{"id":6164,"date":"2010-12-21T03:26:03","date_gmt":"2010-12-21T02:26:03","guid":{"rendered":"http:\/\/pro.ovh.net\/~emillena\/blog\/?p=6164"},"modified":"2010-12-21T03:26:03","modified_gmt":"2010-12-21T02:26:03","slug":"retour-a-nietzsche-relire-zarathoustra-par-alain-de-benoist","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/retour-a-nietzsche-relire-zarathoustra-par-alain-de-benoist\/","title":{"rendered":"Retour a Nietzsche, relire Zarathoustra par Alain De Benoist"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\">(Revue Question De. N<sup>o<\/sup> 20. Septembre-Octobre 1977)<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il disait : \u00ab <em>Plus nous nous \u00e9levons, et plus nous paraissons petits \u00e0 ceux qui ne savent pas voler<\/em>. \u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La sc\u00e8ne se passe en Suisse, dans l&rsquo;Engadine, au d\u00e9but du mois d&rsquo;ao\u00fbt 1881. Au terme d&rsquo;une promenade en for\u00eat, Nietzsche s&rsquo;est arr\u00eat\u00e9 au pied d&rsquo;un rocher, au bord du lac de Silvaplana. C&rsquo;est l\u00e0, \u00ab <em>\u00e0 6000 pieds au-dessus du niveau de la mer, et bien plus haut encore au-dessus de toutes les choses humaines<\/em> \u00bb, qu&rsquo;il a pour la premi\u00e8re fois (l&rsquo;intuition de l&rsquo;Eternel Retour. Il \u00e9crira : \u00ab <em>Ce jour-l\u00e0, Zarathoustra m&rsquo;assaillit<\/em>. \u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans l&rsquo;\u0153uvre de Friedrich Nietzsche (1844-1900), Ainsi parlait Zarathoustra se place entre Le gai savoir et Par-del\u00e0 le bien et le mal. Nietzsche traverse alors une p\u00e9riode de grande souffrance int\u00e9rieure. Mais c&rsquo;est aussi le moment o\u00f9 il se montre le plus f\u00e9cond : les ouvrages se succ\u00e8dent les uns apr\u00e8s les autres comme autant de traits fulgurants.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La premi\u00e8re partie de Zarathoustra est \u00e9crite \u00e0 Rapallo, au d\u00e9but de 1883. Le 15 f\u00e9vrier, Nietzsche apprend la mort de Richard Wagner. Il se rend \u00e0 Rome, puis \u00e0 Sils-Maria. La seconde partie est achev\u00e9e au printemps. A l&rsquo;automne, Nietzsche part pour Leipzig, o\u00f9 il sollicite sans succ\u00e8s de donner des cours libres \u00e0 l&rsquo;Universit\u00e9. Apr\u00e8s quoi, il repart pour G\u00eanes et, de l\u00e0, pour Villefranche-sur-Mer. Il termine la troisi\u00e8me partie \u00e0 Nice, pendant l&rsquo;hiver. Mais la publication des premiers fascicules, sur laquelle il avait fond\u00e9 de grands espoirs, ne rencontre aucun \u00e9cho.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Plus isol\u00e9 que jamais, Nietzsche reprend sa p\u00e9r\u00e9grination : Venise, Sils-Maria, Zurich, Menton, Nice. En 1885, ayant r\u00e9dig\u00e9 la quatri\u00e8me partie, il d\u00e9cide de la faire imprimer \u00e0 son compte. Il en fixe le tirage \u00e0 quarante exemplaires. Mais ne trouve que sept personnes \u00e0 qui l&rsquo;envoyer. Ce drame r\u00e9sume toute sa vie : ceux qui int\u00e9ressaient Nietzsche ne comprenaient gu\u00e8re son \u0153uvre, ceux qui l&rsquo;appr\u00e9ciaient le plus ne l&rsquo;int\u00e9ressaient pas. Fin 1886, l&rsquo;\u00e9diteur E.W. Fritsch, de Leipzig, r\u00e9unit en un volume les trois premi\u00e8res parties d&rsquo;<em>Ainsi parlait Zarathoustra<\/em>. Mais il faut attendre juillet 1892 pour voir para\u00eetre chez Naumann, \u00e9galement \u00e0 Leipzig, la premi\u00e8re \u00e9dition correspondant \u00e0 l&rsquo;ensemble du manuscrit. (Une traduction, due \u00e0 Henri Albert, sortira au Mercure de France en 1898.)<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Ainsi parlait Zarathoustra<\/em> est un po\u00e8me philosophique aux allures de composition musicale. Il a ses th\u00e8mes, ses leitmotive, ses variations. \u00ab <em>Compar\u00e9 \u00e0 la musique, disait Nietzsche, toute phrase a quelque chose d&rsquo;ind\u00e9cent<\/em>. \u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Zarathoustra descend des hauteurs de la montagne. Il va vers les hommes comme le marteau vers une pierre \u00e0 sculpter. Lui qui porte le nom d&rsquo;un des premiers grands moralisateurs (Zoroastre, r\u00e9formateur de l&rsquo;ancienne religion de l&rsquo;Iran) proclame la mort de la morale, l&rsquo;av\u00e8nement du Surhomme, la certitude de l&rsquo;Eternel Retour.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>\u00ab Je hais les \u00eatres incertains \u00bb<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L&rsquo;ouvrage est tout entier d&rsquo;inspiration solaire. Chaque page y baigne dans l&rsquo;aveuglante clart\u00e9 d&rsquo;une affirmation de la vie. \u00ab <em>Moi qui suis n\u00e9 sur la Terre, s&rsquo;\u00e9crie Zarathoustra, j&rsquo;\u00e9prouve les maladies du Soleil comme un obscurcissement de moi-m\u00eame et un d\u00e9luge de ma propre \u00e2me<\/em>. \u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">On lisait d\u00e9j\u00e0 dans Le gai savoir : \u00ab <em>Qui veut entonner un chant, un chant du matin, tellement ensoleill\u00e9, tellement l\u00e9ger, si a\u00e9rien qu&rsquo;il ne chasse pas les id\u00e9es noires, mais qu&rsquo;il les invite \u00e0 chanter avec lui, \u00e0 danser avec lui<\/em> ? \u00bb Et dans les Chants du prince Vogelfrei : \u00ab <em>Chassons les trouble-ciel, les noircisseurs de monde, les pousse-nuages ! Illuminons le royaume des cieux ! Soyons retentissants !<\/em> \u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Nietzsche aussi entend \u00eatre \u00ab retentissant \u00bb. \u00ab <em>Je pr\u00e9f\u00e8re le bruit et le tonnerre les outrages du mauvais temps \u00e0 ce repos de chats circonspects et h\u00e9sitants<\/em>, \u00e9crit-il. <em>Et, parmi les hommes, je hais surtout les \u00eatres incertains marchant \u00e0 pas de loup, les nuages qui passent en doutant et en h\u00e9sitant<\/em>. \u00bb Le danger, dit Nietzsche, ce ne sont pas les \u00ab m\u00e9chants \u00bb \u2014 car leur m\u00e9chancet\u00e9 peut passer. Ce sont les \u00ab maladifs \u00bb \u2014 car leur \u00e9tat demeure. \u00ab <em>Les malades<\/em>, \u00e9crit-il, <em>sont le plus grand danger pour ceux qui se portent bien<\/em>. \u00bb C&rsquo;est que les malades ha\u00efssent (en m\u00eame temps qu&rsquo;ils la d\u00e9sirent) cette \u00ab grande sant\u00e9 \u00bb qu&rsquo;ils ne poss\u00e8dent pas, de la m\u00eame fa\u00e7on que les faibles ont la force en horreur. Les faibles voudraient que tout le monde f\u00fbt \u00e9puis\u00e9. Les maladifs souhaiteraient que tous fussent atteints. Ainsi, leurs maux leur para\u00eetraient plus l\u00e9gers. Le nain qui voit s&rsquo;abattre le g\u00e9ant se trouve du coup moins petit.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les faibles disent : \u00ab <em>Nous sommes les seuls bons, les seuls justes, nous sommes les seuls homini bonae voluntatis<\/em> \u00bb. Ils \u00ab <em>passent au milieu de nous comme de vivants reproches, comme s&rsquo;ils voulaient nous servir d&rsquo;avertissement \u2014 comme si la sant\u00e9, la robustesse, la force, la fiert\u00e9, le sentiment de la puissance \u00e9taient simplement des vices qu&rsquo;il faudrait expier, am\u00e8rement expier, ils ont soif de jouer un r\u00f4le de bourreau !<\/em> \u00bb Nietzsche donne la parole au faible. Il lui fait expliquer les causes implicites de sa haine : \u00ab <em>Ah ! si je pouvais \u00eatre quelqu&rsquo;un d&rsquo;autre, n&rsquo;importe qui ! Ainsi soupire ce regard. Mais il n&rsquo;y a pas d&rsquo;espoir. Je suis celui que je suis : comment saurais-je me d\u00e9barrasser de moi-m\u00eame ? Et pourtant, je suis las de moi-m\u00eame !<\/em> \u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>A la morale du p\u00e9ch\u00e9, Nietzsche substitue une \u00e9thique de l&rsquo;honneur <\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans Zarathoustra, Nietzsche d\u00e9passe la critique, d\u00e9sormais classique, du moralisme jud\u00e9o-chr\u00e9tien et du r\u00f4le du pr\u00eatre, qu&rsquo;il avait d\u00e9velopp\u00e9e <em>dans La g\u00e9n\u00e9alogie de la morale<\/em> et <em>Le cr\u00e9puscule des faux dieux<\/em> pour aborder de front le probl\u00e8me de la cr\u00e9ation d&rsquo;une \u00ab nouvelle objectivit\u00e9 \u00bb sur les ruines m\u00eames de la notion d&rsquo;absolu.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab <em>Autrefois<\/em>, \u00e9crit-il, <em>le blasph\u00e8me contre Dieu \u00e9tait le pire blasph\u00e8me ; mais Dieu est mort, et avec lui sont morts aussi ses blasph\u00e9mateurs. Le pire sacril\u00e8ge est \u00e0 pr\u00e9sent de blasph\u00e9mer la terre<\/em>. \u00bb Zarathoustra reste \u00ab fid\u00e8le \u00e0 la terre \u00bb. Mais il sait aussi prendre du recul. Pour Nietzsche, \u00ab <em>il faut quitter la vie comme Ulysse quitta Nausicaa, avec reconnaissance plut\u00f4t qu&rsquo;avec amour<\/em>. \u00bb Il ajoute : \u00ab <em>La maturit\u00e9 de l&rsquo;homme, c&rsquo;est de retrouver le s\u00e9rieux qu&rsquo;il mettait au jeu \u00e9tant enfant<\/em>. \u00bb Et encore : \u00ab <em>Un homme est un g\u00e9nie quand il peut \u00e0 la fois aimer une chose et s&rsquo;en moquer<\/em>. \u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">A la morale du p\u00e9ch\u00e9, Friedrich Nietzsche propose de substituer une \u00e9thique de l&rsquo;honneur, o\u00f9 la vie ne vaut la peine d&rsquo;\u00eatre v\u00e9cue que dans certaines conditions. \u00ab <em>Mon moi m&rsquo;a enseign\u00e9 une nouvelle fiert\u00e9, d\u00e9clare Zarathoustra. Je l&rsquo;enseigne aux hommes : ne plus cacher sa t\u00eate dans le sable des choses c\u00e9lestes, mais la porter fi\u00e8rement<\/em>. \u00bb \u00ab <em>La morale nietzsch\u00e9enne sera donc une morale de la vie, elle ne condamnera que les vies asservies et d\u00e9chues<\/em> \u00bb (Thierry Maulnier, Nietzsche. Gallimard, 1943).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Face aux \u00eatres inf\u00e9rieurs (\u00ab Quand ils disent \u00ab\u00a0je suis juste\u00a0\u00bb, cela sonne toujours comme \u00ab\u00a0je\u00a0 suis veng\u00e9\u00a0\u00bb&#8230;\u00a0\u00bb), l&rsquo;homme sup\u00e9rieur est pris au pi\u00e8ge de son humanit\u00e9 : \u00ab <em>Parce que tu es tendre et juste, tu dis : \u2014 Ils sont innocents de leur petite existence. Mais leur \u00e2me \u00e9troite pense : \u2014 Toute grande existence est coupable<\/em>. \u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>\u00ab L&rsquo;homme est une corde sur l&rsquo;ab\u00eeme\u00a0\u00bb<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le d\u00e9clin des aristocraties est all\u00e9 de pair avec un processus qui a donn\u00e9 le pouvoir \u00e0 ceux que Nietzsche appelle \u00ab les derniers hommes\u00a0\u00bb. Sous ce terme, il d\u00e9nonce par avance les repr\u00e9sentants de la soci\u00e9t\u00e9 de consommation et de la morale des marchands : ceux qui pensent que l&rsquo;aventure humaine est trop risqu\u00e9e, qu&rsquo;il faut mettre un terme \u00e0 l&rsquo;histoire, abolir les tensions, donner \u00e0 tous un m\u00eame confort, soumettre le politique \u00e0 l&rsquo;\u00e9conomique, et l&rsquo;\u00e9conomique au social. \u00ab <em>Nous avons invent\u00e9 le bonheur, disent les derniers hommes, et ils clignent de l&rsquo;\u0153il<\/em>. \u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En fait, l&rsquo;homme est quelque chose qui doit \u00eatre d\u00e9pass\u00e9. \u00ab <em>L&rsquo;homme est une corde tendue entre la b\u00eate et le surhumain, une corde sur l&rsquo;ab\u00eeme (&#8230;) Ce qu&rsquo;il y a de grand chez l&rsquo;homme, c&rsquo;est qu&rsquo;il est un pont, non un but<\/em>. \u00bb On sait l&rsquo;attention avec laquelle Nietzsche suivit les travaux de Darwin sur l&rsquo;\u00e9volution des esp\u00e8ces. Cependant, pour lui, le Surhomme (Uebermensch) n&rsquo;est pas une surench\u00e8re de l&rsquo;homme (\u00fcbermenschlich). C&rsquo;est un \u00eatre enti\u00e8rement diff\u00e9rent, ayant sa propre fa\u00e7on d&rsquo;\u00eatre, sa propre fa\u00e7on de voir le monde et d&rsquo;\u00e9valuer le sens des choses. Le Surhomme est celui dont l&rsquo;affirmation du moi donne naissance \u00e0 une nouvelle esp\u00e8ce. Celui dont la vue-du-monde s&rsquo;impose d&rsquo;elle-m\u00eame avec une telle puissance qu&rsquo;on ne peut plus, apr\u00e8s lui, penser en dehors d&rsquo;elle. Il est l&rsquo;aboutissement d&rsquo;une projection cr\u00e9atrice du pass\u00e9 dans le pr\u00e9sent, le \u00ab retour \u00bb sous une autre forme de ce qui fut. Et en m\u00eame temps un ach\u00e8vement : car l&rsquo;\u00eatre qui se r\u00e9alise, du m\u00eame coup, se d\u00e9passe.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Le sens de l&rsquo;Eternel Retour<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pour Nietzsche, l&rsquo;homme n&rsquo;a de sens que s&rsquo;il tend \u00e0 aller au-del\u00e0 de sa condition, c&rsquo;est-\u00e0-dire s&rsquo;il n&rsquo;h\u00e9site pas \u00e0 envisager sa propre disparition : la disparition de sa \u00ab nature \u00bb, au profit de la \u00ab\u00a0surnature \u00bb qu&rsquo;il se donnera. \u00ab <em>Le surhomme correspond \u00e0 un but, un but donn\u00e9 \u00e0 tout moment et qu&rsquo;il est peut-\u00eatre impossible d&rsquo;atteindre ; mieux, un but qui, \u00e0 l&rsquo;instant m\u00eame o\u00f9 il est atteint, se repropose sur un nouvel horizon. Dans une telle<\/em> <em>perspective, l&rsquo;homme se pr\u00e9sente comme un perp\u00e9tuel d\u00e9passement de l&rsquo;homme par l&rsquo;homme<\/em> \u00bb (Giorgio Locchi, L&rsquo;histoire, in Nouvelle \u00e9cole, Nos 27-28, automne-hiver 1975).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab <em>Le Surhomme est le sens de la terre ! Que votre volont\u00e9 dise : que le Surhomme soit le sens de la terre !<\/em> \u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pour exprimer cette n\u00e9cessit\u00e9 d&rsquo;un d\u00e9passement, Nietzsche se saisit du \u00ab marteau \u00bb de l&rsquo;Eternel Retour. Dans Zarathoustra, ce th\u00e8me est illustr\u00e9 par l&rsquo;\u00e9nigme du portique : \u00ab <em>Vois ce portique ! Il a deux visages. Deux chemins se r\u00e9unissent ici, que personne encore n&rsquo;a suivis jusqu&rsquo;au bout. Cette longue rue qui retourne en arri\u00e8re, et cette longue rue qui retourne en avant : c&rsquo;est une autre \u00e9ternit\u00e9. Ils se contredisent, les chemins, ils butent l&rsquo;un contre l&rsquo;autre : et c&rsquo;est ici, \u00e0 ce portique, qu&rsquo;ils se rencontrent. Le nom du portique est \u00e9crit l\u00e0-haut. Il s&rsquo;appelle instant<\/em>. \u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab <em>Tout vient et se tend la main, et rit, et s&rsquo;enfuit \u2014 et revient. Tout va, tout revient : la roue de l&rsquo;existence tourne \u00e9ternellement. Tout meurt, tout refleurit ; le cycle de l&rsquo;existence se poursuit \u00e9ternellement. Tout se brise, tout s&rsquo;assemble \u00e0 nouveau, \u00e9ternellement se b\u00e2tit le m\u00eame \u00e9difice de l&rsquo;existence. Tout se s\u00e9pare, tout se salue de nouveau, l&rsquo;anneau de l&rsquo;existence reste \u00e9ternellement fid\u00e8le \u00e0 lui-m\u00eame. A chaque moment commence l&rsquo;existence ; autour de tout Ici se d\u00e9ploie la sph\u00e8re. L\u00e0. Le centre est partout. Le sentier de l&rsquo;\u00e9ternit\u00e9 est tortueux<\/em>. \u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ici, Nietzsche ne cache pas ce qu&rsquo;il doit aux Grecs de l&rsquo;\u00e9poque pr\u00e9socratique : H\u00e9raclite, Parm\u00e9nide, Anaximandre. Mais il rejoint aussi, dans une m\u00eame intuition, l&rsquo;incessant renouvellement des saisons et des g\u00e9n\u00e9rations \u2014 et les d\u00e9couvertes de la science moderne : cycle du carbone, cycle de l&rsquo;oxyg\u00e8ne, etc. A la m\u00eame \u00e9poque o\u00f9 il formule cette id\u00e9e, Gustave Le Bon \u00e9crit : \u00ab <em>Si ce sont les m\u00eames \u00e9l\u00e9ments de chaque monde qui servent, apr\u00e8s sa destruction, \u00e0 en reconstituer d&rsquo;autres, il est ais\u00e9 de comprendre que les m\u00eames combinaisons, c&rsquo;est-\u00e0-dire les m\u00eames mondes habit\u00e9s par les m\u00eames \u00eatres, ont d\u00fb se r\u00e9p\u00e9ter bien des fois<\/em> \u00bb (L&rsquo;homme et les soci\u00e9t\u00e9s, vol. 2, 1881).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">On sait que Nietzsche \u00e9tudia beaucoup la science de son temps, et qu&rsquo;il pensa un moment d\u00e9montrer la concordance de la th\u00e9orie atomique, alors naissante, avec l&rsquo;id\u00e9e de l&rsquo;Eternel Retour. Au d\u00e9but de ce si\u00e8cle, Gabriel Huan \u00e9crivait : \u00ab <em>Le caract\u00e8re scientifique de la doctrine du Retour est ind\u00e9niable ; peut-\u00eatre m\u00eame est-elle le seul syst\u00e8me cosmologique qui s&rsquo;adapte aux hypoth\u00e8ses les plus r\u00e9centes de la science moderne<\/em> \u00bb (La philosophie de Friedrich Nietzsche, E. de Boccard, 1917). Dix ans plus tard, Abel Rey confronte les th\u00e9ories de Nietzsche aux enseignements de la thermodynamique et de la th\u00e9orie cin\u00e9tique des gaz. Il remarque : \u00ab <em>L&rsquo;id\u00e9e de l&rsquo;Eternel Retour n&rsquo;est en d\u00e9finitive que l&rsquo;affirmation que toute \u00e9volution est relative. Consid\u00e9r\u00e9e dans un temps suffisamment long, elle s&rsquo;effectue comme si elle pouvait se recommencer<\/em> \u00bb (Le Retour Eternel et la philosophie de la physique, Flammarion, 1927). Depuis, l&rsquo;id\u00e9e de l&rsquo;Eternel Retour a trouv\u00e9 une nouvelle justification dans la notion de discontinuit\u00e9 du r\u00e9el, induite par la microphysique. Remettant en cause les extrapolations universelles du principe de Carnot \u2014 qui s&rsquo;applique aux r\u00e9sultats complexes, mais non aux \u00e9v\u00e9nements mol\u00e9culaires \u2014, la science moderne tend \u00e0 nier l&rsquo;id\u00e9e d&rsquo;une irr\u00e9versibilit\u00e9 fonci\u00e8re g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e, \u00e0 ramener l&rsquo;irr\u00e9versible au r\u00e9versible \u2014 et le d\u00e9sordre g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9 \u00e0 un ordre possible.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Sur un plan plus directement philosophique, l&rsquo;Eternel Retour est souvent mal interpr\u00e9t\u00e9 \u2014 quand il n&rsquo;est pas consid\u00e9r\u00e9 comme \u00ab marginal \u00bb dans l&rsquo;\u0153uvre de Nietzsche. En r\u00e9alit\u00e9, comme l&rsquo;a remarqu\u00e9 M. Gilles Deleuze, l&rsquo;identit\u00e9 se rapporte moins \u00e0 la nature de ce qui revient qu&rsquo;au fait, pour ce qui est diff\u00e9rent, de revenir \u00e9ternellement. C&rsquo;est l&rsquo;expression d&rsquo;un principe qui est la raison du divers et de sa reproduction, la raison de sa diff\u00e9rence et de sa r\u00e9p\u00e9tition. Dans sa critique de la conception \u00ab lin\u00e9aire \u00bb de l&rsquo;histoire (laquelle implique qu&rsquo;il y ait n\u00e9cessairement un d\u00e9but, une fin et un sens de l&rsquo;histoire), Nietzsche va plus loin qu&rsquo;un simple retour \u00e0 la conception cyclique des Anciens \u2014 dont il souligne lui-m\u00eame les limites (\u00ab d&rsquo;o\u00f9 viendrait la diversit\u00e9 \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur d&rsquo;un cycle ?\u00bb) en pr\u00e9cisant qu&rsquo;\u00ab on ne ram\u00e8ne pas les Grecs \u00bb. Il affirme que l&rsquo;histoire est semblable \u00e0 une sph\u00e8re : qu&rsquo;\u00e0 tout moment demeure une possibilit\u00e9 de r\u00e9g\u00e9n\u00e9ration du temps.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Le temps, une sph\u00e8re dont le centre est partout<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pour comprendre la conception de l&rsquo;histoire que nous propose Nietzsche, il faut la mettre en parall\u00e8le avec l&rsquo;id\u00e9e d&rsquo;une perspective quadridimensionnelle \u2014 dont nous sommes redevables \u00e0 la conception relativiste de l&rsquo;univers physique. Alors que dans l&rsquo;Antiquit\u00e9, les instants \u00e9taient encore vus comme des points se succ\u00e9dant sur une ligne, chez Nietzsche, le devenir est con\u00e7u comme un ensemble de moments dont chacun forme comme une sph\u00e8re \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur d&rsquo;une \u00ab supersph\u00e8re quadridimensionnelle \u00bb (une dimension spatiale, trois dimensions temporelles), en sorte que chaque moment occupe le centre par rapport aux autres.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans cette perspective, indique M. Giorgo Locchi (\u00ab L&rsquo;id\u00e9e de la musique et le temps de l&rsquo;histoire \u00bb, in Nouvelle Ecole, N<sup>o<\/sup> 30, hiver 1976-77), non seulement l&rsquo;univers n&rsquo;a ni d\u00e9but ni fin, mais l&rsquo;image la plus appropri\u00e9e pour exprimer l&rsquo;id\u00e9e du temps n&rsquo;est plus le cercle (comme dans la conception cyclique des Anciens), mais la sph\u00e8re. Le temps est une sph\u00e8re, o\u00f9, comme le dit Nietzsche, \u00ab le centre est partout \u00bb. La \u00ab position totale \u00bb de l&rsquo;ensemble des forces est toujours destin\u00e9e \u00e0 revenir, parce que chaque combinaison conditionne une infinit\u00e9 d&rsquo;autres combinaisons.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le destin joue aux d\u00e9s, observe M. Gilles Deleuze : \u00ab <em>Quand les d\u00e9s lanc\u00e9s affirment une fois le hasard, les d\u00e9s qui retombent affirment n\u00e9cessairement le nombre ou le destin qui ram\u00e8ne le coup de d\u00e9s<\/em> \u00bb (Nietzsche et la philosophie, P.U.F., 1962 et 1970).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ce th\u00e8me a un aspect \u00e9thique \u00e9vident. De la pens\u00e9e de l&rsquo;Eternel Retour, Nietzsche dit qu&rsquo;elle est \u00ab lourde et difficile \u00bb. En effet, la pression qu&rsquo;elle exerce sur l&rsquo;homme n&rsquo;est pas \u00e9lective, mais s\u00e9lective. Elle implique une s\u00e9lection des choix : ne revient \u00e9ternellement que ce qui est d\u00e9cid\u00e9 \u00e0 revenir. \u00ab <em>C&rsquo;est seulement celui qui tient sa vie pour \u00e9ternellement capable d&rsquo;\u00eatre r\u00e9p\u00e9t\u00e9e, qui reste<\/em>. \u00bb Nietzsche estime que cette pens\u00e9e \u2014 vivre de telle sorte que l&rsquo;on puisse vouloir revivre \u00e9ternellement sa vie \u2014 est susceptible de transformer l&rsquo;homme plus activement que le mythe de la \u00ab damnation \u00e9ternelle \u00bb. Il en fait cette maxime : \u00ab <em>Imprimer sur ta vie l&rsquo;image de l&rsquo;\u00e9ternit\u00e9<\/em>. \u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pour Nietzsche, une perspective institu\u00e9e dans l&rsquo;histoire est d&rsquo;autant plus \u00ab juste \u00bb qu&rsquo;elle s&rsquo;exprime avec une force susceptible de mieux la r\u00e9aliser. C&rsquo;est pour cela qu&rsquo;\u00e0 ses yeux, la volont\u00e9 de puissance est l&rsquo;\u00ab essence m\u00eame de la vie \u00bb. C&rsquo;est elle, et non la \u00ab lutte des classes \u00bb, qui est le moteur et la cause de l&rsquo;histoire.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>\u00ab\u00a0Je suis l&rsquo;homme de la fatalit\u00e9 \u00bb<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">De m\u00eame que l&rsquo;aristocratisme ne consiste pas d&rsquo;abord en droits, mais d&rsquo;abord en devoirs, de m\u00eame la volont\u00e9 de puissance, avant d&rsquo;autoriser \u00e0 prendre, oblige \u00e0 donner. Etant pure affirmation de soi, elle est n\u00e9cessairement cr\u00e9atrice : l&rsquo;affirmation ajoute, elle n&rsquo;enl\u00e8ve pas. Le h\u00e9ros tragique ne se demande pas, comme le \u00ab bourgeois \u00bb (ou le prol\u00e9taire \u00bb, tel que Marx le d\u00e9finit), ce qu&rsquo;il peut retirer de l&rsquo;existence, mais ce qu&rsquo;il peut donner \u00e0 la vie.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Par suite, l&rsquo;histoire n&rsquo;est pas \u00e0 d\u00e9finir comme une suite d&rsquo;\u00e9v\u00e9nements ou de faits sans encha\u00eenements, comme la simple succession des g\u00e9n\u00e9rations ; elle n&rsquo;est pas non plus un \u00ab spectacle \u00bb ou un \u00ab objet de culte \u00bb. Elle est la perp\u00e9tuelle transformation des soci\u00e9t\u00e9s par cette conscience historique qui est un sp\u00e9cifique de l&rsquo;homme, servie par la volont\u00e9 de puissance qui seule donne du sens \u00e0 l&rsquo;histoire, en instituant sur elle la perspective la plus forte.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans cette conception qui nous est propos\u00e9e par Nietzsche, l&rsquo;homme est le seul qui fasse l&rsquo;histoire \u2014 non en tant qu&rsquo;il s&rsquo;inclut dans une classe, ou qu&rsquo;il satisfait aux prescriptions d&rsquo;une dogmatique, mais en tant qu&rsquo;individu libre de ses choix, non d\u00e9termin\u00e9, trouvant en lui-m\u00eame seulement la possibilit\u00e9 d&rsquo;\u00eatre plus que lui-m\u00eame. L&rsquo;histoire est totalement son fait : faber suae fortunae. Sa libert\u00e9 consiste \u00e0 pouvoir toujours choisir entre les diff\u00e9rentes perspectives historiques possibles \u2014 seule situation dans laquelle cette libert\u00e9 n&rsquo;est pas un faux-semblant.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Gr\u00e2ce \u00e0 son action dans (et sur) le temps, l&rsquo;homme d\u00e9passe l&rsquo;objet par tout ce qui ne se laisse pas r\u00e9duire \u00e0 lui. Le chaos n&rsquo;est pas ce qui \u00e9tait \u00ab avant \u00bb \u2014 toutes choses \u00e9tant \u00e0 la fois devenues et non-encore-devenues \u2014, mais ce qui de tout temps est informe : le \u00ab chaos de tout \u00bb, chaos \u00e9ternel lui aussi, excluant la finalit\u00e9 et l&rsquo;ordonnancement univoque de l&rsquo;histoire, condition m\u00eame du mouvement \u00ab sph\u00e9rique \u00bb des choses \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur du devenir. Librement cr\u00e9ateur, l&rsquo;homme est cr\u00e9ateur de lui-m\u00eame : il se suffit \u00e0 lui-m\u00eame. (Et ce qui vaut des personnes vaut aussi des cultures et des peuples.)<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Au contraire de Marx, Nietzsche ne parle pas seulement en termes de soci\u00e9t\u00e9, mais en termes de civilisation. Dans le socialisme, il d\u00e9c\u00e8le une redite profane de cet \u00ab <em>\u00e9vangile des petits qui rend petit, une r\u00e9surgence de ce poison de la doctrine des droits \u00e9gaux pour tous par quoi le christianisme a d\u00e9truit notre bonheur sur terre<\/em> \u00bb (Le cr\u00e9puscule des faux dieux). A l&rsquo;in\u00e9luctabilit\u00e9 de la soci\u00e9t\u00e9 des \u00e9gaux, il oppose la possibilit\u00e9 permanente d&rsquo;une soci\u00e9t\u00e9 aristocratique, rendant \u00e0 chacun selon ses m\u00e9rites, o\u00f9 l&rsquo;homme serait la mesure de toutes choses, o\u00f9 la vie trouverait en elle-m\u00eame sa propre justification \u2014 et qui enrichirait le monde, au lieu de l&rsquo;appauvrir.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab <em>Je suis l&rsquo;homme de la fatalit\u00e9<\/em>, \u00e9crit-il. <em>Car lorsque la v\u00e9rit\u00e9 entrera en conflit avec le mensonge mill\u00e9naire, nous aurons des \u00e9branlements comme il n&rsquo;y en eut jamais, une convulsion de tremblements de terre, un d\u00e9placement de montagnes et de vall\u00e9es, tel qu&rsquo;on n&rsquo;en a jamais vu de pareil. L&rsquo;id\u00e9e de politique sera alors compl\u00e8tement absorb\u00e9e par la lutte des esprits (&#8230;) Il y aura des guerres comme il n&rsquo;y en eut jamais sur terre. C&rsquo;est seulement \u00e0 partir de moi qu&rsquo;il y a dans le monde une grande politique<\/em>. \u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Affirmant que l&rsquo;Europe se fera, elle aussi, \u00ab fatalement \u00bb, il ajoute : \u00ab <em>Je voudrais voir l&rsquo;Europe se cr\u00e9er au moyen d&rsquo;une nouvelle caste qui la r\u00e9girait, une volont\u00e9 unique, formidable, capable de poursuivre un but pendant des milliers d&rsquo;ann\u00e9es, afin de mettre un terme \u00e0 la trop longue com\u00e9die de sa petite politique et \u00e0 ses mesquines et innombrables volont\u00e9s dynastiques ou d\u00e9mocratiques. Ce temps de la petite politique est pass\u00e9, d\u00e9j\u00e0 le si\u00e8cle qui s&rsquo;annonce fait pr\u00e9voir la lutte pour la souverainet\u00e9 du monde. Et l&rsquo;irr\u00e9sistible pouss\u00e9e vers la grande politique<\/em> \u00bb (Par-del\u00e0 le bien et le mal).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">D\u00e9barrass\u00e9 de l&rsquo;insupportable tension r\u00e9sultant de l&rsquo;antagonisme entre la morale et la vie, l&rsquo;homme \u00e9clate de rire. Comme le jeune berger de la vision de Zarathoustra, lorsqu&rsquo;il \u00e2 crach\u00e9 la t\u00eate du serpent qui l&rsquo;\u00e9touffait, retrouvant du m\u00eame coup l&rsquo;Innocence et la joie.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Toute joie veut la profonde \u00e9ternit\u00e9<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le th\u00e8me de la joie (du \u00ab plaisir \u00bb dans la traduction de M. de Gandillac) \u00e9clate \u00e0 la fin de Zarathoustra, comme dans la IX<sup>e<\/sup> symphonie, lorsque le ciel s&rsquo;\u00e9claircit apr\u00e8s l&rsquo;orage. Zarathoustra, comme tout h\u00e9ros, est avant tout joyeux. Au milieu de la route menant au surhumain, lorsque vient le temps du Grand Midi, Zarathoustra se met \u00e0 entonner un \u00ab chant d&rsquo;ivresse \u00bb. Car la joie est plus profonde que la peine. Et c&rsquo;est pour cela qu&rsquo;elle s&rsquo;\u00e9ternise : \u00ab <em>La douleur dit : passe et finis ! Mais toute joie veut l&rsquo;\u00e9ternit\u00e9. Veut la profonde, profonde \u00e9ternit\u00e9<\/em>. \u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab <em>Ce que nous faisons<\/em>, \u00e9crit Nietzsche, <em>n&rsquo;est jamais compris, mais seulement lou\u00e9 ou bl\u00e2m\u00e9<\/em>. \u00bb Lui-m\u00eame n&rsquo;\u00e9chappe pas \u00e0 cette loi. Mais le \u00ab joyeux messager \u00bb n&rsquo;entend pas fonder de nouvelle religion. \u00ab <em>Maintenant, je vous ordonne de me perdre et de vous trouver vous-m\u00eames, car ce n&rsquo;est que lorsque vous m&rsquo;aurez tous reni\u00e9 que je reviendrai parmi vous<\/em>. \u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ainsi parlait Nietzsche-Zarathoustra.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Quelques ouvrages sur Nietzsche (1977)<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Tandis que dans tous les pays on assiste \u00e0 une v\u00e9ritable floraison de livres sur Nietzsche, la publication des \u0153uvres compl\u00e8tes, dans la grande \u00e9dition de Giorgio Colli et Mazzino Montinari, se poursuit activement. Aux \u00e9d. Walter de Gruyter, de Berlin, on pr\u00e9voit un total d&rsquo;environ trente volumes, r\u00e9partis en huit sections. Toujours chez Walter de Gruyter, MM. Colli et Montinari ont mis en chantier une oeuvre consid\u00e9rable : la publication de l&rsquo;ensemble de la correspondance de Nietzsche, en quelque vingt volumes r\u00e9partis en trois sections chronologiques (1844-1869, 1869-1879 et 1880-1889). Le premier volume de cette \u00e9dition, d\u00e9nomm\u00e9e \u00ab Kritische Gesamtausgabe von Nietzsches Briefwechsel \u00bb (KGB), est sorti en 1975 ; il couvre la p\u00e9riode 1849-1864.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans \u00ab Nietzsche et la critique du christianisme \u00bb (Cerf, 1974), Paul Valadier pr\u00e9sente, du point de vue chr\u00e9tien, une analyse en profondeur (et sans concessions aux diverses entreprises de \u00ab r\u00e9cup\u00e9ration \u00bb de la pens\u00e9e nietzsch\u00e9enne) d&rsquo;un aspect important de l&rsquo;\u0153uvre de Nietzsche.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans \u00ab Nietzsche : finalisme et histoire \u00bb (Copernic, 1977), M. Pierre Chassard se penche plus particuli\u00e8rement sur l&rsquo;\u00ab antiprovidentialisme \u00bb de Nietzsche. Il r\u00e9sume en ces termes la philosophie nietzsch\u00e9enne de l&rsquo;histoire : \u00ab Elle d\u00e9mystifie et montre que l&rsquo;univers n&rsquo;est soumis \u00e0 aucune toute-puissance que lui imposerait une fin, et que les hommes font eux-m\u00eames l&rsquo;histoire. \u00bb<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Pour comprendre la conception de l&rsquo;histoire que nous propose Nietzsche, il faut la mettre en parall\u00e8le avec l&rsquo;id\u00e9e d&rsquo;une perspective quadridimensionnelle \u2014 dont nous sommes redevables \u00e0 la conception relativiste de l&rsquo;univers physique. 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