{"id":6167,"date":"2010-12-21T03:25:30","date_gmt":"2010-12-21T02:25:30","guid":{"rendered":"http:\/\/pro.ovh.net\/~emillena\/blog\/?p=6167"},"modified":"2011-09-20T03:23:55","modified_gmt":"2011-09-20T02:23:55","slug":"leurope-a-t-elle-une-ame-par-jean-chevalier","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/leurope-a-t-elle-une-ame-par-jean-chevalier\/","title":{"rendered":"L&rsquo;Europe a-t-elle une \u00e2me ? par Jean Chevalier"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\">(Revue Question De. N<sup>o<\/sup> 19. Juillet-Ao\u00fbt 1977)<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Jean Chevalier, docteur en th\u00e9ologie et philosophie, auteur de nombreux ouvrages, ex-directeur \u00e0 l&rsquo;UNESCO, analyse quelques livres importants et r\u00e9cents qui mettent en question le concept europ\u00e9en. De fait, la question qui se pose aujourd&rsquo;hui est : pouvons-nous croire aux valeurs occidentales ? Il le faudrait, r\u00e9pond un g\u00e9ographe, Maurice Le Lannou ; il le faut, dit Raymond Aron ; non ! s&rsquo;\u00e9crie Roger Garaudy. Ces trois ouvrages analys\u00e9s par Jean Chevalier ont le m\u00e9rite de poser le d\u00e9bat \u00e0 divers niveaux : historique, politique, sociologique et spirituel.<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">On se demande aujourd&rsquo;hui si l&rsquo;Europe a jamais exist\u00e9 ou si, pr\u00e9sum\u00e9e existante, elle pourrait subsister. Son caract\u00e8re sp\u00e9cifique est remis en question. Alors, que veut-on dire quand on parle de l&rsquo;Europe ? Quel type d&rsquo;unit\u00e9 est affubl\u00e9 de ce nom? Sur quoi se fonde-t-elle ? Mythe ou r\u00e9alit\u00e9, ou les deux \u00e0 la fois, oscillant entre des p\u00e9riodes d&rsquo;essor et de d\u00e9cadence ? On trouve des \u00e9l\u00e9ments de r\u00e9ponse \u00e0 ces questions d&rsquo;actualit\u00e9 en confrontant trois livres, parus cette ann\u00e9e (1977), et tr\u00e8s diff\u00e9rents. De l&rsquo;un \u00e0 l&rsquo;autre, on voit s&rsquo;approfondir le probl\u00e8me.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Un constat : <strong>EUROPE, TERRE PROMISE de Maurice Le Lannou<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Tout d&rsquo;abord, pour garder les pieds sur terre, voici un g\u00e9ographe chevronn\u00e9, professeur au Coll\u00e8ge de France, Maurice Le Lannou, avec son livre d&rsquo;une riche, claire et classique \u00e9l\u00e9gance, Europe, terre promise (Paris, Le Seuil, 1977). S&rsquo;appuyant sur la g\u00e9ohistoire, il d\u00e9clare d&#8217;embl\u00e9e qu&rsquo;il n&rsquo;est pas du tout convaincu que \u00ab l&rsquo;Europe ait jamais exist\u00e9, du moins sous la forme qu&rsquo;entendent ceux qui en brandissent l&rsquo;id\u00e9e \u00bb. Et il signale le contraste tr\u00e8s significatif entre \u00ab l&rsquo;ardeur des propos sur l&rsquo;unit\u00e9 de l&rsquo;Europe \u00bb, chez certains hommes politiques, industriels, commer\u00e7ants, journalistes et \u00e9crivains, et \u00ab la parfaite indiff\u00e9rence des peuples \u00e0 son endroit \u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">L&rsquo;Europe, qui est au c\u0153ur de d\u00e9bats publics, se heurte \u00e0 de multiples d\u00e9fis. L&rsquo;Europe \u00ab miracul\u00e9e \u00bb de l&rsquo;apr\u00e8s-guerre s&rsquo;est \u00e9lev\u00e9e \u00e0 un niveau de vie jamais atteint. Mais elle voit son expansion \u00e9conomique frapp\u00e9e par une conscience aigu\u00eb des in\u00e9galit\u00e9s sociales et par la violente r\u00e9action de ses fournisseurs en \u00e9nergie et en mati\u00e8res premi\u00e8res. Son envol est soudain stopp\u00e9. Sa d\u00e9mographie conna\u00eet une chute sans pr\u00e9c\u00e9dent et son potentiel de travailleurs diminue (vieillissement des populations, abaissement de L&rsquo;\u00e2ge de la retraite, immigration massive de travailleurs \u00e9trangers). Qu&rsquo;adviendrait-il si les relations se tendaient avec leurs pays d&rsquo;origine jusqu&rsquo;au point de rupture ? L&rsquo;ind\u00e9pendance \u00e9nerg\u00e9tique est \u00e9galement compromise, les mines de charbon et les ressources hydrauliques devenant insuffisantes, les nouvelles sources d&rsquo;\u00e9nergie \u00e9tant discut\u00e9es ou au simple stade exp\u00e9rimental. De plus, les pays int\u00e9ress\u00e9s sont divis\u00e9s et expos\u00e9s \u00e0 une domination \u00e9trang\u00e8re, soit technologique comme celle des Etats-Unis, soit mat\u00e9rielle, comme celle des pays extracteurs de p\u00e9trole ou d&rsquo;uranium, soit id\u00e9ologique comme celle des d\u00e9mocraties marxistes. La croissance de l&rsquo;Europe portait une grande part d&rsquo;illusion puisqu&rsquo;elle d\u00e9pendait de plus en plus d&rsquo;apports \u00e9trangers et de d\u00e9bouch\u00e9s \u00e0 l&rsquo;\u00e9tranger. Le boom sur l&#8217;emploi fut vite suivi d&rsquo;inflation mon\u00e9taire, de ch\u00f4mage et d&rsquo;une vertigineuse d\u00e9moralisation.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">L&rsquo;Europe, si jamais elle eut conscience de son identit\u00e9 \u2014 d&rsquo;une identit\u00e9 d&rsquo;ailleurs mal d\u00e9finie \u2014 est en train de la perdre, pour ne plus devenir qu&rsquo;\u00ab un morceau d&rsquo;Occident inspir\u00e9 par l&rsquo;Am\u00e9rique \u00bb, d&rsquo;une Am\u00e9rique qui ne favorise pas l&rsquo;unit\u00e9 europ\u00e9enne. \u00ab Cet imp\u00e9rialisme sans empire, \u00e9crit Maurice Le Lannou, ne domine pas seulement les \u00e9conomies, il va jusqu&rsquo;\u00e0 s&rsquo;imposer \u00e0 toutes les d\u00e9marches des hommes. \u00bb L&rsquo;image du bonheur a chang\u00e9. C&rsquo;est l&rsquo;image d&rsquo;une \u00ab civilisation sans culture \u00bb \u2014 selon le mot cruel d&rsquo;Andr\u00e9 Piettre \u2014 qui plane sur les ondes d&rsquo;un nouvel univers.<\/p>\n<table style=\"text-align: justify;\" border=\"1\" cellspacing=\"0\" cellpadding=\"0\" width=\"504\">\n<tbody>\n<tr>\n<td width=\"504\" valign=\"top\"><strong>L&rsquo;unit\u00e9   europ\u00e9enne a-t-elle jamais exist\u00e9 ?<\/strong>Une Europe ainsi   assaillie ne trouve malheureusement de d\u00e9fense ni dans sa g\u00e9ographie ni dans   son histoire, pour sauvegarder ou renforcer un semblant d&rsquo;unit\u00e9. Son espace   temp\u00e9r\u00e9, \u00e0 la pointe occidentale et maritime de l&rsquo;immense continent   asiatique, a fait d&rsquo;elle \u00ab la terre promise \u00bb d&rsquo;une multitude d&rsquo;envahisseurs,   venus de l&rsquo;Est, du Sud et du Nord. C&rsquo;est peut-\u00eatre \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque m\u00e9solithique   (vers 5000 avant J.-C.) que l&rsquo;Europe a pr\u00e9sent\u00e9 une figure discernable, et   l&rsquo;auteur se pla\u00eet \u00e0 esquisser la vie semblable des peuplements dans leurs \u00eelots   forestiers, en bordure des mers et des lacs. Mais, d\u00e8s le III<sup>e<\/sup> mill\u00e9naire avant J.-C., cette relative unit\u00e9 se brise et l&rsquo;Europe se   diversifie : les barri\u00e8res se h\u00e9rissent et les combats commencent pour la   conqu\u00eate et la d\u00e9fense de l&rsquo;\u00ab\u00a0espace vital \u00bb. Vers cette \u00e9poque, c&rsquo;est   du Proche et du Moyen-Orient que viennent les progr\u00e8s techniques, les arts du   feu et de la m\u00e9tallurgie, la naissance des monnaies. La vari\u00e9t\u00e9 des climats,   du cap Nord au sud du triangle sicilien, des vall\u00e9es et des cha\u00eenes   montagneuses qui se creusent ou s&rsquo;\u00e9l\u00e8vent d&rsquo;est en ouest, du nord au sud, les   couloirs de circulation, les aires prot\u00e9g\u00e9es, les migrations qui se   s\u00e9dentarisent, multiplient les diff\u00e9rences entre les zones de peuplement. La   diversit\u00e9 ne fait que s&rsquo;accuser.<\/p>\n<p><strong> <\/strong><\/td>\n<\/tr>\n<\/tbody>\n<\/table>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais cette diversit\u00e9 explique aussi, peut-\u00eatre, \u00ab la double face de l&rsquo;Europe \u00bb, telle qu&rsquo;elle s&rsquo;est r\u00e9v\u00e9l\u00e9e jusqu&rsquo;\u00e0 nos jours : d&rsquo;une part, l&rsquo;attachement au terroir, \u00e0 l&rsquo;\u00ab espace vital \u00bb, \u00e0 une vie s\u00e9dentaire, qui se manifeste surtout dans le haut Moyen Age avec \u00ab l&rsquo;uniformit\u00e9 endormie du grand domaine rural \u00bb (encore que ce sommeil f\u00fbt secou\u00e9 d&rsquo;incessantes batailles pour acqu\u00e9rir des territoires) ; d&rsquo;autre part, \u00ab l&rsquo;aptitude \u00e0 l&rsquo;aventure, \u00e0 l\u2019ouverture, au rayonnement, \u00e0 la domination \u00bb. C&rsquo;est cette face de l&rsquo;Europe qui a paru pr\u00e9dominante depuis l&rsquo;\u00e8re des grandes navigations et des d\u00e9couvertes jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;\u00e9croulement des Empires coloniaux apr\u00e8s la Seconde Guerre mondiale. Mais, observe justement Maurice Le Lannou, m\u00eame dans cette \u00e9poque triomphante, m\u00eame dans ses victoires, ses conqu\u00eates et sa ma\u00eetrise du monde, l&rsquo;Europe ne s&rsquo;est \u00ab jamais montr\u00e9e unie \u00bb. L&rsquo;Europe n&rsquo;a colonis\u00e9 aucun pays. C&rsquo;\u00e9taient des \u00ab Etats pr\u00e9pond\u00e9rants \u00bb qui rivalisaient et se d\u00e9chiraient entre eux. A l&rsquo;int\u00e9rieur de l&rsquo;Europe, chaque Etat mettait son \u00e9conomie \u00e0 l&rsquo;abri des autres, la prot\u00e9geait de leur concurrence, essayait pour lui de la d\u00e9velopper. Il n&rsquo;y eut pas de \u00ab grande domination \u00bb v\u00e9ritablement \u00ab europ\u00e9enne\u00a0\u00bb. Cette Europe-l\u00e0, dominatrice, commer\u00e7ante et civilisatrice, n&rsquo;\u00e9tait qu&rsquo;un mythe. Mais ce mythe \u00e9clipsait aux yeux des \u00e9trangers la r\u00e9alit\u00e9 des diff\u00e9rences, des jalousies et des luttes entre Europ\u00e9ens \u2014 malgr\u00e9 la violence de celles-ci \u2014 et il continue d&rsquo;inspirer plus d&rsquo;une interpr\u00e9tation de l&rsquo;Histoire. Il est vrai, cependant, que cette expansion de pays divis\u00e9s et rivaux a \u00ab boulevers\u00e9 le monde \u00bb. C&rsquo;est l&rsquo;image d&rsquo;eux-m\u00eames qui leur a \u00e9t\u00e9 renvoy\u00e9e par un monde soumis et fascin\u00e9 qui leur a donn\u00e9 une certaine conscience de leur commune identit\u00e9. Et c&rsquo;est sans doute ce qui restera quand tout aura \u00e9t\u00e9 perdu. Le d\u00e9clin de son rayonnement, son abaissement auront donn\u00e9 \u00e0 l&rsquo;Europe son unit\u00e9. \u00ab Uniformis\u00e9e dans son d\u00e9clin, l&rsquo;Europe \u00e9tait au contraire fort diverse au temps de sa sup\u00e9riorit\u00e9. C&rsquo;est une de ses nombreuses contradictions. \u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>L&rsquo;unit\u00e9 engendrera-t-elle l&rsquo;uniformit\u00e9 ?<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais cette unit\u00e9 du d\u00e9clin risque de se fondre dans une uniformit\u00e9 plus vaste, dans la mesure o\u00f9 les mod\u00e8les am\u00e9ricain ou sovi\u00e9tique, par un gigantesque processus de bipolarisation, l&#8217;emporteront sur les particularit\u00e9s nationales ou r\u00e9gionales. Et l&rsquo;existence m\u00eame d&rsquo;une Europe bien diff\u00e9renci\u00e9e du reste du monde sera de nouveau compromise, comme \u00ab dissoute dans un syst\u00e8me universel \u00bb. Cette immersion du petit continent privil\u00e9gi\u00e9 dans un vaste ensemble occidental \u2014 ou oriental \u2014 loin d&rsquo;abolir, aggraverait les oppositions internes dont l&rsquo;Europe a d\u00e9j\u00e0 tant souffert. Elle entra\u00eenerait la perte de ce qui reste d&rsquo;ind\u00e9pendance dans les pays d&rsquo;Europe et les ravalerait \u00e0 un r\u00f4le subordonn\u00e9. Si les diversit\u00e9s tendent \u00e0 s&rsquo;effacer, les disparit\u00e9s augmentent en s&rsquo;aigrissant. Le passage du national \u00e0 l&rsquo;europ\u00e9en sauverait le caract\u00e8re sp\u00e9cifique de chaque pays europ\u00e9en ; le passage au mondial ou au bipolaire les soumettrait tous \u00e0 l&rsquo;uniformit\u00e9. A part cette fusion contrainte ou voulue dans une masse, existe-t-il pour l&rsquo;Europe une autre fa\u00e7on d&rsquo;exister ? Est-elle d\u00e9finitivement impuissante \u00e0 d\u00e9gager une identit\u00e9 qui ne fut jamais acquise, en face des ensembles gigantesques qui l&rsquo;enserrent ? N&rsquo;aurait-elle pas un r\u00f4le propre \u00e0 jouer ? Le monde d&rsquo;aujourd&rsquo;hui t\u00e9moigne d&rsquo;\u00ab un incroyable d\u00e9sordre sous le voile trompeur des lib\u00e9rations et des croissances. Rien d&rsquo;honn\u00eate, rien de moral, rien de v\u00e9ritablement intelligent dans les rapports entre Occident industrialis\u00e9 et tiers monde ou [&#8230;] entre Nord et Sud. Peut-\u00eatre l&rsquo;Europe aurait-elle l\u00e0 une chance de prendre en main quelques r\u00eanes en retrouvant son vieux pouvoir d&rsquo;invention et en r\u00e9v\u00e9lant aux nations les voies d&rsquo;une nouvelle sagesse\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>La primaut\u00e9 du spirituel : la seule chance de l&rsquo;Europe<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">D\u00e9pouill\u00e9e de sa puissance et de sa richesse, l&rsquo;Europe peut \u00eatre et inspirer \u00ab une attitude devant le monde \u00bb. L&rsquo;existence de l&rsquo;Europe ne d\u00e9pend plus aujourd&rsquo;hui que de deux facteurs : les ressources spirituelles, \u00e0 fonds chr\u00e9tien, dont la plupart de ses peuples furent les ap\u00f4tres, mais aussi les tra\u00eetres ; le maintien de sa relation avec le reste du monde. Ni reniement ni repliement. Faute de foi dans ses valeurs de dur\u00e9e, qui sont aussi des valeurs de progr\u00e8s et d&rsquo;invention, faute de pr\u00e9sence (au moins par elles) sur tous les points du globe, c&rsquo;est pire qu&rsquo;une crise et un d\u00e9clin que conna\u00eetra l&rsquo;Europe, c&rsquo;est un abaissement. Et l&rsquo;abaissement, c&rsquo;est \u00ab une \u00bb absence et un renoncement\u00a0\u00bb. L&rsquo;existence de l&rsquo;Europe tient surtout \u00e0 sa capacit\u00e9 de proposer une sagesse qui d\u00e9couvrirait le point de convergence des diff\u00e9rents dynamismes de la plan\u00e8te : ce pourrait \u00eatre la recherche d&rsquo;une plus grande \u00e9galit\u00e9 entre les hommes, le vecteur d&rsquo;une \u00e9galit\u00e9 r\u00e9elle et progressive des droits, des libert\u00e9s, des revenus, de la s\u00e9curit\u00e9, des conditions de vie, dans la diversit\u00e9 spontan\u00e9e des cultures. La primaut\u00e9 de l&rsquo;\u00e9conomique, de la lutte pour les richesses, les profits et la croissance, ne parviendra jamais \u00e0 donner une raison d&rsquo;exister \u00e0 l&rsquo;Europe, ni son unit\u00e9. Si l&rsquo;on peut reprendre l&rsquo;expression, ce sera \u00ab la primaut\u00e9 du spirituel\u00a0\u00bb. Maurice Le Lannou n&rsquo;a pas \u00e0 se d\u00e9fendre d&rsquo;\u00eatre un nostalgique. Sa conclusion est au contraire tourn\u00e9e vers l&rsquo;avenir. Car il n&rsquo;y a pas d&rsquo;avenir sans une grande exigence. L&rsquo;Europe n&rsquo;existera pas sans tenter de renouveler la sagesse des nations, et d&rsquo;abord par l&rsquo;exemple de sa propre organisation, de son programme et de son dynamisme.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Un plaidoyer : <strong>\u00ab\u00a0PLAIDOYER POUR L&rsquo;EUROPE \u00bb de Raymond Aron<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Avec un style et des arguments diff\u00e9rents, s&rsquo;engageant avec sa redoutable vigueur de pol\u00e9miste dans les d\u00e9bats actuels, sur tous les plans philosophique, \u00e9conomique et politique, Raymond Aron analyse, lui aussi, l&rsquo;abaissement de l&rsquo;Europe dans <em>Plaidoyer pour l&rsquo;Europe d\u00e9cadente<\/em> (Paris, Robert Laffont, 1977). Il attaque les pr\u00e9tentions abusives de ceux qui croient rem\u00e9dier \u00e0 la crise de l&rsquo;Europe, partie sp\u00e9cifique d&rsquo;une crise mondiale, en recourant aux solutions marxistes qui ne sont, \u00e0 ses yeux, que des mystifications.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Peu d&rsquo;\u00e9conomistes et d&rsquo;hommes politiques connaissent leur domaine aussi bien que ce philosophe dont la dialectique impitoyable repose sur une \u00e9rudition et une documentation sans d\u00e9faut. Il se moque bien d&rsquo;une classification de droite ou de gauche : ce qui compte pour lui, c&rsquo;est la connaissance des r\u00e9alit\u00e9s, faits, textes, chiffres, histoire, et une r\u00e9flexion coh\u00e9rente sur ces r\u00e9alit\u00e9s. Il ne s&rsquo;agit pas de r\u00e9sumer et de discuter ici ce ma\u00eetre livre d&rsquo;une extr\u00eame densit\u00e9 et qui rassemble en une forte synth\u00e8se plusieurs ouvrages du m\u00eame auteur. Nous n&rsquo;en d\u00e9gagerons qu&rsquo;un ou deux th\u00e8mes, qui nous paraissent des plus importants et qui en appellent, au fond, eux aussi, \u00e0 une certaine vie spirituelle.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Pour Raymond Aron, l&rsquo;abaissement d\u00e9signe \u00ab un rapport de force \u00bb, la d\u00e9cadence \u00ab un jugement de valeur ou un sch\u00e8me du devenir \u00bb. Si l&rsquo;Europe \u2014 il entend l&rsquo;Europe libre \u2014 se trouve aujourd&rsquo;hui abaiss\u00e9e, elle n&rsquo;est pas n\u00e9cessairement condamn\u00e9e \u00e0 la d\u00e9cadence. Elle repr\u00e9sente toujours un certain syst\u00e8me de valeurs. Elle serait condamn\u00e9e si elle c\u00e9dait, comme le font un trop grand nombre d&rsquo;\u00ab intellectuels \u00bb, \u00e0 la tentation de l&rsquo;id\u00e9ologie marxiste qui renverse ce syst\u00e8me de valeurs. Elle le serait aussi bien si l&rsquo;attachement \u00e0 un r\u00e9gime lib\u00e9ral devait conduire \u00e0 une soci\u00e9t\u00e9 permissive \u00e0 l&rsquo;exc\u00e8s et \u00e0 un laxisme effr\u00e9n\u00e9, \u00e0 des pr\u00e9tendues libert\u00e9s qui ruineraient la libert\u00e9. Entre ces deux p\u00f4les se situe un d\u00e9bat passionnant qui met en cause tout un style de vie.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>La tentation marxiste : le danger de l&rsquo;id\u00e9ocratie<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Que l&rsquo;Europe soit abaiss\u00e9e, c&rsquo;est bien \u00e9vident. Elle n&rsquo;est plus capable de se d\u00e9fendre seule. Avec ses souvenirs d&rsquo;un pass\u00e9 glorieux et d&rsquo;\u00e9preuves humiliantes, la conscience europ\u00e9enne est \u00ab d\u00e9chir\u00e9e entre l&rsquo;orgueil et le doute \u00bb. Alors, la tentation marxiste se r\u00e9pand.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais rien de plus confus que la r\u00e9f\u00e9rence au marxisme, dont se gargarisent tant de journalistes, d&rsquo;\u00e9crivains, de professeurs et d&rsquo;orateurs. Il existe un marxisme des textes, et encore a-t-il vari\u00e9 de la jeunesse \u00e0 la vieillesse de Karl Marx, \u00e0 la suite de ses combats et r\u00e9flexions. Il existe aussi des marxismes innombrables de commentateurs, chacun expliquant et interpr\u00e9tant \u00e0 sa fa\u00e7on des textes choisis qu&rsquo;il monte en \u00e9pingle. Il existe une vulgate du marxisme, la version simplifi\u00e9e que les partis pr\u00e9sentent aux peuples : un marxisme vulgaire, par opposition au marxisme subtil. Raymond Aron d\u00e9crit avec pr\u00e9cision et rigueur, textes \u00e0 l&rsquo;appui, ces avatars du marxisme et du marxisme-l\u00e9ninisme qui, d&rsquo;un c\u00f4t\u00e9, ont mystifi\u00e9 l&rsquo;Europe lib\u00e9rale et, de l&rsquo;autre c\u00f4t\u00e9, transform\u00e9 l&rsquo;id\u00e9ologie en une id\u00e9ocratie. C&rsquo;est la premi\u00e8re partie du livre.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mystifi\u00e9e, l&rsquo;Europe lib\u00e9rale a perdu conscience de sa sup\u00e9riorit\u00e9 \u00e9conomique sur le monde dit marxiste, en tout ce qui regarde la productivit\u00e9, le management, le niveau de vie et les libert\u00e9s. L&rsquo;\u00e9tude compar\u00e9e des syst\u00e8mes, tels qu&rsquo;ils fonctionnent effectivement \u2014 chiffres \u00e0 l&rsquo;appui, est des plus instructives. C&rsquo;est la seconde partie du livre.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>La d\u00e9mocratie lib\u00e9rale porte-t-elle en elle-m\u00eame ses facteurs de destruction ?<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Enfin, mystifi\u00e9e et inconsciente, l&rsquo;Europe sera-t-elle victime d&rsquo;elle-m\u00eame ? Le principe m\u00eame de la d\u00e9mocratie lib\u00e9rale contient-il le germe de son autodestruction ? Comment a-t-il jou\u00e9 dans les principaux pays du March\u00e9 commun ? Quelle influence les Etats-Unis ont-ils exerc\u00e9e sur les origines de la crise actuelle ? Avec eux ou sans eux, parviendrait-on \u00e0 la surmonter ? Apr\u00e8s l&rsquo;\u00e9tude des id\u00e9ologies et des r\u00e9sultats \u00e9conomiques, Raymond Aron proc\u00e8de en cette troisi\u00e8me partie \u00e0 l&rsquo;analyse politique de la situation. Les nombreux facteurs de la crise ne sont d&rsquo;ailleurs pas \u00e0 s\u00e9parer les uns des autres : mat\u00e9riels et spirituels, ils se tiennent et produisent un effet cumulatif. La d\u00e9cadence de l&rsquo;Europe serait sans doute irr\u00e9m\u00e9diable si les pays europ\u00e9ens ne prenaient conscience des dimensions nouvelles du monde. Une contradiction, inh\u00e9rente aux d\u00e9mocraties lib\u00e9rales, risque toujours de les d\u00e9truire. Le pluralisme des partis qu&rsquo;elles autorisent, tol\u00e8re, en effet, l&rsquo;existence et l&rsquo;action de partis qui sont ennemis du pluralisme. Les partis rivalisent, avec des objectifs diff\u00e9rents, pour acc\u00e9der au pouvoir dans une libre comp\u00e9tition. Certains parmi eux, une fois arriv\u00e9s au pouvoir par \u00e9lection ou par violence, supprimeraient la comp\u00e9tition. Ils reprendraient le mot c\u00e9l\u00e8bre : \u00ab Je vous refuse au nom de mes principes la libert\u00e9 que vous m&rsquo;avez accord\u00e9e au nom des v\u00f4tres. \u00bb La formule inverse : \u00ab Pas de libert\u00e9 pour les ennemis de la libert\u00e9 \u00bb serait une contradiction du principe lib\u00e9ral.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">En cons\u00e9quence, ou la d\u00e9mocratie lib\u00e9rale contredit son principe, ou son principe la livre \u00e0 ses ennemis. Comment peut-elle se d\u00e9fendre tout en restant coh\u00e9rente avec elle-m\u00eame ? Il n&rsquo;y a pas de r\u00e9ponse simple \u00e0 une telle question, hormis l&rsquo;hypoth\u00e8se d&rsquo;un consensus de tous les partis sur une loi fondamentale de soci\u00e9t\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais, de la revendication partielle \u00e0 la concession, et de concession en concession, un r\u00e9gime lib\u00e9ral v\u00e9rifie bient\u00f4t ce que Raymond Aron appelle la \u00ab loi de Tocqueville \u00bb et qu&rsquo;il exprime de multiples mani\u00e8res : \u00ab Les r\u00e9volutions abattent les r\u00e9gimes qui s&rsquo;affaiblissent eux-m\u00eames par des r\u00e9formes. C&rsquo;est quand ils se \u00ab\u00a0lib\u00e9ralisent\u00a0\u00bb que les despotismes deviennent vuln\u00e9rables. Les derniers privil\u00e8ges indignent d&rsquo;autant plus que la plupart des autres ont \u00e9t\u00e9 supprim\u00e9s. Ceux qui aper\u00e7oivent le sommet sans pouvoir l&rsquo;atteindre sont port\u00e9s \u00e0 la r\u00e9volte, alors que les victimes du syst\u00e8me tol\u00e8rent le sort qu&rsquo;elles ne se jugent pas capables de changer.\u00a0\u00bb Ces diverses formules, qui vont dans le m\u00eame sens, s&rsquo;appliquent \u00e0 des situations diff\u00e9rentes qui peuvent toutes se pr\u00e9senter en France et dans d&rsquo;autres pays d&rsquo;Europe, dans les ann\u00e9es 1977-1980. Et, pourtant, un mouvement continu de r\u00e9formes s&rsquo;impose \u00e0 toute d\u00e9mocratie vivante.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Entre l&rsquo;autoritarisme et le lib\u00e9ralisme : un \u00e9quilibre d\u00e9licat<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">L&rsquo;homme \u00e9tant suppos\u00e9 \u00ab une machine \u00e0 d\u00e9sir \u00bb, il est certain qu&rsquo;aucune satisfaction ne peut \u00eatre totale, non plus qu&rsquo;aucune tol\u00e9rance. Il arrive un point o\u00f9 la soci\u00e9t\u00e9, sous peine de suicide, devient n\u00e9cessairement r\u00e9pressive. En d\u00e9mocratie lib\u00e9rale, on crie alors \u00e0 l&rsquo;atteinte aux libert\u00e9s. Si les autres r\u00e9gimes sont infiniment plus r\u00e9pressifs, on leur en fait moins grief, car ils gardent l&rsquo;avantage de la coh\u00e9rence. Aussi voit-on s&rsquo;\u00e9lever des vagues incessantes de d\u00e9nigrement, des temp\u00eates de protestation sous les r\u00e9gimes lib\u00e9raux \u00e0 la moindre marque d&rsquo;autorit\u00e9 ou de d\u00e9saccord, alors qu&rsquo;un silence pudique ou d&rsquo;indulgentes explications couvrent les plus despotiques contraintes d&rsquo;autres r\u00e9gimes.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">De m\u00eame, si l&rsquo;Etat d\u00e9mocratico-lib\u00e9ral exerce son autorit\u00e9, les partisans de l&rsquo;Etat non lib\u00e9ral crient \u00e0 la r\u00e9pression, \u00e0 l&rsquo;oppression, \u00e0 l&rsquo;ali\u00e9nation ; s&rsquo;il ne l&rsquo;exerce pas, ils la provoquent ; ils d\u00e9noncent \u00e0 la fois sa faiblesse et sa force, et forment des comit\u00e9s ou des groupes de pression dans tous les secteurs de la vie sociale pour le combattre, sous le pr\u00e9texte de la d\u00e9fense des droits et des libert\u00e9s.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Il y a une telle audace dans le renversement des perspectives que l&rsquo;Europe de l&rsquo;Ouest h\u00e9site \u00e0 prendre conscience de sa sup\u00e9riorit\u00e9 \u00e9conomique (productivit\u00e9), sociale (niveau de vie et libert\u00e9s individuelles, etc.), politique (pluralisme des partis, de la presse et des opinons) sur l&rsquo;Europe de l&rsquo;Est. Sur tous les points de comparaison, Raymond Aron apporte des pr\u00e9cisions frappantes. Il analyse avec subtilit\u00e9 \u2014 discutant Pareto, Weber et d&rsquo;autres sociologues \u2014 ce ph\u00e9nom\u00e8ne de d\u00e9mesure dans les jugements sur la r\u00e9pression. La d\u00e9fense des ali\u00e9n\u00e9s, des criminels, des d\u00e9voy\u00e9s sexuels contre les contraintes de l&rsquo;hospice, de la prison ou de tabous sociaux peut proc\u00e9der d&rsquo;un certain respect de la personne. Il peut aussi dissimuler une entreprise de subversion totale. Pareto aurait cit\u00e9 parmi les sympt\u00f4mes \u00ab annonciateurs de la chute de l&rsquo;ordre \u00e9tabli : la sympathie t\u00e9moign\u00e9e aux d\u00e9linquants plus qu&rsquo;aux victimes et aux juges, la r\u00e9duction du nombre et de la s\u00e9v\u00e9rit\u00e9 des sanctions, la mise en accusation de la soci\u00e9t\u00e9, coupable par d\u00e9finition, et non des criminels, en bref l&rsquo;\u00e9tat d&rsquo;esprit \u00bb, qu&rsquo;il aurait appel\u00e9 humanitarisme. Toute forme de soci\u00e9t\u00e9 pr\u00e9sente un certain caract\u00e8re oppressif, que l&rsquo;autorit\u00e9 se pr\u00e9tende traditionnelle, rationnelle ou charismatique. Mais en d\u00e9non\u00e7ant ce caract\u00e8re, on r\u00e9ussit \u00e0 le r\u00e9duire dans une soci\u00e9t\u00e9 lib\u00e9rale, tandis qu&rsquo;on l&rsquo;aggrave dans une soci\u00e9t\u00e9 de tendance totalitaire. Critiquant un livre pr\u00e9fac\u00e9 par Fran\u00e7ois Mitterrand, <em>Libert\u00e9, libert\u00e9s<\/em>, Raymond Aron conclut : \u00ab En Occident, ce qui cr\u00e9e le danger, c&rsquo;est moins la tentation totalitaire que la d\u00e9mesure des aspirations lib\u00e9\u00bb raies, l&rsquo;impatience des revendications \u00e9galitaires [&#8230;]. Les r\u00e9formes possibles n&rsquo;accompliront jamais toutes les aspirations lib\u00e9rales ; les activit\u00e9s productives et militaires restent soumises \u00e0 des contraintes sp\u00e9cifiques. \u00bb Dans la conqu\u00eate des libert\u00e9s, on arrive vite \u00e0 un degr\u00e9 de tension qui risque \u00ab de compromettre les libert\u00e9s sous pr\u00e9texte de les \u00e9largir \u00bb. L&rsquo;esprit de mesure commande \u00e0 toute vie sociale : un d\u00e9sir temp\u00e9r\u00e9 par la discipline, la libert\u00e9 avec le sens des responsabilit\u00e9s.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Le sinistrisme selon Raymond Aron<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Louis Pauwels a d\u00e9nonc\u00e9 nagu\u00e8re la \u00ab sinistrose \u00bb, ce travers mental qui consiste \u00e0 ne voir que le mauvais c\u00f4t\u00e9 des choses, le risque catastrophique port\u00e9 par les \u00e9v\u00e9nements. Raymond Aron d\u00e9crit, lui, une forme particuli\u00e8re de ce travers, \u00ab le sinistrisme \u00bb, qui condamne comme suspect, injuste et oppressif tout ce qui se passe \u00e0 droite et au centre, et qui d\u00e9borde d&rsquo;indulgente compr\u00e9hension envers le pire, s&rsquo;il se produit \u00e0 gauche. \u00ab L&rsquo;intellectuel, grand ou petit, savant ou plumitif, vitup\u00e8re sans retenue la cruaut\u00e9 d&rsquo;un despote de droite ; il \u00e9prouve un trouble de conscience \u00e0 \u00e9gratigner, f\u00fbt-ce avec des doigts de rose, un r\u00e9gime totalitaire qui se dit de gauche [&#8230;]. Application syst\u00e9matique du principe : deux poids, deux mesures. \u00bb Jean-Paul Sartre, entre cent autres, en donne un singulier exemple : \u00ab Il t\u00e9moigne d&rsquo;une indulgence extr\u00eame aux crimes commis au nom des \u00ab\u00a0bonnes id\u00e9es\u00a0\u00bb, il manifeste plus d&rsquo;une fois un manich\u00e9isme primitif ; la gauche trahit \u00e9ventuellement les justes causes, mais, hors de la gauche, pas de salut. \u00bb Il est vrai qu&rsquo;une \u00e9volution se dessine ces derni\u00e8res ann\u00e9es, ces derniers mois, en Europe, et notamment en France, vers un discernement plus critique des r\u00e9alit\u00e9s de la gauche. En fait, les Europ\u00e9ens n&rsquo;\u00e9prouvent pas, dans l&rsquo;ensemble, \u00ab la tentation totalitaire : ils gu\u00e9rissent lentement du sinistrisme bien que nombre d&rsquo;intellectuels, petits ou grands, ne renoncent ni \u00e0 leurs pr\u00e9jug\u00e9s ni \u00e0 la drogue (id\u00e9ologique). Mais il ne suffit pas de refuser la servitude, il faut encore percevoir les dangers et y faire face \u00bb. Le danger qui guette l&rsquo;Europe libre, en ce moment, est d&rsquo;adopter un syst\u00e8me de pens\u00e9e et un programme d&rsquo;action qui d\u00e9clarent satisfaire au double d\u00e9sir d&rsquo;\u00e9galit\u00e9 et de libert\u00e9, mais dont les applications pratiques engendrent de nouvelles injustices et multiplient les contraintes : l&rsquo;oppression au nom de la libert\u00e9 ; les privil\u00e8ges des bureaucrates au nom de l&rsquo;\u00e9galit\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">L&rsquo;Europe est un fragment d&rsquo;un monde occidental qui ne va pas sans tensions et conflits, mais o\u00f9 son esprit de cr\u00e9ativit\u00e9, sa facult\u00e9 d&rsquo;adaptation, son go\u00fbt de la libert\u00e9, son respect de la personne, peuvent jouer encore un r\u00f4le important, sinon d\u00e9terminant. Son abaissement ne doit pas la conduire \u00e0 une d\u00e9mission, soit entre les mains d&rsquo;un r\u00e9gime id\u00e9ocratique, aux id\u00e9es fausses, qui l&rsquo;ach\u00e8verait, soit au profit d&rsquo;un laisser-aller sans discipline et sans vision d&rsquo;avenir. \u00ab La civilisation de jouissance se condamne elle-m\u00eame \u00e0 la mort lorsqu&rsquo;elle se d\u00e9sint\u00e9resse de l&rsquo;avenir. \u00bb Il d\u00e9pend des Europ\u00e9ens que la crise demeure \u00ab un incident de parcours et ne devienne pas une \u00e9tape du d\u00e9clin \u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Un r\u00e9quisitoire\u00a0: \u00ab\u00a0<strong>POUR UN DIALOGUE DES CIVILISATIONS \u00bb de Roger Garaudy<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Apr\u00e8s le plaidoyer, le r\u00e9quisitoire. C&rsquo;est \u00e9galement le probl\u00e8me de l&rsquo;Europe, comprise avec les Etats-Unis d&rsquo;Am\u00e9rique sous le terme d&rsquo;Occident, qu&rsquo;aborde Roger Garaudy, dans son dernier livre <em>Pour un dialogue des civilisations<\/em> (Paris, Deno\u00ebl, 1977), avec ce calembour en sous-titre : L&rsquo;Occident est un accident. Bel exemple de sinistrisme, qui retient surtout l&rsquo;aspect n\u00e9faste et destructeur du r\u00f4le historique de l&rsquo;Occident, et ne consid\u00e8re que l&rsquo;aspect positif des autres civilisations. Je me sens d&rsquo;accord sur la n\u00e9cessit\u00e9 d&rsquo;un dialogue des civilisations. J&rsquo;ai aussi beaucoup voyag\u00e9 et, de toutes mes forces \u2014 beaucoup plus modestes que celles de Roger Garaudy \u2014, j&rsquo;ai toujours travaill\u00e9 \u00e0 instaurer et approfondir ce dialogue. Mais c&rsquo;est peut-\u00eatre une coquetterie de notre part de ne voir que la beaut\u00e9 chez les autres, que les laideurs chez nous. C&rsquo;est aussi fausser le dialogue, d\u00e9s\u00e9quilibrer ses fondements et manquer de confiance non seulement en soi, mais en ceux que l&rsquo;on veut honorer. Cette m\u00e9connaissance d&rsquo;une partie des r\u00e9alit\u00e9s n&rsquo;est pas une fa\u00e7on tr\u00e8s f\u00e9conde de pr\u00e9parer l&rsquo;avenir.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Bien s\u00fbr, \u00ab l&rsquo;Occident est un accident \u00bb, en ce sens qu&rsquo;il pouvait tr\u00e8s bien ne pas exister, et nous avons m\u00eame vu mettre son existence en doute. Mais qu&rsquo;il soit un accident au sens d&rsquo;un \u00e9v\u00e9nement f\u00e2cheux et n\u00e9faste, voil\u00e0 qui m\u00e9riterait quelques nuances, surtout si l&rsquo;on se propose d&rsquo;\u00ab inventer le futur \u00bb. L&rsquo;auteur n&rsquo;a qu&rsquo;une vue tr\u00e8s partielle, partisane, de l&rsquo;Occident quand il le d\u00e9finit par \u00ab cette mani\u00e8re [&#8230;] de consid\u00e9rer que l&rsquo;individu est le centre et la mesure de toute chose, de r\u00e9duire toute r\u00e9alit\u00e9 en concept, c&rsquo;est-\u00e0-dire d&rsquo;\u00e9riger en valeurs supr\u00eames la science et les techniques comme moyens de manipuler les choses et les hommes, [qui] est une exception minuscule dans l&rsquo;\u00e9pop\u00e9e humaine de trois millions d&rsquo;ann\u00e9es \u00bb. On pourrait au contraire consid\u00e9rer le respect de l&rsquo;individu, le sens de la personne humaine, comme un progr\u00e8s de la conscience au cours d&rsquo;une longue \u00e9volution, progr\u00e8s toujours susceptible d&rsquo;\u00eatre perverti. Pourquoi n&rsquo;en signaler que la perversion ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Nous sommes bien d&rsquo;accord (\u00e0 condition de ne pas rejeter dans un m\u00e9pris global toutes les autres valeurs d&rsquo;Occident) sur cette id\u00e9e que \u00ab la cr\u00e9ation d&rsquo;un avenir v\u00e9ritable exige que soient retrouv\u00e9es toutes les dimensions de l&rsquo;homme d\u00e9velopp\u00e9es dans les civilisations et les cultures non occidentales \u00bb. Le projet plan\u00e9taire, le \u00ab projet esp\u00e9rance \u00bb, qui r\u00e9sulterait de cette synth\u00e8se des valeurs, se caract\u00e9riserait par \u00ab une perspective communautaire, associative \u00bb, \u00e0 la place de la perspective individualiste ; par \u00ab une d\u00e9mocratie participative \u00bb, fond\u00e9e sur les initiatives de la base, \u00e0 la place de la d\u00e9mocratie repr\u00e9sentative o\u00f9 le pouvoir du peuple est ali\u00e9n\u00e9 au profit d&rsquo;une techno-bureaucratie ; par \u00ab un engagement personnel et int\u00e9rieur de chacun \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard du tout \u00bb, qui suppose \u00ab une r\u00e9flexion sur les fins \u00bb, \u00e0 la place des moyens et techniques du pouvoir impos\u00e9s de l&rsquo;ext\u00e9rieur par les institutions. Bref, une conversion. L&rsquo;auteur se d\u00e9fend de proposer une utopie. Il tire la le\u00e7on de ses voyages \u00e0 travers le monde, de ses contacts et de ses entretiens avec les hommes et les groupes les plus divers. Pour lui, \u00ab il s&rsquo;agit de d\u00e9finir le d\u00e9nominateur commun de leurs aspirations, d&rsquo;ouvrir l&rsquo;horizon de nouveaux possibles \u00bb. Partout, en chaque culture, en chaque homme, il a \u00ab cru d\u00e9couvrir [&#8230;] l&#8217;empreinte divine \u00bb. Et son livre veut en \u00eatre le t\u00e9moignage.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">L&rsquo;Occident n&rsquo;existerait selon Garaudy que par ses emprunts \u00e0 l&rsquo;Asie et \u00e0 l&rsquo;Afrique. Mais il aurait corrompu tout ce qu&rsquo;il empruntait. Son orientation vers \u00ab la domination de la nature et des hommes \u00bb, cette \u00ab volont\u00e9 de puissance et de domination \u00bb trouvent toutes leurs composantes dans l&rsquo;\u00e9pop\u00e9e de Gilgamesh, quatre mille ans avant la d\u00e9couverte de l&rsquo;Am\u00e9rique par Christophe Colomb. L&rsquo;Asie Mineure, l&rsquo;Egypte, la Cr\u00e8te ont form\u00e9 les philosophes grecs : mais ils ont engendr\u00e9 le conceptualisme et l&rsquo;individualisme. Notre Occident a rejet\u00e9 l&rsquo;union avec la nature, que symbolise le mythe d&rsquo;Osiris, et ce sens de la mort et du sacr\u00e9 qui \u00e9clate dans l&rsquo;art \u00e9gyptien. Avec les autres peuples, il ne recherchera plus que la relation d&rsquo;un imp\u00e9rialisme expansionniste. Le christianisme occidental, n\u00e9 en Orient, a \u00e9t\u00e9 perverti par la pens\u00e9e grecque, dualiste et id\u00e9aliste, et par l&rsquo;organisation romaine, l\u00e9galiste et oppressive. Le rapport de l&rsquo;homme occidental est le m\u00eame avec les hommes qu&rsquo;avec la nature, c&rsquo;est un rapport de \u00ab conqu\u00e9rant \u00e0 domin\u00e9. \u00bb Puissance et profit.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>La sup\u00e9riorit\u00e9 europ\u00e9enne selon Roger Garaudy<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Trois postulats commandent la civilisation occidentale (et le marxisme y demeure assujetti) : la primaut\u00e9 de l&rsquo;action et du travail, comme valeurs fondamentales ; la primaut\u00e9 de la raison (surtout scientifique et technologique) ; la primaut\u00e9 du \u00ab mauvais infini \u00bb, l&rsquo;infini purement quantitatif. Ces postulats ont d\u00e9termin\u00e9 deux effets contraires et corr\u00e9latifs : le d\u00e9veloppement en Occident, le sous-d\u00e9veloppement dans les autres continents. L&rsquo;un et l&rsquo;autre sont un produit de l&rsquo;exploitation. \u00ab La sup\u00e9riorit\u00e9 europ\u00e9enne ne tient pas \u00e0 une sup\u00e9riorit\u00e9 de culture, mais \u00e0 l&rsquo;avantage qu&rsquo;elle d\u00e9tenait dans deux secteurs : la marine et les armes. \u00bb En voici l&rsquo;une des illustrations : \u00ab Les bronzes du B\u00e9nin \u00e9taient plus beaux, mais moins efficaces que les canons de bronze des Portugais ! \u00bb On croirait entendre un \u00e9cho de Bossuet, quand Garaudy nous dit : \u00ab Les grandes fortunes des firmes capitalistes sont n\u00e9es ainsi dans la boue et le sang. \u00bb Bref, un proc\u00e8s en r\u00e8gle, bien document\u00e9, des points de vue \u00e9conomique, politique, humanitaire, culturel, de l&rsquo;action de l&rsquo;Occident, et notamment de l&rsquo;Europe, dans toutes les parties du monde.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">L&rsquo;auteur nous prom\u00e8ne \u00e0 travers le monde, faisant part au lecteur de toutes ses d\u00e9couvertes des Antilles en Oc\u00e9anie, du Dahomey au Japon, etc. Il y a partout, pour l&rsquo;Occidental, des dimensions \u00e0 retrouver. \u00ab Un v\u00e9ritable dialogue des civilisations n&rsquo;est possible que si je consid\u00e8re l&rsquo;autre homme et l&rsquo;autre culture comme une partie de moi-m\u00eame qui m&rsquo;habite et me r\u00e9v\u00e8le ce qui me manque. \u00bb Ce dialogue comporte un syst\u00e8me nouveau d&rsquo;\u00e9ducation qui accorde une place \u00ab au moins aussi importante \u00bb dans les \u00e9tudes aux civilisations non occidentales qu&rsquo;\u00e0 la culture de l&rsquo;Occident, \u00e0 l&rsquo;esth\u00e9tique qu&rsquo;\u00e0 la science et aux techniques, \u00e0 la r\u00e9flexion sur les fins qu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;histoire.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Le projet plan\u00e9taire qui na\u00eet de ce vaste parcours conduit d&rsquo;abord \u00e0 se d\u00e9tacher du sentiment de la fatalit\u00e9 : rien n&rsquo;\u00e9tait fatal dans le pass\u00e9, rien n&rsquo;est fatal pour l&rsquo;avenir. L&rsquo;histoire humaine n&rsquo;est pas le champ de la n\u00e9cessit\u00e9. Un grand projet \u00ab n&rsquo;est jamais le simple reflet d&rsquo;une r\u00e9alit\u00e9, mais le mod\u00e8le ou le projet d&rsquo;un monde \u00e0 transformer ou \u00e0 cr\u00e9er, d&rsquo;un ordre qui n&rsquo;existe pas encore, une anticipation du futur \u00bb. Des exp\u00e9riences sont d\u00e9j\u00e0 tent\u00e9es \u2014 au jugement de Roger Garaudy qui les analyse bri\u00e8vement \u2014 de cette synth\u00e8se novatrice : le socialisme communautaire de l&rsquo;Ujamaa en Tanzanie ; le socialisme islamique d\u00e9fini par la Charte d&rsquo;Alger en 1976 ; le Satyagraha (attachement \u00e0 la v\u00e9rit\u00e9) de Gandhi, qui unit le sens de l&rsquo;autonomie et celui de la responsabilit\u00e9 personnelle au service de la soci\u00e9t\u00e9 ; en Am\u00e9rique latine, la p\u00e9dagogie de la \u00ab conscientisation \u00bb de Paolo Freire et la th\u00e9ologie de la lib\u00e9ration du p\u00e8re Guttierez ; en Chine, \u00ab le Tao de la science \u00bb du physicien R.G.H. Sin, sur l&rsquo;unit\u00e9 de l&rsquo;homme et de la nature, qui est bris\u00e9e par la pens\u00e9e occidentale lorsqu&rsquo;elle pr\u00e9tend asservir l&rsquo;une \u00e0 l&rsquo;autre ; et enfin la r\u00e9volution culturelle chinoise si mal comprise par l&rsquo;Occident. Il reste \u00e0 cet Occident \u00e0 \u00e9quilibrer une conception rationaliste et dominatrice par une exp\u00e9rience v\u00e9cue, de nature po\u00e9tique et mystique. C&rsquo;est un fait que les po\u00e8tes et les mystiques se sont tous \u00e9lev\u00e9s contre la civilisation de leur milieu. Il faut r\u00e9concilier Apollon et Dionysos, Ath\u00e9na et Aphrodite. Une \u00ab nouvelle alliance est \u00e0 conclure, o\u00f9 le christianisme jouerait le r\u00f4le d&rsquo;un levain, la foi \u00e9tant v\u00e9cue \u00ab plus profond\u00e9ment \u00bb dans le mouvement que dans l&rsquo;ordre, la Parole jouant son vrai r\u00f4le \u00ab qui est d&rsquo;interroger et d&rsquo;\u00e9clairer, et non pas de soumettre et de diriger \u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Il existe une autre alternative<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Un souffle religieux soul\u00e8ve finalement ces pages, toutes nourries d&rsquo;observations politiques et culturelles. C&rsquo;est ce qui manque \u00e0 tant de livres sur l&rsquo;Europe qui ne nous offrent aucune \u00ab vision du monde \u00bb. Il pr\u00e9sente une autre alternative que celle du capitalisme et du marxisme, un v\u00e9ritable d\u00e9passement qui pourrait, \u00e0 ses yeux, rem\u00e9dier \u00e0 l&rsquo;\u00ab abaissement \u00bb de l&rsquo;Europe : \u00ab Dans le capitalisme, Dieu est devenu l&rsquo;argent, le veau d&rsquo;or ; dans le socialisme, le mat\u00e9rialisme dialectique est devenu une sorte de religion avec un dogme intangible, le parti devenant l&rsquo;ersatz de Dieu dans une sorte de th\u00e9ologie la\u00efcis\u00e9e, la pire des th\u00e9ologies. \u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Hormis la partialit\u00e9 de certains expos\u00e9s, j&rsquo;adopterais bien volontiers en conclusion ces mots de Roger Garaudy : \u00ab Vers l&rsquo;invention du futur [&#8230;], on ne peut r\u00e9duire le projet spirituel de l&rsquo;humanit\u00e9 au projet occidental de la science pour la science, de la technique pour la technique, comme si le fonctionnement de la machine \u00e9tait le but [&#8230;]. Nous avons beaucoup \u00e0 apprendre de la sagesse orientale. En retour, il se peut que les habitants d&rsquo;Afrique, d&rsquo;Asie et d&rsquo;Am\u00e9rique latine int\u00e8grent certains aspects positifs de notre science et de notre technique. Un \u00e9change permettant un v\u00e9ritable dialogue des civilisations n&rsquo;a rien d&rsquo;impossible. Mais un dialogue suppose que chacun soit convaincu qu&rsquo;il a quelque chose \u00e0 apprendre de l&rsquo;autre. \u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">En d\u00e9pit de leurs diff\u00e9rences, constat, plaidoyer, r\u00e9quisitoire, ces trois livres importants convergent vers une m\u00eame invitation \u00e0 l&rsquo;adresse des Europ\u00e9ens du monde occidental et des Am\u00e9ricains. Ils ne doivent pas limiter leurs ambitions aux probl\u00e8mes \u00e9conomiques, sociaux, politiques et militaires. Les raisonnements et les comp\u00e9titions \u00e0 ce niveau ne suffiront pas \u00e0 modifier les convictions oppos\u00e9es, \u00e0 surmonter les scepticismes, et se traduiront toujours par des rapports de force. Il faut une vision du monde o\u00f9 tout l&rsquo;humain soit concern\u00e9, et tous les hommes, dans une pacifique, solidaire et g\u00e9n\u00e9reuse \u00e9mulation. \u00ab Un peuple sans vision est un peuple sans avenir \u00bb, disent les Proverbes. Quelle vision du monde, large, profonde, int\u00e9grale, unit-elle les pays d&rsquo;Europe, pour leur permettre d&rsquo;exister, d&rsquo;\u00e9chapper \u00e0 la d\u00e9cadence et d&rsquo;entrer dans le dialogue des civilisations ? Ces trois livres contribueront \u00e0 r\u00e9unir les composantes d&rsquo;une telle vision.<\/p>\n<p style=\"text-align: right;\">Jean Chevalier<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>On se demande aujourd&rsquo;hui si l&rsquo;Europe a jamais exist\u00e9 ou si, pr\u00e9sum\u00e9e existante, elle pourrait subsister. Son caract\u00e8re sp\u00e9cifique est remis en question. Alors, que veut-on dire quand on parle de l&rsquo;Europe ? Quel type d&rsquo;unit\u00e9 est affubl\u00e9 de ce nom? Sur quoi se fonde-t-elle ? Mythe ou r\u00e9alit\u00e9, ou les deux \u00e0 la fois, oscillant entre des p\u00e9riodes d&rsquo;essor et de d\u00e9cadence ?<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[537],"tags":[861],"class_list":["post-6167","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-chevalier-jean","tag-europe"],"yoast_head":"<!-- This site is optimized with the Yoast SEO plugin v27.0 - https:\/\/yoast.com\/product\/yoast-seo-wordpress\/ -->\n<title>L&#039;Europe a-t-elle une \u00e2me ? par Jean Chevalier - 3e mill\u00e9naire - Spiritualit\u00e9 - Connaissance de soi - Non-dualit\u00e9 - M\u00e9ditation<\/title>\n<meta name=\"robots\" content=\"index, follow, max-snippet:-1, max-image-preview:large, max-video-preview:-1\" \/>\n<link rel=\"canonical\" href=\"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/leurope-a-t-elle-une-ame-par-jean-chevalier\/\" \/>\n<meta property=\"og:locale\" content=\"fr_FR\" \/>\n<meta property=\"og:type\" content=\"article\" \/>\n<meta property=\"og:title\" content=\"L&#039;Europe a-t-elle une \u00e2me ? par Jean Chevalier - 3e mill\u00e9naire - Spiritualit\u00e9 - Connaissance de soi - Non-dualit\u00e9 - M\u00e9ditation\" \/>\n<meta property=\"og:description\" content=\"On se demande aujourd&#039;hui si l&#039;Europe a jamais exist\u00e9 ou si, pr\u00e9sum\u00e9e existante, elle pourrait subsister. 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