{"id":7544,"date":"2011-07-10T00:19:31","date_gmt":"2011-07-09T23:19:31","guid":{"rendered":"http:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/?p=7544"},"modified":"2011-07-10T00:21:01","modified_gmt":"2011-07-09T23:21:01","slug":"itineraire-3-la-religion-peut-elle-nous-sauver-par-pierre-dangkor","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/itineraire-3-la-religion-peut-elle-nous-sauver-par-pierre-dangkor\/","title":{"rendered":"Itin\u00e9raire 3: La religion peut-elle nous sauver? par Pierre D&rsquo;Angkor"},"content":{"rendered":"<h4>Pierre d&rsquo;ANGKOR &#8211; Itin\u00e9raire d&rsquo;un P\u00e8lerin de l&rsquo;Absolu 1953<\/h4>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>CHAPITRE II<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>LE CONFORMISME CATHOLIQUE<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>PEUT-IL NOUS SAUVER ?<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans une brochure r\u00e9cente (Andr\u00e9 Maurois : \u00ab <em>Ce que je crois<\/em> \u00bb. &#8211; Grasset &#8211; 1952), Andr\u00e9 Maurois, un des esprits les plus clairs, les plus lucides, de notre temps, d\u00e9fend contre les arguments oppos\u00e9s des catholiques et des mat\u00e9rialistes marxistes, sa foi rationaliste, celle-ci fermement appuy\u00e9e sur les donn\u00e9es actuelles de la science. L&rsquo;\u00e9minent acad\u00e9micien, dont la sinc\u00e9rit\u00e9 et la bonne foi ne seront contest\u00e9es par personne, reconna\u00eet pourtant qu&rsquo;il y a en l&rsquo;homme quelque chose \u00ab qui passe infiniment l&rsquo;homme \u00bb et que \u00ab cette part de l&rsquo;homme qu&rsquo;il faut bien appeler surhumaine puisqu&rsquo;elle a des int\u00e9r\u00eats contraires aux int\u00e9r\u00eats de l&rsquo;individu ou du clan, se retrouve avec des exigences identiques, au fond de toutes les consciences humaines, quand elles ne sont pas fauss\u00e9es ou tromp\u00e9es. Je suis pr\u00eat, ajoute Maurois, \u00e0 nommer Dieu cette conscience commune, mais mon Dieu est immanent, non transcendant \u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Maurois exprimait ainsi partiellement, et sans doute \u00e0 son insu, une des donn\u00e9es fondamentales de la Sagesse universelle, partiellement, dis-je, car cette Sagesse proclamait \u00e0 la fois, ainsi que nous l&rsquo;avons dit, l&rsquo;immanence et la transcendance du Principe divin, c&rsquo;est-\u00e0-dire l&rsquo;Unit\u00e9 de ce Principe \u00e0 la fois transcendant et immanent dans l&rsquo;univers et dans l&rsquo;homme.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">C&rsquo;est ce que reconnaissait aussi, nous le verrons, l&rsquo;\u00e9crivain anglais Chesterton, dont Maurois nous d\u00e9clare avoir subi fortement l&rsquo;influence durant la guerre. Chesterton toutefois \u00e9tait catholique et la th\u00e9ologie catholique professe la transcendance d&rsquo;un Dieu personnel, dou\u00e9 d&rsquo;attributs plus ou moins anthropomorphiques, et qui n&rsquo;a, pourtant, aucun rapport de nature avec ses cr\u00e9atures, l&rsquo;univers et l&rsquo;homme. Il en r\u00e9sulte que le catholicisme est irr\u00e9ductiblement dualiste\u00a0: il admet deux natures, essentiellement et irr\u00e9ductiblement diff\u00e9rentes : une nature infinie, natura naturans, Dieu, et une nature finie, natura naturata, l&rsquo;Univers. La Sagesse \u00e9sot\u00e9rique, ancienne ou moderne, proclame au contraire le Monisme, une seule nature, mais \u00e0 deux faces, Dieu \u00e9tant le Principe unique, transcendant, \u00e9ternel de l&rsquo;univers innombrable des Formes et des Forces qui se d\u00e9roulent p\u00e9riodiquement dans le temps, autrement dit l&rsquo;Ame immuable de ce grand corps changeant et renaissant.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais c&rsquo;est l\u00e0 du panth\u00e9isme, objectent les Catholiques.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Non, le panth\u00e9isme affirme que tout est Dieu, comme si tout \u00eatre, toute chose, avait conscience de sa nature divine essentielle. En affirmant donc qu&rsquo;il n&rsquo;est d&rsquo;autre Dieu que l&rsquo;universalit\u00e9 des \u00eatres, le panth\u00e9isme exclut par le fait toute id\u00e9e de transcendance, car le tout n&rsquo;est pour lui que l&rsquo;ensemble des parties. Ce n&rsquo;est qu&rsquo;un tout collectif, additionn\u00e9, ce n&rsquo;est pas l&rsquo;Unit\u00e9 transcendante de ce tout. Lorsque sainte Th\u00e9r\u00e8se d&rsquo;Avila, s&rsquo;opposant aux docteurs de son temps, affirmait sur la foi de ses visions que Dieu est dans tous les \u00eatres, non seulement par sa gr\u00e2ce \u2014 ce qui implique sa transcendance \u2014 mais encore par essence \u2014 ce qui implique son immanence \u2014 elle fut \u00e9galement accus\u00e9e de panth\u00e9isme. Elle ne faisait pourtant que confirmer cette v\u00e9rit\u00e9 premi\u00e8re per\u00e7ue par l&rsquo;exp\u00e9rience mystique universelle que Dieu est la Vie-Intelligence unique, \u00e0 la fois la base et le sommet de la pyramide de l&rsquo;existence universelle. \u00ab Dans l&rsquo;extase l&rsquo;esprit de l&rsquo;\u00e2me ne fait <em>qu&rsquo;une m\u00eame chose<\/em> avec Dieu \u00bb (C&rsquo;est nous qui soulignons), affirmait encore sainte Th\u00e9r\u00e8se elle-m\u00eame. La m\u00eame chose, c&rsquo;est l&rsquo;Unit\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Si Dieu est ainsi au tr\u00e9fonds de la nature de tous les \u00eatres, il s&rsquo;ensuit qu&rsquo;Il est le m\u00eame dans l&rsquo;homme et dans l&rsquo;univers. C&rsquo;est Emerson qui disait qu&rsquo;il y aurait contradiction \u00e0 supposer que le Dieu de la R\u00e9v\u00e9lation puisse contredire le Dieu qui se manifeste dans la nature.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais vous aboutissez ainsi \u00e0 la d\u00e9ification de l&rsquo;homme, objectent les th\u00e9ologiens.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Dissipons l&rsquo;\u00e9quivoque. Pour caract\u00e9riser le rapport de l&rsquo;homme \u00e0 Dieu, la Sagesse antique employait des comparaisons symboliques, telles que celles de l&rsquo;\u00e9tincelle \u00e9chapp\u00e9e \u00e0 la Flamme divine, ou de la goutte d&rsquo;eau \u00e9chapp\u00e9e \u00e0 l&rsquo;Oc\u00e9an, ou encore du rayon de lumi\u00e8re \u00e9manant du Soleil divin. Nul n&rsquo;a jamais pr\u00e9tendu que l&rsquo;\u00e9tincelle fut la Flamme, la goutte d&rsquo;eau, l&rsquo;Oc\u00e9an, le rayon \u00e9man\u00e9 du soleil, le Soleil lui-m\u00eame : en d&rsquo;autres termes, nul n&rsquo;a jamais pr\u00e9tendu cette absurdit\u00e9 que la partie fut le tout, mais de m\u00eame nature essentielle que le tout. Il en r\u00e9sulte n\u00e9cessairement que cet \u00e9l\u00e9ment divin en l&rsquo;homme constitue en lui un Absolu contre lequel aucune autorit\u00e9 ext\u00e9rieure ne pourrait pr\u00e9valoir. Voil\u00e0 donc la raison pour laquelle la libert\u00e9 int\u00e9rieure de la conscience repr\u00e9sente en chacun son bien le plus pr\u00e9cieux, une valeur sur laquelle il ne peut transiger. Sa conscience la plus pure, la plus profonde, refl\u00e8te en chacun son Principe immortel. D\u00e8s lors, il devient \u00e9vident que nulle autre autorit\u00e9 ne peut primer en lui cet imp\u00e9ratif de sa conscience \u00e9clair\u00e9e. Ni les contraintes l\u00e9gales, ni les morales conventionnelles, ni m\u00eame les prescriptions des religions positives, ne peuvent pr\u00e9valoir sur cette autorit\u00e9 souveraine de Dieu en lui. \u00ab Dieu premier servi \u00bb, disait Jeanne la Pucelle \u00e0 l&rsquo;\u00e9v\u00eaque Cauchon qui lui opposait l&rsquo;autorit\u00e9 de l&rsquo;Eglise pour la contraindre \u00e0 l&rsquo;ob\u00e9issance et au renoncement \u00e0 ses voix int\u00e9rieures. Sans doute le d\u00e9veloppement de la conscience varie beaucoup parmi les hommes les passions humaines y impriment trop souvent leurs directives. C&rsquo;est n\u00e9anmoins dans la seule conscience profonde, \u00e9clair\u00e9e, purifi\u00e9e, de chaque individu, que peut retentir la voix divine de l&rsquo;Esprit. Voil\u00e0 donc pourquoi la libert\u00e9 de la conscience est pour tout homme une n\u00e9cessit\u00e9 fondamentale, un principe auquel non seulement sa dignit\u00e9 humaine, mais son ascension, sa r\u00e9demption ultime, demeurent \u00e9troitement li\u00e9es.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab Mais \u00bb, insistent les th\u00e9ologiens, \u00ab affirmer cette supr\u00e9matie absolue de la conscience de l&rsquo;individu en raison d&rsquo;un \u00e9l\u00e9ment divin qui serait en lui, n&rsquo;est-ce pas en r\u00e9alit\u00e9 d\u00e9ifier l&rsquo;homme ? \u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">La Sagesse r\u00e9pond qu&rsquo;en affirmant que l&rsquo;homme est divin dans sa nature essentielle, l&rsquo;on n&rsquo;attribue nullement ce caract\u00e8re divin \u00e0 l&rsquo;homme tel que nous le connaissons, c&rsquo;est-\u00e0-dire \u00e0 ce \u00ab moi \u00bb limit\u00e9 que chacun identifie avec soi-m\u00eame, ce moi imparfait, toujours si plein de tares, de lacunes et de mis\u00e8res. Les catholiques ont raison de refuser de reconna\u00eetre tout caract\u00e8re divin \u00e0 la personne humaine ainsi con\u00e7ue, toujours encline au mal, m\u00eame chez les meilleurs, et si souvent d\u00e9grad\u00e9e, perverse et m\u00eame criminelle. Et voil\u00e0 pourquoi ne d\u00e9couvrant Dieu ni dans l&rsquo;univers, ni dans l&rsquo;homme, ils l&rsquo;ont rel\u00e9gu\u00e9 dans un ciel inaccessible, tandis qu&rsquo;ils investissaient ici-bas l&rsquo;\u00c9glise de sa puissance supr\u00eame.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais l&rsquo;\u00e9quivoque ainsi cr\u00e9\u00e9e n&rsquo;est-elle pas imputable \u00e0 l&rsquo;enseignement eccl\u00e9siastique qui, oublieux de la tradition primitive, a m\u00e9connu la doctrine de saint Paul concernant la nature m\u00eame de l&rsquo;homme et, en ce faisant, s&rsquo;est \u00e9galement mis en opposition avec les donn\u00e9es de la psychologie moderne?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Si nous nous en rapportons aux le\u00e7ons du cat\u00e9chisme, en effet, nous voyons que l&rsquo;homme est form\u00e9 d&rsquo;une \u00e2me immortelle et d&rsquo;un corps mortel. Or, saint Paul, se conformant \u00e0 l&rsquo;antique Sagesse traditionnelle, voyait en l&rsquo;homme une trinit\u00e9 de principes, l&rsquo;esprit, l&rsquo;\u00e2me et le corps (Pne\u00fbma, psuch\u00ea, s\u00f4ma). La tradition catholique a donc escamot\u00e9 aujourd&rsquo;hui le \u00ab Spiritus \u00bb (Pne\u00fbma), le Principe divin en l&rsquo;homme, dont saint Paul disait : \u00ab Spiritus omnia scrutatur, etiam mysteria Dei \u00bb, ce qui, de toute \u00e9vidence, exc\u00e8de les pouvoirs du mental qui ne peut acc\u00e9der \u00e0 l&rsquo;intelligence de tels myst\u00e8res.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Je dis donc qu&rsquo;en ramenant \u00e0 ces deux principes \u2014 l&rsquo;\u00e2me immortelle et le corps mortel \u2014les \u00e9l\u00e9ments constitutifs de notre nature, le tradition eccl\u00e9siastique a non seulement m\u00e9connu l&rsquo;enseignement trinitaire de saint Paul, mais semble contredire \u00e9galement des donn\u00e9es psychologiques bien \u00e9tablies. Sans m\u00eame parler ici de la psychanalyse qui approfondit aujourd&rsquo;hui l&rsquo;\u00e9tude de l&rsquo;homme, en appliquant ses techniques psychologiques \u00e0 investiguer dans l&rsquo;inconscient, individuel et collectif, et p\u00e9n\u00e8tre ainsi les secrets myst\u00e9rieux de notre nature profonde, la psychologie ordinaire, analysant la personne humaine, c&rsquo;est-\u00e0-dire ce que repr\u00e9sente, pour chacun de nous, la notion du \u00ab moi \u00bb, d\u00e9couvre que cette notion comporte :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">1) la conscience de notre corps, de ses instincts, de ses besoins naturels ;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">2) la conscience de l&rsquo;\u00eatre psychique en nous, celle de nos \u00e9motions, de nos sentiments, de nos d\u00e9sirs ;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">3) la conscience d&rsquo;un \u00eatre mental, le penseur en nous; le tout int\u00e9gr\u00e9 en une unit\u00e9 physiologique dont la science analyse minutieusement le m\u00e9canisme compliqu\u00e9 et le fonctionnement d\u00e9licat.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Ces trois aspects int\u00e9gr\u00e9s, disons-nous, forment synth\u00e9tiquement la personne humaine.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">D&rsquo;autre part, la tradition catholique n&rsquo;a jamais d\u00e9fini clairement ce qu&rsquo;elle entendait par l&rsquo;\u00e2me immortelle de l&rsquo;homme. Il semble pourtant qu&rsquo;elle entende par l\u00e0 l&rsquo;immortalit\u00e9 de ce triple aspect de notre personnalit\u00e9 consciente. Or, sur ce point, elle est contredite par la psychologie moderne qui souligne au contraire le caract\u00e8re instable et en perp\u00e9tuelle \u00e9volution de ce \u00ab moi \u00bb, aussi mobile et changeant dans ses pens\u00e9es et ses sentiments qu&rsquo;il l&rsquo;est dans les cellules de son corps physique. La psychologie rejoint donc ici la vieille doctrine du Bouddhisme, lequel enseignait d\u00e9j\u00e0, voici 2.500 ans, l&rsquo;impermanence du moi qui n&rsquo;est qu&rsquo;un agr\u00e9gat momentan\u00e9 d&rsquo;\u00e9l\u00e9ments tous changeants et p\u00e9rissables.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Le sentiment que nous avons de la dur\u00e9e, de la continuit\u00e9 inchang\u00e9e de ce moi, est donc une pure illusion, tandis que, d&rsquo;autre part, le sentiment d&rsquo;identit\u00e9 de soi persiste malgr\u00e9 tout, par del\u00e0 tous ces changements m\u00eames. Dans ces conditions, on doit se poser la question : \u00ab Qu&rsquo;est-ce qui est immortel en nous?\u00a0\u00bb. Ce n&rsquo;est \u00e9videmment pas notre corps, vou\u00e9 \u00e0 une rapide d\u00e9sint\u00e9gration et corruption apr\u00e8s la mort. Ce n&rsquo;est pas davantage notre \u00eatre psychique ou mental, dont nous avons dit \u00e9galement le caract\u00e8re perp\u00e9tuellement \u00e9volutif \u2014 et bien que la tradition catholique, illusionn\u00e9e par le sentiment de sa dur\u00e9e, de sa continuit\u00e9 apparente, l&rsquo;identifie \u00e0 tort avec notre \u00e2me immortelle. Non, ce qui seul est immortel en nous, et nous donne le sentiment de l&rsquo;identit\u00e9 continu\u00e9e de nous-m\u00eame dans le temps, c&rsquo;est cet esprit transconscient, cette \u00e9tincelle ou monade divine que la th\u00e9ologie m\u00e9conna\u00eet, nous l&rsquo;avons dit, tandis que la psychologie, rejoignant ici encore les enseignements de la Sagesse, en entrevoit aujourd&rsquo;hui la possibilit\u00e9, la vraisemblance, en d\u00e9couvrant de merveilleux pouvoirs latents, rec\u00e9l\u00e9s dans notre inconscient sup\u00e9rieur, dans cette frange d&rsquo;inconnu qu&rsquo;elle discerne en nous par del\u00e0 notre conscience normale.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Pour la Sagesse \u00e9sot\u00e9rique, le corps de l&rsquo;homme se d\u00e9sagr\u00e8ge, \u00e0 partir de la mort physique. Quant \u00e0 son moi psycho-mental, il survit \u00e0 cette mort jusqu&rsquo;\u00e0 \u00e9puisement de ses forces constitutives, et s&rsquo;\u00e9teint, \u00e0 son tour, au terme de ces \u00e9tats subjectifs de conscience que les religions ont nomm\u00e9 Purgatoire (Had\u00e8s) , Ciel (Empyr\u00e9e) ou Enfer (Tartare) Puis la partie immortelle, l&rsquo;esprit qui survit, ne tarde pas \u00e0 r\u00e9colter les fruits des d\u00e9sirs et des actes pass\u00e9s dont il demeure prisonnier et qui l&rsquo;attirent vers l&rsquo;incarnation terrestre, car ils sont li\u00e9s \u00e0 la terre, et se concr\u00e9tisent finalement en un moi nouveau. Le vrai salut de l&rsquo;homme sera d\u00e8s lors de se lib\u00e9rer de cette cha\u00eene des existences terrestres successives. Nous voyons ainsi comment le dogme de la \u00ab r\u00e9surrection de la chair \u00bb que les H\u00e9breux ont emprunt\u00e9 aux Iraniens apr\u00e8s la captivit\u00e9 de Babylone, fut en r\u00e9alit\u00e9 une d\u00e9formation de la v\u00e9rit\u00e9 \u00e9sot\u00e9rique de la renaissance en un corps nouveau, en un moi nouveau et aussi une trahison de la doctrine de saint Paul qui nous dit que le corps est sem\u00e9 corruptible, qu&rsquo;il doit se d\u00e9composer, afin que l&rsquo;homme puisse ressusciter en un corps spirituel, incorruptible, ce qui est la n\u00e9gation m\u00eame de la r\u00e9surrection de la chair corruptible, c&rsquo;est-\u00e0-dire du corps mort, d\u00e9truit, d\u00e9compos\u00e9, telle que l&rsquo;entend la tradition \u00e9troite et litt\u00e9rale de ce dogme.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Plus clairvoyante que nos th\u00e9ologiens, la th\u00e9osophie antique, de l&rsquo;Inde, de l&rsquo;\u00c9gypte, voyait en l&rsquo;homme un sept\u00e9naire, autrement un compos\u00e9 de 7 principes hi\u00e9rarchis\u00e9s, pouvant toutefois \u00eatre ramen\u00e9s \u00e0 une trinit\u00e9 : l&rsquo;\u00e2me animale, l&rsquo;\u00e2me sp\u00e9cifiquement humaine et l&rsquo;\u00e2me divine, celle-ci, v\u00e9hicule de l&rsquo;Esprit, demeurant transcendante et transconsciente, mais se manifestant n\u00e9anmoins au fond de nous-m\u00eame en tant que voix souveraine de la conscience morale. La Sagesse antique nous fournissait ainsi la cl\u00e9 qui nous permet de r\u00e9soudre le probl\u00e8me du bien et du mal. Elle nous fait mieux saisir l&rsquo;incompr\u00e9hension des hommes relativement \u00e0 leur destin\u00e9e, et l&rsquo;erreur des dogmes religieux qui ont transpos\u00e9 arbitrairement sur un plan th\u00e9ologique, absolu et transcendant, un probl\u00e8me psychologique relatif \u00e0 notre nature m\u00eame. Elle souligne l&rsquo;incroyable cr\u00e9dulit\u00e9 avec laquelle on a interpr\u00e9t\u00e9 un mythe symbolique et l\u00e9gendaire \u2014 le r\u00e9cit biblique du paradis terrestre \u2014 \u00e0 la fois comme un \u00e9v\u00e9nement historique et une histoire surnaturelle. C&rsquo;est dans sa propre nature en effet que chaque homme d\u00e9couvre deux p\u00f4les de tendances oppos\u00e9es : l&rsquo;un, le p\u00f4le sup\u00e9rieur, positif, l&rsquo;Esprit divin qui l&rsquo;attire vers le haut, vers ce qui est pour lui, le bien, le progr\u00e8s ; l&rsquo;autre, le p\u00f4le inf\u00e9rieur, n\u00e9gatif, le p\u00f4le animal, qui l&rsquo;attire vers le bas, la r\u00e9gression, et qui, du point de vue de son \u00e9volution normale, doit \u00eatre consid\u00e9r\u00e9 par lui comme le mal. Ces deux p\u00f4les \u2014 le Rayon divin et le moi humano-animal\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 \u2014 sont donc les deux Sources de nos penchants contraires, qui s&rsquo;affrontent au fond de nous-m\u00eame en un combat incessant. Tout le mal proc\u00e8de donc en nous des exigences de notre moi, de ses penchants, avides et \u00e9go\u00efstes, tandis que tout le bien vient de cette lumi\u00e8re divine, cach\u00e9e au tr\u00e9fonds de nous-m\u00eame <a id=\"ftnref1\" href=\"#ftn1\">[1]<\/a>. Ainsi s&rsquo;explique donc de fa\u00e7on naturelle, et non surnaturelle, la dualit\u00e9 myst\u00e9rieuse et oppos\u00e9e de nos propres tendances. C&rsquo;est donc cette lutte incessante, psychologique, int\u00e9rieure, dont notre \u00e2me est le th\u00e9\u00e2tre, que la religion a ext\u00e9rioris\u00e9e en une lutte surnaturelle entre Dieu et le Diable se disputant la possession de l&rsquo;\u00e2me humaine (Jehovah et le Serpent \u2014 Ormuzd et Ahriman, dans le Mazd\u00e9isme). Le drame spirituel de l&rsquo;humanit\u00e9 ne r\u00e9sulte pas d\u00e8s lors de la faute unique du premier homme qui aurait \u00e9cout\u00e9 la voix du tentateur et d\u00e9sob\u00e9i au commandement originel et arbitraire d&rsquo;une Divinit\u00e9 despotique, \u00e9trang\u00e8re \u00e0 sa nature p\u00e9ch\u00e9 dont proc\u00e9derait en chacun de nous une nature pervertie et encline au mal \u2014 le drame spirituel r\u00e9sulte de cette n\u00e9cessit\u00e9 imp\u00e9rieuse pour chaque homme de mourir graduellement \u00e0 son petit moi, personnel et \u00e9go\u00efste \u2014 le serpent en lui \u2014 pour ressusciter triomphant dans la gloire de l&rsquo;homme r\u00e9g\u00e9n\u00e9r\u00e9, de l&rsquo;homme-Dieu. L&rsquo;\u00c9tincelle, le Verbe divin, est en effet latent en tout homme. Il est son r\u00e9dempteur. Pleinement d\u00e9voil\u00e9, \u00e9panoui, dans le Christ de l&rsquo;Histoire, le Verbe demeure comme voil\u00e9 en chaque personne humaine. Le Dieu incarn\u00e9 semble avoir perdu ses rayons. N\u00e9anmoins, Il est \u00ab cette Lumi\u00e8re qui \u00e9claire tout homme venant en ce monde, mais que le monde ne conna\u00eet pas \u00bb (Saint Jean), parce qu&rsquo;en chacun de nous nos propres t\u00e9n\u00e8bres nous en voilent la transcendance immanente en nous-m\u00eame.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Tel appara\u00eet donc le vrai sens de notre r\u00e9demption; le sacrifice en nous de l&rsquo;inf\u00e9rieur humain, \u2014 le moi issu de nos origines animales \u2014 au sup\u00e9rieur divin, ce sacrifice \u00e9tant figur\u00e9 dans la symbolique chr\u00e9tienne par la crucifixion de J\u00e9sus, fils de l&rsquo;homme, pr\u00e9lude n\u00e9cessaire \u00e0 la r\u00e9surrection du Christ, fils de Dieu, et \u00e0 son ascension \u2014 l\u2019union avec le P\u00e8re c\u00e9leste \u00e9tant le retour \u00e0 l&rsquo;Unit\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">La th\u00e9ologie catholique regimbe contre une interpr\u00e9tation \u2014 conforme \u00e0 la symbolique universelle, nous le verrons \u2014 parce qu&rsquo;elle lui semble m\u00e9conna\u00eetre la port\u00e9e de l&rsquo;\u00e9v\u00e9nement historique survenu en Palestine, mais encore et surtout, comme \u00e9non\u00e7ant une affirmation blasph\u00e9matoire, la divinit\u00e9 essentielle de l&rsquo;homme. \u00ab Cette d\u00e9ification de l&rsquo;homme \u00bb, nous dit-elle, \u00ab est la cause v\u00e9ritable de tous nos malheurs. C&rsquo;est parce que le monde a remplac\u00e9 le th\u00e9ocentrisme de jadis par cet anthropocentrisme orgueilleux qu&rsquo;il est tomb\u00e9 dans un gouffre de mal\u00e9diction et de mis\u00e8res. Il faut donc, conclut-elle, en revenir au dualisme catholique, en d&rsquo;autres termes, r\u00e9tablir la vraie notion divine et opposer \u00e0 l&rsquo;homme changeant le Dieu \u00e9ternel. \u00bb Tel est l&rsquo;argument que l&rsquo;on nous oppose : le dualisme essentiel, irr\u00e9ductiblement oppos\u00e9, entre l&rsquo;homme et Dieu, proclam\u00e9 par la th\u00e9ologie chr\u00e9tienne.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Nous pensons, quant \u00e0 nous, avec toute la Sagesse antique, que c&rsquo;est mal poser le probl\u00e8me. Il ne s&rsquo;agit pas en effet d&rsquo;opposer le ciel \u00e0 la terre, Dieu \u00e0 l&rsquo;homme, ou inversement l&rsquo;homme \u00e0 Dieu, dans un dualisme qui serait effectivement inconciliable et sans issue si aucun rapport naturel n&rsquo;existait entre les deux termes. Il s&rsquo;agit au contraire d&rsquo;int\u00e9grer l&rsquo;homme dans le difficile probl\u00e8me de l&rsquo;Unit\u00e9 du tout divin, en reconnaissant la transcendance de cette Unit\u00e9; de montrer que par un de ses Rayons, le m\u00eame Soleil divin est en chaque homme, quoique difficile \u00e0 d\u00e9couvrir, parce qu&rsquo;Il est en chacun au del\u00e0 de sa conscience normale, au del\u00e0 de son moi changeant, au del\u00e0 de sa personnalit\u00e9 \u00e9ph\u00e9m\u00e8re. L\u00e0 nous para\u00eet \u00eatre en effet l&rsquo;erreur fondamentale de nos philosophes et moralistes chr\u00e9tiens, qu&rsquo;ils n&rsquo;ont jamais vu en l&rsquo;\u00eatre humain autre chose que ce moi, cette personnalit\u00e9 mortelle, et qu&rsquo;ils l&rsquo;ont prise pour le tout de l&rsquo;homme, son \u00e2me immortelle et sa r\u00e9alit\u00e9 supr\u00eame. Et la th\u00e9ologie n&rsquo;a pas redress\u00e9 leur erreur parce que, infid\u00e8le, nous l&rsquo;avons vu, \u00e0 l&rsquo;enseignement de saint Paul, elle pensait de m\u00eame.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">N\u00e9anmoins, il semble que l&rsquo;intuition de la V\u00e9rit\u00e9 se fasse jour graduellement, chez ceux-l\u00e0 m\u00eame parfois chez lesquels on l&rsquo;attendrait le moins. Quand Rimbaud, le po\u00e8te g\u00e9nial et maudit, s&rsquo;\u00e9criait avec une audace jug\u00e9e diabolique : \u00ab Oh ! je serai celui-l\u00e0 qui sera Dieu ! \u00bb, il poussait, selon toute apparence, un cri d&rsquo;orgueil et de folie, parce qu&rsquo;il l&rsquo;appliquait \u00e0 son moi personnel, c&rsquo;est-\u00e0-dire \u00e0 ce moi toujours faillible et mis\u00e9rable de la personne humaine, entendant par \u00ab\u00a0je \u00bb, non pas certes cet aspect le plus grossier de lui-m\u00eame qu&rsquo;il appelle cr\u00fbment le \u00ab porc \u00bb, mais son moi mental, orgueilleux, sensuel, cupide et ambitieux. Peut-\u00eatre toutefois exprimait-il, sans s&rsquo;en rendre compte lui-m\u00eame, cette v\u00e9rit\u00e9 d&rsquo;intuition per\u00e7ue par les plus grands mystiques de tous les temps, pressentant en lui cette Etincelle divine, Principe spirituel d&rsquo;inspiration, transpersonnel, superconscient et divin. La mystique chr\u00e9tienne ne reconna\u00eet-elle pas elle-m\u00eame cette immanence divine au tr\u00e9fonds de notre \u00e2me? Elle la qualifie, \u00e0 la v\u00e9rit\u00e9, de \u00ab surnaturelle \u00bb, parce qu&rsquo;elle transcende les limites de notre conscience normale et qu&rsquo;elle est hors d&rsquo;atteinte de nos perceptions sensorielles. Aussi les th\u00e9ologiens ont-ils condamn\u00e9 comme h\u00e9r\u00e9sie moderniste la th\u00e8se de l&rsquo;immanence naturelle de Dieu en l&rsquo;homme. Mais, ainsi que l&rsquo;entrevoient les po\u00e8tes intuitifs (Goethe, Browning, Whitman) rejoignant ainsi l&rsquo;antique sagesse de l&rsquo;Inde, le surnaturel n&rsquo;est que la Nature elle-m\u00eame, sup\u00e9rieure et invisible <a id=\"ftnref2\" href=\"#ftn2\">[2]<\/a>.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">D\u00e8s lors, il appara\u00eet clairement que le vrai tr\u00e9sor en moi, ce n&rsquo;est pas cet instrument limit\u00e9 de connaissance et de sensibilit\u00e9 que j&rsquo;appelle mon moi psychique ou mental. C&rsquo;est quelque chose de bien plus profond, quelque chose qui transcende ma conscience pr\u00e9sente. C&rsquo;est le Principe myst\u00e9rieux de mon \u00eatre, cach\u00e9 derri\u00e8re mon moi et qui \u00e9tant en m\u00eame temps que son cr\u00e9ateur la source cach\u00e9e de son activit\u00e9 temporelle, lui imprime ses directives les plus hautes et devient ainsi son r\u00e9dempteur. Mon intelligence n&rsquo;en est qu&rsquo;un p\u00e2le reflet.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Ici nous appara\u00eet donc le grand drame de notre temps. D\u00e9sax\u00e9 par les \u00e9v\u00e9nements qui l&rsquo;accablent, ne croyant plus au Dieu ext\u00e9rieur, et tournant obstin\u00e9ment le dos \u00e0 cet Esprit divin qui l&rsquo;inspire du dedans, qui est Lui-m\u00eame, l&rsquo;homme moderne n&rsquo;\u00e9coute plus que les sollicitations de son moi, de son intelligence avide, de ses instincts, de ses passions, et devient, par le fait, impuissant \u00e0 entendre la Voix int\u00e9rieure et les ordres qu&rsquo;Elle donne \u00e0 sa conscience. D&rsquo;o\u00f9 cette crise de l&rsquo;esprit dont souffre si cruellement le monde d&rsquo;aujourd&rsquo;hui.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab\u00a0Mais c&rsquo;est une forme audacieuse de l&rsquo;individualisme protestant que vous pr\u00e9conisez l\u00e0 \u00bb, me diront les catholiques. \u00ab\u00a0Vous transposez dans la conscience de l&rsquo;individu une autorit\u00e9 spirituelle qui n&rsquo;appartient qu&rsquo;\u00e0 Dieu ou \u00e0 son repr\u00e9sentant ici-bas, l&rsquo;Eglise. Votre erreur en sapant l&rsquo;autorit\u00e9 l\u00e9gitime ne peut nous mener qu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;anarchie morale et sociale ! \u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le reproche, qui ne nous atteint pas \u2014 nous le montrerons \u2014 est justifi\u00e9 au contraire \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard du protestantisme, et pr\u00e9cis\u00e9ment parce que celui-ci se refuse \u00e0 admettre que \u00a0l&rsquo;essence supr\u00eame de l&rsquo;homme est divine. Aussi, livr\u00e9s aux incertitudes du raisonnement individuel, les protestants sont-ils divis\u00e9s, impuissants \u00e0 r\u00e9soudre entre eux le probl\u00e8me de l&rsquo;unit\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Quant \u00e0 l&rsquo;argument de l&rsquo;autorit\u00e9 de l&rsquo;Eglise que l&rsquo;on nous accuse de m\u00e9conna\u00eetre, que peut-il valoir ? S&rsquo;il est permis de raisonner humainement sur l&rsquo;Evangile \u2014 et pourquoi ne le serait-il pas? \u2014 nous serions tent\u00e9 de dire : Le Christ a fond\u00e9 une soci\u00e9t\u00e9 qu&rsquo;il a voulu universelle. Il a institu\u00e9 l&rsquo;Eglise, soci\u00e9t\u00e9 des \u00e2mes, union des hommes de bonne volont\u00e9 qui acceptent son enseignement de v\u00e9rit\u00e9, comportant des pr\u00e9ceptes de morale et aussi quelques rares notions de m\u00e9taphysique qu&rsquo;il s&rsquo;est refus\u00e9 d&rsquo;expliciter autrement d&rsquo;ailleurs que sous le voile des paraboles, ou d&rsquo;un langage symbolique. C&rsquo;est une v\u00e9rit\u00e9 d&rsquo;\u00e9vidence, semble-t-il, que, dans son intention, c&rsquo;est l&rsquo;institution qui fut cr\u00e9\u00e9e pour les hommes et non les hommes pour l&rsquo;institution, hypoth\u00e8se absurde. La primaut\u00e9 appartient donc \u00e0 l&rsquo;homme, aux hommes pour lesquels l&rsquo;Eglise fut \u00e9tablie. N&rsquo;a-t-on pas d\u00e8s lors trahi les intentions du Ma\u00eetre, d\u00e9natur\u00e9 le sens m\u00eame de l&rsquo;institution, en donnant cette primaut\u00e9 \u00e0 l&rsquo;Eglise, en quelque sorte divinis\u00e9e, et en pr\u00e9tendant soumettre \u00e0 son autorit\u00e9 despotique et \u00e0 son enseignement, d\u00e9mesur\u00e9ment major\u00e9 par les docteurs, l&rsquo;homme lui-m\u00eame et sa conscience? L&rsquo;Eglise qui devait aider, encadrer, fortifier, les fid\u00e8les \u2014 et, \u00e0 ce titre, la l\u00e9gitimit\u00e9 de son autorit\u00e9, comme celle de l&rsquo;Etat, doit \u00eatre reconnue \u2014 a \u00e9t\u00e9 transform\u00e9e en un instrument de domination, un moyen d&rsquo;opprimer dans leur for int\u00e9rieur les consciences et les \u00e2mes. Le Christ n&rsquo;a certes jamais voulu cela ! Nous y reviendrons.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">J\u2019ai dit que le reproche des catholiques ne pouvait nous atteindre. N&rsquo;est-il pas paradoxal en effet d&rsquo;incriminer comme doctrine de d\u00e9sordre et d&rsquo;anarchie un enseignement qui affirme l&rsquo;immanence en chaque conscience humaine d&rsquo;un Principe divin auquel il doit se r\u00e9f\u00e9rer ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais, objectent encore les catholiques, l&rsquo;individu peut se tromper dans le recours \u00e0 ce Ma\u00eetre int\u00e9rieur. Il peut \u00eatre victime d&rsquo;une illusion, \u00eatre inconsciemment le jouet de forces obscures ou mauvaises, prendre pour le Ma\u00eetre de lumi\u00e8re celui de la perdition ! Au surplus, comment une base individualiste de jugement n&rsquo;engendrerait-elle pas l&rsquo;anarchie des esprits et le d\u00e9sordre social?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">L&rsquo;objection serait valable si chaque \u00ab moi \u00bb individuel demeurait libre d&rsquo;agir \u00e0 sa guise, suivant ses fantaisies et ses passions. Mais le Principe divin en nous n&rsquo;a rien de commun avec cet individualisme anarchique et capricieux de notre moi \u00e9go\u00efste. Bien au contraire, il s&rsquo;agit ici d&rsquo;un individualisme d&rsquo;ordre transcendantal qui, loin de relever d&rsquo;une doctrine anarchique, loin de menacer l&rsquo;ordre social, l&rsquo;int\u00e8gre au contraire et le r\u00e9alise. Quand en effet l&rsquo;individu d\u00e9couvre sa vraie nature, quand, purifi\u00e9 de c\u0153ur et d&rsquo;esprit, et d\u00e9passant un rationalisme incertain, il per\u00e7oit intuitivement le Rayon divin en lui, alors, percevant \u00e9galement que tous les Rayons composent le m\u00eame Soleil divin, il r\u00e9soud, par le fait, le double probl\u00e8me de l&rsquo;Unit\u00e9 et de la Solidarit\u00e9 de tous, ayant retrouv\u00e9 en lui-m\u00eame l&rsquo;Unique Source l\u00e9gitime de toute autorit\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Les Catholiques soutiennent n\u00e9anmoins que pareil enseignement compromet l&rsquo;ordre social, l&rsquo;ordre chr\u00e9tien. Mais quel est cet ordre qu&rsquo;ils entendent sauvegarder ou restaurer dans le monde ? Un ordre bien plus ext\u00e9rieur qu&rsquo;int\u00e9rieur, l&rsquo;ordre tel qu&rsquo;on le concevait au Moyen-Age, c&rsquo;est-\u00e0-dire un ordre fig\u00e9, bas\u00e9 sur la double autorit\u00e9 du pouvoir religieux et civil, personnifi\u00e9 jadis par le Pape et l&rsquo;Empereur \u2014 ces deux moiti\u00e9s de Dieu, disait Dante \u2014 imposant leur contrainte respective, d&rsquo;une part aux consciences dans le domaine int\u00e9rieur, de l&rsquo;autre, \u00e0 la conduite, dans le domaine ext\u00e9rieur ou temporel.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Nous pensons au contraire qu&rsquo;un tel ordre n&rsquo;est jamais que relatif et pr\u00e9caire. Nous estimons qu&rsquo;un v\u00e9ritable ordre social, un ordre humain dans le sens le plus \u00e9lev\u00e9 du mot, n&rsquo;est pas celui qui est impos\u00e9 du dehors par une autorit\u00e9 ext\u00e9rieure, religieuse ou la\u00efque, ni m\u00eame par les Ecritures ou les traditions, si v\u00e9n\u00e9rables soient-elles. Et ceci pour la raison bien simple que les lois contraignantes, les r\u00e8glements, les codes de morale civile ou religieuse, sont les fruits de l&rsquo;\u00e9volution sociale des peuples, appropri\u00e9s aux diff\u00e9rents degr\u00e9s de cette \u00e9volution. M\u00eame s&rsquo;ils sont inspir\u00e9s d&rsquo;en Haut, ils ne peuvent cr\u00e9er un ordre immuable et \u00e9ternel, valable pour tous les temps et tous les peuples, mais seulement un ordre conventionnel, adapt\u00e9 \u00e0 un temps et \u00e0 un lieu d\u00e9termin\u00e9s. Un tel ordre est utile certes, n\u00e9cessaire m\u00eame, en ce sens qu&rsquo;il repr\u00e9sente \u00e0 une \u00e9poque ou pour un peuple donn\u00e9 une moyenne d&rsquo;\u00e9volution, fixant des r\u00e8gles publiques qui emp\u00eachent les masses de retomber au-dessous de cette moyenne et de r\u00e9trograder. N\u00e9anmoins \u2014 il faut y insister \u2014 du moment qu&rsquo;un ordre social est impos\u00e9 et sanctionn\u00e9 du dehors par la contrainte physique ou morale d&rsquo;une autorit\u00e9 ext\u00e9rieure, son caract\u00e8re ne peut \u00eatre que conventionnel, c&rsquo;est-\u00e0-dire superficiel et pr\u00e9caire, car la contrainte ne cr\u00e9e rien de durable et ne lie pas int\u00e9rieurement les consciences qu&rsquo;elle assujettit par la crainte. Tout comme celle du gendarme, la crainte du Seigneur n&rsquo;est que le commencement de la sagesse, nous dit la Bible. D\u00e8s lors, un ordre social qui n&rsquo;est bas\u00e9 que sur la crainte \u2014 crainte de sanctions en ce monde ou dans l&rsquo;autre, crainte relativement utile pour prot\u00e9ger contre elles-m\u00eames des \u00e2mes jeunes et faibles \u2014 qu&rsquo;un tel ordre, disons-nous, ne peut en fait aboutir qu&rsquo;\u00e0 une morale gr\u00e9gaire, une morale de troupeaux ou d&rsquo;esclaves. Or, une morale gr\u00e9gaire est indigne de l&rsquo;homme qui a pris conscience de lui-m\u00eame, de sa vraie nature. \u2014 Mais sur quoi repose alors le v\u00e9ritable ordre social, demandera-t-on ? \u2014 Sur la n\u00e9cessit\u00e9 int\u00e9rieure qu&rsquo;impose \u00e0 chaque individu sa propre conscience <a id=\"ftnref3\" href=\"#ftn3\">[3]<\/a>. Evidemment, notre pr\u00e9sente humanit\u00e9, qui n&rsquo;a gu\u00e8re d\u00e9pass\u00e9 encore le stade semi-humain et semi-animal, demeure fort \u00e9loign\u00e9e de pouvoir r\u00e9aliser un id\u00e9al aussi \u00e9lev\u00e9. Celui-ci n&rsquo;en doit pas moins lui \u00eatre propos\u00e9 comme une v\u00e9rit\u00e9 sup\u00e9rieure \u00e0 laquelle il lui faut tendre. Chacun doit donc se proposer tout d&rsquo;abord de r\u00e9aliser l&rsquo;ordre en soi-m\u00eame par une purification de ses pens\u00e9es, de ses sentiments, et, petit \u00e0 petit, l&rsquo;ordre social progressera parall\u00e8lement, n&rsquo;\u00e9tant que l&rsquo;ext\u00e9riorisation de cet ordre int\u00e9rieur instaur\u00e9 dans les intelligences et dans les c\u0153urs.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Toutefois, je le r\u00e9p\u00e8te, pour qu&rsquo;un tel progr\u00e8s soit possible, il est indispensable de r\u00e9tablir la vraie notion du divin en l&rsquo;homme. En d\u00e9pit des textes \u00e9vang\u00e9liques qui nous disent que le royaume des cieux est au-dedans de nous et que chacun pour trouver Dieu doit rentrer en soi-m\u00eame, les Chr\u00e9tiens se refusent \u00e0 reconna\u00eetre Dieu comme le Principe substantiel de l&rsquo;\u00e2me. C&rsquo;est seulement par sa gr\u00e2ce surnaturelle que Dieu est pr\u00e9sent dans l&rsquo;\u00e2me du fid\u00e8le, nous dit la th\u00e9ologie catholique. Et Chesterton, l&rsquo;\u00e9crivain anglais converti au catholicisme, soulignait \u00e0 ce propos que \u00ab le christianisme s&rsquo;est r\u00e9pandu sur le monde pour affirmer avec violence que l&rsquo;homme devait non seulement regarder en lui-m\u00eame, mais au-dessus de lui <a id=\"ftnref4\" href=\"#ftn4\">[4]<\/a>&#8230;\u00a0\u00bb Au-dessus de son \u00ab moi \u00bb \u00e9videmment, car on ne comprend que trop, je le r\u00e9p\u00e8te, la r\u00e9pugnance des catholiques \u00e0 admettre que rien de divin puisse se d\u00e9couvrir dans le cadre \u00e9troit et mis\u00e9rable de notre personnalit\u00e9 \u00e9ph\u00e9m\u00e8re. Voil\u00e0 pourquoi, nous l&rsquo;avons dit, les religions ont imagin\u00e9 leur Dieu comme un Etre ext\u00e9rieur, rel\u00e9gu\u00e9 dans un Ciel, fort \u00e9loign\u00e9 de notre plan d&rsquo;existence, et dont le seul truchement pour nous est l&rsquo;\u00c9glise, interm\u00e9diaire indispensable de sa Gr\u00e2ce.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">C&rsquo;est l\u00e0 pourtant, pour tout homme qui r\u00e9fl\u00e9chit sans se contenter de croire aveugl\u00e9ment, une conception tout \u00e0 fait simpliste et enfantine, qui rel\u00e8ve de la superstition et de l&rsquo;ignorance. C&rsquo;est pure illusion en effet que de chercher Dieu hors du monde, hors de la Vie universelle, hors de soi-m\u00eame car Dieu c&rsquo;est tout cela sous le voile de May\u00e2. C&rsquo;est donc au c\u0153ur secret de toute chose, au tr\u00e9fond cach\u00e9 de notre propre nature que le divin, l&rsquo;Etre pur r\u00e9side. Et comme, je le r\u00e9p\u00e8te, ce ne peut \u00eatre \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur des limites restreintes de notre \u00ab moi \u00bb qu&rsquo;Il peut \u00eatre d\u00e9couvert, c&rsquo;est au del\u00e0 de ces limites, derri\u00e8re le masque grima\u00e7ant de ce moi, \u00e0 l&rsquo;arri\u00e8re-plan de notre conscience, qu&rsquo;il importe de Le chercher et de Le trouver. A vrai dire, pour l&rsquo;homme lib\u00e9r\u00e9, qui a d\u00e9pass\u00e9 le monde des dualit\u00e9s, \u00ab que ne trouble plus le jeu des oppos\u00e9s \u00bb (Patanjali), aucun des deux termes de l&rsquo;alternative divisant l&rsquo;Unit\u00e9 n&rsquo;est vrai, au sens propre des mots, car comme il est dit dans les po\u00e8mes de Kabir :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Si je dis qu&rsquo;Il est en moi, l&rsquo;Univers a honte de mes paroles, <\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Si je dis qu&rsquo;Il est en dehors de moi, je mens;<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Des mondes int\u00e9rieurs et ext\u00e9rieurs Il fait une invisible Unit\u00e9<\/em>.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">N\u00e9anmoins, la seule voie d&rsquo;acc\u00e8s qui nous soit donn\u00e9e pour Le d\u00e9couvrir, c&rsquo;est de rentrer en nous-m\u00eame et de d\u00e9couvrir sa Nature derri\u00e8re les fallacieuses apparences du moi. Tel \u00e9tait le sens du \u00ab Gn\u00f4ti Seauton \u00bb, Connais-toi toi-m\u00eame, inscrit au fronton du temple de Delphes. Telle est la vraie grandeur de l&rsquo;homme oppos\u00e9e \u00e0 sa petitesse. La doctrine ne pr\u00e9sente donc rien de neuf. L&rsquo;\u00e9rudition nous apprend que dans les antiques Myst\u00e8res de l&rsquo;Egypte et de la Gr\u00e8ce, l&rsquo;initiation derni\u00e8re et supr\u00eame consistait, pour l&rsquo;initi\u00e9 \u00e0 devenir lui-m\u00eame le Dieu du Myst\u00e8re. Conclusion parfaitement logique pour celui qui r\u00e9alise finalement en lui-m\u00eame le probl\u00e8me de l&rsquo;Unit\u00e9. Tel \u00e9tait \u00e9galement l&rsquo;enseignement essentiel mill\u00e9naire de l&rsquo;Inde : Atman est Brahman : Tu es Cela, \u00ab Tat twam asi\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">On con\u00e7oit mieux maintenant ce qui nous s\u00e9pare du traditionalisme litt\u00e9ral catholique. Pour celui-ci, le Divin ne s&rsquo;est uni \u00e0 l&rsquo;humain que dans la seule personne historique de J\u00e9sus-Christ. Le Christ est d\u00e8s lors propos\u00e9 aux hommes comme \u00e9tant l&rsquo;unique mod\u00e8le \u00e0 suivre. Pour la tradition \u00e9sot\u00e9rique universelle au contraire, pas de mod\u00e8le ext\u00e9rieur \u00e0 suivre. La Vie divine \u00e9tant immanente en chacun, comme tr\u00e9fonds secret de cette \u00ab aura \u00bb invisible, que la religion nomme l&rsquo;\u00e2me, sans en conna\u00eetre la vraie nature, chacun a d\u00e8s lors comme devoir, non de se conformer \u00e0 un mod\u00e8le \u00e9tranger \u00e0 lui-m\u00eame si divin, si parfait que paraisse ce mod\u00e8le \u2014 tels un Christ ou un Bouddha \u2014 mais de r\u00e9aliser, dans son originalit\u00e9 unique son propre mod\u00e8le int\u00e9rieur de perfection divine. J\u00e9sus n&rsquo;a pas dit : \u00ab Soyez parfait comme je suis parfait\u00a0\u00bb \u2014 il aurait pu le dire \u2014 mais \u00ab comme votre P\u00e8re c\u00e9leste est parfait \u00bb !<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Et de m\u00eame, le bonheur social, qui est le bonheur de tous, ne peut d\u00e9pendre de cette conformit\u00e9 \u00e0 quelque mod\u00e8le ext\u00e9rieur uniforme, impos\u00e9 \u00e0 tous, mais de cette r\u00e9alisation individuelle infiniment vari\u00e9e, par laquelle chacun atteignant finalement sa propre \u00ab stature divine \u00bb (Saint Paul), la perfection globale de l&rsquo;humanit\u00e9 se traduira par une splendide harmonie collective. On ne peut que pressentir cette possibilit\u00e9 glorieuse. Aujourd&rsquo;hui, h\u00e9las, nous voyons les soci\u00e9t\u00e9s humaines nous donner le navrant spectacle d&rsquo;un orchestre cacophonique o\u00f9 chaque musicien, isol\u00e9 ou en groupe, s&rsquo;exerce \u00e0 jouer sa partie s\u00e9par\u00e9e, sans aucun souci des fausses notes, ni de l&rsquo;effet d&rsquo;ensemble. Mais dans les concerts de l&rsquo;avenir, dans les accords futurs de la symphonie merveilleuse que nous donnera une humanit\u00e9 r\u00e9concili\u00e9e avec elle-m\u00eame et parfaitement harmonis\u00e9e parce qu&rsquo;elle aura pris conscience de son Unit\u00e9, chacun, conservant sa caract\u00e9ristique fondamentale, fera entendre sa propre note originale, et, jouant \u00e0 l&rsquo;unisson des autres, rendra ainsi plus harmonieuse et plus splendide, la richesse symphonique de l&rsquo;ensemble. On comprend, dans ces conditions, comment la vie m\u00eame de chacun doit devenir une cr\u00e9ation continue, une r\u00e9elle \u0153uvre d&rsquo;art, non pas une copie servile, f\u00fbt-ce, je le r\u00e9p\u00e8te, du plus divin des mod\u00e8les, mais au contraire une \u0153uvre personnelle, originale, unique, qu&rsquo;il doit mener \u00e0 sa divine perfection.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab Mais cette vision de l&rsquo;avenir humain, si belle soit-elle, ne cadre pas avec l&rsquo;enseignement catholique \u00bb, m&rsquo;est-il oppos\u00e9. \u00ab De votre id\u00e9e erron\u00e9e de Dieu, d\u00e9coulent n\u00e9cessairement vos erreurs sur l&rsquo;avenir de l&rsquo;homme, tant au point de vue social qu&rsquo;individuel. Pour juger de cet avenir, il faut en revenir, avant tout, \u00e0 la foi en Dieu tel qu&rsquo;Il est d\u00e9fini par la tradition catholique ! \u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Il est \u00e9trange que ce soit cette question : \u00ab Croyez-vous en Dieu? \u00bb, question adress\u00e9e \u00e0 chacun avec suspicion et m\u00e9fiance, qui serve de base \u00e0 la plupart des hommes pour juger de la valeur morale et spirituelle de leur prochain et prononcer, pour ou contre lui, le plus irr\u00e9vocable des jugements. Croyants et ath\u00e9es se renvoient en effet leur condamnation et leur m\u00e9pris r\u00e9ciproques, selon que la r\u00e9ponse \u00e0 la question est n\u00e9gative ou affirmative.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Pourtant la question elle-m\u00eame ne signifie absolument rien, \u00e9tant donn\u00e9 que questionneur et questionn\u00e9 ne connaissent ce dont ils parlent ni n&rsquo;attribuent le m\u00eame sens au mot Dieu, ni a fortiori \u00e0 la R\u00e9alit\u00e9 que ce mot pr\u00e9tend signifier. Cette R\u00e9alit\u00e9 \u00e9tant ind\u00e9finissable, impensable \u2014 tous les grands mystiques nous l&rsquo;ont d\u00e9clar\u00e9 \u2014 on voit la contradiction et l&rsquo;\u00e9quivoque qu&rsquo;a cr\u00e9\u00e9es le mot qui entendait la d\u00e9finir ou l&rsquo;exprimer. Les th\u00e9ologiens, bien qu&rsquo;ils s&rsquo;en d\u00e9fendent, pr\u00e9tendent d\u00e9finir Dieu par des attributs, des qualit\u00e9s, et nous lier obligatoirement \u00e0 leurs d\u00e9finitions. Pour les ath\u00e9es, les mat\u00e9rialistes, la question est simplifi\u00e9e : Dieu, c&rsquo;est le N\u00e9ant. Krishnamurti, pour des raisons bien \u00e9videntes, n&rsquo;a employ\u00e9 que bien rarement le mot Dieu. Certains psychanalystes modernes, tel C. G. Jung, consid\u00e8rent l&rsquo;id\u00e9e de Dieu \u2014 sinon la R\u00e9alit\u00e9 m\u00eame \u2014 comme un de ces arch\u00e9types fondamentaux qui, depuis les d\u00e9buts de l&rsquo;humanit\u00e9, exercent une action dynamique puissante sur l&rsquo;inconscient collectif. Pour ce qui me concerne, malgr\u00e9 l&rsquo;abus qu&rsquo;on en a fait, malgr\u00e9 l&rsquo;\u00e9quivoque et l&rsquo;incertitude qu&rsquo;il cr\u00e9e, j&rsquo;ai toujours \u00e9t\u00e9 tent\u00e9 d&rsquo;attacher au mot lui-m\u00eame, au myst\u00e8re qu&rsquo;il repr\u00e9sente, la plus grande importance : car le mot me semble charg\u00e9, par des \u00e2ges de d\u00e9votion et de foi ardentes, d&rsquo;un magn\u00e9tisme puissant, puissant et secourable \u00e0 la d\u00e9tresse humaine. Et le vide que laisse dans le monde l&rsquo;absence ou la n\u00e9gation de Dieu notre d\u00e9sarroi actuel dans les \u00e9preuves mondiales le prouve assez ce vide, dis-je, me para\u00eet insuffisamment combl\u00e9 par des expressions abstraites, telles que la R\u00e9alit\u00e9 supr\u00eame, ou autre analogue, pour d\u00e9signer ce qui est non une abstraction de l&rsquo;esprit, mais la R\u00e9alit\u00e9 concr\u00e8te la plus \u00e9lev\u00e9e. Il est vrai que Krishnamurti emploie \u00e9galement d&rsquo;autres termes, tels que \u00ab Truth \u00bb, \u00ab Life \u00bb, la V\u00e9rit\u00e9, la Vie, pour d\u00e9signer cette myst\u00e9rieuse R\u00e9alit\u00e9, et que beaucoup de mat\u00e9rialistes ou de positivistes se servent \u00e9galement aujourd&rsquo;hui de l&rsquo;expression \u00ab la Vie \u00bb, \u00ab la Vie universelle\u00a0\u00bb, pour d\u00e9signer la plus haute manifestation de l&rsquo;existence universelle, perceptible \u00e0 nos sens, \u00e0 notre conscience. Ils la distinguent d&rsquo;ailleurs de la mati\u00e8re inorganique qu&rsquo;ils consid\u00e8rent comme enti\u00e8rement priv\u00e9e de vie. Mais ces derniers tenants d&rsquo;un mat\u00e9rialisme d\u00e9suet paraissent d\u00e9savou\u00e9s aujourd&rsquo;hui par la science elle-m\u00eame, laquelle abat chaque jour davantage une barri\u00e8re consid\u00e9r\u00e9e jadis comme infranchissable. \u00ab La Science \u00bb, \u00e9crit Jean Dubost <a id=\"ftnref5\" href=\"#ftn5\">[5]<\/a>, n&rsquo;a jamais pu d\u00e9couvrir des caract\u00e9ristiques de la mati\u00e8re vivante qui ne se retrouvent \u00e0 un degr\u00e9 \u00e9l\u00e9mentaire, bien entendu, dans les corps dits inorganiques. N&rsquo;est-on pas fond\u00e9 \u00e0 consid\u00e9rer le magn\u00e9tisme des corps magn\u00e9tiques et l&rsquo;affinit\u00e9 des \u00e9l\u00e9ments chimiques, comme une esp\u00e8ce de vie embryonnaire, dont le mouvement, en apparence spontan\u00e9, constitue l&rsquo;essentiel? Les cristaux ne poss\u00e8dent-ils pas des caract\u00e9ristiques telles qu&rsquo;on a pu parler sans outrance, de la vie des cristaux ? Ne savons-nous pas, depuis les exp\u00e9riences de St\u00e9phanes Leduc, que les cristaux naissent, se nourrissent et se reproduisent ? Il n&rsquo;est pas jusqu&rsquo;\u00e0 la tendance des cristaux \u00e0 se d\u00e9velopper en v\u00e9g\u00e9tations arborescentes qui ne t\u00e9moigne d&rsquo;une sorte de vie particuli\u00e8re, o\u00f9 on est en droit de voir une forme inf\u00e9rieure de la vie proprement dite \u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Et le savant indou Bose ne nous a-t-il pas montr\u00e9 aussi, \u00e0 l&rsquo;aide d&rsquo;un instrument ultra-sensible de son invention, que min\u00e9raux, v\u00e9g\u00e9taux, animaux et humains r\u00e9agissaient pareillement, sur une \u00e9chelle gradu\u00e9e, \u00e0 la fatigue, \u00e0 l&#8217;empoisonnement, pr\u00e9sentant les m\u00eames sympt\u00f4mes de sensibilit\u00e9 \u00e0 l&rsquo;action anesth\u00e9sique ou hypnotique exerc\u00e9e sur eux ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Il semble \u00e9vident toutefois que cette expression \u00ab la Vie universelle \u00bb ne convient gu\u00e8re pouf exprimer ou d\u00e9finir cette unit\u00e9 primitive, homog\u00e8ne, de la Vie, car la Vie nous ne la connaissons que sous des modes multiples, diff\u00e9renci\u00e9s, \u00e9ph\u00e9m\u00e8res, et nullement sous un aspect unitaire et \u00e9ternel. La Vie universelle n&rsquo;appara\u00eet donc \u00e0 notre exp\u00e9rience, \u00e0 notre connaissance, que comme innombrable en ses formes, toujours limit\u00e9e et passag\u00e8re en ses manifestations successives dans le temps. Son essence unique et divine nous \u00e9chappe. La vision de la Vie, \u00e0 la fois une et multiple, dont nous entretient Krishnamurti, transcende donc l&rsquo;id\u00e9e de la Vie universelle, telle que la con\u00e7oivent les mat\u00e9rialistes <a id=\"ftnref6\" href=\"#ftn6\">[6]<\/a>, comme elle s&rsquo;oppose aussi aux conceptions que les th\u00e9ologiens nous pr\u00e9sentent de Dieu et de la Vie divine qu&rsquo;ils distinguent essentiellement de la Vie cosmique. Pour les th\u00e9ologiens, nous l&rsquo;avons dit, la Vie divine est surnaturelle, transcendante au monde cr\u00e9\u00e9. Ils nous pr\u00e9sentent la Divinit\u00e9, en effet, comme un Dieu personnel, souverainement bon et tout-puissant, cr\u00e9ateur de l&rsquo;univers, mais \u00e9tranger par nature \u00e0 sa cr\u00e9ation et dou\u00e9 n\u00e9anmoins de toutes nos qualit\u00e9s ou attributs, port\u00e9s \u00e0 la supr\u00eame puissance. Sans doute importe-t-il de faire ici une distinction entre ces sp\u00e9culations de la haute th\u00e9ologie et la conception populaire de la Divinit\u00e9, telle que la formulent et l&rsquo;enseignent le cat\u00e9chisme et le langage populaire des orateurs de la chaire.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Il est certain que l&rsquo;on a cr\u00e9\u00e9 entre les deux une \u00e9quivoque que l&rsquo;on maintient. Si d&rsquo;ailleurs nous interrogeons des catholiques instruits, nous constatons qu&rsquo;il existe chez eux autant de notions diff\u00e9rentes de Dieu que d&rsquo;individus interrog\u00e9s. Tous s&rsquo;inclinent d\u00e9votement et craintivement devant l&rsquo;enseignement de l&rsquo;\u00c9glise sur le Myst\u00e8re divin, mais si nous les interrogeons sur cet enseignement, nous constatons, pour autant qu&rsquo;ils osent nous r\u00e9pondre, que leur compr\u00e9hension varie \u00e9trangement de l&rsquo;un \u00e0 l&rsquo;autre. Chez tous n\u00e9anmoins, la conception de Dieu demeure curieusement pu\u00e9rile. C&rsquo;est toujours le Dieu anthropomorphe de la Bible et du cat\u00e9chisme, qui s&rsquo;irrite des p\u00e9ch\u00e9s des hommes, punit ou r\u00e9compense \u00e9ternellement nos fautes passag\u00e8res, exige imp\u00e9rieusement de ses fid\u00e8les les hommages et le culte ; en un mot, un Dieu qu&rsquo;il faut se rendre propice par l&rsquo;adoration et les pri\u00e8res, et dont il importe avant tout de redouter la col\u00e8re et la vengeance. Et, avec tout cela, il faut l&rsquo;aimer par-dessus toute chose !<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Sans doute, le Dieu des th\u00e9ologiens est-il sensiblement diff\u00e9rent de celui-l\u00e0 et on peut d\u00e9plorer, chez les catholiques, en d\u00e9pit de l&rsquo;excellence des intentions, cet \u00e9cart que l&rsquo;on maintient entre la notion de Dieu telle qu&rsquo;elle est admise par des th\u00e9ologiens avertis et celle qui est pr\u00e9sent\u00e9e au public par les pr\u00e9dicateurs. Comment ne pas taxer d&rsquo;hypocrisie, en effet, cet enseignement populaire, ce mensonge, que l&rsquo;on propose pour assujettir les fid\u00e8les \u00e0 la crainte et au tremblement, sous le pr\u00e9texte sp\u00e9cieux qu&rsquo;un enseignement plus \u00e9lev\u00e9 n&rsquo;est pas accessible \u00e0 l&rsquo;intelligence des masses ? Ceci ne frise-t-il pas de bien pr\u00e8s cette exploitation des consciences que l&rsquo;on a tant reproch\u00e9e aux clerg\u00e9s, ceux-ci agissant comme si la fin justifiait les moyens et que le mensonge d\u00fbt \u00eatre ici impos\u00e9 pour le salut des hommes ! Paradoxe, tromperies, enfantillages !<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais cet enseignement sup\u00e9rieur, lui-m\u00eame, de la th\u00e9ologie, quel est-il? Sans doute les docteurs chr\u00e9tiens ont-ils vari\u00e9 au cours des \u00e2ges, selon qu&rsquo;ils greff\u00e8rent l&rsquo;enseignement de l&rsquo;\u00c9vangile sur celui de Platon ou d&rsquo;Aristote. Il semble qu&rsquo;aujourd&rsquo;hui toutefois, la doctrine catholique ait trouv\u00e9 son expression la plus parfaite, la plus d\u00e9finitive, dans la philosophie thomiste, inspir\u00e9e d&rsquo;Aristote, et remise en honneur par le Pape L\u00e9on XIII et le Cardinal Mercier.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans une petite brochure suggestive <a id=\"ftnref7\" href=\"#ftn7\">[7]<\/a>, le P. Sertillanges, \u00e9minent th\u00e9ologien et acad\u00e9micien, s&rsquo;est efforc\u00e9 de mettre \u00e0 notre port\u00e9e cette doctrine de saint Thomas, relative aux attributs divins. Il d\u00e9bute en nous disant que, selon saint Thomas, on ne peut rien dire de Dieu qui ne soit, \u00e0 proprement parler, faux ou inexact. Il semblerait donc que la r\u00e8gle d&rsquo;or d\u00fbt \u00eatre ici le silence ! Et bien, non ! On peut, on doit, en d\u00e9pit de l&rsquo;impropri\u00e9t\u00e9 des mots et des concepts, reconna\u00eetre en Dieu des attributs, des qualit\u00e9s au sens humain de ces mots : mais, pour \u00e9viter tout anthropomorphisme, il faut les Lui appliquer \u00ab d&rsquo;une mani\u00e8re analogique, sur\u00e9minente et transcendante \u00bb : c&rsquo;est ce qu&rsquo;on exprime en disant que Dieu est infiniment bon, tout-puissant, aimable, etc. Mais alors, de deux choses l&rsquo;une : ou bien ces mots appliqu\u00e9s \u00e0 Dieu de cette fa\u00e7on ne veulent plus rien dire du tout, et alors nous tombons dans l&rsquo;agnosticisme ; ou bien, ils conservent une signification humaine, intelligible, et comment \u00e9viter alors l&rsquo;anthropomorphisme? De sorte que dans cette brochure destin\u00e9e \u00e0 combattre ces deux \u00e9cueils, le bon P\u00e8re, d&rsquo;une part, fait de l&rsquo;anthropomorphisme tout le temps, bien qu&rsquo;il s&rsquo;en d\u00e9fende, du fait m\u00eame qu&rsquo;il emploie des mots et des concepts humains et qui n&rsquo;ont de sens que pour l&rsquo;homme et, d&rsquo;autre part, il termine sa brochure en appliquant \u00e0 Dieu le mot de Socrate : \u00ab Ce que je sais, c&rsquo;est que je ne sais rien \u00bb, ce qui confirme \u00e9galement l&rsquo;agnosticisme qu&rsquo;il pr\u00e9tendait combattre.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Au surplus, qu&rsquo;il s&rsquo;agisse du Dieu des th\u00e9ologiens ou de celui de l&rsquo;humble fid\u00e8le, le probl\u00e8me moral appara\u00eet ici comme demeurant sans solution. Comment le mal peut-il \u00eatre expliqu\u00e9 ou justifi\u00e9 dans le monde, si le Cr\u00e9ateur, \u00e9tranger au monde, est un Etre personnel \u00e0 la fois infiniment bon et tout-puissant ? Et, sans parler des cruaut\u00e9s de la nature cr\u00e9\u00e9e, comment cet Etre infiniment bon a-t-il pu cr\u00e9er des hommes que, dans sa prescience infinie, il savait condamn\u00e9s \u00e0 la damnation \u00e9ternelle ? Il le savait, et les a cr\u00e9\u00e9s quand m\u00eame ! ! Un tel Dieu serait \u00ab un d\u00e9mon pervers et cruel \u00bb, selon l&rsquo;expression de l&rsquo;un de nos Ma\u00eetres <a id=\"ftnref8\" href=\"#ftn8\">[8]<\/a>.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Si donc les clart\u00e9s de la th\u00e9ologie nous paraissent bien obscures, celles des philosophes sur le sujet ne sont pas plus \u00e9clairantes. Lisons-en le tableau amusant que nous en a laiss\u00e9 Voltaire dont la verve a beau jeu, ici, de s&rsquo;exercer :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify; padding-left: 30px;\"><em>Lorsque le seul puissant, le seul grand, le seul sage,<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify; padding-left: 30px;\"><em>De ce monde en six jours eut achev\u00e9 l&rsquo;ouvrage<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify; padding-left: 30px;\"><em>Et qu&rsquo;il e\u00fbt arrang\u00e9 tous les c\u00e9lestes corps,<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify; padding-left: 30px;\"><em>De la vaste machine il cacha les ressorts.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify; padding-left: 30px;\"><em>Et mit sur la nature un voile imp\u00e9n\u00e9trable.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify; padding-left: 30px;\"><em> <\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify; padding-left: 30px;\"><em>J&rsquo;ai lu chez un rabbin que cet Etre ineffable<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify; padding-left: 30px;\"><em>Un jour devant son tr\u00f4ne assembla nos docteurs,<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify; padding-left: 30px;\"><em>Fiers enfants du sophisme, \u00e9ternels disputeurs,<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify; padding-left: 30px;\"><em>Le bon Thomas d&rsquo;Aquin, Scot et Bonaventure,<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify; padding-left: 30px;\"><em>Et jusqu&rsquo;au Proven\u00e7al, \u00e9l\u00e8ve d&rsquo;Epicure<\/em> <a id=\"ftnref9\" href=\"#ftn9\">[9]<\/a><\/p>\n<p style=\"text-align: justify; padding-left: 30px;\"><em>Et ce ma\u00eetre Ren\u00e9<\/em> <a id=\"ftnref10\" href=\"#ftn10\">[10]<\/a><em>, qu&rsquo;on oublie aujourd&rsquo;hui,<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify; padding-left: 30px;\"><em>Grand fou pers\u00e9cut\u00e9 par de plus fous que lui,<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify; padding-left: 30px;\"><em>Et tous ces beaux esprits dont le savant caprice<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify; padding-left: 30px;\"><em>D&rsquo;un monde imaginaire a b\u00e2ti l&rsquo;\u00e9difice.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify; padding-left: 30px;\"><em>\u00ab \u00c7a, mes amis \u00bb, dit Dieu, \u00ab devinez mon secret :<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify; padding-left: 30px;\"><em>Dites-moi qui je suis, et comme je suis fait;<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify; padding-left: 30px;\"><em>Et, dans un suppl\u00e9ment, dites-moi qui vous \u00eates; <\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify; padding-left: 30px;\"><em>Quelle force en tous sens fait courir les com\u00e8tes. <\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify; padding-left: 30px;\"><em>Et pourquoi, dans ce globe, un destin trop fatal<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify; padding-left: 30px;\"><em>Pour une once de bien mit des quintaux de mal. <\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify; padding-left: 30px;\"><em>Je sais que gr\u00e2ce aux soins des plus nobles g\u00e9nies, <\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify; padding-left: 30px;\"><em>Des prix sont propos\u00e9s par les Acad\u00e9mies.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify; padding-left: 30px;\"><em>J&rsquo;en donnerai. Quiconque approchera du but <\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify; padding-left: 30px;\"><em>Aura beaucoup d&rsquo;argent, et fera son salut. \u00bb <\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify; padding-left: 30px;\"><em>Il dit. \u2014 Thomas se l\u00e8ve, \u00e0 l&rsquo;auguste parole, <\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify; padding-left: 30px;\"><em>Thomas, le jacobin, l&rsquo;ange de notre \u00e9cole, <\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify; padding-left: 30px;\"><em>Qui de cent arguments se tira toujours bien, <\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify; padding-left: 30px;\"><em>Et r\u00e9pondit \u00e0 tout, sans se douter de rien.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify; padding-left: 30px;\"><em>\u00ab Vous \u00eates \u00bb, lui dit-il, \u00ab l&rsquo;existence et l&rsquo;essence, <\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify; padding-left: 30px;\"><em>Simple avec attributs, acte pur et substance,<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify; padding-left: 30px;\"><em>Dans les temps, hors des temps, fin, principe et milieu, <\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify; padding-left: 30px;\"><em>Toujours pr\u00e9sent partout, sans \u00eatre en aucun lieu. \u00bb <\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify; padding-left: 30px;\"><em>L&rsquo;\u00c9ternel, \u00e0 ces mots qu&rsquo;un bachelier admire,<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify; padding-left: 30px;\"><em>Dit : \u00ab Courage, Thomas \u00bb, et se mit \u00e0 sourire. <\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify; padding-left: 30px;\"><em>Descartes prit sa place, avec quelque fracas,<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify; padding-left: 30px;\"><em>Cherchant un tourbillon qu&rsquo;il ne rencontrait pas; <\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify; padding-left: 30px;\"><em>Et le front, tout poudreux de mati\u00e8re subtile, <\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify; padding-left: 30px;\"><em>N&rsquo;ayant jamais rien lu, pas m\u00eame l&rsquo;Evangile,<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify; padding-left: 30px;\"><em>\u00ab Seigneur \u00bb, dit-il \u00e0 Dieu, \u00ab ce bonhomme Thomas <\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify; padding-left: 30px;\"><em>Du r\u00eaveur Aristote a trop suivi les pas.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify; padding-left: 30px;\"><em>Voici mon argument qui me semble invincible : <\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify; padding-left: 30px;\"><em>Pour \u00eatre, c&rsquo;est assez que vous soyez possible. <\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify; padding-left: 30px;\"><em>Quant \u00e0 votre univers, il est fort imposant\u00a0; <\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify; padding-left: 30px;\"><em>Mais, quand il vous plaira, j&rsquo;en ferai tout autant; <\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify; padding-left: 30px;\"><em>Et je puis vous former d&rsquo;un morceau de mati\u00e8re, <\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify; padding-left: 30px;\"><em>El\u00e9ments, animaux, tourbillons et lumi\u00e8re. \u00bb<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify; padding-left: 30px;\"><em>Dieu sourit de piti\u00e9 pour la seconde fois. <\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify; padding-left: 30px;\"><em>L&rsquo;incertain Gassendi, ce bon pr\u00eatre de Digne <\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify; padding-left: 30px;\"><em>Ne pouvait du Breton souffrir l&rsquo;audace insigne,<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify; padding-left: 30px;\"><em>Et proposait \u00e0 Dieu ses atomes crochus,<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify; padding-left: 30px;\"><em>Quoique pass\u00e9s de mode et d\u00e8s longtemps d\u00e9chus.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify; padding-left: 30px;\">\n<p style=\"text-align: justify; padding-left: 30px;\"><em>Alors un petit juif, au nez long, au teint bl\u00eame<\/em> <a id=\"ftnref11\" href=\"#ftn11\">[11]<\/a><em>, <\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify; padding-left: 30px;\"><em>Pauvre mais satisfait, pensif et retir\u00e9,<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify; padding-left: 30px;\"><em>Esprit subtil et creux, moins lu que c\u00e9l\u00e9br\u00e9,<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify; padding-left: 30px;\"><em>Cach\u00e9 sous le manteau de Descartes, son ma\u00eetre, <\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify; padding-left: 30px;\"><em>Marchant \u00e0 pas compt\u00e9s, s&rsquo;approche du grand Etre : <\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify; padding-left: 30px;\"><em>\u00ab Pardonnez-moi \u00bb, dit-il, en lui parlant tout bas, <\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify; padding-left: 30px;\"><em>\u00ab Mais je pense, entre nous, que vous n&rsquo;existez pas. <\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify; padding-left: 30px;\"><em>Je crois l&rsquo;avoir prouv\u00e9 par mes math\u00e9matiques,<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify; padding-left: 30px;\"><em>J&rsquo;ai de plats \u00e9coliers et de mauvais critiques. <\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify; padding-left: 30px;\"><em>Jugez-nous&#8230; \u00bb A ces mots, tout le globe trembla <\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify; padding-left: 30px;\"><em>Et d&rsquo;horreur et d&rsquo;effroi saint Thomas recula :<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify; padding-left: 30px;\"><em>Mais Dieu, cl\u00e9ment et bon, plaignant cet infid\u00e8le, <\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify; padding-left: 30px;\"><em>Ordonna seulement qu&rsquo;on purge\u00e2t sa cervelle.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify; padding-left: 30px;\"><em>Ne pouvant d\u00e9sormais composer pour le prix, <\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify; padding-left: 30px;\"><em>Il partit, escort\u00e9 de quelques beaux esprits.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify; padding-left: 30px;\">\n<p style=\"text-align: justify; padding-left: 30px;\"><em>Nos docteurs qui voyaient avec quelle indulgence <\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify; padding-left: 30px;\"><em>Dieu daignait compatir \u00e0 tant d&rsquo;extravagance, <\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify; padding-left: 30px;\"><em>Etal\u00e8rent bient\u00f4t cent belles visions<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify; padding-left: 30px;\"><em>De leur esprit pointu nobles inventions.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify; padding-left: 30px;\">\u2026\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 \u2026\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 \u2026\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 \u2026\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 \u2026<\/p>\n<p style=\"text-align: justify; padding-left: 30px;\"><em>Dieu ne se f\u00e2cha pas, c&rsquo;est le meilleur des p\u00e8res,<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify; padding-left: 30px;\"><em>Et sans nous engourdir par des lois trop aust\u00e8res, <\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify; padding-left: 30px;\"><em>Il veut que ses enfants, ces petits libertins,<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify; padding-left: 30px;\"><em>S&rsquo;amusent, en jouant, de l&rsquo;\u0153uvre de ses mains. <\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify; padding-left: 30px;\"><em>Il renvoya le prix \u00e0 la prochaine ann\u00e9e<\/em>.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Pour avoir infiniment d&rsquo;esprit, Voltaire n&rsquo;en est pas moins souvent injuste. Quoiqu&rsquo;il en soit, lui-m\u00eame demeure un d\u00e9iste convaincu. Il croit au Dieu personnel, cr\u00e9ateur et souverain juge, de la tradition chr\u00e9tienne. Mais il se gausse de ceux qui pr\u00e9tendent qualifier ou d\u00e9finir ce Dieu. Il \u00e9crit \u00ab Ce n&rsquo;est pas \u00e0 nous \u00e0 donner \u00e0 Dieu les attributs humains, ce n&rsquo;est pas \u00e0 nous \u00e0 faire Dieu \u00e0 notre image. Justice humaine, bont\u00e9 humaine, sagesse humaine, rien de tout cela ne peut lui convenir. On a beau \u00e9tendre \u00e0 l&rsquo;infini ces qualit\u00e9s, ce ne seront jamais que des qualit\u00e9s humaines, dont nous reculons les bornes ; c&rsquo;est comme si nous donnions \u00e0 Dieu la solidit\u00e9 infinie, le mouvement infini, la rondeur, la divisibilit\u00e9 infinie. Ces attributs ne peuvent \u00eatre les siens. La philosophie nous apprend que cet univers doit avoir \u00e9t\u00e9 arrang\u00e9 par un Etre incompr\u00e9hensible \u00e9ternel, existant par sa nature ; mais, encore une fois, la philosophie ne nous apprend pas les attributs de cette nature: Nous savons ce qu&rsquo;il n&rsquo;est pas, et non ce qu&rsquo;il est. \u00bb Si aucun attribut ne peut en effet convenir \u00e0 l&rsquo;Absolu, au Non-Manifest\u00e9, tous au contraire peuvent convenir \u00e0 un Univers, en tant que personnification de cet Absolu, c&rsquo;est-\u00e0-dire \u00e0 un Dieu en devenir, en formation d&rsquo;une Conscience universelle. Pour nous, c&rsquo;est toujours le probl\u00e8me moral qui nous emp\u00eache d&rsquo;adh\u00e9rer au Dieu traditionnel de la th\u00e9ologie. D&rsquo;apr\u00e8s cet enseignement, Dieu nous envoie fl\u00e9aux et cataclysmes pour punir les hommes de leurs p\u00e9ch\u00e9s. Pour nous, adeptes de la sagesse antique, nous croyons que les maux sont, soit l&rsquo;effet de la nature inconsciente, soit l&rsquo;effet naturel des erreurs imputables \u00e0 l&rsquo;ignorance ou \u00e0 la perversit\u00e9 humaine. Toute activit\u00e9 divine consciente y demeure \u00e9trang\u00e8re. Le bien et le mal engendrent, \u00e0 \u00e9ch\u00e9ances proches ou lointaines, des cons\u00e9quences heureuses ou malheureuses par le jeu automatique de la loi naturelle. Le monde physique et le monde moral ne sont pas, en effet, deux mondes diff\u00e9rents, mais un seul monde dont les forces et leurs r\u00e9actions sont interd\u00e9pendantes.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Tel est l&rsquo;enseignement myst\u00e9rieux mais unanime de la Sagesse. La Justice divine n&rsquo;est donc pas un mythe. Elle est assur\u00e9e par ce m\u00e9canisme naturel inconscient que l&rsquo;Inde nomme \u00ab Karma \u00bb, les anciens Grecs et Romains \u00ab Moira \u00bb et \u00ab Fatum \u00bb, le destin, les Musulmans \u00ab Kismet \u00bb, etc. ; loi rigoureuse de cause \u00e0 effet sanctionnant automatiquement toute transgression \u00e0 l&rsquo;ordre universel, toute rupture d&rsquo;\u00e9quilibre. Il en r\u00e9sulte donc que des correspondances secr\u00e8tes existent entre les agissements pass\u00e9s ou pr\u00e9sents des individus ou des collectivit\u00e9s humaines et les \u00e9v\u00e9nements qui leur surviennent. \u00ab L&rsquo;homme \u00bb, nous dit saint Paul \u2014 et par l&rsquo;homme, il entend aussi bien l&rsquo;humanit\u00e9 enti\u00e8re \u2014 \u00ab r\u00e9colte ce qu&rsquo;il a sem\u00e9 \u00bb. Une interd\u00e9pendance relie donc les \u00e9v\u00e9nements \u00e0 notre propre comportement, que nous le sachions ou que nous l&rsquo;ignorions. Sans doute, il serait absurde et na\u00eff de croire que tremblements de terre, tornades d\u00e9vastatrices ou inondations d\u00e9sastreuses, sont d\u00e9cha\u00een\u00e9s comme punitions sur l&rsquo;humanit\u00e9 p\u00e9cheresse par un Dieu irrit\u00e9 et vengeur : mais il serait tout aussi audacieux d&rsquo;affirmer qu&rsquo;ils sont sans rapports avec le comportement collectif de l&rsquo;humanit\u00e9. Nos pens\u00e9es, nos sentiments, nos actes, comme aussi nos pri\u00e8res et nos supplications \u00e0 Dieu, sont autant de forces subtiles mais r\u00e9elles \u00e9mises dans l&rsquo;invisible. Elles tendent toutes \u00e0 se r\u00e9aliser avec une puissance proportionnelle \u00e0 leur intensit\u00e9 psychique. Sur leur plan respectif, nos pens\u00e9es et nos actes nous suivent donc comme autant de causes, bonnes ou mauvaises, produisant in\u00e9luctablement, pour les individus et les collectivit\u00e9s, leurs effets appropri\u00e9s et leurs r\u00e9percussions ext\u00e9rieures car tout se tient ! Et c&rsquo;est par l\u00e0 que saint Paul nous dit que l&rsquo;on ne se moque pas de la justice de Dieu.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Les th\u00e9ologiens contesteront l&rsquo;orthoxie de ces vues. \u00ab\u00a0Nous nous trouvons, nous disent-ils, en face d&rsquo;un probl\u00e8me qui d\u00e9passe notre raison. Il nous faut donc humilier celle-ci et nous en rapporter \u00e0 l&rsquo;enseignement prudent de l&rsquo;\u00c9glise en la mati\u00e8re. Une attitude de rebelle ne pourrait \u00eatre que \u00ab p\u00e9ch\u00e9 d&rsquo;orgueil \u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Pour nous, il nous semble que pr\u00e9juger ainsi l&rsquo;orgueil chez ceux qui, tout en demeurant humbles d&rsquo;esprit, recherchent la v\u00e9rit\u00e9, est, non seulement un manquement \u00e0 la charit\u00e9 chr\u00e9tienne \u2014 l&rsquo;Evangile dit : \u00ab Ne jugez pas \u00bb \u2014 c&rsquo;est commettre une erreur psychologique. C&rsquo;est confondre en effet l&rsquo;humilit\u00e9 du c\u0153ur \u2014 une vertu \u2014 avec la servilit\u00e9 de la pens\u00e9e, qui est indigne de l&rsquo;homme. Subordonner la pens\u00e9e \u00e0 une foi aveugle, c&rsquo;est la paralyser, l&rsquo;annihiler. La faiblesse de notre raison personnelle ne justifie pas son abdication devant l&rsquo;enseignement de l&rsquo;Eglise. S&rsquo;il nous faut demeurer toujours conscient de la faillibilit\u00e9 de notre raison personnelle, il ne nous appartient pas de d\u00e9cr\u00e9ter d&rsquo;impuissance et de faillite la raison humaine, ce flambeau qui, en tout domaine doit nous \u00e9clairer et nous guider dans la vie. Il est une Raison divine, dont la n\u00f4tre est un reflet, et qu&rsquo;il nous faut nous efforcer d&rsquo;atteindre.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Humbles de c\u0153ur et d&rsquo;esprit, nous continuerons donc \u00e0 rechercher librement la v\u00e9rit\u00e9, quoique avec r\u00e9v\u00e9rence et crainte de nous tromper. C&rsquo;est le privil\u00e8ge et la dignit\u00e9 m\u00eame de l&rsquo;\u00eatre humain de pouvoir revendiquer, sans qu&rsquo;il puisse lui \u00eatre imput\u00e9 \u00e0 crime, le droit d&rsquo;exercer sans crainte, en tout domaine, \u00e0 ses risques et p\u00e9rils d&rsquo;erreur, l&rsquo;autonomie de sa raison et la libert\u00e9 de sa pens\u00e9e.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Certes les risques d&rsquo;erreurs subsistent. Nous pouvons avoir \u00e0 en souffrir. Les cons\u00e9quences en peuvent \u00eatre dures et p\u00e9nibles pour nous, car l&rsquo;automatisme des lois de la nature est, je le r\u00e9p\u00e8te, sans piti\u00e9. Mais l&rsquo;erreur de bonne foi n&rsquo;est pas un crime. Et quel d\u00e9mon pervers imaginerait d&rsquo;en frapper la\u00a0 victime de la damnation \u00e9ternelle?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab Mais que devient en tout ceci l&rsquo;autorit\u00e9 de l&rsquo;Eglise \u00bb, s&rsquo;\u00e9crieront les catholiques, \u00ab et quelle pr\u00e9somption ridicule chez un individu de pr\u00e9tendre opposer sa petite raison personnelle \u00e0 l&rsquo;enseignement traditionnel et deux fois mill\u00e9naire de l&rsquo;Eglise? \u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Il ne s&rsquo;agit nullement, r\u00e9pondrons-nous, de pr\u00e9f\u00e9rer, ni a fortiori d&rsquo;opposer, une conviction personnelle \u00e0 une tradition mill\u00e9naire. Il s&rsquo;agit, quant \u00e0 nous, d&rsquo;opposer \u00e0 cette tradition aveugle de la lettre, une autre tradition, tout aussi v\u00e9n\u00e9rable, sinon beaucoup plus ancienne, la tradition de l&rsquo;esprit, que nous r\u00e9v\u00e8lent conjointement la sagesse dite pa\u00efenne et la sagesse chr\u00e9tienne des premiers \u00e2ges.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab Mais seule est l\u00e9gitime la tradition affirm\u00e9e par l&rsquo;autorit\u00e9 de l&rsquo;Eglise \u00bb, insiste-t-on. \u00ab Et celle-ci repose sur des, textes formels qui l&rsquo;\u00e9tablissent. R\u00e9cusez-vous donc les \u00c9vangiles ? \u00bb \u2014 Nul ne peut contester que les Evangiles ne repr\u00e9sentent un document admirable, tant par sa signification spirituelle que par sa port\u00e9e morale : mais c&rsquo;est un fait que, du point de vue historique et ex\u00e9g\u00e9tique, ils restent, et resteront toujours, livr\u00e9s aux disputes des savants, \u00e0 la dent meurtri\u00e8re de la critique, laquelle demeure en son r\u00f4le \u00e9galement en mettant en question l&rsquo;authenticit\u00e9 et l&rsquo;int\u00e9grit\u00e9 des textes. En fait, le sens v\u00e9ritable des Ecritures d\u00e9passe le plan de l&rsquo;Histoire et de l&rsquo;ex\u00e9g\u00e8se. Comme tous les \u00e9crits sacr\u00e9s de l&rsquo;Orient, ils recouvrent, par del\u00e0 la lettre, un sens symbolique et transcendant, que reconnaissaient, nous le verrons, les P\u00e8res Grecs des deux premiers si\u00e8cles de notre \u00e8re. D\u00e8s lors, le sens historique lui-m\u00eame devient l&rsquo;accessoire, d&rsquo;importance secondaire, du moins quant \u00e0 son exactitude rigoureuse, car il n&rsquo;est que le voile recouvrant une v\u00e9rit\u00e9 plus haute. Sous l&rsquo;affabulation historique donc, le r\u00e9cit nous expose all\u00e9goriquement l&rsquo;\u00e9ternel drame humain, l&rsquo;homme qui doit mourir \u00e0 soi-m\u00eame, avant de pouvoir ressusciter comme un Christ triomphant, victorieux de la mort. Non pas certes, je le r\u00e9p\u00e8te, qu&rsquo;une r\u00e9alit\u00e9 historique ne demeure \u00e9galement sous-jacente \u00e0 la biographie \u00e9vang\u00e9lique. J\u00e9sus demeure pour nous le prototype historique de l&rsquo;homme divin qui a consacr\u00e9 sa vie au salut de l&rsquo;humanit\u00e9 et qui, tomb\u00e9 en martyr, fut victime de la m\u00e9chancet\u00e9 et de la perversit\u00e9 des hommes. Mais la stricte rigueur historique du r\u00e9cit est devenue aujourd&rsquo;hui insoutenable, ou pour le moins incertaine, quant \u00e0 de nombreux d\u00e9tails ou \u00e9pisodes l\u00e9gendaires, se r\u00e9f\u00e9rant \u00e0 des sources \u00e9trang\u00e8res, et ce parait bien avoir \u00e9t\u00e9 l\u00e0 l&rsquo;erreur des hommes que d&rsquo;avoir voulu fonder toute la structure de l&rsquo;\u00e9difice chr\u00e9tien sur cette stricte rigueur historique plut\u00f4t que sur la pure et r\u00e9elle signification \u00e9sot\u00e9rique \u00e0 laquelle le r\u00e9cit servait de voile. Interpr\u00e9tant la \u00ab Bhagav\u00e2d G\u00eet\u00e2 \u00bb, le grand philosophe indou qui vient de mourir, Shri Aurobindo, \u00e9non\u00e7ait un commentaire, relatif \u00e0 l&rsquo;autorit\u00e9 des Ecritures sacr\u00e9es de son pays, qui nous semble aussi bien applicable \u00e0 la Bible et aux Evangiles : \u00ab Les Vedas et les Upanishads \u00bb, \u00e9crivait-il, \u00ab sont d\u00e9clar\u00e9s non n\u00e9cessaires \u00e0 l&rsquo;homme qui sait (B. G. II, 46, 52) , m\u00eame ils sont pour lui un \u00e9cueil : car la lettre de la Parole \u2014 peut-\u00eatre en raison de textes contradictoires et de leurs interpr\u00e9tations multiples et divergentes \u2014 \u00e9gare l&rsquo;entendement, qui ne peut trouver certitude et concentration que dans la lumi\u00e8re int\u00e9rieure \u00bb. Tel est bien aussi l&rsquo;\u00e9cueil de la lettre des Evangiles, \u00e9ternellement en butte aux disputes, aux discussions, tandis que leur vrai sens brille de haut, radieux, inattaquable, \u00e9blouissant tous ceux dont l&rsquo;entendement s&rsquo;est ouvert \u00e0 sa lumi\u00e8re.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Une autre conjoncture plus grave remonte \u00e0 l&rsquo;origine du christianisme et nous montre la d\u00e9formation survenue de la V\u00e9rit\u00e9 primitive. Les Evangiles relatent le drame historique du Calvaire et la mort de J\u00e9sus sur la croix. Sur ce drame initial, la religion chr\u00e9tienne a \u00e9rig\u00e9 son dogme central de la r\u00e9demption de l&rsquo;humanit\u00e9 par le sang du Christ. Nous disons, avec la tradition \u00e9sot\u00e9rique, que ce dogme, ainsi d\u00e9fini, fut \u00e9rig\u00e9 dans l&rsquo;\u00e9quivoque et la confusion, car si son sacrifice, volontaire de la part du Christ, fut pour le salut de l&rsquo;humanit\u00e9, le crime qui fut, pour lors, commis par les hommes \u2014 le meurtre du messager divin \u2014 fut au contraire pour son malheur \u2014 et cela par le jeu automatique de cette loi de la Nature dont nous avons parl\u00e9. Chose \u00e9trange : un philosophe chinois, Mo-Tseu, contemporain de Platon, a \u00e9crit ces lignes significatives, comme s&rsquo;il entrevoyait proph\u00e9tiquement le grand sacrifice \u00e0 venir : \u00ab Tuer un homme pour sauver le monde, ce n&rsquo;est pas agir pour le bien du monde ; s&rsquo;immoler soi-m\u00eame pour le bien du monde, voil\u00e0 qui est bien agir \u00bb <a id=\"ftnref12\" href=\"#ftn12\">[12]<\/a>. Ceci est la V\u00e9rit\u00e9 m\u00eame. En tant que J\u00e9sus s&rsquo;est sacrifi\u00e9 et livr\u00e9 \u00e0 la m\u00e9chancet\u00e9 des hommes, son sacrifice fut b\u00e9n\u00e9fique pour toute l&rsquo;humanit\u00e9 : mais le crime des hommes engendra au cours de l&rsquo;Histoire \u2014 car le sang attire le sang \u2014 le \u00ab Karma \u00bb sanglant de la Chr\u00e9tient\u00e9, les pers\u00e9cutions, les b\u00fbchers de l&rsquo;inquisition, les massacres d&rsquo;h\u00e9r\u00e9tiques, les guerres de religion, etc.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Tel qu&rsquo;il fut donc \u00e9rig\u00e9, le dogme chr\u00e9tien constitue \u00e0 la fois une superstition et une immoralit\u00e9 : une superstition d&rsquo;abord, en s&rsquo;inspirant de cette croyance barbare partag\u00e9e par presque tous les peuples anciens, y compris le peuple juif, de la valeur propitiatoire et agr\u00e9able \u00e0 Dieu du sang vers\u00e9 en sacrifice ; une immoralit\u00e9 ensuite, car il substitue aux coupables une victime innocente, et consid\u00e8re cette substitution comme voulue par Dieu Lui-m\u00eame. Or, en dehors de l&rsquo;id\u00e9e d&rsquo;un \u00ab Karma \u00bb collectif, dont on prend volontairement sa part, et plus que sa part, pour all\u00e9ger celle des autres, la moralit\u00e9 d&rsquo;une telle doctrine de substitution serait inadmissible : car comment Dieu se pr\u00eaterait-il \u00e0 une injustice?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Quoiqu&rsquo;il en soit, les th\u00e9ologiens ont bas\u00e9 sur l&rsquo;authenticit\u00e9 suppos\u00e9e et l&rsquo;interpr\u00e9tation douteuse d&rsquo;un texte \u00e9vang\u00e9lique l&rsquo;autorit\u00e9 absolue de l&rsquo;Eglise et sa pr\u00e9valence sur la conscience m\u00eame de ses fid\u00e8les. Et comme si cela ne suffisait pas, ils ont conf\u00e9r\u00e9 \u00e0 cette autorit\u00e9, rendue despotique, le privil\u00e8ge de l&rsquo;infaillibilit\u00e9 doctrinale : celle-ci prouv\u00e9e, nous disent-ils, par les faits, c&rsquo;est-\u00e0-dire par l&rsquo;immutabilit\u00e9 de l&rsquo;enseignement \u00e0 travers les deux mille ans de son Histoire.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">N\u00e9anmoins, comme il semble difficile de faire admettre que des hommes toujours faillibles puissent constituer une Eglise infaillible, on suppose un miracle permanent, pour l&rsquo;expliquer, l&rsquo;inspiration du Saint-Esprit pr\u00e9venant toute erreur. Bref, tant par la pr\u00e9sence du Christ dans l&rsquo;Eglise que par l&rsquo;assistance constante du Saint-Esprit, le magist\u00e8re de l&rsquo;Eglise en est arriv\u00e9 \u00e0 une v\u00e9ritable d\u00e9ification de l&rsquo;institution, de sorte que, ainsi que nous l&rsquo;avons dit pr\u00e9c\u00e9demment, cette institution que J\u00e9sus avait voulu fonder pour \u00eatre mise au service de l&rsquo;homme et de son salut, a subi telle transformation que c&rsquo;est, \u00e0 l&rsquo;inverse, l&rsquo;homme qui, pour son salut, a r\u00e9v\u00e9rencieusement \u00e9t\u00e9 mis au service de l&rsquo;Eglise. La primaut\u00e9 a donc pass\u00e9 de l&rsquo;homme \u00e0 l&rsquo;institution. Peut-on concevoir plus complet renversement des vraies intentions de son fondateur et qu&rsquo;est-ce autre chose que cette divinisation de l&rsquo;institution, sinon le crime m\u00eame d&rsquo;id\u00f4latrie?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Quoiqu&rsquo;il en soit, que devons-nous penser de l&rsquo;infaillibilit\u00e9 de l&rsquo;Eglise? Tout d&rsquo;abord que cette doctrine a \u00e9volu\u00e9 au sein de l&rsquo;Eglise. Jadis, et durant des si\u00e8cles, l&rsquo;infaillibilit\u00e9 doctrinale fut consid\u00e9r\u00e9e comme l&rsquo;apanage de l&rsquo;Eglise toute enti\u00e8re, s&rsquo;exprimant dans les d\u00e9cisions des conciles \u0153cum\u00e9niques, pr\u00e9sid\u00e9s par le Pape. Elle n&rsquo;\u00e9tait nullement un privil\u00e8ge exclusif du seul Pontife romain, parlant \u00ab ex cathedra \u00bb, comme c&rsquo;est le cas aujourd&rsquo;hui <a id=\"ftnref13\" href=\"#ftn13\">[13]<\/a>. Au V<sup>e<\/sup> si\u00e8cle de notre \u00e8re, saint Cyprien, \u00e9v\u00eaque de Carthage, reconnaissait \u00e0 l&rsquo;\u00e9v\u00eaque de Rome une \u00ab primaut\u00e9 d&rsquo;honneur et de dignit\u00e9 \u00bb, mais nullement une primaut\u00e9 de juridiction sur les autres \u00e9v\u00eaques. Il se r\u00e9f\u00e9rait sans doute au pr\u00e9c\u00e9dent : Saint Paul s&rsquo;opposant \u00e0 l&rsquo;autorit\u00e9 de Pierre, et se vantant, dans son \u00e9p\u00eetre, de lui avoir r\u00e9sist\u00e9 \u00ab en face \u00bb. Les ap\u00f4tres \u00e9taient ce qu&rsquo;\u00e9tait, Pierre, proclame saint Cyprien revendiquant les droits des \u00e9v\u00eaques, successeurs des ap\u00f4tres. Nul n&rsquo;ignore qu&rsquo;avant d&rsquo;\u00eatre d\u00e9finie solennellement au Concile du Vatican, en 1870, cette infaillibilit\u00e9 du seul Pontife romain rencontra, \u00e0 toutes les \u00e9poques, de grands et savants contradicteurs.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab Mais justement, nous disent les Catholiques, en 1870, ces contradicteurs, ces opposants \u2014 et il y en e\u00fbt d&rsquo;illustres, tels Mgr Dupanloup et Mgr Darbois \u2014 s&rsquo;inclin\u00e8rent devant les d\u00e9cisions du Concile. Ils reconnurent le dogme proclam\u00e9. \u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">A l&rsquo;argument de foi, le logicien r\u00e9pondra : \u00ab Aucun homme n&rsquo;\u00e9tant infaillible, comment, \u00e0 moins d&rsquo;un miracle, l&rsquo;institution ou la fonction jouirait-elle du privil\u00e8ge?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab Mais l\u00e0 est pr\u00e9cis\u00e9ment le miracle, l&rsquo;assistance du Saint-Esprit ! \u00bb insistent les catholiques.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais si cette assistance divine pr\u00e9vient toute erreur dans le domaine doctrinal, pourquoi alors ne se v\u00e9rifie-t-elle pas aussi bien dans le domaine moral? demanderons-nous.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Nul en effet ne s&rsquo;aviserait de soutenir l&rsquo;infaillibilit\u00e9 morale des Papes, sans recevoir de cruels d\u00e9mentis de l&rsquo;Histoire. Si donc c&rsquo;est la fonction qui immunise le Pape contre toute erreur doctrinale, pourquoi cette immunisation est-elle limit\u00e9e \u00e0 ce domaine particulier ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Parce que l&rsquo;infaillibilit\u00e9 est indispensable \u00e0 l&rsquo;autorit\u00e9 de l&rsquo;enseignement, nous dit-on. Affirmation gratuite : car, pas plus pour l&rsquo;Eglise que pour l&rsquo;Universit\u00e9, son cr\u00e9dit, son prestige, son autorit\u00e9, ne sont mis en p\u00e9ril du fait que quelque erreur aurait pu se glisser dans l&rsquo;enseignement de ses docteurs. Ces erreurs ne sont-elles pas le r\u00e9sultat in\u00e9vitable du progr\u00e8s des sciences qui force les professeurs \u00e0 rectifier sans cesse l&rsquo;enseignement? Et ne devrait-il pas en \u00eatre de m\u00eame de l&rsquo;enseignement religieux, donn\u00e9 \u00e9galement par des hommes, sujets \u00e0 l&rsquo;incompr\u00e9hension et \u00e0 l&rsquo;erreur ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab H\u00e9r\u00e9sie grossi\u00e8re \u00bb, protestent avec v\u00e9h\u00e9mence les catholiques. \u00ab L&rsquo;enseignement de l&rsquo;Eglise repose sur la R\u00e9v\u00e9lation. Elle n&rsquo;est donc sujette ni \u00e0 \u00e9volution, ni \u00e0 erreur ! \u00bb Nous aussi, nous admettons une R\u00e9v\u00e9lation primitive quoique con\u00e7ue dans un sens \u00e9sot\u00e9rique universel, et non dans le sens jud\u00e9o-chr\u00e9tien exclusif mais ce qu&rsquo;il faudrait prouver pr\u00e9cis\u00e9ment, c&rsquo;est, que la doctrine officielle de l&rsquo;Eglise est toujours demeur\u00e9e rigoureusement conforme \u00e0 cette R\u00e9v\u00e9lation primitive. Si la v\u00e9rit\u00e9 n&rsquo;est pas sujette \u00e0 \u00e9volution, la compr\u00e9hension de cette v\u00e9rit\u00e9, les traductions, les interpr\u00e9tations, qu&rsquo;en font les docteurs, le sont incontestablement, car tout ce qui est humain \u00e9volue toujours. Il serait donc paradoxal, contraire aux faits, de pr\u00e9tendre que la foi catholique n&rsquo;a pas \u00e9volu\u00e9 depuis les origines, non pas dans la formulation m\u00eame qu&rsquo;en a faite le divin Ma\u00eetre auquel elle se r\u00e9f\u00e8re \u2014 formulation dont les termes ou le sens exact pourront toujours \u00eatre discut\u00e9s \u2014 mais dans l&rsquo;interpr\u00e9tation qui en a \u00e9t\u00e9 faite, dans les d\u00e9formations, les incompr\u00e9hensions, les alt\u00e9rations, les accroissements aussi qui y furent apport\u00e9s, mais encore et surtout, dirons-nous, en certains autres accroissements de la doctrine, l\u00e9gitimes ceux-ci, parce qu&rsquo;ils furent dans le prolongement direct de l&rsquo;esprit du Christ. Et n&rsquo;est-ce pas pr\u00e9cis\u00e9ment pour enrayer cette \u00e9volution l\u00e9gitime des conceptions s&rsquo;\u00e9largissant vers un universalisme conforme \u00e0 l&rsquo;esprit de son Fondateur, que les Chefs de l&rsquo;Eglise, sous l&rsquo;influence dominatrice d&rsquo;un clerg\u00e9 incompr\u00e9hensif, voulurent, \u00e0 partir du III<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, immobiliser l&rsquo;enseignement en l&#8217;emprisonnant dans des formules rigides, litt\u00e9rales et d\u00e9finitives ? En quelques lignes concises, \u00c9tienne Vacherot nous montre comment l&rsquo;Eglise primitive s&rsquo;effor\u00e7ait ainsi de se conformer aux intentions du Ma\u00eetre, en \u00e9largissant la doctrine vers cet universalisme de la pens\u00e9e que l&rsquo;Eglise des si\u00e8cles suivants s&rsquo;est efforc\u00e9e au contraire de r\u00e9tr\u00e9cir par crainte de l&rsquo;h\u00e9r\u00e9sie : \u00ab Pour saint Pierre, saint Paul et saint Jean \u00bb, \u00e9crit-il, \u00ab le Christ est le Fils de Dieu, mais pour saint Pierre et l&rsquo;Eglise de J\u00e9rusalem, le Christ est le type du peuple juif, le Fils de David ; pour saint Paul, le Christ est type de l&rsquo;Humanit\u00e9 ; pour saint Jean, le Christ est le type de la Vie universelle, le Verbe de la Nature aussi bien que de l&rsquo;Humanit\u00e9. On voit ainsi la pens\u00e9e chr\u00e9tienne s&rsquo;\u00e9lever du Juda\u00efsme \u00e0 l&rsquo;humanit\u00e9, et de l&rsquo;humanit\u00e9 au monde \u00bb <a id=\"ftnref14\" href=\"#ftn14\">[14]<\/a>.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais la crainte de l&rsquo;h\u00e9r\u00e9sie ne tarda pas \u00e0 mettre fin \u00e0 cette tendance \u00e9largissante. Sans doute le d\u00e9veloppement de la gnose risquait-il, sous l&rsquo;influence de l&rsquo;esprit d&rsquo;Orient, de substituer \u00e0 l&rsquo;id\u00e9e juive de la cr\u00e9ation du monde la doctrine de l&rsquo;\u00e9manation, et de d\u00e9naturer ainsi la croyance juive. Mais les h\u00e9r\u00e9sies subs\u00e9quentes qui portaient sur la nature du Christ avaient principalement un caract\u00e8re psychologique se rapportant, \u00e0 propos du Christ, \u00e0 la nature complexe de l&rsquo;homme; mais l&rsquo;Eglise se refusa \u00e0 le reconna\u00eetre, parce qu&rsquo;elle s&rsquo;obstina \u00e0 maintenir le d\u00e9bat sur un terrain th\u00e9ologique incontr\u00f4lable. Alfred Loizy <a id=\"ftnref15\" href=\"#ftn15\">[15]<\/a> a lumineusement d\u00e9crit tout le cheminement de la pens\u00e9e h\u00e9r\u00e9tique : \u00ab Le Verbe est-il de Dieu et personnellement distinct du P\u00e8re ; est-il Dieu absolument et s&rsquo;il est le premier-n\u00e9 de la Cr\u00e9ation, comme l&rsquo;a dit saint Paul, ne serait-il que la premi\u00e8re des cr\u00e9atures? Arius dit oui, Athanase et le Concile de Nic\u00e9e r\u00e9pondirent non. Le Verbe devait \u00eatre consubstantiel au P\u00e8re. Restait \u00e0 d\u00e9finir son rapport avec l&rsquo;humanit\u00e9 du Christ. Pouvait-on dire que J\u00e9sus \u00e9tait personnellement \u00e9ternel et consubstantiel \u00e0 Dieu ? Apollinaire crut trouver la solution de la difficult\u00e9 en admettant que le Verbe avait tenu \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard de l&rsquo;humanit\u00e9 et dans l&rsquo;humanit\u00e9 de J\u00e9sus la place de l&rsquo;\u00e2me spirituelle. L&rsquo;Eglise le condamna : J\u00e9sus avait \u00e9t\u00e9 homme parfait. Donc, conclut Nestorius, il \u00e9tait une personne humaine indissolublement unie par un lien moral \u00e0 la personne divine du Verbe. Nestorius est condamn\u00e9 : il ne faut pas diviser le Christ qui est un. S&rsquo;il est un, la nature humaine est incorpor\u00e9e \u00e0 la Divinit\u00e9, dit Eutych\u00e8s, et l&rsquo;unit\u00e9 de nature est impliqu\u00e9e dans l&rsquo;unit\u00e9 de personne. Le Christ ne serait pas homme si la nature humaine ne subsistait en lui \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de la nature divine, d\u00e9clare le Concile de Chalc\u00e9doine. Le cinqui\u00e8me Concile \u0153cum\u00e9nique ajoute qu&rsquo;elle est unie substantiellement au Verbe et subsistant dans le Verbe. Enfin l&rsquo;on se demande si l&rsquo;unit\u00e9 de personne n&rsquo;entra\u00eene pas l&rsquo;unit\u00e9 de volont\u00e9 : le sixi\u00e8me Concile maintient deux volont\u00e9s et deux op\u00e9rations pour faire droit aux deux nature \u00bb. Discussions vaines, oiseuses, insolubles, si elles se rapportent \u00e0 la seule personne du Christ ; mais elles conservent un sens s&rsquo;il s&rsquo;agit de d\u00e9terminer les rapports du divin et de l&rsquo;humain en toute personne humaine, le divin demeurant cach\u00e9 au tr\u00e9fonds de notre \u00eatre, en retrait de notre moi conscient.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Le probl\u00e8me th\u00e9ologique du Christ, incontr\u00f4lable, est ainsi transf\u00e9r\u00e9 sur le plan m\u00e9taphysique et psychologique de l&rsquo;homme, contr\u00f4lable en chacun de nous.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab Comment en un plomb vil l&rsquo;or pur s&rsquo;est-il fondu? \u00bb Comment l&rsquo;universalisme entrevu par le Christ a-t-il pu se muer en une Eglise sectaire ? On invoque des textes \u00e9vang\u00e9liques, des paroles m\u00eames de J\u00e9sus, on les interpr\u00e8te de fa\u00e7on \u00e9troite, rigide, contestable, et cette interpr\u00e9tation, on pr\u00e9tend ensuite l&rsquo;imposer \u00e0 la conscience de l&rsquo;homme, au point d&rsquo;annihiler celle-ci, de la r\u00e9duire tout au moins au silence !<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais n&rsquo;e\u00fbt-on pas d\u00fb prouver au pr\u00e9alable que tous ces textes \u00e9taient int\u00e9gralement authentiques, que certains d&rsquo;entre eux n&rsquo;ont pas \u00e9t\u00e9 ajout\u00e9s, alt\u00e9r\u00e9s, d\u00e9natur\u00e9s, de bonne ou de mauvaise foi <a id=\"ftnref16\" href=\"#ftn16\">[16]<\/a>, ou encore que leur signification a \u00e9t\u00e9 exactement interpr\u00e9t\u00e9e et comprise? Or, cela semble impossible, en d\u00e9pit de tous les efforts tent\u00e9s, en sens oppos\u00e9s, par la critique fid\u00e9iste ou rationaliste. La premi\u00e8re nous sugg\u00e8re la preuve par la foi. Mais, pour la seconde, est-ce l\u00e0 autre chose qu&rsquo;un cercle vicieux, une p\u00e9tition de principe?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Laissons-l\u00e0 toutefois ces questions de critique et d&rsquo;ex\u00e9g\u00e8se. M\u00eame si nous acceptons, pour notre part, l&rsquo;authenticit\u00e9 et l&rsquo;int\u00e9grit\u00e9 des textes ici envisag\u00e9s, notre position \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard des paroles du Christ demeure pleinement r\u00e9v\u00e9rencieuse, sans \u00e9quivoque, ni arri\u00e8re-pens\u00e9e. Si J\u00e9sus a prescrit l&rsquo;ob\u00e9issance \u00e0 son Eglise, c&rsquo;est qu&rsquo;il entrevoyait une parfaite harmonie entre l&rsquo;enseignement de cette Eglise et la conscience de l&rsquo;homme. S&rsquo;il a condamn\u00e9 la d\u00e9sob\u00e9issance \u00e0 l&rsquo;Eglise, c&rsquo;est qu&rsquo;il y voyait, comme mobile de la r\u00e9volte, soit une pens\u00e9e d&rsquo;orgueil, soit une passion coupable. S&rsquo;il a donc d\u00e9nonc\u00e9 une r\u00e9volte orgueilleuse ou une l\u00e2che faiblesse, rien, absolument rien n&rsquo;autorise \u00e0 penser qu&rsquo;il ait jamais voulu opposer l&rsquo;enseignement de son Eglise \u00e0 une injonction imp\u00e9rieuse de la conscience humaine, en se posant comme adversaire de celle-ci, ce t\u00e9moin \u00e0 la fois humble et imp\u00e9ratif, qui, en tout homme de bonne foi demeure le guide int\u00e9rieure qui le m\u00e8ne et l&rsquo;\u00e9claire dans la vie.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Si l&rsquo;Eglise m&rsquo;affirme \u00eatre blanc ce que je vois noir, je puis certes fermer les yeux et adh\u00e9rer \u00e0 son enseignement ; mais c&rsquo;est l\u00e0 une foi aveugle, manifestement indigne de l&rsquo;homme, \u00eatre pensant, et qu&rsquo;il n&rsquo;a certes pas \u00e9t\u00e9 dans l&rsquo;intention du Christ de nous prescrire. Au contraire, si j&rsquo;ouvre les yeux, alors je ne puis que voir ce que je vois, et o\u00f9 est ici le p\u00e9ch\u00e9 d&rsquo;orgueil? Une exag\u00e9ration de l&rsquo;esprit d&rsquo;humilit\u00e9 a donc engendr\u00e9 une fausse vertu. Il en est r\u00e9sult\u00e9 pour le catholique, aveugl\u00e9ment soumis \u00e0 ses dogmes, une attitude souvent hypocrite d&rsquo;ob\u00e9issance passive qui est une trahison de sa conscience. Et cette trahison on la qualifie de vertu d&rsquo;humilit\u00e9, alors qu&rsquo;elle n&rsquo;est, je le r\u00e9p\u00e8te, qu&rsquo;un asservissement de l&rsquo;esprit.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais il y a, h\u00e9las, quelque chose de bien pire encore !<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Nul ne peut nier le fait, attest\u00e9 nombre de fois dans l&rsquo;Histoire, que lorsque l&rsquo;homme fait taire en lui la voix de sa conscience pour s&rsquo;incliner devant une autorit\u00e9, quelle qu&rsquo;elle soit, ext\u00e9rieure \u00e0 lui-m\u00eame, les pires d\u00e9sordres et aberrations sont \u00e0 craindre et s&rsquo;ensuivent in\u00e9vitablement. Relisons l&rsquo;Histoire du Christianisme. N&rsquo;est-ce pas pour avoir abrit\u00e9 leur conscience derri\u00e8re l&rsquo;autorit\u00e9 de l&rsquo;Eglise et avoir suivi, sans les discuter, les directives de ses chefs, que les Chr\u00e9tiens des \u00e2ges \u00e9coul\u00e9s se sont crus justifi\u00e9s de commettre les plus graves erreurs et les plus grands crimes contre l&rsquo;humanit\u00e9 ? Dans le grand corps de l&rsquo;Eglise, n&rsquo;est-ce pas la t\u00eate qui a ordonn\u00e9 les pers\u00e9cutions contre les h\u00e9r\u00e9tiques, les b\u00fbchers de l&rsquo;inquisition m\u00e9di\u00e9vale, la Saint-Barth\u00e9lemy, les guerres de religion, etc. ? Et ne f\u00fbt-ce pas l\u00e0 le fruit m\u00eame de cette erreur que nous avons dites : la primaut\u00e9 de l&rsquo;institution sur l&rsquo;homme et l&rsquo;annihilation de sa conscience particuli\u00e8re devant le magist\u00e8re de l&rsquo;autorit\u00e9 eccl\u00e9siastique qui imposait et l\u00e9gitimait de tels actes ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Concluons donc que si l&rsquo;ob\u00e9issance \u00e0 l&rsquo;autorit\u00e9 sans le contrepoids de la conscience a engendr\u00e9 dans le pass\u00e9 les pires errements dans l&rsquo;ordre moral, le dogme de l&rsquo;infaillibilit\u00e9 pontificale \u2014 m\u00eame r\u00e9tr\u00e9ci au domaine exclusif de la foi et des m\u0153urs \u2014 m\u00e8ne l&rsquo;Eglise \u00e0 une impasse o\u00f9 elle ne peut que se fourvoyer, s&rsquo;\u00e9tant coup\u00e9 \u00e0 elle-m\u00eame toute possibilit\u00e9 de retour. D&rsquo;o\u00f9 sa g\u00eane, son embarras, devant certaines positions avanc\u00e9es de la science.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Quoiqu&rsquo;il en soit, c&rsquo;est un fait que si l&rsquo;indigence spirituelle de l&rsquo;enseignement catholique, fig\u00e9 dans sa lettre pu\u00e9rile, rebute aujourd&rsquo;hui l&rsquo;incroyant par son caract\u00e8re irrationnel, cette m\u00eame indigence n&rsquo;appara\u00eet nullement aux fid\u00e8les, toute masqu\u00e9e qu&rsquo;elle est, \u00e0 leurs yeux, par une longue formation atavique, par une \u00e9ducation donn\u00e9e depuis l&rsquo;enfance, et aussi par tout l&rsquo;appareil ext\u00e9rieur des rites et des sacrements, par la magie des c\u00e9r\u00e9monies liturgiques, par la confiance aveugle accord\u00e9e aux proclamations, encycliques, d\u00e9finitions, canonisations et autres actes pontificaux : bref, par toute cette pompe c\u00e9r\u00e9monielle et dogmatique qu&rsquo;incarne aujourd&rsquo;hui avec un \u00e9clat particulier un Pontife, remarquable d&rsquo;ailleurs par sa valeur et sa sinc\u00e9rit\u00e9. Eblouissant par cette lumi\u00e8re magique et esth\u00e9tique les \u00e2mes na\u00efves qu&rsquo;elle a form\u00e9es et nourries depuis l&rsquo;enfance, l&rsquo;Eglise s&rsquo;enfonce pourtant dans une nuit de l&rsquo;esprit, en laquelle elle entra\u00eene apr\u00e8s elle ses fid\u00e8les, \u00e0 la fois apeur\u00e9s et confiants. La vraie lumi\u00e8re de l&rsquo;esprit libre est suppl\u00e9\u00e9e par une foi fanatique, celle-ci raffermie sans cesse \u00e0 grand renfort de propagande, de pression morale, de grandiloquence, chez les orateurs de la chaire, ou dans les congr\u00e8s, les assembl\u00e9es pieuses, les congr\u00e9gations, dans l&rsquo;action de la jeunesse catholique surtout, celle-ci r\u00e9chauff\u00e9e par l&rsquo;enthousiasme que suscite facilement la ferveur id\u00e9aliste et religieuse de cet \u00e2ge. Ces jeunesses, l&rsquo;Eglise les rassemble aujourd&rsquo;hui, les endoctrine, les assouplit par les pratiques d\u00e9votes et les sacrements, avant de les lancer \u00e0 la reconqu\u00eate d&rsquo;un monde perdu ! Fortement encadr\u00e9es par leurs \u00e9v\u00eaques, elles viennent toutes s&rsquo;agenouiller et prendre leur mot d&rsquo;ordre, de fid\u00e9lit\u00e9, de d\u00e9vouement, aux pieds du pontife romain. Le culte \u00e9perdu d&rsquo;admiration et de d\u00e9votion que les catholiques rendent \u00e0 celui-ci, culte enthousiaste que le haut clerg\u00e9 encourage de toute mani\u00e8re, fait un peu trop oublier que les Papes tiennent moins, ici-bas, la place de J\u00e9sus-Christ Lui-m\u00eame que celle de Pierre dont ils sont les successeurs et auquel pr\u00e9cis\u00e9ment j\u00e9sus reprochait sa faillite et son reniement.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Quoiqu&rsquo;il en soit, c&rsquo;est, disons-nous, la magnificence m\u00eame de l&rsquo;Eglise qui voile l&rsquo;indigence de son enseignement archa\u00efque et enfantin. Ayant m\u00e9connu la parole de saint Paul : \u00ab La lettre tue si l&rsquo;esprit ne vivifie \u00bb, son d\u00e9clin dans les \u00e2mes \u2014 que souligne la d\u00e9christianisation des masses apr\u00e8s celle d&rsquo;une grande partie de l&rsquo;\u00e9lite \u2014 semble \u00e9chapper m\u00eame \u00e0 ses fid\u00e8les les plus perspicaces, ceux-ci abus\u00e9s par un regain momentan\u00e9 de religiosit\u00e9 que provoque dans une bourgeoisie apeur\u00e9e la crainte des \u00e9v\u00e9nements. En d\u00e9pit donc de certaines apparences et du prestigieux \u00e9clat de la Cour Vaticane, l&rsquo;Eglise s&rsquo;achemine vers le terme de ce cycle aeonien (ai\u00f4n = dur\u00e9e d&rsquo;un cycle), jusqu&rsquo;\u00e0 la fin duquel le Christ semble avoir promis son assistance. Un grand destin s&rsquo;ach\u00e8ve dans l&rsquo;\u00e9quivoque. Un autre commence. Sera-ce le r\u00e8gne de l&rsquo;Esprit, dans l&rsquo;Eglise voulue par le Ma\u00eetre \u2014 r\u00e9ellement catholique, c&rsquo;est-\u00e0-dire universelle?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Les catholiques ne manqueront pas de rire en nous voyant jouer les Cassandre. Ils invoqueront avec assurance la p\u00e9rennit\u00e9 de l&rsquo;Eglise au travers des si\u00e8cles. Ils augureront sereinement de son avenir en fonction de son pass\u00e9, c&rsquo;est-\u00e0-dire de ces deux mille ans durant lesquels l&rsquo;existence et l&rsquo;action de l&rsquo;Eglise se sont poursuivies victorieusement, en d\u00e9pit de tous les obstacles et des mille vicissitudes, internes et externes, de son Histoire. Ce miracle permanent, affirment-ils, est le garant de son avenir, comme il leur est \u00e9galement une confirmation par les faits de l&rsquo;autorit\u00e9 et de l&rsquo;infaillibilit\u00e9 de sa mission.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Argumentation sp\u00e9cieuse, car il faudrait prouver que cette vitalit\u00e9 historique de l&rsquo;Eglise est due \u00e0 l&rsquo;infaillibilit\u00e9 de ses docteurs, autant qu&rsquo;aux m\u00e9rites transcendants de ses saints. Une chose n&rsquo;est pas l&rsquo;autre \u00e9videmment. A ceux pourtant qui refusent de les dissocier, nous demanderons s&rsquo;ils ont la preuve que cette vitalit\u00e9 de l&rsquo;Eglise est bien le miracle surnaturel qu&rsquo;ils pr\u00e9tendent et non tout simplement un ph\u00e9nom\u00e8ne naturel de psychologie collective, la force accumul\u00e9e des sentiments de foi, des pens\u00e9es exalt\u00e9es des fid\u00e8les, de leurs volont\u00e9s conjugu\u00e9es et orient\u00e9es vers un m\u00eame but ? Dans toutes les religions, en effet, ce qu&rsquo;on peut nommer leur dynamisme, c&rsquo;est-\u00e0-dire leur puissance d&rsquo;expansion au-dehors ainsi que leur dur\u00e9e dans le temps, furent fonction de leur psychisme int\u00e9rieur. C&rsquo;est cette intensit\u00e9 de la foi commune qui r\u00e8gle principalement leur force expansive, tandis que les \u00e9v\u00e9nements ext\u00e9rieurs, qui les conditionnent, pour les favoriser ou les entraver, ne sont que l&rsquo;accessoire. Dans le catholicisme singuli\u00e8rement, o\u00f9 l&rsquo;unit\u00e9 est plus grande que dans les sectes nombreuses du protestantisme, cette intensit\u00e9 du psychisme collectif semble avoir \u00e9t\u00e9 nourrie davantage par des courants de foi aveugle que par la puissance d&rsquo;une foi \u00e9clair\u00e9e, illumin\u00e9e par l&rsquo;esprit. Je dis donc que dans le catholicisme surtout, le dynamisme psychique, qui a perp\u00e9tu\u00e9 son existence et sa vitalit\u00e9 durant tant de si\u00e8cles, s&rsquo;est aliment\u00e9, d&rsquo;une part, de la foi ardente, indiscut\u00e9e, de ses fid\u00e8les, et, de l&rsquo;autre, des vertus et des m\u00e9rites insignes de ses pontifes et de ses saints. Rien ne prouve qu&rsquo;il soit d\u00fb \u00e0 l&rsquo;inerrance de ses docteurs ! Produit vivant des foules croyantes, la vitalit\u00e9 de l&rsquo;Eglise n&rsquo;est pas un miracle surnaturel ! Les th\u00e9ologiens ont manifestement confondu ici, dans leur foi aux miracles, deux r\u00e9alit\u00e9s de notre nature m\u00eame, oppos\u00e9es l&rsquo;une \u00e0 l&rsquo;autre par leur tendance respective : le psychisme, d&rsquo;une part, c&rsquo;est-\u00e0-dire l&rsquo;\u00e9motivit\u00e9 religieuse, aspirations et d\u00e9sirs ressortissant au domaine de notre moi psychique et mental, et, d&rsquo;autre part, la spiritualit\u00e9 v\u00e9ritable qui est du domaine de l&rsquo;\u00e2me, et consiste au contraire dans l&rsquo;amour pur, d\u00e9sint\u00e9ress\u00e9 et le complet oubli de soi-m\u00eame en Dieu. Quand donc, identifiant les termes spirituel et surnaturel, on nous parle de la force surnaturelle de l&rsquo;Eglise, il importe de nous demander si ce terme de surnaturel est bien appropri\u00e9 \u00e0 la chose signifi\u00e9e. Surnaturelle? Non, car qui peut fixer les limites de la Nature universelle, invisible et visible ? Et pourrions-nous m\u00eame penser, imaginer, quelque chose qui f\u00fbt hors de la Nature, de notre Nature? Comment un contact, une influence, un rapport, pourrait-il exister entre des natures que l&rsquo;infini s\u00e9parerait irr\u00e9ductiblement? D&rsquo;autre part, il n&rsquo;est pas douteux que l&rsquo;Eglise ne dispose de moyens occultes puissants, de forces psychiques dont l&rsquo;accumulation formidable demeure en quelque sorte cach\u00e9e \u00e0 l&rsquo;arri\u00e8re-plan de son action ext\u00e9rieure, mais lui assure son prestige et sa force d&#8217;emprise sur les \u00e2mes. Toute personne un peu sensible ne peut manquer, en effet, de percevoir, en suivant les c\u00e9r\u00e9monies du culte, cette prenante atmosph\u00e8re d&rsquo;\u00e9motivit\u00e9 religieuse et de foi ardente, se d\u00e9veloppant dans une telle ambiance et faisant r\u00e9sonner en nous des fibres h\u00e9r\u00e9ditaires, secr\u00e8tes et profondes. Le psychisme d\u00e9votionnel, si particulier \u00e0 ces basiliques, cath\u00e9drales ou humbles chapelles et autres lieux de pri\u00e8res, repr\u00e9sente donc une r\u00e9alit\u00e9 occulte consid\u00e9rable. Il constitue un milieu \u00e9minemment favorable \u00e0 la foi aveugle, inconditionn\u00e9e, qui est exig\u00e9e des fid\u00e8les et qui est le fruit combin\u00e9 de l&rsquo;exaltation des sentiments et de la fixit\u00e9 de la pens\u00e9e vers les buts propos\u00e9s. La pri\u00e8re, \u00e0 ce point de vue, tout en \u00e9tant une force puissante, fait trop souvent l&rsquo;effet d&rsquo;un narcotique, d&rsquo;une sorte de drogue psychique, paralysant la libre activit\u00e9 de l&rsquo;esprit. Telle est du reste, nous l&rsquo;avons dit, la raison d&rsquo;\u00eatre de l&rsquo;institution des rites et sacrements. Ils nous font \u00e9chapper \u00e0 nous-m\u00eames, \u00e0 notre propre esprit, pour nous transporter dans un \u00e9tat l\u00e9thargique et nous immobiliser dans le domaine collectif de la foi commune, confiante et irraisonn\u00e9e. Voil\u00e0 pourquoi l&rsquo;Eglise utilise aujourd&rsquo;hui encore, et plus que jamais, ce moyen de la liturgie et du c\u00e9r\u00e9monial (dont les traces \u00e9vang\u00e9liques demeurent bien contestables), se croyant investie de la mission essentielle de sauver les \u00e2mes par la foi catholique qu&rsquo;elle a \u00e9difi\u00e9e elle-m\u00eame!<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Je dis donc qu&rsquo;il n&rsquo;est pas douteux qu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;arri\u00e8re-plan des dogmes, du culte et des pouvoirs exerc\u00e9s par l&rsquo;Eglise, il n&rsquo;existe une \u00e9norme force psychique, une tr\u00e8s puissante vitalit\u00e9 collective. Cette force est de nature \u00e9lev\u00e9e, exalt\u00e9e m\u00eame, car tout en composant la somme des \u00e9lans d\u00e9votionnels de la masse catholique, elle comporte \u00e9galement les plus hautes aspirations d&rsquo;une \u00e9lite humaine <a id=\"ftnref17\" href=\"#ftn17\">[17]<\/a>. Elle est donc produite par les meilleurs apports du c\u0153ur et de l&rsquo;esprit de millions de croyants sinc\u00e8res, vivant encore en ce monde ou pass\u00e9s dans l&rsquo;au-del\u00e0. D&rsquo;o\u00f9 la belle id\u00e9e de la communion des saints, l&rsquo;unit\u00e9 de l&rsquo;Eglise souffrante et triomphante. Morts et vivants entretiennent ainsi la vie psychique de ce puissant \u00eatre collectif, l&rsquo;Eglise, que soutient et anime la Puissance divine ou cosmique, Celle-ci soutenant toutes les formes, les inf\u00e9rieures comme les sup\u00e9rieures, les vivifiant chacune \u00e0 son niveau respectif. La vitalit\u00e9 d&rsquo;une religion est donc ainsi, je le r\u00e9p\u00e8te, en raison directe de la force et de l&rsquo;\u00e9l\u00e9vation morale de son psychisme particulier. Il en r\u00e9sulte que l&rsquo;on doit consid\u00e9rer chacune des grandes religions historiques, comme une Forme vivante, de nature psycho-mentale, dou\u00e9e d&rsquo;une vitalit\u00e9 plus ou moins active qui lui est propre, et anim\u00e9e, soutenue en dernier ressort, comme tout \u00eatre, toute chose, de ce monde, par la Vie divine Elle-m\u00eame : car Dieu se met toujours \u00e0 la port\u00e9e de son adorateur sinc\u00e8re. Le croyant, apr\u00e8s sa mort ou durant sa vie s&rsquo;il est un croyant, un mystique, se voit entour\u00e9 des images qui lui sont ch\u00e8res, formes-pens\u00e9es ad\u00e9quates \u00e0 sa foi particuli\u00e8re, \u00e0 ses habitudes mentales. Il voit son Dieu et ses saints, objets de ses d\u00e9votions accoutum\u00e9es. Il per\u00e7oit aussi dans les r\u00e9gions inf\u00e9rieures et sombres de ce psychisme collectif ses propres d\u00e9mons, ses cr\u00e9ations diaboliques, car le ciel et l&rsquo;enfer des religions sont, dans l&rsquo;au-del\u00e0 de la vie, des \u00e9tats psychiques o\u00f9 se rencontrent des entit\u00e9s vivantes qui sont comme le reflet symbolique et l&rsquo;expression r\u00e9elle tout \u00e0 la fois du drame intime et secret de la conscience humaine. Jusqu&rsquo;\u00e0 ce qu&rsquo;il en ait \u00e9puis\u00e9 les \u00e9nergies constitutives, l&rsquo;homme vit heureux, apr\u00e8s sa mort, dans le ciel qu&rsquo;il s&rsquo;est cr\u00e9\u00e9 lui-m\u00eame ou dans l&rsquo;enfer o\u00f9 l&rsquo;ont emprisonn\u00e9 ses actes criminels et ses pens\u00e9es coupables. Pour \u00e9chapper \u00e0 ce monde subjectif <a id=\"ftnref18\" href=\"#ftn18\">[18]<\/a> de cr\u00e9ations formelles suscit\u00e9 par le psychisme individuel et collectif, l&rsquo;homme doit le d\u00e9passer, s&rsquo;\u00e9lever plus haut, pour atteindre la pure r\u00e9alit\u00e9 divine. C&rsquo;est ce qu&rsquo;exprimaient d\u00e9j\u00e0 les strophes trois fois mill\u00e9naires de la Bhagavad-G\u00eet\u00e2 :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab <em>Quelle que soit la personne divine \u00e0 laquelle un homme offre son culte, J&rsquo;affermis sa foi en ce Dieu;<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Tout plein de sa croyance, il s&rsquo;efforce de Le servir et obtient de Lui les biens qu&rsquo;il d\u00e9sire et dont Je suis le distributeur :<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Mais born\u00e9e est la r\u00e9compense de ces hommes de peu d&rsquo;intelligence :<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Ceux qui sacrifient aux dieux, vont aux dieux : ceux qui M&rsquo;adorent, viennent \u00e0 Moi<\/em>. \u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">La foi religieuse, on le voit, repr\u00e9sente, chez la plupart, une force int\u00e9rieure li\u00e9e au psychisme de l&rsquo;ego. Elle n&rsquo;est qu&rsquo;un \u00e9chelon \u00e0 gravir avant d&rsquo;arriver \u00e0 la Spiritualit\u00e9 v\u00e9ritable. A ce point de vue donc, les rites et les sacrements cr\u00e9ent en l&rsquo;homme certaines dispositions psychiques favorables, pour lui faciliter l&rsquo;acc\u00e8s \u00e0 cette spiritualit\u00e9 v\u00e9ritable.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Ils ont donc une utilit\u00e9 relative. Relative \u00e9galement est l&rsquo;utilit\u00e9 des temples, des \u00e9glises de pierre, pour ceux \u2014 et ils sont nombreux encore \u2014 qui ne peuvent comprendre que le vrai temple de Dieu est la nature enti\u00e8re et son petit temple, le c\u0153ur de l&rsquo;homme purifi\u00e9. Aussi dans les \u00ab Actes \u00bb, voyons-nous saint Pierre d\u00e9clarer \u00e0 deux reprises que \u00ab Dieu n&rsquo;habite pas dans les temples b\u00e2tis par la main des hommes. \u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Or, n&rsquo;est-ce pas l&rsquo;inverse que proclame depuis deux mille ans son successeur au Vatican?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Nous disons donc que la spiritualit\u00e9 est d&rsquo;un tout autre ordre que le psychisme. Si ce dernier appartient au \u00ab moi \u00bb, est orient\u00e9 sur le \u00ab moi \u00bb, autrement dit s&rsquo;il appartient \u00e0 la sph\u00e8re des d\u00e9sirs personnels de l&rsquo;homme \u2014 f\u00fbt-ce les plus \u00e9lev\u00e9s, tel son d\u00e9sir de salut \u2014 la spiritualit\u00e9, au contraire, est du domaine de l&rsquo;\u00e2me, impliquant, je l&rsquo;ai dit, le renoncement complet au moi et \u00e0 ses d\u00e9sirs, l&rsquo;abandon sans r\u00e9serves \u00e0 la volont\u00e9 divine. Les th\u00e9ologiens en nous parlant de l&rsquo;amour parfait et imparfait nous les donnent comme les vertus d&rsquo;un ego en marche vers la perfection. Il s&rsquo;agit donc d&rsquo;un ego, centr\u00e9 en lui-m\u00eame mais orient\u00e9 vers Dieu, et non d&rsquo;un ego r\u00e9ellement d\u00e9centr\u00e9 de lui-m\u00eame, en Dieu. Pour atteindre le Supr\u00eame, l&rsquo;Unit\u00e9, l&rsquo;homme doit r\u00e9ellement abandonner, transcender son moi, son ego. Les sages l&rsquo;ont dit en tous les temps et Krishnamurti nous le r\u00e9p\u00e8te aujourd&rsquo;hui : \u00ab L&rsquo;Eternel travaille en l&rsquo;homme afin de briser les murs du moi. Lorsque le \u00ab je \u00bb a disparu, l&rsquo;homme atteint la perfection et devient pareil \u00e0 un Christ, \u00e0 un Bouddha, c&rsquo;est-\u00e0-dire r\u00e9ellement un homme. Homme reprend alors son sens propre. L&rsquo;Homme est l&rsquo;\u00eatre qui n&rsquo;a pas d&rsquo;ego \u00bb <a id=\"ftnref19\" href=\"#ftn19\">[19]<\/a>. L&rsquo;homme qui transcende son ego, s&rsquo;aper\u00e7oit que cet ego n&rsquo;\u00e9tait pas lui-m\u00eame mais un instrument au service de l&rsquo;Unique, sa vraie Nature. Saint Paul disait-il autre chose quand il s&rsquo;\u00e9criait : \u00ab Ce n&rsquo;est plus moi qui vit, c&rsquo;est Christ qui vit en moi \u00bb? Et que voulait exprimer le Christ Lui-m\u00eame quand il proclamait que celui qui perd sa vie particuli\u00e8re gagne la Vie \u00e9ternelle, sinon que celui qui a cru tout perdre en perdant son moi, a au contraire tout gagn\u00e9 parce qu&rsquo;il a conquis sa vraie nature, le Soi unique?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">De l&rsquo;ensemble du probl\u00e8me chr\u00e9tien, nous tirerons donc la conclusion : l&rsquo;esprit vivant, \u00e9ternel, du Christianisme proc\u00e8de de sa Source originelle, mais sa forme actuelle n&rsquo;est rien d&rsquo;autre que cette superstructure organique et doctrinale, \u00e9difi\u00e9e par les hommes et surajout\u00e9e \u00e0 l&rsquo;institution id\u00e9ale. Cette forme d\u00e9su\u00e8te est celle d&rsquo;une \u00e9poque, d\u00e9sormais r\u00e9volue et p\u00e9rim\u00e9e. Car un \u00e2ge nouveau scintille \u00e0 l&rsquo;horizon, un monde nouveau se l\u00e8ve.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<hr style=\"text-align: justify;\" size=\"1\" \/>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a id=\"ftn1\" href=\"#ftnref1\">[1]<\/a> Ceci n&rsquo;implique nullement que ces tendances inf\u00e9rieures soient mauvaises, du moment qu&rsquo;elles sont suffisamment ma\u00eetris\u00e9es et maintenues dans leur r\u00f4le ou fonction l\u00e9gitime. C&rsquo;est seulement la pr\u00e9dominance de l&rsquo;inf\u00e9rieur sur le sup\u00e9rieur qui constitue le mal pour l&rsquo;homme.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a id=\"ftn2\" href=\"#ftnref2\">[2]<\/a> Pour employer le langage th\u00e9ologique, nous dirons qu&rsquo;il n&rsquo;est pas de surnaturel \u00ab quoad substantiam \u00bb (Unit\u00e9 de l&rsquo;\u00eatre), mais seulement \u00ab quoad modum \u00bb, c&rsquo;est-\u00e0-dire relativement \u00e0 la multiplicit\u00e9 innombrable des \u00eatres dans l&rsquo;Existence universelle.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a id=\"ftn3\" href=\"#ftnref3\">[3]<\/a> On con\u00e7oit qu&rsquo;\u00e0 ce point de vue la base de la morale ne peut \u00eatre qu&rsquo;individuelle : car la conscience de chacun varie suivant son d\u00e9veloppement individuel : elle est influenc\u00e9e par sa formation, son milieu social, son niveau intellectuel, sa profession, etc. La morale de l&rsquo;homme \u00e9volu\u00e9, du magistrat, est plus d\u00e9licate, plus exigeante, que celle du commer\u00e7ant, du financier, du soldat, etc.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a id=\"ftn4\" href=\"#ftnref4\">[4]<\/a> Cit\u00e9 par Henri Massis, dans \u00ab <em>Jugements<\/em> \u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a id=\"ftn5\" href=\"#ftnref5\">[5]<\/a> \u00ab <em>La Science et l&rsquo;Homme<\/em> \u00bb (Adyar &#8211; Paris).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a id=\"ftn6\" href=\"#ftnref6\">[6]<\/a> La Vie universelle ne se confond ni avec l&rsquo;\u00e9nergie universelle, ni a fortiori avec la R\u00e9alit\u00e9 en soi, non manifest\u00e9e, l&rsquo;Absolu. Energie universelle et Vie universelle sont pareillement des manifestations de l&rsquo;Absolu. Mais tandis que l&rsquo;\u00e9nergie repr\u00e9sente ici la phase descendante, l&rsquo;involution de l&rsquo;Esprit aboutissant \u00e0 la cr\u00e9ation de la mati\u00e8re, la Vie repr\u00e9sente au contraire le mouvement ascendant, la remont\u00e9e de l&rsquo;Esprit, autrement dit l&rsquo;\u00e9volution graduelle de la conscience au travers de formes correspondantes de la mati\u00e8re cr\u00e9\u00e9e. Quant \u00e0 l&rsquo;Absolu, Il est au del\u00e0 de ces mouvements : Il n&rsquo;est ni continu, ni discontinu, mais au del\u00e0 des dualit\u00e9s oppos\u00e9es, au del\u00e0 du temps et de l&rsquo;espace.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a id=\"ftn7\" href=\"#ftnref7\">[7]<\/a> \u00ab <em>Anthropomorphisme et Agnosticisme<\/em> \u00bb (Bloud).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a id=\"ftn8\" href=\"#ftnref8\">[8]<\/a> Ces contradictions avaient, depuis l&rsquo;origine, \u00e9mu les penseurs. D\u00e8s le II<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, Marcion, au sein du Christianisme m\u00eame, et en dehors de lui, <em>Celse et Porphyre<\/em> \u2014 le Voltaire et le Renan du paganisme, ainsi que les nomme P. Allard \u2014 proclamaient qu&rsquo;un monde imparfait, plein de lacunes et d&rsquo;erreurs, ne pouvait \u00eatre l&rsquo;\u0153uvre d&rsquo;un Cr\u00e9ateur parfait et tout-puissant.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a id=\"ftn9\" href=\"#ftnref9\">[9]<\/a> Gassendi.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a id=\"ftn10\" href=\"#ftnref10\">[10]<\/a> Descartes.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a id=\"ftn11\" href=\"#ftnref11\">[11]<\/a> Spinoza.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a id=\"ftn12\" href=\"#ftnref12\">[12]<\/a> Cit\u00e9 par Ren\u00e9 Grousset (Bilan de l&rsquo;Histoire).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a id=\"ftn13\" href=\"#ftnref13\">[13]<\/a> Le pape Honorius I fut m\u00eame, apr\u00e8s sa mort, d\u00e9clar\u00e9 h\u00e9r\u00e9tique par le 6<sup>o<\/sup> Concile \u0153cum\u00e9nique de Constantinople (680).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a id=\"ftn14\" href=\"#ftnref14\">[14]<\/a> Cit\u00e9 d&rsquo;apr\u00e8s E. Krakowski : \u00ab Plotin et le paganisme religieux\u00a0\u00bb (Deno\u00ebl et Steele).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a id=\"ftn15\" href=\"#ftnref15\">[15]<\/a> \u00ab Autour d&rsquo;un petit livre \u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a id=\"ftn16\" href=\"#ftnref16\">[16]<\/a> Les \u00e9crivains tant chr\u00e9tiens que pa\u00efens nous montrent les Chr\u00e9tiens des premiers si\u00e8cles occup\u00e9s sans cesse \u00e0 corriger, \u00e0 interpoler, leurs Ecritures. (Orig. Contra Cels. II, 27 &#8211; Eus\u00e8be : Hist. Eccl\u00e9s. IV, 23, et V, 28). Dans sa lettre au pape Damase, saint J\u00e9r\u00f4me d\u00e9clare na\u00efvement qu&rsquo;il n&rsquo;a chang\u00e9 aux Evangiles que ce qui lui est apparu en modifier le sens. Il a supprim\u00e9 le 1<sup>er<\/sup> Evangile de saint Matthieu (version h\u00e9bra\u00efque dite des Ebionites) parce qu&rsquo;affirmant que J\u00e9sus est \u00ab issu de la semence d&rsquo;un homme \u00bb, \u00ab il d\u00e9truit tout \u00bb, dit-il.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a id=\"ftn17\" href=\"#ftnref17\">[17]<\/a> Elite morale plut\u00f4t qu&rsquo;intellectuelle, car on ne peut nier qu&rsquo;aujourd&rsquo;hui l&rsquo;\u00e9lite scientifique est en majorit\u00e9 agnostique.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a id=\"ftn18\" href=\"#ftnref18\">[18]<\/a> Subjectif ne veut pas dire irr\u00e9el. Les r\u00eaves sont aussi r\u00e9els pour le dormeur que l&rsquo;\u00e9tat de veille pour l&rsquo;homme \u00e9veill\u00e9. Et c&rsquo;est peut-\u00eatre la vie physique qui, apr\u00e8s la mort, nous appara\u00eet comme avoir \u00e9t\u00e9 un songe irr\u00e9el\u00a0!<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a id=\"ftn19\" href=\"#ftnref19\">[19]<\/a> \u00ab L&rsquo;Homme et le Moi \u00bb, d&rsquo;apr\u00e8s des notes prises par C. Suar\u00e8s aux conf\u00e9rences de Krishnamurti.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Il s&rsquo;agit au contraire d&rsquo;int\u00e9grer l&rsquo;homme dans le difficile probl\u00e8me de l&rsquo;Unit\u00e9 du tout divin, en reconnaissant la transcendance de cette Unit\u00e9; de montrer que par un de ses Rayons, le m\u00eame Soleil divin est en chaque homme, quoique difficile \u00e0 d\u00e9couvrir, parce qu&rsquo;Il est en chacun au del\u00e0 de sa conscience normale, au del\u00e0 de son moi changeant, au del\u00e0 de sa personnalit\u00e9 \u00e9ph\u00e9m\u00e8re. L\u00e0 nous para\u00eet \u00eatre en effet l&rsquo;erreur fondamentale de nos philosophes et moralistes chr\u00e9tiens, qu&rsquo;ils n&rsquo;ont jamais vu en l&rsquo;\u00eatre humain autre chose que ce moi, cette personnalit\u00e9 mortelle, et qu&rsquo;ils l&rsquo;ont prise pour le tout de l&rsquo;homme, son \u00e2me immortelle et sa r\u00e9alit\u00e9 supr\u00eame.<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[64],"tags":[157,1347],"class_list":["post-7544","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-p-dangkor","tag-religion","tag-spiritualite"],"yoast_head":"<!-- This site is optimized with the Yoast SEO plugin v27.0 - https:\/\/yoast.com\/product\/yoast-seo-wordpress\/ -->\n<title>Itin\u00e9raire 3: La religion peut-elle nous sauver? par Pierre D&#039;Angkor - 3e mill\u00e9naire - Spiritualit\u00e9 - Connaissance de soi - Non-dualit\u00e9 - M\u00e9ditation<\/title>\n<meta name=\"robots\" content=\"index, follow, max-snippet:-1, max-image-preview:large, max-video-preview:-1\" \/>\n<link rel=\"canonical\" href=\"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/itineraire-3-la-religion-peut-elle-nous-sauver-par-pierre-dangkor\/\" \/>\n<meta property=\"og:locale\" content=\"fr_FR\" \/>\n<meta property=\"og:type\" content=\"article\" \/>\n<meta property=\"og:title\" content=\"Itin\u00e9raire 3: La religion peut-elle nous sauver? par Pierre D&#039;Angkor - 3e mill\u00e9naire - Spiritualit\u00e9 - Connaissance de soi - Non-dualit\u00e9 - M\u00e9ditation\" \/>\n<meta property=\"og:description\" content=\"Il s&#039;agit au contraire d&#039;int\u00e9grer l&#039;homme dans le difficile probl\u00e8me de l&#039;Unit\u00e9 du tout divin, en reconnaissant la transcendance de cette Unit\u00e9; de montrer que par un de ses Rayons, le m\u00eame Soleil divin est en chaque homme, quoique difficile \u00e0 d\u00e9couvrir, parce qu&#039;Il est en chacun au del\u00e0 de sa conscience normale, au del\u00e0 de son moi changeant, au del\u00e0 de sa personnalit\u00e9 \u00e9ph\u00e9m\u00e8re. 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