{"id":7829,"date":"2011-08-21T03:58:54","date_gmt":"2011-08-21T02:58:54","guid":{"rendered":"http:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/?p=7829"},"modified":"2011-09-13T01:47:19","modified_gmt":"2011-09-13T00:47:19","slug":"itineraire-4-la-tradition-immemoriale-de-la-sagesse-par-pierre-d%e2%80%99angkor","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/itineraire-4-la-tradition-immemoriale-de-la-sagesse-par-pierre-d%e2%80%99angkor\/","title":{"rendered":"Itin\u00e9raire 4: La tradition imm\u00e9moriale de la sagesse par Pierre D\u2019Angkor"},"content":{"rendered":"<h4>Pierre d\u2019ANGKOR \u2013 Itin\u00e9raire d\u2019un P\u00e8lerin de l\u2019Absolu 1953<\/h4>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>CHAPITRE III<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>LA TRADITION IMM\u00c9MORIALE DE LA SAGESSE.<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>LE MEME DRAME COSMIQUE ET HUMAIN<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>FAIT LE FOND ESOTERIQUE<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>DE TOUTES LES RELIGIONS<\/strong>.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Toutes les religions ont eu pour but, dans l&rsquo;esprit de leur fondateur respectif, de perp\u00e9tuer sous le voile de leurs mythes et de leurs enseignements symboliques quelques aspects fondamentaux ou quelques grandes lois du m\u00eame drame universel, \u00e0 la fois divin, cosmique et humain. Il n&rsquo;est sans doute pas difficile de d\u00e9pister ce sens symbolique, anthropologique ou cosmologique, dans certains mythes parall\u00e8les de l&rsquo;\u00c9gypte, de la Gr\u00e8ce, de l&rsquo;Inde ou d&rsquo;Isra\u00ebl. Ce sens toutefois \u00e9chappait \u00e0 la foule qui acceptait ces l\u00e9gendes, dans leur sens litt\u00e9ral ou pseudo-historique, souvent absurde et irrationnel, tandis que les clerg\u00e9s encourageaient l&rsquo;erreur populaire, soit qu&rsquo;ils fussent eux-m\u00eames victimes de leur propre incompr\u00e9hension ou de leur ignorance, soit au contraire qu&rsquo;ils agissent ainsi de connivence pour mieux assurer leur autorit\u00e9 sur les fid\u00e8les. Et il semble qu&rsquo;il n&rsquo;en soit pas tr\u00e8s diff\u00e9remment de nos jours, \u00e0 en juger de la fa\u00e7on \u00e9troite, superstitieuse, avec laquelle on interpr\u00e8te la lettre du dogme chr\u00e9tien, de la crainte horrifi\u00e9e de changer un iota \u00e0 une tradition aveugle, et du refus obstin\u00e9 d&rsquo;\u00e9clairer le vrai sens de l&rsquo;enseignement en y introduisant un peu d&rsquo;intelligence et de raison qui en feraient une foi digne de l&rsquo;homme.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Quoiqu&rsquo;il en soit, c&rsquo;est un fait que le foss\u00e9 se creuse et s&rsquo;\u00e9largit de plus en plus entre cette religion de la lettre morte et les doctrines scientifiques modernes : d&rsquo;une part donc, entre les enseignements bibliques litt\u00e9ralement interpr\u00e9t\u00e9s concernant la cr\u00e9ation de l&rsquo;univers et de l&rsquo;homme, et, de l&rsquo;autre, les conceptions que la science nous propose sur le sujet. Sans doute, la science n&rsquo;est pas infaillible, ses hypoth\u00e8ses varient, et elle \u00e9volue ses th\u00e9ories au fur et \u00e0 mesure du progr\u00e8s des sciences sp\u00e9cialis\u00e9es : astronomie, pal\u00e9ontologie, biologie, etc. N\u00e9anmoins, au travers de ces variations, elle progresse. Et nous nous trouvons d\u00e8s lors devant ce fait que tandis que les divergences s&rsquo;accentuent sans cesse entre une religion fig\u00e9e et une science qui progresse \u2014 au point m\u00eame, nous dit-on, que des positions mill\u00e9naires ont d\u00fb \u00eatre abandonn\u00e9es d\u00e9j\u00e0 par le magist\u00e8re de l\u2019\u00c9glise \u2014 une convergence au contraire est aujourd&rsquo;hui signal\u00e9e comme de plus en plus grande, entre certaines positions avanc\u00e9es de la science et les donn\u00e9es de cette sagesse imm\u00e9moriale qu&rsquo;atteint la Vision des Sages, cette sagesse secr\u00e8te des anciens myst\u00e8res, et que proclament \u00e9galement les \u00c9critures sacr\u00e9es de l&rsquo;Inde Brahmanique et Bouddhique. Nous y reviendrons.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En parlant de cette sagesse antique, d&rsquo;ailleurs, je n&rsquo;entends nullement opposer ici paganisme et christianisme, car, ainsi que nous le verrons, il y e\u00fbt aussi bien, au d\u00e9but de notre \u00e8re, le \u00ab Myst\u00e8re Chr\u00e9tien \u00bb se r\u00e9f\u00e9rant, lui aussi \u00e0 une sagesse parfaite dont nous parlent, avec beaucoup de r\u00e9serve sans doute saint Paul et les premiers P\u00e8res de l\u2019\u00c9glise, mais en y faisant toutefois des allusions formelles et r\u00e9p\u00e9t\u00e9es. Mais n&rsquo;anticipons pas.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Nous disons donc que les grandes religions historiques ont toutes traduit en les d\u00e9formant l&rsquo;un ou l&rsquo;autre aspect du m\u00eame grand drame universel, \u00e0 la fois cosmique et humain. Ceci, \u00e0 premi\u00e8re vue, semble \u00eatre une gageure paradoxale, leurs divergences et contradictions portant notamment sur l&rsquo;objet principal et premier de leurs enseignements, le probl\u00e8me divin. Toutefois notre th\u00e8se se d\u00e9fendra, si l&rsquo;on consid\u00e8re que les mythes et les dogmes religieux sont, selon les cas, ou bien un voile symbolique intentionnellement jet\u00e9 par les Ma\u00eetres pour prot\u00e9ger contre toute alt\u00e9ration tel point particulier de l&rsquo;enseignement, difficile \u00e0 saisir par la foule des ignorants, ou bien au contraire le fruit d&rsquo;alt\u00e9ration, de d\u00e9formation de l&rsquo;enseignement donn\u00e9, par l&rsquo;incompr\u00e9hension des disciples. Or, ces deux hypoth\u00e8ses se v\u00e9rifient toutes deux, suivant les cas envisag\u00e9s. Les religions apparaissent, en effet, dans leur ensemble, sous ces deux aspects : parfois, dans certains de leurs mythes, comme des interpr\u00e9tations symboliques de grandes v\u00e9rit\u00e9s universelles ; parfois, dans certains dogmes, comme des alt\u00e9rations grossi\u00e8res de ces m\u00eames v\u00e9rit\u00e9s, dont la complexit\u00e9 \u00e9sot\u00e9rique fait le fond commun de tous ces enseignements.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais alors, cette sagesse \u00e9sot\u00e9rique elle-m\u00eame, qu&rsquo;est-elle ? Comment peut-on la conna\u00eetre ? demandera-t-on. C&rsquo;est l&rsquo;objet m\u00eame de ce livre de tenter d&rsquo;en esquisser quelques grandes lignes. Sujet immense et difficile. Avant toutefois de l&rsquo;aborder, il nous faut au pr\u00e9alable justifier notre all\u00e9gation \u2014 laquelle sera violemment contest\u00e9e \u2014 que les grandes religions historiques ont souvent fauss\u00e9, d\u00e9form\u00e9, la Sagesse de leur Ma\u00eetre par incompr\u00e9hension des enseignements qu&rsquo;elles en avaient re\u00e7us.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Si nous consid\u00e9rons par exemple le Bouddhisme, qui fut peut-\u00eatre la moins d\u00e9form\u00e9e des grandes religions historiques, en raison de la longue vie du Bouddha \u2014 il mourut \u00e0 80 ans \u2014 de ses enseignements sans cesse r\u00e9p\u00e9t\u00e9s et comment\u00e9s par lui-m\u00eame, de l&rsquo;absence d&rsquo;\u00e9v\u00e9nements dramatiques survenus au cours de sa longue carri\u00e8re, nous constatons n\u00e9anmoins que les alt\u00e9rations de sa doctrine, les incompr\u00e9hensions de ses paroles, se manifest\u00e8rent nombreuses et cela m\u00eame de son vivant. Citons-en un exemple typique. Dans un entretien avec un de ses disciples <a id=\"ftnref1\" href=\"#ftn1\">[1]<\/a>, au sujet des r\u00e9incarnations successives de l&rsquo;homme, le Ma\u00eetre refuse pareillement d&rsquo;affirmer ou de nier, en l&rsquo;occurrence, que c&rsquo;est ou que ce n&rsquo;est pas le m\u00eame homme qui rena\u00eet, en d&rsquo;autres termes la permanence ou la non-permanence de l&rsquo;ego, apr\u00e8s la mort. Tr\u00e8s clairement, le Bouddha explique et veut faire comprendre \u00e0 son interlocuteur pourquoi la v\u00e9rit\u00e9 n&rsquo;est pas coinc\u00e9e entre les termes de cette alternative o\u00f9 l&rsquo;intelligence pr\u00e9tend nous enfermer au nom du principe de contradiction. Mais le disciple n&rsquo;a pas l&rsquo;intuition n\u00e9cessaire pour sortir de l&rsquo;alternative qui l&#8217;emprisonne et, ne pouvant percevoir en quoi chacun des termes est vrai et en quoi chacun d&rsquo;eux est faux, il se d\u00e9sesp\u00e8re. Et il en fut de m\u00eame, apr\u00e8s la mort du Ma\u00eetre. Les adeptes du Bouddhisme se perdirent en discussions contradictoires et, emp\u00eatr\u00e9s dans leur incompr\u00e9hension \u00e9gale, les \u00e9coles se divis\u00e8rent, s&rsquo;oppos\u00e8rent, les unes affirmant, les autres niant, la permanence ou la non-permanence de l&rsquo;ego apr\u00e8s la mort, c&rsquo;est-\u00e0-dire adoptant un des termes de l&rsquo;alternative que le Bouddha avait pareillement rejet\u00e9e.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Si des incompr\u00e9hensions et des alt\u00e9rations de doctrine ont ainsi pu se produire dans le Bouddhisme, en d\u00e9pit des circonstances les plus favorables que nous avons dites, comment a fortiori ne se seraient-elles pas produites pour l&rsquo;enseignement du Christ? La vie publique de J\u00e9sus dura trois ann\u00e9es \u00e0 peine, au dire des \u00c9vangiles, et la pr\u00e9dication du Ma\u00eetre chr\u00e9tien fut tragiquement interrompue par le drame sanglant du Golgotha. D&rsquo;autre part, la transmission \u00e9crite de son enseignement ne se fit que tr\u00e8s tardivement, apr\u00e8s une longue p\u00e9riode de bouillonnement int\u00e9rieur, de fermentation religieuse, cons\u00e9cutive \u00e0 un temps plus court de dispersion et d&rsquo;effroi, et au sein de troubles politiques, marqu\u00e9s par les \u00e9v\u00e9nements politiques et militaires les plus graves. A nous en tenir d&rsquo;ailleurs \u00e0 ces textes tardifs que sont les \u00c9vangiles, lesquels nous transmettent suivant la tradition orale les paroles de J\u00e9sus, ne doit-on pas reconna\u00eetre \u2014 sauf \u00e0 faire preuve d&rsquo;esprit pharisa\u00efque \u2014 que le Christianisme officiel a formellement contrevenu \u00e0 l&rsquo;enseignement du Ma\u00eetre, en ce qui concernait sa propre personne? N&rsquo;a-t-il pas fait de J\u00e9sus Dieu Lui-m\u00eame, alors que J\u00e9sus avait dit : \u00ab N&rsquo;appelez personne sur la terre votre P\u00e8re (P\u00e8re et Dieu \u00e9tant synonymes) : un seul est votre P\u00e8re qui est dans les Cieux. \u00bb (Matth. XXIII, 9) ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Et qu&rsquo;au disciple qui l&rsquo;appelait : \u00ab Bon Ma\u00eetre \u00bb, il objectait : \u00ab\u00a0Pourquoi m&rsquo;appelles-tu bon ? Il n&rsquo;y a de bon que Dieu seul ! \u00bb (Marc, X, 17-18). N&rsquo;a-t-on pas proclam\u00e9 \u00e9galement que J\u00e9sus \u00e9tait le Fils unique de Dieu, alors qu&rsquo;aux Pharisiens qui se scandalisaient de ce qu&rsquo;\u00e9tant homme, il se d\u00e9clar\u00e2t Dieu, J\u00e9sus opposait le verset des \u00c9critures : \u00ab Vous \u00eates tous des dieux : vous \u00eates tous des Fils du Tr\u00e8s-Haut \u00bb, revendiquant ainsi pour lui-m\u00eame non l&rsquo;exclusivit\u00e9 du titre, mais seulement une pr\u00e9\u00e9minence en raison de la mission divine qui lui \u00e9tait confi\u00e9e <a id=\"ftnref2\" href=\"#ftn2\">[2]<\/a> ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La doctrine catholique que J\u00e9sus fut une incarnation unique du Verbe de Dieu, et qu&rsquo;apr\u00e8s sa mort sur la croix, il ressuscita par sa propre puissance, repr\u00e9sente une majoration \u2014 dont nous entrevoyons ci-apr\u00e8s les raisons \u2014 des enseignements primitifs. De ceux-ci on peut encore trouver quelques traces, semble-t-il, dans les discours de saint Pierre, notamment, o\u00f9 il est dit (Actes II, 22-31 ; X, 38-40) que J\u00e9sus fut un homme envoy\u00e9 par Dieu, qu&rsquo;il a op\u00e9r\u00e9 ses gu\u00e9risons et ses merveilles \u00ab parce que Dieu \u00e9tait avec lui \u00bb, et qu&rsquo;enfin apr\u00e8s sa mort c&rsquo;est \u00ab Dieu qui l&rsquo;a ressuscit\u00e9 et a voulu qu&rsquo;il se montr\u00e2t, ne permettant pas qu&rsquo;il fut retenu dans l&rsquo;enfer \u00bb. Ce n&rsquo;est pas l\u00e0 encore, on en conviendra, J\u00e9sus la seconde Personne de la Sainte-Trinit\u00e9, ressuscitant par sa propre puissance ! Une telle compr\u00e9hension, en d\u00e9pit de toute la glose eccl\u00e9siastique, serait bien plus en harmonie conforme avec la parole m\u00eame du Christ : \u00ab Je ne fais pas ma volont\u00e9, mais celle de Celui qui m&rsquo;a envoy\u00e9 \u00bb. (Jean, VIII, 16, et XII, 50.)<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il semble toutefois que le probl\u00e8me qui nous retient ici soit infiniment plus qu&rsquo;un simple probl\u00e8me d&rsquo;ex\u00e9g\u00e8se de textes, qu&rsquo;il est en r\u00e9alit\u00e9 le plus important des probl\u00e8mes historiques, car il s&rsquo;agit de d\u00e9couvrir si cette alt\u00e9ration suppos\u00e9e des enseignements de J\u00e9sus n&rsquo;est pas une grave alt\u00e9ration de l&rsquo;Histoire elle-m\u00eame. Il s&rsquo;agit de rechercher si, involontairement, au 1<sup>er<\/sup> si\u00e8cle de notre \u00e8re, les premi\u00e8res g\u00e9n\u00e9rations chr\u00e9tiennes, soumises \u00e0 des circonstances tragiques et bouleversantes, n&rsquo;ont pas inconsciemment alt\u00e9r\u00e9 certains faits, d\u00e9form\u00e9 le sens des \u00e9v\u00e9nements survenus, pour les rendre plus conformes \u00e0 la fausse interpr\u00e9tation qu&rsquo;elles en con\u00e7urent par la suite, sous l&rsquo;influence des doctrines de l&rsquo;hell\u00e9nisme chr\u00e9tien qui pr\u00e9valut bient\u00f4t parmi elles. Il s&rsquo;agit de savoir si, au sein de ces communaut\u00e9s, le trouble, le d\u00e9sordre des esprits, engendr\u00e9, d&rsquo;une part, par la mort dramatique et infamante de J\u00e9sus, et, de l&rsquo;autre, par des faits occultes, apparitions psychiques, visions du Christ vivant et glorieux ; d&rsquo;autre part encore, aggrav\u00e9 par les malheurs publics, les bouleversements politiques et religieux, qui accablaient \u00e0 ce moment le monde palestinien et devaient aboutir quelques ann\u00e9es apr\u00e8s \u00e0 la destruction de J\u00e9rusalem, si, disons-nous, l&rsquo;affolement g\u00e9n\u00e9ral des esprits n&rsquo;a pas amen\u00e9 les premi\u00e8res g\u00e9n\u00e9rations chr\u00e9tiennes, livr\u00e9es \u00e0 l&rsquo;exaltation religieuse et \u00e0 un d\u00e9bordement de d\u00e9votion croissante envers le Ma\u00eetre r\u00e9apparu, \u00e0 accepter, dans leur enthousiasme m\u00eame, cette majoration de la nature et du caract\u00e8re du Christ que leur proposait l&rsquo;hell\u00e9nisme chr\u00e9tien et de la conjuguer avec le r\u00f4le messianique qu&rsquo;aux dires des Proph\u00e8tes le Messie devait jouer dans Isra\u00ebl.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En proclamant le Christ non seulement comme le Messie attendu, mais comme l&rsquo;unique incarnation du Verbe, \u2014 en s&rsquo;opposant peut-\u00eatre \u00e0 saint Pierre sur ce point \u2014 saint Paul semble devoir \u00eatre consid\u00e9r\u00e9 comme le premier t\u00e9moin, sinon l&rsquo;auteur m\u00eame de cette majoration consid\u00e9rable de la personne de J\u00e9sus, les \u00c9vangiles, post\u00e9rieurs aux \u00e9crits de saint Paul, n&rsquo;ayant fait qu&rsquo;accepter et r\u00e9pandre dans l&rsquo;ensemble du monde chr\u00e9tien la doctrine ainsi major\u00e9e par l&rsquo;ap\u00f4tre des Gentils. Comment cette majoration fut-elle donc possible? Saint Paul \u00e9tait un \u00e9rudit : gnostique et cabaliste comme le prouve son langage. Apr\u00e8s son illumination sur le chemin de Damas, influenc\u00e9 par l&rsquo;\u00e9cole, une identification se fit dans sa pens\u00e9e entre la personne du Christ et la notion alexandrine \u2014 et non palestinienne \u2014 du Verbe de Dieu, telle que Philon-le-Juif, le coryph\u00e9e de l&rsquo;\u00e9cole, l&rsquo;avait enseign\u00e9 dans ses \u00e9crits <a id=\"ftnref3\" href=\"#ftn3\">[3]<\/a>. En cons\u00e9quence, J\u00e9sus ne fut plus le \u00ab fils de Dieu, dans le sens biblique o\u00f9 lui-m\u00eame, m\u00e9taphysiquement parlant, l&rsquo;entendait de sa personne, comme de tous les hommes recevant l&rsquo;appel de Dieu (Jean X, 33-36, Ps. 81, 6), mais dans le sens, th\u00e9ologique et Philonien, du Verbe de Dieu, fils engendr\u00e9 du P\u00e8re et Dieu Lui-m\u00eame, incarn\u00e9 en la seule personne humaine de J\u00e9sus. Cette alt\u00e9ration de l&rsquo;enseignement originel entra\u00eena une d\u00e9formation correspondante dans la conception qu&rsquo;on se fit de la nature et du r\u00f4le du Christ dans l&rsquo;Histoire, et, par suite une d\u00e9formation du sens m\u00eame des \u00e9v\u00e9nements survenus. Malgr\u00e9 la r\u00e9sistance des Jud\u00e9o-Chr\u00e9tiens <a id=\"ftnref4\" href=\"#ftn4\">[4]<\/a>, la conception hell\u00e9no-chr\u00e9tienne de saint Paul triompha et, propag\u00e9e par les Evangiles, elle fut \u00e0 l&rsquo;origine de l&rsquo;enseignement officiel traditionnel, tel qu&rsquo;il nous fut transmis \u00e0 travers les \u00e2ges. Les Jud\u00e9o-Chr\u00e9tiens qui refus\u00e8rent de l&rsquo;admettre furent d\u00e9clar\u00e9s h\u00e9r\u00e9tiques sous les noms d&rsquo;Ebionites et de Nazar\u00e9ens.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Sans doute historiens et ex\u00e9g\u00e8tes catholiques protesteront-ils avec indignation contre une semblable th\u00e8se. Tenant pour inattaquable la stricte conformit\u00e9 des Evangiles avec l&rsquo;enseignement du Ma\u00eetre et le caract\u00e8re historique du r\u00e9cit comme rigoureux jusque dans ses moindres d\u00e9tails et \u00e9pisodes, ils rejetteront avec horreur et crainte aussi bien la supposition d&rsquo;une d\u00e9formation quelconque des \u00e9v\u00e9nements survenus que celle qui oserait contester l&rsquo;incarnation unique du Verbe comme \u00e9tant la signification profonde de ces \u00e9v\u00e9nements. Les catholiques eurent raison de protester contre la \u00ab Vie de J\u00e9sus \u00bb de Renan, car le Christ fut tout autre chose qu&rsquo;un homme naturellement bon, humanitaire, sans plus d&rsquo;envergure spirituelle. J\u00e9sus est l&rsquo;homme en qui la Divinit\u00e9 s&rsquo;est r\u00e9ellement manifest\u00e9e, quelle que soit d&rsquo;ailleurs la fa\u00e7on dont on comprend ou consid\u00e8re cette manifestation divine. Mais les catholiques versent dans une exag\u00e9ration oppos\u00e9e quand ils pr\u00e9tendent n&rsquo;envisager la personne de leur Ma\u00eetre que sous l&rsquo;angle d&rsquo;un unique et vivant miracle dans l&rsquo;Histoire. Loin de ma pens\u00e9e de vouloir ici manquer au respect plein d&rsquo;amour que m&rsquo;inspire la divine figure de J\u00e9sus, mais je crois qu&rsquo;il est de saine m\u00e9thode avant d&rsquo;attribuer des causes miraculeuses et hors nature aux \u00eatres et aux choses, m\u00eame exceptionnels, d&rsquo;en rechercher d&rsquo;abord les causes naturelles, en ayant soin de donner au mot \u00ab naturel \u00bb toute l&rsquo;extension spirituelle que comporte une Nature dont nous ne pouvons sonder toute la profondeur, encore voil\u00e9e \u00e0 nos yeux. Seuls des pr\u00e9jug\u00e9s pourraient nous faire adopter une attitude diff\u00e9rente.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais ceci nous a quelque peu \u00e9gar\u00e9. L&rsquo;objet principal de toutes les religions est manifestement le probl\u00e8me de Dieu et de ses rapports avec le monde et l&rsquo;homme. De la solution de ces probl\u00e8mes d\u00e9coule celui de la destin\u00e9e humaine. Or, nous nous trouvons ici devant une vraie tour de Babel. Les unes, parmi ces religions, nous proposent le monoth\u00e9isme, d&rsquo;autres, le panth\u00e9isme ou le polyth\u00e9isme, ou m\u00eame l&rsquo;ath\u00e9isme, telle la religion bouddhiste, qui substitue \u00e0 l&rsquo;id\u00e9e de Dieu, celle d&rsquo;un \u00e9tat divin qu&rsquo;il nous faut r\u00e9aliser en nous-m\u00eame : Nirv\u00e2na.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Comment donc la sagesse \u00e9sot\u00e9rique peut-elle r\u00e9concilier des langages aussi diff\u00e9rents et leur \u00eatre sous-jacente? Et que repr\u00e9sente-t-elle ? Pr\u00e9cisons tout d&rsquo;abord qu&rsquo;elle n&rsquo;est ni un syncr\u00e9tisme, ni une synth\u00e8se des religions. Un syncr\u00e9tisme ne serait qu&rsquo;une juxtaposition de doctrines disparates, r\u00e9agissant les unes sur les autres, et vivant dans une sorte de symbiose, le plus souvent irrationnelle. Une synth\u00e8se repr\u00e9senterait au contraire une doctrine nouvelle, originale, mais issue n\u00e9anmoins de la combinaison, de la fusion, de ces doctrines diff\u00e9rentes. Les religions ayant le plus souvent d\u00e9form\u00e9 par incompr\u00e9hension, nous l&rsquo;avons dit, les enseignements de leur Fondateur, une synth\u00e8se des diff\u00e9rentes religions repr\u00e9senterait, dans ces conditions, non une synth\u00e8se de v\u00e9rit\u00e9s, mais plut\u00f4t une synth\u00e8se des erreurs humaines. C&rsquo;est ainsi que, dans la Rome d\u00e9cadente, on vit s&rsquo;op\u00e9rer un rapprochement bizarre entre les superstitions d\u00e9gradantes des cultes orgiastiques de l&rsquo;Asie avec les vieilles croyances de la mythologie classique, dont le culte officiel \u00e9tait l&rsquo;expression publique. De m\u00eame encore dans la ville d&rsquo;Alexandrie, carrefour de peuples, de races et de croyances de trois continents, on vit, \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque hell\u00e9nistique des Ptol\u00e9m\u00e9es, se former le culte de S\u00e9rapis, fruit du syncr\u00e9tisme entre des apports grecs et les antiques croyances de l&rsquo;\u00c9gypte. Puis encore, en cette m\u00eame ville d&rsquo;Alexandrie, aux premiers si\u00e8cles de notre \u00e8re, une synth\u00e8se nouvelle donna naissance aux doctrines gnostiques (Simon le Magicien, Cerinthe, Basilide, Valentin, etc.), m\u00e9lange hybride des croyances \u00e9gyptiennes, grecques, mazd\u00e9ennes avec les enseignements nouveaux du christianisme. Les initi\u00e9s aux anciens myst\u00e8res du paganisme s&rsquo;\u00e9tant convertis au Christianisme se crurent d\u00e9li\u00e9s du secret et tent\u00e8rent d\u00e8s lors plus ou moins ouvertement une conciliation entre leurs anciennes croyances et l&rsquo;enseignement chr\u00e9tien nouveau.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">D&rsquo;une mani\u00e8re g\u00e9n\u00e9rale d&rsquo;ailleurs, on peut dire que l&rsquo;histoire des religions est l&rsquo;histoire m\u00eame du syncr\u00e9tisme religieux, c&rsquo;est-\u00e0-dire de leur \u00e9volution successive dans les milieux donn\u00e9s, de leurs r\u00e9actions r\u00e9ciproques, volontaires ou involontaires, de leurs emprunts mutuels, conscients ou inconscients, soit qu&rsquo;elles fussent r\u00e9ciproquement en lutte ouverte, en hostilit\u00e9 d\u00e9clar\u00e9e, soit au contraire que, sans se combattre, elles se d\u00e9veloppassent parall\u00e8lement, se m\u00e9langeant, par la force des choses et les conjonctures de la vie en commun. C&rsquo;est ainsi que de m\u00eame que le juda\u00efsme s&rsquo;\u00e9tait fortement impr\u00e9gn\u00e9 de croyances babyloniennes et iraniennes, le christianisme \u00e0 son tour subit de nombreuses infiltrations \u00e9gyptiennes, grecques, indoues, amalgamant par une endosmose qui se retrouve jusque dans les r\u00e9cits \u00e9vang\u00e9liques, et ult\u00e9rieurement dans le culte et les dogmes, les \u00e9pisodes l\u00e9gendaires ou les formes cultuelles manifestement \u00e9trang\u00e8res \u00e0 son origine juive. Il n&rsquo;est pas jusqu&rsquo;au langage de saint Paul qui ne fourmille de termes et d&rsquo;expressions emprunt\u00e9s au langage initiatique des Myst\u00e8res pa\u00efens.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La sagesse \u00e9sot\u00e9rique, elle, n&rsquo;a rien d&rsquo;un syncr\u00e9tisme de doctrines anciennes ; elle n&rsquo;est pas davantage une synth\u00e8se nouvelle issue de leur confusion. Elle se situe au contraire aux premiers \u00e2ges de l&rsquo;humanit\u00e9. Elle est identique, au surplus, \u00e0 cette R\u00e9v\u00e9lation primitive dont nous parle la tradition jud\u00e9o-chr\u00e9tienne, \u00e0 la diff\u00e9rence pr\u00e8s \u2014 diff\u00e9rence capitale \u2014 qu&rsquo;elle ne fut nullement r\u00e9serv\u00e9e, exclusivement et une fois pour toutes, \u00e0 un seul peuple d\u00e9termin\u00e9, mais figure pareillement dans les traditions de tous les peuples anciens. Cette sagesse, au surplus, ne repr\u00e9sente pas un ordre de croyances, comme ce qui fait l&rsquo;objet des enseignements religieux, mais un ordre de connaissances acquises directement par les grands Sages, les Voyants de tous les temps, connaissances que chacun, jadis, esp\u00e9rait et savait pouvoir v\u00e9rifier un jour par soi-m\u00eame, s&rsquo;il s&rsquo;en montrait digne. Tel fut, nous le verrons, le but m\u00eame qui \u00e9tait propos\u00e9 aux hommes par l&rsquo;initiation, dans les anciens myst\u00e8res de l&rsquo;Egypte et de la Gr\u00e8ce.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Nous disons donc que la Sagesse appartient aux plus vieilles traditions, d\u00e9form\u00e9es ou non par la l\u00e9gende peu importe, de la Pr\u00e9histoire de l&rsquo;Humanit\u00e9. Ces traditions nous parlent toutes des Rois divins, de Dynasties divines, dirigeant une humanit\u00e9-enfant, d&rsquo;un \u00e2ge d&rsquo;or primitif, o\u00f9, nous dit H\u00e9siode, \u00ab les Dieux v\u00eatus d&rsquo;air marchaient parmi les hommes \u00bb. Image po\u00e9tique d&rsquo;une direction divine demeur\u00e9e myst\u00e9rieuse et figur\u00e9e par les Rois divins de l&rsquo;Egypte et de la Chald\u00e9e, par les \u00ab Pitris \u00bb de l&rsquo;Inde, les Ghandarvas, instituteurs et ma\u00eetres qui, selon les V\u00e9das, enseignaient toute sagesse aux Aryens, par les Dieux ou Hommes divins se partageant la terre, selon Platon (Critias), par le commerce familier de J\u00e9hovah avec nos premiers parents dans le Paradis terrestre, selon la Bible, par les Dieux incarn\u00e9s, les avatars, et les h\u00e9ros demi-dieux de toutes les vieilles mythologies : bref, par la tradition universelle d&rsquo;un commerce direct avec les Dieux et d&rsquo;une f\u00e9licit\u00e9 primitive suivie de d\u00e9ch\u00e9ance. Cet \u00e2ge d&rsquo;or prit fin et les Rois divins se retir\u00e8rent ouvertement de la sc\u00e8ne du monde parce que l&rsquo;humanit\u00e9 ayant grandi, approchant de l&rsquo;\u00e2ge adulte, devait apprendre \u00e0 marcher par ses propres forces et \u00e0 se diriger par elle-m\u00eame. Autrement dit, l&rsquo;intelligence se d\u00e9veloppant dans l&rsquo;humanit\u00e9 refoula dans l&rsquo;inconscient, les directives spirituelles qui la dirigeaient. D&rsquo;o\u00f9 chutes, d\u00e9cadence et souffrances. Le \u00ab Yoga Vasistha \u00bb <a id=\"ftnref5\" href=\"#ftn5\">[5]<\/a> raconte comme le Cr\u00e9ateur \u00ab ayant exhal\u00e9 toute cette cr\u00e9ation hors de son mental \u00bb est pris de piti\u00e9 \u00e0 la vue des souffrances physiques et morales qui assaillent les hommes. Ayant constat\u00e9 que les vertus morales, ainsi que les lieux saints de p\u00e8lerinage et d&rsquo;adoration ne suffisaient pas pour les en d\u00e9livrer, il envoya Vasistha \u00ab comme une incarnation de sa connaissance \u00bb pour leur enseigner la sagesse&#8230; Et que de m\u00eame, il envoya d&rsquo;autres Rishis : Sanat-Kumara, Narada et bien d&rsquo;autres. \u00ab Ainsi lorsque furent accomplis les temps heureux du Krita Yuga <a id=\"ftnref6\" href=\"#ftn6\">[6]<\/a> , o\u00f9 tous \u00e9taient vertueux, o\u00f9 tous accomplissaient leurs devoirs envers les autres, ces Rishis partag\u00e8rent la terre commune en maints pays et nomm\u00e8rent des Rois pour les gouverner&#8230; \u00bb Mais \u00e0 mesure qu&rsquo;avan\u00e7ait la Roue du temps, l&rsquo;humanit\u00e9 se pervertissant et d\u00e9g\u00e9n\u00e9rant, surgirent alors les rivalit\u00e9s, la pauvret\u00e9, l&rsquo;esclavage, et les monarques furent de plus en plus dans l&rsquo;impossibilit\u00e9 de gouverner sans faire la guerre. \u00ab Une grande lassitude, un grand d\u00e9couragement envahit ces rois et ils \u00e9taient pr\u00e8s de faillir \u00e0 leur t\u00e2che. Alors les Rishis intervinrent \u00e0 nouveau pour les enseigner et leur donner la v\u00e9ritable connaissance&#8230; \u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Telle est donc la version traditionnelle de l&rsquo;Inde concernant les avatars, les incarnations divines. Dans la Bh\u00e2gavad Gita, Krishna dit \u00e0 Arjuna : \u00ab Quand la droiture d\u00e9cline, \u00f4 Bharata ! Quand la m\u00e9chancet\u00e9 est puissante, je surgis d&rsquo;\u00e2ge en \u00e2ge et prends une forme visible et deviens un homme parmi les hommes, secourant les bons, repoussant les m\u00e9chants et r\u00e9tablissant la vertu. \u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans la Bible h\u00e9bra\u00efque, cette perversion de l&rsquo;humanit\u00e9 est symbolis\u00e9e par la chute d&rsquo;Adam qui se fait expulser du jardin \u00e9d\u00e9nique, figure de l&rsquo;Age d&rsquo;or. Mais que l&rsquo;homme ne se d\u00e9sesp\u00e8re pas, un Sauveur lui est promis. <em>Synesios<\/em>, le philosophe n\u00e9o-platonicien du IV<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, exprimant l&rsquo;antique sagesse de l&rsquo;\u00c9gypte, nous dit pareillement que les Dieux \u00ab descendent \u00e0 des p\u00e9riodes bien d\u00e9finies dans le but de donner une impulsion b\u00e9n\u00e9fique \u00e0 la r\u00e9publique humaine \u00bb&#8230;\u00a0 lorsque, dit-il, \u00ab la mati\u00e8re incite ses propres floraisons \u00e0 guerroyer contre l&rsquo;\u00e2me, et que se rompt l&rsquo;harmonie impos\u00e9e par eux d\u00e8s le d\u00e9but \u00e0 toutes les choses humaines&#8230; ils descendent \u00e0 nouveau sur terre pour r\u00e9tablir cette harmonie, pour la revivifier et la ressusciter quand elle faiblit \u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ne pourrait-on trouver de ceci une confirmation historique? Est-ce le hasard seul qui peut expliquer l&rsquo;apparition, sur des points tr\u00e8s distants et dans le m\u00eame temps approximatif, d&rsquo;hommes remarquables, tels Lao-Ts\u00e9 et Confucius, en Chine, Bouddha et Mahavira, fondateurs respectifs du Bouddhisme et du Ja\u00efnisme, aux Indes, Isa\u00efe, en Jud\u00e9e, Orph\u00e9e, le Thrace l\u00e9gendaire et Pythagore, en Gr\u00e8ce, Zoroastre, en Perse? Ceci n&rsquo;appara\u00eet-il pas plut\u00f4t comme l&rsquo;effet d&rsquo;un plan concert\u00e9 pour donner une impulsion s\u00e9rieuse \u00e0 l&rsquo;\u00e9volution humaine, \u00e0 une heure peut-\u00eatre critique de cette \u00e9volution ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La tradition antique nous apprend \u00e9galement qu&rsquo;avant de se retirer de la sc\u00e8ne publique, les grands Instructeurs divins prirent des dispositions pour que les v\u00e9rit\u00e9s qu&rsquo;ils avaient apport\u00e9es ne se perdissent point. Constatant que la plupart des hommes \u00e9taient encore incapables, en raison de leur inf\u00e9riorit\u00e9 d&rsquo;\u00e9volution et de leurs tendances croissantes vers un mat\u00e9rialisme grossier, de v\u00e9rifier par eux-m\u00eames les v\u00e9rit\u00e9s enseign\u00e9es ou m\u00eame de les conserver, ils crurent prudent de couvrir cet enseignement d&rsquo;un v\u00eatement mythique, symbolique et protecteur. Telle serait donc l&rsquo;origine des grands mythes religieux.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Toutefois cette id\u00e9e de l&rsquo;origine et du caract\u00e8re symbolique des mythes, ainsi que l&rsquo;id\u00e9e aussi d&rsquo;un \u00e2ge d&rsquo;or dirig\u00e9 par les Dieux, sont d\u00e9daigneusement attaqu\u00e9es et raill\u00e9es par nos anthropologues et sociologues modernes. Ils nous reprochent ici de m\u00e9conna\u00eetre le caract\u00e8re primitif et la nature m\u00eame du sentiment religieux qui, \u00e0 l&rsquo;origine, enfanta les mythes irrationnels. Au surplus, disent-ils, cette fa\u00e7on d&rsquo;appr\u00e9hender le ph\u00e9nom\u00e8ne religieux comme un apport venu de l&rsquo;ext\u00e9rieur en alt\u00e8re le caract\u00e8re essentiel, le sentiment religieux apparaissant avant tout comme un ph\u00e9nom\u00e8ne psychologique ressortissant au domaine int\u00e9rieur de la conscience ou de la subconscience de l&rsquo;individu.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ceci toutefois heurte violemment une partie de nos contradicteurs, l&rsquo;\u00e9cole sociologique, pour laquelle la religion n&rsquo;est pas un ph\u00e9nom\u00e8ne individuel mais au contraire purement social. On le voit, c&rsquo;est tout le probl\u00e8me religieux, son origine, sa nature m\u00eame, qui est ici en question.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>A. \u2014 LE PROBLEME RELIGIEUX.<\/strong><strong> <\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">J&rsquo;ai signal\u00e9 l&rsquo;erreur d&rsquo;une psychologie \u00e0 courte vue qui ne voyait \u00e0 l&rsquo;origine du sentiment religieux qu&rsquo;un sentiment de crainte. Sans doute l&rsquo;\u00e9moi, la frayeur, que ressentent les primitifs devant les forces de la nature et la puissance des \u00e9l\u00e9ments d\u00e9cha\u00een\u00e9s, expliquent-ils dans une certaine mesure que la crainte, la terreur religieuse, se traduise par des formes cultuelles. Ne comprenant pas la nature de ces forces \u00e9l\u00e9mentaires, ils sont port\u00e9s \u00e0 voir derri\u00e8re chacune d&rsquo;elles des puissances myst\u00e9rieuses inconnues dont ils doivent s&rsquo;assurer par des sacrifices, des implorations, ou autres pratiques c\u00e9r\u00e9monielles, la faveur et la protection contre leurs ennemis. Ces puissances, ils les con\u00e7oivent d&rsquo;ailleurs par une sorte d&rsquo;intuition sensible plut\u00f4t que par un pouvoir d&rsquo;abstraction qui d\u00e9passe encore leur mentalit\u00e9 concr\u00e8te de primitif.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ils crurent donc que cette puissance myst\u00e9rieuse invisible (le \u00ab Mana \u00bb des Polyn\u00e9siens) impr\u00e9gnait les \u00eatres et les choses, objets de leur d\u00e9votion (f\u00e9tichisme). Ils ador\u00e8rent effectivement le bois, la pierre, les arbres, les animaux, les montagnes, les fleuves, les \u00e9l\u00e9ments, toutes choses auxquelles ils attribu\u00e8rent un caract\u00e8re sacr\u00e9 et qu&rsquo;ils transform\u00e8rent ainsi en objets de culte. On ne peut donc nier que la crainte ne joue un r\u00f4le plus ou moins important dans la gen\u00e8se des croyances et des rites cultuels chez les primitifs. D&rsquo;o\u00f9 le prestige des sorciers et la terreur respectueuse qu&rsquo;inspirent les r\u00e9els pouvoirs psychiques dont ils sont d\u00e9tenteurs, et dont ils ne comprennent pas d&rsquo;ailleurs, eux-m\u00eames, la vraie nature. C&rsquo;est la crainte qui donne naissance \u00e0 l&rsquo;id\u00e9e de dieux favorables et de dieux hostiles, les dieux du bien ou de la lumi\u00e8re, les dieux du mal ou de l&rsquo;obscurit\u00e9. Tels les peuples primitifs de l&rsquo;Am\u00e9rique, nous dit Jacques Arago, dans son voyage autour du monde, qui, sous l&rsquo;influence de forces dangereuses et de p\u00e9rils encourus, invent\u00e8rent et invoqu\u00e8rent des dieux mauvais \u00e0 masques terrible <a id=\"ftnref7\" href=\"#ftn7\">[7]<\/a>, tandis qu&rsquo;ils v\u00e9n\u00e9raient les dieux bons, personnifications des forces cosmiques favorables, le soleil, les astres, les fleuves, etc.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il y avait derri\u00e8re ces repr\u00e9sentations symboliques si na\u00efves des primitifs \u2014 eprises d&rsquo;ailleurs par des religions avanc\u00e9es : Egypte : Osiris-Seth ; Perse : Ormuzd et Ahriman ; Christianisme : Dieu et le Diable \u2014 une id\u00e9e profonde, que les primitifs ignor\u00e8rent, dont les religions m\u00e9connurent le vrai sens, mais dont les Initi\u00e9s poss\u00e9daient la cl\u00e9 \u00e9sot\u00e9rique : cette id\u00e9e, c&rsquo;est que le monde est construit par des forces contraires, ces forces, appel\u00e9es aujourd&rsquo;hui Dieu et la nature, ou l&rsquo;esprit et la mati\u00e8re, proc\u00e9dant de p\u00f4les de nom contraire, entre lesquels la vie cr\u00e9atrice tisse la structure m\u00eame de l&rsquo;univers. Nous dirons les noms des dieux et des d\u00e9esses par lesquels les principaux peuples de l&rsquo;antiquit\u00e9 personnifi\u00e8rent, dans leur panth\u00e9on respectif, ces P\u00f4les oppos\u00e9s, les forces cosmiques, active et passive, qui en \u00e9manent, dont l&rsquo;\u00e9quilibre constitue l&rsquo;univers et qui, par leur mouvement cyclique, leur action altern\u00e9e, leur p\u00e9riodicit\u00e9, en un mot par les rythmes multiples de la Vie universelle, assure l&rsquo;\u00e9volution des \u00eatres et des choses.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Revenant au r\u00f4le jou\u00e9 par la crainte dans la religion des primitifs \u2014 \u00ab Primus Deos in orbe fecit timor \u00bb disait d\u00e9j\u00e0 au 1<sup>er<\/sup> si\u00e8cle de notre \u00e8re le po\u00e8te latin Stace \u2014 nous croyons que la religion est bien autre chose, redisons-le encore, que la seule expression d&rsquo;une terreur superstitieuse, n\u00e9e de l&rsquo;ignorance, car, dans cette hypoth\u00e8se, la terreur se serait \u00e9vanouie avec le d\u00e9veloppement de l&rsquo;intelligence, au fur et \u00e0 mesure de la connaissance que les hommes acqu\u00e9raient de l&rsquo;explication naturelle des ph\u00e9nom\u00e8nes. Or, il est manifeste qu&rsquo;il n&rsquo;en est pas ainsi et qu&rsquo;il n&rsquo;y a pas que le sauvage qui redoute la Puissance invisible. L&rsquo;homme le plus civilis\u00e9 d&rsquo;aujourd&rsquo;hui se sent, aussi bien, d\u00e9pendant d&rsquo;un ordre universel, les lois de la nature pr\u00e9sentant \u00e0 ses yeux un caract\u00e8re rigide et lui paraissant comme fond\u00e9es sur une raison imp\u00e9rative que l&rsquo;on ne peut braver impun\u00e9ment. Le civilis\u00e9 sait donc ce qu&rsquo;il risque \u00e0 les transgresser. Toutefois l&rsquo;intuition du c\u0153ur lui sugg\u00e8re que, sous-jacent \u00e0 ces lois, est un ordre moral, et que derri\u00e8re la duret\u00e9 et l&rsquo;implacabilit\u00e9 de la Nature se tient une Puissance de Justice et d&rsquo;Amour. Il croit, il a l&rsquo;intuition, d&rsquo;une vertu expiatoire et r\u00e9demptrice de la souffrance.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La vraie religion est donc en chacun bien plus qu&rsquo;un sentiment de crainte. Elle r\u00e9pond \u00e0 un besoin du c\u0153ur : elle a sa source dans les profondeurs de l&rsquo;\u00e2me humaine. Si donc le primitif \u2014 pour en revenir \u00e0 lui \u2014 craint la Puissance myst\u00e9rieuse et s&rsquo;efforce par des pratiques pu\u00e9riles de se la rendre favorable, il ressent \u00e9galement, au plus intime de lui-m\u00eame, cette attraction du c\u0153ur, le besoin d&rsquo;aimer ce Dieu puissant, ami et protecteur de l&rsquo;homme bon. Voil\u00e0 pourquoi certains psychanalystes modernes, tel C. G. Jung par exemple, voient dans l&rsquo;id\u00e9e de Dieu un de ces arch\u00e9types primordiaux inscrits dans l&rsquo;inconscient collectif de l&rsquo;humanit\u00e9 et dont l&rsquo;influence puissante, l&rsquo;action dynamique, s&rsquo;exerce sur le mental des individus. Mais ce n&rsquo;est l\u00e0 encore qu&rsquo;une rare exception parmi nos anthropologues. Et voil\u00e0 ce que la plupart d&rsquo;entre eux, par trop d\u00e9nu\u00e9s parfois de p\u00e9n\u00e9tration psychologique se refusent \u00e0 voir, c&rsquo;est que dans toutes les formes religieuses, m\u00eame les plus primitives, il y a autre chose qu&rsquo;un obscur sentiment de crainte : qu&rsquo;il y a aussi, et plus peut-\u00eatre, un sentiment intime, profond, fait d&rsquo;amour, de respect, de v\u00e9n\u00e9ration, devant ce grand et troublant myst\u00e8re de la Nature vivante, myst\u00e8re qui d\u00e9passe l&rsquo;homme mais dans lequel il se sent immerg\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Sans doute la croyance des primitifs est-elle en m\u00eame temps toute impr\u00e9gn\u00e9e des superstitions issues de l&rsquo;ignorance. Mais dans ces superstitions m\u00eames quelques-uns parmi nos anthropologues ou philosophes, plus clairvoyants que les autres, entrevoyant qu&rsquo;une certaine sagesse travaille comme en retrait des croyances les plus irrationnelles, en ont inf\u00e9r\u00e9 que, chez les primitifs, la gen\u00e8se de leurs fables et de leurs mythes les plus absurdes \u00e9taient, de quelque mani\u00e8re, li\u00e9e \u00e0 l&rsquo;obscur et myst\u00e9rieux travail de l&rsquo;inconscient collectif. Ce qui tend \u00e0 le prouver, c&rsquo;est que l&rsquo;on voit souvent ces mythes, ces superstitions, exercer une influence heureuse et f\u00e9conde sur le d\u00e9veloppement m\u00eame des coutumes et des institutions sociales. Un anthropologue anglais <em>J. G. Frazer<\/em> nous montre par de nombreux exemples comment les pr\u00e9jug\u00e9s les plus saugrenus, les croyances apparemment les plus enfantines, cr\u00e9\u00e8rent des habitudes sociales qui se traduisirent dans les m\u0153urs et les institutions, assurant ainsi, chez ces primitifs, l&rsquo;ordre, la s\u00e9curit\u00e9 et la morale. C&rsquo;est comme si le g\u00e9nie subconscient de la race d\u00e9posait dans les consciences individuelles encore obscures, des germes informes, irrationnels, mais devant se d\u00e9velopper, s&rsquo;\u00e9panouir ult\u00e9rieurement en des pratiques ou des coutumes finalement utiles et bienfaisantes. Salomon Reinach qui pr\u00e9face le livre de Frazer <a id=\"ftnref8\" href=\"#ftn8\">[8]<\/a>, affirme \u00e9galement que les superstitions enfantines, les \u00ab tabous \u00bb des primitifs, contiennent souvent, dit-il, un germe sinon de v\u00e9rit\u00e9 du moins d&rsquo;utilit\u00e9 sociale. Ils servirent ainsi la cause de la civilisation parce qu&rsquo;ils contribu\u00e8rent \u00e0 cr\u00e9er le respect de la propri\u00e9t\u00e9 priv\u00e9e, de l&rsquo;autorit\u00e9, du lien conjugal, de la vie humaine \u00ab conceptions qui, avec les si\u00e8cles, devinrent assez fortes pour exister par elles-m\u00eames et rejeter la b\u00e9quille de superstition qui, au temps jadis, en avait \u00e9t\u00e9 l&rsquo;unique soutien \u00bb. L&rsquo;inconscient jouerait donc un grand r\u00f4le dans la mentalit\u00e9 pr\u00e9-logique du primitif, ce myst\u00e9rieux inconscient en lequel la psychologie moderne d\u00e9couvre tant de facult\u00e9s en germe, \u00e9tranges, insoup\u00e7onn\u00e9es, lesquelles s&rsquo;efforcent lentement de parvenir jusqu&rsquo;\u00e0 la conscience pour s&rsquo;y \u00e9panouir un jour. Cet inconscient semble ici d&rsquo;ailleurs \u00eatre un inconscient collectif, se traduisant en chaque individu sous forme d&rsquo;instinct social, \u00e0 caract\u00e8re religieux. Aussi certains penseurs sont-ils tent\u00e9s d&rsquo;attribuer \u00e0 cet instinct, plut\u00f4t qu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;intelligence, la fonction cr\u00e9atrice de ces mythes irrationnels, de ces superstitions qui s&rsquo;av\u00e8rent finalement utiles \u00e0 l&rsquo;ordre social. D&rsquo;autres d&rsquo;ailleurs sont d&rsquo;un avis oppos\u00e9, tel l&rsquo;\u00e9minent philosophe <em>Bergson<\/em> qui attribue au contraire \u00e0 l&rsquo;intelligence la fonction fabulatrice, ainsi qu&rsquo;il l&rsquo;appelle, cr\u00e9atrice de ces mythes, de ces fictions destin\u00e9es \u00e0 cr\u00e9er ou \u00e0 maintenir l&rsquo;ordre social et rev\u00eatues \u00e0 cet effet d&rsquo;un caract\u00e8re religieux ou sacr\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il ne nous para\u00eet pas toutefois que ces deux th\u00e8ses soient inconciliables, car ce qui n&rsquo;\u00e9tait encore qu&rsquo;instinct ou imagination irrationnelle chez le primitif a pu devenir fonction consciente et r\u00e9fl\u00e9chie de l&rsquo;intelligence chez l&rsquo;homme plus civilis\u00e9. Mais Bergson ne l&rsquo;admet pas. Pour lui, instinct et intelligence repr\u00e9sentent en nous deux facult\u00e9s \u00e0 tendances oppos\u00e9es et qui se contrecarrent. Et ce qui semble ici donner raison \u00e0 Bergson, c&rsquo;est qu&rsquo;il y a tout de m\u00eame une opposition de caract\u00e8re tr\u00e8s r\u00e9elle entre les croyances irrationnelles, absurdes, des primitifs et les grands mythes symboliques des religions de la Gr\u00e8ce, de l&rsquo;\u00c9gypte, de Rome, de la Jud\u00e9e, de l&rsquo;Inde, de la Perse, etc. L\u00e9vy-Bruhl, qui s&rsquo;est sp\u00e9cialis\u00e9 dans l&rsquo;\u00e9tude de l&rsquo;\u00e2me primitive, insiste beaucoup sur cette diff\u00e9rence qu&rsquo;il importe de reconna\u00eetre entre les mythes des primitifs et les grands mythes religieux des civilisations classiques. Et toute la sagesse de l&rsquo;antiquit\u00e9 confirme ce jugement en nous assurant que derri\u00e8re l&rsquo;affabulation po\u00e9tique des diverses mythologies est dissimul\u00e9 un sens profond, un sens cach\u00e9. Nous y reviendrons.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Toutefois nos anthropologues n&rsquo;admettent, pour la plupart, d&rsquo;autre diff\u00e9rence entre les deux sortes de mythes que celle qui r\u00e9sulterait d&rsquo;une filiation naturelle et d&rsquo;un d\u00e9veloppement graduel. Il y a simple \u00e9volution des uns aux autres, nous disent-ils. La mentalit\u00e9 logique du civilis\u00e9 proc\u00e8de par \u00e9volution de la mentalit\u00e9 pr\u00e9-logique du primitif. Sans doute de l&rsquo;une \u00e0 l&rsquo;autre la diff\u00e9rence est sensible, reconnaissent-ils. Dans les mythologies classiques, nous ne nous trouvons plus en face d&rsquo;une mentalit\u00e9 primitive <a id=\"ftnref9\" href=\"#ftn9\">[9]<\/a>, mais au contraire d&rsquo;un \u00e9tat plus intellectualis\u00e9, caract\u00e9ris\u00e9 par la fermentation d&rsquo;une pens\u00e9e religieuse plus raffin\u00e9e et r\u00e9fl\u00e9chissant sur elle-m\u00eame. Mais ce n&rsquo;en est pas moins dans leur p\u00e9riode d&rsquo;enfance, disent-ils, que ces peuples civilis\u00e9s invent\u00e8rent leurs fables ou leurs mythes religieux, auxquels ils crurent alors aveugl\u00e9ment et litt\u00e9ralement. Avant donc de r\u00e9fl\u00e9chir sur leurs inventions mythiques spontan\u00e9es et de leur d\u00e9couvrir un sens interpr\u00e9tatif rationnel, par l&rsquo;all\u00e9gorie ou le symbole, ces peuples prirent \u00e0 la lettre leurs croyances les plus enfantines et s&rsquo;adonn\u00e8rent aux pratiques les plus saugrenues, comme nous le voyons faire encore aux sauvages d&rsquo;aujourd&rsquo;hui. Ce n&rsquo;est donc que graduellement et par une transformation r\u00e9fl\u00e9chie du sens primitif et irrationnel de leur mythologie que la pens\u00e9e religieuse de ces peuples se spiritualisant davantage rejeta ce mat\u00e9rialisme grossier et le fit \u00e9voluer en une religion plus \u00e9pur\u00e9e. Ce fut l&rsquo;origine des religions \u00e0 myst\u00e8res.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Nous dirons ce qu&rsquo;il faut penser de cette th\u00e8se positiviste. Mais, la premi\u00e8re question qui se pr\u00e9sente ici est celle de savoir \u00a0si, d\u00e8s les premiers \u00e2ges de l&rsquo;humanit\u00e9, que ce soit sous l&rsquo;impulsion d&rsquo;une inspiration int\u00e9rieure propre \u00e0 l&rsquo;individu ou sous une pouss\u00e9e de l&rsquo;instinct social, ne surgirent pas dans l&rsquo;inconscient des primitifs des intuitions justes, tendant \u00e0 des fins utiles, ainsi que nous l&rsquo;avons dit, mais sans que leur intellect encore rudimentaire fut capable d\u00e9j\u00e0 de les exprimer, de les pr\u00e9ciser, autrement que sous des formes irrationnelles.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">On sait l&rsquo;int\u00e9r\u00eat croissant attach\u00e9 aux probl\u00e8mes de l&rsquo;inconscient par les progr\u00e8s de la psychologie moderne et de la psychanalyse. Petit \u00e0 petit la science p\u00e9n\u00e8tre ainsi dans ce que le Bouddhisme appelait les profondeurs de l&rsquo;esprit. Sans doute la psychologie officielle n&rsquo;y voit-elle point tr\u00e8s clair encore. Elle ne nous dit pas grand chose au sujet de cet inconscient myst\u00e9rieux sinon qu&rsquo;il fonctionne en l&rsquo;individu par l&rsquo;interm\u00e9diaire du syst\u00e8me nerveux moyen. Elle demeure incapable d&rsquo;y distinguer, f\u00fbt-ce le plus vaguement du monde, le subconscient d&rsquo;avec le supra-conscient. Elle m\u00e9lange les deux ordres de ph\u00e9nom\u00e8nes, pourtant si distincts, si oppos\u00e9s m\u00eame, parce qu&rsquo;ils proc\u00e8dent en nous de deux p\u00f4les oppos\u00e9s de notre nature. Elle leur attribue pour m\u00eame origine le syst\u00e8me nerveux h\u00e9rit\u00e9 de nos anc\u00eatres et \u00e9pilogue beaucoup plus sur la physiologie que sur la psychologie de l&rsquo;inconscient. Pourtant les faits de l&rsquo;inconscient, ainsi que ces pouvoirs myst\u00e9rieux que la m\u00e9tapsychique et la haute mystique nous r\u00e9v\u00e8lent, s&rsquo;imposent de plus en plus \u00e0 l&rsquo;attention. Ils passionnent les esprits, p\u00e9n\u00e8trent dans la litt\u00e9rature par le roman, inspirent m\u00eame des \u00e9coles litt\u00e9raires, tel le symbolisme, le surr\u00e9alisme, et la science se devrait d&rsquo;autant plus aujourd&rsquo;hui en tenter l&rsquo;explication que l&rsquo;obscurit\u00e9 du sujet, la confusion et le manque de discernement du public exposent celui-ci \u00e0 plus de dangers et d&rsquo;erreurs. Ne voyons-nous pas en effet aujourd&rsquo;hui des esprits, m\u00eame distingu\u00e9s, confondre, et mettre dans le m\u00eame sac, les trucs des charlatans ou des prestidigitateurs et les pouvoirs r\u00e9els des yoguis et des saints?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Plus clairvoyante que la science des savants, la haute science mystique avait depuis des mill\u00e9naires reconnu en l&rsquo;\u00eatre humain cette dualit\u00e9 myst\u00e9rieuse, le \u00ab moi \u00bb conscient de notre personnalit\u00e9 ordinaire et un autre \u00ab moi \u00bb profond, d&rsquo;atteinte difficile. Il faudrait citer ici la belle page d&rsquo;Henri Bremond, dans sa magistrale \u00ab Histoire du sentiment religieux en France \u00bb, o\u00f9 il d\u00e9crit, d&rsquo;apr\u00e8s les exp\u00e9riences des mystiques, cet antagonisme radical qui oppose en chaque individu \u00ab animus \u00bb, le moi inf\u00e9rieur, qui se nourrit de notions intellectuelles et de passions, suscit\u00e9es par les int\u00e9r\u00eats de ce monde, et \u00ab anima \u00bb, le moi sup\u00e9rieur, qui est au contraire tout assoiff\u00e9 de Dieu, c&rsquo;est-\u00e0-dire d&rsquo;absolu et d&rsquo;infini.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais revenons au probl\u00e8me des primitifs.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il semblerait que le Principe supr\u00eame \u2014 qu&rsquo;on le nomme Dieu ou Ame du monde ou Intelligence cr\u00e9atrice, peu importe \u2014 immanent en tout et en tous, agisse dans l&rsquo;\u00e2me du primitif comme il agit dans l&rsquo;\u00e2me de l&rsquo;enfant qui n&rsquo;a pas encore atteint l&rsquo;\u00e2ge de raison, en s&rsquo;exprimant dans l&rsquo;inconscient par d&rsquo;utiles et instinctives directives. Il semble donc que pour juger sainement de la vraie nature du sentiment religieux en l&rsquo;homme, pris en g\u00e9n\u00e9ral, il soit de bonne m\u00e9thode de consid\u00e9rer le terme d&rsquo;aboutissement o\u00f9 l&rsquo;a progressivement men\u00e9, depuis le stade primitif, son d\u00e9veloppement naturel, c&rsquo;est-\u00e0-dire son \u00e9panouissement complet au sein des diff\u00e9rentes civilisations. Nous constaterons alors que, dans toutes ses croyances, l&rsquo;homme, primitif ou civilis\u00e9, n&rsquo;a jamais fait que s&rsquo;exprimer graduellement lui-m\u00eame dans ses rapports avec le monde auquel il s&rsquo;opposait. Mais n&rsquo;anticipons pas.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pour le primitif donc il est ici question, nous admettrons donc ce point de la th\u00e8se positiviste qu&rsquo;il invente ses mythes et ses croyances religieuses, que l&rsquo;on y d\u00e9couvre ou non, ult\u00e9rieurement, quelque v\u00e9rit\u00e9 ou utilit\u00e9 cach\u00e9e. Ces fables et ces superstitions traduisent le conscient ou l&rsquo;inconscient de l&rsquo;\u00e2me primitive, perceptions psychiques ou cr\u00e9ations imaginatives, analogues peut-\u00eatre \u00e0 celles que nous cr\u00e9ons en r\u00eave, ainsi que le supposait un auteur allemand, Ludwig Laistner <a id=\"ftnref10\" href=\"#ftn10\">[10]<\/a>, images fantaisistes, sensuelles, irrationnelles, empreintes de po\u00e9sie et de r\u00e9alisme, idylliques ou dramatiques, pleines de joie ou de tristesse, de s\u00e9r\u00e9nit\u00e9 ou de violence.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">N\u00e9anmoins le probl\u00e8me n&rsquo;est pas simple, et nous distinguerons soigneusement de ces inventions na\u00efves, pu\u00e9riles, spontan\u00e9es, adopt\u00e9es comme croyances par les \u00e2mes primitives, les fables de la mythologie classique. Nous nous refusons d&rsquo;admettre que les mythes de l&rsquo;Egypte, de la Gr\u00e8ce, de l&rsquo;Asie Mineure, de l&rsquo;Inde ou de la Perse, aient la m\u00eame origine que ceux des peuplades primitives, ou qu&rsquo;ils puissent en proc\u00e9der par voie de filiation naturelle : du moins pour ceux de ces mythes qui sont comme les r\u00e9pliques les uns des autres, avec des variantes de pr\u00e9sentation ou d&rsquo;adaptation qu&rsquo;imposent les m\u0153urs et les id\u00e9es de civilisations fort \u00e9loign\u00e9es dans l&rsquo;espace ou le temps. Ces mythes pr\u00e9sentent un caract\u00e8re nettement all\u00e9gorique ou symbolique et sont le masque protecteur, nous l&rsquo;avons dit, sous lequel les grands initi\u00e9s dissimul\u00e8rent une sagesse, volontairement maintenue sous le boisseau. Nous en citerons quelques exemples.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais cette th\u00e8se n&rsquo;implique-t-elle pas contradiction ? Si les religions proc\u00e8dent ainsi d&rsquo;un enseignement apport\u00e9 du dehors, elles n&rsquo;ont donc plus leur source originelle dans une impulsion int\u00e9rieure de la conscience. N&rsquo;avons-nous pas consid\u00e9r\u00e9 en effet le sentiment religieux comme un mouvement de l&rsquo;\u00e2me s&rsquo;\u00e9veillant d&rsquo;abord dans l&rsquo;inconscient du primitif sous la pouss\u00e9e int\u00e9rieure, soit de l&rsquo;immanence divine, soit d&rsquo;un inconscient social, et s&rsquo;exprimant dans sa conscience sous des formes le plus souvent irrationnelles, pour s&rsquo;\u00e9panouir avec le d\u00e9veloppement de l&rsquo;intelligence m\u00eame et en fonction de celle-ci ? Or, c&rsquo;est l\u00e0 une conception toute dynamique de la religion, comme expression de l&rsquo;\u00e9volution int\u00e9rieure de la conscience humaine. Ici, au contraire, on nous pr\u00e9sente la religion comme une chose toute faite, quelque chose de statique, un enseignement qui aurait \u00e9t\u00e9 confi\u00e9 \u00e0 la jeunesse de l&rsquo;humanit\u00e9 et dont les aspects fragmentaires se retrouveraient dispers\u00e9s dans les grandes religions historiques. Celles-ci repr\u00e9senteraient donc, quoique d\u00e9form\u00e9es et alt\u00e9r\u00e9es dans leur sens vrai, des bribes de cet enseignement fixe, apport\u00e9es aux hommes en quelque sorte du dehors.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le probl\u00e8me religieux pr\u00e9sente donc, on le voit, deux aspects distincts <a id=\"ftnref11\" href=\"#ftn11\">[11]<\/a> et nullement contradictoires, ainsi que nous allons le montrer. Il nous faut souligner \u00e0 cet effet les rapports que soutiennent les religions historiques avec le sentiment religieux individuel, d&rsquo;une part, avec la religion consid\u00e9r\u00e9e comme ph\u00e9nom\u00e8ne social, de l&rsquo;autre.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les religions positives tirent g\u00e9n\u00e9ralement leur nom, soit d&rsquo;une grande personnalit\u00e9 historique \u00e0 laquelle elles se r\u00e9f\u00e8rent comme fondateur : tels le Bouddhisme, le Zoroastrianisme, l&rsquo;Orphisme, le Confucianisme, le Mahom\u00e9tisme, soit de la R\u00e9alit\u00e9 supr\u00eame qui fait l&rsquo;objet de leur enseignement\u00a0: tels le Tao\u00efsme, le Brahmanisme ou ses d\u00e9riv\u00e9s le Civa\u00efsme, le Vishnouisme, soit encore du peuple auquel il s&rsquo;applique : tels le Juda\u00efsme, l&rsquo;Indouisme, etc.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Nous disons donc que les grands Etres que l&rsquo;on rencontre au point d&rsquo;origine de ces religions, s&rsquo;ils ne fond\u00e8rent peut-\u00eatre pas, \u00e0 proprement parler, l&rsquo;institution telle qu&rsquo;elle \u00e9volua et se propagea sous le patronage de leur nom, nous donn\u00e8rent cependant, durant le temps qu&rsquo;ils pass\u00e8rent sur la terre, la substance d&rsquo;un enseignement appropri\u00e9 au degr\u00e9 d&rsquo;\u00e9volution des peuples au sein desquels ils v\u00e9curent, enseignement que les disciples recueillirent, et qui, dans sa forme primitive tout au moins, \u00e9tait emprunt\u00e9 \u00e0 la Sagesse ou R\u00e9v\u00e9lation primordiale universelle.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Maintenant il n&rsquo;y a ici aucune contradiction, disons-nous, avec notre pr\u00e9c\u00e9dente affirmation, que la source de l&rsquo;inspiration religieuse est individuelle, parce qu&rsquo;elle proc\u00e8de, en chacun, de l&rsquo;immanence divine qui r\u00e9side au tr\u00e9fonds de sa conscience. Il est \u00e9vident en effet qu&rsquo;avec infiniment plus de puissance encore que chez l&rsquo;homme ordinaire, l&rsquo;inspiration religieuse s&rsquo;est \u00e9panouie dans la conscience particuli\u00e8re de ces grands Etres, qui furent comme la pierre angulaire de leur religion respective. En traduisant donc au dehors cette inspiration, en s&rsquo;entourant de disciples dont ils \u00e9veill\u00e8rent l&rsquo;\u00e2me et r\u00e9chauff\u00e8rent l&rsquo;enthousiasme, ils transform\u00e8rent le fait individuel, obscur\u00e9ment ressenti en chacun, en ph\u00e9nom\u00e8ne social, ext\u00e9rioris\u00e9. Telle fut donc l&rsquo;origine des religions positives. Seulement il arriva fatalement que, ainsi que je l&rsquo;ai montr\u00e9, les enseignements ainsi apport\u00e9s par les Ma\u00eetres furent imparfaitement compris, retenus, interpr\u00e9t\u00e9s, par les disciples et leurs successeurs et, finalement, d\u00e9natur\u00e9s de leur sens v\u00e9ritable, cristallis\u00e9s en des formules d\u00e9formatrices, promues au rang de dogmes de foi. En ceux-ci l&rsquo;inspiration religieuse appara\u00eet donc comme d\u00e9form\u00e9e, comme de seconde main, l&rsquo;esprit vivant est comme fig\u00e9 dans la lettre morte, en d\u00e9pit de la pr\u00e9tention des Eglises d&rsquo;\u00eatre, par l&rsquo;effet d&rsquo;un miracle permanent, \u00e0 l&rsquo;abri de toute erreur, le porte-parole infaillible de l&rsquo;Esprit-Saint. Au surplus, puisque la vraie religion est, pour chacun, un fait int\u00e9rieur de la conscience, il devient \u00e9vident qu&rsquo;en d\u00e9pit de l&rsquo;affirmation des Eglises, un enseignement quelconque, oral ou scripturaire, n&rsquo;est r\u00e9ellement valable pour la conscience que lorsqu&rsquo;il est reconnu tel par le c\u0153ur et par l&rsquo;esprit de l&rsquo;homme. Telle para\u00eet bien, du reste, avoir \u00e9t\u00e9 l&rsquo;esprit du Christianisme primitif, puisque saint Paul lui-m\u00eame insiste \u00e0 plusieurs reprises sur la libert\u00e9 du chr\u00e9tien et \u00e9nonce cette maxime : \u00ab Omnia probate et quod bonum est tenete \u00bb (I Thess. V, 21). Quant au Bouddhisme, il fut plus explicite encore. \u00ab Ne croyez pas sur la foi des traditions \u00bb, nous dit le Bouddha, \u00ab alors m\u00eame qu&rsquo;elles sont en honneur depuis de longues g\u00e9n\u00e9rations et en beaucoup d&rsquo;endroits ; ne croyez pas une chose parce que beaucoup en parlent. Ne croyez pas sur la foi des sages des temps pass\u00e9s, Ne croyez pas ce que vous vous \u00eates imagin\u00e9, pensant qu&rsquo;un Dieu vous l&rsquo;a inspir\u00e9. Ne croyez rien sur la seule autorit\u00e9 de vos ma\u00eetres ou des pr\u00eatres. Mais, apr\u00e8s examen, croyez ce que vous aurez exp\u00e9riment\u00e9 vous-m\u00eame et reconnu raisonnable, ce qui est conforme \u00e0 votre bien et \u00e0 celui des autres. \u00bb (K\u00e2l\u00e2ma Sutta).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Contrairement toutefois \u00e0 notre conception que l&rsquo;inspiration religieuse prend sa source dans la conscience de l&rsquo;individu, la doctrine sociologique de Durckheim ne veut voir dans le ph\u00e9nom\u00e8ne religieux qu&rsquo;une pure cr\u00e9ation de l&rsquo;instinct social. Ses arguments doivent nous retenir un instant.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Durckheim nous dit que les formes inf\u00e9rieures de la pens\u00e9e religieuse (la religion des primitifs), comme les plus hautes, tel le Christianisme, ont un pareil fondement dans la nature. \u00ab C&rsquo;est en effet un postulat de la sociologie \u00bb, nous dit-il, \u00ab qu&rsquo;une institution humaine ne saurait reposer sur l&rsquo;erreur et sur le mensonge, sans quoi elle n&rsquo;aurait pu durer. Si elle n&rsquo;\u00e9tait pas fond\u00e9e dans la nature des choses, elle aurait rencontr\u00e9 dans les choses des r\u00e9sistances dont elle n&rsquo;aurait pu triompher. \u00bb Etudiant donc les religions primitives, Durckheim fait au sujet de leurs croyances et de leurs pratiques irrationnelles les consid\u00e9rations que nous avons fait valoir, \u00ab on pourrait les attribuer \u00bb, dit-il, \u00ab \u00e0 une sorte d&rsquo;aberration fonci\u00e8re, mais sous le symbole, il faut savoir atteindre la r\u00e9alit\u00e9 qu&rsquo;il figure&#8230; Les rites les plus barbares ou les plus bizarres, les mythes les plus \u00e9tranges, traduisent quelque besoin humain, quelque aspect de la vie, soit individuelle, soit sociale. Les raisons que le fid\u00e8le se donne \u00e0 lui-m\u00eame pour les justifier, peuvent \u00eatre et sont m\u00eame, le plus souvent, erron\u00e9es ; les raisons vraies ne laissent pas d&rsquo;exister : c&rsquo;est affaire \u00e0 la science de les d\u00e9couvrir. Il n&rsquo;y a donc pas de religions qui soient vraies par opposition \u00e0 d&rsquo;autres qui seraient fausses. Toutes sont vraies \u00e0 leur fa\u00e7on : toutes r\u00e9pondent, quoique de mani\u00e8res diff\u00e9rentes, \u00e0 des conditions donn\u00e9es de l&rsquo;existence humaine \u00bb <a id=\"ftnref12\" href=\"#ftn12\">[12]<\/a>. Le sociologue n&rsquo;entend pas n\u00e9anmoins mettre toutes les religions sur le m\u00eame rang, leur reconna\u00eetre \u00e0 toutes une valeur ou une dignit\u00e9 \u00e9gale. Il dit au contraire qu&rsquo;il n&rsquo;est pas impossible de les disposer suivant un ordre hi\u00e9rarchique. Mais si in\u00e9gales soient-elles quand on les compare, \u00ab toutes sont \u00e9galement des religions, comme tous les \u00eatres vivants sont \u00e9galement des vivants, depuis les plus humbles plastides jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;homme \u00bb. Durckheim nous dit aussi que \u00ab l&rsquo;histoire est la seule m\u00e9thode d&rsquo;analyse explicative \u00bb applicable aux religions. En nous montrant dans quelles conditions et par quel processus les religions, des plus simples aux plus complexes, naissent successivement dans le temps, elle nous permet d&rsquo;en d\u00e9couvrir les \u00e9l\u00e9ments constitutifs essentiels. Mais, remarque le sociologue, ce n&rsquo;est pas dans les formes complexes sup\u00e9rieures que l&rsquo;on peut saisir \u00ab ces \u00e9l\u00e9ments essentiels et permanents qui constituent ce qu&rsquo;il y a d&rsquo;\u00e9ternel et d&rsquo;humain dans la religion \u00bb : c&rsquo;est au contraire dans les formes simples des primitifs. \u00ab Que l&rsquo;on consid\u00e8re \u00bb, \u00e9crit-il, \u00ab des religions comme celles de l&rsquo;\u00c9gypte ou de la Chald\u00e9e, de l&rsquo;Inde ou de l&rsquo;Antiquit\u00e9 classique. C&rsquo;est un enchev\u00eatrement touffu de cultes multiples, variables avec les localit\u00e9s, avec les temples, avec les g\u00e9n\u00e9rations, les dynasties, les invasions, etc. Les superstitions populaires y sont m\u00eal\u00e9es aux dogmes les plus raffin\u00e9s. Ni la pens\u00e9e, ni l&rsquo;affectivit\u00e9 religieuse ne sont \u00e9galement r\u00e9parties dans la masse des fid\u00e8les ; suivant les hommes, les milieux, les circonstances, les croyances comme les rites sont ressentis de fa\u00e7ons diff\u00e9rentes. Ici, ce sont des pr\u00eatres, l\u00e0 des moines, ailleurs des la\u00efcs ; il y a des mystiques et des rationalistes, des ti\u00e8des et des enthousiastes, des th\u00e9ologiens et des proph\u00e8tes, etc. La mentalit\u00e9 de l&rsquo;un n&rsquo;est pas celle de l&rsquo;autre&#8230; Comment d\u00e9couvrir la souche commune de la vie religieuse sous la luxuriante v\u00e9g\u00e9tation qui la recouvre ? Comment sous le heurt des th\u00e9ologies, les variations des rituels, la multiplicit\u00e9 des groupements, la diversit\u00e9 des individus, retrouver cet homo religiosus que nous nous proposons pr\u00e9cis\u00e9ment d&rsquo;atteindre ? \u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Durckheim nous montre qu&rsquo;il en est tout diff\u00e9remment dans ces soci\u00e9t\u00e9s inf\u00e9rieures o\u00f9 le nombre relativement restreint des membres, l&rsquo;homog\u00e9n\u00e9it\u00e9 des circonstances et surtout le caract\u00e8re moins \u00e9volu\u00e9 des individus, permettent de fa\u00e7onner les cerveaux dans un moule uniforme qui engendre chez tous les m\u00eames r\u00e9actions. Cette uniformisation des pens\u00e9es et des actes r\u00e9sulte donc d&rsquo;une diff\u00e9renciation individuelle moins accus\u00e9e.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Jusqu&rsquo;ici nous nous trouvons assez bien d&rsquo;accord avec l&rsquo;\u00e9cole sociologique. Son point de vue cadre avec celui que nous admettons en partant du sentiment religieux qui croit et se diff\u00e9rencie en chacun suivant la diff\u00e9renciation des cerveaux. Mais l\u00e0 o\u00f9 nous cesserons de nous entendre, c\u2019est lorsqu&rsquo;il estime pouvoir en inf\u00e9rer que toute religion repr\u00e9sente un ph\u00e9nom\u00e8ne purement social\u00a0: comme si la diff\u00e9renciation des croyances individuelles elles-m\u00eames proc\u00e9dait uniquement de l&rsquo;\u00e9volution de la pens\u00e9e collective dans le temps. Ici notre d\u00e9saccord est complet. Alors que, pour nous, la preuve m\u00eame du caract\u00e8re fonci\u00e8rement individuel du sentiment religieux est cette complexit\u00e9 croissante, ce foisonnement de croyances et de rites qui caract\u00e9risent les religions les plus \u00e9volu\u00e9es et qui r\u00e9sultent de l&rsquo;individualisation progressive de la conscience et de l&rsquo;inspiration individuelles, se traduisant par une diff\u00e9renciation correspondante des cerveaux, Durchkeim au contraire, frapp\u00e9 par le fait que les diff\u00e9rences individuelles sont moins sensibles dans les religions des primitifs, en conclut que celles-ci font appara\u00eetre davantage ce caract\u00e8re purement social et instinctif qui serait, d&rsquo;apr\u00e8s lui, le propre du ph\u00e9nom\u00e8ne religieux. Selon l&rsquo;\u00e9cole sociologique, le \u00ab totem \u00bb est le symbole, l&#8217;embl\u00e8me de la force sociale hypostasi\u00e9e, \u00ab diffuse dans l&rsquo;\u00e2me, dans le sang, et dans une foule d&rsquo;autres choses, mais \u00e9minemment concentr\u00e9e dans l&rsquo;animal tot\u00e9mique qui la repr\u00e9sente \u00bb <a id=\"ftnref13\" href=\"#ftn13\">[13]<\/a>.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab La religion \u00bb, nous dit encore Durckheim, \u00ab est une chose \u00e9minemment sociale. Les repr\u00e9sentations religieuses sont des repr\u00e9sentations collectives qui expriment des r\u00e9alit\u00e9s collectives ; les rites sont des mani\u00e8res d&rsquo;agir qui ne prennent naissance qu&rsquo;au sein de groupes assembl\u00e9s et qui sont destin\u00e9s \u00e0 susciter, entretenir ou refaire certains \u00e9tats mentaux de ces groupes \u00bb <a id=\"ftnref14\" href=\"#ftn14\">[14]<\/a>.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C&rsquo;est parce qu&rsquo;il interpr\u00e8te mal la notion d&rsquo;autorit\u00e9 que le sociologue, constatant que la religion impose son autorit\u00e9 aux individus, croit y trouver la preuve de son caract\u00e8re supra-individuel, c&rsquo;est-\u00e0-dire social, alors qu&rsquo;au contraire cette soumission \u00e0 l&rsquo;autorit\u00e9 ressortit principalement, comme obligation de conscience, au domaine int\u00e9rieur de l&rsquo;individu lui-m\u00eame. Il affirme donc erron\u00e9ment que la religion est n\u00e9e du sentiment de respect de l&rsquo;individu pour la soci\u00e9t\u00e9, synth\u00e8se de toutes les forces individuelles et n&rsquo;h\u00e9site pas \u00e0 conclure : \u00ab Ce n&rsquo;est pas dans la nature humaine en g\u00e9n\u00e9ral qu&rsquo;il faut aller chercher la cause d\u00e9terminante des ph\u00e9nom\u00e8nes religieux ; c&rsquo;est dans la nature des soci\u00e9t\u00e9s auxquelles ils se rapportent, et s&rsquo;ils ont \u00e9volu\u00e9 au cours de l&rsquo;histoire, c&rsquo;est que l&rsquo;organisation sociale elle-m\u00eame s&rsquo;est transform\u00e9e \u00bb <a id=\"ftnref15\" href=\"#ftn15\">[15]<\/a>. Nazisme et fascisme ne tiennent pas un autre langage aujourd&rsquo;hui et toutes les erreurs des r\u00e9gimes totalitaires sont en germe dans cette conception purement sociale de la religion. Durckheim semble oublier au surplus qu&rsquo;il y existe aussi bien des soci\u00e9t\u00e9s mat\u00e9rialistes et irr\u00e9ligieuses, tout comme des individus d&rsquo;ailleurs. Sa double erreur consiste :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">1\u00b0 \u00e0 opposer ce qui ne fait qu&rsquo;un. Chaque \u00eatre humain \u00e9tant \u00e0 la fois un \u00eatre individuel et un \u00eatre social, opposer la soci\u00e9t\u00e9 \u00e0 l&rsquo;individu ou l&rsquo;individu \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9 est une erreur pareille. C&rsquo;est en r\u00e9alit\u00e9 dissocier la nature humaine et opposer l&rsquo;homme \u00e0 lui-m\u00eame ;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">2\u00b0 \u00e0 m\u00e9conna\u00eetre que le ph\u00e9nom\u00e8ne religieux n&rsquo;est pas \u00e9tranger ou ext\u00e9rieur \u00e0 l&rsquo;individu, mais doit \u00eatre recherch\u00e9 en lui, bien qu&rsquo;il transcende, nous l&rsquo;avons dit, \u00e0 la fois son moi individuel et son moi social.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais laissons l\u00e0 la sociologie. Si les grandes religions repr\u00e9sentent, plus ou moins d\u00e9form\u00e9e, une sagesse originelle apport\u00e9e de l&rsquo;ext\u00e9rieur, le sentiment religieux, nous l&rsquo;avons dit, est issu d&rsquo;un mouvement int\u00e9rieur de l&rsquo;\u00e2me, d&rsquo;une aspiration ou d&rsquo;un besoin profond de l&rsquo;individu lui-m\u00eame. La vraie nature de toute religion vraiment digne de ce nom doit donc se d\u00e9duire de son origine divine, telle qu&rsquo;elle se d\u00e9couvre en l&rsquo;homme. Et le but de la religion qui est de relier (religare) l&rsquo;homme a l&rsquo;Unit\u00e9 du Principe divin en lui et en tout, doit n\u00e9cessairement s&rsquo;inspirer de cette origine et de cette fin transcendantes pour y trouver une r\u00e8gle de conduite dans la vie. Le but de la religion n&rsquo;est pas, en effet, de nous fournir mati\u00e8re \u00e0 discussions abstruses sur la nature de l&rsquo;Etre divin. Le Bouddha et J\u00e9sus, les deux plus grands Ma\u00eetres, ont \u00e9t\u00e9 sobres d&rsquo;enseignements m\u00e9taphysiques. Bouddha s&rsquo;y est refus\u00e9. Quant \u00e0 j\u00e9sus, l&rsquo;essentiel de sa pr\u00e9dication fut le sermon sur la montagne et la n\u00e9cessit\u00e9 pour chacun de rentrer en soi-m\u00eame et de prier le P\u00e8re c\u00e9leste qui est dans le secret. Si donc l&rsquo;on admet que la religion n&rsquo;a pas pour but de nous \u00e9garer en de vaines sp\u00e9culations m\u00e9taphysiques, mais vise surtout \u00e0 \u00eatre pour nous un pragmatisme moral, on devra reconna\u00eetre que les deux fa\u00e7ons selon lesquelles il nous est possible de consid\u00e9rer le probl\u00e8me divin en l&rsquo;homme, sans pr\u00e9juger de leur valeur hypoth\u00e9tique respective d&rsquo;un point de vue m\u00e9taphysique qui nous \u00e9chappe encore, sont \u00e9quivalentes n\u00e9anmoins pour l&rsquo;intelligence de notre destin\u00e9e et, partant, pour la conduite pratique de la vie humaine. Deux fa\u00e7ons paraissent s&rsquo;opposer en effet de consid\u00e9rer Dieu en l&rsquo;homme. Au probl\u00e8me de l&rsquo;Homme-Dieu, c&rsquo;est-\u00e0-dire de Dieu incarn\u00e9 en l&rsquo;homme, semble s&rsquo;opposer le probl\u00e8me, corr\u00e9latif pourtant, de l&rsquo;homme devenu divin par la conscience progressive qu&rsquo;il a acquise de son Principe divin immanent et de son union avec Lui. On ne peut nier, en effet, que l&rsquo;id\u00e9e de Dieu soit une id\u00e9e progressive dans l&rsquo;humanit\u00e9 et que c&rsquo;est par une r\u00e9alisation int\u00e9rieure et la perfection croissante de son propre id\u00e9al divin que se mesure la vraie grandeur de l&rsquo;homme. C&rsquo;est d\u00e8s lors dans cette profondeur que chacun per\u00e7oit en soi-m\u00eame, par cet \u00e9panouissement int\u00e9rieur, cette \u00e9puration et cette ascension progressives de sa conscience spirituelle, que se d\u00e9couvre l&rsquo;Esprit ou le Dieu en l&rsquo;homme. Il semble donc que nous puissions en d\u00e9duire que le probl\u00e8me de Dieu incarn\u00e9 ou descendu en l&rsquo;homme et le probl\u00e8me de l&rsquo;homme devenu divin ou remont\u00e9 \u00e0 Dieu \u2014 les paroles de J\u00e9sus : \u00ab Mon P\u00e8re et moi, nous sommes Un \u00bb et \u00ab Soyez parfaits comme votre P\u00e8re est parfait \u00bb peuvent s&rsquo;entendre dans les deux sens \u2014 ne sont peut-\u00eatre que le m\u00eame probl\u00e8me envisag\u00e9 sous deux angles diff\u00e9rents et qu&rsquo;une superficielle logomachie tend \u00e0 diversifier pour les opposer l&rsquo;un \u00e0 l&rsquo;autre. Que la religion qu&rsquo;il professe ait donc pour objet une divinit\u00e9 \u00e0 caract\u00e8res fixes et d\u00e9finis ou au contraire un id\u00e9al divin progressif ind\u00e9fini, il est manifeste que toujours l&rsquo;homme aspire vers quelque chose qui d\u00e9passe son \u00ab moi \u00bb, sa personnalit\u00e9, sa conscience ordinaire, mais vers quoi il tend n\u00e9anmoins par sa nature profonde. Il projette en r\u00e9alit\u00e9 au dehors ce qu&rsquo;il ressent profond\u00e9ment au-dedans de lui.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">D\u00e8s lors, il appara\u00eet nettement \u00e0 ceux qui \u00e9tudient sans id\u00e9e pr\u00e9con\u00e7ue l&rsquo;\u00e9volution religieuse de l&rsquo;humanit\u00e9 que cette \u00e9volution rec\u00e8le et d\u00e9voile progressivement en son d\u00e9roulement ininterrompu le myst\u00e8re de l&rsquo;homme lui-m\u00eame : non pas seulement les espoirs et les craintes qui s&rsquo;\u00e9veillent en lui aux \u00e2ges primitifs et s&rsquo;expriment na\u00efvement dans des superstitions enfantines ou des fables grossi\u00e8res, mais encore et plus secr\u00e8tement le tr\u00e9fonds myst\u00e9rieux de sa nature m\u00eame, \u00ab l&rsquo;H\u00f4te inconnu \u00bb qui demeure voil\u00e9 et comme en retrait de sa conscience actuelle. Et c&rsquo;est ainsi qu&rsquo;on peut dire qu&rsquo;en cr\u00e9ant et en perfectionnant, au cours des temps, ses dieux et ses croyances, l&rsquo;homme n&rsquo;a jamais fait en d\u00e9finitive qu&rsquo;exprimer, dans un balbutiement le plus souvent encore pu\u00e9ril, sa propre nature subconsciente s&rsquo;ext\u00e9riorisant dans un id\u00e9al qu&rsquo;il pr\u00e9cise, personnifie et divinise progressivement en se r\u00e9alisant Lui-m\u00eame. L&rsquo;homme cr\u00e9e ainsi ses dieux \u00e0 sa propre image divine, et les religions que l&rsquo;Histoire nous r\u00e9v\u00e8le sont le fruit naturel du d\u00e9veloppement de l&rsquo;\u00e2me humaine, une prise graduelle de conscience de l&rsquo;Esprit divin en lui. Et c&rsquo;est ainsi aussi, parce qu&rsquo;une telle v\u00e9rit\u00e9 psychologique est sous-jacente aux mythes, que nous constatons toujours ce caract\u00e8re anthropologique, ce sens humain, dans les figurations m\u00eames des religions antiques. Qu&rsquo;Osiris, Apollon ou Dionysos aient pu repr\u00e9senter jadis le Nil, le Soleil ou la Vie v\u00e9g\u00e9tale, ils n&rsquo;en furent pas moins toujours repr\u00e9sent\u00e9s dans l&rsquo;imagerie symbolique, comme des hommes, comme des Dieux incarn\u00e9s dans la forme humaine. C&rsquo;est d&rsquo;ailleurs ce caract\u00e8re m\u00eame que les anciens sages ont \u00e9t\u00e9 unanimes \u00e0 leur reconna\u00eetre. Bien avant Plutarque ou Maxime de Tyr, H\u00e9rodote (I, V, 3) avait proclam\u00e9 l&rsquo;unit\u00e9 essentielle de tous les cultes, les types divers et toutes les repr\u00e9sentations religieuses n&rsquo;\u00e9tant jamais, nous dit-il, que les symboles des m\u00eames aspirations de l&rsquo;\u00e2me humaine. En tous temps et au travers de toutes les superstitions percent donc toujours quelques bribes de la Sagesse.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pour conclure cet expos\u00e9 g\u00e9n\u00e9ral du probl\u00e8me religieux, nous dirons donc que les religions, m\u00eame celles des primitifs, ne sont pas ces rejetons inutiles poussant au hasard sur le tronc d&rsquo;une humanit\u00e9 ignorante, et qu&rsquo;il importe d&rsquo;\u00e9laguer soigneusement quand les progr\u00e8s de la culture et de la civilisation l&rsquo;exigent. Telle est en effet l&rsquo;id\u00e9e que se font des religions en g\u00e9n\u00e9ral les hommes de science positive. Elles ne sont pas davantage des constructions factices, artificielles, ainsi que l&rsquo;ont cru Rousseau, Robespierre, Saint-Simon et Auguste Comte. Non, les religions repr\u00e9sentent dans leur diversit\u00e9 m\u00eame \u2014et toutes d\u00e9form\u00e9es qu&rsquo;elles puissent \u00eatre par rapport \u00e0 l&rsquo;enseignement qui leur a donn\u00e9 naissance \u2014 les formes naturelles de l&rsquo;\u00e9panouissement progressif du sentiment religieux et de l&rsquo;id\u00e9e divine en l&rsquo;homme. Et si, ainsi que nous le pensons, c&rsquo;est dans l&rsquo;\u00e2me humaine elle-m\u00eame qu&rsquo;elles prennent racine, il en r\u00e9sultera qu&rsquo;elles doivent toutes, dans leur succession historique, proc\u00e9der logiquement d&rsquo;un des trois aspects psychologique de l&rsquo;\u00eatre humain, si ces aspects sont des r\u00e9alit\u00e9s et non des imaginations <a id=\"ftnref16\" href=\"#ftn16\">[16]<\/a>. D\u00e8s lors, au lieu d&rsquo;une v\u00e9g\u00e9tation parasitaire de formes religieuses disparates, d\u00e9sordonn\u00e9es, sans coh\u00e9sion et sans lien entre elles, les religions dignes de ce nom, celles qui ont \u00e9chapp\u00e9 \u00e0 l&rsquo;avilissement, nous appara\u00eetront comme une pouss\u00e9e de branches successives et parall\u00e8les, et de fleurs de plus en plus parfaites, reli\u00e9es toutes entre elles par ce tronc invisible qu&rsquo;est notre \u00e2me profonde dans sa myst\u00e9rieuse tri-unit\u00e9. Les sauvageons nuisibles, les rejetons adventices, qu&rsquo;il importera seulement d&rsquo;\u00e9laguer avec soin, parce qu&rsquo;ils poussent au pied de l&rsquo;arbre et en \u00e9puisent la force vive, seront les d\u00e9formations, les dogmes irrationnels et les superstitions d\u00e9gradantes, dus \u00e0 l&rsquo;ignorance ou aux passions mauvaises.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">J&rsquo;ai montr\u00e9 que si les formes religieuses des primitifs \u00e9taient le produit m\u00e9lang\u00e9 du sentiment individuel mal \u00e9quilibr\u00e9 encore par la raison, et d&rsquo;un obscur instinct social, les grandes religions au contraire repr\u00e9sentaient, originellement du moins, un apport des grands Ma\u00eetres de la Sagesse, venus sur terre pour nous instruire.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il va de soi toutefois qu&rsquo;il serait absurde de pr\u00e9tendre attribuer une telle origine \u00e0 certaines formes d\u00e9g\u00e9n\u00e9r\u00e9es des religions anciennes, \u00e0 ces cultes phalliques notamment que l&rsquo;on rencontre m\u00eame au sein de civilisations avanc\u00e9es, telles que l&rsquo;Inde, la Gr\u00e8ce et Rome. Erreurs de peuples hautement civilis\u00e9s, mais que la corruption avait envahis. C\u00e9dant \u00e0 une v\u00e9ritable aberration mentale, n\u00e9e de l&rsquo;ignorance et de la d\u00e9gradation morale, ils laiss\u00e8rent se d\u00e9naturer la vraie signification des hauts symboles m\u00e9taphysiques et des rites sacr\u00e9s que leur avaient enseign\u00e9s leurs ma\u00eetres initiateurs. Ce ravalement des symboles semble bien \u00eatre en effet la seule explication plausible de ces cultes obsc\u00e8nes qui se propag\u00e8rent dans tout le monde ancien. Fruit d&rsquo;une incompr\u00e9hension des Grands Principes et des Forces oppos\u00e9es, cr\u00e9atrices du Cosmos, ces cultes constitu\u00e8rent une v\u00e9ritable profanation de l&rsquo;Id\u00e9e \u00e9sot\u00e9rique. N&rsquo;est-ce pas profaner en effet l&rsquo;Id\u00e9e-m\u00e8re des Principes les plus \u00e9lev\u00e9s, le P\u00e8re et la M\u00e8re des mondes, les P\u00f4les oppos\u00e9s de la Cr\u00e9ation universelle, que de les repr\u00e9senter par leurs symboles sur le plan le plus bas, le plus mat\u00e9riel, en exposant \u00e0 la v\u00e9n\u00e9ration superstitieuse et immorale des foules les organes m\u00e2les et femelles de la g\u00e9n\u00e9ration physique ou animale? Le Phallus lui-m\u00eame d&rsquo;ailleurs n&rsquo;appara\u00eet-il pas comme un symbole appropri\u00e9, dans un monde d&rsquo;illusions o\u00f9 le d\u00e9sir est roi ? C&rsquo;est donc en suivant une pente aussi grossi\u00e8re que les peuples anciens de la Gr\u00e8ce et de Rome virent se produire la d\u00e9gradation de leurs myst\u00e8res sous l&rsquo;influence n\u00e9faste, nous l&rsquo;avons dit, des cultes orgiastiques de Thrace et d&rsquo;Asie Mineure. L&rsquo;oubli des doctrines d&rsquo;Orph\u00e9e et de Pythagore, d&rsquo;une part, et, de l&rsquo;autre, l&rsquo;infiltration malsaine des religions asiatiques corrompues, ne tard\u00e8rent pas \u00e0 faire d\u00e9g\u00e9n\u00e9rer les vieux cultes que dirigeait l&rsquo;institution des Myst\u00e8res, vers la magie noire, les aberrations sexuelles, les rites sanglants, les mutilations absurdes et toutes ces pratiques superstitieuses de r\u00e9voltante obsc\u00e9nit\u00e9, auxquelles se livr\u00e8rent en leur temps pr\u00eatres et pr\u00eatresses de Cyb\u00e8le, d&rsquo;Attis, de D\u00e9m\u00e9ter, et de Dionysos. Ainsi naquirent, avons-nous dit, les Bacchanales, les Saturnales, produits de la folie mystique et des passions sadiques \u00e9troitement conjugu\u00e9es.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">De telles pratiques n&rsquo;ont plus de religieux que le nom.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<hr style=\"text-align: justify;\" size=\"1\" \/>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a id=\"ftn1\" href=\"#ftnref1\">[1]<\/a> Majihima Nikaya, I, 342-343.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a id=\"ftn2\" href=\"#ftnref2\">[2]<\/a> C&rsquo;est par suite d&rsquo;une fausse interpr\u00e9tation du terme grec \u00ab Monogen\u00e8s \u00bb traduit en latin par \u00ab Unigenitus \u00bb, que J\u00e9sus fut dit \u00eatre \u00ab fils unique de Dieu \u00bb. Monogen\u00e8s, nous dirent les hell\u00e9nistes, signifie issu d&rsquo;un seul Principe et non d&rsquo;une Sizygie ou dualit\u00e9 de principes, comme toute autre cr\u00e9ature. En faisant de J\u00e9sus, n\u00e9 de Marie, le fils unique du P\u00e8re, on confondit donc la g\u00e9n\u00e9ration du Verbe dans le Ciel avec son incarnation sur terre dans le Christ.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a id=\"ftn3\" href=\"#ftnref3\">[3]<\/a> A telle enseigne que certains ont voulu voir en Philon un philosophe chr\u00e9tien.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a id=\"ftn4\" href=\"#ftnref4\">[4]<\/a> Dont la doctrine se retrouve dans le proto saint Matthieu, qui fut, pour ce motif, supprim\u00e9 par saint J\u00e9r\u00f4me.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a id=\"ftn5\" href=\"#ftnref5\">[5]<\/a> Ouvrage sanscrit, comprenant 32.000 shlokas et faisant partie du Maha-Ramayana. D&rsquo;apr\u00e8s l&rsquo;abr\u00e9g\u00e9 de Bhagavan Das (traduction fran\u00e7aise : \u00ab Exp\u00e9rience mystique \u00bb (Henri Kumps, Bruxelles).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a id=\"ftn6\" href=\"#ftnref6\">[6]<\/a> Les anciens divisaient le pass\u00e9 de l&rsquo;humanit\u00e9 en 4 \u00e2ges : l&rsquo;\u00e2ge d&rsquo;or ou r\u00e8gne de Saturne, l&rsquo;\u00e2ge d&rsquo;argent ou r\u00e8gne de Jupiter, l&rsquo;\u00e2ge d&rsquo;airain et l&rsquo;\u00e2ge de fer. Les Indous ont leurs 4 \u00e2ges pareils : Satya, Krita, Dwapara et Kali Yugas. Mais dans l&rsquo;Inde, la s\u00e9rie de ces quatre \u00e2ges est p\u00e9riodique, c&rsquo;est-\u00e0-dire qu&rsquo;elle recommence \u00e0 chaque grand cycle (Manvantara) d&rsquo;\u00e9volution mondiale.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a id=\"ftn7\" href=\"#ftnref7\">[7]<\/a> Il est curieux de signaler que ces populations cruelles et sanguinaires personnifiaient sous ces masques des forces mauvaises, tandis que les populations paisibles du Thibet repr\u00e9sentent ainsi les forces du bien, utilisant ce d\u00e9guisement horrible pour effrayer et \u00e9carter les puissances du mal.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a id=\"ftn8\" href=\"#ftnref8\">[8]<\/a> La t\u00e2che de Psych\u00e9 (Collin).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a id=\"ftn9\" href=\"#ftnref9\">[9]<\/a> M\u00eame dans les V\u00e9das (Indes),\u00a0 le savant orientaliste Barth refusait de reconna\u00eetre cette simplicit\u00e9 naturelle et primitive que tant d&rsquo;autres y voyaient, disait-il, mais une th\u00e9osophie raffin\u00e9e, \u00ab une phras\u00e9ologie usit\u00e9e par certains petits groupes d&rsquo;inti s et non le langage po\u00e9tique d&rsquo;une grande communaut\u00e9 \u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a id=\"ftn10\" href=\"#ftnref10\">[10]<\/a> \u00ab L&rsquo;\u00e9nigme du Sphinx \u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a id=\"ftn11\" href=\"#ftnref11\">[11]<\/a> Bergson, dans son livre \u00ab Les deux sources de la morale et de la religion \u00bb, distingue \u00e9galement entre les morales sociales, imp\u00e9ratives, en rapport avec les religions statiques, conventionnelles, nationales, et la morale v\u00e9ritable, individuelle, en rapport avec la religion dynamique intuitive parce qu&rsquo;\u00e9tant int\u00e9rieure \u00e0 chaque individu, elle est l&rsquo;expression du degr\u00e9 ou du niveau atteint par sa conscience propre, \u00e9voluante.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a id=\"ftn12\" href=\"#ftnref12\">[12]<\/a> V. Revue de M\u00e9taphysique et de Morale, 1909, p. 733-39.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a id=\"ftn13\" href=\"#ftnref13\">[13]<\/a> \u00ab Emile Durckheim \u00bb, par Georges Davy, p. 62-63. Collection des grands philosophes (Louis Michaud).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a id=\"ftn14\" href=\"#ftnref14\">[14]<\/a> Revue de M\u00e9taphysique et de Morale, 1909, p. 743.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a id=\"ftn15\" href=\"#ftnref15\">[15]<\/a> L&rsquo;ann\u00e9e sociologique, II, p. 23-24 (Alcan).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a id=\"ftn16\" href=\"#ftnref16\">[16]<\/a> Si ceci ne d\u00e9passait le cadre de notre \u00e9tude, nous pourrions montrer que ce triple aspect de l&rsquo;homme spirituel, d&rsquo;apr\u00e8s la th\u00e9osophie indoue, nous fournit la base d&rsquo;une classification des religions elles-m\u00eames. D&rsquo;Atma, le Principe universel en l&rsquo;homme, proc\u00e8dent les religions m\u00e9taphysiques qui ont pour objet l&rsquo;Absolu ou l&rsquo;Infini divin, tels le Brahmanisme, le Tao\u00efsme, etc. De Buddhi, ce m\u00eame Principe mais individualis\u00e9 en chaque personne humaine, proc\u00e8dent les religions qui reconnaissent et v\u00e9n\u00e8rent un Dieu ou des Dieux personnels; de Manas, enfin, le m\u00eame Principe r\u00e9fl\u00e9chi en tant qu&rsquo;intellect entrant en rapport avec le monde ext\u00e9rieur, proc\u00e8dent les religions de la nature qui divinisent les forces ext\u00e9rieures, les Pouvoirs de la Nature.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La sagesse \u00e9sot\u00e9rique, elle, n&rsquo;a rien d&rsquo;un syncr\u00e9tisme de doctrines anciennes ; elle n&rsquo;est pas davantage une synth\u00e8se nouvelle issue de leur confusion. Elle se situe au contraire aux premiers \u00e2ges de l&rsquo;humanit\u00e9. Elle est identique, au surplus, \u00e0 cette R\u00e9v\u00e9lation primitive dont nous parle la tradition jud\u00e9o-chr\u00e9tienne, \u00e0 la diff\u00e9rence pr\u00e8s \u2014 diff\u00e9rence capitale \u2014 qu&rsquo;elle ne fut nullement r\u00e9serv\u00e9e, exclusivement et une fois pour toutes, \u00e0 un seul peuple d\u00e9termin\u00e9, mais figure pareillement dans les traditions de tous les peuples anciens. 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