{"id":6743,"date":"2011-03-24T00:55:46","date_gmt":"2011-03-23T23:55:46","guid":{"rendered":"http:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/?p=6743"},"modified":"2011-09-17T22:29:04","modified_gmt":"2011-09-17T21:29:04","slug":"aspects-du-processus-de-creation-lunion-le-combat-la-mort-par-joel-thomas","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/aspects-du-processus-de-creation-lunion-le-combat-la-mort-par-joel-thomas\/","title":{"rendered":"Aspects du processus de cr\u00e9ation : l&rsquo;union, le combat, la mort par Jo\u00ebl Thomas"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\">(Revue Epign\u00f4sis. No I, 1<sup>er<\/sup> cahier. Juin 1983)<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: right;\"><em>\u00ab\u00a0Certains sont assez simples pour penser que Dieu demeure l\u00e0 et qu&rsquo;eux-m\u00eames sont ici. Il n&rsquo;en est pas ainsi, Dieu et moi sommes un\u00a0\u00bb.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: right;\"><em>\u00ab\u00a0Qui veut \u00eatre ce qu&rsquo;il devrait \u00eatre doit cesser d&rsquo;\u00eatre ce qu&rsquo;il est\u00a0\u00bb<\/em>.<\/p>\n<p style=\"text-align: right;\">(Ma\u00eetre Eckhart)<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Le lecteur d&rsquo;\u00e9pop\u00e9es, ou de ces fables sublimes que sont les mythes, ne manquera pas d&rsquo;\u00eatre frapp\u00e9 par les sentiments contradictoires qui l&rsquo;animent, lorsqu&rsquo;il est confront\u00e9 \u00e0 ces univers imaginaires : m\u00e9lange d&rsquo;attraction (pour des personnages s\u00e9duisants ou admirables) et de r\u00e9pulsion (pour des monstres, physiques ou moraux); sentiment de bien-\u00eatre, de communion, de tendresse, ou au contraire impression d&rsquo;un clivage consid\u00e9rable, d&rsquo;une distance entre l&rsquo;id\u00e9al et le monde v\u00e9cu; crainte d&rsquo;un P\u00e8re arch\u00e9typal, rigoureux et s\u00e9v\u00e8re, montrant des voies escarp\u00e9es, presque inaccessibles, ou amour d&rsquo;une M\u00e8re rayonnant le bonheur et rendant tout facile par sa simple pr\u00e9sence. Cette approche tr\u00e8s peu rationnelle, qui nous attire et nous d\u00e9range en m\u00eame temps, nous la retrouvons dans l&rsquo;univers des contes de f\u00e9es, et nous verrons que la th\u00e9matique mise en \u0153uvre est, dans les trois cas, sensiblement comparable.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Nous exclurons de cette \u00e9tude des consid\u00e9rations d&rsquo;ordre historique ou sociologique : il est \u00e9vident que chacun de ces trois genres, outre le fait qu\u2019il a une longue histoire, m\u00e9rite d&rsquo;\u00eatre \u00e9tudi\u00e9 pour lui-m\u00eame, et dans ce qu&rsquo;il signifie par rapport aux soci\u00e9t\u00e9s et aux cultures qui l&rsquo;ont engendr\u00e9. Ces approches ont d&rsquo;ailleurs \u00e9t\u00e9 d\u00e9j\u00e0 fort bien conduites, et nous ne les aborderons pas, r\u00e9servant ces quelques pages \u00e0 l&rsquo;\u00e9tude comparative de certains th\u00e8mes symboliques qui situent mythe, \u00e9pop\u00e9e et conte par rapport \u00e0 une spiritualit\u00e9. Sur ce plan, il nous semble que beaucoup reste \u00e0 dire, et que l&rsquo;on a tendance \u00e0 sous-estimer toute une architecture de ces r\u00e9cits, qui n&rsquo;appara\u00eet clairement que si on les compare entre eux.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Prenons par exemple cette apparente contradiction entre les r\u00e9actions que nous relevions devant \u00e9pop\u00e9e, mythe et conte. Nous voudrions montrer qu&rsquo;elle s&rsquo;int\u00e8gre dans une grande tradition : celle des approches d&rsquo;un ph\u00e9nom\u00e8ne d&rsquo;ordre spirituel. Comprendre les choses en profondeur, c&rsquo;est admettre que leur essence ne co\u00efncide pas avec leur apparence. D&rsquo;o\u00f9, pour le lecteur, une double d\u00e9marche : la premi\u00e8re, d\u00e9rangeante et paradoxale, se veut une gen\u00e8se, une reconstruction qui \u00ab\u00a0casse\u00a0\u00bb le monde des apparences et nous r\u00e9v\u00e8le sa structure essentielle. Derri\u00e8re ce que nous prenons pour des dissociations, \u00e0 cause de l&rsquo;infirmit\u00e9 de nos instruments de mesure et d\u2019appr\u00e9ciation (nos sens), il existe une unit\u00e9; beaucoup d&rsquo;asc\u00e8ses pr\u00e9liminaires \u00e0 une m\u00e9ditation, comme la pratique du tir \u00e0 l&rsquo;arc dans le Bouddhisme Zen n&rsquo;ont pas d&rsquo;autre but que de d\u00e9passer, entre autres, le clivage sujet-objet <a id=\"ftnref1\" href=\"#ftn1\">[1]<\/a>. Dans nos trois types de r\u00e9cits, nous retrouverons, avec une remarquable permanence, les symboles de l&rsquo;union et du combat, de la vie et de la mort, int\u00e9gr\u00e9s dans un mouvement dialectique qui les \u00e9claire&#8230; mais cr\u00e9e un effet de \u00ab\u00a0choc\u00a0\u00bb chez le lecteur, entra\u00een\u00e9 tr\u00e8s loin de ses horizons familiers.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Cet \u00e9veil une fois op\u00e9r\u00e9, le lecteur va \u00eatre pris en charge \u00e0 travers une autre s\u00e9rie de symboles destin\u00e9s \u00e0 l&rsquo;aider, \u00e0 lui montrer comment parvenir \u00e0 l&rsquo;harmonie par la compl\u00e9mentarit\u00e9 : les situations sont alors sous le signe du don, de l&rsquo;absence d&rsquo;exclusion; car pour se projeter dans l&rsquo;\u00e9lan de cette vaste \u00e9nerg\u00e9tique, il n&rsquo;est pas possible de se couper\u00a0 des diff\u00e9rents niveaux de manifestation de notre \u00eatre; rien ne doit \u00eatre refus\u00e9 ni exclu, mais tout doit \u00eatre canalis\u00e9, utilis\u00e9, int\u00e9gr\u00e9 : nous rejoignons la psychanalyse, \u00e0 ceci pr\u00e8s que celle-ci se fixe, dans ses implications th\u00e9rapeutiques, une \u00ab\u00a0normalit\u00e9\u00a0\u00bb prenant ses mod\u00e8les dans la vie quotidienne, alors que la voie mythique et h\u00e9ro\u00efque se veut d\u00e9passement de ce quotidien, et dynamisme vers d&rsquo;autres dimensions de l&rsquo;\u00eatre. Cette d\u00e9marche maternelle, apagogique et incitative, compl\u00e9tant le d\u00e9fi de la \u00ab\u00a0voie paradoxale\u00a0\u00bb, montre que la M\u00e8re et le P\u00e8re se partagent cette initiation, dans une \u00e9ducation qui n&rsquo;est plus celle de la vie quotidienne, mais dont l\u2019importance n\u2019\u00e9chappera pas.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Ainsi, le corpus des r\u00e9cits mythiques et des \u00e9pop\u00e9es traditionnelles concilie deux approches de la spiritualit\u00e9 : une voie \u00ab\u00a0apocalyptique\u00a0\u00bb, destin\u00e9e \u00e0 r\u00e9v\u00e9ler l&rsquo;essence des choses, et une voie \u00ab\u00a0maternelle\u00a0\u00bb, tendant \u00e0 montrer les chemins de la compl\u00e9mentarit\u00e9 et de l&rsquo;harmonie dans l&rsquo;\u00e9volution spirituelle. De m\u00eame, la Th\u00e9otokos (M\u00e8re de Dieu), la c\u00e9l\u00e8bre ic\u00f4ne de Vladimir, montre le Christ, celui qui est le Chemin, et en m\u00eame temps, de son autre bras, elle le serre contre elle avec une tendresse maternelle, conciliant ainsi, \u00e0 travers ces deux mouvements, les deux approches dont nous parlons. Nous nous proposons de montrer que, per\u00e7us comme incitateurs \u00e0 un \u00e9veil spirituel, mythe et \u00e9pop\u00e9e ont recours \u00e0 quelques grandes figures arch\u00e9typales provoquant chez le sujet \u2014 comme dans beaucoup d&rsquo; initiations \u2014 un ensemble de r\u00e9actions compl\u00e9mentaires, et un r\u00e9gime salutaire de \u00ab\u00a0douche \u00e9cossaise\u00a0\u00bb (\u00ab\u00a0voie du P\u00e8re\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0voie de la M\u00e8re\u00a0\u00bb), destin\u00e9 \u00e0 remplacer d&rsquo;autres alternances, plus confuses, r\u00e9gissant l&rsquo;imagination avant cette prise de conscience, et bien d\u00e9crites par la psychanalyse (par exemple, le d\u00e9sir de la transgression, et la crainte de la sanction). Les symboles les plus \u00ab\u00a0purs\u00a0\u00bb promouvant cette d\u00e9marche, nous les trouverons dans les mythes et les \u00e9pop\u00e9es traditionnelles, o\u00f9 nous les \u00e9tudierons d&rsquo;abord; puis nous tenterons de les suivre dans le folklore et les contes, o\u00f9 ils se gauchissent quelque peu, mais sans perdre leur signification fondamentale <a id=\"ftnref2\" href=\"#ftn2\">[2]<\/a>.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>I &#8211; MYTHE ET EPOPEE, COMME LIEUX D\u2019UNE ENERGIE DE TRANSFIGURATION :<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">\n<p style=\"text-align: center;\">1 &#8211; Les paradoxes essentiels : la dialectique d&rsquo;Un et Deux.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Une des constatations les plus \u00e9videntes que l&rsquo;on puisse faire, \u00e0 la lecture des mythes, est qu&rsquo;on ne saurait les prendre au pied de la lettre. L\u2019apparent anthropomorphisme n&rsquo;est nullement, comme on l&rsquo;a trop souvent dit, la projection de nos propres structures mentales, mais une invitation \u00e0 d\u00e9chiffrer un message symbolique nous concernant. Les nombreux viols, combats, adult\u00e8res de la mythologie gr\u00e9co-romaine en font non pas un vaudeville fabuleux, mais le lieu privil\u00e9gi\u00e9 o\u00f9 s&rsquo;affrontent des principes essentiels. Les \u00ab\u00a0couples\u00a0\u00bb Ouranos-Gaia, Cronos-Rh\u00e9a, puis Zeus-H\u00e9ra, succ\u00e9dant \u00e0 la T\u00e9n\u00e8bre originelle, sont autant d&rsquo;hypostases de l&rsquo;Energie, correspondant \u00e0 diff\u00e9rentes phases de la cr\u00e9ation du monde et de l&rsquo;incarnation. Les querelles qui les animent et la force qui les tient li\u00e9s les uns aux autres soulignent que l&rsquo;\u00e9volution na\u00eet d&rsquo;une dualit\u00e9 conflictuelle et dynamique. Une fois le monde des hommes cr\u00e9\u00e9, nous retrouvons la m\u00eame relation dans l&rsquo;Epreuve h\u00e9ro\u00efque, mais sur un autre plan d&rsquo;incarnation : les forces cosmiques originelles sont maintenant refl\u00e9t\u00e9es dans le monde des hommes; le principe du combat est le m\u00eame, mais il devient \u00e0 la fois le symbole d&rsquo;une \u00e9nerg\u00e9tique g\u00e9n\u00e9rale (d\u00e9j\u00e0 d\u00e9finie dans les cosmogonies et les th\u00e9ogonies) et d&rsquo;un combat int\u00e9rieur, puisque le microcosme humain participe des m\u00eames structures que le macrocosme. Images et symboles de gen\u00e8se se retrouvent donc, int\u00e9rioris\u00e9s, dans les \u00ab\u00a0gestes\u00a0\u00bb h\u00e9ro\u00efques et chevaleresques qui succ\u00e8dent aux cosmogonies; le cycle arthurien et la Qu\u00eate du Graal s&rsquo;ouvrent sur cette phrase de Merlin : \u00ab\u00a0Ici s&rsquo;ach\u00e8ve le temps des Dieux pour que s&rsquo;ouvre celui des hommes\u00a0\u00bb, ce qui ne veut nullement dire que les Dieux sont morts, ou absents, mais que l&rsquo;homme doit d\u00e9sormais s&rsquo;assumer lui-m\u00eame en retrouvant et en d\u00e9veloppant en lui les \u00e9nergies divines. Le Tueur et le Dragon, le h\u00e9ros et la force qu&rsquo;il combat, sont donc toujours les \u00e9l\u00e9ments n\u00e9cessaires d&rsquo;une dialectique. Dans une belle \u00e9tude sur <em>la Doctrine du Sacrifice<\/em> <a id=\"ftnref3\" href=\"#ftn3\">[3]<\/a> , A. K. COOMARASWAMY retrouve la m\u00eame structure symbolique comme une des clefs de la mythologie hindoue : tandis que le sacrificateur et la victime sont ennemis mortels sur la sc\u00e8ne, ils sont Un et Esprit derri\u00e8re la sc\u00e8ne, o\u00f9 il n&rsquo;y a pas de contraires irr\u00e9ductibles; ainsi, ils sont \u00e0 la \u00a0fois deux et un: deux, si l&rsquo;on consid\u00e8re la situation sur un plan ph\u00e9nom\u00e9nal, et dans le cadre d&rsquo;une \u00e9nerg\u00e9tique; un, si l&rsquo;on prend en compte la surr\u00e9alit\u00e9 qui nous livre leur signification essentielle : \u00ab\u00a0ce qui doit \u00eatre envisag\u00e9 ext\u00e9rieurement ou logiquement comme une double op\u00e9ration faisant alterner le sommeil et la veille, la puissance et l&rsquo;acte, n&rsquo;est int\u00e9rieurement et r\u00e9ellement que la nature unique de l&rsquo;Identit\u00e9 supr\u00eame\u00a0\u00bb <a id=\"ftnref4\" href=\"#ftn4\">[4]<\/a>. On remarquera que ces situations conflictuelles sont la base aussi bien de la cosmogonie et de la th\u00e9ogonie que des \u00ab\u00a0gestes\u00a0\u00bb h\u00e9ro\u00efques plus tardives, int\u00e9riorisant cette mise en dialectique, et destin\u00e9es \u00e0 provoquer une m\u00e9ditation sur les valeurs essentielles qui font le sens de la vie. La multiplication des \u00e9preuves n&rsquo;est d&rsquo;ailleurs nullement gratuite, et nous verrons qu&rsquo;elles int\u00e8grent l&rsquo;ensemble des plans de la psych\u00e9, ou les diff\u00e9rentes \u00e9tapes de l&rsquo;initiation. Remarquons pour l&rsquo;instant que l&rsquo;action du h\u00e9ros-type, H\u00e9rakl\u00e8s, se situe toujours dans ce contexte : opposition \u00e0 des forces hostiles, mais aussi antagonismes \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur m\u00eame de sa personnalit\u00e9; tant\u00f4t, paillard, buveur, il est ancr\u00e9 dans la sensualit\u00e9 et la violence; tant\u00f4t, h\u00e9ros sot\u00e9rique, il est celui qui a vaincu le mal, gagn\u00e9 l&rsquo;apoth\u00e9ose par la souffrance, et il ouvre \u00e0 ses disciples la route de l&rsquo;immortalit\u00e9. Quant \u00e0 son action, elle est un m\u00e9lange de suj\u00e9tion, d&rsquo;humiliations (vis-\u00e0-vis d&rsquo;Eurysth\u00e9e, d&rsquo;Omphale&#8230;) et de victoires. Toutefois, ces contradictions, on le notera, ne sont qu&rsquo;apparentes, et elles se ram\u00e8nent \u00e0 une amplification, sous une forme dramatique, de ce qui est r\u00e9sum\u00e9 dans le statut ontologique d&rsquo;H\u00e9rakl\u00e8s : demi-dieu, attach\u00e9 \u00e0 la Terre par sa m\u00e8re mortelle, reli\u00e9 au ciel par son p\u00e8re immortel, il a en fait le visage de l&rsquo;homme : d\u00e9chir\u00e9 entre des tendances apparemment inconciliables (bestialit\u00e9 et spiritualit\u00e9; suj\u00e9tion et royaut\u00e9 ; humiliation et victoire); le combat entre ces antagonismes est n\u00e9cessaire et, men\u00e9 \u00e0 bien, il conduit \u00e0 leur\u00a0 propre d\u00e9passement : H\u00e9rakl\u00e8s sur le b\u00fbcher de l&rsquo;Oeta offre en holocauste la \u00ab\u00a0tunique de peau\u00a0\u00bb de son corps physique, symboliquement \u00e9voqu\u00e9e par la tunique du Centaure Nessos, et, lib\u00e9r\u00e9 par l&rsquo;ach\u00e8vement des Travaux, il acc\u00e8de \u00e0 l&rsquo;immortalit\u00e9 en \u00ab\u00a0corps glorieux\u00a0\u00bb <a id=\"ftnref5\" href=\"#ftn5\">[5]<\/a>. Relevons la remarquable aptitude du mythe \u00e0 exprimer, sous une forme vivante et imag\u00e9e, la notion, fondamentale, mais difficile \u00e0 expliciter sous une forme qui ne soit pas abstraite, de notre nature ambigu\u00eb, \u00e0 la fois double et une : double si l&rsquo;on consid\u00e8re un processus dynamique, une si l&rsquo;on envisage son essence.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">L&rsquo;En\u00e9ide de Virgile, dans une approche \u00e0 la fois fine et profonde, r\u00e9sout le m\u00eame probl\u00e8me de fa\u00e7on comparable. Sur sa route, En\u00e9e trouve les obstacles habituels \u00e0 la Qu\u00eate h\u00e9ro\u00efque (monstres, temp\u00eates, \u00e9preuves physiques et morales), mais aussi des adversaires \u00ab\u00a0privil\u00e9gi\u00e9s\u00a0\u00bb : Didon, Turnus, souvent si dignes d&rsquo;estime et d&rsquo;admiration qu&rsquo;on ne peut s&#8217;emp\u00eacher de d\u00e9plorer leur fin tragique, et de la juger imm\u00e9rit\u00e9e. Mais c&rsquo;est oublier qu&rsquo;un lien secret les unit \u00e0 En\u00e9e, dont ils sont les tentations, les fr\u00e8re et s\u0153ur infortun\u00e9s, les symboles de ce qu&rsquo;il aurait pu \u00eatre, et qu&rsquo;il doit d\u00e9passer <a id=\"ftnref6\" href=\"#ftn6\">[6]<\/a>. De m\u00eame, dans la l\u00e9gende des Horaces et des Curiaces, le combat contre l&rsquo;Autre et le combat contre Soi ne font plus qu&rsquo;un \u00e0 travers le meurtre \u2014 symbolique, l\u00e0 encore \u2014 de Camille, la s\u0153ur indigne; derri\u00e8re l&rsquo;apparente atrocit\u00e9, il est plus int\u00e9ressant de s&rsquo;attacher aux connotations psychologiques et ontologiques de l&rsquo;\u00e9pisode : le \u00ab\u00a0c\u00f4t\u00e9 de Camille\u00a0\u00bb pour Horace, le \u00ab\u00a0c\u00f4t\u00e9 de Didon\u00a0\u00bb pour En\u00e9e sont des doubles interdits; l&rsquo;apparente dualit\u00e9 (allant jusqu&rsquo;au meurtre) cache en fait une forme de la qu\u00eate de soi.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Il est un autre passage de l&rsquo;En\u00e9ide o\u00f9 Virgile r\u00e9sout une apparente dualit\u00e9 en unit\u00e9 plus essentielle : c&rsquo;est la description du Bouclier (En. VIII, 608-732) donn\u00e9 par V\u00e9nus \u00e0 En\u00e9e pour le garantir contre ses ennemis, mais aussi pour jouer le r\u00f4le d&rsquo;un v\u00e9ritable \u00ab\u00a0support de m\u00e9ditation\u00a0\u00bb. \u00a0L&rsquo;avenir de Rome y est repr\u00e9sent\u00e9 de telle fa\u00e7on que ces deux cat\u00e9gories<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">a priori de la perception, le temps et l&rsquo;espace, y sont \u00ab\u00a0\u00e9clat\u00e9es\u00a0\u00bb et d\u00e9pass\u00e9es dans une approche plus essentielle; les diff\u00e9rents \u00e9pisodes sont dispos\u00e9s en cercles concentriques et, \u00e0 travers cette vision \u00ab\u00a0circulaire\u00a0\u00bb, il est impossible d&rsquo;\u00e9tablir une chronologie, \u00ab\u00a0ici, l&rsquo;histoire de Rome n&rsquo;est plus racont\u00e9e, m\u00eame \u00e0 tr\u00e8s grands traits et avec des lacunes, elle est visualis\u00e9e dans un espace circonscrit et esth\u00e9tiquement organis\u00e9\u00a0\u00bb <a id=\"ftnref7\" href=\"#ftn7\">[7]<\/a> : ainsi, les sc\u00e8nes d\u00e9crites \u00ab\u00a0sortent du temps\u00a0\u00bb; \u00e0 travers elles, le temps se fait espace, et perd par l\u00e0 m\u00eame son attribut le plus \u00ab\u00a0banal\u00a0\u00bb : la lin\u00e9arit\u00e9. L\u00e0 encore, par-del\u00e0 une apparente h\u00e9t\u00e9rog\u00e9n\u00e9it\u00e9, appara\u00eet la profonde unit\u00e9 qui englobe l&rsquo;espace et le temps. Nous retrouvons Aristote \u00e9crivant que le temps n&rsquo;est que le nombre relatif au mouvement (Phys., IV, 11), mais aussi l&rsquo;Ai\u00f4n mithriaque, assimil\u00e9 au Kronos et au Saturne gr\u00e9co-latins, et apparent\u00e9 au Zervan iranien : comme lui, Zervan est par del\u00e0 les cat\u00e9gories spatio-temporelles habituelles, dans un temps et un espace \u00ab\u00a0absolus\u00a0\u00bb, et d&rsquo;ailleurs confondus, dont il est le symbole. Il est int\u00e9ressant d&rsquo;\u00e9tablir un parall\u00e9lisme avec cette autre fresque \u00e9pique et mythologique qu&rsquo;est le Parsifal de R.WAGNER : lorsque le jeune h\u00e9ros est conduit par le vieux Gurnemanz dans la tour du Graal, les tableaux sc\u00e9niques passent devant le p\u00e8lerin qui s&rsquo;arr\u00eate et dit : \u00ab\u00a0Je ne marche presque pas, et je me crois d\u00e9j\u00e0 loin\u00a0\u00bb. Gurnemanz lui r\u00e9pond : \u00ab\u00a0Vois-tu, mon fils, le temps se transforme ici en espace\u00a0\u00bb <a id=\"ftnref8\" href=\"#ftn8\">[8]<\/a>.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">L\u00e0 o\u00f9 nous croyons percevoir une dualit\u00e9, il y a donc en fait une unit\u00e9; deux ne font qu&rsquo;un, dans certaines structures symboliques du mythe et de l&rsquo;\u00e9pop\u00e9e; ou plus exactement, le m\u00eame objet d&rsquo;analyse se pr\u00e9sente \u00e0 la fois dans le cadre d&rsquo;une dualit\u00e9 (insistant sur la notion de dynamique et de compl\u00e9mentarit\u00e9) et d&rsquo;une unit\u00e9 (insistant sur son origine essentielle). Pour transcrire cette secr\u00e8te parent\u00e9 des apparents adversaires, et le difficile probl\u00e8me de cette nature \u00e0 la fois une et double, certains mythes insistent sur la r\u00e9pugnance du h\u00e9ros \u00e0 tuer l&rsquo;\u00eatre qui lui est oppos\u00e9 : Mithra n&rsquo;\u00e9gorge le taureau que sur l&rsquo;ordre du Soleil, et il le fait avec tristesse ; Isis refuse de faire p\u00e9rir Typhon, qui a tu\u00e9 Osiris ; dans la mythologie hindoue, Indra r\u00e9pugne \u00e0 tuer le Titan Namuci. C&rsquo;est \u00e0 cause du lien \u00e9troit qui unit P\u00e2ndava et Kaurava qu&rsquo;Arjuna, dans la Bhagavad-G\u00eeta, h\u00e9site \u00e0 poursuivre le combat.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">D&rsquo;autres r\u00e9cits apportent une r\u00e9ponse encore plus subtile \u00e0 ce probl\u00e8me de \u00ab\u00a0deux en un\u00a0\u00bb, en faisant appara\u00eetre une structure ternaire : on ne comprend la relation entre le Sacrifiant et le Sacrifi\u00e9 que si l&rsquo;on passe par un troisi\u00e8me terme, le Sacrifice, qui les d\u00e9passe et les englobe. De m\u00eame, dans le Cantique des Cantiques, le lien profond qui unit l&rsquo;Amant et l&rsquo;Aim\u00e9e, c&rsquo;est l&rsquo;Amour. De surcro\u00eet, le rapport attendu entre les protagonistes est souvent invers\u00e9 : si c&rsquo;est une divinit\u00e9 qui est mise \u00e0 mort (le Christ, Osiris, Dionysos, Vritra, etc&#8230;), elle est toujours le sacrifice, et le sacrifiant est toujours la victime. Ce d\u00e9passement du rapport \u00ab\u00a0logique\u00a0\u00bb appara\u00eet particuli\u00e8rement bien dans la l\u00e9gende de Gauvain et du Chevalier Vert, telle que l&rsquo;analyse A. COOMARASWAMY <a id=\"ftnref9\" href=\"#ftn9\">[9]<\/a>. Elle est d&rsquo;ailleurs inspir\u00e9e d&rsquo;un \u00e9pisode identique de la geste du h\u00e9ros irlandais C\u00fbchulainn. Le jour de l&rsquo;An, \u00e0 la cour du roi Arthur, tout le monde est \u00e0 table, mais le repas n&rsquo;est pas commenc\u00e9. En fait, ce \u00ab\u00a0repas\u00a0\u00bb, dont la date (le renouveau de l&rsquo;An, appelant un sacrifice qui, co\u00efncidant avec le Sacrifice originel, le r\u00e9g\u00e9n\u00e8re, et le perp\u00e9tue dans sa Vie \u00e9ternelle) n&rsquo;est pas indiff\u00e9rente, est sacrificiel et eucharistique : il ne pourra commencer que lorsque le Sacrifice aura \u00e9t\u00e9 accompli. Dans ce contexte chevaleresque et \u00e9pique, le sacrifice va se manifester sous forme d&rsquo;une Epreuve et d&rsquo;un Miracle : arrive alors un \u00e9tranger, le Chevalier Vert, qui d\u00e9fie<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">un chevalier de le d\u00e9capiter, \u00e0 condition de s&rsquo;exposer au m\u00eame sort un an plus tard. Gauvain rel\u00e8ve le d\u00e9fi, et d\u00e9capite le Chevalier Vert ; celui-ci part alors, sa t\u00eate sous .le bras, en sommant Gauvain de tenir sa paroles Le moment venu, Gauvain va au rendez-vous assign\u00e9, mais le Chevalier Vert lui fait gr\u00e2ce de la vie et devient son ami. L&rsquo;\u00e9pisode, dans son ensemble, rappelle aux preux arthuriens que mort et vie ne se jugent pas en termes d&rsquo;opposition, mais de compl\u00e9mentarit\u00e9, et qu&rsquo;elles sont unies dans un processus qui les d\u00e9passe et les int\u00e8gre ; le sacrifi\u00e9, que l&rsquo;on croyait mort, revit et devient le sacrificateur. D&rsquo;autre part, le Sacrifice implique \u00e0 la fois un acte de d\u00e9sint\u00e9gration et de r\u00e9int\u00e9gration, c&rsquo;est-\u00e0-dire qu&rsquo;il nous donne le secret de la gen\u00e8se de tout acte cr\u00e9ateur authentique, et que, par-l\u00e0, il permet de perp\u00e9tuer les forces de Vie. On comprend alors que le Chevalier soit \u00ab\u00a0vert\u00a0\u00bb : s&rsquo;il est vrai que, depuis l&rsquo;Orphisme, la lumi\u00e8re de l&rsquo;Esprit est repr\u00e9sent\u00e9e comme verte, le \u00ab\u00a0rayon vert\u00a0\u00bb de l&rsquo;herm\u00e9tisme est vecteur de mort aussi bien que de vie. Il est donc associ\u00e9, plus pr\u00e9cis\u00e9ment, \u00e0 la notion de r\u00e9demption, d&rsquo;alchimie spirituelle ; c&rsquo;est sans doute pour cela que les artistes du Moyen-Age peignaient en vert la Croix, symbole de la r\u00e9g\u00e9n\u00e9ration de l&rsquo;humanit\u00e9 gr\u00e2ce au sacrifice du Christ, &#8230;et que le vase du Graal, objet de la qu\u00eate arthurienne, est, lui aussi, vert.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">La mise en sc\u00e8ne de ces apparents paradoxes est donc destin\u00e9e \u00e0 produire un effet de choc sur celui qui les consid\u00e8re : en nous surprenant, elle a pour but de \u00ab\u00a0casser\u00a0\u00bb le regard habituel que nous portons sur les choses. Le lecteur, lorsqu&rsquo;il reprend son souffle, d\u00e9couvre que les apparentes oppositions initiales sont abolies et d\u00e9pass\u00e9es dans une vision plus essentielle. Il retrouve alors, par une autre voie, le message de toutes les grandes traditions : l&rsquo;Ancien Testament (\u00ab\u00a0Je tue et je fais vivre\u00a0\u00bb, Deut\u00e9ronome, XXXII, 39), mais aussi le message du Christ dans les Evangiles canoniques (Matthieu, X, 39 : \u00ab\u00a0Qui trouve sa vie la perdra ; et qui perd sa vie \u00e0 cause de moi la trouvera\u00a0\u00bb) ou apocryphes (\u00ab\u00a0L\u00e0 o\u00f9 est le commencement, l\u00e0 sera la fin. Heureux celui qui se tiendra dans le commencement, et il conna\u00eetra la fin et il ne go\u00fbtera pas de la mort\u00a0\u00bb, Ev. selon Thomas, log.18), l&rsquo;enseignement des Pr\u00e9socratiques (H\u00e9raclite, fragm. 55 : \u00ab\u00a0Nous entrons et nous n&rsquo;entrons pas dans les m\u00eames fleuves, nous sommes et ne sommes pas\u00a0\u00bb ; fragm.71: \u00ab\u00a0Vivre de mort et mourir de vie\u00a0\u00bb), ou celui des Veda (Rigveda, X, 121, 2 : \u00ab\u00a0Il est le Supr\u00eame dont l&rsquo;ombre est la vie et la mort\u00a0\u00bb), repris par les ma\u00eetres de sagesse (Krishnamurti : \u00ab\u00a0Vous d\u00e9couvrirez que la vie et la mort sont unes\u00a0\u00bb) .<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: center;\">2 &#8211; Le corollaire : la voie de l&rsquo;harmonie et de la compl\u00e9mentarit\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Cette premi\u00e8re s\u00e9rie de situations symboliques, dans les mythes et l&rsquo;\u00e9pop\u00e9e, est donc destin\u00e9e \u00e0 mettre le lecteur \u00e0 la fois en \u00e9tat de choc et de r\u00e9ceptivit\u00e9, \u00e0 cr\u00e9er en lui un sentiment de malaise, de vide \u00e0 combler, de m\u00e9diocrit\u00e9 et de pauvret\u00e9 personnelle en face des espaces sublimes entrevus. Faisant preuve d&rsquo;une remarquable efficacit\u00e9 psychologique, mythe et \u00e9pop\u00e9e proposent alors, parall\u00e8lement, une autre voie, plus \u00ab\u00a0maternelle\u00a0\u00bb : celle d&rsquo;une prise en charge, d&rsquo;une aide destin\u00e9e \u00e0 r\u00e9pondre \u00e0 la question que se pose alors le lecteur de bonne volont\u00e9 : comment puis-je, moi, me situer, m&rsquo;immerger dans ces courants d&rsquo;\u00e9nergie ? Comment les trouver en action en moi ? Comment, en les canalisant, puis-je \u00eatre utile aux autres et \u00e0 moi-m\u00eame ? Il y a l\u00e0 une m\u00e9ditation qui se veut plus directement op\u00e9rative que la pr\u00e9c\u00e9dente, et qui d\u00e9bouche sur une praxis. Mythe et \u00e9pop\u00e9e ne manquent pas d&rsquo;y r\u00e9pondre, \u00e0 travers les exemples qu&rsquo;ils nous proposent. Ainsi, dans les mythes, les gestes h\u00e9ro\u00efques sont plus particuli\u00e8rement le prolongement ontologique de la th\u00e9ologie et de la cosmologie, qui \u00e9taient la r\u00e9v\u00e9lation d&rsquo;une gen\u00e8se ; apr\u00e8s la r\u00e9ponse au \u00ab\u00a0pourquoi ?\u00a0\u00bb, c&rsquo;est la r\u00e9ponse au \u00ab\u00a0comment ?\u00a0\u00bb qui nous est propos\u00e9e.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans ce contexte, les situations mythiques se regroupent autour de deux voies : certaines montrent ce dont il faut se garder, et d&rsquo;autres proposent l&rsquo;exemple \u00e0 suivre. Les unes exorcisent le danger d&rsquo;une chute, les autres proposent les chemins de la Remont\u00e9e et de la lutte essentielle.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans la mythologie, il existe deux modalit\u00e9s de la chute : l&rsquo;orgueil, l&rsquo;exaltation, et le renoncement, la banalisation <a id=\"ftnref10\" href=\"#ftn10\">[10]<\/a>. Il est tout \u00e0 fait remarquable de constater que ces deux voies recoupent les deux directions que peuvent prendre des comportements psychotiques, tels que nous les d\u00e9crit la psychanalyse une forme paroxystique, d\u00e9mesur\u00e9e, d\u00e9bouchant sur la parano\u00efa et la perte de contact avec le r\u00e9el ; \u00e0 l&rsquo;oppos\u00e9, une hypotension conduisant le sujet \u00e0 la d\u00e9pression, au renoncement, au suicide, et l&rsquo;amenant aussi \u00e0 se \u00ab\u00a0banaliser\u00a0\u00bb, c&rsquo;est-\u00e0-dire \u00e0 dissoudre sa personnalit\u00e9 dans le collectif, en se r\u00e9glant sur le milieu, les conventions sociales, l&rsquo;opinion des autres, les pr\u00e9jug\u00e9s.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">On comprend comment cette voie \u00ab\u00a0maternelle\u00a0\u00bb, elle aussi est anagogique, et ce de fa\u00e7on compl\u00e9mentaire par rapport \u00e0 la &lsquo;\u00a0\u00bbvoie paradoxale\u00a0\u00bb: celle-ci nous faisait entrevoir l&rsquo;Esprit, et nous tirait symboliquement vers le haut ; celle-l\u00e0 int\u00e8gre notre psych\u00e9, et ses diff\u00e9rents plans de fonctionnement, dans l&rsquo;ensemble de la d\u00e9marche spirituelle, et la fait ainsi participer \u00e0 cette m\u00e9tamorphose de l&rsquo;\u00eatre, cette alchimie spirituelle, qu&rsquo;elle enrichit de sa substance et qui la transfigure en m\u00eame temps : d&rsquo;o\u00f9 un mouvement qui tend \u00e0 int\u00e9grer, \u00e0 \u00ab\u00a0ramener d&rsquo;en bas\u00a0\u00bb, cette fois, les forces de ce qu&rsquo;il est convenu d&rsquo;appeler l&rsquo;inconscient.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans le premier des deux groupes composant la voie \u00ab\u00a0maternelle\u00a0\u00bb, nous trouvons bien s\u00fbr Icare et son r\u00eave de vol sanctionn\u00e9 par une chute (sc\u00e9nario bien connu des onirologues), mais aussi les grands supplici\u00e9s du Tartare : Tantale qui, invit\u00e9 au banquet des Dieux, avait cru pouvoir leur rendre la pareille, non sans tomber dans la perversion et la monstruosit\u00e9 (le sacrifice de son fils P\u00e9lops) , et Ixion, qui commet le m\u00eame genre de faute (orgueil, d\u00e9mesure, perte du sens des vraies valeurs) o\u00f9 le sexe joue le m\u00eame r\u00f4le symbolique que la nourriture pour Tantale.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Le deuxi\u00e8me groupe est celui des victimes de la banalisation : Midas, qui cache ses oreilles d&rsquo;\u00e2ne sous un bonnet phrygien, et pr\u00e9f\u00e8re de ce fait passer pour un d\u00e9bauch\u00e9 plut\u00f4t que de reconna\u00eetre sa faute et surtout \u0152dipe, constamment aveugl\u00e9 (symboliquement, puis r\u00e9ellement) dans sa qu\u00eate des fausses valeurs : le pouvoir, les d\u00e9sirs terrestres le Sphinx, dans la formulation de son \u00e9nigme (\u00ab\u00a0Quel est l&rsquo;animal qui&#8230;, etc\u00a0\u00bb), avait pourtant d\u00e9j\u00e0 pos\u00e9 l&rsquo;\u00e9quation homme-animal, qui est la tentation et le drame d&rsquo;\u0152dipe ; mais celui-ci, tout fier d&rsquo;avoir d\u00e9couvert l&rsquo;\u00e9nigme (par une d\u00e9duction purement intellectuelle) , n&rsquo;en avait pas compris le sens profond qui, lui, est spirituel ; son drame est finalement de ne pas avoir \u00e9t\u00e9 meilleur que son p\u00e8re, beaucoup plus que d&rsquo;avoir couch\u00e9 avec sa m\u00e8re (ce qui n&rsquo;est que la cons\u00e9quence de son drame personnel, et la transcription de son \u00e9chec).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">En face de ces personnages d\u00e9chus, et pour ainsi dire en contrepoint, il est une lign\u00e9e h\u00e9ro\u00efque qui montre les voies de la Remont\u00e9e. H\u00e9rakl\u00e8s en est certainement l&rsquo;arch\u00e9type. Sa \u00ab\u00a0geste\u00a0\u00bb met admirablement en valeur, \u00e0 travers la vari\u00e9t\u00e9 des Travaux, le sens que les r\u00e9cits mythiques entendent donner \u00e0 l\u2019action, et la fa\u00e7on dont cette action int\u00e9grer, dans une harmonie, l&rsquo;ensemble des plans psychiques de celui qui la m\u00e8ne.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans l&rsquo;En\u00e9ide, nous trouvons une structure comparable ; En\u00e9e fait l&rsquo;exp\u00e9rience, en lui-m\u00eame, de la tentation : tentation de la violence, mais aussi de la peur, du suicide, du renoncement, de tout ce qui transcrit, \u00e0 travers une hypertension ou une hypotension, un vertige, une perte de coh\u00e9rence de son Moi essentiel. A mesure qu&rsquo;il progresse, il ma\u00eetrise son propre psychisme, et dans les quatre derniers livres de l&rsquo;En\u00e9ide, il sait exactement pourquoi il se bat, comme Arjuna \u00e0 la fin de la Bhagavad-G\u00eet\u00e2. Les processus de compl\u00e9mentarit\u00e9 s&rsquo;\u00e9tablissent alors par rapport aux autres, associ\u00e9s au projet h\u00e9ro\u00efque, en contrepoint, comme Turnus et Didon, \u00ab\u00a0doubles\u00a0\u00bb infortun\u00e9s du h\u00e9ros, dont la combustion est n\u00e9cessaire \u00e0 sa propre assomption, ou positivement, comme les deux peuples (Etrusques et Latins) qui s&rsquo;allient aux Troyens pour constituer l&rsquo;entit\u00e9 physique, morale et spirituelle qui deviendra Rome <a id=\"ftnref11\" href=\"#ftn11\">[11]<\/a>; mais on retrouve, comme dans le mythe, une ambigu\u00eft\u00e9\u00a0 essentielle au c\u0153ur de chaque groupe (celle-l\u00e0 m\u00eame qui \u00e9tait, initialement, dans le c\u0153ur du h\u00e9ros) : il existe des \u00ab\u00a0bons\u00a0\u00bb Etrusques, guid\u00e9s par Tarchon, et alli\u00e9s \u00e0 En\u00e9e, mais aussi une s\u00e9cession de \u00ab\u00a0mauvais\u00a0\u00bb Etrusques, command\u00e9s par M\u00e9zence et associ\u00e9s \u00e0 Turnus : tant il est vrai que chaque \u00e9nergie est bipolaris\u00e9e, qu&rsquo;elle n&rsquo;est ni bonne ni mauvaise, qu&rsquo;elle devient ce qu&rsquo;on en fait ; par cons\u00e9quent, rien n&rsquo;est jamais acquis, tout est toujours \u00e0 conqu\u00e9rir. C&rsquo;est cette conception \u00ab\u00a0dosto\u00efeveskienne\u00a0\u00bb de la vie morale qui faisait \u00e9crire \u00e0 B. OTIS, \u00e0 propos de Virgile, \u00ab\u00a0In addition to Virgil&rsquo;s obvious moralism&#8230; , there is his humanity, his feeling for what is humanly admirable in the \u00ab\u00a0bad\u00a0\u00bb characters and for what is humanly blameworthy in the \u00ab\u00a0good\u00a0\u00bb <a id=\"ftnref12\" href=\"#ftn12\">[12]<\/a>.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Ainsi, l&rsquo;action se fait don, \u00e0 partir du moment o\u00f9 le sujet a pris conscience de la fausse importance de son ego, et de sa vraie relation au monde. Agir, ce n&rsquo;est plus agir pour soi ; encore moins agir par agitation pure ; c&rsquo;est agir \u00ab\u00a0en soi\u00a0\u00bb, pour les autres, ou plut\u00f4t pour Dieu \u00e0 travers les autres. On comprend mieux alors que, dans la qu\u00eate h\u00e9ro\u00efque, l&rsquo;action soit de m\u00eame nature que le sacrifice ; c&rsquo;est la le\u00e7on de la Bhagavad-G\u00eeta : le sage agit pour le maintien du monde ; mais il le fait en sachant que la loi du monde est le sacrifice, et que celui qui la viol\u00e9 ne peut obtenir la ma\u00eetrise ni ici-bas ni dans l&rsquo;au-del\u00e0 (Bhagavad-G\u00eeta, IV, 15 ; IV, 31) <a id=\"ftnref13\" href=\"#ftn13\">[13]<\/a>. C&rsquo;est aussi le message de l&rsquo;En\u00e9ide, et on le voit tr\u00e8s bien dans cette splendide pri\u00e8re du livre XII o\u00f9, d\u00e9tach\u00e9 de tout d\u00e9sir et de toute volont\u00e9 de puissance, il peut dire : \u00ab\u00a0nec\u00a0 mihi\u00a0 regna peto\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0et ce n&rsquo;est pas pour moi que je demande le pouvoir\u00a0\u00bb (En. XII, 190) , et se situer ainsi par-del\u00e0 cette forme de l&rsquo;action, et m\u00eame de la possession ; c&rsquo;est, en quelque sorte, la \u00ab\u00a0vraie\u00a0\u00bb pri\u00e8re, qui d\u00e9passe la pri\u00e8re \u00e9go\u00efste\u00a0\u00bb et n\u00e9gative du livre I (v. 94-101) , o\u00f9 il souhaitait la mort comme une d\u00e9livrance \u00e0 ses souffrances, et la pri\u00e8re \u00ab\u00a0classique\u00a0\u00bb du livre V (v. 687-692), o\u00f9 il r\u00e9clamait de l&rsquo;aide pour continuer sa mission: il ne demande plus rien, il rend gr\u00e2ces. On comprend alors pourquoi H\u00e9rakl\u00e8s est assujetti aux ordres d&rsquo;Eurysth\u00e9e, et pourquoi les Travaux sont accomplis en expiation d&rsquo;une faute initiale qui l&rsquo;avait pouss\u00e9, sous l&rsquo;effet d&rsquo;un coup de folie d\u00fb \u00e0 la malveillance d&rsquo;H\u00e9ra, \u00e0 massacrer les enfants qu&rsquo;il avait eus de M\u00e9gare : cette constante humilit\u00e9 l&rsquo;oblige \u00e0 toujours s&rsquo;effacer, \u00e0 consid\u00e9rer qu&rsquo;il fait don de sa bravoure, de son courage, qu&rsquo;il les offre pour son rachat, et donc \u00e0 assimiler ses exploits \u00e0 autant de sacrifices. Ainsi s&rsquo;explique l&rsquo;ambigu\u00eft\u00e9 du personnage \u00e0 la fois triomphant et humili\u00e9 ; ce sont l\u00e0 des symboles destin\u00e9s \u00e0 exprimer l&rsquo;aspect total de son sacrifice ; H\u00e9rakl\u00e8s est celui qui s&rsquo;est engag\u00e9 \u00e0 \u00ab\u00a0renoncer aux fruits de ses actes\u00a0\u00bb, comme En\u00e9e, et comme Arjuna dans la Bhagavad-G\u00eeta : \u00ab\u00a0Abandonnant tout attachement au fruit de l&rsquo;acte&#8230;, il a beau s&rsquo;engager dans l&rsquo;action, il ne \u00ab\u00a0fait\u00a0\u00bb absolument rien\u00a0\u00bb (IV, 20).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Cette action qui peut sauver est n\u00e9cessairement pl\u00e9nitude : dans son rapport au monde, le h\u00e9ros fait intervenir, dans une harmonie et une compl\u00e9mentarit\u00e9, toutes les forces de son psychisme ; c&rsquo;est-\u00e0-dire qu&rsquo;il n&rsquo;exclut rien, il ne rejette rien ; il canalise, il utilise, il construit. Il n&rsquo;est pas question d&rsquo;\u00e9liminer ce qui est consid\u00e9r\u00e9 comme mauvais, dans un raidissement st\u00e9rile et limitatif (ce fut sans doute une des limites du Sto\u00efcisme). Les Travaux d&rsquo;H\u00e9rakl\u00e8s peuvent \u00eatre d\u00e9chiffr\u00e9s comme une psychanalyse r\u00e9ussie, en ceci que, sur les neufs premiers Travaux, deux repr\u00e9sentent une victoire contre le P\u00e8re (le Lion de N\u00e9m\u00e9e et le Sanglier d&rsquo;Erymanthe), et que les sept autres mettent en sc\u00e8ne la lutte essentielle contre la M\u00e8re, sous ses diff\u00e9rents visages : harmoniser en soi le P\u00e8re et la M\u00e8re mythiques, masculin et f\u00e9minin, n&rsquo;est-ce pas r\u00e9aliser un \u00e9quilibre, c&rsquo;est-\u00e0-dire assurer une circulation possible des \u00e9nergies qui nous habitent et qui nous traversent ? En\u00e9e lui aussi acc\u00e8de \u00e0 cet \u00e9tat, et ce beau vers du livre IV, \u00ab\u00a0mens immota manet, lacrimae volvontur inanes\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0son esprit demeure in\u00e9branlable, et c&rsquo;est en vain que coulent ses larmes\u00a0\u00bb (v.449) , montre que \u00ab\u00a0masculin\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0f\u00e9minin\u00a0\u00bb se sont combattus en lui avant de se compl\u00e9ter et que, chez lui, la compassion et la tendresse coexistent avec l&rsquo;immuable rigueur de la volont\u00e9 <a id=\"ftnref14\" href=\"#ftn14\">[14]<\/a>; de m\u00eame, et sur un autre plan, les Latins s&rsquo;affronteront \u00e0 En\u00e9e avant de devenir un des \u00e9l\u00e9ments constitutifs de Rome qui se cr\u00e9e.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Ainsi, ces visages du mythe et de l&rsquo;\u00e9pop\u00e9e servent de support \u00e0 un message spirituel particuli\u00e8rement important et complet, puisqu&rsquo;ils nous r\u00e9v\u00e8lent un mouvement dialectique pr\u00e9sidant \u00e0 tout processus cr\u00e9ationnel :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2014 une \u00ab\u00a0voie de la rigueur\u00a0\u00bb destin\u00e9e \u00e0 nous faire prendre conscience du vrai visage de l&rsquo;homme et du monde ; elle peut \u00eatre brutale, utilise le paradoxe, et recherche le choc r\u00e9v\u00e9lateur.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2014 parall\u00e8lement, une \u00ab\u00a0voie de la cl\u00e9mence\u00a0\u00bb, qui unit, compl\u00e8te, harmonise, et cherche \u00e0 nouer des liens ; il est \u00e9vident que cette force chaleureuse et tranquille rassure beaucoup plus qu&rsquo;elle n&rsquo;effraie ou d\u00e9range ; mais elle ne peut \u00eatre utile que si elle est utilis\u00e9e en\u00a0 relation\u00a0 avec\u00a0 la premi\u00e8re.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Ces deux voies tendent au m\u00eame but : la premi\u00e8re d\u00e9c\u00e8le l&rsquo;unit\u00e9 derri\u00e8re l&rsquo;apparente multiplicit\u00e9 ; la seconde recr\u00e9e l&rsquo;Un enrichi \u00e0 partir du multiple.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">(A suivre)<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>ASPECTS DU PROCESSUS DE CREATION\u00a0: L&rsquo;UNION, LE COMBAT, LA MORT Par Jo\u00ebl THOMAS<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">(Revue Epign\u00f4sis. N<sup>o<\/sup> II, 2<sup>\u00e8me<\/sup> cahier. Octobre 1983)<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">(suite)<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>II &#8211; LA FAUSSE \u00ab\u00a0MORT DU H\u00c9ROS\u00a0\u00bb, ET LA NOTION DE TRANSFERT :<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Mythe et \u00e9pop\u00e9e nous montrent donc que l&rsquo;Union et le Combat, l&rsquo;Action et le Sacrifice, apparemment oppos\u00e9s, sont en fait secr\u00e8tement unis, et r\u00e9v\u00e8lent alors une R\u00e9alit\u00e9 essentielle. Le comprendre, c&rsquo;est \u00e9chapper \u00e0 la hantise de la mort, du vieillissement, de la lime du temps. Or force est de constater que la figure h\u00e9ro\u00efque ne r\u00e9siste pourtant pas elle-m\u00eame \u00e0 l&rsquo;\u00e9rosion du temps, et qu&rsquo;elle \u00e9volue profond\u00e9ment, \u00e0 mesure qu&rsquo;on la suit dans la litt\u00e9rature d&rsquo;Europe occidentale. D&rsquo;abord se manifestent des menaces ; des fissures, des craquelures apparaissent dans l&rsquo;\u00e9difice, les signes de l&rsquo;obscurcissement de l&rsquo;univers \u00e9pique se multiplient : l&rsquo;anneau magique, l&rsquo;\u00e9p\u00e9e invincible, Excalibur, sont bris\u00e9s, perdus, prisonniers du rocher ou engloutis dans les eaux pour une p\u00e9riode plus ou moins longue. On s&rsquo;aper\u00e7oit alors que l&rsquo;univers \u00e9pique ob\u00e9it \u00e0 des lois pour ainsi dire biologiques de vieillissement ; elles ont \u00e9t\u00e9 fort bien mises en \u00e9vidence par G. LUKACS dans sa <em>Th\u00e9orie du Roman<\/em> <a id=\"ftnref15\" href=\"#ftn15\">[15]<\/a>, et par ses \u00e9pigones (entre autres, P. GOLDMANN et M. ROBERT) : le roman succ\u00e8de \u00e0 l&rsquo;\u00e9pop\u00e9e par une in\u00e9luctable loi de l&rsquo;\u00e9volution des genres. Quant au \u00ab\u00a0h\u00e9ros\u00a0\u00bb, il est vrai que, depuis le Don Quichotte, il tend \u00e0 \u00eatre de plus en plus pr\u00e9sent\u00e9 comme une caricature de lui-m\u00eame, une sorte d&rsquo; antih\u00e9ros m\u00e9diocris\u00e9, sur lequel p\u00e8se de plus en plus lourdement le poids d&rsquo;une superstructure sociale, d&rsquo;une phantasmatique personnelle, d&rsquo;un entourage <a id=\"ftnref16\" href=\"#ftn16\">[16]<\/a>. Il se rabougrit, se r\u00e9fugie dans des zones plus obscures, plus marginales (le western, la bande dessin\u00e9e, le roman policier), s&rsquo;\u00e9gare dans les m\u00e9andres labyrinthiques de la ville, ou se perd dans les sables du d\u00e9sert, comme le lieutenant Drogo du tr\u00e8s beau <em>D\u00e9sert des Tartares<\/em> de D. BUZZATI. Son action est de plus en plus n\u00e9gative, \u00e0 travers les r\u00e9voltes des personnages d&rsquo;A. CAMUS et de J.P.\u00a0 SARTRE, conscients d&rsquo;une situation devenue absurde : dans le <em>Voyage au bout de la nuit<\/em> de L.F. C\u00c9LINE, la Qu\u00eate traditionnelle est totalement invers\u00e9e et \u00ab\u00a0d\u00e9samorc\u00e9e\u00a0\u00bb, puisqu&rsquo;au terme du voyage, il y a encore, et toujours, la nuit. Le h\u00e9ros perdra jusqu&rsquo;\u00e0 son identit\u00e9, comme le Joseph K. du <em>Proc\u00e8s<\/em> de F. KAFKA, ou son personnage de la M\u00e9tamorphose, qui se transforme en insecte \u00e0 la carapace min\u00e9rale, symbole de sa r\u00e9gression dans un monde v\u00e9g\u00e9tatif et indiff\u00e9renci\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Toutefois, et devant l&rsquo;affirmation de G. LUKACS comme quoi le roman succ\u00e8de in\u00e9luctablement \u00e0 l&rsquo;\u00e9pop\u00e9e, il convient de bien s&rsquo;entendre sur le sens des mots, et de soigneusement distinguer l&rsquo;\u00e9pop\u00e9e en tant que \u00ab\u00a0genre\u00a0\u00bb litt\u00e9raire et artistique, d\u00e9termin\u00e9 en partie par la soci\u00e9t\u00e9 qui l&rsquo;a engendr\u00e9, de l&rsquo;\u00e9pop\u00e9e vecteur d&rsquo;arch\u00e9types transcrivant une approche de la spiritualit\u00e9. Confondre ces deux \u00ab\u00a0visages\u00a0\u00bb de l&rsquo;\u00e9pop\u00e9e serait confondre contenant et contenu, corps et esprit. Car lorsque l&rsquo;univers \u00e9pique se \u00ab\u00a0scl\u00e9rose\u00a0\u00bb, pour reprendre l&rsquo;expression de M. ROBERT, le message qui s&rsquo;exprimait par son canal, et qui, lui, ne change pas et ne vieillit pas, repart, et trouve d&rsquo;autres voies, mieux adapt\u00e9es \u00e0 sa diffusion dans un monde qui a chang\u00e9. Il peut \u00eatre occult\u00e9, plus ou moins longtemps, dans des p\u00e9riodes peu propices \u00e0 sa manifestation ; mais, dans ta mesure o\u00f9 toute forme de cr\u00e9ation participe de ces \u00e9nergies fondamentales, il n&rsquo;est pas d&rsquo;exemple o\u00f9 il ne se soit r\u00e9v\u00e9l\u00e9 d&rsquo;une fa\u00e7on ou d&rsquo;une autre.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">En particulier, une des voies les plus permanentes \u2014 mais pas les plus \u00e9videntes \u2014 est celle du folklore, des contes, d&rsquo;une grande invariance, \u00e0 travers une tradition qui fut longtemps orale. On serait frapp\u00e9 par leur aspect asocial, souvent cruel, et particuli\u00e8rement peu adapt\u00e9 aux jeunes esprits auxquels il s&rsquo;adresse, si l&rsquo;on ne soup\u00e7onnait une autre lecture, int\u00e9rieure et profonde, dont on mesure mal les effets sur une part inconsciente du psychisme. B. BETTELHEIM lui-m\u00eame, pourtant fid\u00e8le \u00e0 une interpr\u00e9tation des contes de f\u00e9es relevant d&rsquo;une psychanalyse freudienne, propose une explication du symbolisme des nains de Blanche-Neige tr\u00e8s voisine de celle que nous donnons infra <a id=\"ftnref17\" href=\"#ftn17\">[17]<\/a>. Il ajoute\u00a0: \u00ab\u00a0Ces rapprochements ne signifient pas grand-chose pour l&rsquo;enfant moderne\u00a0\u00bb ; certes, mais on pourrait en dire tout autant de n&rsquo;importe quel enfant, auquel les savantes sp\u00e9culations alchimiques devaient demeurer bien \u00e9trang\u00e8res. Et pourtant, elles sont l\u00e0, faciles \u00e0 identifier. Leur signification ne passe donc pas par une culture, elles doivent agir \u00e0 un autre niveau et sur un autre plan de l&rsquo;\u00eatre, et la curieuse permanence de ces contes tend \u00e0 montrer, empiriquement, leur efficacit\u00e9 et leur aptitude \u00e0 assumer, assez myst\u00e9rieusement il est vrai, une forme de \u00ab\u00a0p\u00e9dagogie\u00a0\u00bb en profondeur. Or le \u00ab\u00a0message\u00a0\u00bb symbolique du conte n&rsquo;est pas fondamentalement diff\u00e9rent de celui des mythes. Il le prolonge, en s&rsquo;occultant quelque peu, et perp\u00e9tue donc une forme d&rsquo;enseignement symbolique.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">On retrouve, dans le conte, la m\u00eame dialectique de \u00ab\u00a0deux en un\u00a0\u00bb : pas plus que dans le mythe et dans l&rsquo;\u00e9pop\u00e9e initiatique, il ne convient d&rsquo;opposer relations amoureuses et relations conflictuelles ; elles ne sont que l&rsquo;expression, sous une forme diff\u00e9rente, de la m\u00eame r\u00e9alit\u00e9 essentielle, et l&rsquo;incertitude de l&rsquo;univers des contes le montre bien : l&rsquo;\u00e9pouse hideuse devient une belle jeune fille ; Peau d&rsquo;Ane a l&rsquo;air r\u00e9pugnant jusqu&rsquo;\u00e0 sa m\u00e9tamorphose ; quant \u00e0 l&rsquo;Amour, il se cache soigneusement, dans le conte d&rsquo;Eros et Psych\u00e9. On ne saurait donc s&rsquo;en tenir aux apparences.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">A partir de l\u00e0, l&rsquo;anthropologie de la m\u00e9tamorphose s&rsquo;organise en fonction des m\u00eames processus : s\u00e9rie d&rsquo;\u00e9preuves, qui sont en fait des obstacles stimulants, destin\u00e9s \u00e0 r\u00e9v\u00e9ler la personnalit\u00e9 profonde, puis d\u00e9nouement, transcrit symboliquement par l&rsquo;union entre le h\u00e9ros et l&rsquo;h\u00e9ro\u00efne. L&rsquo;existence de diff\u00e9rents plans ontologiques chez l&rsquo;\u00eatre humain (avec les complications que cela implique par rapport au sens de l&rsquo;action) trouvera, elle, son expression \u00e0 travers la dramatisation des rapports h\u00e9ros-h\u00e9ro\u00efne ; ils sont nos deux \u00ab\u00a0soi\u00a0\u00bb : l&rsquo;Esprit immanent et immortel, et l&rsquo;\u00c2me individuelle, ou le Moi, Eros et Psych\u00e9. Ils sont en guerre l&rsquo;un contre l&rsquo;autre, et il ne peut y avoir de paix entre eux tant que l&rsquo;\u00e2me, Psych\u00e9, n&rsquo;a pas \u00e9t\u00e9 domin\u00e9e. D\u00e9j\u00e0, chez Apul\u00e9e, c&rsquo;est le beau conte d&rsquo;Eros et Psych\u00e9 qui, dans les M\u00e9tamorphoses, sert de mod\u00e8le \u00e0 Lucius (dont le nom, rappelons-le, veut dire : lumi\u00e8re), et qui donne la meilleure approche de ce \u00ab\u00a0combat\u00a0\u00bb de l&rsquo;Esprit et de l&rsquo;Ame : en doutant de la r\u00e9alit\u00e9 d&rsquo;Eros, Psych\u00e9 a bris\u00e9 leur union, qu&rsquo;elle devra reconqu\u00e9rir ch\u00e8rement par des \u00e9preuves initiatiques. C&rsquo;est seulement en accomplissant rituellement \u00ab\u00a0en soi\u00a0\u00bb ce mariage sacr\u00e9 que l&rsquo;image bris\u00e9e de la d\u00e9it\u00e9 immanente peut \u00eatre reconstitu\u00e9e. Pour en avoir dout\u00e9, Orph\u00e9e perd Eurydice. Quant \u00e0 Lucius, lorsque, au bout de ses \u00e9preuves, il aura v\u00e9cu de l&rsquo;int\u00e9rieur et fait sien l&rsquo;exemplum du conte, il obtiendra de \u00ab\u00a0changer de peau\u00a0\u00bb. L&rsquo;histoire de Blanche-Neige reprend la m\u00eame th\u00e9matique, et ressemble beaucoup au conte d&rsquo;Amour et Psych\u00e9 : avant qu&rsquo;elle ne soit enlev\u00e9e par le Prince Charmant, son aventure symbolise parfaitement ce \u00ab\u00a0chemin de la r\u00e9demption\u00a0\u00bb dont nous parlions. Psych\u00e9, d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9e de la perte de son amant divin, apr\u00e8s avoir couru le monde \u00e0 sa recherche, s&rsquo;en revient un jour frapper \u00e0 la porte d&rsquo;Aphrodite. En la voyant toujours aussi belle, Aphrodite lui lac\u00e8re le visage et en fait son esclave. T\u00e2ches les plus dures, rebuffades, humiliations deviennent son lot quotidien. Elle les supporte, et triomphe des \u00e9preuves initiatiques. Eros pardonne, et Zeus charge Herm\u00e8s de faire boire l&rsquo;ambroisie \u00e0 Psych\u00e9. On ne peut manquer de remarquer que l&rsquo;histoire de Blanche-Neige est construite sur un sc\u00e9nario tr\u00e8s voisin, et qu&rsquo;ainsi, le roman d&rsquo;Apul\u00e9e, qui int\u00e8gre la mythologie traditionnelle (les dieux de l&rsquo;Olympe, etc&#8230;), mais qui s&rsquo;ouvre d\u00e9j\u00e0 vers ce que sera la structure du conte, sert de \u00ab\u00a0pont\u00a0\u00bb, d&rsquo;\u00e9l\u00e9ment de transition entre les r\u00e9cits mythiques gr\u00e9co-romains traditionnels, et les contes du folklore d&rsquo;Europe occidentale. Blanche-Neige, autre image de la psych\u00e9, a \u00e9t\u00e9 empoisonn\u00e9e par le fruit de l&rsquo;Arbre du Bien et du Mal (puisque la pomme est pour moiti\u00e9 empoisonn\u00e9e, pour moiti\u00e9 saine), et sera sauv\u00e9e, gu\u00e9rie par le Prince Charmant solaire et h\u00e9ro\u00efque ; leur mariage transcrira cette pl\u00e9nitude enfin r\u00e9alis\u00e9e dans l&rsquo;harmonie de l&rsquo;Esprit et de la Psych\u00e9 r\u00e9unis.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Quant aux Nains, ils l&rsquo;aident, ils la prot\u00e8gent et la nourrissent, mais ils ne peuvent la gu\u00e9rir. Il est tr\u00e8s int\u00e9ressant de comparer ces nains m\u00e9tallurgistes et mineurs aux Nibelungen de la T\u00e9tralogie wagn\u00e9rienne : dans le folklore occidental, ces gnomes cherchant des tr\u00e9sors dans la montagne symbolisent nos puissances \u00e9l\u00e9mentaires ; leur pr\u00e9sence et leur r\u00f4le s&rsquo;expliquent justement par le fait que la parcelle, l&rsquo;\u00e9tincelle divine et immortelle en germe dans l&rsquo;\u00eatre humain est pr\u00e9sent\u00e9e comme ensevelie sous le poids des forces r\u00e9gressives de l&rsquo;\u00eatre, et compar\u00e9e \u00e0 un tr\u00e9sor cach\u00e9, ou \u00e0 un filon aurif\u00e8re ; d&rsquo;o\u00f9 le travail dans les mines, accompagn\u00e9 d&rsquo;une m\u00e9tallurgie, qui n&rsquo;est pas sans rappeler l&rsquo;alchimie, avec ses connotations spirituelles ; les \u00e9tapes de la transmutation du plomb en or, \u00e0 travers les trois \u00ab\u00a0\u0153uvres\u00a0\u00bb, transcrivent elles aussi une \u00e9volution spirituelle <a id=\"ftnref18\" href=\"#ftn18\">[18]<\/a>. Mais les Nains, comme les Nibelungen et leur chef Alberich, ne sont que des gardiens, et seront d\u00e9poss\u00e9d\u00e9s de leur tr\u00e9sor, dont ils ne peuvent tirer profit eux-m\u00eames, c&rsquo;est-\u00e0-dire qu&rsquo;ils symbolisent des forces \u00e9l\u00e9mentaires de l&rsquo;\u00eatre (ce que nous appelons l\u00a0\u00bbinconscient\u00a0\u00bb, mais qui repr\u00e9sente en fait tout notre \u00eatre virtuel, encore \u00ab\u00a0endormi\u00a0\u00bb ; on pense \u00e0 l&rsquo;histoire des \u00ab\u00a0Sept Dormants\u00a0\u00bb du Koran (Sourate XVIII): eux aussi sont sept, et eux aussi sont associ\u00e9s au th\u00e8me du sommeil et de la renaissance) , qui doivent s&rsquo;effacer au profit de forces plus \u00e9labor\u00e9es spirituellement, le moment venu : l\u00a0\u00bb&lsquo;or\u00a0\u00bb est toujours l\u00e0, \u00ab\u00a0gard\u00e9\u00a0\u00bb tant que nous ne sommes pas \u00e0 m\u00eame de l&rsquo;exploiter nous-m\u00eames et de le ramener \u00e0 la lumi\u00e8re, avec laquelle il se confond alors.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">La lecture symbolique des contes nous montre que le \u00ab\u00a0message\u00a0\u00bb des mythes ne se perd pas. C&rsquo;est un des exemples attestant la vitalit\u00e9 de ce vaste r\u00e9seau d&rsquo;\u00e9nergies qu&rsquo;est le monde arch\u00e9typal, et dont les r\u00e9surgences sont assur\u00e9es, par-del\u00e0 le temps et l&rsquo;espace. Les contes ne sont qu&rsquo;un des habits dont se travestit le mythe ; nous avons vu que ce message \u00e9tait \u00e0 la fois bien particulier dans ses structures, tr\u00e8s stable, et touchant \u00e0 des zones profondes de l&rsquo;\u00eatre. Il en est bien d&rsquo;autres, ils sont pour ainsi dire d&rsquo;une infinie vari\u00e9t\u00e9. Les cr\u00e9ateurs le savent bien, et particuli\u00e8rement les po\u00e8tes, qui se sont toujours sentis en sympathie, et comme participant d&rsquo;une grande fraternit\u00e9, par-del\u00e0 les oppositions formelles des \u00ab\u00a0genres\u00a0\u00bb et des cultures. R. CHAR est fascin\u00e9 par H\u00e9raclite, HOLDERLIN par Emp\u00e9docle, le h\u00e9ros de <em>la Modification<\/em> de M. BUTOR lit Virgile, J. JOYCE appelle son roman \u00ab\u00a0initiatique\u00a0\u00bb <em>Ulysse<\/em>, SAINT-JOHN-PERSE voit dans la po\u00e9sie un \u00ab\u00a0mode de vie int\u00e9grale\u00a0\u00bb o\u00f9 le sens du divin survit \u00e0 l&rsquo;\u00e9croulement des mythologies et des religions sous leur forme \u00ab\u00a0institutionnelle\u00a0\u00bb ; A. ARTAUD s&rsquo;inspire dans sa cr\u00e9ation, combien novatrice et per\u00e7ue comme r\u00e9volutionnaire, de la tr\u00e8s traditionnelle Kabbale et des pouvoirs du mantra, retrouvant, par d&rsquo;autres voies, une relation mystique entre le moi et le monde ; dans <em>La Clef des Champs<\/em>, A. BRETON affirme que le mot d&rsquo;ordre du Surr\u00e9alisme est \u00ab\u00a0l&rsquo;espoir &lsquo;persistant dans la dialectique (celle d&rsquo;H\u00e9raclite, de Ma\u00eetre Eckhart, de Hegel) pour la r\u00e9solution des antinomies qui accablent l&rsquo;homme\u00a0\u00bb ; P.VAL\u00c9RY \u00e9crit que tous les livres constituent \u00ab\u00a0une histoire de l&rsquo;esprit qui pourrait m\u00eame se faire sans que le nom d&rsquo;un \u00e9crivain y f\u00fbt prononc\u00e9\u00a0\u00bb, et rejoint J.L.BORGES, sa Biblioth\u00e8que de\u00a0 Babel et son Aleph o\u00f9 temps et espace sont abolis, BORGES qui dit, dans Fictions, on a \u00e9tabli que toutes les \u0153uvres sont l&rsquo;\u0153uvre d&rsquo;un seul auteur qui est intemporel et anonyme\u00a0\u00bb. De ces quelques approches se d\u00e9gage, croyons-nous, l&rsquo;id\u00e9e d&rsquo;une belle vitalit\u00e9 de la po\u00e9sie contemporaine, et de la cr\u00e9ativit\u00e9 en g\u00e9n\u00e9ral.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Il ne faut donc pas \u00eatre dupe de cette \u00ab\u00a0mort du h\u00e9ros\u00a0\u00bb si souvent attest\u00e9e dans la litt\u00e9rature contemporaine. Elle n&rsquo;est pas la mort de l&rsquo;esprit qui l&rsquo;habite. Elle est simplement le constat que l'\u00a0\u00bbordre ancien\u00a0\u00bb n&rsquo;est plus viable, et que les modes d&rsquo;expression des symboles doivent se renouveler, s&rsquo;ils veulent \u00eatre perceptibles \u00e0 des soci\u00e9t\u00e9s en profonde \u00e9volution. Dans la litt\u00e9rature contemporaine, les h\u00e9ros meurent parce qu&rsquo;ils ne sont plus \u00ab\u00a0habit\u00e9s\u00a0\u00bb, et qu&rsquo;ils perp\u00e9tuent des gestes, un r\u00e9pertoire d\u00e9sormais vid\u00e9s de leur contenu. Mais tous les exemples que nous avons emprunt\u00e9s au domaine de la po\u00e9sie, et le fait que les contes soient toujours entendus avec le m\u00eame plaisir par nos jeunes enfants, montrent que les grandes forces arch\u00e9typales sont toujours l\u00e0 ; elles transmigrent seulement, et en ce moment m\u00eame se cr\u00e9ent, par une dynamique qui ne s&rsquo;interrompt jamais, de nouvelles formes d&rsquo;expression qui permettent de leur redonner un \u00ab\u00a0corps\u00a0\u00bb en harmonie avec notre temps. Tout discours sur l'\u00a0\u00bbobscurcissement\u00a0\u00bb de notre \u00e9poque est sans doute excessif, parce que confondant formes et fond ; les formes ont vieilli, et il est normal, biologique, qu&rsquo;elles meurent ; mais le fond est \u00e9ternel, et anim\u00e9 d&rsquo;une jeunesse qui le projette dans des cr\u00e9ations toujours renouvel\u00e9es. L&rsquo;\u0153uvre d&rsquo;art a ceci en commun avec l&rsquo;homme qui la cr\u00e9e qu&rsquo;elle s&rsquo;enrichit \u00e0 la fois du contact de l&rsquo;esprit manifest\u00e9 en elle, et de la mati\u00e8re, des formes particuli\u00e8res (un psychisme, une soci\u00e9t\u00e9, une \u00ab\u00a0coloration\u00a0\u00bb unique du monde) qui servent \u00e0 l&rsquo;exprimer. A un moment o\u00f9 nous connaissons notre int\u00e9riorit\u00e9, mieux que nous n&rsquo;avons jamais pu le faire (\u00e0 travers la psychanalyse et la psychologie des profondeurs), o\u00f9 d&rsquo;autre part nous pouvons acc\u00e9der \u00e0 l&rsquo;univers des symboles (\u00e0 travers anthropologie, ethnologie, histoire des mythes et des religions), il serait \u00e9tonnant que, de cette relation, ne naisse pas un effet multiplicateur qui donne le jour \u00e0 l&rsquo;homme pluridimensionnel <a id=\"ftnref19\" href=\"#ftn19\">[19]<\/a>, l'\u00a0\u00bbhomme total\u00a0\u00bb de C.G.JUNG, celui qui retrouvera, par-del\u00e0 la dispersion et la d\u00e9sint\u00e9gration qui le menacent, cette Unit\u00e9 primordiale dont nous avons essay\u00e9 de d\u00e9chiffrer certains visages, \u00e0 travers situations \u00e9piques, mythiques et folkloriques ; l&rsquo;Esprit n&rsquo;est donc pas mort, mais il souffle o\u00f9 il veut, et c&rsquo;est \u00e0 nous de le d\u00e9couvrir sous des formes nouvelles, sans doute balbutiantes, sans doute difficiles, mais certainement prometteuses. Les personnages mythiques sont nos \u00e9ternels pr\u00e9d\u00e9cesseurs sur cette voie qu&rsquo;il appartient \u00e0 tout homme de d\u00e9couvrir et de gravir lui-m\u00eame : la Qu\u00eate se poursuit, chaque jour, partout, et \u00e0 l&rsquo;infini.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<hr style=\"text-align: justify;\" size=\"1\" \/>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a id=\"ftn1\" href=\"#ftnref1\">[1]<\/a> Cf. R.LINSSEN, <em>Le Zen, sagesse d&rsquo;Extr\u00eame-Orient : un nouvel art de vivre ?<\/em> Marabout Universit\u00e9, Verviers, 1969, pp.205-208 : le tireur doit co\u00efncider avec la cible.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a id=\"ftn2\" href=\"#ftnref2\">[2]<\/a> Soulignons ici que ces trois types de r\u00e9cits sont \u00e0 la fois marginalis\u00e9s et importants ; marginalis\u00e9s parce que, enti\u00e8rement fictifs, ils ne semblent pas \u00ab\u00a0en prise\u00a0\u00bb sur l&rsquo;action, et peuvent donc \u00eatre jug\u00e9s, dans une analyse simpliste, comme de simples divertissements sans utilit\u00e9 r\u00e9elle ; de plus, de nos jours, l&rsquo;\u00e9pop\u00e9e se r\u00e9f\u00e8re \u00e0 des \u00e9poques r\u00e9volues : elle est donc \u00ab\u00a0en conserve\u00a0\u00bb ; mais on peut aussi remarquer que les trois domaines consid\u00e9r\u00e9s sont particuli\u00e8rement aptes \u00e0 jouer le r\u00f4le de vecteurs spirituels, parce qu&rsquo;ils font appel aux couches profondes de notre imagination symbolique (les mythes ; l&rsquo;\u00e9pop\u00e9e), ou parce qu&rsquo;ils s&rsquo;adressent \u00e0 des consciences enfantines, c&rsquo;est-\u00e0-dire en train de se former, et donc susceptibles d&rsquo;une profonde et myst\u00e9rieuse r\u00e9ceptivit\u00e9 (les contes).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\"><a id=\"ftn3\" href=\"#ftnref3\">[3]<\/a> A.K.COOMARASWAMY, <em>La Doctrine du\u00a0 Sacrifice<\/em>, Paris, Dervy, 1978<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a id=\"ftn4\" href=\"#ftnref4\">[4]<\/a> A.K.COOMARASWAMY, op.cit.p.75<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a id=\"ftn5\" href=\"#ftnref5\">[5]<\/a> Sur la \u00ab\u00a0tunique de peau\u00a0\u00bb, cf. le symbole du \u00ab\u00a0changement de peau\u00a0\u00bb dans les M\u00e9tamorphoses d&rsquo;Apul\u00e9e. On retrouve le m\u00eame th\u00e8me chez Proclus, Philon d&rsquo;Alexandrie, Gr\u00e9goire de Nysse, et chez Saint Paul, qui nous parle de d\u00e9pouiller le \u00ab\u00a0vieil homme\u00a0\u00bb (Rom. XIII, 12). Platon, lui, compare l&rsquo;\u00e9corchement de Marsyas \u00e0 la destruction d&rsquo;un homme dans son mal et \u00e0 sa r\u00e9apparition dans le bien (Euthyd\u00e8me, 285).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a id=\"ftn6\" href=\"#ftnref6\">[6]<\/a> Pour plus de d\u00e9tails sur ce d\u00e9veloppement, cf. J.THOMAS, <em>Structures\u00a0 de l&rsquo;Imaginaire dans l&rsquo;En\u00e9ide<\/em>, Paris, Belles Lettres, 1981, pp.248-252.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a id=\"ftn7\" href=\"#ftnref7\">[7]<\/a> J.P.BRISSON, \u00ab\u00a0<em>Temps historique et temps mythique dans l&rsquo;En\u00e9ide<\/em>\u00ab\u00a0, Vergiliana, Leiden, Brill, 1971,\u00a0 p.65<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a id=\"ftn8\" href=\"#ftnref8\">[8]<\/a> Cf. E.BINDEL, <em>Les El\u00e9ments spirituels des Nombres, Paris<\/em>, Payot, 1960, p.149<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a id=\"ftn9\" href=\"#ftnref9\">[9]<\/a> A. K. COOMARASWAMY, op . cit., chap. \u00a0III<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a id=\"ftn10\" href=\"#ftnref10\">[10]<\/a> Cf. P. DIEL, <em>Le symbolisme\u00a0 dans la mythologie grecque, \u00e9tude psychanalytique<\/em>, Paris, Payot, 1952 (\u00e9d. revue, \u00ab\u00a0Petite Biblioth\u00e8que Payot\u00a0\u00bb, 197 5)<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a id=\"ftn11\" href=\"#ftnref11\">[11]<\/a> Sur l&rsquo;ensemble de ce d\u00e9veloppement, et pour plus de d\u00e9tails, cf. J.THOMAS, op. cit., en particulier pp.26-189. Sur le point particulier de la compl\u00e9mentarit\u00e9 entre les trois peuples, cf. G.DUMEZIL, <em>Mythe\u00a0 et Epop\u00e9e<\/em>, tome I, chap. intitul\u00e9 \u00ab\u00a0Un dessein de Virgile\u00a0\u00bb, pp.337-424, Paris, Gallimard, 1968.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a id=\"ftn12\" href=\"#ftnref12\">[12]<\/a> B. OTIS, <em>Virgil,<\/em> <em>A study in civilized poetry<\/em>, Oxford, Oxf. Univers. Press, 1964, p.391<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a id=\"ftn13\" href=\"#ftnref13\">[13]<\/a> Message qui est sur bien des points comparable \u00e0 celui des Sto\u00efciens ; cf. notre article, \u00ab\u00a0<em>S\u00e9n\u00e8que et la Bhagavad-G\u00eet\u00e2<\/em>\u00ab\u00a0.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a id=\"ftn14\" href=\"#ftnref14\">[14]<\/a> Cf. Y.A.DAUGE. \u00ab\u00a0<em>V\u00e9nus, En\u00e9e et l&rsquo;Androgyne. Herm\u00e9neutique virgilienne<\/em>\u00a0\u00bb Cahiers internationaux de Symbolisme, n\u00b035-36, 1978, p.92<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a id=\"ftn15\" href=\"#ftnref15\">[15]<\/a> G. LUKACS, <em>La Th\u00e9orie du Roman<\/em> (trad. fr.) , chap. \u00ab\u00a0Epop\u00e9e et roman\u00a0\u00bb, Paris, Gonthier, 1963.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a id=\"ftn16\" href=\"#ftnref16\">[16]<\/a> On constate la m\u00eame chose, dans la litt\u00e9rature latine, \u00e0 propos du Satiricon de P\u00e9trone. Cf. J. THOMAS, <em>Le d\u00e9passement du quotidien dans l\u2019En\u00e9ide<\/em>, les M\u00e9tamorphoses d&rsquo;Apul\u00e9e et le Satiricon. Essai sur trois univers imaginaires.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a id=\"ftn17\" href=\"#ftnref17\">[17]<\/a> B. BETTELHEIM, <em>Psychanalyse des Contes de F\u00e9es<\/em>, Paris, R. Laffont, 1976, pp.263-264.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a id=\"ftn18\" href=\"#ftnref18\">[18]<\/a> Dans l&rsquo;En\u00e9ide, c&rsquo;est Vulcain, le cr\u00e9ateur du Bouclier d&rsquo;En\u00e9e, qui joue le r\u00f4le de l&rsquo;Alchimiste ; cf. J. THOMAS, <em>Structures de l&rsquo;Imaginaire dans l&rsquo;En\u00e9ide<\/em>, pp.279-280.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a id=\"ftn19\" href=\"#ftnref19\">[19]<\/a> Par opposition \u00e0 l\u00a0\u00bb&lsquo;homme unidimensionnel\u00a0\u00bb d\u00e9j\u00e0 d\u00e9nonc\u00e9 par MARCUSE comme une forme d'\u00a0\u00bbinfirmit\u00e9\u00a0\u00bb ontologique li\u00e9e \u00e0 notre temps.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le lecteur d&rsquo;\u00e9pop\u00e9es, ou de ces fables sublimes que sont les mythes, ne manquera pas d&rsquo;\u00eatre frapp\u00e9 par les sentiments contradictoires qui l&rsquo;animent, lorsqu&rsquo;il est confront\u00e9 \u00e0 ces univers imaginaires : m\u00e9lange d&rsquo;attraction (pour des personnages s\u00e9duisants ou admirables) et de r\u00e9pulsion (pour des monstres, physiques ou moraux); sentiment de bien-\u00eatre, de communion, de tendresse, ou au contraire impression d&rsquo;un clivage consid\u00e9rable, d&rsquo;une distance entre l&rsquo;id\u00e9al et le monde v\u00e9cu; crainte d&rsquo;un P\u00e8re arch\u00e9typal, rigoureux et s\u00e9v\u00e8re, montrant des voies escarp\u00e9es, presque inaccessibles, ou amour d&rsquo;une M\u00e8re rayonnant le bonheur et rendant tout facile par sa simple pr\u00e9sence. 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