, je voyais que chacun des moi, arrivant \u00e0 la surface par un jeu obscur de r\u00e9actions et d&rsquo;interrelations, s&rsquo;arrogeait le droit de manifester au nom du tout.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Par exemple, le moi col\u00e9rique engageait toute ma personne. S&rsquo;il s&rsquo;en prenait violemment \u00e0 la femme que j&rsquo;aimais, il compromettait un amour auquel d&rsquo;autres moi \u00e9taient attach\u00e9s avec tendresse, mais il col\u00e9rait au nom de l&rsquo;ensemble, en d\u00e9pit des moi innocents.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Autre exemple : un autre moi tout aussi abusif, montant du sac, d\u00e9cidait que Pauwels ne fumerait jamais plus. Il formait cette promesse solennelle, par peur de la maladie, ou pour l&rsquo;int\u00e9grit\u00e9 des facult\u00e9s intellectuelles, ou simplement pour jouer les matamores. Mais il replongeait bient\u00f4t dans les profondeurs du sac, et dix autres moi, qu&rsquo;il n&rsquo;avait nullement consult\u00e9s, apparaissaient au jour dans leur ignorance, leur innocence, avec leur besoin de fumer et des raisons tr\u00e8s valables. J&rsquo;\u00e9tais dans l&#8217;embarras et la mauvaise conscience, devant payer de remords, cigarette aux l\u00e8vres, le ch\u00e8que tir\u00e9 sans provision par le moi non fumeur.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ces deux exemples l\u00e9gers sont l&rsquo;esquisse de la constante trag\u00e9die du non-\u00eatre. C&rsquo;est la trag\u00e9die de tous les hommes, que n&rsquo;importe quel moi, en lui, signe des traites, et que ce soit ensuite l&rsquo;individu tout entier (comme s&rsquo;il existait !) qui doive faire face. Des vies se passent ainsi \u00e0 acquitter d&rsquo;\u00e9normes dettes contract\u00e9es par des moi de passage.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>O\u00f9 est mon moi permanent et unique ?<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cette vision d\u00e9solante m&rsquo;apprenait que l&rsquo;homme ne peut pas faire. En v\u00e9rit\u00e9, il ne fait pas : \u00ab cela se fait \u00bb en lui de mani\u00e8re impersonnelle. Pauvres de nous ! Nous prenons pour notre personne \u00ab ce qui se passe \u00bb dans le sac de billes secou\u00e9 par l&rsquo;existence. Est-ce que je pense, parle, agis ? Est-ce que j&rsquo;aime, d\u00e9teste, choisis, d\u00e9sire, d\u00e9cide ? La triste r\u00e9alit\u00e9 est que \u00ab \u00e7a se passe \u00bb, tout comme il pleut, il vente, il neige. Tout est de l&rsquo;ordre de la m\u00e9t\u00e9o. La m\u00e9t\u00e9o constate le temps qu&rsquo;il fait. A la rigueur, elle peut pr\u00e9voir \u00e0 court terme, mais en se trompant souvent. Je crois faire. C&rsquo;est une facult\u00e9 que je ne d\u00e9tiens pas. Je crois \u00eatre Pauwels : encore une facult\u00e9 qui m&rsquo;\u00e9chappe. O\u00f9 est mon moi permanent et unique ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Voil\u00e0 ce qu&rsquo;un regard froid d\u00e9couvre. Mais il est dans la nature de l&rsquo;\u00e9bauche d&rsquo;avoir le regard ti\u00e8de. Et, bien vite, la ti\u00e9deur me donnait \u00e0 penser qu&rsquo;il s&rsquo;agissait l\u00e0 de v\u00e9rit\u00e9s banales, ressass\u00e9es, n\u00e9gligeables. Cependant, le bref souvenir du regard froid me disait : Ce sont des v\u00e9rit\u00e9s terribles, in\u00e9dites, d\u00e9capantes, per\u00e7antes. Elles finiront par t&rsquo;apprendre que tu ne poss\u00e8des ni volont\u00e9 immuable ni conscience objective.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Les modalit\u00e9s du passage \u00e0 l&rsquo;\u00e9tat de conscience<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans le langage de l&rsquo;\u00e9bauche, \u00ab conscience \u00bb signifie : activit\u00e9 mentale, produit de l&rsquo;intelligence. Parfois, le mot d\u00e9signe une position morale : Monsieur Untel est une haute (ou belle) conscience. La conscience peut \u00eatre bonne ou mauvaise. Enfin, elle se rapporte \u00e0 des moments du psychisme, c&rsquo;est-\u00e0-dire aux diverses positions des billes dans le sac. On fait parfois appel \u00e0 un sp\u00e9cialiste, nomm\u00e9 psychologue, pour qu&rsquo;il fouille dans le sac et arrange autrement le contenu.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Or, si vos soup\u00e7ons se sont \u00e9veill\u00e9s, vous commencez \u00e0 deviner que la conscience n&rsquo;est pas un attribut naturel de l&rsquo;homme-\u00e9bauche. Que c&rsquo;est un \u00e9tat diff\u00e9rent. Que cet \u00e9tat est extr\u00eamement difficile \u00e0 obtenir. Et qu&rsquo;il est compl\u00e8tement ind\u00e9pendant de l&rsquo;activit\u00e9 intellectuelle, des sensations, des sentiments, des options morales. Vous commencez \u00e0 deviner que l&rsquo;\u00e9tat de conscience n&rsquo;est pas un suc de votre personne (qui n&rsquo;existe pas). C&rsquo;est, au contraire, le r\u00e9sultat d&rsquo;une rupture avec votre personne. Cette rupture la d\u00e9voile comme illusoire.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Qu&rsquo;est-ce que la psychologie ? Certes, c&rsquo;est l&rsquo;\u00e9tude de l&rsquo;homme mental et affectif. Mais le propre d&rsquo;une telle \u00e9tude est de ne pas tenir compte du fait que l&rsquo;homme a atteint ou non l&rsquo;\u00e9tat de conscience. Quelle doit \u00eatre, d\u00e8s lors, votre principale \u00e9tude ? Celle des modalit\u00e9s du passage \u00e0 l&rsquo;\u00e9tat de conscience d&rsquo;o\u00f9 tout psychologisme est exclu.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ici d\u00e9bute une exp\u00e9rience qui n&rsquo;est pas \u00e0 la port\u00e9e de l&rsquo;\u00e9bauche. Si cette exp\u00e9rience est inconcevable au sein de l&rsquo;\u00e9bauche, il est donc n\u00e9cessaire d&rsquo;en sortir. Mais on ne r\u00e9ussit une \u00e9vasion qu&rsquo;avec des complicit\u00e9s \u00e0 l&rsquo;ext\u00e9rieur. Ces complicit\u00e9s sont les exercices enseign\u00e9s par toutes les traditions spirituelles : pri\u00e8re, m\u00e9ditation, oraison et techniques du \u00ab r\u00e9veil\u00a0\u00bb. Parmi ces techniques, on m&rsquo;enseigna celle-ci, dite \u00ab du rappel de soi \u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>La technique du \u00ab rappel de soi \u00bb<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Prenez une montre et regardez se d\u00e9placer l&rsquo;aiguille des minutes en essayant de garder une nette et dense perception de vous-m\u00eame. Vous \u00eates attentif au mouvement presque insaisissable de la grande aiguille et en m\u00eame temps pleinement conscient d&rsquo;\u00eatre l\u00e0, d&rsquo;\u00eatre tout entier l\u00e0, regardant l&rsquo;aiguille.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cela para\u00eet simplet, un peu ridicule. Mais, tout de suite, je m&rsquo;aper\u00e7ois que l&rsquo;id\u00e9e que je suis l\u00e0 se brouille, se disperse, tandis que l&rsquo;aiguille s&rsquo;affadit, se ramollit, comme la montre elle-m\u00eame, devenue montre molle de Dali. Je m&rsquo;avise, en outre, qu&rsquo;on ne m&rsquo;a pas enjoint de maintenir fixe une id\u00e9e, mais une pleine perception. Non pas penser que je suis. Mais savoir que je suis. Etablir et garder la compl\u00e8te connaissance du fait que je suis. Je d\u00e9couvre, d&rsquo;ailleurs, que \u00ab \u00e7a pense \u00bb en moi toute autre chose, que mille images, associations d&rsquo;id\u00e9es m&rsquo;assaillent sans cesse. Parfois encore, c&rsquo;est l&rsquo;aiguille qui accapare toute mon attention. Et je me perds de vue. Parfois, des f\u00e9tus de sensations, de la poussi\u00e8re mentale, des bribes de r\u00eaverie m&rsquo;arrachent \u00e0 l&rsquo;aiguille et \u00e0 moi-m\u00eame. Parfois encore, je crois avoir stopp\u00e9 mon cin\u00e9ma int\u00e9rieur permanent, mais je m&rsquo;aper\u00e7ois que je viens de plonger dans une sorte de sommeil peupl\u00e9. Parfois, enfin, en un \u00e9clair, je suis regardant cette aiguille, je suis totalement. Mais, au m\u00eame instant, je m&rsquo;en f\u00e9licite, ma pens\u00e9e applaudit et, aussit\u00f4t, l&rsquo;intellect s&#8217;emparant de cette r\u00e9ussite l&rsquo;efface.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">D\u00e9pit\u00e9, \u00e9puis\u00e9, mal \u00e0 l&rsquo;aise, j&rsquo;arr\u00eate l&rsquo;exp\u00e9rience. Il me semble que je viens d&rsquo;\u00eatre priv\u00e9 d&rsquo;air jusqu&rsquo;\u00e0 suffocation. Et comme cela m&rsquo;a paru long ! Or, justement, regardons la grande aiguille. Pas plus de deux ou trois minutes.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Je dois bien admettre que nous ne sommes presque jamais r\u00e9ellement conscient de nous-m\u00eame. Et que nous n&rsquo;avons presque jamais conscience de la difficult\u00e9 d&rsquo;\u00eatre conscient.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Voir l&rsquo;ampleur de la difficult\u00e9 est un commencement<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L&rsquo;\u00e9tat de conscience ? Premi\u00e8re d\u00e9finition : l&rsquo;\u00e9tat de l&rsquo;homme d\u00e9couvrant qu&rsquo;il n&rsquo;est presque jamais conscient et consid\u00e9rant les impossibilit\u00e9s.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">A la lumi\u00e8re de cet exercice pour d\u00e9butant, vous comprendrez maintenant que, par exemple, vous pouvez lire un livre, l&rsquo;approuver, le discuter, en jouir ou vous en irriter, sans que rien de tout cela soit conscient. Cette lecture et ses retentissements ne sont que du r\u00eave ajout\u00e9 au r\u00eave d&rsquo;exister, un coulis dans le perp\u00e9tuel \u00e9coulement du non-\u00eatre. De m\u00eame pour tout ce que nous pensons, \u00e9prouvons, faisons. Nous croyons penser, nous croyons \u00e9prouver, nous croyons faire, mais il s&rsquo;agit seulement de l&rsquo;activit\u00e9 aveugle de l&rsquo;homme-machine.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Entre l&rsquo;inconscience du sommeil et le semblant de conscience de la veille, il y a, somme toute, bien peu de diff\u00e9rence. Dans la journ\u00e9e, nous d\u00e9ployons seulement une attitude critique \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard de \u00ab ce qui se passe \u00bb en nous. Mais \u00ab \u00e7a se passe \u00bb, comme \u00ab \u00e7a r\u00eave \u00bb la nuit. Nous errons toujours sous le ciel nocturne et son semis de n\u00e9buleuses voyageuses que le jour masque mais n&rsquo;abolit pas. Nous ne passons que du sommeil endormi au sommeil \u00e9veill\u00e9 ; toujours le sommeil.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Peut-on s&rsquo;\u00e9veiller tout \u00e0 fait ? L&rsquo;exercice de la montre indique que c&rsquo;est tr\u00e8s difficile. Mais voir l&rsquo;ampleur de la difficult\u00e9 est un commencement. La plus br\u00e8ve tentative de \u00ab rappel \u00e0 soi \u00bb r\u00e9v\u00e8le l&rsquo;inanit\u00e9 du moi, malaxeuse et engloutisseuse. Quels efforts contre nature faudra-t-il faire pour y \u00e9chapper seulement de temps en temps !<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Je comprenais encore ceci : de pareils efforts n&rsquo;ont pas pour objet tel ou tel changement psychologique, telle am\u00e9lioration morale. Ils ont pour objet de cr\u00e9er une certaine substance in\u00e9dite. Ils ont pour objet d&rsquo;engendrer de l&rsquo;\u00eatre.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Autre petit exercice :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Plusieurs fois dans la journ\u00e9e, \u00e0 des heures \u00e9tablies, et pendant le plus long temps possible, ayez la sensation de votre bras droit (ou gauche, ou la jambe, peu importe).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Quand on leur donnait cet exercice, des gens se disaient : C&rsquo;est pour d\u00e9velopper mon attention. C&rsquo;est bien utile. Miam, miam ! Si je pense fermement, intens\u00e9ment \u00e0 mon bras droit, de temps en temps, \u00e7a va augmenter ma capacit\u00e9 de fixer des id\u00e9es. J&rsquo;en tirerai avantage dans mes \u00e9tudes, mon commerce, au bureau, etc.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ces gens-l\u00e0 \u00e9taient des imb\u00e9ciles et des cochons. Ils se demandaient comment r\u00e9ussir dans l&rsquo;existence. Il ne leur venait pas \u00e0 l&rsquo;esprit que l&rsquo;essentiel est de r\u00e9ussir \u00e0 exister.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Faire immerger un grand \u00ab Je \u00bb de la masse des petits \u00ab je \u00bb<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pour sentir, pour conna\u00eetre mon bras droit, de l&rsquo;\u00e9paule aux ongles, \u00e0 six heures, tandis que je voyage dans le m\u00e9tro, que je lis un journal, quelles que soient mes pr\u00e9occupations, mes joies ou mes peines du moment, il me faut obtenir une dissociation de ce que je nomme ma personne. C&rsquo;est dans cette dissociation que r\u00e9side l&rsquo;exercice.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il me faut r\u00e9sister \u00e0 m&rsquo;identifier totalement \u00e0 ce que je lis, \u00e0 des visages qui m&rsquo;int\u00e9ressent, aux corps qui me fr\u00f4lent, \u00e0 mes humeurs, \u00e0 mes propres pens\u00e9es. Je suis constamment happ\u00e9 par l&rsquo;int\u00e9rieur et l&rsquo;ext\u00e9rieur. D\u00e8s que je c\u00e8de, je perds mon bras.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Or, il ne s&rsquo;agit pas de plier mon journal, de fermer les yeux, de m&rsquo;imaginer dans une chambre silencieuse et obscure. Il convient de faire avec ce qui est. Par exemple, garder la sensation compl\u00e8te de mon bras, alors que la croupe de cette femme (je sens que le jeu l&rsquo;excite, la salope !) se presse contre moi. Cela tend mon d\u00e9sir (on n&rsquo;est pas de bois). Bon. Je ne repousse pas mon d\u00e9sir comme un cur\u00e9 honteux. Je m&rsquo;efforce seulement de n&rsquo;\u00eatre pas que d\u00e9sir. Je tiens \u00e0 distance ce d\u00e9sir. Chacun son travail. A mon zizi ces fesses. A moi mon bras droit. Alors mon d\u00e9sir s&rsquo;\u00e9tablit dans sa nudit\u00e9, son innocence, et sa franchise animale. Ce qui s&rsquo;attache commun\u00e9ment \u00e0 une pouss\u00e9e de d\u00e9sir : des images, tout un changement de climat mental, a \u00e9t\u00e9 refoul\u00e9, an\u00e9anti. J&rsquo;ai sacrifi\u00e9 tout cela \u00e0 mon bras, c&rsquo;est-\u00e0-dire au \u00ab rappel \u00e0 soi \u00bb. Somme toute, j&rsquo;ai nettoy\u00e9 ce d\u00e9sir de tout ce qui n&rsquo;\u00e9tait pas le d\u00e9sir \u00e0 l&rsquo;\u00e9tat pur. Et de ce d\u00e9sir brut (la queue sans t\u00eate, quoi !) j&rsquo;ai fait un outil de possession de moi-m\u00eame.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ainsi en va-t-il de l&rsquo;article que je lis, des figures qui m&rsquo;entourent, des conversations que j&rsquo;entends, des affiches qui d\u00e9filent, etc. Dans l&rsquo;effort que j&rsquo;accomplis pour conserver la sensation de mon bras droit, il y a le combat pour tenir \u00e0 distance le monde ext\u00e9rieur et moi-m\u00eame. A cette distance, je vois objectivement ce qui se passe dans ma machine et hors d&rsquo;elle. Je r\u00e9tablis le spectacle dans sa r\u00e9alit\u00e9 objective. Ce spectacle \u00e0 distance prend de la compacit\u00e9 et une certaine noblesse. C&rsquo;est une noble mati\u00e8re \u00e0 sacrifier pour l&rsquo;\u00eatre.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cet effort, en apparence d\u00e9risoire, a commenc\u00e9 de faire \u00e9merger un grand Je de la masse tourbillonnante des petits je. Une certaine substance s&rsquo;est form\u00e9e en moi : un grain d&rsquo;\u00eatre.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Pour \u00eatre, il faut mourir \u00e0 sa propre personne<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Si chaque homme, absent de soi, absorbait un tout petit peu de lumi\u00e8re, le monde serait constamment dans une profonde obscurit\u00e9. Il l&rsquo;est peut-\u00eatre. Les exercices spirituels ont sans doute pour but de faire des perc\u00e9es dans ce noir.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans ces humbles tentatives du \u00ab rappel \u00e0 soi \u00bb, je retrouvais tous les grands th\u00e8mes des enseignements traditionnels. Pour \u00eatre, il faut mourir \u00e0 sa propre personne. Je comprenais cela. Il faut refuser de s&rsquo;identifier \u00e0 sa propre personne illusoire.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Je retrouvais le th\u00e8me du sacrifice. Dans le refus de s&rsquo;identifier \u00e0 une pulsion sexuelle (pour reprendre mon exemple), le d\u00e9sir rendu \u00e0 sa nature brute, \u00e0 son int\u00e9grit\u00e9, devient un pur objet gr\u00e2ce \u00e0 quoi l&rsquo;\u00e9tat de pr\u00e9sence-\u00e0-soi peut \u00eatre obtenu. Cela vaut pour n&rsquo;importe quelle chose, en nous et hors de nous. Tout nous est propos\u00e9, dans notre th\u00e9\u00e2tre int\u00e9rieur comme dans le th\u00e9\u00e2tre du monde, comme mati\u00e8re \u00e0 densifier, \u00e0 purifier, en vue d&rsquo;un sacrifice \u00e0 l&rsquo;\u00eatre. Quand nous sacrifions, nous cr\u00e9ons. Nous nous cr\u00e9ons, et nous r\u00e9tablissons dans sa nature objective la chose \u00e0 quoi nous refusons de nous identifier pour nous cr\u00e9er.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Je notais ceci :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">A l&rsquo;homme qui tente de se rappeler \u00e0 soi, il appara\u00eet que lui-m\u00eame, les \u00eatres, le monde ne constituent qu&rsquo;une \u00e9norme aspiration engloutissante, une vaste tentation d&rsquo;absence. Cette vision vous semble contre nature ? Mais le naturel, est-ce autre chose que l&rsquo;incessant jaillissement des invitations \u00e0 s&rsquo;absenter ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pour cet homme, le surnaturel, c&rsquo;est l&rsquo;existence. Toujours compromis, recommenc\u00e9, son effort pour allumer et prot\u00e9ger sa pr\u00e9sence-\u00e0-soi permet en m\u00eame temps au monde d&rsquo;exister. Par le combat qu&rsquo;il m\u00e8ne, refusant d&rsquo;\u00eatre absorb\u00e9, il transforme ce vide aspirant en un plein contre quoi \u00e9prouver la permanence et la solidit\u00e9 du Je. De la sorte, \u00e9tablissant une confrontation, il fait na\u00eetre un dialogue de r\u00e9alit\u00e9s.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Comme Atlas, il soutient soi-m\u00eame et le monde. La moindre n\u00e9gligence le prive de r\u00e9alit\u00e9 et, du m\u00eame coup, en prive le monde.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il lui faut sans cesse se retirer dans son vouloir, car plus il active son vouloir, plus il est et, d\u00e8s lors, plus il convoque le monde \u00e0 l&rsquo;existence.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>L&rsquo;amour ? deux pr\u00e9sences se fortifiant l&rsquo;une l&rsquo;autre<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Et l&rsquo;amour ? me direz-vous. L&rsquo;amour lui-m\u00eame, en nous, doit \u00eatre trait\u00e9 de la m\u00eame fa\u00e7on. Ni engloutissement, ni d\u00e9voration. R\u00e9sistance. Distance. Ne pas se perdre dans l&rsquo;autre. Et ne pas perdre l&rsquo;autre en nous y perdant. Se garder soi pour que l&rsquo;autre soit. Non pas une seule absence. Mais deux pr\u00e9sences s&rsquo;\u00e9prouvant l&rsquo;une l&rsquo;autre, se fortifiant l&rsquo;une l&rsquo;autre. \u00ab L&rsquo;amour (l&rsquo;amour sensible, les \u00e9motions), dit Ma\u00eetre Eckhart, n&rsquo;unifie point. Non, m\u00eame l&rsquo;amour n&rsquo;unifie point. Il unit, c&rsquo;est vrai, en acte. Mais il n&rsquo;unit pas en essence. \u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Que chacun remonte vers son essence. En s&rsquo;appuyant sur l&rsquo;amour, si amour il y a. Non en s&rsquo;y dissolvant.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab\u00a0C&rsquo;est moi au fond de ton c\u0153ur, cette note unique, si pure, si touchante, dit, dans le Soulier de satin, Dona Musique \u00e0 son amant. Oui, c&rsquo;est toi, c&rsquo;est \u00e0 travers toi la voix de moi-m\u00eame qui soupire \u00e0 l&rsquo;\u00e9veil.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">&#8211; Toi \u00bb, r\u00e9pond son amant.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Et Dona Musique :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dis que tu y seras toujours attentif. Ne mets pas entre toi et moi quelque chose. N&#8217;emp\u00eache pas que j&rsquo;existe. \u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">R\u00e9sumons-nous.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La conscience, telle que notre nature d\u2019\u00e9bauche la consid\u00e8re, n&rsquo;est que l&rsquo;illusion de la conscience.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Je crois avoir tout naturellement conscience de moi. Si je regarde cet arbre, ce que je nomme ma conscience pose cet arbre. Mais elle n&rsquo;\u00e9prouve pas naturellement la n\u00e9cessit\u00e9 de se poser elle-m\u00eame.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Sartre dit : \u00ab La conscience est positionnelle du monde, tout en \u00e9tant en m\u00eame temps non positionnelle de soi. \u00bb Tout le d\u00e9bat est l\u00e0. Ce que dit Sartre est vrai de l&rsquo;homme d\u2019\u00e9bauche. Mais si je cesse de me contenter de l&rsquo;homme \u00e9bauche ? La conscience dont parle Sartre (et avec lui presque toute la philosophie contemporaine) ne d\u00e9finit que l&rsquo;\u00e9tat de l&rsquo;homme qui se trouve en de\u00e7\u00e0 de l&rsquo;\u00e9tat de conscience. Il s&rsquo;agit dune forme, non d&rsquo;un contenu. Une conscience purement psychologique. Ce terme prend tout son sens si on l&rsquo;oppose \u00e0 la conception d&rsquo;une conscience transcendantale, laquelle constitue le fond de la philosophie \u00e9ternelle.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pour la philosophie \u00e9ternelle, la conscience \u00e0 proprement parler est dans l&rsquo;homme qui regarde l&rsquo;arbre de la mani\u00e8re suivante :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Je me regarde regarder. Je me regarde regardant. Je me rappelle \u00e0 moi-m\u00eame dans l&rsquo;acte de regarder. Dans cet acte difficile, l&rsquo;objet de mon attention est moins cet arbre que la perception que j&rsquo;en ai. Il s&rsquo;agit d&rsquo;\u00e9tablir une perception compacte et fixe, par rapport \u00e0 un Je compact et fixe. La r\u00e9elle conscience na\u00eet de ce double effort. En m\u00eame temps, cet arbre passe d&rsquo;une existence floue \u00e0 une existence exacte. Je suis. L&rsquo;arbre me livre son \u00eatre. Le posant en me posant moi-m\u00eame, je le connais. Nous naissons l&rsquo;un \u00e0 l&rsquo;autre.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ainsi, le monde tout entier nous dit, comme Dona Musique \u00e0 son amant le vice-roi : \u00ab N&#8217;emp\u00eache pas que j&rsquo;existe. \u00bb C&rsquo;est dans une asc\u00e8se o\u00f9 ce que nous nommons abusivement \u00ab conscience \u00bb doit \u00eatre sacrifi\u00e9 \u00e0 l&rsquo;\u00e9tat de conscience que nous exau\u00e7ons la pri\u00e8re amoureuse du monde. Et que, l&rsquo;exau\u00e7ant, nous passons nous-m\u00eames de l&rsquo;existence floue \u00e0 l&rsquo;existence exacte.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Si la lumi\u00e8re brille \u00e0 l&rsquo;extr\u00e9mit\u00e9 de la possession de soi&#8230;<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Nous regarder nous-m\u00eame comme nous regardons cet arbre. Obliger la machinerie intime \u00e0 se faire voir objectivement. Ses fonctions, ses rouages, ses diff\u00e9rents moteurs, ses transmissions. Enfin quelqu&rsquo;un en moi pose sur moi un regard froid, lucide, comp\u00e9tent, observe cette machinerie. En vue de la d\u00e9monter et de la remonter de telle sorte qu&rsquo;elle serve \u00e0 produire de la conscience.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab Connais-toi toi-m\u00eame \u00bb ne s&rsquo;adresse pas \u00e0 l&rsquo;\u00e9bauche. Se livrer \u00e0 l&rsquo;introspection, dans l&rsquo;\u00e9tat d&rsquo;\u00e9bauche, est une descente aveugle sans fin. \u00ab Connais-toi toi-m\u00eame \u00bb implique une transformation radicale. Ce n&rsquo;est pas une proposition pour une meilleure pratique de l&rsquo;existence ordinaire. C&rsquo;est un commandement initiatique \u00ab Connais-toi toi-m\u00eame \u00bb enjoint d&rsquo;acqu\u00e9rir un centre de gravit\u00e9 permanent. Se voir suppose un point de vue.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Un jour, le d\u00e9sir que ce point de vue sup\u00e9rieur devienne permanent cessera d&rsquo;\u00eatre furtif. Ce d\u00e9sir nous occupera plus que toute autre chose. Il passera tous nos int\u00e9r\u00eats dans l&rsquo;existence. Il relativisera nos ambitions, nos peurs, nos amours, nos id\u00e9es, nos attachements. Nous comprendrons alors ce qu&rsquo;est \u00ab l&rsquo;ange gardien \u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cet \u00e9tat de conscience, dont nous avons passag\u00e8rement conscience, que peut-il \u00eatre quand il devient immuable ? Quels changements extraordinaires peuvent s&rsquo;op\u00e9rer dans l&rsquo;homme ? De quelle alchimie l&rsquo;homme peut-il \u00eatre le si\u00e8ge ? A quel degr\u00e9 de co-naissance peut-il donc atteindre ? Nous ne le savons pas. Du moins savons-nous qu&rsquo;il y a un chemin.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>&#8230;Une \u00e9gale lumi\u00e8re brille \u00e0 l&rsquo;extr\u00e9mit\u00e9 de l&rsquo;oubli de soi<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Et maintenant, contredisons-nous.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Montherlant a d\u00e9j\u00e0 signal\u00e9 pour consid\u00e9rable ce mot de Pascal : \u00ab A la fin de chaque v\u00e9rit\u00e9, il faut ajouter qu&rsquo;on se souvient de la v\u00e9rit\u00e9 oppos\u00e9e. \u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Je viens de c\u00e9l\u00e9brer la lumi\u00e8re qui brille \u00e0 l&rsquo;extr\u00e9mit\u00e9 de la possession de soi. Souvenons-nous qu&rsquo;une \u00e9gale lumi\u00e8re brille \u00e0 l&rsquo;extr\u00e9mit\u00e9 de l&rsquo;oubli de soi.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Une \u00e9gale lumi\u00e8re dans le renoncement \u00e0 \u00eatre, dans l&rsquo;effusion, dans l&rsquo;\u00e9motion sensible, dans l&rsquo;offrande de soi \u00e0 l&rsquo;amour \u00e9perdu.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La contradiction est la vie m\u00eame. Pourquoi la vie spirituelle, qui est un comble de vie, y \u00e9chapperait-elle ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le conqu\u00e9rant de soi et le donateur de soi : du m\u00eame pas vers la lumi\u00e8re par des voies oppos\u00e9es ? C&rsquo;est probable. Et, sans doute, les grandes \u00e2mes touchent-elles aux deux extr\u00e9mit\u00e9s.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Citons encore Pascal : \u00ab On ne montre pas sa grandeur pour \u00eatre \u00e0 une extr\u00e9mit\u00e9, mais en touchant les deux \u00e0 la fois. \u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: right;\">L. Pauwels<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Toutes les traditions spirituelles disent la m\u00eame chose : qu&rsquo;il faudrait avoir la puce \u00e0 l&rsquo;oreille et se r\u00e9veiller. \u00ab \u00c9veille-toi, dormeur, \u00e9veille-toi ! \u00bb Il faut aller contre cette nature l\u00e2cheuse qui ne nous a qu&rsquo;\u00e9bauch\u00e9s. Contre cette nature endormeuse qui nous rend contents de si peu. \u00ab Veiller est tout. \u00bb Il faut, avec une volont\u00e9 de d\u00e9miurge, essayer de changer d&rsquo;\u00e9tat. 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