{"id":6174,"date":"2010-12-24T16:36:11","date_gmt":"2010-12-24T15:36:11","guid":{"rendered":"http:\/\/pro.ovh.net\/~emillena\/blog\/?p=6174"},"modified":"2011-09-20T03:19:44","modified_gmt":"2011-09-20T02:19:44","slug":"dechiffrer-les-nouveaux-philosophes-par-jean-chevalier","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/dechiffrer-les-nouveaux-philosophes-par-jean-chevalier\/","title":{"rendered":"D\u00e9chiffrer les nouveaux philosophes par Jean Chevalier"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\">(Revue Question De. No 21. Novembre-D\u00e9cembre 1977)<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Un mouvement de pens\u00e9e, qui se dessine depuis la r\u00e9volte estudiantine de mai 1968, a fait une \u00e9clatante sortie en librairie, sur les ondes et les petits \u00e9crans, au printemps de 1977, sous le nom aussit\u00f4t contest\u00e9 de \u00ab nouveaux philosophes\u00a0\u00bb. Il se situe, pour simplifier, au carrefour bruyant et agit\u00e9 o\u00f9 se croisent les influences d&rsquo;Althusser, de Lacan, de Foucault, de Deleuze, d\u00e9riv\u00e9es elles-m\u00eames de Marx, de Freud, de Nietzsche, de De Saussure. Et l&rsquo;on remonte \u00e0 Schopenhauer, Hegel, Fichte, Kant, Descartes, Thomas d&rsquo;Aquin, Platon, bref ! on escalade hardiment l&rsquo;arbre g\u00e9n\u00e9alogique de la philosophie. A ces savantes connaissances, les \u00ab nouveaux philosophes \u00bb ont ajout\u00e9 l&rsquo;exp\u00e9rience de l&rsquo;engagement politique : ils ont milit\u00e9 pour la plupart \u00e0 l&rsquo;extr\u00eame gauche. Aussi le ph\u00e9nom\u00e8ne social, le conflit majeur du pouvoir et de la libert\u00e9 sont-ils au centre de leur r\u00e9flexion. Il est impossible en un article d&rsquo;analyser cette bouillonnante litt\u00e9rature, cet \u00e9clatement des id\u00e9ologies. On essaiera seulement de d\u00e9gager les th\u00e8mes principaux de quelques ouvrages, choisis parmi les plus caract\u00e9ristiques.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>1<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>HAINE DE LA PENS\u00c9E<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>de Jean-Paul Doll\u00e9<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Jean-Paul Doll\u00e9 est sans doute le plus \u00e9sot\u00e9rique parmi ces jeunes philosophes qui cultivent l&rsquo;herm\u00e9tisme avec ferveur. Il pratique l&rsquo;art de produire un discours opaque avec des mots limpides, un discours cat\u00e9gorique et hach\u00e9 de questions. Les citations y abondent, sans r\u00e9f\u00e9rences pr\u00e9cises, de philosophes, de po\u00e8tes, d&rsquo;historiens, d&rsquo;analystes. Il interpelle et tutoie le lecteur dans <em>Haine de la pens\u00e9e<\/em> (Paris. \u00e9d. Hallier, 1976). Il l&rsquo;entra\u00eene dans une recherche angoiss\u00e9e, celle d&rsquo;une pens\u00e9e qui \u00ab fasse croire qu&rsquo;il y a un autre lieu que celui du rapport des forces \u00bb. Mais cette pens\u00e9e ne serait plus qu&rsquo;une fiction, \u00ab au m\u00eame titre que la fiction romanesque \u00bb. Qu&rsquo;est-ce alors que la philosophie ? \u00ab &#8230; c&rsquo;est le roman de la bonne fiction qui consiste \u00e0 ce que l&rsquo;on aime mieux croire \u00e0 ce qui peut transfigurer plut\u00f4t qu&rsquo;\u00e0 autre chose, tout en sachant tr\u00e8s bien que c&rsquo;est une fiction \u00bb. Ce scepticisme d\u00e9sabus\u00e9 signe l&rsquo;acte de d\u00e9c\u00e8s d&rsquo;une culture, et par l\u00e0 d&rsquo;une soci\u00e9t\u00e9. Toutes les valeurs de cette culture sont d\u00e9clar\u00e9es mortes : religion, philosophie, \u00e9conomie, science, art. Car on a d\u00e9couvert que leur origine et leur aboutissement ne sont qu&rsquo;oppression et violence. Le r\u00e9el que leur histoire fait appara\u00eetre n&rsquo;est que le fruit d&rsquo;une volont\u00e9 de puissance, dissimul\u00e9e sous les masques de la pens\u00e9e. La pens\u00e9e qui pr\u00e9tend exprimer ces valeurs ne m\u00e9rite que haine, n&rsquo;est elle-m\u00eame qu&rsquo;une haine hypocrite, jusque sous les dits de l&rsquo;amour. Le capitalisme est li\u00e9 \u00e0 un savoir scientifique, \u00e0 une rationalit\u00e9, \u00e0 un type de gestion qui le vouent \u00e0 un comportement colonialiste et imp\u00e9rialiste : il r\u00e9alise la m\u00e9taphysique. L&rsquo;essence du pouvoir consiste en une manipulation de la pens\u00e9e. A partir du moment o\u00f9 Marx pr\u00e9sente comme un syst\u00e8me scientifique son mat\u00e9rialisme dialectique et historique, avec sa th\u00e9orie de la lutte des classes, il abandonne le principe de l&rsquo;automouvement et ne pense plus qu&rsquo;en termes de rapports de forces. Il est d\u00e8s lors condamn\u00e9 \u00e0 suivre la m\u00eame voie que le capitalisme : opprimer, au nom de cette science qui ne voit de v\u00e9rit\u00e9 que dans la r\u00e9duction \u00e0 l&rsquo;un. \u00ab\u00a0Le marxisme est la v\u00e9rit\u00e9 de l&rsquo;h\u00e9g\u00e9lianisme. \u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Le sceptique aboutit \u00e0 une \u00e9thique pragmatiste : \u00ab Ce que je demande&#8230; c&rsquo;est simplement&#8230; une pens\u00e9e fiction b\u00e9n\u00e9fique qui serve \u00e0 refouler ce que l&rsquo;on conna\u00eet trop bien \u00eatre l&rsquo;essence du r\u00e9el, \u00e0 savoir son vouloir vivre, sa volont\u00e9 de puissance et son meurtre. \u00bb On retrouve ici les termes du langage lacanien : la pens\u00e9e fiction refoule, sublime, transfigure \u00ab le jeu des forces dont on sait bien qu&rsquo;elles ne peuvent engendrer que le vouloir vivre de ces forces, c&rsquo;est-\u00e0-dire le rapport de forces \u00bb. Cette pens\u00e9e m\u00e9rite-t-elle son nom, qui n&rsquo;est que \u00ab l&rsquo;espoir insens\u00e9 de libert\u00e9 impossible \u00bb ? L&rsquo;art, du moins, tant qu&rsquo;il demeure une \u00ab finalit\u00e9 sans fin \u00bb, \u00e9chappe \u00e0 cette condamnation universelle et seul un Shakespeare pourrait parler de la sc\u00e9l\u00e9ratesse, sans compromis ni perversion.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>2<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>MARX EST MORT<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>3<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>PAVANE POUR UNE EUROPE D\u00c9FUNTE<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>de Jean-Marie Benoist<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Jean-Marie Benoist se distingue de la plupart des \u00ab nouveaux philosophes \u00bb par son style, d&rsquo;une \u00e9tincelante clart\u00e9, et par son exp\u00e9rience politique : il ne craint pas de se r\u00e9f\u00e9rer, non seulement \u00e0 des philosophes et \u00e0 des po\u00e8tes, mais aussi \u00e0 de Gaulle \u00ab contestataire des totalitarismes \u00bb ; il n&rsquo;a \u00e9t\u00e9 ni marxiste, ni trotskiste, ni mao\u00efste ; il a m\u00eame publi\u00e9 en 1970 un proph\u00e9tique <em>Marx est mort<\/em> (Paris, Gallimard, 1970). Il s&rsquo;en rapproche, cependant, en ce qu&rsquo;il concentre sa r\u00e9flexion philosophique, comme eux, sur les ph\u00e9nom\u00e8nes politiques et sur les implications politiques des syst\u00e8mes de pens\u00e9e : il critique aussi bien le capitalisme et ses avatars que la scolastique marxiste, les Etats-Unis que l&rsquo;U.R.S.S. ; \u00ab les pi\u00e8ges totalitaires&#8230; les formes unidimensionnelles du pouvoir, la mobilisation automatique en faveur d&rsquo;un mot d&rsquo;ordre (lui) inspirent toujours une grande d\u00e9fiance \u00bb, et il s&#8217;emploie \u00e0 les d\u00e9busquer ; enfin, chez lui aussi, la philosophie s&rsquo;ouvre \u00e0 l&rsquo;irruption du symbole, de l&rsquo;\u00e9quivoque, de la f\u00eate, du d\u00e9sir, de la jouissance, dont elle \u00e9tudie les rapports avec l&rsquo;\u00eatre. Pour lui, comme pour eux, \u00ab les syst\u00e8mes d&rsquo;explication du monde \u00e0 pr\u00e9tention scientifique ne font que des dupes et il \u00e9prouve la m\u00eame volont\u00e9 de \u00ab lutte contre les mod\u00e8les unidimensionnels \u00bb [<em>G\u00e9n\u00e9ration perdue<\/em>, entretiens avec Jacques Paugam, Paris, Laffont, 1977, p. 67-68. J.-M. Benoist d\u00e9clare ici pr\u00e9f\u00e9rer l&rsquo;expression \u00ab g\u00e9n\u00e9ration retrouv\u00e9e et renaissante \u00bb \u00e0 celle de \u00ab g\u00e9n\u00e9ration perdue \u00bb]. Il en d\u00e9c\u00e8le les racines chez Platon, Leibniz, Kant, Hegel. Tout en reconnaissant leur r\u00f4le historique, il entend garder \u00ab une lucidit\u00e9 frondeuse&#8230; (en face de) la croyance syst\u00e9matique \u00e0 une cause, avec ce que cette croyance repr\u00e9sente d&rsquo;aveuglement, et finalement de servitude volontaire \u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">C&rsquo;est dans cet esprit qu&rsquo;il aborde les probl\u00e8mes de l&rsquo;Europe \u2014 qu&rsquo;il conna\u00eet aussi en diplomate familier des conventions et des conf\u00e9rences internationales \u2014 dans son dernier livre, <em>Pavane pour une Europe d\u00e9funte<\/em> (Paris, \u00e9d. Hallier, 1976). L&rsquo;Europe est aujourd&rsquo;hui victime du mat\u00e9rialisme primaire, qui a pr\u00e9sid\u00e9 \u00e0 la naissance des Communaut\u00e9s. Il n&rsquo;a consid\u00e9r\u00e9 qu&rsquo;une dimension de l&rsquo;\u00eatre europ\u00e9en, celle des chiffres et de l&rsquo;\u00e9conomie, au m\u00e9pris des diff\u00e9rences qualitatives, culturelles, historiques, affectives. Sur les ruines d&rsquo;un continent qui \u00e9tait de la plus riche diversit\u00e9, on construit une Europe juridique, r\u00e9glement\u00e9e, technocratique, conforme \u00e0 un mod\u00e8le \u00e9tranger. Cette m\u00e9saventure politique illustre le conflit philosophique de l&rsquo;un et du multiple, de Parm\u00e9nide et d&rsquo;H\u00e9raclite. Une communaut\u00e9 inventive, mouvante dans son identit\u00e9, n&rsquo;a pas su reconna\u00eetre et d\u00e9fendre son unit\u00e9 profonde ; elle passe sous la coupe imp\u00e9rialiste de deux superpuissances et devient, \u00e0 l&rsquo;Ouest, un melting-pot am\u00e9ricanis\u00e9, \u00e0 l&rsquo;Est, une m\u00e9canique sovi\u00e9tis\u00e9e, les deux parties \u00e9tant domin\u00e9es par un m\u00eame rationalisme technocratique. \u00ab Images en miroir l&rsquo;un de l&rsquo;autre, ces deux imp\u00e9rialismes, par-del\u00e0 leur diff\u00e9rence, ont une approche d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment quantitative de tous les probl\u00e8mes, de l&rsquo;\u00e9conomique au militaire, et s&rsquo;\u00e9tendent assez pour laminer les \u00e9l\u00e9ments qualitatifs et diff\u00e9rentiels dont les autres continents et les autres cultures sont porteurs&#8230;, ils se traduisent par un d\u00e9sir d&rsquo;uniformisation et d&rsquo;int\u00e9gration de type parano\u00efaque&#8230; \u00bb (p. 85).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Le mal de l&rsquo;Europe, aujourd&rsquo;hui, c&rsquo;est son vide intellectuel, proche du n\u00e9ant, son \u00ab retard d&rsquo;une dialectique \u00bb. Mais, hors des cadres et des pouvoirs \u00e9tablis, une nouvelle dialectique s&rsquo;invente, le retard se comble. Analysant les facteurs profonds, les soubassements philosophiques d&rsquo;une d\u00e9cadence et d&rsquo;une d\u00e9mission, J.-M. Benoist exalte \u00ab le courage d&rsquo;\u00eatre autre \u00bb. Cette alt\u00e9rit\u00e9 de l&rsquo;Europe se d\u00e9gagera des tenailles qui l&rsquo;enserrent : \u00ab Capitalisme et communisme, deux pens\u00e9es amn\u00e9siques, deux syst\u00e8mes de parvenus du logos, r\u00e9cup\u00e9rateurs et unidimensionnels, li\u00e9s \u00e9ternellement ensemble par une complicit\u00e9 servile, celle de l&rsquo;accumulation, de la r\u00e9serve, de la pr\u00e9tendue positivit\u00e9 du r\u00e9el, oublieuse du don sacrificiel, de la d\u00e9pense, des valeurs du luxe, du baroque et de la perte improductive. Entre ces deux meules qui laminent l&rsquo;Europe, la porte \u00e9troite est celle d&rsquo;un lib\u00e9ralisme politique qui soit radicalisme de la mobilit\u00e9, de la pluralit\u00e9 et du symbolique, comme faisant front contre l&rsquo;utilitaire, l&rsquo;ordonn\u00e9, le grand silence des steppes et des supermarch\u00e9s \u00bb (p. 144).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>4<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>L&rsquo;ANGE<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>de G. Lardreau et C. Jambet<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>L&rsquo;Ange<\/em> (Paris, Grasset, 1977, \u00e9crit en majeure partie en 1974-1975, esquisse d&rsquo;une ontologie de la r\u00e9volution qui comportera trois volumes) est le terme choisi pour d\u00e9signer l&rsquo;option des auteurs entre deux d\u00e9sirs, deux mondes, deux voies, deux r\u00e9volutions. On peut, non pas le d\u00e9finir, mais l&rsquo;\u00e9voquer, et seulement par des m\u00e9taphores n\u00e9gatives, comme Dieu dans la th\u00e9ologie apophatique. Il n&rsquo;est pas le d\u00e9sir sexuel, le plaisir, la jouissance, ni m\u00eame la b\u00e9atitude. Il exprimerait un d\u00e9sir ind\u00e9fini, ind\u00e9finissable d&rsquo;autre chose, d&rsquo;un ailleurs, d&rsquo;un tout autre&#8230; Il n&rsquo;est pas de ce monde du semblant, il appartient \u00e0 l&rsquo;histoire du rebelle, non \u00e0 celle du ma\u00eetre. Il y a pure discontinuit\u00e9 entre sa pr\u00e9sence et toute pr\u00e9sence connue en ce monde de corruption et de domination. \u00ab L&rsquo;Ange est une illusion n\u00e9cessaire, pour d\u00e9signer \u00e0 ceux qui parlent les conditions de possibilit\u00e9 de la r\u00e9volte. \u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">On croirait lire un trait\u00e9 asc\u00e9tique sur le m\u00e9pris du monde, de contemptu mundi. \u00ab Nous bafouillons, dit l&rsquo;auteur, &#8230; \u00e0 quoi bon ce fatras philosophique, avoir pens\u00e9 et cherch\u00e9&#8230; Pari insens\u00e9 : l&rsquo;Ange, que nous annon\u00e7ons \u00e0 notre tour, a toujours \u00e9t\u00e9 vaincu \u2014 il finira par triompher d&rsquo;une r\u00e9volution inou\u00efe. \u00bb Mais sans lui, sans l&rsquo;Ange, le monde serait encore pire et rien ne prouve qu&rsquo;il n&rsquo;y aura jamais rien d&rsquo;autre que cette servitude.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Cette r\u00e9volution inou\u00efe, sur laquelle on parie, ne saurait \u00eatre id\u00e9ologique. La r\u00e9volution id\u00e9ologique n&rsquo;est qu&rsquo;une inversion de valeurs, d\u00e9terminant le passage d&rsquo;un mode de production \u00e0 un autre. Elle ne change pas la condition humaine, domin\u00e9e par le rapport ma\u00eetre-esclave. La collectivit\u00e9 est l&rsquo;asservie-asservissante ; elle est aussi oppressive et dominatrice, sinon plus, que le ma\u00eetre individuel, tant par son action directe que par ses d\u00e9l\u00e9gations de pouvoir \u00e0 des individus-ma\u00eetres. La r\u00e9volution culturelle est d&rsquo;un autre ordre : elle vise \u00e0 l&rsquo;\u00e9radication de toute position dominante. Elle est sans commune mesure avec les r\u00e9volutions id\u00e9ologiques de l&rsquo;histoire, et m\u00eame avec la r\u00e9volution culturelle avort\u00e9e de Chine. Elle proc\u00e8de d&rsquo;une vie int\u00e9rieure transfigur\u00e9e. \u00ab C&rsquo;est bien en derni\u00e8re instance en chaque \u00e2me que la lutte entre les deux mondes trouve son issue : chaque \u00e2me se d\u00e9chire en deux, qui combattent l&rsquo;une contre l&rsquo;autre&#8230; ; chaque \u00e2me, qui tend de toutes ses forces vers l&rsquo;autre monde de lumi\u00e8re, a, soud\u00e9 \u00e0 elle, comme son ennemi, son d\u00e9mon propre, l&rsquo;antimimon pneurna (<em>Terme emprunt\u00e9 sans autre explication par Guy Lardreau \u00e0 la Pistis Sophia, c\u00e9l\u00e8bre texte gnostique du II<sup>e<\/sup> si\u00e8cle ; il signifie litt\u00e9ralement : \u00ab l&rsquo;esprit qui contrefait \u00bb, ou \u00ab le contre-mime \u00bb, \u00ab\u00a0l&rsquo;illusionniste <\/em>\u00bb), qui l&rsquo;aiguillonne \u00e0 commettre toutes les iniquit\u00e9s par quoi les archontes de ce monde s&rsquo;assurent de leur pouvoir sur elle \u00bb (p. 88) . Le mal est en nous, comme il est hors de nous.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Le r\u00f4le du philosophe est d&rsquo;inciter l&rsquo;individu \u00e0 se d\u00e9fendre contre les pouvoirs, \u00e0 se dresser rebelle contre le ma\u00eetre, \u00e0 opposer un refus \u00e0 toute volont\u00e9 de puissance, \u00e0 pr\u00e9munir l&rsquo;esclave contre l&rsquo;entra\u00eenement \u00e0 devenir ma\u00eetre \u00e0 son tour. Il figure le combat de l&rsquo;Ange contre l&rsquo;Illusion. Parlant de l&rsquo;aventure de Mao et de Lin Piao, Guy Lardreau n&rsquo;h\u00e9site pas \u00e0 dire : \u00ab La haine de la Pens\u00e9e est r\u00e9actionnaire \u00e0 cent pour cent, si elle ne s&rsquo;assortit pas de la haine du Prol\u00e9taire. \u00bb L&rsquo;illusion politique, entretenue par la gauche r\u00e9volutionnaire autant que par la droite conservatrice, est de multiplier les promesses et d&rsquo;en remettre \u00e0 plus tard la r\u00e9alisation. Ce n&rsquo;est jamais l&rsquo;aujourd&rsquo;hui de la libert\u00e9 ou du bonheur pour tous, c&rsquo;est toujours pour demain. Il y a plus grave. Qu&rsquo;ils d\u00e9tiennent ou qu&rsquo;ils escomptent le pouvoir, les partis usent du m\u00eame langage d&rsquo;illusionniste, qui trouve son complice en chacun de nous, afin d&rsquo;exercer une m\u00eame domination. Ils sont du m\u00eame niveau, de m\u00eame d\u00e9sir, du m\u00eame monde o\u00f9 r\u00e8gne \u00ab l&rsquo;\u00e9ternit\u00e9 du ma\u00eetre \u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>5<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>APOLOGIE DE PLATON<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>de Christian Jambet<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">La n\u00e9cessit\u00e9 d&rsquo;un changement total, qui s&rsquo;enracinerait dans une vie int\u00e9rieure renouvel\u00e9e, Christian Jambet en per\u00e7oit la confirmation dans la th\u00e9orie platonicienne de la metabol\u00ea (transformation, conversion). Il s&rsquo;en explique dans <em>Apologie de Platon<\/em> (Paris, Grasset, 1976). Platon a ouvert deux voies : l&rsquo;une justifie la ma\u00eetrise, l&rsquo;autre la r\u00e9bellion. Il imagine un dualisme radical, dans lequel la philosophie n&rsquo;a cess\u00e9 de se d\u00e9battre, et qui n&rsquo;est pas tant le dualisme du bien et du mal, syst\u00e9matis\u00e9 plus tard par le manich\u00e9isme, ni le dualisme du corps et de l&rsquo;\u00e2me, pouss\u00e9 \u00e0 l&rsquo;extr\u00eame par un certain christianisme, ni le dualisme de l&rsquo;un et du multiple, d\u00e9velopp\u00e9 par le gnosticisme, mais le dualisme du possible et de l&rsquo;impossible, du r\u00e9el et du d\u00e9sir, \u00e0 savoir la pens\u00e9e d&rsquo;un \u00eatre humain, vivant en soci\u00e9t\u00e9 et libre de toute contrainte, r\u00eave irr\u00e9alisable, qui est l&rsquo;honneur de l&rsquo;homme. En \u00ab produisant \u00bb cette pens\u00e9e, Platon \u00ab fait l&rsquo;\u00e9preuve de l&rsquo;impossible \u00bb. Ma\u00eetre qui n&rsquo;enseigne pas, mais qui interroge, il retourne la ma\u00eetrise contre elle-m\u00eame, \u00ab il inaugure la m\u00e9thode n\u00e9gative, antidialectique, dans le m\u00eame temps qu&rsquo;il cr\u00e9e la dialectique\u00a0\u00bb. C&rsquo;est toute l&rsquo;interpr\u00e9tation nietzsch\u00e9enne du platonisme qui est ici remise en cause, avec une tr\u00e8s belle explication du proc\u00e8s et de la mort de Socrate. Il fallait que la Gr\u00e8ce, image du discours logique et du pouvoir, meure de sa condamnation m\u00eame du philosophe contestataire, figure de la conscience autonome, et que celui-ci accepte de mourir, au lieu de s&rsquo;\u00e9vader, pour que vivent la pens\u00e9e du rebelle et l&rsquo;\u00e2me de toute r\u00e9volution culturelle de l&rsquo;avenir. Ferment de d\u00e9sagr\u00e9gation d&rsquo;un ordre, principe d&rsquo;un ordre nouveau, la mort de Socrate est la supr\u00eame affirmation de l&rsquo;autonomie de la conscience, mais aussi le constat qu&rsquo;il est impossible de r\u00e9aliser cette autonomie, de la vivre, dans le monde des lois.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Cette vue ne peut se d\u00e9fendre qu&rsquo;en privil\u00e9giant les textes socratiques de l\u2019\u0153uvre de Platon. Car deux Platon s&rsquo;affrontent : le socratique, s&rsquo;\u00e9levant au-dessus du d\u00e9sespoir politique par sa r\u00e9bellion int\u00e9rieure, et l&rsquo;aristocrate, qui d\u00e9termine le champ clos de la volont\u00e9 de puissance (Tim\u00e9e, Lois) ; le philosophe en sa jeunesse, puis en sa vieillesse. Le long intervalle de l&rsquo;\u00e2ge m\u00fbr est rempli par une lutte tragique entre un d\u00e9sir de r\u00e9bellion contre un monde injuste, laid, m\u00e9chant \u2014 d\u00e9sir inspir\u00e9 par l&rsquo;amour du Bien, du Beau, du Vrai, confondus dans le Juste \u2014 et la volont\u00e9 de l&rsquo;unit\u00e9 sociale. qu&rsquo;assurerait l&rsquo;autorit\u00e9 de la raison et des lois organisatrices et imp\u00e9ratives. Quelle tristesse dans cet aveu des derniers jours, qui signe l&rsquo;\u00e9chec de la metabol\u00ea : \u00ab Que personne, mes amis, \u00e9crit Platon, n&rsquo;essaie de nous persuader qu&rsquo;une cit\u00e9 puisse jamais changer de lois plus vite et plus facilement que sous la conduite du pouvoir, ni que la chose arrive aujourd&rsquo;hui ou doive une autre fois arriver autrement. \u00bb (Ayant voulu relire certaines citations de Platon dans le texte grec, j&rsquo;ai constat\u00e9 avec regret l&rsquo;inexactitude des r\u00e9f\u00e9rences donn\u00e9es par Christian Jambet.)<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong> <\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>6<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>LA BARBARIE A VISAGE HUMAIN<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>de Bernard-Henri L\u00e9vy<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Qu&rsquo;est-ce que le pouvoir ? Pourquoi un pouvoir ? C&rsquo;est toujours la m\u00eame question obs\u00e9dante. Bernard-Henri L\u00e9vy la retourne en tout sens, avec une passion d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9e, dans <em>la Barbarie \u00e0 visage humaine<\/em> (Paris, Grasset, 1977). L&rsquo;histoire et l&rsquo;exp\u00e9rience politique, l&rsquo;\u00e9tude des philosophes ne lui apportent que des r\u00e9ponses d\u00e9cevantes : une oppression universelle, exerc\u00e9e par le pouvoir, justifi\u00e9e par la raison. Si la r\u00e9volte du jeune philosophe s&rsquo;exprime surtout contre la gauche, o\u00f9 il a subi la dure \u00e9preuve de l&rsquo;engagement, elle ne le porte pas pour autant vers la droite, car l&rsquo;une et l&rsquo;autre \u00ab nient le mal radical et tragique en histoire \u00bb. Il serait aussi malhonn\u00eate pour la droite de le r\u00e9cup\u00e9rer que, pour la gauche, de croire le r\u00e9futer en l&rsquo;accusant de faire le jeu \u00ab objectivement \u00bb de l&rsquo;adversaire.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Si sa critique atteint directement les diff\u00e9rentes formes de marxisme, qu&rsquo;il conna\u00eet d&rsquo;exp\u00e9rience, elle s&rsquo;\u00e9tend en effet \u00e0 toutes les id\u00e9ologies, \u00e0 toutes les institutions, qui en appellent \u00e0 la raison scientifique, \u00e0 cette ma\u00eetresse ou mar\u00e2tre aur\u00e9ol\u00e9e d&rsquo;intelligence, mais born\u00e9e et tyrannique. Il oppose le d\u00e9sir au syst\u00e8me, le lyrique au conceptuel, le rebelle au citoyen soumis, l&rsquo;immense domaine du non-rationnel aux r\u00e9ductions du rationnel, qui ont toujours \u00e9t\u00e9 sources d&rsquo;erreurs, d&rsquo;h\u00e9r\u00e9sies, de leurres, de dictatures. Un mal radical est \u00e0 l&rsquo;origine de tout ordre, c&rsquo;est la repr\u00e9sentation du Ma\u00eetre. Le pouvoir est fils de la parano\u00efa. Les r\u00e9volutions ne sont innocentes ni de la terreur ni de la servitude : elles ne suppriment pas, elles changent les figures du ma\u00eetre. La mythologie socialiste, les \u00e9lans vers une lib\u00e9ration int\u00e9grale s&rsquo;insurgent contre l&rsquo;oppression, mais la pratiquent en grima\u00e7ant. Ils masquent, eux aussi, une volont\u00e9 de puissance.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">S&rsquo;il n&rsquo;existe pas de soci\u00e9t\u00e9 sans un certain lien, est-ce la soci\u00e9t\u00e9 elle-m\u00eame qui est un mal ? Oui, un mal, mais n\u00e9cessaire \u00e0 la survie. Car c&rsquo;est seulement survivre que de vivre en ayant tu\u00e9, ou anesth\u00e9si\u00e9, le d\u00e9sir fondamental d&rsquo;autonomie. Chaque page de ce livre conduit le lecteur au bord de l&rsquo;ab\u00eeme : anarchie, nihilisme, pessimisme, d\u00e9sespoir. B.-H. L\u00e9vy dessine le plus cruel tableau de ce qui fut porteur de tant d&rsquo;espoir, le socialisme : une barbarie \u00e0 visage humain, un aveuglement obstin\u00e9, un semblant et une imposture, \u00ab un mensonge qui fait r\u00eaver, mais qui rev\u00eat la forme du pouvoir , n\u00e9cessairement synonyme de totalitarisme \u00bb. Toute la philosophie politique du socialisme se r\u00e9sume dans \u00ab un fantasme de l&rsquo;homog\u00e8ne \u00bb : ce qui se distingue sera r\u00e9duit au m\u00eame, \u00ab \u00e0 l&rsquo;uniforme, \u00e0 l&rsquo;\u00e9tiage, \u00e0 la moyenne \u00bb, de gr\u00e9 ou de force. D&rsquo;o\u00f9 l&rsquo;in\u00e9luctable \u00e9volution vers le r\u00e9gime policier, puis vers le Goulag et l&rsquo;hospice psychiatrique. Qui ne comprendrait pas les bienfaits du r\u00e9gime ne pourrait \u00eatre qu&rsquo;un malade mental. Le jugement de B.-H. L\u00e9vy : \u00ab Le marxisme est une raison d\u00e9mente \u00bb est infiniment plus dur que les mots de Pascal sur l&rsquo;erreur \u2014 \u00ab\u00a0v\u00e9rit\u00e9 dont on abuse \u00bb \u2014 ou de G.K. Chesterton \u2014 \u00ab v\u00e9rit\u00e9 devenue folle\u00a0\u00bb ; c&rsquo;est qu&rsquo;ils ne connaissaient pas encore cette m\u00e9salliance perverse de la raison, du camp et de l&rsquo;asile. Elle \u00e9tait implicite pourtant dans les \u00e9crits des philosophes et des th\u00e9ologiens.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Si le d\u00e9sir d&rsquo;\u00eatre soi-m\u00eame, autonome, est en fait contredit par les conditions \u00a0de la vie sociale, que devient l&rsquo;homme, avec ses aspirations personnelles ? Le moi n&rsquo;est-il qu&rsquo;un noble r\u00eave, une illusion d\u00e9sesp\u00e9rante ? N&rsquo;existe-t-il que par le cri de sa protestation, par son refus et par sa r\u00e9sistance ? Le cri de l&rsquo;homme qui retentit, d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9, dans un monde impossible, n&rsquo;est-il pas l&rsquo;appel d&rsquo;un ailleurs, d&rsquo;un autre monde, d&rsquo;un autre possible ? Ce cri justifie peut-\u00eatre cette vie, lui donne un sens, la sauve du d\u00e9sespoir final. Peut-\u00eatre sera-t-il cr\u00e9ateur d&rsquo;autre chose ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Le d\u00e9sir est partout \u00e9touff\u00e9 par le syst\u00e8me m\u00eame de satisfaction qu&rsquo;il appelle, quel que soit le r\u00e9gime. Les aspirations au progr\u00e8s, \u00e0 l&rsquo;\u00e9galit\u00e9, \u00e0 la jouissance, \u00e0 \u00eatre soi-m\u00eame, se heurtent aux imp\u00e9ratifs que les conditions de leur accomplissement leur imposent. La contradiction est inh\u00e9rente au d\u00e9sir. Il ne peut se satisfaire qu&rsquo;en soci\u00e9t\u00e9, et la soci\u00e9t\u00e9 est in\u00e9luctablement oppressive. \u00ab Ni le d\u00e9sir, ni l&rsquo;audace, ni le savoir ne peuvent s\u00e9rieusement \u00e9branler les ruses du Ma\u00eetre et la tragique perp\u00e9tuit\u00e9 du malheur de vivre. \u00bb Le socialisme ne peut pas \u00eatre l&rsquo;alternative du capitalisme. Tout pouvoir int\u00e9riorise, par les moyens de l&rsquo;\u00e9ducation, de la culture, de l&rsquo;information, l&rsquo;acceptation de la servitude : il cherche plus ou moins \u00e0 transformer la contrainte en persuasion. \u00ab L&rsquo;id\u00e9ologie est un mensonge qui, instill\u00e9 au c\u0153ur des hommes, les force \u00e0 m\u00e9conna\u00eetre la r\u00e9alit\u00e9 de leur oppression. \u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">La figure du Ma\u00eetre qu&rsquo;elle impose, Elu, Personnalit\u00e9, Classe, Soci\u00e9t\u00e9 sans classe, prend les dimensions du sacr\u00e9 ou s&rsquo;y substitue. \u00ab &#8230; C&rsquo;est la crise du sacr\u00e9, qui est premi\u00e8re et d\u00e9cisive \u00bb, \u00e9crit B.-H. L\u00e9vy. L&rsquo;histoire des religions, pense-t-il, \u00e9clairerait mieux la situation actuelle, avec sa tendance au totalitarisme, que la seule histoire politique ou \u00e9conomique. Elles ne devraient jamais \u00eatre s\u00e9par\u00e9es, quand on veut conna\u00eetre les causes profondes de l&rsquo;\u00e9volution sociale. L&rsquo;Etat se manifeste comme une perversion du sacr\u00e9, d\u00e8s lors qu&rsquo;il s&rsquo;approprie les deux caract\u00e8res principaux du sacr\u00e9 : fascinandum et tremendum, fascinant et terrifiant. A quelque degr\u00e9 d&rsquo;organisation qu&rsquo;il pr\u00e9tende, chaque Etat poss\u00e8de ce charme mal\u00e9fique d&rsquo;exciter un espoir et ce pouvoir redoutable de faire trembler d&rsquo;effroi. Le totalitarisme est une cons\u00e9quence logique du marxisme, et le marxisme est la pointe sociale avanc\u00e9e du rationalisme. Leur union fascinante et terrible leur donne la force d&rsquo;une religion.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">L\u00e9vy l&rsquo;expose avec un humour noir, en rempla\u00e7ant seulement le mot \u00ab\u00a0religion \u00bb par celui de \u00ab marxisme \u00bb dans le fameux discours de Marx sur la religion \u00ab th\u00e9orie g\u00e9n\u00e9rale du monde \u00bb et \u00ab opium du peuple \u00bb (p. 195-205). Cependant, nous dit-il, \u00ab je suis totalement incroyant, ath\u00e9e et plut\u00f4t mat\u00e9rialiste&#8230; et j&rsquo;ai d&rsquo;une certaine mani\u00e8re, en m\u00eame temps, une fascination lancinante pour la spiritualit\u00e9&#8230; \u00bb Il rapproche cette position de celle de Camus ; il reconna\u00eet une filiation entre <em>l&rsquo;Homme r\u00e9volt\u00e9<\/em> et son livre, moins d&rsquo;ailleurs par les th\u00e8mes que par \u00ab une m\u00eame sensibilit\u00e9 \u00e0 l&rsquo;histoire et au monde, et probablement aussi par l&rsquo;\u00e9criture \u00bb. S&rsquo;il a en effet une connaissance de la philosophie plus \u00e9tendue et plus pr\u00e9cise que Camus, il sait comme lui animer son langage d&rsquo;un souffle lyrique. \u00ab Un grand style romantique \u00bb, a-t-on dit de ce livre. Et c&rsquo;est par un portrait de \u00ab l&rsquo;intellectuel anti-barbare \u00bb qu&rsquo;il se termine. Cet intellectuel anti-barbare sera m\u00e9taphysicien : non plus militant de parti, mais chercheur et d\u00e9fenseur des \u00ab possibilit\u00e9s ontologiques de l&rsquo;\u00e9v\u00e9nement r\u00e9volutionnaire&#8230;, nous continuerons de penser jusqu&rsquo;au bout, de penser sans la croire, l&rsquo;impossible id\u00e9e d&rsquo;un monde soustrait \u00e0 la Ma\u00eetrise \u00bb. Il sera aussi un artiste, car l&rsquo;artiste est \u00ab celui qui, du plus atroce d\u00e9sordre, sait faire l&rsquo;ordre d&rsquo;une figure, sans arri\u00e8re-pens\u00e9e ambitieuse de pouvoir. Il sera enfin un moraliste, au sens classique du terme, comme un Camus ou un Merleau-Ponty : \u00ab Je crois aux vertus d&rsquo;un spiritualisme ath\u00e9e, face \u00e0 la veulerie et \u00e0 la r\u00e9signation contemporaines \u2014 quelque chose comme un libertinage aust\u00e8re pour temps de catastrophe. Je ne crois pas en l&rsquo;homme&#8230; mais je crois simplement que sans une certaine id\u00e9e de l&rsquo;homme, l&rsquo;Etat a t\u00f4t fait de c\u00e9der aux vertiges du fascisme ordinaire. \u00bb M\u00e9taphysicien, artiste, moraliste, c&rsquo;est la nouvelle figure du R\u00e9volt\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>7<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>LES MAITRES PENSEURS<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>d&rsquo;Andr\u00e9 Glucksmann<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Avec <em>les Ma\u00eetres penseurs<\/em> (Paris, Grasset, 1977), le livre le plus retentissant du mouvement, le plus m\u00e9thodique aussi \u2014 je ne dis point syst\u00e9matique \u2014, Andr\u00e9 Glucksmann d\u00e9montre que toutes les th\u00e9ories politiques, ouvertement ou hypocritement, finissent par justifier la domination. Toujours exalt\u00e9es par quelques penseurs, les r\u00e9volutions, soi-disant justes et lib\u00e9ratrices, aboutissent \u00e0 l&rsquo;oppression. Les id\u00e9ologies dont elles se parent ne sont que \u00ab des m\u00e9canismes multiplicateurs de la violence \u00bb. M\u00eame le lib\u00e9ral pr\u00e9cepte de Th\u00e9l\u00e8me, \u00ab Fais ce que voudras \u00bb, cache la volont\u00e9 de puissance d&rsquo;un ma\u00eetre \u00ab d&rsquo;adresser ses ordres \u00e0 notre libert\u00e9 \u00bb. L&rsquo;abbaye imagin\u00e9e par Rabelais comporte aussi des r\u00e8gles, une organisation, une hi\u00e9rarchie, un chef : \u00ab Les th\u00e9l\u00e9mites sont&#8230; moutons de Panurge. \u00bb On est libre, si on se fait un id\u00e9al d&rsquo;ob\u00e9ir ; sans cet id\u00e9al, on est coupable et indigne de la libert\u00e9. Rien de plus dr\u00f4le, et rien de plus grave, que le parall\u00e8le de Gargantua et de Mao.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Les dictatures conjuguent l&rsquo;id\u00e9ologie r\u00e9volutionnaire et l&rsquo;id\u00e9ologie de classe, de nation, de race, d&rsquo;ind\u00e9pendance pour mieux asseoir leur pouvoir. Elles cherchent la connivence d&rsquo;une passion, d&rsquo;un ressentiment ou d&rsquo;une illusion. L&rsquo;Etat, la loi, les r\u00e8glements s&rsquo;imposent, en essayant de faire croire \u00e0 leur rationalit\u00e9. Leurs d\u00e9cisions, cens\u00e9es proc\u00e9der d&rsquo;un calcul impartial, aujourd&rsquo;hui de l&rsquo;ordinateur, sont n\u00e9cessaires, comme des r\u00e9sultats scientifiques. \u00ab Philosophies de l&rsquo;Etat, de la bureaucratie, de l&rsquo;imp\u00e9rialisme cultivent ce m\u00eame jardin : concevoir, c&rsquo;est dominer. \u00bb Ceux qui invoquent la science, la math\u00e9matique, la raison, pour exercer leur domination, ne doutent point de ces forces de l&rsquo;esprit, alors que l&rsquo;esprit des savants reconna\u00eet de plus en plus ses incertitudes. Hegel a d\u00e9fini la fonction de la philosophie en Allemagne : \u00ab Elle a une existence publique qui concerne la collectivit\u00e9, principalement, ou, m\u00eame exclusivement, au service de l&rsquo;Etat. \u00bb Et tous les penseurs, de gauche ou de droite, r\u00e9volutionnaires ou conservateurs, marxistes, fascistes, nazis, s&rsquo;en r\u00e9clament. Le Capital de Marx ne se comprend pas sans la Grande Logique de Hegel. A part cela, \u00ab Fais ce que voudras \u00bb. Exemple, Socrate, qui en est mort.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Po\u00e8tes et philosophes exalteront la R\u00e9volution fran\u00e7aise et poseront en m\u00eame temps les principes de nouvelles Terreurs. Glucksmann \u00e9tudie surtout les Allemands : Kant, Hegel, Schelling, H\u00f6lderlin, Nietzsche, etc. En France, les penseurs feront de m\u00eame, mais pour la R\u00e9volution bolchevique d&rsquo;Octobre. Avec ces ma\u00eetres, la th\u00e9orie devient science, le socialisme, d&rsquo;utopique, devient scientifique ; l&rsquo;exercice du pouvoir aussi devient scientifique ; l&rsquo;histoire, la religion, la morale, tout devient scientifique ; les sciences exactes imposent leur mod\u00e8le aux sciences de la nature et aux sciences humaines ; c&rsquo;est la plus totale prise de pouvoir par la raison qu&rsquo;on puisse imaginer. De Leibniz \u00e0 Husserl, le d\u00e9sir d&rsquo;une mathesis universalis hante le cerveau des philosophes et des r\u00e9volutionnaires. L\u00e9nine \u00e9crira : \u00ab Un grand Etat centralis\u00e9 constitue un \u00e9norme progr\u00e8s historique conduisant du morcellement moyen\u00e2geux \u00e0 la future unit\u00e9 socialiste du monde entier. \u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Trois \u00e9tapes de toute r\u00e9volution peuvent se d\u00e9gager : \u00ab la pr\u00e9paration id\u00e9ologique \u00bb, fond\u00e9e sur l&rsquo;efficacit\u00e9 de la pens\u00e9e et le travail de l&rsquo;opinion publique ; \u00ab le terrorisme ou la mont\u00e9e aux extr\u00eames \u00bb, p\u00e9riode d&rsquo;un combat implacable, selon Hegel, Marx, Nietzsche, entre les classes, les partis, les consciences, les cultures ; \u00ab savoir terminer une r\u00e9volution \u00bb, selon le mot de Trotski, p\u00e9riode o\u00f9 le ma\u00eetre qui a triomph\u00e9 de la lutte r\u00e9tablit l&rsquo;ordre sous sa domination.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">On retrouve ce sch\u00e9ma des trois p\u00e9riodes, observe Glucksmann, dans \u00ab les m\u00e9saventures des jeunes g\u00e9n\u00e9rations \u00bb : 1) en vertu d&rsquo;une certaine information, elles se croient tout permis ; 2) la soci\u00e9t\u00e9 limitant la permissivit\u00e9, elles passent \u00e0 la violence ; 3) elles font une fin, tout rentrant dans l&rsquo;ordre par la r\u00e9pression ou la soumission. C&rsquo;est la fin, effectivement, une certaine mort.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Le ma\u00eetre absolu conduit \u00e0 la mort, il est la mort, d\u00e9clare Glucksmann, citant Nietzsche : \u00ab Plut\u00f4t vouloir le rien que ne rien vouloir. \u00bb La science et le pouvoir tendent \u00e0 tout r\u00e9duire \u00e0 l&rsquo;\u00e9tat d&rsquo;objet, de chose, c&rsquo;est-\u00e0-dire, pour le vivant, \u00e0 l&rsquo;\u00e9tat de mort. Ils tuent l&rsquo;\u00eatre de d\u00e9sir, le destin personnel, en imposant le travail (\u00ab mort diff\u00e9r\u00e9e \u00bb, disait Hegel), les cadres, r\u00e8gles et rythmes de vie, le syst\u00e8me \u00e9ducatif et d&rsquo;information, la formation m\u00eame de l&rsquo;esprit. Tout est exercice, apprentissage ou support de la domination. Le spectacle du monde est \u00ab \u00e0 la fois ma\u00eetrise de la manifestation et manifestation de la ma\u00eetrise \u00bb. (Glucksmann ch\u00e9rit ces effets de style par inversion des termes : \u00ab subtilement violent&#8230; violemment subtil \u00bb ; \u00ab la critique des armes&#8230; les armes de la critique \u00bb ; \u00ab non les masses qui s&#8217;emparent du pouvoir, mais le pouvoir qui s&#8217;empare des masses \u00bb ; r\u00e9p\u00e9t\u00e9s plus de trente fois, ces tours de phrase tournent au proc\u00e9d\u00e9.) Avec les moyens actuels de domination, \u00ab l&rsquo;enjeu du si\u00e8cle \u00bb est devenu \u00ab tout le pouvoir \u00bb sur tout.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">L&rsquo;encha\u00eenement est constant : pens\u00e9e, ma\u00eetrise, pouvoir, violence, r\u00e9pression ou soumission. Les mouvements r\u00e9volutionnaires n&rsquo;\u00e9chappent pas \u00e0 ce cycle infernal. A travers cette r\u00e9volte r\u00e9fl\u00e9chie et passionn\u00e9e de tout l&rsquo;\u00eatre contre les Goulags et les penseurs politiques de tous les horizons, contre cette collusion de deux absolus, celui de la science et celui de l&rsquo;Etat, c&rsquo;est la rationalit\u00e9 de l&rsquo;ordre social qui est mise en cause, c&rsquo;est la raison elle-m\u00eame, avec son autosuffisance, sa pr\u00e9tention de se subordonner toutes les aspirations humaines, son refus du transcendant, ses tentatives de r\u00e9duction forc\u00e9e du pluralisme \u00e0 l&rsquo;unit\u00e9. La conscience douloureuse du mal social et du conflit pouvoir-d\u00e9sir pose les probl\u00e8mes du savoir, du dire, de l&rsquo;\u00eatre. Il s&rsquo;agit de bien autre chose que de la critique du marxisme : celui-ci n&rsquo;est qu&rsquo;un d\u00e9tonateur, un rationalisme d\u00e9masqu\u00e9, \u00e0 visage de despote. Le pouvoir du d\u00e9sir s&rsquo;insurge contre le d\u00e9sir du pouvoir. La libert\u00e9 ne s&rsquo;acquiert que par la r\u00e9sistance.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Ce pessimisme historique conduirait au nihilisme s&rsquo;il n&rsquo;\u00e9tait contrebalanc\u00e9 par une \u00e9thique, n\u00e9e de ce pessimisme m\u00eame, qui ne se contente pas de rejeter le pouvoir, mais le d\u00e9nonce, le d\u00e9busque, le combat par la parole. Ce n&rsquo;est pas non plus anarchie. C&rsquo;est l&rsquo;instauration d&rsquo;une parole lib\u00e9ratrice au c\u0153ur des citadelles de l&rsquo;autorit\u00e9, une dissonance criante dans la fausse harmonie des contraintes. Le logos sto\u00efcien \u00e9tait un principe d&rsquo;ordre dans un monde chaotique, le logos de la nouvelle philosophie est un principe de contestation dans un monde trop ordonn\u00e9. C&rsquo;est la r\u00e9sistance de la conscience personnelle \u00e0 la tyrannie totalitaire du social, la r\u00e9sistance du d\u00e9sir \u00e0 la loi, du symbolique au conceptuel, de l&rsquo;\u00e9quivoque \u00e0 l&rsquo;univoque, du multiple \u00e0 l&rsquo;un. \u00ab\u00a0La passion nous d\u00e9livrera des folies de la raison \u00bb, disait d\u00e9j\u00e0 Monsieur Teste.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Le lecteur sera sans doute d\u00e9concert\u00e9 par le style trop souvent alambiqu\u00e9 de ces philosophes, par ces variations subtiles sur les m\u00eames th\u00e8mes, par cette vue d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9e de la soci\u00e9t\u00e9. Mais il percevra, \u00e0 l&rsquo;origine de ces analyses, une immense d\u00e9ception politique et philosophique. De cette critique aigu\u00eb, impitoyable, g\u00e9n\u00e9rale, de cette r\u00e9volte venue des profondeurs de l&rsquo;\u00eatre, sourd cependant comme un appel, un appel \u00e0 autre chose, qu&rsquo;on ne sait pas, ou qu&rsquo;on n&rsquo;ose pas encore nommer. Terminons par ces vers de Mallarm\u00e9, plac\u00e9s par Glucksmann en t\u00eate de son chapitre sur Nietzsche :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>&#8230;le po\u00e8te suscite avec un glaive nu<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>son si\u00e8cle \u00e9pouvant\u00e9 de n&rsquo;avoir pas connu<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>que la mort triomphait dans cette voix \u00e9trange.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: right;\">Jean Chevalier<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Ce pessimisme historique conduirait au nihilisme s&rsquo;il n&rsquo;\u00e9tait contrebalanc\u00e9 par une \u00e9thique, n\u00e9e de ce pessimisme m\u00eame, qui ne se contente pas de rejeter le pouvoir, mais le d\u00e9nonce, le d\u00e9busque, le combat par la parole. Ce n&rsquo;est pas non plus anarchie. 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