{"id":7125,"date":"2011-05-19T22:35:10","date_gmt":"2011-05-19T21:35:10","guid":{"rendered":"http:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/?p=7125"},"modified":"2011-09-17T22:08:23","modified_gmt":"2011-09-17T21:08:23","slug":"tradition-modernite-et-au-dela-par-kenneth-white","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/tradition-modernite-et-au-dela-par-kenneth-white\/","title":{"rendered":"Tradition, modernit\u00e9 &#8230;Et au-del\u00e0 par Kenneth White"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\">(Revue 3<sup>e<\/sup> Mill\u00e9naire. N<sup>o<\/sup> 5 ancienne s\u00e9rie. Novembre-D\u00e9cembre 1982)<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: right;\">\u00ab<em>Comment \u00e9chapper \u00e0 cette \u00e9poque <\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: right;\"><em>moderne, et r\u00e9apprendre <\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: right;\"><em>respirer<\/em>? \u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: right;\">(William Carlos Williams)<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Po\u00e8te, \u00e9crivain et amoureux de toutes les traditions, Kenneth White propose, dans cette \u00e9tude, de r\u00e9aliser une synth\u00e8se heureuse de tous les enseignements disponibles qu&rsquo;ils soient d&rsquo;extr\u00eame-Orient, d&rsquo;Orient, survivance du celtisme, du juda\u00efsme ou du christianisme. Par cette synth\u00e8se qui nous est offerte l&rsquo;homme peut, s&rsquo;il le veut, r\u00e9ellement progresser et d\u00e9velopper cette spiritualit\u00e9 qui lui fait tant d\u00e9faut.<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Voici une grande ville moderne, avec des ensembles b\u00e9tonn\u00e9s. Qu&rsquo;est-ce qui frappe d&rsquo;abord? La circulation. Des \u00e9nergies individuelles, des id\u00e9es? Non. Des autos. N&rsquo;insistons pas sur les nuisances mineures comme les gaz d&rsquo;\u00e9chappement et le bruit infernal. Au-del\u00e0 des nuisances, il y a l&rsquo;\u00e9norme ennui de la vie moderne, d\u00fb principalement au fait que nous vivons sous la dictature d&rsquo;un syst\u00e8me technicien monstrueux et monotone. Un historien de la culture des villes, Lewis Mumford, appelle cela une cacotopie. C&rsquo;est \u00e7a, pas une utopie, ce r\u00eave que l&rsquo;Occident poursuit depuis au moins Platon, une cacotopie. Et dans le m\u00eame ordre d&rsquo;id\u00e9es, mais dans un langage plus cru, quelqu&rsquo;un a dit que la modernit\u00e9, quand on met la logique historique (Antiquit\u00e9 &#8211; Moyen Age &#8211; Modernit\u00e9, n&rsquo;est-ce pas?) entre parenth\u00e8ses, et qu&rsquo;on regarde vraiment ce qui est l\u00e0, eh bien, c&rsquo;est tout simplement de la merdonit\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Gigantisme. Surpopulation. Logique r\u00e9ductrice. Organisation Man (celui qui ne vit que pour la \u00abbo\u00eete\u00bb). D\u00e9b\u00e2cle. Collapse. Effet dinosaure. Faux progr\u00e8s. Gangr\u00e8ne. D\u00e9gradation rapide. D\u00e9t\u00e9rioration de l&rsquo;environnement. Etouffement. Surm\u00e9dicalisation. Pollution. Saturation. N\u00e9crose. Homme unidimensionnel. Entropie. Croissance canc\u00e9reuse&#8230;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">J&rsquo;aligne l\u00e0 p\u00eale-m\u00eale quelques termes pris dans toute une s\u00e9rie de livres parus ces derni\u00e8res ann\u00e9es sur la \u00abcrise de la modernit\u00e9\u00bb. On pourrait continuer la liste. Mais \u00e0 quoi bon? Tout le monde est au courant.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Alors, que faire?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Je pense \u00e0 une phrase de Val\u00e9ry, dans ses Cahiers : \u00ab<em>Il n&rsquo;y a qu&rsquo;une chose \u00e0 faire: se refaire. Ce n&rsquo;est pas simple<\/em>.\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Et je pense \u00e0 un autre passage des m\u00eames Cahiers o\u00f9 Val\u00e9ry \u00e9voque ces moines du Moyen Age qui, constatant la fin d&rsquo;une civilisation, s&rsquo;isolaient et \u00e9crivaient d&rsquo;immenses po\u00e8mes \u2014 pour personne (mais qui sait?).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Le but serait donc celui-ci: essayer de maintenir et de d\u00e9velopper la notion d&rsquo;une vie compl\u00e8te et d&rsquo;une action souveraine (j&#8217;emprunte le terme \u00e0 Georges Bataille), c&rsquo;est-\u00e0-dire non subordonn\u00e9e \u00e0 des programmes utilitaires imm\u00e9diats, mais se voulant \u00e0 la mesure, tant soit peu, du monde: ce monde que nous avons perdu de vue en cr\u00e9ant nos cit\u00e9s.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">S&rsquo;isoler (plus ou moins) \u2014 en vue d&rsquo;une activit\u00e9 qui ne soit pas un activisme. Et en vue d&rsquo;un monde qui ne soit ni mondain ni immonde (encore que tout compte fait, je pr\u00e9f\u00e8re l&rsquo;immonde au mondain: le pur est plus proche de l&rsquo;impur que du st\u00e9rile).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: center;\">* *<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Le mauvais coup de Descartes<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Quand on prend ainsi ses distances et qu&rsquo;on se situe en dehors des cat\u00e9gories en cours, les cat\u00e9gories subversives et oppositionnelles y comprises, on est suspect. Dans un pays tr\u00e8s politis\u00e9 et sectaris\u00e9 comme la France, par exemple, pour les gens de droite, on sera de gauche, pour les gens de gauche, on sera de droite, et pour les centristes, on sera&#8230; excentrique. On ne peut que rire en attendant moins de myopie. A la question: \u00abComment vous situeriez-vous sur l&rsquo;\u00e9chiquier politique?\u00bb, Kostas Axelos r\u00e9pond: \u00abAu-dessus et \u00e0 gauche de la distinction entre droite et gauche. Musique \u2014 pratiquement inaudible \u2014 de chambre et de plein air.\u00bb Pour \u00e9largir un peu le d\u00e9bat, et pour rire un peu, disons que l&rsquo;animal cosmopo\u00e9tique (pal\u00e9olithique et postmoderne?) n&rsquo;entend pas la m\u00eame musique que l&rsquo;animal politique (seulement politique) dont le syst\u00e8me d&rsquo;appr\u00e9hension et de compr\u00e9hension a \u00e9t\u00e9 \u00e9tabli par Aristote. Ce syst\u00e8me d&rsquo;appr\u00e9hension et de compr\u00e9hension ayant men\u00e9 \u00e0 la cacotopie que tout le monde constate, qui sait si le moment n&rsquo;est pas venu pour tout le monde d&rsquo;essayer d&rsquo;entendre autre chose.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Aujourd&rsquo;hui, les discours que l&rsquo;on entend sont soit politiques soit techno-scientifiques. Ce dont je parle c&rsquo;est d&rsquo;un art, d&rsquo;un art-de-vie fondamental, qui ne s&rsquo;int\u00e8gre facilement ni \u00e0 \u00abla culture\u00bb ni \u00e0 la polis telle qu&rsquo;elle est.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab<em>La connaissance la plus approfondie, <\/em>dit encore Val\u00e9ry,<em> ne peut qu&rsquo;\u00eatre un art, et non une science. Un art du gouvernement et du maniement de soi-m\u00eame, un art de susciter, d&rsquo;arr\u00eater, d&rsquo;utiliser, de d\u00e9velopper&#8230; le tout soi-m\u00eame<\/em>.\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">On dira, \u00e9videmment, l&rsquo;ambiance \u00e9tant aussi psychologis\u00e9e \u00e0 l&rsquo;extr\u00eame, que cela est \u00abnarcissique\u00bb (pr\u00e9cisons en passant que le mythe de Narcisse n&rsquo;a rien \u00e0 voir avec le narcissisme psychologique), donc r\u00e9pr\u00e9hensible. Ce fut la critique adress\u00e9e en France au livre de Roszak, <em>L&rsquo;Homme Plan\u00e8te<\/em> (livre de second rang, certes, mais il en faut pour ouvrir la voie \u00e0 des \u0153uvres primordiales), qui fut une tentative pour d\u00e9passer, du moins en esprit, en changeant de discours, la s\u00e9paration de l&rsquo;homme et du monde qui est \u00e0 la base de notre culture (et qui remonte aux id\u00e9alistes grecs et aux anti-naturalistes chr\u00e9tiens), et dont la formule la plus frappante a \u00e9t\u00e9 trouv\u00e9e par Descartes quand il \u00e9tablit la fameuse et n\u00e9faste distinction entre la res cogitans (la chose pensante, l&rsquo;homme) et la res extensa (la chose \u00e9tendue, la nature). Avec cette formule, Descartes marque tr\u00e8s nettement le d\u00e9but de la modernit\u00e9, o\u00f9 la nature \u2014 ou le dehors (das Aussen), comme dira Rilke, afin d&rsquo;aller plus loin que la Naturschw\u00e4rmerei romantique \u2014 dispara\u00eet de plus en plus, au profit (?) d&rsquo;un \u00eatre cogitant qui ne sait plus o\u00f9 donner de la t\u00eate (heureusement qu&rsquo;il y a les ordinateurs).<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">* *<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Se d\u00e9-faire pour se re-faire<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">On peut \u2014 il faut \u00eatre lucide \u2014 se rendre compte de toutes les difficult\u00e9s, de toute la masse de la m\u00e9diocrit\u00e9, cultiv\u00e9e ou non, et, pire, de toute puissance de la m\u00e9diocratie, mais ce n&rsquo;est pas une raison pour se r\u00e9fugier dans la d\u00e9lectation morose ou pour faire un hara-kiri intellectuel. Il y a encore du possible.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Adolescent, je relisais souvent cette page de Camus (Noces) un peu trop path\u00e9tique peut-\u00eatre \u00e0 notre go\u00fbt actuel, mais peu importe, il faut saluer de tels textes qui ont pu jalonner une voie. Je cite donc (je cite souvent, on me le reproche, mais c&rsquo;est par reconnaissance):<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab<em>Quand j&rsquo;habitais Alger, je patientais toujours dans l&rsquo;hiver parce que je savais qu&rsquo;en une nuit, une seule nuit froide et pure de f\u00e9vrier, les amandiers de la vall\u00e9e des Consuls se couvriraient de fleurs blanches&#8230; Ce n&rsquo;est pas l\u00e0 un symbole. Nous ne gagnerons pas notre bonheur avec des symboles. Il y faut plus de s\u00e9rieux&#8230; La m\u00e9ditation de leur exemple m&rsquo;enseigne que si l&rsquo;on veut sauver l&rsquo;esprit, il faut ignorer ses vertus g\u00e9missantes et exalter sa force et ses prestiges. Ce monde est empoisonn\u00e9 de malheurs et semble s&rsquo;y complaire. Il est tout entier livr\u00e9 \u00e0 ce mal que Nietzsche appelait l&rsquo;esprit de lourdeur. N&rsquo;y pr\u00eatons pas la main. Il est vain de pleurer sur l&rsquo;esprit, il suffit de travailler pour lui<\/em>.\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Revenons \u00e0 cette notion: se refaire. Afin d&rsquo;\u00e9viter tout attachement un peu trop raide \u00e0 des valeurs et \u00e0 des vertus, il me semble que ce re-faire doit passer par un d\u00e9-faire, ce qui n&rsquo;implique pas une d\u00e9faite, mais une dissolution.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">A la premi\u00e8re page de son livre (qu&rsquo;il d\u00e9die \u00e0 Mumford, celui qui parlait de cacotopie), Roszak cite l&rsquo;Irlandais Yeats: \u00ab<em>Les choses se d\u00e9sint\u00e8grent, le centre ne peut tenir, l&rsquo;anarchie est l\u00e2ch\u00e9e sur le monde<\/em>\u00bb, et il commente: \u00ab<em>Ainsi se lamentait William Butler Yeats dans l&rsquo;une de ses plus c\u00e9l\u00e8bres proph\u00e9ties apocalyptiques sur le XX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle. Mais parfois, une soci\u00e9t\u00e9 se d\u00e9sint\u00e8gre en lib\u00e9rant de l&rsquo;\u00e9nergie. Et ce qui peut para\u00eetre de l&rsquo;anarchie du point de vue du centre bien assis d&rsquo;une culture, est peut-\u00eatre la naissance difficile d&rsquo;un ordre social nouveau qui sera demain plus humain. Il existe des formes de d\u00e9sint\u00e9gration cr\u00e9atives<\/em>.\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Ne pensons pas trop vite \u00e0 un \u00abordre social nouveau\u00bb (on retomberait dans de vieilles orni\u00e8res), consid\u00e9rons ces lib\u00e9rations d&rsquo;\u00e9nergie. L&rsquo;une des plus grandes s&rsquo;appelle Nietzsche.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Nietzsche dit beaucoup de choses, dont la plupart sont d&rsquo;une importance primordiale et mondiale (d&rsquo;autres \u00e9tant \u00e0 mettre sur le compte d&rsquo;une situation psychologique personnelle), mais ce qui compte en premier lieu, c&rsquo;est cette danse d&rsquo;\u00e9nergie, r\u00e9jouissante en elle-m\u00eame.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Nietzsche, c&rsquo;est le possible. Ni l&rsquo;\u00eatre, ni le n\u00e9ant \u2014 le possible. Et le possible se pr\u00e9sente sous les apparences de la multiplicit\u00e9, du foisonnement et de la turbulence, car aucun concept ne le contient, aucune \u00e9tiquette ne le couvre. Chaoticisme, dirais-je. L&rsquo;id\u00e9e devient femme, dit Nietzsche. La logique se transforme en \u00e9rotique, la v\u00e9rit\u00e9 en vertige, et la personne, lib\u00e9r\u00e9e de la dict\u00e9e socio-morale, en passion de l&rsquo;inconnu. La vie et la pens\u00e9e, la vie de la pens\u00e9e et la pens\u00e9e de la vie, deviennent un chef d&rsquo;\u0153uvre inconnu.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab<em>Le vieux ma\u00eetre n&rsquo;a pas \u00e9branch\u00e9<\/em>\u00bb, \u00e9crit Michel Serres \u00e0 propos du peintre du chef d&rsquo;\u0153uvre inconnu dans le roman de Balzac, il n&rsquo;a pas \u00e9barb\u00e9 son incertitude, il a laiss\u00e9 foisonner le possible. Il remonte la pente, il remonte le temps, vertigineusement, il rajeunit. L&rsquo;homme d&rsquo;\u0153uvre na\u00eet vieux et meurt jeune. L&rsquo;homme d&rsquo;\u0153uvre renverse le temps. Vous reconna\u00eetrez le penseur \u00e0 ce qu&rsquo;il va de la v\u00e9rit\u00e9 aux possibles&#8230; Le vieux fou est sur le chemin du secret inconnu de la vie (c&rsquo;est nous qui soulignons).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Je pense \u00e0 un autre vieux fou, sorti d&rsquo;une tout autre tradition que le h\u00e9ros de Balzac &#8211; Hokusai, le ma\u00eetre de la vie flottante :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab<em>D\u00e8s l&rsquo;\u00e2ge de six ans, une curieuse manie de dessiner toutes sortes de choses s&#8217;empara de moi. A cinquante ans, j&rsquo;avais produit un grand nombre d&rsquo;\u0153uvres de tous les genres possibles, mais aucune ne me laissait satisfait. Le travail effectif commen\u00e7a pour moi dans ma soixante-dixi\u00e8me ann\u00e9e. Maintenant, \u00e0 l&rsquo;\u00e2ge de soixante-quinze ans, commence \u00e0 s&rsquo;\u00e9veiller en moi un v\u00e9ritable sentiment de la nature. C&rsquo;est pourquoi j&rsquo;esp\u00e8re qu&rsquo;\u00e0 quatre-vingts ans, je pourrai atteindre une certaine puissance d&rsquo;intuition qui se d\u00e9veloppera jusqu&rsquo;\u00e0 ma quatre-vingt-dixi\u00e8me ann\u00e9e, en sorte qu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;\u00e2ge de cent ans je pourrai probablement affirmer que mon intuition \u00e9tait celle d&rsquo;un v\u00e9ritable artiste. Et s&rsquo;il m&rsquo;\u00e9tait accord\u00e9 de vivre jusqu&rsquo;\u00e0 cent dix ans, je crois qu&rsquo;une compr\u00e9hension vivante et vraie de la nature rayonnerait de chacune des lignes, de chacun des points que je tracerais&#8230; J&rsquo;invite ceux qui vivront aussi longtemps que moi \u00e0 s&rsquo;assurer si je tiendrai parole. Ecrit \u00e0 l&rsquo;\u00e2ge de soixante-quinze ans par moi, appel\u00e9 autrefois Hokusai, le Vieil Homme Fou de peinture<\/em>. \u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">* *<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>A notre disposition, toutes les traditions<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Ce qu&rsquo;il y a de nouveau aujourd&rsquo;hui (en dehors des \u00abnouveaux\u00bb et des \u00abn\u00e9o\u00bb qui encombrent les plates-formes et font partie du cirque culturel), c&rsquo;est que nous avons plusieurs traditions \u00e0 notre disposition, dont l&rsquo;une compl\u00e8te l&rsquo;autre. Nous ne sommes plus oblig\u00e9s de nous ins\u00e9rer dans la lign\u00e9e d&rsquo;une seule tradition. C&rsquo;est-\u00e0-dire que nous pouvons faire mieux qu&rsquo;une renaissance (toujours un peu bruyante et brouillonne). A la place d&rsquo;une lign\u00e9e, nous avons un r\u00e9seau. Si on utilise bien ce r\u00e9seau, on d\u00e9passe \u00e0 la fois les cultures nationales, toujours partielles, et le cosmopolitisme creux qui leur fait suite.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">A quelles traditions avons-nous acc\u00e8s? D&rsquo;abord \u00e0 celles qui constituent, globalement, la tradition occidentale, c&rsquo;est-\u00e0-dire la tradition gr\u00e9co-romaine et la tradition jud\u00e9o-chr\u00e9tienne. Ensuite (mais il n&rsquo;y a pas de \u00absuite\u00bb), on peut nommer la tradition hindoue, la tradition sino-japonaise, la tradition africaine, la tradition islamique, la tradition am\u00e9rindienne et, pour revenir en Europe, o\u00f9 nous avons notre r\u00e9sidence, la tradition celte.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Il est certain que p\u00e9n\u00e9trer dans une tradition demande \u00e9norm\u00e9ment de travail. Telle qu&rsquo;elle se trouve traduite dans nos soci\u00e9t\u00e9s, une tradition n&rsquo;a que tr\u00e8s peu \u00e0 voir avec sa force originelle. Elle est tout au plus cat\u00e9chiste et classiciste, c&rsquo;est-\u00e0-dire r\u00e9duite \u00e0 des formes limit\u00e9es, et notre \u00e9ducation est rarement une initiation.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">C&rsquo;est \u00e0 la po\u00e9sie de chaque \u00e9poque de maintenir le sens et la dynamique de la tradition. C&rsquo;est \u00e0 la po\u00e9sie de notre \u00e9poque de faire reconna\u00eetre et de faire irradier ce que j&rsquo;ai appel\u00e9 le r\u00e9seau.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pour entreprendre et mener \u00e0 bien un tel labeur, il faut \u00eatre un \u00abvieux fou\u00bb, et il faut commencer jeune. Hegel l&rsquo;avait bien dit: \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque moderne, la po\u00e9sie se trouverait confront\u00e9e \u00e0 une telle masse prosa\u00efque qu&rsquo;elle n&rsquo;arriverait pas \u00e0 se frayer un chemin. \u00ab<em>Pourquoi \u00eatre po\u00e8te en un temps de manque<\/em>?\u00bb, disait H\u00f6lderlin qui, ayant entrepris un tel travail, allait se trouver, comme d&rsquo;autres, dans une situation telle qu&rsquo;il en est devenu fou. Apr\u00e8s tout, on peut \u00eatre \u00abpo\u00e8te\u00bb \u00e0 moins de frais. On peut faire de ces mots-crois\u00e9s sup\u00e9rieurs qu&rsquo;on appelle quelquefois \u00abpo\u00e9sie moderne\u00bb. Et puis n&rsquo;appelle-t-on pas \u00abpo\u00e8te\u00bb dans notre contexte culturel celui qui s&rsquo;en tire avec trois rimes et deux accords de guitare? T.S. Eliot, l&rsquo;auteur d&rsquo;un des grands po\u00e8mes de la modernit\u00e9, <em>La Terre Gaste<\/em> (The Wasteland) dit que si l&rsquo;on veut \u00eatre po\u00e8te au-del\u00e0 de 25 ans, c&rsquo;est-\u00e0-dire que si l&rsquo;on veut \u00eatre capable d&rsquo;exprimer autre chose que sa personne, en se contentant d&rsquo;une vague \u00abcr\u00e9ativit\u00e9\u00bb, dont l&rsquo;id\u00e9ologie court les rues aujourd&rsquo;hui, il faut \u00eatre pr\u00eat \u00e0 assumer le labeur traditionnel et transtraditionnel dont j&rsquo;ai parl\u00e9. Mais, encore une fois, pourquoi vouloir \u00eatre po\u00e8te au-del\u00e0 de 25 ans? Le moment venu, on peut se convertir \u00e0 des genres demandant nettement moins d&rsquo;\u00e9nergie intellectuelle et nerveuse: le roman, par exemple. De H\u00f6lderlin aux \u00abromans de la rentr\u00e9e\u00bb&#8230;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Pourquoi donc entreprendre un si immense labeur? Eh bien, parce que l&rsquo;on croit, malgr\u00e9 tout, \u00e0 la culture, \u00e0 l&rsquo;\u00e9ducation, \u00e0 la paideuma, mais d&rsquo;abord et surtout, si \u00e9trange que cela puisse para\u00eetre, pour le plaisir \u2014 un plaisir qui consiste \u00e0 se sentir compl\u00e8tement hors de soi et pourtant reli\u00e9 au monde. Je pense aux marches, de Nietzsche le long de la baie de Santa Margherita, o\u00f9 Zarathoustra l&rsquo;accompagnait, et \u00e0 ce qu&rsquo;il dit dans cette autobiographie-\u00e9clair qu&rsquo;est l&rsquo;Ecce Homo: \u00abSi l&rsquo;on \u00e9tait le moins du monde superstitieux, on ne saurait comment repousser la notion que l&rsquo;on n&rsquo;est qu&rsquo;une incarnation, le m\u00e9dium de puissances sup\u00e9rieures.\u00bb Je pense aussi \u00e0 ce que dit Rilke, \u00e0 propos de ces \u00abjourn\u00e9es d&rsquo;immense ob\u00e9dience\u00bb et \u00e0 ces \u00aborages de l&rsquo;esprit\u00bb qu&rsquo;il connaissait, notamment au moment o\u00f9 il \u00e9crivait les \u00e9l\u00e9gies de Duino. Apr\u00e8s de tels orages, il y a une sensation de clarification absolue et des moments (malgr\u00e9 tout) de totale r\u00e9conciliation avec le monde. Je pense encore \u00e0 Rilke qui, ayant termin\u00e9 un long travail po\u00e9tique, sort au clair de lune et caresse, comme s&rsquo;il s&rsquo;agissait d&rsquo;un vieil animal, les murs du petit ch\u00e2teau Muzot. Ce qui fait surgir dans mon esprit l&rsquo;image du vieux John Cowper Powys posant, sous la pluie, son front sur une des grosses pierres couvertes de lichen de Stonehenge.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">* *<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Au-del\u00e0 de la \u00absc\u00e8ne culturelle\u00bb<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Quels sont les \u00abvieux fous\u00bb de la modernit\u00e9, qui d\u00e9passent et de loin, l&rsquo;art moderne, et qui existent, car ce sont des existants, pas seulement des \u00abartistes\u00bb, dans un espace bien au-del\u00e0 de la \u00absc\u00e8ne culturelle contemporaine\u00bb (c&rsquo;est pour cela qu&rsquo;ils sont d\u00e9test\u00e9s par ceux qui n&rsquo;ont que cette sc\u00e8ne-l\u00e0 pour leurs \u00e9bats et d\u00e9bats). Sans vouloir dresser une liste exhaustive, on peut en nommer quelques-uns: Nietzsche, Dosto\u00efevski, Van Gogh, Ezra Pound, Gauguin, Rilke, James Joyce, John Cowper Powys, Hug MacDiarmid, D.H. Lawrence, Joseph Delteil, Henry Miller&#8230;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Beaucoup de folie, beaucoup d&rsquo;aberrations, certes, mais de grands paysages existentiels et intellectuels o\u00f9 il fait bon s&rsquo;aventurer, un rapport, r\u00e9volutionnaire et fertile, avec la tradition (les traditions) et surtout, puisque, ces \u00abvieux fous\u00bb puisent au-del\u00e0 d&rsquo;eux-m\u00eames, une immense vitalit\u00e9 \u2014 cette \u00abgrande sant\u00e9\u00bb dont parlait Nietzsche et dont Ren\u00e9 Char parle \u00e0 son tour: \u00ab<em>La vitalit\u00e9 du po\u00e8te n&rsquo;est pas une vitalit\u00e9 de l&rsquo;au-del\u00e0 mais un point diamant\u00e9 actuel de pr\u00e9sences transcendantes et d&rsquo;orages p\u00e8lerins<\/em>.\u00bb L\u00e0 encore, vocabulaire un peu trop grandiloquent (nous avons \u00e0 nous d\u00e9barrasser de la po\u00e9sie, et de toute la rh\u00e9torique qu&rsquo;elle charrie depuis la Renaissance), mais une v\u00e9rit\u00e9 fondamentale.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Enfin, la pr\u00e9sence du mot \u00abau-del\u00e0\u00bb dans cette citation me permet de pr\u00e9ciser, s&rsquo;il en \u00e9tait besoin, que le m\u00eame mot dans le titre de cet essai n&rsquo;implique aucunement dans mon esprit la notion d&rsquo;un quelconque \u00abarri\u00e8re-monde\u00bb. Non. Mon but est d&rsquo;explorer le champ du possible, et ce possible implique un au-del\u00e0 de la modernit\u00e9, et peut-\u00eatre aussi, un au-del\u00e0 des traditions.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">* *<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong> <\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>A l&rsquo;extr\u00eame pointe de la modernit\u00e9, un d\u00e9sert blanc<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">L&rsquo;utilisation de la tradition (des traditions) \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque moderne a \u00e9t\u00e9 diverse. Pour Eliot, elles fournissaient avant tout un bastion contre la m\u00e9diocrit\u00e9 et la confusion. Pound y cherchait des foyers d&rsquo;\u00e9nergie. Perdu dans <em>megalopolis<\/em>, Miller y voyait miroiter des horizons paradisiaques. MacDiarmid y entend les accents d&rsquo;une \u00abgrande musique\u00bb. Avec elles, Joyce, autre Aquin, mais pas tr\u00e8s catholique, fait son immense somme mytho-linguistique. Yeats aurait aim\u00e9 fonder en Irlande une unit\u00e9 culturelle nationale ayant sa base dans la tradition celte (telle que, confus\u00e9ment encore, il la percevait), mais, ayant constat\u00e9, am\u00e8rement, que cette entreprise s&rsquo;enlisait dans des discussions et des r\u00e9alisations de plus en plus m\u00e9diocres (ce qui devrait \u00eatre une le\u00e7on pour tous les nationalismes, mais ne le sera pas), il pr\u00e9f\u00e9rait \u00e0 la fin de sa vie abandonner ce projet et \u00abmarcher nu\u00bb, contemplant l\u00e0, un visage de jeune fille, ici un caillou ou un fragment d&rsquo;os amen\u00e9 par la mar\u00e9e sur le sable&#8230;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">En fait, \u00e0 l&rsquo;issue, \u00e0 l&rsquo;extr\u00eame-pointe de la modernit\u00e9, s&rsquo;ouvre et s&rsquo;\u00e9tend un espace d\u00e9sertique, nu et blanc. C&rsquo;est comme si l&rsquo;on avait boucl\u00e9 la boucle, et retrouv\u00e9 un espace premier : Georges Bataille (<em>L&rsquo;Exp\u00e9rience int\u00e9rieure<\/em>) l&rsquo;\u00e9voque en termes de d\u00e9sert:<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab<em>Je dirai du \u00ab\u00a0d\u00e9sert\u00a0\u00bb qu&rsquo;il est le plus entier abandon des soucis de \u00ab\u00a0l&rsquo;homme actuel\u00a0\u00bb, \u00e9tant la suite de \u00ab\u00a0l&rsquo;homme ancien\u00a0\u00bb&#8230; Il n&rsquo;est pas un retour au pass\u00e9: il a subi la pourriture de \u00ab\u00a0l&rsquo;homme actuel\u00a0\u00bb et rien n&rsquo;a plus de place en lui que les ravages qu&rsquo;elle laisse \u2014 ils donnent au \u00ab\u00a0d\u00e9sert\u00a0\u00bb sa v\u00e9rit\u00e9 \u00ab\u00a0d\u00e9sertique\u00a0\u00bb, derri\u00e8re lui s&rsquo;\u00e9tendent comme des champs de cendre le souvenir de Platon, du christianisme et surtout, c&rsquo;est le plus affreux, des id\u00e9es modernes. Mais entre l&rsquo;inconnu et lui s&rsquo;est tu le piaillement des id\u00e9es, et c&rsquo;est par l\u00e0 qu&rsquo;il est semblable \u00e0 l&rsquo;homme ancien: de l&rsquo;univers il n&rsquo;est plus la ma\u00eetrise rationnelle (pr\u00e9tendue), mais le r\u00eave<\/em>.\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">A son tour, plus r\u00e9cemment encore, Michel Serres (<em>Gen\u00e8se<\/em>) l&rsquo;\u00e9voque en parlant du \u00abballet d&rsquo;Albe\u00bb:<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab<em>C&rsquo;est le dernier ballet. Il n&rsquo;a pas d&rsquo;argument, il n&rsquo;a pas d&rsquo;histoire. Il est le ballet blanc, il raconte la remont\u00e9e vers Albe. La place que j&rsquo;\u00e9voque, la place royale, carrefour o\u00f9 C\u00e9sar est pass\u00e9, espace du calculateur ou sc\u00e8ne du danseur, est la place d&rsquo;Albe. Albe est notre origine, elle est notre matrice, elle est, sous les fondements de la ville, la ville m\u00e8re. Elle est, blanche, la ville m\u00e8re sous la ville sainte. Elle est la place de notre naissance, elle se nomme Albe la Blanche. Pour \u00eatre digne de penser, pour savoir calculer, pour composer musique ou pri\u00e8re ou po\u00e8me, pour \u00eatre investi de langage, pour \u00eatre digne de danser, il faut avoir fait son p\u00e8lerinage vers Albe la Blanche. Quand Zola remonte, au R\u00eave, \u00e0 un livre tout blanc, o\u00f9 se perdent les noms propres, o\u00f9 s&rsquo;effacent les traces des corps, o\u00f9 sont gomm\u00e9es les marques des fautes sous le coton immacul\u00e9, sous le chr\u00eame de l&rsquo;extr\u00eame-onction, quand Melville, par toutes mers, court \u00e0 mort la baleine blanche, blanche de terreur, blanche d&rsquo;extase, quand meurt le baleinier de la rencontrer, quand Musil construit un espace et un \u00eatre sans qualit\u00e9s, quand j&rsquo;\u00e9voque le ballet d&rsquo;Albe, nous sommes tous en qu\u00eate de ce que Platon nomma la ch\u00f4ra, espace lisse et blanc d&rsquo;avant le signe<\/em>&#8230;\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">On voit qu&rsquo;il n&rsquo;y a pas d&rsquo;accord total sur les r\u00e9f\u00e9rences: chez Bataille, Platon sort; chez Serres, il rentre. Peu importe. On n&rsquo;est pas oblig\u00e9, non plus, d&rsquo;\u00eatre d&rsquo;accord sur les m\u00e9taphores, plus ou moins m\u00e9lang\u00e9es. Mon but ici n&rsquo;est pas de faire de la critique po\u00e9tique ou philosophique, mais de d\u00e9gager une topologie. Ce dont on peut \u00eatre s\u00fbr, c&rsquo;est que ce lieu\/non-lieu existe actuellement, \u00e0 la pointe extr\u00eame de la modernit\u00e9, dans les esprits. La grande distinction, la seule qui soit vraiment importante, se situe entre ceux qui voient cet espace sous le signe n\u00e9gatif, donc frapp\u00e9 d&rsquo;absence (je pense, par exemple, \u00e0 Maurice Blanchot), et ceux qui y voient la possibilit\u00e9 d&rsquo;une nouvelle pr\u00e9sence. C&rsquo;est la diff\u00e9rence entre un lac gel\u00e9 (Mallarm\u00e9) et une mer agit\u00e9e. Il est d&rsquo;ailleurs significatif que de Bataille \u00e0 Serres, l&rsquo;espace en question, de \u00abd\u00e9sert\u00bb est devenu marin.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">* *<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Il y a un grand d\u00e9sir de briser l&rsquo;\u00e9corce<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">C&rsquo;est sur un rivage, devant une mer agit\u00e9e, que se trouve Nietzsche apr\u00e8s s&rsquo;\u00eatre fray\u00e9 un chemin \u00e0 travers le labyrinthe de la modernit\u00e9. Tout le monde conna\u00eet le Nietzsche magistral, incisif et parfois criard. Ici, \u00e0 l&rsquo;issue du labyrinthe, c&rsquo;est un Nietzsche contemplatif, beaucoup moins connu, qui appara\u00eet. Voici une page du <em>Gai Savoir<\/em> :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab<em>Cette vague s&rsquo;approche avec avidit\u00e9 comme s&rsquo;il s&rsquo;agissait d&rsquo;atteindre quelque chose! Elle rampe avec une h\u00e2te \u00e9pouvantable dans les replis les plus cach\u00e9s de la falaise! Elle a l&rsquo;air de vouloir pr\u00e9venir quelqu&rsquo;un. Il semble qu&rsquo;il y a l\u00e0 quelque chose de cach\u00e9, quelque chose qui a de la valeur, une grande valeur. Et maintenant elle revient, un peu plus lentement, encore toute blanche d&rsquo;\u00e9motion. Est-elle d\u00e9\u00e7ue? A-t-elle trouv\u00e9 ce qu&rsquo;elle cherchait? Prend-elle cet air d\u00e9\u00e7u? Mais d\u00e9j\u00e0 s&rsquo;approche une autre vague, plus avide et plus sauvage encore que la premi\u00e8re, et son \u00e2me, elle aussi, semble pleine de myst\u00e8re, pleine d&rsquo;envie de chercher des tr\u00e9sors. C&rsquo;est ainsi que vivent les vagues. C&rsquo;est ainsi que nous vivons, nous qui poss\u00e9dons la volont\u00e9! Je n&rsquo;en dirai pas davantage<\/em>.\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans cet espace extr\u00eame, au-del\u00e0 de la Terre Gaste et de tout Paradis, qu&rsquo;y a-t-il \u00e0 atteindre (\u00e0 conna\u00eetre, \u00e0 sentir), et quels sont les moyens pour l&rsquo;atteindre?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Bataille parle d&rsquo;une sorte de r\u00eave plan\u00e9taire. Nietzsche parle trop \u00abpo\u00e9tiquement presque, de \u00abmyst\u00e8re\u00bb, de \u00abtr\u00e9sors\u00bb, et puis se tait brusquement. Hokusai, l&rsquo;on se rappelle, parlait de \u00abpuissance d&rsquo;intuition\u00bb et de \u00abv\u00e9ritable sentiment de la nature\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Nous nous trouvons dans un domaine intellectuel complexe et subtil.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Le mot \u00abintellectuel\u00bb peut surprendre. C&rsquo;est que, dans notre contexte culturel appauvri, le mot \u00e9voque des \u00eatres sursophistiqu\u00e9s, n\u00e9vros\u00e9s et existentiellement creux. Mais il n&rsquo;en est pas de m\u00eame dans un contexte traditionnel. Si l&rsquo;on traduit \u00abintellectuel\u00bb en vieux chinois, on trouve: homme du vent et de l&rsquo;\u00e9clair. Cela renouvelle singuli\u00e8rement le mot! On peut penser \u00e0 \u00abl&rsquo;homme de lumi\u00e8re\u00bb de la tradition iranienne. Et \u00e0 Spinoza (dont le rapport \u00e0 la tradition juive n&rsquo;est pas simple) polissant ses verres dans son atelier \u00e0 Rhynnsburg&#8230;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Frithjof Schuon (<em>De l&rsquo;Unit\u00e9 transcendante des Religions<\/em>) parle de \u00abla connaissance intellectuelle\u00bb, de \u00abl&rsquo;intuition intellectuelle\u00bb, qu&rsquo;il situe au-del\u00e0 et de la religion et de la philosophie. Si toute religion a sa propre coloration, l&rsquo;intuition intellectuelle serait \u00ab<em>la conscience de l&rsquo;essence incolore de la lumi\u00e8re et de son caract\u00e8re de pure luminosit\u00e9<\/em>\u00bb. Toute tradition, aussi, \u00e9tant limit\u00e9e, par d\u00e9finition (par le fait qu&rsquo;elle doit se d\u00e9finir dans un contexte socio-culturel donn\u00e9), elle laisse n\u00e9cessairement en dehors d&rsquo;elle une ultime possibilit\u00e9 \u00abd&rsquo;essence universelle\u00bb. On indique cette ultime possibilit\u00e9 beaucoup plus dans les traditions purement m\u00e9taphysiques de l&rsquo;Inde et de l&rsquo;Extr\u00eame-Orient que dans les traditions religieuses, ratiocinantes et moralisantes de l&rsquo;Occident, o\u00f9 l&rsquo;accent est sur le salut, o\u00f9 \u00abl&rsquo;orgueil intellectuel\u00bb est un p\u00e9ch\u00e9, o\u00f9 l&rsquo;orthodoxie occulte presque totalement ce que l&rsquo;on pourrait appeler \u00abla voie de rupture\u00bb ou \u00abla voie du dehors\u00bb. Mais m\u00eame dans le christianisme, si lourd et verbeux, on sait que \u00abl&rsquo;esprit souffle o\u00f9 il veut\u00bb. Et Meister Eckhart dit: \u00abSi tu veux le noyau, tu dois briser l&rsquo;\u00e9corce.\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Aujourd&rsquo;hui, en Occident, o\u00f9 \u00e0 peu pr\u00e8s toutes les formes ont surv\u00e9cu \u00e0 elles-m\u00eames, mais o\u00f9 subsiste dans la conscience une carapace, il y a un grand d\u00e9sir de \u00abbriser l&rsquo;\u00e9corce\u00bb, un grand d\u00e9sir d&rsquo;universel (non pas un universalisme imp\u00e9rialiste, comme celui de l&rsquo;\u00e9glise chr\u00e9tienne, par exemple, mais un universalisme intellectuel). De l\u00e0 l&rsquo;int\u00e9r\u00eat pour les traditions plus purement m\u00e9taphysiques de l&rsquo;Orient (qui rejoignent, d&rsquo;ailleurs certains courants souterrains de l&rsquo;Occident) et pour toutes sortes de techniques de d\u00e9conditionnement, au-del\u00e0 de l&rsquo;\u00e9ternel discours autour de la \u00abcondition humaine\u00bb. Or, on sait qu&rsquo;un Krishnamurti d\u00e9conseille ces techniques parce que, du fait qu&rsquo;elles maintiennent si subtilement que ce soit le sens de l&rsquo;effort ego\u00efque, elles constituent le dernier \u00e9cran entre l&rsquo;esprit-intelligence et le champ des champs. Le terrain devient encore plus complexe. C&rsquo;est ici que la logique doit vraiment se faire \u00e9rotique, car le moindre faux mouvement g\u00e2che tout. Il se peut m\u00eame que nous n&rsquo;ayons pas encore de vocabulaire ad\u00e9quat pour en parler (de l\u00e0, d&rsquo;ailleurs, la n\u00e9cessit\u00e9 d&rsquo;une po\u00e9sie). Pour Krishnamurti, la pens\u00e9e s&rsquo;av\u00e8re inutile dans ce domaine: \u00ab<em>La pens\u00e9e est capable de cr\u00e9er l&rsquo;instrument le plus merveilleux \u2014 pour aller jusqu&rsquo;\u00e0 la Lune, jusqu&rsquo;\u00e0 V\u00e9nus \u2014 mais elle ne pourra jamais avoir un contact avec \u00ab\u00a0l&rsquo;autre\u00a0\u00bb, c&rsquo;est-\u00e0-dire Cela<\/em>\u00bb (<em>Tradition et R\u00e9volution<\/em>). Il faut se situer au-del\u00e0 de la conscience, d\u00e9pouiller l&rsquo;esprit de tout \u00e9l\u00e9ment psychologique. L&rsquo;intelligence, force de renouvellement, ne peut se faire jour que quand la conscience se tait. \u00abQuand la matrice est vide, le renouveau se produit\u00bb. Elimination donc de la conscience, rassemblement d&rsquo;\u00e9nergie et ensuite une attention non forc\u00e9e. Voil\u00e0 les conseils de celui qui est sorti de la tradition hindoue, et qui se situe en dehors de toutes les traditions, syst\u00e8mes et m\u00e9thodes, pour atteindre \u00e0 l&rsquo;au-del\u00e0 de nous-m\u00eames.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">* *<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Enfin, quelle que soit la m\u00e9thode, ou la non-m\u00e9thode, que l&rsquo;on adopte \u2014 j&rsquo;opterais personnellement pour une activit\u00e9 polymorphe \u2014 c&rsquo;est dans le \u00abd\u00e9sert\u00bb (rivage, lande, montagne, for\u00eat ou mansarde) que \u00abcela se passe\u00bb. C&rsquo;est l\u00e0 que le travail postmoderne (si l&rsquo;on pense en termes historiques), fondamental (si l&rsquo;on se place sub specie aeternitatis) s&rsquo;effectue.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L\u00e0 dehors, il y a un monde.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Kenneth White propose, dans cette \u00e9tude, de r\u00e9aliser une synth\u00e8se heureuse de tous les enseignements disponibles qu&rsquo;ils soient d&rsquo;extr\u00eame-Orient, d&rsquo;Orient, survivance du celtisme, du juda\u00efsme ou du christianisme. 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