{"id":7917,"date":"2011-08-29T22:34:57","date_gmt":"2011-08-29T21:34:57","guid":{"rendered":"http:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/?p=7917"},"modified":"2011-09-03T13:54:40","modified_gmt":"2011-09-03T12:54:40","slug":"itineraire-5-lesoterisme-des-ecritures-et-le-symbolisme-des-mythes-dans-les-religions-a-mysteres-pa-pierre-dangkor","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/itineraire-5-lesoterisme-des-ecritures-et-le-symbolisme-des-mythes-dans-les-religions-a-mysteres-pa-pierre-dangkor\/","title":{"rendered":"Itin\u00e9raire 5: L&rsquo;\u00e9sot\u00e9risme des \u00e9critures et le symbolisme des mythes dans les religions \u00e0 myst\u00e8res par Pierre D&rsquo;Angkor"},"content":{"rendered":"<h4>Pierre d\u2019ANGKOR \u2013 Itin\u00e9raire d\u2019un P\u00e8lerin de l\u2019Absolu 1953<\/h4>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>B. \u2014 L\u2019\u00c9SOT\u00c9RISME DES \u00c9CRITURES ET LE SYMBOLISME DES MYTHES DANS LES RELIGIONS \u00c0 MYST\u00c8RES<br \/>\n<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Une remarque pr\u00e9liminaire s&rsquo;impose ici. Il serait profond\u00e9ment injuste de juger des religions anciennes d&rsquo;apr\u00e8s des mythes, souvent immoraux selon nos conventions actuelles, ou absurdes, si on les prend \u00e0 la lettre, et en faisant abstraction du sens \u00e9sot\u00e9rique ou symbolique qu&rsquo;ils recouvrent. Il serait injuste \u00e9galement de reprocher aux religions antiques des aberrations qui ne sont imputables qu&rsquo;\u00e0 la faiblesse humaine et \u00e0 la corruption qu&rsquo;engendre le d\u00e9r\u00e8glement des m\u0153urs. Saint Paul lui-m\u00eame ne reproche-t-il pas aux premi\u00e8res communaut\u00e9s chr\u00e9tiennes de Corinthe de m\u00e9conna\u00eetre le caract\u00e8re sacr\u00e9 du rite de communion, au point de transformer \u00ab le repas du Seigneur \u00bb en un repas ordinaire o\u00f9 l&rsquo;on se permettait des exc\u00e8s de boisson et de nourriture? (I Cor. XI, 20-2). Et quand il reproche encore aux Chr\u00e9tiens d&rsquo;autres \u00c9glises leurs d\u00e9r\u00e8glements et leur esprit de fornication, est-ce donc \u00e0 l&rsquo;enseignement du Christ que son reproche s&rsquo;adresse ? Il doit en \u00eatre de m\u00eame de nos jugements sur les religions dites pa\u00efennes. Quand donc les apologistes chr\u00e9tiens, et m\u00eame nos historiens des religions, pr\u00e9tendent ne juger la religiosit\u00e9 antique que d&rsquo;apr\u00e8s des mythes enfantins, des fables po\u00e9tiques ou les pratiques \u00e9rotiques qu&rsquo;ils y d\u00e9couvrent, ils commettent \u00e0 la fois une erreur de jugement et une injustice. Affecter de ne vouloir consid\u00e9rer ces religions que sous leurs formes populaires ou d\u00e9g\u00e9n\u00e9r\u00e9es, c&rsquo;est en effet en m\u00e9conna\u00eetre le v\u00e9ritable caract\u00e8re. Adopter syst\u00e9matiquement cette attitude \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard du paganisme en g\u00e9n\u00e9ral, n&rsquo;est que de l&rsquo;hypocrisie ou de l&rsquo;ignorance, les mythologies populaires n&rsquo;\u00e9tant que l&rsquo;\u00e9corce grossi\u00e8re qui dissimulait aux yeux des profanes un sens philosophique profond. Le c\u0153ur v\u00e9ritable des religions antiques, ce fut donc leurs myst\u00e8res avec leur sagesse occulte et leur hi\u00e9rarchie d&rsquo;initi\u00e9s : mystes, pr\u00eatres, \u00e9poples et hi\u00e9rophantes. Les mythes et les fables n&rsquo;\u00e9taient que la lettre morte transmettant aux g\u00e9n\u00e9rations successives des v\u00e9rit\u00e9s dont le d\u00e9voilement \u00e9tait strictement r\u00e9serv\u00e9 aux \u00e9tapes graduelles des initiations. Seuls en effet les initi\u00e9s devenaient aptes \u00e0 saisir dans toute son ampleur la signification complexe de ces all\u00e9gories, de ces fables symboliques, et si l&rsquo;\u00e9sot\u00e9risme moderne, mieux que la science \u00e9pigraphique de nos ex\u00e9g\u00e8tes, nous permet aujourd&rsquo;hui de soulever un coin du voile, jet\u00e9 intentionnellement sur ces myst\u00e8res, c&rsquo;est que la v\u00e9rit\u00e9 \u00e9sot\u00e9rique ne varie pas au cours des \u00e2ges, les vrais initi\u00e9s \u00e0 la Sagesse \u00e9tant de tous les temps et en assurant la transmission int\u00e9grale. L&rsquo;initiation \u00e9tait, en effet, suivant les t\u00e9moignages antiques et modernes, un \u00e9veil, un \u00e9panouissement int\u00e9rieur de l&rsquo;\u00e2me, menant l&rsquo;homme \u00e0 une perception directe des r\u00e9alit\u00e9s transcendantes, et les myst\u00e8res antiques, avec leurs c\u00e9r\u00e9monies symboliques, \u00e9taient la voie ext\u00e9rieure pr\u00e9parant progressivement le candidat \u00e0 cette vision int\u00e9rieure supr\u00eame de l&rsquo;\u00e9popteia.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Nous parlons de sagesse \u00e9sot\u00e9rique mais n&rsquo;entendons nullement donner \u00e0 ce terme le sens de secret <a id=\"ftnref1\" href=\"#ftn1\">[1]<\/a>. Bouddha et J\u00e9sus, les deux plus grands Ma\u00eetres de l&rsquo;Orient et de l&rsquo;Occident, se sont d\u00e9fendus pareillement de donner \u00e0 leurs disciples respectifs un enseignement secret, qui f\u00fbt cach\u00e9 \u00e0 la foule. \u00ab J&rsquo;ai pr\u00each\u00e9 la v\u00e9rit\u00e9 \u00bb, nous dit le Bouddha, \u00ab sans faire aucune distinction entre une doctrine exot\u00e9rique ou \u00e9sot\u00e9rique : car \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard de la v\u00e9rit\u00e9, Ananda, celui qui est le Ma\u00eetre parfait, n&rsquo;a rien qui ressemble au point ferm\u00e9 d&rsquo;un instructeur qui retiendrait par devers lui quelque v\u00e9rit\u00e9 \u00bb. Exot\u00e9rique et \u00e9sot\u00e9rique ont ici le sens de public et de secret et le Bouddha rejette toute distinction de cette esp\u00e8re.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">De son c\u00f4t\u00e9, j\u00e9sus dit de m\u00eame : \u00ab Ce que je vous dis dans les t\u00e9n\u00e8bres, dites-le en plein jour ; ce qui vous est dit \u00e0 l&rsquo;oreille, pr\u00eachez-le sur les toits. \u00bb (Matt. X, 26-27 \u2014 Luc XII, 2-3.)<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Les deux grands Ma\u00eetres rejet\u00e8rent donc pareillement l&rsquo;id\u00e9e d&rsquo;un enseignement cach\u00e9 \u00e0 la foule et r\u00e9serv\u00e9 \u00e0 une \u00e9lite privil\u00e9gi\u00e9e. Mais un enseignement, sans \u00eatre secret, peut \u00eatre pr\u00e9matur\u00e9 et alors il peut faire plus de mal que de bien. Il est pr\u00e9matur\u00e9 \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard de tous ceux qui n&rsquo;ont pas atteint \u00e0 un \u00e9panouissement int\u00e9rieur de l&rsquo;\u00e2me qui les rende aptes \u00e0 le recevoir. A cet \u00e9panouissement int\u00e9rieur de la conscience, nul enseignement ext\u00e9rieur ne pourrait suppl\u00e9er. La science de l&rsquo;\u00e2me, en effet, ne peut faire l&rsquo;objet d&rsquo;un enseignement proprement dit. Elle ne se donne pas, elle s&rsquo;acquiert. Elle s&rsquo;acquiert non pas du dehors mais du dedans, par une initiation int\u00e9rieure. L&rsquo;\u00e2me initi\u00e9e voit et apprend par elle-m\u00eame. Et voil\u00e0 pourquoi le Bouddha nous dit aussi : \u00ab Ne cherchez en personne un refuge que vous ne pouvez trouver qu&rsquo;en vous-m\u00eame \u00bb. Et pourquoi J\u00e9sus \u00e9nonce cette parole : \u00ab Gardez-vous de donner aux chiens les choses saintes et ne jetez  pas vos perles aux pourceaux \u00bb. (Marc VIII, 6.) Il n&rsquo;y a rien de secret ici, mais c&rsquo;est avilir inutilement les v\u00e9rit\u00e9s spirituelles que d&rsquo;en discourir inconsid\u00e9r\u00e9ment devant ceux qui ne peuvent encore ni les appr\u00e9cier, ni les comprendre. Et quand, par ailleurs, le Ma\u00eetre dit encore \u00e0 ses ap\u00f4tres : \u00ab Il vous est donn\u00e9 de conna\u00eetre les myst\u00e8res du Royaume et cela ne leur est pas donn\u00e9 (aux multitudes), il n&rsquo;entend nullement privil\u00e9gier les premiers, mais leur reconna\u00eetre simplement une compr\u00e9hension qui n&rsquo;existe pas encore dans les masses. Et voil\u00e0 pourquoi il ne parlait \u00e0 celles-ci que par paraboles et similitudes. Le terme \u00ab \u00e9sot\u00e9rique \u00bb a donc ici le sens que lui donnait Aristote. De m\u00eame que les hautes math\u00e9matiques sont \u00e9sot\u00e9riques pour ceux qui n&rsquo;ont pas la pr\u00e9paration et la maturit\u00e9 d&rsquo;esprit pour les recevoir, ainsi en est-il pour les v\u00e9rit\u00e9s spirituelles.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">H. P. Blavatsky, la grande occultiste et th\u00e9osophe du si\u00e8cle dernier <a id=\"ftnref2\" href=\"#ftn2\">[2]<\/a>, parlant de cette sagesse \u00e9sot\u00e9rique que l&rsquo;on d\u00e9couvre comme \u00e0 l&rsquo;arri\u00e8re-plan myst\u00e9rieux de tous les \u00e9crits importants de l&rsquo;antiquit\u00e9, nous dit que \u00ab les allusions cach\u00e9es dans les ouvrages des philosophes notoires de l&rsquo;Inde ancienne, de la Gr\u00e8ce et d&rsquo;autres pays, ainsi que dans les Ecritures antiques \u00bb sont suffisantes pour d\u00e9montrer \u00ab la pr\u00e9sence d&rsquo;une m\u00e9thode et d&rsquo;un symbolisme, \u00e9sot\u00e9riques et all\u00e9goriques, ininterrompus \u00bb, et que s&rsquo;il \u00e9tait permis, ajoute-t-elle, de r\u00e9v\u00e9ler toutes les cl\u00e9s d&rsquo;interpr\u00e9tation enseign\u00e9es dans le canon de l&rsquo;occultisme oriental Indo-Bouddhiste, les Upanishads, les P\u00fbranas, les Sutras, les po\u00e8mes \u00e9piques de l&rsquo;Inde et de la Gr\u00e8ce, le livre des morts Egyptien, les Eddas scandinaves, comme aussi la Bible h\u00e9bra\u00efque et m\u00eame les \u00e9crits classiques, ceux de Platon par exemple, \u00ab rev\u00eatiraient \u00e0 nos yeux une signification occulte tr\u00e8s diff\u00e9rente de leur sens litt\u00e9ral \u00bb <a id=\"ftnref3\" href=\"#ftn1\">[3]<\/a> .<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Un si\u00e8cle auparavant, Joseph de Maistre \u00e9crivait d\u00e9j\u00e0 ces paroles proph\u00e9tiques dont l&rsquo;\u00e9rudition contemporaine devait confirmer l&rsquo;exactitude : \u00ab Il sera d\u00e9montr\u00e9 \u00bb, disait-il, \u00ab que les traditions antiques sont toutes vraies : que le paganisme entier n&rsquo;est qu&rsquo;un syst\u00e8me de v\u00e9rit\u00e9s corrompues et d\u00e9plac\u00e9es, qu&rsquo;il suffit de les nettoyer pour ainsi dire et de les remettre \u00e0 leur place pour les voir briller de tous leurs rayons \u00bb <a id=\"ftnref4\" href=\"#ftn4\">[4]<\/a> .<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Nous avons dit la raison pour laquelle les Initi\u00e9s, les grands Ma\u00eetres spirituels crurent n\u00e9cessaire de dissimuler sous les voiles une sagesse qui n&rsquo;\u00e9tait pas encore \u00e0 la port\u00e9e du vulgaire. Une autre raison encore est le danger tr\u00e8s r\u00e9el que pouvait pr\u00e9senter la divulgation pr\u00e9matur\u00e9e d&rsquo;une science transcendantale comportant par elle-m\u00eame le d\u00e9voilement de grands pouvoirs dont les hommes pouvaient m\u00e9suser, on ne le sait que trop, h\u00e9las ! La connaissance de certaines v\u00e9rit\u00e9s en effet \u2014 tels les pouvoirs de la pens\u00e9e notamment que l&rsquo;homme ordinaire ne sait gu\u00e8re utiliser, et cela principalement parce qu&rsquo;il n&rsquo;y croit pas, ce qui \u00e9nerve sa puissance \u2014 ou encore la connaissance de la constitution sept\u00e9naire de l&rsquo;univers et de l&rsquo;homme susceptible de mener \u00e0 la d\u00e9couverte de secrets permettant de lib\u00e9rer et d&rsquo;utiliser des forces occultes redoutables \u2014 cette haute science, disons-nous, repr\u00e9sente en fait une arme \u00e0 double tranchant, puissante pour le bien, au pouvoir de l&rsquo;initi\u00e9, mais puissante \u00e9galement pour le mal entre des mains perverses ou impures. On ne met pas des armes dangereuses entre les mains des enfants. Voil\u00e0 donc pourquoi les Sages crurent bon et prudent de voiler leurs enseignements transcendantaux. Sallustius Promotius, un philosophe n\u00e9o-platonicien du IV<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, a \u00e9crit \u00e0 ce propos : \u00ab Si l&rsquo;on enseignait \u00e0 tous la v\u00e9rit\u00e9 sur les Dieux, les inintelligents la m\u00e9priseraient parce qu&rsquo;ils ne la comprendraient pas, et les esprits plus vigoureux la prendraient, \u00e0 la l\u00e9g\u00e8re. Mais si l&rsquo;on donne la v\u00e9rit\u00e9 sous le v\u00eatement mythique, elle est assur\u00e9e contre le m\u00e9pris et sert d&rsquo;aiguillon \u00e0 la philosophie \u00bb <a id=\"ftnref5\" href=\"#ftn5\">[5]<\/a>.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Que l&rsquo;on ne croie pas toutefois que ce soit l\u00e0 le langage d&rsquo;une \u00e9poque tardive et propre seulement \u00e0 l&rsquo;\u00e9cole n\u00e9oplatonicienne. On la trouve certes g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e partout d\u00e8s l&rsquo;\u00e9poque hell\u00e9nistique et aux alentours de l&rsquo;\u00e8re chr\u00e9tienne, tant dans les \u00e9coles grecques de l&rsquo;orphisme et du n\u00e9o-pythagorisme que dans l&rsquo;\u00e9cole juive d&rsquo;Alexandrie. Ce furent aussi bien Philon-le-Juif et saint Paul lui-m\u00eame qui interpr\u00e9t\u00e8rent all\u00e9goriquement les r\u00e9cits de la Bible, que Plutarque qui recherchait la signification secr\u00e8te des mythes et des  Dieux \u00c9gyptiens, dans son trait\u00e9 d&rsquo;Osiris et Iris. C&rsquo;est m\u00eame bien avant cette \u00e9poque que le grec religieux s&rsquo;\u00e9tait avis\u00e9 de d\u00e9fendre sa mythologie et ses fables contre les railleries des Cyniques. En r\u00e9alit\u00e9, cette recherche d&rsquo;un sens rationnel cach\u00e9 sous l&rsquo;affabulation mythique \u2014 recherche que nos historiens pr\u00e9tendent d&rsquo;\u00e9poque tardive seulement \u2014 fut toujours permise, sous la seule r\u00e9serve de ne pas trahir le secret des Myst\u00e8res. Les travaux de Georges M\u00e9autis, hell\u00e9niste \u00e9minent, professeur \u00e0 l&rsquo;Universit\u00e9 de Neuch\u00e2tel, ont jet\u00e9 un jour lumineux sur ces probl\u00e8mes. \u00ab Ils tendent en effet \u00e0 montrer \u00bb, \u00e9crit Andr\u00e9 Rousseaux, \u00ab que les r\u00e9v\u00e9lations r\u00e9serv\u00e9es aux initi\u00e9s d&rsquo;Eleusis pourraient bien \u00eatre sous-jacentes \u00e0 toute la pens\u00e9e grecque qui se d\u00e9veloppe d&rsquo;H\u00e9raclite \u00e0 Plutarque \u00bb <a id=\"ftnref6\" href=\"#ftn6\">[6]<\/a>. Ces r\u00e9v\u00e9lations tiennent en effet aux doctrines de l&rsquo;Orphisme, qui paraissent \u00eatre \u00e0 l&rsquo;origine des Myst\u00e8res d&rsquo;Eleusis, ceux-ci \u00e9tant comme l&rsquo;\u00e2me religieuse et secr\u00e8te de la Gr\u00e8ce enti\u00e8re. Au sujet du secret, G. M\u00e9autis \u00e9crit : \u00ab Les myst\u00e8re d&rsquo;Eleusis comme les initiations orphiques, \u00e9taient fond\u00e9s sur le secret, reposaient sur la notion de l&rsquo;\u00e9sot\u00e9risme, estimaient que, toute connaissance \u00e9tant une force, toute science une arme bonne ou mauvaise, suivant qu&rsquo;elle est entre les mains d&rsquo;un homme bon ou mauvais, il ne convient pas de les distribuer indistinctement \u00e0 tous. D\u00e8s lors, dans les \u0153uvres destin\u00e9es \u00e0 \u00eatre lues par tout le monde, l&rsquo;auteur pouvait indiquer qu&rsquo;il faisait allusion \u00e0 une doctrine secr\u00e8te, mais d&rsquo;une mani\u00e8re telle que, comprise par les initi\u00e9s, l&rsquo;allusion demeurait obscure au vulgaire \u00bb. Dans le \u00ab Ph\u00e9don \u00bb de Platon, Socrate confesse ouvertement sa foi en la doctrine de la m\u00e9tempsychose, mais des textes plus myst\u00e9rieux tir\u00e9s de \u00ab l&rsquo;Apologie \u00bb et du \u00ab Critias \u00bb semblent au contraire des passages \u00e0 clef, dont le professeur M\u00e9autis nous sugg\u00e8re le sens cach\u00e9. \u00ab Il est remarquable \u00bb, \u00e9crit encore \u00e0 ce propos Andr\u00e9 Rousseaux dans l&rsquo;article cit\u00e9 <a id=\"ftnref7\" href=\"#ftn7\">[7]<\/a>, \u00ab que ces textes myst\u00e9rieux, o\u00f9 la pens\u00e9e profonde de Platon se cache sous un signe allusif, soient toujours des propos qui ont trait \u00e0 la doctrine orphique selon laquelle la mort est la naissance \u00e0 la vie r\u00e9elle \u00bb. C&rsquo;\u00e9tait une impi\u00e9t\u00e9 majeure en effet que de r\u00e9v\u00e9ler publiquement ce qui \u00e9tait enseign\u00e9 sous le sceau du secret dans les Myst\u00e8res. Platon lui-m\u00eame d&rsquo;ailleurs s&rsquo;en d\u00e9fend formellement : \u00ab Il n&rsquo;y a aucun \u00e9crit de moi-m\u00eame \u00bb, dit-il, \u00ab sur ce sujet et il ne me serait pas permis d&rsquo;en publier un pareil \u00bb (7<sup>e<\/sup> lettre). \u00ab Ce qui excite le plus vivement la col\u00e8re de la Cit\u00e9 \u00bb, \u00e9crit Isocrate, \u00ab c&rsquo;est parmi les actes qui concernent les Dieux une faute commise \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard des Myst\u00e8res, et, pour le reste, l&rsquo;audace d&rsquo;attaquer la d\u00e9mocratie \u00bb. On sait que le po\u00e8te Eschyle, accus\u00e9 d&rsquo;avoir trahi ces secrets dans une de ses trag\u00e9dies, faillit \u00eatre mis \u00e0 mort et qu&rsquo;Alcibiade sous une accusation pareille d\u00fbt fuir Ath\u00e8nes en toute h\u00e2te et qu&rsquo;il fut solennellement maudit par les pr\u00eatres d&rsquo;Eleusis qui, le front ceint du bandeau, secou\u00e8rent un soir sur la mer leur longue robe de pourpre \u00bb <a id=\"ftnref8\" href=\"#ftn8\">[8]<\/a>.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Il en \u00e9tait de m\u00eame dans les myst\u00e8res \u00c9gyptiens. H\u00e9rodote \u00e9crit : \u00ab Sur ces myst\u00e8res, qui tous me sont connus, que ma bouche garde un respectueux silence \u00bb. Ailleurs (II, 65), il nous dit que le culte des animaux et des arbres sacr\u00e9s cache un profond myst\u00e8re, connu des pr\u00eatres. Nous en croirons d&rsquo;autant plus son t\u00e9moignage qu&rsquo;il r\u00e9pugne \u00e0 la raison de penser qu&rsquo;une civilisation aussi grandiose que celle de l&rsquo;\u00c9gypte e\u00fbt pu se satisfaire de croyances enfantines, de mythes absurdes et sans logique, de superstitions grossi\u00e8res, d&rsquo;adorations f\u00e9tichistes d&rsquo;arbres et d&rsquo;animaux, bref de formes culturelles appropri\u00e9es \u00e0 un stade primitif et nullement en rapport avec son haut degr\u00e9 de d\u00e9veloppement mental et artistique. En r\u00e9alit\u00e9 donc, on peut affirmer que la sagesse de l&rsquo;Egypte dissimulait sous des formes symboliques et sous son mythe central de la passion, de la mort et de la r\u00e9surrection d&rsquo;Osiris, h\u00e9ros l\u00e9gendaire, une figuration all\u00e9gorique de la descente, de l&rsquo;ensevelissement de l&rsquo;esprit dans la mati\u00e8re et de sa remont\u00e9e ou r\u00e9surrection dans l&rsquo;\u00e9volution cosmique et humaine.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">C&rsquo;est \u00e0 l&rsquo;unit\u00e9 essentielle de la Vie et \u00e0 son caract\u00e8re divin qu&rsquo;il nous faut rapporter aussi le culte de R\u00e2, le grand dieu solaire qui personnifie cette unit\u00e9 \u2014 non pas le culte de l&rsquo;astre physique, mais de \u00ab Celui qui se cache dans les bras du soleil \u00bb, ainsi que l&rsquo;exprime un texte de P\u00e9pi I. C&rsquo;est au m\u00eame myst\u00e8re de l&rsquo;\u00e9volution universelle de la Vie dans les r\u00e8gnes qu&rsquo;il faut rapporter \u00e9galement ces cultes en apparence bizarres et pu\u00e9rils de la dendrolatrie (culte des arbres) , de la zoolatrie (culte des animaux) , comme aussi ces rites \u00e9tranges dont nous parle l&rsquo;\u00e9gyptologue Moret, dans ses \u00ab Myst\u00e8res \u00c9gyptiens \u00bb, rites de la renaissance v\u00e9g\u00e9tale et de la renaissance par la peau, symbolisant le passage de la vie collective et individuelle, par r\u00e9incarnation ou m\u00e9tempsychose, sur toute l&rsquo;\u00e9chelle des r\u00e8gnes avant qu&rsquo;il soit possible \u00e0 l&rsquo;\u00eatre, individualis\u00e9 au stade humain, d&rsquo;atteindre le r\u00e8gne divin et de devenir un Osiris.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">De m\u00eame qu&rsquo;en \u00c9gypte le disque solaire, figure du Dieu unique, se compliquait d&rsquo;attributs symboliques, les ailes de l&rsquo;oiseau et les t\u00eates de serpents, de m\u00eame aussi au Mexique, chez les Mayas-Quich\u00e9s, le Dieu supr\u00eame est l&rsquo;oiseau-serpent, Hourakan, P\u00e8re-M\u00e8re de la Vie, symbole de la dualit\u00e9 cr\u00e9atrice ; Kan, le serpent, c&rsquo;est la force, l&rsquo;intelligence masculine, l&rsquo;autre, Ara, le perroquet aux brillantes couleurs, image de la passivit\u00e9 et de la gr\u00e2ce f\u00e9minines. Le Serpent et l&rsquo;Oiseau ayant une m\u00eame source biog\u00e9n\u00e9tique, on trouve ici une int\u00e9ressante figure de la dualit\u00e9 oppos\u00e9e des forces cr\u00e9atrices, issues d&rsquo;une m\u00eame source divine. Est-ce l&rsquo;instinct des primitifs qui leur a fait d\u00e9couvrir ce symbole ou au contraire une science initiatique qui le leur a transmis, nous n&rsquo;en discuterons pas plus avant.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Arr\u00eatons-nous un instant aussi au mythe orphique (Gr\u00e8ce). Ce mythe ancien, pris \u00e0 la lettre, est absurde. Symboliquement au contraire, il perp\u00e9tue des v\u00e9rit\u00e9s premi\u00e8res : la filiation divine de l&rsquo;homme et la dualit\u00e9 des p\u00f4les oppos\u00e9s de sa nature. Dans le mythe, nous voyons que Dionysos Zagreus, fils de Ze\u00fbs, a re\u00e7u l&#8217;empire du monde (comme Adam au paradis terrestre avait \u00e9t\u00e9 \u00e9tabli roi de la cr\u00e9ation). Pour \u00e9chapper aux Titans r\u00e9volt\u00e9s (symbole des passions qui gouvernent l&rsquo;homme non r\u00e9g\u00e9n\u00e9r\u00e9), Dionysos se dissimule sous la forme d&rsquo;un taureau, mais il est pris, d\u00e9pec\u00e9 et mang\u00e9 par ses ennemis (tel en \u00c9gypte Osiris mis en pi\u00e8ces par Seth). Le Dieu est vaincu. Zeus foudroie les Titans. Mais de leurs cendres rena\u00eet une humanit\u00e9 compos\u00e9e d&rsquo;un \u00e9l\u00e9ment Dionysiaque ou divin et d&rsquo;un \u00e9l\u00e9ment titanique ou mauvais. Ce dernier est le symbole de l&rsquo;h\u00e9ritage mauvais (Karma) que l&rsquo;homme recueille par m\u00e9tempsychose de ses vies ant\u00e9rieures. Quand il a purg\u00e9 cet \u00e9l\u00e9ment inf\u00e9rieur, l&rsquo;homme ressuscite comme Dionysos nouveau, r\u00e9g\u00e9n\u00e9r\u00e9, l&rsquo;homme divin. Celui-ci est donc \u00e0 l&rsquo;ancien (Dionysos Zagreus) dans le m\u00eame rapport que le Christ est \u00e0 Adam, dans le Christianisme.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Le sens sup\u00e9rieur, \u00e9sot\u00e9rique, des mythes, n&rsquo;\u00e9tait d\u00e9voil\u00e9 qu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;initi\u00e9 aux Myst\u00e8res. Peu de chose a filtr\u00e9 jusqu&rsquo;\u00e0 nous du secret de ces initiations. Ce que nous savons toutefois, c&rsquo;est l&rsquo;admiration et le respect profond que les plus grands esprits de l&rsquo;antiquit\u00e9 furent unanimes \u00e0 leur t\u00e9moigner. L\u00e0 se d\u00e9couvre donc la vraie science religieuse, la th\u00e9osophie antique, longtemps insoup\u00e7onn\u00e9e de nos savants, car ce n&rsquo;est \u00e9videmment ni aux fables grossi\u00e8res, ni aux mythes enfantins, pris \u00e0 la lettre, qu&rsquo;H\u00e9rodote, Pindare, Isocrate, Eschyle, Sophocle, Euripide, Platon, Aristide, Cic\u00e9ron, \u00c9pict\u00e8te, Plutarque, Diodore de Sicile, et tant d&rsquo;autres encore, auraient pu d\u00e9cerner ces tributs d&rsquo;\u00e9loges et ces paroles pleines d&rsquo;admiration, de v\u00e9n\u00e9ration et d&rsquo;enthousiasme.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Le profond symbolisme secret des mythologies, d\u00e9voil\u00e9 dans les Myst\u00e8res, nous appara\u00eet donc comme une v\u00e9rit\u00e9 qui aujourd&rsquo;hui s&rsquo;impose \u00e0 nous si, d&rsquo;une part, nous en croyons leurs meilleurs et plus illustres t\u00e9moins, et si, d&rsquo;autre part, nous nous refusons \u00e0 admettre cette chose contradictoire, que les plus brillantes civilisations de l&rsquo;antiquit\u00e9 n&rsquo;auraient pas, du point de vue religieux, d\u00e9pass\u00e9 le stade f\u00e9tichiste, leurs plus grands esprits prenant \u00e0 la lettre les fables absurdes ou scandaleuses de leurs dieux, et s&rsquo;inclinant d\u00e9votement devant le disque solaire, les arbres sacr\u00e9s et des divinit\u00e9s \u00e0 t\u00eates d&rsquo;animaux.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">A fortiori, serait-il absurde de supposer que l&rsquo;admiration et le respect des anciens eussent pu s&rsquo;adresser aux rites \u00e9quivoques ou obsc\u00e8nes que la d\u00e9cadence gr\u00e9co-romaine laissa s&rsquo;acclimater dans la religion sous l&rsquo;influence malsaine des cultes de l&rsquo;Asie ant\u00e9rieure. Il y eut manifestement une p\u00e9riode de d\u00e9cadence des Myst\u00e8res. Il est sans doute difficile d&rsquo;en pr\u00e9ciser les d\u00e9buts et les causes, mais il semble qu&rsquo;il faille remonter assez avant dans l&rsquo;Histoire. H. P. Blavatsky, se r\u00e9f\u00e9rant \u00e0 des sources occultes autoris\u00e9es, nous dit que les Myst\u00e8res d&rsquo;\u00c9gypte d\u00e9g\u00e9n\u00e9r\u00e8rent bien avant l&rsquo;\u00e9poque des Ptol\u00e9m\u00e9es, et les Myst\u00e8res d&rsquo;\u00c9leusis quand \u00ab l&rsquo;\u00c9tat, sur le conseil d&rsquo;Aristogiton (514 av. J.-C.), entreprit de tirer de ces Myst\u00e8res une constante et f\u00e9conde source de revenus \u00bb. L&rsquo;influence des cultes d&rsquo;Orient se fit sentir surtout \u00e0 la suite des conqu\u00eates d&rsquo;Alexandre le Grand. Le syncr\u00e9tisme religieux, fort en honneur \u00e0 partir de cette \u00e9poque, permit aux influences d\u00e9l\u00e9t\u00e8res, qu&rsquo;elles vinssent r\u00e9ellement du proche Orient ou qu&rsquo;elles fussent tout simplement le r\u00e9sultat de la corruption des m\u0153urs, soit de s&rsquo;infiltrer subrepticement dans la pratique religieuse \u2014 telles les antiques Dionysies qui d\u00e9g\u00e9n\u00e9r\u00e8rent en Gr\u00e8ce dans les orgies Dionysiaques, et en Italie dans les Bacchanales et les Saturnales, celles-ci d\u00e9g\u00e9n\u00e9rescence d&rsquo;un ancien culte agraire \u2014 soit de supplanter les vieux cultes officiels en introduisant dans le monde gr\u00e9co-romain les pratiques obsc\u00e8nes des cultes de Phrygie et de Syrie. A tous ces cultes nouveaux, nous l&rsquo;avons dit, une curiosit\u00e9 malsaine faisait le meilleur accueil, parce que sous le couvert de l&rsquo;id\u00e9e religieuse, ils fournissaient un aliment de choix aux app\u00e9tits obscurs d&rsquo;un mysticisme d\u00e9r\u00e9gl\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Cette p\u00e9riode lamentable de l&rsquo;Histoire o\u00f9 la d\u00e9cadence de l&rsquo;Esprit se manifestait ext\u00e9rieurement par la d\u00e9gradation des symboles, la profanation des rites et la corruption g\u00e9n\u00e9rale des m\u0153urs, devait fatalement amener une r\u00e9action. Le Christ approchait et une \u00e8re nouvelle allait s&rsquo;ouvrir. Mais, comme c&rsquo;est la loi de toute r\u00e9action, celle-ci devait verser dans l&rsquo;erreur extr\u00eame oppos\u00e9e. De m\u00eame que son fr\u00e8re spirituel, le Bouddha, avait proclam\u00e9 en Asie \u00ab la voie moyenne \u00bb comme voie de salut, de m\u00eame J\u00e9sus enseigna le juste milieu entre ce qui est d\u00fb \u00e0 Dieu et ce qui est d\u00fb \u00e0 C\u00e9sar, entre les exigences de l&rsquo;\u00e2me et les justes besoins du corps, entre le spirituel et le temporel.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais un juste \u00e9quilibre est malais\u00e9 \u00e0 garder. L&rsquo;oscillation du pendule allait amener les abus de l&rsquo;asc\u00e9tisme, de l&rsquo;\u00e9r\u00e9mitisme, du m\u00e9pris de la nature, de la d\u00e9r\u00e9liction du monde. Des sages avaient pr\u00e9dit ces exc\u00e8s. Herm\u00e8s Trism\u00e9giste <a id=\"ftnref9\" href=\"#ftn9\">[9]<\/a>, d\u00e9plorant la d\u00e9cadence des myst\u00e8res, avait \u00e9crit dans une vision proph\u00e9tique : \u00ab H\u00e9las ! mon fils, un jour viendra o\u00f9 les hi\u00e9roglyphes sacr\u00e9s deviendront des idoles, on prendra les signes de la science pour des dieux et on accusera la grande \u00c9gypte d&rsquo;avoir ador\u00e9 des monstres. Mais ceux qui nous calomnieront ainsi \u00bb, poursuit-il, \u00ab adoreront eux-m\u00eames la mort au lieu de la vie, la folie au lieu de la sagesse ; ils maudiront l&rsquo;amour et la f\u00e9condit\u00e9, ils rempliront leurs temples d&rsquo;ossements, ils \u00e9puiseront la jeunesse dans la solitude et dans les larmes. Les vierges seront veuves d&rsquo;avance et s&rsquo;\u00e9teindront dans la tristesse parce que les hommes auront m\u00e9connu et profan\u00e9 les myst\u00e8res sacr\u00e9s d&rsquo;Isis \u00bb. (Cit\u00e9 par \u00c9liphas Levi, dans \u00ab La Science des Esprits \u00bb (Alcan).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Tenter l&rsquo;ex\u00e9g\u00e8se \u00e9sot\u00e9rique de la mythologie classique serait un important travail, bien digne de tenter quelque \u00e9rudit en l&rsquo;histoire compar\u00e9e des religions. Pour moi, je voudrais me borner ici \u2014 si ceci m\u00eame ne d\u00e9passe pas trop mes faibles lumi\u00e8res \u2014 d&rsquo;esquisser, \u00e0 titre d&rsquo;exemple, un timide aper\u00e7u sur le sens \u00e9sot\u00e9rique du mythe jud\u00e9o-chr\u00e9tien.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>C. <\/strong><strong>\u2014<\/strong> <strong>EX\u00c9G\u00c8SE DU MYTHE JUD\u00c9O-CHR\u00c9TIEN.<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Nous avons dit le sens all\u00e9gorique que Philon-le-Juif, le philosophe d&rsquo;Alexandrie, qui fut de 20 ou 30 ans l&rsquo;a\u00een\u00e9 de saint Paul, donnait aux r\u00e9cits de la Bible. Le Dr Rudolph Steiner, le c\u00e9l\u00e8bre occultiste allemand, commente comme suit les id\u00e9es de Philon : \u00ab Les r\u00e9cits de l&rsquo;Ancien Testament sont pour lui les images d&rsquo;\u00e9v\u00e9nements int\u00e9rieurs de l&rsquo;\u00e2me. La Bible raconte la cr\u00e9ation du monde. Celui qui la lit comme une description d&rsquo;\u00e9v\u00e9nements ext\u00e9rieurs ne la conna\u00eet qu&rsquo;\u00e0 moiti\u00e9&#8230; L&rsquo;histoire de la cr\u00e9ation et l&rsquo;histoire de l&rsquo;\u00e2me confluent en une seule et m\u00eame chose. Philon est convaincu qu&rsquo;on peut employer l&rsquo;histoire de la cr\u00e9ation de Mo\u00efse pour \u00e9crire l&rsquo;histoire de l&rsquo;\u00e2me qui cherche son Dieu. Toutes les choses de la Bible re\u00e7oivent par l\u00e0 un profond sens symbolique dont Philon est l&rsquo;interpr\u00e8te. Il lit la Bible comme une histoire de l&rsquo;\u00e2me&#8230; La parole de Dieu, le Logos, devient un \u00e9v\u00e9nement des \u00e2mes. Dieu a conduit les Juifs d&rsquo;\u00c9gypte en Terre Sainte : il les a fait passer par des tourments et des privations pour leur donner ensuite la terre de promission : tout cela devient un processus int\u00e9rieur. L&rsquo;esprit qui s&rsquo;est fait chair dans l&rsquo;\u00e9volution cosmogonique se refait esprit dans l&rsquo;homme par l&rsquo;\u00e9volution spirituelle \u00bb <a id=\"ftnref10\" href=\"#ftn10\">[10]<\/a>.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab On peut admettre \u00bb, nous dit encore Steiner, \u00ab qu&rsquo;en adoptant cette mani\u00e8re de lire la Bible, Philon se conformait \u00e0 un courant de son \u00e9poque venu de la Sagesse des Myst\u00e8res. La preuve en est qu&rsquo;il attribue cette m\u00eame fa\u00e7on d&rsquo;interpr\u00e9ter les \u00c9critures Saintes aux Th\u00e9rapeutes \u00bb (op. Cit. )<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">De pareilles vues se voient de plus en plus confirm\u00e9es par l&rsquo;\u00e9rudition contemporaine. C&rsquo;est ainsi que le professeur G. M\u00e9autis donne un sens interpr\u00e9tatif humain aux rites et c\u00e9r\u00e9monies des Myst\u00e8res grecs, \u00e0 propos de la procession sacr\u00e9e d&rsquo;Eleusis : \u00ab La procession et les initi\u00e9s \u00bb, \u00e9crit-il, \u00ab traversaient un pont sur le lac de Rheitos, mais les \u00e2nes et les voitures transportant les bagages faisaient un long d\u00e9tour pour retrouver plus loin le cort\u00e8ge. Pourquoi la travers\u00e9e du pont leur \u00e9tait-elle interdite? \u00bb Tout devient clair, nous dit le professeur, \u00ab si l&rsquo;on admet, comme nous l&rsquo;avons fait plus haut, que la procession symbolise le voyage de l&rsquo;\u00e2me : l&rsquo;\u00e2me humaine quand elle p\u00e9n\u00e8tre dans les sombres r\u00e9gions de l&rsquo;au-del\u00e0, laisse derri\u00e8re elle toutes les possessions terrestres, elle doit s&rsquo;avancer \u00e0 pied et non sur un char, par son propre effort et non port\u00e9e commod\u00e9ment par le travail d&rsquo;un autre \u00bb <a id=\"ftnref11\" href=\"#ftn11\">[11]<\/a>. L&rsquo;\u00e9minent professeur cite encore \u00e0 l&rsquo;appui de son interpr\u00e9tation deux passages significatifs pris dans \u00ab Les Grenouilles \u00bb d&rsquo;Aristophane.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Si nous nous reportons \u00e0 nouveau \u00e0 l&rsquo;histoire biblique du \u00ab Jardin d&rsquo;\u00c9den \u00bb, nous constatons que seule aussi l&rsquo;interpr\u00e9tation purement all\u00e9gorique est ici concevable et que c&rsquo;est sauver le mythe lui-m\u00eame que de rechercher derri\u00e8re sa trame po\u00e9tique et l\u00e9gendaire une haute signification psychologique et morale qui, seule, le justifie, le rehausse et l&rsquo;ennoblit. Il est enfantin de supposer qu&rsquo;il puisse s&rsquo;agir ici d&rsquo;un \u00e9v\u00e9nement historique survenu \u00e0 un couple humain dont l&rsquo;humanit\u00e9 toute enti\u00e8re subirait la responsabilit\u00e9 parce qu&rsquo;elle en descendrait. S&rsquo;il y a quelque fond historique au r\u00e9cit du Paradis terrestre, il ne peut \u00eatre que relatif \u00e0 une \u00e9tape de l&rsquo;humanit\u00e9 collective, celle-ci personnifi\u00e9e en Adam et Eve. A ce point de vue le Paradis terrestre est le symbole de cet \u00e2ge d&rsquo;or dont nous parlent toutes les vieilles traditions des peuples, \u00e2ge d&rsquo;or durant lequel, ainsi que nous l&rsquo;avons dit, une humanit\u00e9-enfant fut guid\u00e9e par des Instructeurs divins qui lui enseign\u00e8rent la Sagesse. Quant \u00e0 la faute originelle, elle est l&rsquo;erreur commise par cette humanit\u00e9 lorsque ses Instructeurs divins s&rsquo;\u00e9tant retir\u00e9s, et que, insuffisamment d\u00e9gag\u00e9e encore des tendances de l&rsquo;animalit\u00e9 dont elle sortait, elle succomba parce qu&rsquo;elle m\u00e9susa de son intelligence naissante, en la mettant au service de ses passions au lieu de l&rsquo;appliquer \u00e0 l&rsquo;\u00e9panouissement de l&rsquo;esprit divin, immanent en elle. Du point de vue historique donc, le r\u00e9cit biblique peut \u00eatre consid\u00e9r\u00e9 comme relatant le d\u00e9but myst\u00e9rieux de notre humanit\u00e9, enlis\u00e9e dans la mati\u00e8re, la prison du corps, et soumise \u00e0 la tentation, \u00e0 la chute, \u00e0 la mort. Le d\u00e9but est donc symbolis\u00e9 par la cr\u00e9ation de l&rsquo;homme de chair (Adam et Eve), en qui l&rsquo;\u00e9veil de l&rsquo;intelligence conf\u00e8re le libre arbitre, c&rsquo;est-\u00e0-dire la libert\u00e9 du choix entre le bien et le mal, avec leurs cons\u00e9quences respectives. Mais l&rsquo;histoire comporte bien autre chose encore. Nombreuses sont les cl\u00e9s n\u00e9cessaires pour \u00e9puiser la richesse et la complexit\u00e9 des significations contenues dans le r\u00e9cit. Laissant de c\u00f4t\u00e9 les implications cosmologiques ou astronomiques pour nous borner \u00e0 souligner leur seule signification humaine, je voudrais en souligner quelques aspects, sans pr\u00e9tendre d&rsquo;ailleurs \u00e0 aucune initiation secr\u00e8te qui m&rsquo;en aurait d\u00e9voil\u00e9 les arcanes, par quelque voie transcendante.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Je crois y d\u00e9celer donc :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">1\u00b0 <em>Un sens moral universel<\/em> s&rsquo;appliquant \u00e0 l&rsquo;esp\u00e8ce humaine toute enti\u00e8re, en tout temps pourrait-on dire, et symbolisant les cons\u00e9quences p\u00e9nibles (privations, souffrances, mort) qui accompagnent n\u00e9cessairement la subordination de l&rsquo;\u00e2me spirituelle \u00e0 la mati\u00e8re et aux sens. Plutarque explique, \u00e0 ce point de vue, le myst\u00e8re de la chute quand il \u00e9crit : \u00ab Ils se trompent ceux qui s&rsquo;imaginent qu&rsquo;il (l&rsquo;homme) n&rsquo;est fait que de deux parties : car ils s&rsquo;imaginent que l&rsquo;esprit fait partie de l&rsquo;\u00e2me, et ils se trompent en cela, non moins que ceux qui pr\u00e9tendent que l&rsquo;\u00e2me fait partie du corps, car l&rsquo;esprit (No\u00fbs) est aussi sup\u00e9rieur \u00e0 l&rsquo;\u00e2me que l&rsquo;\u00e2me est meilleure et plus divine que le corps. Or cette union de l&rsquo;\u00e2me (Psych\u00e9) avec l&rsquo;esprit produit la raison, et avec le corps, la passion \u00bb. C&rsquo;est l&rsquo;union de l&rsquo;\u00e2me avec le corps plut\u00f4t qu&rsquo;avec l&rsquo;esprit qui fut, en tout temps, la cause de la chute de l&rsquo;homme. Au lieu de servir \u00e0 son \u00e9volution spirituelle, l&rsquo;intelligence servit \u00e0 l&rsquo;avilissement et \u00e0 la d\u00e9gradation de l&rsquo;homme. Mais ces consid\u00e9rations nous m\u00e8nent \u00e0 d\u00e9couvrir dans le r\u00e9cit de la Gen\u00e8se un sens plus pr\u00e9cis encore.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">2\u00b0 <em>Un sens psychologique<\/em>. Si vraiment, ainsi que nous le disent Philon-le-Juif et Plutarque, les Ecritures et les Mythes ont ce caract\u00e8re de nous pr\u00e9senter une histoire all\u00e9gorique de l&rsquo;\u00e2me humaine, alors il est logique d&rsquo;admettre que les personnages qui figurent dans ces mythes et l\u00e9gendes sont aussi des personnifications symboliques de l&rsquo;un ou l&rsquo;autre aspect psychologique de l&rsquo;\u00eatre humain. Et de m\u00eame que saint Paul interpr\u00e8te les personnages bibliques de Sarah et d&rsquo;Agar, femmes d&rsquo;Abraham, comme figures symboliques pour d\u00e9signer la filiation des fils du Patriarche selon l&rsquo;esprit et selon la chair, de m\u00eame, nous verrons en J\u00e9hovah, la nature divine de l&rsquo;homme qui se manifeste dans sa conscience profonde comme voix divine, tandis que Satan sera la personnification symbolique de ses instincts \u00e9go\u00efstes et passionnels, d\u00e9rivant de sa nature inf\u00e9rieure ou animale. De m\u00eame encore, Adam et Eve seront deux aspects ou principes diff\u00e9rents de notre nature. L&rsquo;\u00e2me humaine (la femme, la partie sensible de l&rsquo;homme) oubliant la voix divine (J\u00e9hovah-l&rsquo;esprit) et tent\u00e9e par le d\u00e9sir (le serpent, l&rsquo;\u00e2me animale) sollicite l&rsquo;intelligence et entra\u00eene au p\u00e9ch\u00e9 l&rsquo;homme corporel (Adam) : car Adam repr\u00e9sente l&rsquo;homme de p\u00e9ch\u00e9, l&rsquo;intelligence orient\u00e9e vers la mati\u00e8re, de m\u00eame que le Christ repr\u00e9sente l&rsquo;homme spirituel, c&rsquo;est-\u00e0-dire cette m\u00eame intelligence, mais unifi\u00e9e avec son P\u00e8re (l&rsquo;Esprit). La femme, disons- nous, symbolise l&rsquo;\u00e2me : quand elle est esclave du p\u00e9ch\u00e9, elle est Eve ; quant au contraire, r\u00e9g\u00e9n\u00e9r\u00e9e par l&rsquo;Esprit divin, elle \u00e9crase la t\u00eate du serpent, c&rsquo;est-\u00e0-dire vainc la nature \u00e9go\u00efste et sensuelle de l&rsquo;homme, elle devient Marie, m\u00e8re du Sauveur, c&rsquo;est-\u00e0-dire de l&rsquo;homme r\u00e9g\u00e9n\u00e9r\u00e9 et divin. Il appara\u00eet ainsi clairement que la chute d&rsquo;Eve entra\u00eenant celle d&rsquo;Adam n&rsquo;est que l&rsquo;histoire all\u00e9gorique et psychologique repr\u00e9sentant la partie sensible et f\u00e9minine de l&rsquo;homme faisant choir sa partie raisonnable, son entendement. Dans le r\u00e9cit m\u00eame de la Gen\u00e8se d&rsquo;ailleurs on voit d\u00e9j\u00e0 mentionn\u00e9es les deux femmes : \u00e0 c\u00f4t\u00e9 d&rsquo;Eve, figure de l&rsquo;\u00e2me p\u00e9cheresse, il y en a une autre, en retrait, promise dans l&rsquo;avenir, la femme divine qui \u00e9crasera la t\u00eate du serpent et mettra au monde le Sauveur : autrement dit, de notre nature animale est n\u00e9 l&rsquo;homme de d\u00e9sir, de notre nature sup\u00e9rieure devra na\u00eetre en chacun l&rsquo;homme nouveau, r\u00e9g\u00e9n\u00e9r\u00e9. Il semble d&rsquo;ailleurs que tous les mythes anciens tournent toujours autour de l&rsquo;\u00e9nigme de cette dualit\u00e9 psychologique qui nous divise et \u00e0 laquelle correspond \u00e9galement une double science oppos\u00e9e dont les symboles bibliques sont l&rsquo;arbre de vie et l&rsquo;arbre de la science, repr\u00e9sentant l\u2019un la connaissance sup\u00e9rieure, la science de l&rsquo;\u00e2me, et, l&rsquo;autre, la science ext\u00e9rieure, celle du monde mat\u00e9riel, mise trop souvent, au service de l&rsquo;\u00e9go\u00efsme et des passions.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Ce m\u00eame symbolisme se retrouve d&rsquo;ailleurs presque partout. Dans les l\u00e9gendes Brahmaniques, on rencontre pareillement deux femmes, deux d\u00e9esses qui s&rsquo;opposent. La Vinata, d\u00e9esse c\u00e9leste du jour, et la Kadrou, d\u00e9esse de la nuit : \u00ab La femme c\u00e9leste \u00bb, nous dit Lamairesse <a id=\"ftnref12\" href=\"#ftn12\">[12]<\/a>, \u00ab devient temporairement l&rsquo;esclave de la Kadrou, jusqu&rsquo;\u00e0 ce qu&rsquo;elle soit d\u00e9livr\u00e9e par son fils, type du g\u00e9nie solaire \u00bb. Dans le mythe orphique aussi, deux femmes, deux s\u0153urs ennemies : Agav\u00ea, m\u00e8re de Dionysos-Zagreus, c&rsquo;est l&rsquo;\u00e2me qui enfante l&rsquo;homme de d\u00e9sir, vou\u00e9 \u00e0 la perdition ; S\u00e9mel\u00e9, m\u00e8re de Dionysos-Sauveur (Eleutheros), l&rsquo;\u00e2me sup\u00e9rieure, m\u00e8re de l&rsquo;homme divin.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais d&rsquo;autres significations encore sont impliqu\u00e9es dans le r\u00e9cit. Signalons encore :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">3\u00b0 <em>Un sens m\u00e9taphysique<\/em>, qui r\u00e9sulte de la divinit\u00e9 essentielle de l&rsquo;homme. Le symbolisme ancien repr\u00e9sentait souvent, nous l&rsquo;avons dit, l&rsquo;Esprit, le Principe divin en l&rsquo;homme, sous l&rsquo;image d&rsquo;une \u00e9tincelle, \u00e9chapp\u00e9e ou contenue dans la Flamme divine : \u00ab Je vois une flamme, \u00f4 Gurud\u00e9va, et je vois des \u00e9tincelles sans nombre qui brillent dans la flamme, sans s&rsquo;en d\u00e9tacher \u00bb <a id=\"ftnref13\" href=\"#ftn13\">[13]<\/a>. La flamme, c&rsquo;est l&rsquo;Unit\u00e9 du Verbe cr\u00e9ateur (Ishv\u00e2ra) ; les \u00e9tincelles monadiques sont ce p\u00f4le divin en l&rsquo;homme d&rsquo;o\u00f9 descend en chacun la gr\u00e2ce salvatrice qui nous aide \u00e0 atteindre notre lib\u00e9ration. Ce sont les v\u00e9ritables \u00ab fils de Dieu \u00bb. De cette unit\u00e9 originelle  \u2014 le p\u00f4le-esprit de l&rsquo;Univers \u2014 d\u00e9coule donc le corollaire de l&rsquo;\u00e9troite solidarit\u00e9 qui associe tous les hommes aux actes de chacun, symboliquement au \u00ab p\u00e9ch\u00e9 \u00bb de nos premiers parents. Tel est le vrai sens de la faute originelle retombant sur l&rsquo;humanit\u00e9 enti\u00e8re et r\u00e9sultant de l&rsquo;Unit\u00e9 de l&rsquo;Esprit. Mais, d&rsquo;autre part, il appara\u00eet que, du point de vue oppos\u00e9, le p\u00f4le mati\u00e8re \u2014 autrement dit sur notre plan de conscience o\u00f9 les hommes apparaissent tous au contraire comme des entit\u00e9s distinctes, s\u00e9par\u00e9es, isol\u00e9es les unes des autres dans le temps et l&rsquo;espace \u2014 cette unit\u00e9 d&rsquo;essence et, partant, cette solidarit\u00e9  des actes entra\u00eenant la d\u00e9ch\u00e9ance de toute l&rsquo;humanit\u00e9 par la faute d&rsquo;un seul est quelque chose d&rsquo;inconcevable. Le dogme th\u00e9ologique renferme m\u00eame une contradiction. Si l&rsquo;\u00e2me est cr\u00e9\u00e9e \u00e0 sa naissance seulement, comment a-t-elle pu participer au p\u00e9ch\u00e9 d&rsquo;Adam ? <a id=\"ftnref14\" href=\"#ftn14\">[14]<\/a> Du point de vue \u00e9sot\u00e9rique, au contraire, ce dogme repr\u00e9sente une v\u00e9rit\u00e9 occulte, mais, comme toujours, rendue m\u00e9connaissable. \u00ab Le d\u00e9sir de manifestation d&rsquo;Ishv\u00e2ra (le Verbe) agit dans ces portions int\u00e9grantes de Lui-m\u00eame (les \u00e9tincelles) et les porte vers le monde mat\u00e9riel \u00bb <a id=\"ftnref15\" href=\"#ftn15\">[15]<\/a>. L&rsquo;Esprit unique, int\u00e9grant l&rsquo;universalit\u00e9 des esprits, l&rsquo;Homme c\u00e9leste, est descendu sur la terre, s&rsquo;est incarn\u00e9 dans le monde, par un acte de supr\u00eame sacrifice (toutes les religions nous parlent de ce sacrifice divin originel, l&rsquo;agneau immol\u00e9 d\u00e8s la fondation du monde). Son reflet, son image, sur le plan terrestre, c&rsquo;est-\u00e0-dire l&rsquo;homme, l&rsquo;Adam terrestre, a subi comme son prototype divin, cette m\u00eame attraction de la mati\u00e8re : \u00ab En bas comme en haut \u00bb, nous dit l&rsquo;adage herm\u00e9tique, ainsi que la Sagesse Cabalistique. Mais cette loi d&rsquo;analogie est ici une loi de r\u00e9flexion et cette r\u00e9flexion de l&rsquo;esprit dans la mati\u00e8re appara\u00eet, comme toute r\u00e9flexion, avec des caract\u00e8res invers\u00e9s. Le monde mat\u00e9riel a exerc\u00e9 son attraction \u00e0 la fois sur l&rsquo;\u00catre spirituel \u2014 l&rsquo;\u00c9tincelle divine \u2014 et sur son ombre \u2014 l&rsquo;Adam terrestre.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Seulement les mobiles auxquels ils ob\u00e9issent tous deux sont d&rsquo;ordre inverse. L&rsquo;Esprit divin de l&rsquo;homme agit par don d&rsquo;amour, l&rsquo;homme terrestre par \u00e9go\u00efsme et passion coupable. L&rsquo;Homme c\u00e9leste descend dans la personne humaine pour sauver l&rsquo;homme de p\u00e9ch\u00e9, une ombre, un reflet de Lui-m\u00eame, cr\u00e9\u00e9 \u00e0 son image, auquel Il a donn\u00e9 la vie et la conscience, et qui, sans ce secours, se perdrait dans les fondri\u00e8res de l&rsquo;orgueil et de la sensualit\u00e9. L&rsquo;Esprit vivant descend en l&rsquo;homme (involution dans la mati\u00e8re) pour que l&rsquo;homme puisse remonter vers l&rsquo;Esprit (\u00e9volution en l&rsquo;homme de chair de la conscience divine).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">L&rsquo;action et la r\u00e9action, la descente et la remont\u00e9e, sont \u00e9gales, correspondent : c&rsquo;est une loi de la cr\u00e9ation, une loi d&rsquo;\u00e9quilibre. La r\u00e9action de l&rsquo;homme vers la mati\u00e8re est donc fatale et la chute de l&rsquo;Adam terrestre quasi in\u00e9vitable, jusqu&rsquo;\u00e0 ce que notre personnalit\u00e9 parvienne \u00e0 dominer cette attraction et \u00e0 remonter l&rsquo;arc ascendant de l&rsquo;\u00e9volution en rejoignant, par la conscience, son p\u00f4le spirituel. Ce cycle est \u00e0 proprement parler le cycle de l&rsquo;\u00e9volution de l&rsquo;homme : avant de pouvoir devenir un Dieu conscient en Dieu (l&rsquo;Absolu) l&rsquo;homme doit faire l&rsquo;apprentissage de ses pouvoirs divins par la ma\u00eetrise graduelle de l&rsquo;Esprit sur les plans inf\u00e9rieurs de la Nature. Dans ce but, l&rsquo;Esprit a d\u00fb y vivre avec une conscience limit\u00e9e \u00e0 ces plans : il a d\u00fb vivre dans des personnalit\u00e9s successives qui n&rsquo;\u00e9taient que les cr\u00e9ations de ses d\u00e9sirs. Il s&rsquo;est identifi\u00e9 \u00e0 chaque fois avec ses cr\u00e9ations et ce f\u00fbt l\u00e0 le p\u00e9ch\u00e9 d&rsquo;Adam le p\u00e9ch\u00e9 de toute personnalit\u00e9 humaine de s&rsquo;\u00eatre identifi\u00e9 avec son \u00ab moi \u00bb, c&rsquo;est-\u00e0-dire sa nature \u00e9ph\u00e9m\u00e8re, \u00e9go\u00efste, passionnelle, animale, alors que la voix int\u00e9rieure de sa conscience profonde (J\u00e9hovah) lui rappelle incessamment qu&rsquo;il est un \u00eatre spirituel et que son \u00ab Soi \u00bb divin est cach\u00e9 au tr\u00e9fonds de sa nature. Tel est donc le sens m\u00e9taphysique du r\u00e9cit de la Gen\u00e8se. Lorsqu&rsquo;au sortir du r\u00e8gne animal l&rsquo;\u00catre s&rsquo;est individualis\u00e9 au stade humain, il s&rsquo;est trouv\u00e9 par l&rsquo;\u00e9veil de son intelligence sur un plan sup\u00e9rieur au plan de la conscience physique : c&rsquo;est le \u00ab Jardin d&rsquo;Eden \u00bb, le plan de la conscience mentale, le plan de l&rsquo;intelligence.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Lors donc que cette intelligence naissante ne put r\u00e9sister, et succomba aux sollicitations de cette nature animale qu&rsquo;il avait d\u00e9pass\u00e9e, l&rsquo;homme fut chass\u00e9 de l&rsquo;\u00c9den et, sous l&rsquo;action naturelle de la loi du \u00ab Karma \u00bb (loi de cause \u00e0 effet), il retomba dans l&rsquo;incarnation terrestre \u2014 il rev\u00eatit des v\u00eatements de peau, nous dit la Bible \u2014 engren\u00e9 par ses d\u00e9sirs renaissants dans la \u00ab Maya \u00bb des m\u00e9tempsychoses ind\u00e9finies. Mais l&rsquo;homme n&rsquo;est pas que cet \u00ab Adam \u00bb, ce moi qui succombe : il est aussi l&rsquo;\u00c9tincelle divine, le Verbe \u00e9ternel, le R\u00e9dempteur int\u00e9rieur, promis d\u00e8s le moment de sa chute. Si donc le p\u00e9ch\u00e9 originel fut pour l&rsquo;homme de s&rsquo;\u00eatre identifi\u00e9, victime de sa d\u00e9sob\u00e9issance ou de son ignorance, avec son moi terrestre, en go\u00fbtant, en vue de fins \u00e9go\u00efstes, de l&rsquo;arbre de la science, la r\u00e9demption sera pour lui de retrouver la vraie vie, en s&rsquo;identifiant \u00e0 son Principe divin, dont les activit\u00e9s sont symbolis\u00e9es dans le mythe par l&rsquo;arbre de vie.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">4\u00b0 <em>Un sens physiologique<\/em>. Il nous faut aussi, en d\u00e9pit de son \u00e9tranget\u00e9, signaler ici bri\u00e8vement ce sens, en raison d&rsquo;une tradition, qui est aussi universellement r\u00e9pandue chez tous les peuples de l&rsquo;antiquit\u00e9 que celle de l&rsquo;Age d&rsquo;Or. Selon cette tradition, l&rsquo;humanit\u00e9 aurait, \u00e0 un certain stade primitif de son \u00e9volution, pass\u00e9 de l&rsquo;\u00e9tat androgyne \u00e0 son \u00e9tat actuel des sexes s\u00e9par\u00e9s. L&rsquo;\u00e9tranget\u00e9 m\u00eame de cette tradition la ferait rejeter de prime abord comme enfantine, si son universalit\u00e9 m\u00eame, je le r\u00e9p\u00e8te, ne l&rsquo;imposait \u00e0 notre attention. Nous ne parlerons pas des arguments qu&rsquo;\u00e0 tort ou \u00e0 raison l&rsquo;on pr\u00e9tend tirer ici de la clairvoyance occulte. Mais on la trouve expos\u00e9e dans le \u00ab banquet \u00bb de Platon. Si fantaisiste que nous paraisse le discours d&rsquo;Aristophane, il ne l&rsquo;\u00e9tait pas aux yeux des Grecs, ce qui prouve que la tradition leur \u00e9tait bien connue. Et cela nous fait peut-\u00eatre moins sourire aujourd&rsquo;hui que l&rsquo;\u00e9rudition contemporaine nous apprend que la m\u00eame doctrine se retrouve dans le \u00ab Pymandre \u00bb \u00c9gyptien, dans les \u00ab V\u00e9das \u00bb de l&rsquo;Inde, dans le  \u00ab Zend-Avesta \u00bb de la Perse, dans le livre \u00ab Eulya \u00bb de la Chine, dans la \u00ab Kabbale \u00bb juive. Il semble au surplus que le texte de la Gen\u00e8se confirme en quelque sorte une tradition semblable, puisqu&rsquo;au chapitre I, 26-27, il est dit que Dieu cr\u00e9a l&rsquo;homme m\u00e2le-femelle, et non m\u00e2le et femelle, comme l&rsquo;ont fait des traducteurs. La cr\u00e9ation d&rsquo;Eve n&rsquo;intervient que post\u00e9rieurement, au Chapitre II, 18-22 : \u00ab Le Seigneur dit : \u00ab Il n&rsquo;est pas bon que l&rsquo;homme soit seul : faisons-lui une aide qui soit en face de lui&#8230; Et le Seigneur, de la c\u00f4te qu&rsquo;il avait tir\u00e9e d&rsquo;Adam, forma la femme et l&rsquo;amena \u00e0 Adam \u00bb. Ceci ne peut signifier qu&rsquo;une absurdit\u00e9, si cela ne repr\u00e9sente all\u00e9goriquement un changement de m\u00e9thode dans la procr\u00e9ation, r\u00e9sultant de la s\u00e9paration des sexes.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Darwin semble avoir eu l&rsquo;intuition de la v\u00e9rit\u00e9 occulte lorsqu&rsquo;il \u00e9crivit ces lignes : \u00ab Il semble qu&rsquo;un prog\u00e9niteur lointain de toutes les races de vert\u00e9br\u00e9s ait \u00e9t\u00e9 hermaphrodite ou androgyne \u00bb. Le Dr Pascal qui d\u00e9crit, d&rsquo;apr\u00e8s la \u00ab Doctrine secr\u00e8te \u00bb de H. P. Blavatsky, les diff\u00e9rentes phases successives de ce processus de diff\u00e9renciation des sexes, fait cette remarque que \u00ab L&rsquo;androgynat existe encore dans une immense partie de la nature \u2014 chez bien des plantes et des animaux rudimentaires \u2014 et la physiologie reconna\u00eet dans l&rsquo;homme les organes rudimentaires qui repr\u00e9sentent encore l&rsquo;androgynat primitif \u00bb <a id=\"ftnref16\" href=\"#ftn16\">[16]<\/a>. Le r\u00e9cit de la Gen\u00e8se se rapporterait donc \u00e0 cette myst\u00e9rieuse transformation physiologique de l&rsquo;humanit\u00e9 qui, en d\u00e9cha\u00eenant les passions sexuelles aurait \u00e9t\u00e9 la cause imm\u00e9diate de la chute de l&rsquo;homme.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Il est un autre point encore du dogme chr\u00e9tien que je voudrais signaler ici bri\u00e8vement parce que sa connaissance \u00e9sot\u00e9rique projette sur ce sujet obscur un flot de clart\u00e9 : c&rsquo;est le dogme de la communion eucharistique, apparent\u00e9 \u00e0 un rite initiatique, quasi universellement r\u00e9pandu dans le monde antique, bien ant\u00e9rieurement au Christianisme. Certes, il semblera blasph\u00e9matoire aux chr\u00e9tiens que l&rsquo;on tente d&rsquo;\u00e9tablir un rapport, un rapprochement quelconque, entre de vieux rites initiatiques pa\u00efens et l&rsquo;\u00e9pisode \u00e9vang\u00e9lique de la derni\u00e8re C\u00e8ne. Toutefois, il ne peut y avoir de blasph\u00e8me que dans l&rsquo;intention. Ce qui nous semble blasph\u00e9matoire, \u00e0 nous, c&rsquo;est qu&rsquo;on puisse a priori et par un simple pr\u00e9jug\u00e9 de l&rsquo;esprit, rejeter des rapports ou des rapprochements suggestifs qui pourraient nous r\u00e9v\u00e9ler, et, s&rsquo;il est n\u00e9cessaire, rectifier \u00e0 nos yeux, les vraies intentions du Christ dans un \u00e9pisode, dont le sens r\u00e9el aurait \u00e9t\u00e9, pour des raisons d&rsquo;ailleurs compr\u00e9hensibles, ult\u00e9rieurement d\u00e9natur\u00e9 et inexactement rapport\u00e9. En bref, la question qui se pose est celle de savoir si les premi\u00e8res g\u00e9n\u00e9rations chr\u00e9tiennes, boulevers\u00e9es par les terribles \u00e9v\u00e9nements survenus et influenc\u00e9es ult\u00e9rieurement par la pr\u00e9dication de saint Paul commentant ces m\u00eames \u00e9v\u00e9nements, n&rsquo;ont pas interpr\u00e9t\u00e9 l&rsquo;\u00e9pisode de la derni\u00e8re C\u00e8ne comme destin\u00e9 par le Christ \u00e0 pr\u00e9figurer sa passion, sa mort et sa r\u00e9surrection, alors qu&rsquo;il n&rsquo;aurait \u00e9t\u00e9, dans sa pens\u00e9e r\u00e9elle, que la c\u00e9l\u00e9bration du rite traditionnel et quasi universel de communion avec la Vie Logo\u00efque, incarn\u00e9e dans l&rsquo;univers entier, avec cette Vie qui, par l&rsquo;interm\u00e9diaire de l&rsquo;astre solaire, figure symbolique du Logos, fait m\u00fbrir le bl\u00e9 et la vigne \u2014 le pain et le vin \u2014 nous envoie sa chaleur et sa lumi\u00e8re et, par son mouvement apparent autour de la terre, fait vivre, mourir et rena\u00eetre annuellement la nature enti\u00e8re. Ce rite en usage chez un grand nombre de peuples anciens <a id=\"ftnref17\" href=\"#ftn17\">[17]<\/a> l&rsquo;\u00e9tait aussi chez les Th\u00e9rapeutes d&rsquo;\u00c9gypte et les Ess\u00e9niens de Palestine, avec lesquels le Christianisme primitif e\u00fbt tant d&rsquo;affinit\u00e9s et de ressemblance qu&rsquo;il semble, au jugement de beaucoup de critiques, n&rsquo;avoir \u00e9t\u00e9 qu&rsquo;une r\u00e9forme de l&rsquo;Ess\u00e9nisme. Compos\u00e9 de pain et d&rsquo;eau, le repas rituel des Ess\u00e9niens avait le sens d&rsquo;un sacrifice et se pr\u00e9sentait comme une c\u00e9r\u00e9monie religieuse de communion fraternelle. Aux temps primitifs, telle semble aussi avoir \u00e9t\u00e9 la forme premi\u00e8re de la communion chr\u00e9tienne, si nous en croyons Cl\u00e9ment d&rsquo;Alexandrie, un P\u00e8re grec du II<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, lequel nous rapporte (Stromates XII) qu&rsquo;\u00e0 une \u00e9poque primitive une partie des Chr\u00e9tiens communiait sous les esp\u00e8ces du pain et de l&rsquo;eau, suivant en cela, remarque-t-il, la coutume des Ess\u00e9niens. Ailleurs encore (Paedagogium IV), il d\u00e9clare que le m\u00e9lange d&rsquo;eau et de vin dans l&rsquo;Eucharistie, m\u00e9lange qui se pratiquait en son temps, repr\u00e9sente l&rsquo;union de la loi nouvelle et de la loi ancienne. \u00ab L&rsquo;eau \u00bb. explique-t-il, \u00ab est l&rsquo;ancienne loi&#8230; le vin est le sang du Christ qui est le fondement de la loi nouvelle \u00bb. Or, c&rsquo;est l\u00e0 la doctrine m\u00eame instaur\u00e9e par saint Paul, telle qu&rsquo;elle fut rapidement g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e apr\u00e8s lui. Il semble que les Evangiles eux-m\u00eames d&rsquo;ailleurs aient conserv\u00e9 quelques traces de l&rsquo;usage primitif abandonn\u00e9, puisque Marc et Luc, nous rapportant les pr\u00e9paratifs du dernier repas, mettent dans la bouche de J\u00e9sus cette parole : \u00ab Allez en ville, vous rencontrerez un porteur d&rsquo;une cruche d&rsquo;eau, et en quelque lieu qu&rsquo;il entre, suivez-le et dites au ma\u00eetre de la maison \u00ab Le Ma\u00eetre vous envoie dire : \u00ab O\u00f9 est le lieu o\u00f9 je dois manger la P\u00e2que avec mes disciples? \u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Tout ce passage semble assez \u00e9nigmatique. Peut-\u00eatre ce d\u00e9tail de la cruche d&rsquo;eau est-il insignifiant ; peut-\u00eatre au contraire est-il une allusion \u00e0 un signe secret d&rsquo;affiliation o\u00f9 se reconnaissaient Ess\u00e9niens et Th\u00e9rapeutes. En tout cas, s&rsquo;il fut omis par Matthieu et Jean, ne serait-ce pas qu&rsquo;il fut jug\u00e9 compromettant pour la pratique nouvelle qui s&rsquo;\u00e9tait \u00e9tablie?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Ce n&rsquo;est pas que le Christ proscriv\u00eet l&rsquo;usage du vin. L&rsquo;\u00e9pisode des Noces de Cana o\u00f9 J\u00e9sus change l&rsquo;eau en vin, prouve nettement le contraire, si cet \u00e9pisode est historique toutefois, et non simplement symbolique. Aux Th\u00e9rapeutes \u00e9galement, d&rsquo;ailleurs, le vin n&rsquo;\u00e9tait pas interdit, mais au jour solennel de leur repas rituel, lequel survenait toutes les 7 semaines, c&rsquo;est-\u00e0-dire au 50<sup>e<\/sup> jour (7 x 7), la seule boisson autoris\u00e9e \u00e9tait de l&rsquo;eau pure, le seul aliment, le pain et le sel. Apr\u00e8s ce repas, nous rapporte Philon-le-Juif, ils chantaient des ch\u0153urs qui se prolongeaient toute la nuit, puis, ajoute-t-il, comme il arrive dans les f\u00eates de Bacchus, ils parviennent \u00e0 un \u00e9tat extatique, \u00ab enivr\u00e9s du vin de l&rsquo;amour de Dieu et demeure jusqu&rsquo;au matin dans cette noble ivresse \u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Le rapprochement avec les f\u00eates de Bacchus est curieux quoiqu&rsquo;il demeure douteux que l&rsquo;usage du vin p\u00fbt amener les fid\u00e8les de Bacchus \u00e0 une \u00e9gale puret\u00e9 dans l&rsquo;extase.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais pourquoi l&rsquo;usage ancien aurait-il \u00e9t\u00e9 abandonn\u00e9? Pourquoi, par cette substitution du vin \u00e0 l&rsquo;eau, le sens m\u00eame du repas rituel, c\u00e9l\u00e9br\u00e9 par j\u00e9sus, selon la coutume ess\u00e9nienne ou th\u00e9rapeute, aurait-il \u00e9t\u00e9 alt\u00e9r\u00e9, transform\u00e9 en une sorte de rite pr\u00e9figuratif de sa propre mort et du sang vers\u00e9 sur la croix ? Cette d\u00e9formation serait le r\u00e9sultat de la vieille superstition que nous avons d\u00e9j\u00e0 dit avoir \u00e9t\u00e9 partag\u00e9e par tout le monde antique, et singuli\u00e8rement par le peuple juif lui-m\u00eame, la croyance \u00e0 la vertu apaisante et propitiatoire du sang vers\u00e9 en sacrifice. Ses disciples croyaient que J\u00e9sus \u00e9tait le Messie et quand ils virent leur Ma\u00eetre livr\u00e9 au supplice ignominieux de la croix, ils crurent, apr\u00e8s l&rsquo;\u00e9v\u00e9nement et une fois revenus de leur stupeur et de leur premier abattement, que le sacrifice sanglant d&rsquo;une victime aussi illustre et innocente avait \u00e9t\u00e9 agr\u00e9able \u00e0 Dieu, le sang vers\u00e9 propitiatoire au genre humain tout entier, suivant l&rsquo;antique pr\u00e9jug\u00e9 \u00ab qu&rsquo;il \u00e9tait bon qu&rsquo;un homme mour\u00fbt pour tout le peuple \u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">C&rsquo;est donc le rapport qui fut suppos\u00e9 avoir exist\u00e9 entre les \u00e9v\u00e9nements sanglants du Calvaire et l&rsquo;\u00e9pisode de la derni\u00e8re C\u00e8ne qui explique que l&rsquo;on ait alt\u00e9r\u00e9, d\u00e9figur\u00e9, dans la suite, le sens m\u00eame du repas rituel c\u00e9l\u00e9br\u00e9 par J\u00e9sus, en faisant du pain et du vin (substitu\u00e9 \u00e0 l&rsquo;eau) les apparences symboliques et sensibles sous lesquelles le Ma\u00eetre offrait lui-m\u00eame son corps et son sang pour le salut du monde, comme si J\u00e9sus avait voulu c\u00e9l\u00e9brer \u00e0 l&rsquo;avance sa propre mort, consentie, voulue, pr\u00e9m\u00e9dit\u00e9e ! Mais o\u00f9 serait alors le crime du peuple juif ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Quoiqu&rsquo;il en soit d&rsquo;ailleurs et que la th\u00e8se ici d\u00e9fendue soit vraie ou fausse, il est trois consid\u00e9rations qui nous paraissent s&rsquo;imposer concernant l&rsquo;interpr\u00e9tation traditionnelle du banquet eucharistique.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">La premi\u00e8re, c&rsquo;est que les r\u00e9cits des Evangiles, relatifs \u00e0 cet \u00e9pisode, ne sont en somme qu&rsquo;une amplification du r\u00e9cit de saint Paul (I Cor. XI, 23-29), r\u00e9cit qui est la plus ancienne version des faits. Or saint Paul nous dit lui-m\u00eame qu&rsquo;il s&rsquo;agit pour lui d&rsquo;une r\u00e9v\u00e9lation, d&rsquo;une vision de sa part, et non d&rsquo;un r\u00e9cit bas\u00e9 sur le t\u00e9moignage d&rsquo;autrui, c&rsquo;est-\u00e0-dire des commensaux du Christ.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">La seconde remarque est que si, en d\u00e9pit de cette constatation, nous admettons tout de m\u00eame l&rsquo;historicit\u00e9 du fait, encore faudrait-il prouver que l&rsquo;\u00e9pisode a \u00e9t\u00e9 exactement rapport\u00e9 et qu&rsquo;il eut r\u00e9ellement ce caract\u00e8re proph\u00e9tique que saint Paul et les \u00c9vang\u00e9listes lui attribu\u00e8rent par la suite : car si le croyant est tenu ici d&rsquo;accepter, les yeux ferm\u00e9s, les solutions de la foi, l&rsquo;homme qui revendique le droit de r\u00e9fl\u00e9chir librement est fond\u00e9 au contraire \u00e0 se poser ces questions.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Enfin, quel qu&rsquo;ait pu \u00eatre le caract\u00e8re v\u00e9ritable de l&rsquo;\u00e9pisode de la derni\u00e8re C\u00e8ne, on peut aussi se demander si ceux-l\u00e0 m\u00eame qui nous le transmirent ne m\u00e9rit\u00e8rent pas ce reproche que le Christ adressa pr\u00e9cis\u00e9ment aux ap\u00f4tres qui ne comprirent ses paroles que dans le sens le plus \u00e9troit et le plus litt\u00e9ral. On sait les subtilit\u00e9s th\u00e9ologiques auxquelles donna lieu ult\u00e9rieurement le dogme de la transsubstantiation. Selon ce dogme, tel qu&rsquo;il fut d\u00e9fini par l&rsquo;\u00c9glise sur la foi des textes scripturaires pris \u00e0 la lettre, le pain et le vin, dans le sacrement eucharistique, perdent, par la cons\u00e9cration, leur substance propre pour \u00eatre chang\u00e9s en la substance du corps et du sang de J\u00e9sus-Christ. Ce ne sont plus d\u00e8s lors, sur l&rsquo;autel, que les apparences (les accidents) du pain et du vin, la r\u00e9alit\u00e9, la substance, c&rsquo;est le corps et le sang du Christ J\u00e9sus lui-m\u00eame. Une telle compr\u00e9hension repr\u00e9sente-t-elle bien la pens\u00e9e du Ma\u00eetre ? Dans l&rsquo;Evangile selon saint Jean (ch. VI), nous voyons que J\u00e9sus reproche \u00e0 ceux qui l&rsquo;\u00e9coutent de prendre \u00e0 la lettre et dans un sens mat\u00e9rialiste les paroles rituelles : \u00ab Celui qui mange ma chair et boit mon sang&#8230; C&rsquo;est l&rsquo;esprit qui vivifie \u00bb, ajoute-t-il, \u00ab la chair (c&rsquo;est-\u00e0-dire la lettre) ne sert de rien. Mes paroles sont esprit et vie \u00bb. Or les Chr\u00e9tiens en affirmant que le pain et le vin deviennent r\u00e9ellement, dans le sacrement, le corps et le sang du Christ, ont-ils jamais fait autre chose que de s&rsquo;attacher \u00e9troitement au sens litt\u00e9ral des paroles rituelles, au lieu d&rsquo;en saisir l&rsquo;esprit, c&rsquo;est-\u00e0-dire le sens symbolique ou spirituel?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais comment comprendre alors l&rsquo;\u00e9pisode du banquet eucharistique, si nous envisageons la double hypoth\u00e8se qu&rsquo;il s&rsquo;agit l\u00e0 r\u00e9ellement d&rsquo;un \u00e9pisode historique et, d&rsquo;autre part, que les versions \u00e9vang\u00e9liques de l&rsquo;\u00e9pisode sont suspectes de l&rsquo;interpr\u00e9tation tendancieuse qui fut imagin\u00e9e apr\u00e8s coup par la foi chr\u00e9tienne, influenc\u00e9e par la passion et la mort de J\u00e9sus? Et encore, nous disent les catholiques, que pourrions-nous savoir, dans cette derni\u00e8re hypoth\u00e8se, du haut myst\u00e8re c\u00e9l\u00e9br\u00e9 par le Christ et ses ap\u00f4tres, en dehors des Ecritures qui, seules, le relatent et l&rsquo;interpr\u00e8tent?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Pour nous qui croyons sinc\u00e8rement que, derri\u00e8re les rites, les pratiques, les dogmes religieux, se cache presque toujours une v\u00e9rit\u00e9 premi\u00e8re, alt\u00e9r\u00e9e ou d\u00e9form\u00e9e, ainsi que nous l&rsquo;avons dit, nous estimons que pour comprendre le caract\u00e8re vrai, original, du myst\u00e8re c\u00e9l\u00e9br\u00e9 par le Christ, il nous faut, une fois de plus ici, mettre l&rsquo;\u00e9pisode en rapport avec les rites similaires des Myst\u00e8res antiques, en lesquels l&rsquo;agap\u00e8, ou banquet rituel, \u00e9tait soit un rite symbolique, soit une \u00e9tape initiatique de ces myst\u00e8res.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Nous avons dit aussi les rapports \u00e9troits que J\u00e9sus semblait avoir nou\u00e9s avec les Ess\u00e9niens et les Th\u00e9rapeutes et le grand r\u00f4le que jouait dans ces associations pieuses le banquet rituel. Or, il semble que dans le Christianisme primitif, le banquet eucharistique ait pr\u00e9sent\u00e9 ce m\u00eame caract\u00e8re d&rsquo;un repas pris en commun, tel qu&rsquo;il se c\u00e9l\u00e9brait chez les Ess\u00e9niens et les Th\u00e9rapeutes. Ne voyons-nous pas en effet saint Paul, dans sa premi\u00e8re \u00e9pitre aux Corinthiens, reprocher aux fid\u00e8les de cette \u00c9glise d&rsquo;avilir et de d\u00e9naturer le \u00ab repas du Seigneur \u00bb en venant en h\u00e2te, chacun, manger son repas en particulier sans attendre les autres, et en se permettant des exc\u00e8s de table, de fa\u00e7on, dit-il, que les uns ne trouvent pas \u00e0 manger \u00e0 leur faim (?) , tandis que les autres ont fait bombance (I Cor. XI, 22, 33-34). M\u00eame en faisant abstraction de ceux qui commettent ces exc\u00e8s, un repas rituel o\u00f9 chacun peut l\u00e9gitimement manger \u00e0 sa faim, voil\u00e0 qui ne cadre gu\u00e8re avec le sacrement de communion, tel qu&rsquo;on le comprend aujourd&rsquo;hui !<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Le sens du banquet rituel dans les myst\u00e8res anciens, et tel que le concevait vraisemblablement J\u00e9sus lui-m\u00eame en le c\u00e9l\u00e9brant avec les ap\u00f4tres, \u00e9tait en rapport \u00e9troit avec l&rsquo;id\u00e9e du sacrifice divin dans la cr\u00e9ation <a id=\"ftnref18\" href=\"#ftn18\">[18]<\/a> et avec celle, ainsi que nous l&rsquo;avons dit, d&rsquo;une participation directe \u00e0 la Vie divine, \u00e0 la Vie du Logos, auquel les offrandes \u00e9taient consacr\u00e9es. Nous croyons d&rsquo;ailleurs qu&rsquo;il n&rsquo;y a pas de g\u00e9n\u00e9ration spontan\u00e9e dans les institutions et que pour comprendre le symbolisme des formes religieuses les plus \u00e9volu\u00e9es, les plus purifi\u00e9es, on ne peut les dissocier enti\u00e8rement des formes m\u00eame primitives dont elles sont graduellement d\u00e9riv\u00e9es. Celles-ci ont pu \u00eatre grossi\u00e8rement superstitieuses et d&rsquo;apparence absurde. Nous avons dit pr\u00e9c\u00e9demment qu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;arri\u00e8re-plan des superstitions se cache souvent quelque v\u00e9rit\u00e9 profonde, \u00e9sot\u00e9rique, que l&rsquo;inconscient social per\u00e7oit sans pouvoir encore se la formuler \u00e0 lui-m\u00eame, ni l&rsquo;exprimer d&rsquo;une mani\u00e8re rationnelle. Il ne doit donc pas nous \u00eatre interdit de rechercher les premiers fondements du rite de communion dans les soci\u00e9t\u00e9s les plus primitives, quelle que soit la forme rudimentaire et barbare sous laquelle ce rite, quasi universel, se retrouve alors. C&rsquo;est ainsi que nous le rencontrons d\u00e8s le stade tot\u00e9mique. Le \u00ab totem \u00bb, on le sait, repr\u00e9sente g\u00e9n\u00e9ralement un animal ou un v\u00e9g\u00e9tal, dont le clan ou la tribu porte le nom, et qui est l&rsquo;anc\u00eatre commun divinis\u00e9, dont tous les membres sont cens\u00e9s descendre. Or, tous les peuples, y compris les S\u00e9mites, ont pass\u00e9 par le stade tot\u00e9mique. L&rsquo;id\u00e9e en soi du totem est manifestement pu\u00e9rile et superstitieuse. Pourtant, il n&rsquo;est pas d\u00e9raisonnable de penser que peut-\u00eatre elle se r\u00e9f\u00e8re occultement \u00e0 quelque r\u00e9alit\u00e9 transcendantale : la parent\u00e9 universelle des \u00eatres d\u00e9riv\u00e9s d&rsquo;une m\u00eame source divine originelle et leur filiation sur l&rsquo;\u00e9chelle ascendante de la Vie. Une id\u00e9e aussi \u00e9lev\u00e9e d\u00e9passe naturellement de beaucoup le niveau de la conscience du primitif qui ne peut encore la saisir et l&rsquo;imaginer que sous la forme concr\u00e8te et na\u00efve d&rsquo;une filiation suppos\u00e9e dans une lign\u00e9e imaginaire, animale ou v\u00e9g\u00e9tale.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Quoiqu&rsquo;il en soit, pour le primitif, l&rsquo;animal ou le v\u00e9g\u00e9tal \u00ab totem \u00bb est \u00ab tabou \u00bb, c&rsquo;est-\u00e0-dire que nul ne peut le manger, mais, \u00e0 certaines \u00e9poques, apr\u00e8s un rituel de purification et un c\u00e9r\u00e9monial propitiatoire, on l&rsquo;immolait en sacrifice pour le manger en un banquet sacr\u00e9. La consommation de sa chair \u00e9tait alors cens\u00e9e faire participer chacun des convives aux vertus divines de la victime sacrifi\u00e9e.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Ces rites, si saugrenus qu&rsquo;ils paraissent, se retrouvent n\u00e9anmoins aussi \u00e0 des stades de civilisation beaucoup plus avanc\u00e9e. C&rsquo;est ainsi que les Eg\u00e9ens qui d\u00e9coupaient et mangeaient leur taureau sacr\u00e9, ou les Egyptiens qui pratiquaient des rites similaires, \u00e9taient des peuples d\u00e9j\u00e0 hautement civilis\u00e9s et cultiv\u00e9s. Sans doute, leur rite de communion semble-t-il \u00eatre, \u00e0 premi\u00e8re vue, une survivance barbare, anachronique, de l&rsquo;\u00e2ge tot\u00e9mique, par lequel ils pass\u00e8rent dans leur enfance. Si le rite a perdur\u00e9 n\u00e9anmoins, le fait ne peut s&rsquo;expliquer que s&rsquo;il est justifi\u00e9, rationnellement, par un symbolisme secret, incompris du profane. Il serait contradictoire, en effet, nous l&rsquo;avons d\u00e9j\u00e0 fait remarquer, de supposer que dans le seul domaine religieux des peuples aussi avanc\u00e9s en civilisation eussent conserv\u00e9 la mentalit\u00e9 pr\u00e9logique des primitifs. Que s&rsquo;est-il donc pass\u00e9 ? Il s&rsquo;est pass\u00e9 que chez ces peuples (\u00c9gypte, Cr\u00e8te, Perse, etc.), le rite tot\u00e9mique ne tarda pas \u00e0 se m\u00e9langer ou \u00e0 s&rsquo;exprimer en fonction du mythe solaire. L&rsquo;anc\u00eatre commun, c&rsquo;est le d\u00e9miurge, repr\u00e9sent\u00e9 par le soleil. Le Dieu-Soleil est alors figur\u00e9, suivant les \u00e9poques et les pays, soit par un taureau, soit par un b\u00e9lier ou les poissons (Oann\u00e8s &#8211; Vichnou), selon le signe correspondant du Zodiaque, dans lequel se trouve le soleil \u00e0 l&rsquo;\u00e9quinoxe du printemps (P\u00e2ques). On croit d\u00e8s lors participer \u00e0 la vie divine du Cosmos, en consommant ce jour-l\u00e0, dans un repas rituel, l&rsquo;animal symbole, le taureau ou le b\u00e9lier sacr\u00e9 (l&rsquo;agneau pascal), immol\u00e9 en sacrifice. La fr\u00e9quence et les modalit\u00e9s du rite pouvaient naturellement varier grandement, s&rsquo;avilir de superstitions grossi\u00e8res, mais il semble que la m\u00eame signification occulte ait \u00e9t\u00e9 \u00e0 l&rsquo;origine de toutes ces pratiques et ait pr\u00e9sid\u00e9 \u00e0 leur instauration premi\u00e8re. Si donc le b\u0153uf sacr\u00e9 \u00e9tait noy\u00e9 au bout de 25 ans dans une fontaine sacr\u00e9e, consacr\u00e9e au soleil <a id=\"ftnref19\" href=\"#ftn19\">[19]<\/a>, si le taureau sacr\u00e9 \u00e9tait d\u00e9coup\u00e9 en morceaux et mang\u00e9 en Cr\u00e8te <a id=\"ftnref20\" href=\"#ftn20\">[20]<\/a>, s&rsquo;il \u00e9tait \u00e9gorg\u00e9 en Perse par les pr\u00eatres de Mithra, si l&rsquo;agneau pascal \u00e9tait rituellement abattu et consomm\u00e9 par les H\u00e9breux, c&rsquo;\u00e9taient l\u00e0, aux yeux des initi\u00e9s, de pures c\u00e9r\u00e9monies symboliques, comm\u00e9moratives du sacrifice divin qu&rsquo;impliquait la \u00ab r\u00e9surrection \u00bb, soit le perp\u00e9tuel renouvellement de la vie dans la cr\u00e9ation universelle. D\u00e8s lors, le rite sacrificatoire, accompli selon les r\u00e8gles, \u00e9tait cens\u00e9 avoir, en vertu du symbole de la r\u00e9surrection, une vertu b\u00e9n\u00e9fique. Le sang de la victime sacrifi\u00e9e r\u00e9g\u00e9n\u00e9rait la nature \u2014 de l\u00e0 le bapt\u00eame du sang dans le mithra\u00efsme \u2014 faisait fructifier les biens de la terre, tandis que la puissance m\u00eame du Dieu solaire, que figurait l&rsquo;animal rituellement immol\u00e9, passait dans l&rsquo;\u00e2me de l&rsquo;officiant sacrificateur. Apr\u00e8s cela, la victime \u00e9tait consomm\u00e9e dans un repas de communion qui permettait \u00e0 tous les participants de b\u00e9n\u00e9ficier de sa vertu r\u00e9g\u00e9n\u00e9ratrice. Le dieu victime devenait ainsi un dieu r\u00e9dempteur ou sauveur.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Quoiqu&rsquo;il en soit et d&rsquo;o\u00f9 qu&rsquo;il vienne, nous ne pouvons que constater ce parall\u00e9lisme des croyances et pratiques dans les diverses mythologies antiques. Qu&rsquo;il s&rsquo;agisse de dieux solaires ou lunaires, ou de dieux de la v\u00e9g\u00e9tation, li\u00e9s les uns aux autres d&rsquo;ailleurs, qu&rsquo;il s&rsquo;agisse de Mardouk (Assyrie), de Thammuz (Babylone), d&rsquo;Attis (Phrygie), d&rsquo;Adonis (Syrie), d&rsquo;Osiris (\u00c9gypte), ou de Mithra (Perse), le trait le plus saillant de leur histoire mythologique, nous dit Charles Guignebert, \u00ab c&rsquo;est qu&rsquo;ils sont cens\u00e9s mourir \u00e0 une certaine \u00e9poque de l&rsquo;ann\u00e9e pour ressusciter bient\u00f4t, mettant ainsi au c\u0153ur de leur fid\u00e8les une douleur profonde et une all\u00e9gresse d\u00e9lirante \u00bb <a id=\"ftnref21\" href=\"#ftn21\">[21]<\/a>. Cette comm\u00e9moration p\u00e9riodique de la mort et de la r\u00e9surrection annuelles du dieu cosmique se c\u00e9l\u00e9brait \u00e0 deux \u00e9poques, \u00e0 l&rsquo;\u00e9quinoxe d&rsquo;automne et \u00e0 celle du printemps. Mais le plus souvent mort et r\u00e9surrection sont r\u00e9unies en la m\u00eame f\u00eate de P\u00e2ques. Elle est alors caract\u00e9ris\u00e9e par un double rite, le sacrifice de l&rsquo;animal symbole et le repas de communion.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab N&rsquo;importe quel historien des religions \u00bb, \u00e9crit \u00e0 ce propos Edouard Dujardin, \u00ab &#8230; sait aujourd&rsquo;hui quelle valeur sacramentelle les repas sacr\u00e9s ont eu dans toutes les religions, l&rsquo;\u00e9cole anthropologique a \u00e9tabli depuis longtemps qu&rsquo;en participant \u00e0 une m\u00eame nourriture, les hommes ont cru cr\u00e9er entre eux un lien, un lien mat\u00e9riel, facteur d&rsquo;un lien spirituel. On sait m\u00eame qu&rsquo;un tr\u00e8s grand nombre de ces repas sacr\u00e9s avaient pour objet l&rsquo;absorption m\u00eame de la chair du dieu \u00bb <a id=\"ftnref22\" href=\"#ftn22\">[22]<\/a>.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">S&rsquo;offusquera-t-on d&rsquo;un pareil rapprochement avec la C\u00e8ne chr\u00e9tienne ? Mais c&rsquo;est saint Paul lui-m\u00eame qui rapproche ces rites les uns des autres pour les opposer d&rsquo;ailleurs. Ne nous dit-il pas que manger les viandes consacr\u00e9es aux d\u00e9mons, c&rsquo;est communier avec eux (I Cor. X, 20), tandis que manger le pain dans le banquet eucharistique, c&rsquo;est communier avec le corps du Seigneur? (id. 16). Mais tout ceci est pareillement absurde, peut-on faire remarquer, si c&rsquo;est pris \u00e0 la lettre. Tout ceci ne d\u00e9passe pas le stade de la mentalit\u00e9 tot\u00e9mique et r\u00e9v\u00e8le une mentalit\u00e9 illogique de primitif, si cela ne renferme pas un sens \u00e9sot\u00e9rique, un myst\u00e8re connu des initi\u00e9s, ce myst\u00e8re \u00e9tant celui de l&rsquo;Unit\u00e9 de la Vie sous-jacente \u00e0 la multiplicit\u00e9 des formes et le banquet sacr\u00e9 \u00e9tant la communion symbolique des participants \u00e0 cette Vie, dont le perp\u00e9tuel sacrifice est le pouvoir r\u00e9g\u00e9n\u00e9rateur de la nature enti\u00e8re.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">J&rsquo;ai dit que le soleil fut d\u00e9sormais chez les peuples de haute civilisation la figure symbolique, non plus de la vie du clan ou de la tribu, mais de la Vie cosmique sous son double aspect cr\u00e9ateur et r\u00e9g\u00e9n\u00e9rateur. Et vraiment l&rsquo;on ne voit pas quel plus beau symbole les peuples auraient pu choisir que celui de l&rsquo;astre du jour qui distribue lib\u00e9ralement sa lumi\u00e8re et sa chaleur, fait vivre ici-bas tous les \u00eatres, m\u00fbrir les moissons et les fruits de la terre. Le fait que le m\u00eame Dieu appara\u00eet dans beaucoup de cultes anciens, tant\u00f4t comme Dieu du soleil, tant\u00f4t comme Dieu de la v\u00e9g\u00e9tation, ou comme incarn\u00e9 dans l&rsquo;animal sacr\u00e9, l&rsquo;animal-symbole, ou encore dans un homme divin, Osiris, Apollon ou Dionysos, prouve \u00e0 l&rsquo;\u00e9vidence que la seule Divinit\u00e9, \u00e9sot\u00e9riquement parlant, est la Vie cosmique qui soutient et anime pareillement toutes choses, les hommes, les animaux et les plantes. Et l&rsquo;on voit ainsi par quelle suite logique, le bl\u00e9 et la vigne, le pain et le vin, repr\u00e9sentant les fruits de la terre m\u00fbris au soleil ont \u00e9t\u00e9 pris comme les symboles naturels les mieux appropri\u00e9s de cette Vie universelle, la chair et le sang du Dieu Cosmique, du d\u00e9miurge solaire <a id=\"ftnref23\" href=\"#ftn23\">[23]<\/a>. Le polyth\u00e9isme gr\u00e9co-romain personnifia par deux divinit\u00e9s \u2014 C\u00e9r\u00e8s et Bacchus \u2014 les r\u00e9alit\u00e9s figur\u00e9es par le pain et le vin.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab Aux Ambarval\u00e8s, les f\u00eates donn\u00e9es en l&rsquo;honneur de C\u00e9r\u00e8s (D\u00e9m\u00e9ter) \u00bb, \u00e9crit H. P. Blavatsky <a id=\"ftnref24\" href=\"#ftn24\">[24]<\/a>, \u00ab l&rsquo;arval, l&rsquo;assistant du Grand Pr\u00eatre, v\u00eatu de blanc immacul\u00e9, pla\u00e7ant l&rsquo;Hostia (les offrandes du sacrifice) , un g\u00e2teau de bl\u00e9, de l&rsquo;eau et du vin, go\u00fbtait le vin des libations et le donnait \u00e0 go\u00fbter \u00e0 tous les autres. L&rsquo;oblation ou offrande \u00e9tait alors \u00e9lev\u00e9e par le Grand Pr\u00eatre. Cette offrande symbolisait les trois royaume de la nature : le g\u00e2teau de bl\u00e9, le r\u00e8gne v\u00e9g\u00e9tal, le vase du sacrifice ou calice, le r\u00e8gne min\u00e9ral, et le pall (l&rsquo;\u00e9charpe) du hi\u00e9rophante dont une extr\u00e9mit\u00e9 \u00e9tait pos\u00e9e sur la coupe contenant le vin de l&rsquo;oblation, \u00e9tait fait en pure laine blanche de toison d&rsquo;agneau \u00bb <a id=\"ftnref25\" href=\"#ftn1\">[25]<\/a>.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">A Rome, avant Numa, on pr\u00e9sentait comme offrande rien que des fruits de la terre. Mais apr\u00e8s Numa \u2014 un initi\u00e9 \u2014 les pures traditions se corrompirent et l&rsquo;usage s&rsquo;introduisit des sacrifices sanglants. Sur l&rsquo;animal offert en sacrifice, on jetait au pr\u00e9alable une p\u00e2te, faite de farine de bl\u00e9 (froment \u00e0 Rome, orge en Gr\u00e8ce) appel\u00e9e \u00ab mola \u00bb \u2014 d&rsquo;o\u00f9 le verbe immoler. Le pr\u00eatre sacrificateur go\u00fbtait ensuite le vin, en offrait aux assistants, puis le versait entre les cornes de la victime (libations). Dans le Christianisme, le Verbe assimil\u00e9 au soleil, le Christus-Sol, devient le \u00ab Messias \u00bb (de messis : moisson), celui qui fait lever les moissons, germer le bl\u00e9 et m\u00fbrir la vigne produisant le vin servant au sacrifice de la messe. J\u00e9sus se dit la vigne, et son p\u00e8re, le vigneron. C&rsquo;est de \u00ab Messis \u00bb d&rsquo;ailleurs que vient le mot de \u00ab Messe \u00bb, et c&rsquo;est toujours ce m\u00eame symbolisme solaire qui a fait donner \u00e0 l&rsquo;hostie, au pain eucharistique, dans l&rsquo;ostensoir d&rsquo;or, la forme m\u00eame du soleil \u00e9parpillant ses rayons. Et de m\u00eame que dans la religion grecque de Dionysos-Bacchus (culte orphique), ce dieu s&rsquo;offre en libations aux dieux pour que les hommes atteignent \u00e0 la f\u00e9licit\u00e9, de m\u00eame, mais par une incompr\u00e9hension \u00e9trange du caract\u00e8re symbolique du rite c\u00e9l\u00e9br\u00e9, la foi catholique nous enseigne que, dans le messe, c&rsquo;est le sang r\u00e9el du Christ qui, sous les esp\u00e8ces du vin, est offert en libations pour le salut du genre humain.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Que ce rite de communion fut un rite universel, ant\u00e9rieur au Christianisme, nous est prouv\u00e9 par la Bible elle-m\u00eame qui nous montre le personnage myst\u00e9rieux de Melchiss\u00e9dek offrir le pain et le vin \u00e0 Abraham. Le pain et le vin apparaissent comme les substituts de tous ces breuvages symboliques conf\u00e9rant l&rsquo;immortalit\u00e9 divine : l&rsquo;ambroisie, le nectar des dieux chez les Grecs, le S\u00f4ma v\u00e9dique, l&rsquo;ha\u00f4ma mazd\u00e9en, l&rsquo;hydromel des Scandinaves, etc. Chez les H\u00e9breux, disons-nous, le pain et le vin \u00e9taient joints aux offrandes animales (les pains de proposition), et le fait de consommer les objets sacrifi\u00e9s \u00e0 J\u00e9hovah impliquait alliance et communion avec Lui, nous dit saint Paul (I Cor. X, 18). Les trois parties principales de la messe qui r\u00e9sument tout ce rituel, l&rsquo;offertoire, la cons\u00e9cration et la communion, repr\u00e9sentent donc les phases d&rsquo;un c\u00e9r\u00e9monial dont le sens symbolique v\u00e9ritable fut ult\u00e9rieurement modifi\u00e9 sous l&rsquo;influence des circonstances que nous avons dites. Quelle que tardive que soit l&rsquo;interpr\u00e9tation que lui donn\u00e8rent, apr\u00e8s la mort du Ma\u00eetre, saint Paul et les premiers Chr\u00e9tiens, on peut donc admettre que J\u00e9sus ne fit, dans l&rsquo;\u00e9pisode de la C\u00e8ne, que c\u00e9l\u00e9brer, dans son sens antique et traditionnel, le rite de la communion sous les esp\u00e8ces du pain et du vin, symboles de la Vie divine qui anime toute chose de son souffle cr\u00e9ateur. Et que, de m\u00eame que le Hi\u00e9rophante des Myst\u00e8res, unifi\u00e9 \u00e0 son Dieu, parlait en son nom, de m\u00eame j\u00e9sus, un avec son P\u00e8re, Grand Pr\u00eatre du Dieu cosmique, dit \u00e0 ses ap\u00f4tres, en leur pr\u00e9sentant les mets rituels : \u00ab Prenez et mangez, ceci est mon Corps, ceci est mon Sang \u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Une pareille ex\u00e9g\u00e8se \u00e9sot\u00e9rique devrait s&rsquo;appliquer \u00e0 tous les dogmes du Christianisme pour p\u00e9n\u00e9trer la v\u00e9ritable signification spirituelle de ceux-ci. Ainsi la religion de l&rsquo;Esprit vivant pourrait-elle triompher du f\u00e9tichisme de la lettre morte qui pr\u00e9vaut aujourd&rsquo;hui. Ainsi la mati\u00e8re religieuse deviendrait-elle un aliment assimilable \u00e0 l&rsquo;esprit et au c\u0153ur de l&rsquo;homme, vraiment digne du nom d&rsquo;homme. Ainsi la foi religieuse, illumin\u00e9e par l&rsquo;inspiration spirituelle \u2014 la gr\u00e2ce int\u00e9rieure \u2014 refoulerait-elle dans l&rsquo;ombre la croyance fanatique, irrationnelle, qui r\u00e8gne souverainement dans tous les milieux chr\u00e9tiens, et qui n&rsquo;est, \u00e0 tout prendre, qu&rsquo;une attitude but\u00e9e, obstin\u00e9e, de l&rsquo;esprit, faite de superstition craintive et de pr\u00e9jug\u00e9 aveugle.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Faut-il ajouter qu&rsquo;un travail identique devrait \u00eatre entrepris \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard des mythes, l\u00e9gendes, croyances, des religions antiques. Le vrai catholicisme, en effet, est \u00e9sot\u00e9rique, universaliste, et transcende toutes les religions positives qui se sont succ\u00e9d\u00e9es dans l&rsquo;Histoire. Mais un tel travail exc\u00e9derait manifestement tant les limites de ce livre que les capacit\u00e9s de son auteur. L&rsquo;\u0153uvre n\u00e9anmoins serait bien digne de tenter quelqu&rsquo;\u00e9rudit de l&rsquo;avenir qui joindrait \u00e0 ses qualit\u00e9s d&rsquo;historien et de psychologue, celles, beaucoup plus rares encore, de l&rsquo;initi\u00e9. Ainsi serait reconstitu\u00e9e l&rsquo;unit\u00e9 \u00e9sot\u00e9rique de la R\u00e9v\u00e9lation primitive.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<hr style=\"text-align: justify;\" size=\"1\" \/>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a id=\"ftn1\" href=\"#ftnref1\">[1]<\/a> A l&rsquo;exception pourtant de l&rsquo;enseignement des anciens Myst\u00e8res (Egypte, Gr\u00e8ce, etc.) qui \u00e9tait secret, ainsi que nous le verrons.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a id=\"ftn2\" href=\"#ftnref2\">[2]<\/a> La personnalit\u00e9 remarquable mais si complexe d&rsquo;H. P. Blavatsky a \u00e9t\u00e9 l&rsquo;objet de calomnies, d&rsquo;attaques injustes et furieuses, de rancunes aussi et de moqueries, inspir\u00e9es par la haine compr\u00e9hensible de tous ceux dont, sans m\u00e9nagements, elle attaquait les croyances et les pr\u00e9jug\u00e9s, et dont, th\u00e9ologiens ou savants, elle \u00e9branlait le cr\u00e9dit et le prestige dans le monde. A ceux qui voudraient \u00eatre renseign\u00e9s exactement sur cette grande \u00e2me, sur sa science profonde et myst\u00e9rieuse, sur son v\u00e9ritable caract\u00e8re, nous ne pouvons que recommander ici le beau volume biographique que lui a consacr\u00e9 William Kingsland, un auteur anglais de valeur qui l&rsquo;a intimement connue : \u00ab The real H. P. Blavatsky \u00bb. (London, John Watkins, 1928.)<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a id=\"ftn3\" href=\"#ftnref3\">[3]<\/a> Revue \u00ab Lucifer \u00bb, avril 1891.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a id=\"ftn4\" href=\"#ftnref4\">[4]<\/a> \u0152uvres compl\u00e8tes de J. de Maistre (vol. V, p. 239 \u2014 1884).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a id=\"ftn5\" href=\"#ftnref5\">[5]<\/a> Des Dieux et du Monde.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a id=\"ftn6\" href=\"#ftnref6\">[6]<\/a> Dans le \u00ab Figaro Litt\u00e9raire \u00bb, art.  d&rsquo;Andr\u00e9 Rousseaux \u00ab Platon et les myst\u00e8res d&rsquo;Eleusis \u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a id=\"ftn7\" href=\"#ftnref7\">[7]<\/a> Critique du livre de G. M\u00e9autis : \u00ab Platon vivant \u00bb (Albin Michel).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a id=\"ftn8\" href=\"#ftnref8\">[8]<\/a> Le bandeau (strophion) et la robe de pourpre \u00e9taient \u00ab les signes de l&rsquo;initiation sacerdotale \u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a id=\"ftn9\" href=\"#ftnref9\">[9]<\/a> Lactance reconnaissait, au IV<sup>e<\/sup> si\u00e8cle de notre \u00e8re, que les livres herm\u00e9tiques \u00e9taient consid\u00e9r\u00e9s comme documents authentiques de l&rsquo;ancienne th\u00e9ologie des \u00c9gyptiens et, de nos jours, le d\u00e9chiffrement des hi\u00e9roglyphes confirme le bien-fond\u00e9 de cette assertion. Cfr Louis M\u00e9nard : <em>Herm\u00e8s Trism\u00e9giste<\/em>. Introduction, et Moret : <em>Myst\u00e8res \u00c9gyptiens<\/em>, ch. II.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a id=\"ftn10\" href=\"#ftnref10\">[10]<\/a> R. Steiner : \u00ab Le myst\u00e8re chr\u00e9tien et les myst\u00e8res antiques \u00bb (Perrin).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a id=\"ftn11\" href=\"#ftnref11\">[11]<\/a> \u00ab Les Myst\u00e8res d&rsquo;\u00c9leusis \u00bb, par G. M\u00e9autis, professeur \u00e0 l&rsquo;Universit\u00e9 de Ne\u00fbchatel (Ed. La Baconni\u00e8re).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a id=\"ftn12\" href=\"#ftnref12\">[12]<\/a> \u00ab L&rsquo;Inde avant le Bouddha \u00bb (Flammarion).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a id=\"ftn13\" href=\"#ftnref13\">[13]<\/a> \u00ab Doctrine secr\u00e8te \u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a id=\"ftn14\" href=\"#ftnref14\">[14]<\/a> Au surplus, quelle injustice et quelle partialit\u00e9 de la part du Cr\u00e9ateur, faisant na\u00eetre une moiti\u00e9 de l&rsquo;humanit\u00e9 sous une loi de perdition et l&rsquo;autre moiti\u00e9 sous celle de la R\u00e9demption.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a id=\"ftn15\" href=\"#ftnref15\">[15]<\/a> A. Besant : \u00ab La G\u00e9n\u00e9alogie de l&rsquo;Homme \u00bb (Public. th\u00e9osophiques Paris).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a id=\"ftn16\" href=\"#ftnref16\">[16]<\/a> \u00ab La sagesse antique \u00e0 travers les \u00e2ges \u00bb (Art ind\u00e9pendant).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a id=\"ftn17\" href=\"#ftnref17\">[17]<\/a> Dans la maison des Myst\u00e8res, \u00e0 Pomp\u00e9i, les fresques repr\u00e9sentent vraisemblablement les rites ou les \u00e9tapes de l&rsquo;initiation orphique : la prise d&rsquo;habit (Syndon), la cat\u00e9ch\u00e8se, l&rsquo;agape ou communion, l&rsquo;annonciation, la passion (flagellation) , pr\u00e9ludes \u00e0 la mort et \u00e0 la r\u00e9surrection.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a id=\"ftn18\" href=\"#ftnref18\">[18]<\/a> Vraisemblablement, pour comm\u00e9morer le sacrifice primordial du Logos, lequel pour \u00e9voluer le monde a consenti \u00e0 limiter son infinitude dans les limites de la cr\u00e9ation.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a id=\"ftn19\" href=\"#ftnref19\">[19]<\/a> On sait que par suite du mouvement r\u00e9trograde apparent du ciel (pr\u00e9cession des \u00e9quinoxes) le soleil semble entrer tous les 2.160 ans environ dans un autre signe du Zodiaque. Il lui faut ainsi 25.000 et des ans pour faire le tour complet de la zone zodiacale. Ce chiffre de 25.000 ans, c&rsquo;est la grande ann\u00e9e solaire, la grande ann\u00e9e selon Platon, consid\u00e9r\u00e9e dans toute l&rsquo;antiquit\u00e9, Egypte, Gr\u00e8ce, Chald\u00e9e, Inde, comme le cycle le plus important. Le chiffre 25 \u00e9tait, peut-\u00eatre pour cette raison, pris comme symbole de la grande ann\u00e9e solaire.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a id=\"ftn20\" href=\"#ftnref20\">[20]<\/a> Suivant la fable grecque, Zeus, le Dieu du Ciel, s&rsquo;\u00e9tait, sous le nom de Dionysos, incarn\u00e9 dans un taureau qui fut tu\u00e9, d\u00e9pec\u00e9 et mang\u00e9 par les Titans. Ce n&rsquo;est \u00e9videmment pas pour comm\u00e9morer un tel crime pour lequel les Titans furent foudroy\u00e9s que les mystes de Dionysos agissent de m\u00eame en tuant et en mangeant leur taureau sacr\u00e9 : mais c&rsquo;est parce que ce qui est un crime dans la fable est au contraire devenu pour eux un sacrifice rituel qui leur permet de communier avec la Vie divine, myst\u00e9rieusement incluse dans le symbole consacr\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a id=\"ftn21\" href=\"#ftnref21\">[21]<\/a> \u00ab Le Christianisme antique \u00bb (Flammarion).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a id=\"ftn22\" href=\"#ftnref22\">[22]<\/a> \u00ab Grandeur et d\u00e9cadence de la Critique \u00bb (Messein).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a id=\"ftn23\" href=\"#ftnref23\">[23]<\/a> Les f\u00eates en l&rsquo;honneur d&rsquo;Apollon, Dieu solaire, fils du Dieu supr\u00eame (Ze\u00fbs), \u00e9tait dans la mythologie grecque, c\u00e9l\u00e9br\u00e9es par une h\u00e9catombe solennelle de 100 t\u00eates de b\u00e9tail qui donna son nom au mois de juillet : \u00ab Hecatomb\u00e9on \u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a id=\"ftn24\" href=\"#ftnref24\">[24]<\/a> \u00ab Les origines du rituel dans l&rsquo;\u00c9glise et la Ma\u00e7onnerie \u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a id=\"ftn25\" href=\"#ftnref25\">[25]<\/a> C&rsquo;est l&rsquo;origine du \u00ab pallium \u00bb port\u00e9 par le Pape, et qui est pareillement fait de laine blanche, bord\u00e9e de croix.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Nous parlons de sagesse \u00e9sot\u00e9rique mais n&rsquo;entendons nullement donner \u00e0 ce terme le sens de secret. 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