{"id":89,"date":"2008-08-13T00:00:00","date_gmt":"2008-08-13T00:00:00","guid":{"rendered":"http:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/?p=89"},"modified":"2010-01-11T15:06:29","modified_gmt":"2010-01-11T14:06:29","slug":"le-chan-par-robert-linssen","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/le-chan-par-robert-linssen\/","title":{"rendered":"Le Ch&#39;an par Robert Linssen"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\">(Extrait de l\u2019Univers de la Parapsychologie et de l\u2019\u00c9sot\u00e9risme dirig\u00e9 par Jean-Louis Victor, Tome 6, \u00e9ditions Martinsart, 1976)<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Origines du zen authentique<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L&rsquo;essor consid\u00e9rable et soudain du bouddhisme zen en Occident a eu pour cons\u00e9quences diverses d\u00e9viations et tendances de m\u00e9langes ou synth\u00e8ses dont l&rsquo;esprit et les pratiques sont en opposition radicale avec la puret\u00e9 des enseignements originels. Ceux-ci sont tr\u00e8s diff\u00e9rents de la plupart des sectes du zen japonais. Telles sont les raisons pour lesquelles les sp\u00e9cialistes en la question, tels Wei Wu Wei et Fung Yu Lan pr\u00e9f\u00e8rent se r\u00e9f\u00e9rer aux enseignements du bouddhisme Ch\u2019an de la Voie abrupte tels qu&rsquo;ils furent donn\u00e9s par les grands patriarches et ma\u00eetres de la Chine antique. Ces enseignements sont fort \u00e9loign\u00e9s des diverses \u00e9coles zen de facilit\u00e9, accordant une importance majeure aux exercices physiques, aux postures, aux rituels mais n\u00e9gligeant toute la priorit\u00e9 que les ma\u00eetres de l&rsquo;\u00c9veil authentique recommandent d&rsquo;accorder au niveau spirituel pour la dissolution du mirage de l&rsquo;ego et la d\u00e9livrance des vices de fonctionnement du mental.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le zen japonais \u00e9tant une \u00e9manation tardive du bouddhisme Ch\u2019an de la Chine et celui-ci \u00e9tant une synth\u00e8se du bouddhisme mahayana indien (le Grand V\u00e9hicule) et du tao\u00efsme, une br\u00e8ve esquisse historique est n\u00e9cessaire afin d&rsquo;\u00e9viter toute confusion.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le Bouddha naquit \u00e0 Kapilavastu, capitale du royaume des Cakyas vers l&rsquo;an 560 avant notre \u00e8re. Le terme bouddha ne d\u00e9signe ni un dieu ni une personne. Il signifie \u00ab \u00e9veill\u00e9 \u00bb. Tout \u00eatre humain qui se conna\u00eet pleinement r\u00e9alise la bouddh\u00e9it\u00e9 ou \u00e9tat d&rsquo;\u00e9veil naturel, d\u00e9sign\u00e9 par le mot Nirv\u00e2na dans le bouddhisme indien et par le mot Satori dans le zen japonais. Les sp\u00e9cialistes du bouddhisme contestent le bien-fond\u00e9 d&rsquo;une notion g\u00e9n\u00e9ralement admise en Occident : la notion de fondateur de religion.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ainsi que l&rsquo;\u00e9crit le professeur D. T. Suzuki : \u00ab Le bouddhisme n&rsquo;est pas sorti tout arm\u00e9 du cerveau du Bouddha comme Pallas Ath\u00e9n\u00e9e du cerveau de Zeus. Dans la mesure o\u00f9 le bouddhisme est une religion vivante et non pas une momie historique bourr\u00e9e de mat\u00e9riaux morts et d\u00e9nu\u00e9s d&rsquo;utilit\u00e9, il doit \u00eatre capable d&rsquo;absorber et d&rsquo;assimiler tout ce qui vient en aide \u00e0 sa croissance. C&rsquo;est ce qu&rsquo;il y a de plus naturel pour n&rsquo;importe quel organisme dou\u00e9 de vie \u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le Bouddha, nous d\u00e9clarent les ma\u00eetres, n&rsquo;a jamais eu l&rsquo;intention de fonder une religion organis\u00e9e dont les enseignements soient rigidement codifi\u00e9s. Les quatre v\u00e9rit\u00e9s essentielles enseign\u00e9es par le Bouddha sont r\u00e9sum\u00e9es par la tradition populaire comme suit:<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">1\u00b0 Constatation de la souffrance.<br \/>\n2\u00b0 D\u00e9signation de l&rsquo;existence et de l&rsquo;ignorance comme causes de la souffrance.<br \/>\n3\u00b0 Possibilit\u00e9 d&rsquo;\u00eatre d\u00e9livr\u00e9 de la souffrance.<br \/>\n4\u00b0 Chemin \u00e0 parcourir.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le Bouddha pr\u00eacha en Inde durant plus de 50 ann\u00e9es \u00e0 une \u00e9poque o\u00f9 dominaient encore les superstitions, les derniers vestiges de la p\u00e9riode sacrificielle des Veda. Il \u00e9non\u00e7a un enseignement tr\u00e8s d\u00e9pouill\u00e9, d\u00e9gag\u00e9 de tout rituel, de toute magie. Des sp\u00e9cialistes, tels A. David-Neel et le Dr Andr\u00e9 Migot enseignent que contrairement \u00e0 ce qu&rsquo;affirment certains auteurs, les anc\u00eatres du Bouddha et des Cakyas n&rsquo;\u00e9taient pas des Indiens mais des Mongols. Le d\u00e9roulement des faits historiques semble confirmer cette version. Il existe une psychologie indo-europ\u00e9enne assez diff\u00e9rente de la psychologie mongole et chinoise. La premi\u00e8re est plus affective que la seconde. Le caract\u00e8re tr\u00e8s d\u00e9pouill\u00e9 des enseignements du Bouddha n&rsquo;a pu conqu\u00e9rir de fa\u00e7on permanente les milieux religieux indiens. Apr\u00e8s avoir inspir\u00e9 l&rsquo;un des empires les plus spiritualis\u00e9s de l&rsquo;histoire, sous le r\u00e8gne d&rsquo;A\u00e7oka, entre 274 et 237 avant notre \u00e8re, le bouddhisme fut pers\u00e9cut\u00e9 en Inde.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C&rsquo;est en l&rsquo;an 65 de notre \u00e8re que deux moines indiens Matanga et Bhorana l&rsquo;introduisirent en Chine dans la ville de Lloyang, o\u00f9 quelque temps plus tard, il devait se m\u00ealer progressivement au tao\u00efsme, pour former le Ch\u2019an.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le tao\u00efsme a eu son origine lors de la r\u00e9daction du Tao Te Ching par le philosophe et sage chinois Lao-Tseu qui naquit vers 570 av. J.-C. dans le royaume de Tch&rsquo;en. Les lettr\u00e9s chinois nous assurent que Lao-Tseu avait \u00e9crit une \u0153uvre beaucoup plus vaste mais elle s&rsquo;est compl\u00e8tement \u00e9gar\u00e9e. Parmi les tao\u00efstes les plus importants, il convient de citer Chouang-Tseu (env. 350 av. J.C.) et Lie-Tseu.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Naissance du Ch\u2019an<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">A l&rsquo;\u00e9poque o\u00f9 le bouddhisme s&rsquo;introduisit en Chine, la religion dominante du peuple chinois r\u00e9sultait d&rsquo;un syncr\u00e9tisme de provenance complexe o\u00f9 l&rsquo;on trouve m\u00eal\u00e9s des \u00e9l\u00e9ments du tao\u00efsme et du confucianisme. Le courant dominant de la pens\u00e9e chinoise \u00e9tait repr\u00e9sent\u00e9 par l&rsquo;\u00c9cole de Lao Chang, \u00e0 laquelle succ\u00e9da l&rsquo;\u00c9cole mystique. Cette derni\u00e8re prit naissance et se d\u00e9veloppa pendant l&rsquo;\u00e8re Wei et Chin, entre les IIIe et IVe si\u00e8cles. Toutes deux subirent l&rsquo;influence des ma\u00eetres du tao\u00efsme : Lao Tseu et surtout de Chang-Tseu. L&rsquo;influence du confucianisme n&rsquo;\u00e9tait pas compl\u00e8tement exclue.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L&rsquo;\u00c9cole mystique chinoise fut suivie par l&rsquo;\u00c9cole dite de la lumi\u00e8re int\u00e9rieure. Telle fut la premi\u00e8re appellation de ce qui fut appel\u00e9 plus tard le bouddhisme Ch\u2019an. Celui-ci apparut vers la fin du IVe si\u00e8cle et inaugura son entr\u00e9e dans l&rsquo;histoire par les travaux et commentaires du ma\u00eetre Tao-An (312-385). Ces commentaires furent en grande partie possibles gr\u00e2ce au labeur inlassable d&rsquo;un grand lettr\u00e9 indien, Kumarajiva (343-413) qui traduisit les Prajnap\u00e2ramit\u00e2 S\u00fbtra en chinois.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La partie la plus importante de l&rsquo;histoire du bouddhisme Ch\u2019an se situe entre la p\u00e9riode Kumarajiva (343-413) et la fin de la p\u00e9riode T&rsquo;ang (env. 618-907).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Tao-An (312-385) eut deux successeurs : Tao-Cheng (360-434) et Seng-Chao (384-414) que de nombreux sp\u00e9cialistes consid\u00e8rent comme les v\u00e9ritables fondateurs du bouddhisme Ch\u2019an qui, transform\u00e9 au Japon, devint le bouddhisme zen. Tous trois \u00e9taient de fervents partisans de la Voie abrupte. Leur pens\u00e9e \u00e9tait une synth\u00e8se du tao\u00efsme et du bouddhisme mais ils se r\u00e9f\u00e8rent tr\u00e8s fr\u00e9quemment aux \u00e9crits tao\u00efstes de Lao-Tseu et de Chouang-Tseu. Seng-Chao (384-414) se consacrait \u00e0 la copie des textes de Confucius et de Lao-Tseu. Il se convertit au bouddhisme apr\u00e8s lecture du Vimalakirti S\u00fbtra.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les enseignements de Tao-Cheng et Seng-Chao \u00e9taient empreints d&rsquo;une grande \u00e9l\u00e9vation spirituelle et t\u00e9moignaient d&rsquo;un \u00e9veil int\u00e9rieur authentique. Ils se r\u00e9sumaient en trois points essentiels.<br \/>\nPremi\u00e8rement: importance de la gratuit\u00e9 de tout acte de contemplation, de toute m\u00e9ditation Tout acte spirituel ou mat\u00e9riel doit \u00eatre affranchi d&rsquo;un d\u00e9sir de r\u00e9compense. La raison de cette recommandation n&rsquo;est pas d&rsquo;ordre moral mais d&rsquo;ordre psychologique et spirituel. Elle r\u00e9sulte de la n\u00e9cessit\u00e9 d&rsquo;une convergence de toutes les \u00e9nergies de la conscience dans la momentan\u00e9it\u00e9 de chaque instant. Elle est \u00e9galement une cons\u00e9quence des enseignements relatifs au caract\u00e8re illusoire du moi. Les enseignements d\u00e9clarent textuellement que \u00ab l&rsquo;accomplissement de bonnes actions en vue d&rsquo;une r\u00e9compense est m\u00e9ritoire uniquement dans le cadre de l&rsquo;\u00e9ph\u00e9m\u00e8re apparence qu&rsquo;est le moi. Elle encourage les ignorants qui croient \u00e0 son existence \u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Deuxi\u00e8me point fondamental. L\u2019illumination spirituelle ou \u00e9veil int\u00e9rieur est une exp\u00e9rience intemporelle, abrupte et soudaine. En d&rsquo;autres termes, la d\u00e9couverte de notre nature v\u00e9ritable n&rsquo;est pas l&rsquo;objet d&rsquo;un travail accumulatif ni d&rsquo;un processus progressif ou graduel. Le caract\u00e8re soudain de l&rsquo;\u00e9veil spirituel est l&rsquo;une des caract\u00e9ristiques du bouddhisme Ch\u2019an de la Voie abrupte. Il s&rsquo;agit d&rsquo;une v\u00e9ritable mutation psychologique au cours de laquelle la conscience personnelle r\u00e9alisant la passivit\u00e9 d&rsquo;un silence mental parfait, re\u00e7oit les impulsions cr\u00e9atrices de la conscience cosmique. Celle-ci porte des noms diff\u00e9rents suivant les auteurs : le non-mental, le corps de Bouddha, le Dharma Kaya, le corps de v\u00e9rit\u00e9, la base du monde.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les ma\u00eetres du Ch\u2019an d\u00e9signent cette exp\u00e9rience fondamentale \u00e0 l&rsquo;aide de trois mots \u00e0 la fois simples et r\u00e9v\u00e9lateurs : \u00ab Retourner chez soi&#8230; \u00bb \u00ab Vous vous \u00eates retrouv\u00e9 maintenant ! d\u00e9clare l&rsquo;instructeur Ch\u2019an \u00e0 son \u00e9l\u00e8ve. Rien ne vous a jamais manqu\u00e9. Seule, une distraction fondamentale et un vice de fonctionnement de votre mental masquait \u00e0 vos yeux la nature de votre \u00eatre r\u00e9el&#8230; \u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Troisi\u00e8me point fondamental : la nature de Bouddha ou corps de v\u00e9rit\u00e9 existe dans le c\u0153ur de tout \u00eatre humain et forme la r\u00e9alit\u00e9 essentielle des choses et des \u00eatres dans l&rsquo;univers entier.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les enseignements essentiels de l&rsquo;\u00c9cole de la lumi\u00e8re int\u00e9rieure (le bouddhisme Ch\u2019an) sont r\u00e9sum\u00e9s dans les \u0153uvres d&rsquo;un auteur contemporain de Tao Cheng et de Seng-Chao : le ma\u00eetre Hui Yuan (334-416). Ces \u00e9crits sont intitul\u00e9s : Discussions illustrant le processus des r\u00e9compenses. Les cinq points fondamentaux du bouddhisme Ch\u2019an s&rsquo;y trouvent expos\u00e9s et peuvent \u00eatre r\u00e9sum\u00e9s comme suit :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">1\u00b0 Le principe fondamental de l&rsquo;univers et des \u00eatres humains est inexprimable et impensable.<br \/>\n2\u00b0 Le perfectionnement spirituel ne peut \u00eatre cultiv\u00e9, c&rsquo;est-\u00e0-dire qu&rsquo;il ne peut \u00eatre l&rsquo;objet d&rsquo;un acte de volont\u00e9 accumulative du moi ni de ses constructions mentales, par le fait que ce moi n&rsquo;est qu&rsquo;illusion et ignorance.<br \/>\n3\u00b0 En derni\u00e8re analyse, lors de l&rsquo;\u00e9veil int\u00e9rieur, rien n&rsquo;est atteint. Nous avons toujours \u00e9t\u00e9 et nous sommes, sans le savoir, la r\u00e9alit\u00e9 supr\u00eame, le corps de Bouddha. Seule, une distraction fondamentale nous prive de la vision de la soi-nature.<br \/>\n4\u00b0\u00a0 II n&rsquo;y a rien d&rsquo;autre qui soit vraiment important dans le bouddhisme.<br \/>\n5\u00b0\u00a0 Le simple fait de puiser de l&rsquo;eau et de casser du bois renferme le merveilleux myst\u00e8re du Tao.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pour l&rsquo;ignorant, prisonnier de ses fausses identifications mentales et de son \u00e9go\u00efsme, le fait de puiser de l&rsquo;eau est accompagn\u00e9 de l&rsquo;\u00e9tat de conscience l\u00e9thargique, conflictuel inh\u00e9rent aux confections mentales erron\u00e9es. Pour l&rsquo;\u00e9veill\u00e9, chaque geste ext\u00e9rieur, apparemment ordinaire, se r\u00e9alise dans une transparence int\u00e9rieure et une disponibilit\u00e9 extraordinaires.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">A la fin du Ve si\u00e8cle, le moine bouddhiste indien Bodhidharma (480-528 ou 535) vint s&rsquo;\u00e9tablir en Chine. Il est l&rsquo;auteur d&rsquo;une des \u0153uvres les plus remarquables du bouddhisme Ch\u2019an intitul\u00e9e La Contemplation du mur dans le Mahayana. Ses premi\u00e8res rencontres avec les \u00e9rudits chinois lui apport\u00e8rent une profonde d\u00e9ception. Il tenta de leur exposer ses conceptions en pr\u00e9sence de l&#8217;empereur Wu, mais il se heurta \u00e0 une incompr\u00e9hension compl\u00e8te. Tr\u00e8s attrist\u00e9 par ses premiers contacts, il se retira durant huit ann\u00e9es au cours desquelles il se consacra \u00e0 la m\u00e9ditation. Quittant sa solitude il reprit sa campagne en faveur d&rsquo;une renaissance du bouddhisme qu&rsquo;il consid\u00e9rait comme une exp\u00e9rience vivante d\u00e9gag\u00e9e de l&#8217;emprise des textes auxquels il lui semblait que les \u00e9rudits chinois \u00e9taient trop attach\u00e9s.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Bodhidharma d\u00e9finit alors le bouddhisme Ch\u2019an de la fa\u00e7on suivante : \u00ab Une transmission orale en dehors des \u00c9critures. Aucune d\u00e9pendance \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard des mots et des lettres. Une recherche directe vers l&rsquo;essence de l&rsquo;\u00eatre humain. La vision de sa nature r\u00e9elle et la r\u00e9alisation de l&rsquo;\u00e9veil parfait. \u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">A la diff\u00e9rence de Tao Cheng et de Seng-Chao qui se r\u00e9f\u00e9raient fr\u00e9quemment aux textes tao\u00efstes parall\u00e8lement \u00e0 ceux du bouddhisme, Bodhidharma s&rsquo;inspirait principalement des textes essentiellement bouddhistes des Prajnap\u00e2ramit\u00e2 S\u00fbtra et surtout au Lank\u00e2vat\u00e2ra S\u00fbtra.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Toute une lign\u00e9e de patriarches illustres succ\u00e9da \u00e0 Bodhidharma. Il convient de citer parmi eux Houei-k&rsquo;o (486-593) successeur de Bodhidharma et consid\u00e9r\u00e9 comme le deuxi\u00e8me patriarche. Le ma\u00eetre T&rsquo;sen T&rsquo;sang (env. 606) succ\u00e9da \u00e0 Houei-k&rsquo;o comme troisi\u00e8me patriarche. Il est l&rsquo;auteur d&rsquo;un po\u00e8me immortel : le Hsin-Hsin-Ming consid\u00e9r\u00e9 comme l&rsquo;un des meilleurs ouvrages exprimant le sens des valeurs du bouddhisme Ch\u2019an.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Notre ancien collaborateur, le savant japonais D. T. Suzuki, en a publi\u00e9 d&rsquo;excellentes traductions anglaises traduites depuis lors en fran\u00e7ais. Nous en reproduisons quelques fragments essentiels :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab La parfaite Voie ne conna\u00eet nulle difficult\u00e9.<br \/>\nSinon qu&rsquo;elle se refuse \u00e0 toute pr\u00e9f\u00e9rence.<br \/>\nCe n&rsquo;est qu&rsquo;une fois lib\u00e9r\u00e9e de la haine et de l&rsquo;amour<br \/>\nQu&rsquo;elle se r\u00e9v\u00e8le pleinement et sans masque&#8230;<br \/>\nUne diff\u00e9rence d&rsquo;un dixi\u00e8me de pouce<br \/>\nEt le ciel et la terre se trouvent s\u00e9par\u00e9s.<br \/>\nSi vous voulez voir la Parfaite Voie manifest\u00e9e<br \/>\nNe concevez aucune pens\u00e9e, ni pour elle, ni contre elle.<br \/>\nOpposer ce que vous aimez \u00e0 ce que vous n&rsquo;aimez pas.<br \/>\nVoil\u00e0 la maladie de l&rsquo;esprit.<br \/>\nLorsque le sens profond de la Voie n&rsquo;est pas compris<br \/>\nLa paix de l&rsquo;esprit est troubl\u00e9e et rien n&rsquo;est gagn\u00e9.<br \/>\nLa Voie est parfaite comme le vaste espace.<br \/>\nRien n&rsquo;y manque, rien n&rsquo;y est superflu.<br \/>\nC&rsquo;est parce que l&rsquo;on fait un choix<br \/>\nQue sa v\u00e9rit\u00e9 absolue se trouve perdue.<br \/>\nNe poursuivez pas les complications ext\u00e9rieures.<br \/>\nNe vous attardez pas dans le vide int\u00e9rieur.<br \/>\nLorsque l&rsquo;esprit reste serein dans l&rsquo;unit\u00e9 des choses<br \/>\nLe dualisme s&rsquo;\u00e9vanouit de lui-m\u00eame.<br \/>\nEt quand l&rsquo;unit\u00e9 des choses n&rsquo;est pas comprise jusqu&rsquo;au fond<br \/>\nDe deux fa\u00e7ons, la perte est support\u00e9e&#8230;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Phras\u00e9ologies, jeux de l&rsquo;intellect&#8230;<br \/>\nPlus nous nous y donnons et plus loin, nous nous \u00e9garons.<br \/>\n\u00c9loignons-nous donc de la phras\u00e9ologie et des jeux de l&rsquo;intellect&#8230;<br \/>\nEt il n&rsquo;est nulle place o\u00f9 nous ne puissions librement passer.<br \/>\nAu moment o\u00f9 nous sommes illumin\u00e9s en nous-m\u00eames<br \/>\nNous d\u00e9passons le vide du monde qui s&rsquo;oppose \u00e0 nous.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">N&rsquo;essayez pas de chercher la v\u00e9rit\u00e9&#8230;<br \/>\nCessez simplement de vous attacher \u00e0 des opinions.<br \/>\nNe vous attardez pas dans le dualisme.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L\u00e2chez prise&#8230; laissez les choses comme elles peuvent \u00eatre.<br \/>\nOb\u00e9issez \u00e0 la nature des choses&#8230;<br \/>\nEt vous \u00eates en accord avec la Voie.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Si un \u0153il ne tombe jamais endormi<br \/>\nTous les r\u00eaves cesseront d&rsquo;eux-m\u00eames.<br \/>\nSi l&rsquo;esprit conserve son unit\u00e9<br \/>\nLes dix mille choses sont d&rsquo;une seule et m\u00eame essence.<br \/>\nLorsque le profond myst\u00e8re de cette essence est sond\u00e9<br \/>\nD&rsquo;un seul coup nous oublions les complications ext\u00e9rieures.<br \/>\nNous retournons \u00e0 l&rsquo;origine et restons ce que nous sommes.<br \/>\nOublions le pourquoi des choses<br \/>\nEt nous atteignons un \u00e9tat au-del\u00e0 de l&rsquo;analogie.<br \/>\nL&rsquo;ultime but des choses, l\u00e0 o\u00f9 elles ne peuvent aller plus loin<br \/>\nN&rsquo;est pas limit\u00e9 par des r\u00e8gles et des mesures.<br \/>\nL&rsquo;esprit en harmonie avec la Voie est le principe d&rsquo;identit\u00e9<br \/>\nO\u00f9 nous trouvons toutes les actions dans un, \u00e9tat de qui\u00e9tude.<br \/>\nRien n&rsquo;est retenu maintenant.<br \/>\nIl n&rsquo;est plus rien dont on doive se souvenir.<br \/>\nTout est vide, lucide et porte en soi un principe d&rsquo;illumination.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans le plus haut royaume de l&rsquo;essence vraie<br \/>\nIl n&rsquo;y a ni autre, ni soi. \u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ces lignes, profond\u00e9ment empreintes du climat de la plus haute int\u00e9gration spirituelle, mettent l&rsquo;accent sur la perception constante de l&rsquo;essence unique des \u00eatres et des choses, sur un affranchissement des fausses valeurs inh\u00e9rentes aux d\u00e9fauts de fonctionnement du mental, sur l&rsquo;abolition de toute dualit\u00e9 entre l&rsquo;observateur et l&rsquo;observ\u00e9, entre le sujet et les objets. C&rsquo;est \u00e0 ce niveau, que se situent les objectifs des ma\u00eetres du Ch\u2019an de la Voie abrupte. La seule pratique v\u00e9ritable a toujours consist\u00e9 et consistera toujours, nous le verrons ailleurs, \u00e0 nous d\u00e9gager de l&#8217;emprise des mirages r\u00e9sultant d&rsquo;un vice de fonctionnement de la pens\u00e9e.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">A T&rsquo;sen T&rsquo;sang (env. 606) succ\u00e9da le quatri\u00e8me patriarche : Tao-Shin (580-651), moins bien connu que son pr\u00e9d\u00e9cesseur. Le cinqui\u00e8me patriarche Hung-Jen (601-675) succ\u00e9da \u00e0 Tao-Shin. Il est consid\u00e9r\u00e9 par certains comme le p\u00e8re spirituel du c\u00e9l\u00e8bre Hui-Neng (638-713). Hui-Neng est un des rares patriarches dont les sermons sont consid\u00e9r\u00e9s, au m\u00eame titre que ceux du Bouddha, comme de v\u00e9ritable S\u00fbtra. Les \u00e9v\u00e9nements peu ordinaires qui contribu\u00e8rent \u00e0 le faire conna\u00eetre illustrent parfaitement le climat spirituel dont s&rsquo;inspiraient les ma\u00eetres du bouddhisme Ch\u2019an de la Voie abrupte. Nous verrons ult\u00e9rieurement qu&rsquo;il existait deux \u00e9coles dans le Ch\u2019an.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">D\u00e8s ses premi\u00e8res rencontres avec Hui-Neng, Hung-Jen, le cinqui\u00e8me patriarche, avait reconnu en lui un homme parfaitement \u00e9veill\u00e9. En raison de son \u00e2ge avanc\u00e9, Hung-Jen pensait aux probl\u00e8mes de la succession et souhaitait secr\u00e8tement que celle-ci soit assur\u00e9e par Hui-Neng. De grandes difficult\u00e9s restaient \u00e0 vaincre pour parvenir \u00e0 la r\u00e9alisation d&rsquo;un tel projet, et ce pour diverses raisons compr\u00e9hensibles. D&rsquo;abord, Hui-Neng \u00e9tait un complet illettr\u00e9. Il n&rsquo;\u00e9tait qu&rsquo;un simple la\u00efc d\u00e9pourvu d&rsquo;\u00e9rudition. Ensuite, le cinqui\u00e8me patriarche Hung-Jen, qui cherchait un successeur, \u00e9tait le chef d&rsquo;un grand monast\u00e8re dans lequel vivaient plus de cinq cents moines, lettr\u00e9s tr\u00e8s instruits. Certains d&rsquo;entre eux tr\u00e8s imbus de leur \u00e9rudition convoitaient secr\u00e8tement la succession du cinqui\u00e8me patriarche. Celui-ci, parfaitement conscient des difficult\u00e9s de la situation, sugg\u00e9ra \u00e0 Hui-Neng de se pr\u00e9senter au monast\u00e8re comme simple la\u00efc cherchant du travail afin de trier et broyer le riz destin\u00e9 aux moines dans les greniers du monast\u00e8re.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Apr\u00e8s quelque temps, le cinqui\u00e8me patriarche annon\u00e7a solennellement aux cinq cents moines pr\u00e9sents qu&rsquo;il d\u00e9sirait nommer un successeur. Il d\u00e9clara que tout moine qui lui pr\u00e9senterait un po\u00e8me ou une simple phrase exprimant parfaitement l&rsquo;illumination et l&rsquo;esprit profond du Ch\u2019an serait imm\u00e9diatement nomm\u00e9 sixi\u00e8me patriarche. Parmi les plus \u00e9rudits des moines, Shen-Hsiu, consid\u00e9r\u00e9 comme le plus savant de la congr\u00e9gation, composa imm\u00e9diatement les vers suivants :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab Ce corps est l&rsquo;arbre de Bodhi.<br \/>\nEt l&rsquo;esprit est comparable \u00e0 un miroir clair pos\u00e9 sur un support.<br \/>\nBalayons-le constamment.<br \/>\nEt ne laissons aucune poussi\u00e8re s&rsquo;accumuler sur lui. \u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Hung-Jen eut n\u00e9anmoins quelques doutes quant \u00e0 la valeur de ces quelques lignes, d&rsquo;autant plus qu&rsquo;un langage presque identique avait \u00e9t\u00e9 formul\u00e9 par le sage chinois Chouang-Tseu, principal disciple de Lao-Tseu. Le refus des vers de Shen-Hsiu par Hung-Jen suscita de nombreux commentaires parmi les moines. Tandis que ces derniers s&rsquo;entretenaient de l&rsquo;\u00e9v\u00e9nement, Hui-Neng qui passait par l\u00e0 demanda \u00e0 l&rsquo;un d&rsquo;eux de lui montrer l&rsquo;inscription se trouvant sur le mur de la salle des assembl\u00e9es. \u00c9tant illettr\u00e9 il demanda \u00e0 l&rsquo;un des moines de la lui lire. Apr\u00e8s, avoir \u00e9cout\u00e9 attentivement les vers de Shen-Hsiu, Hui-Neng demanda \u00e0 l&rsquo;un des moines de l&rsquo;accompagner durant la nuit et le pria d&rsquo;\u00e9crire les vers suivants :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab La Sagesse ne conna\u00eet aucun arbre qui puisse cro\u00eetre.<br \/>\nEt le miroir ne repose sur aucun support.<br \/>\nDepuis le commencement, rien n&rsquo;existe.<br \/>\nO\u00f9 la poussi\u00e8re pourrait-elle s&rsquo;accumuler?\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans les premi\u00e8res heures du jour suivant, les moines lurent avec stup\u00e9faction les vers de Hui-Neng qu&rsquo;ils jug\u00e8rent insolents. Ce n&rsquo;\u00e9tait pas l&rsquo;avis du cinqui\u00e8me patriarche. Celui-ci remit la robe et le bol de Bodhidharma \u00e0 Hui-Neng, la nuit suivante, dans le plus grand secret. Ces objets \u00e9taient consid\u00e9r\u00e9s comme les symboles de la transmission spirituelle dont Hui-Neng, maintenant sixi\u00e8me patriarche, devait \u00eatre le d\u00e9tenteur. Hui-Neng quitta discr\u00e8tement le monast\u00e8re durant la nuit. Il parcourut la Chine au cours de nombreux voyages et contribua de fa\u00e7on importante au rayonnement du bouddhisme Ch\u2019an dans ce pays.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ses commentaires se r\u00e9f\u00e9raient aux textes les plus profonds du bouddhisme mahayana et notamment aux Nirv\u00e2na, Vajracchedika et Vimalakirti S\u00fbtra. Il n&rsquo;utilisait ceux-ci qu&rsquo;\u00e0 titre d&rsquo;introduction pr\u00e9f\u00e9rant insister sur le caract\u00e8re vivant d&rsquo;une exp\u00e9rience d&rsquo;\u00e9veil int\u00e9rieur d\u00e9gag\u00e9e de toute r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 des textes. Hui-Neng mourut \u00e0 73 ans au mois d&rsquo;ao\u00fbt de l&rsquo;an 713.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Depuis un si\u00e8cle ou deux se dessinait une division du bouddhisme Ch\u2019an en deux tendances. Cette division s&rsquo;affirma davantage encore apr\u00e8s la mort de Hui-Neng.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La premi\u00e8re division du Ch\u2019an, d\u00e9sign\u00e9e comme branche du Nord est connue \u00e9galement sous le nom de doctrine du Lanka. Elle se r\u00e9f\u00e9rait principalement au Lank\u00e2vat\u00e2ra S\u00fbtra. Cette \u00e9cole enseignait l&rsquo;existence d&rsquo;un processus progressif et graduel de l&rsquo;\u00e9veil int\u00e9rieur. Elle re\u00e7ut l&rsquo;appui moral de l&rsquo;Empereur mais ne remporta pas le succ\u00e8s souhait\u00e9 par ses interpr\u00e8tes.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La seconde division du Ch\u2019an, d\u00e9sign\u00e9e comme branche du Sud enseignait au contraire le caract\u00e8re soudain et abrupt de l&rsquo;\u00e9veil int\u00e9rieur. C&rsquo;est d&rsquo;elle que vient l&rsquo;appellation plus connue de bouddhisme Ch\u2019an de la Voie abrupte. Conforme \u00e0 l&rsquo;esprit du sixi\u00e8me patriarche Hui-Neng, elle eut beaucoup plus de succ\u00e8s malgr\u00e9 son caract\u00e8re ardu et tr\u00e8s d\u00e9pouill\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cette \u00e9cole a eu pour interpr\u00e8tes les ma\u00eetres les plus illustres du Ch\u2019an, et notamment Shen-Hui (668-760), Ma-Tsu (env. 788), Hui-Ha\u00ef (env. 800) et Huang-Po (env. 850) \u00e9galement connu sous le nom de Hsi-Yun.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Contrairement \u00e0 ce qu&rsquo;ont affirm\u00e9 certains auteurs, la mort de Hui Neng n&rsquo;a pas mis fin \u00e0 la lign\u00e9e des patriarches du Ch\u2019an. Il eut un successeur, le ma\u00eetre Shen-Hui (668-760) consid\u00e9r\u00e9 par les sp\u00e9cialistes comme le plus grand de tous les patriarches. Il fut reconnu comme tel, un si\u00e8cle apr\u00e8s sa mort, par l&rsquo;Empereur Wu et consid\u00e9r\u00e9 comme septi\u00e8me patriarche. Les ma\u00eetres actuels du Ch\u2019an de la Voie abrupte, tels Fung-Yu-Lan et Wei Wu Wei se r\u00e9f\u00e8rent principalement \u00e0 Shen-Hui, Hui-Neng, Hui-Hai et Huang-Po.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L&rsquo;\u00e9tude attentive des enseignements des ma\u00eetres du bouddhisme Ch\u2019an de la Voie abrupte nous montre l&rsquo;ampleur des diff\u00e9rences sinon de la d\u00e9cadence des sectes japonaises actuelles par rapport \u00e0 la puret\u00e9, \u00e0 la rigueur et \u00e0 la profondeur des enseignements originels. Telle est non seulement l&rsquo;opinion de nos instructeurs en la mati\u00e8re, Wei Wu Wei, Sam Tchen Kham P\u00e2 mais aussi de l&rsquo;\u00e9crivain Alan Watts, qui d\u00e9clare \u00e0 ce propos :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab Quelques communaut\u00e9s zen semblent avoir surv\u00e9cu jusqu&rsquo;\u00e0 pr\u00e9sent, mais elles s&rsquo;orientent vers le Soto ou vers des pr\u00e9occupations occultes du bouddhisme tib\u00e9tain. Dans les deux cas, la vision du zen se trouve m\u00e9lang\u00e9e \u00e0 des doctrines discutables sur l&rsquo;anatomie psychique de l&rsquo;homme qui semblent issues d&rsquo;anciennes notions tao\u00efstes d&rsquo;alchimie. (&#8230;) Le Rinza\u00ef et le Soto, tels qu&rsquo;ils existent aujourd&rsquo;hui dans les monast\u00e8res, accordent une importance \u00e9norme au za-zen, au fait de s&rsquo;asseoir en m\u00e9ditation. Ils pratiquent ces exercices plusieurs heures par jour et accordent une tr\u00e8s grande importance \u00e0 la correction des postures et au mode de respiration qu&rsquo;elles impliquent. \u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le contraste entre les enseignements du chan et les formes actuelles du zen japonais r\u00e9pandues en Occident est frappant. Les \u00e9veill\u00e9s authentiques sourient face \u00e0 l&rsquo;engouement soudain du public occidental pour ces postures et ces rites radicalement condamn\u00e9s par le ma\u00eetre du Ch\u2019an de la Voie abrupte, ainsi que le d\u00e9montrent les textes classiques qui suivent; un dialogue historique a eu lieu entre le septi\u00e8me patriarche Shen-Hui (668-760) et le ma\u00eetre Ch&rsquo;eng. Nous en reproduisons un fragment significatif :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab Shen-Hui : \u2014 Lorsqu&rsquo;on pratique le samadhi (m\u00e9ditation) n&rsquo;est-ce pas l\u00e0, une activit\u00e9 choisie d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment par le mental ?<br \/>\nCh&rsquo;eng : \u2014 oui.<br \/>\nShen-Hui : \u2014 Alors cette activit\u00e9 d\u00e9lib\u00e9r\u00e9e du mental est un acte de la conscience conditionn\u00e9e, et dans ce cas, comment peut-il apporter la vision de la soi-nature ?<br \/>\nCh&rsquo;eng : \u2014 Pour r\u00e9aliser la vision de la soi-nature, il est n\u00e9cessaire de pratiquer le samadhi. \u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le samadhi indien v\u00e9ritable ou le satori du zen japonais ne sont pas des r\u00e9sultats de manipulations ni d&rsquo;efforts mentaux du moi. Ce ne sont pas des \u00e9tats auto-projet\u00e9s. Le ma\u00eetre Huai-Jang (env. 775 ap. J.-C.), disciple de Hui-Neng, a d\u00e9clar\u00e9 dans le K\u00fb-Tsun-Y\u00fb-lun : \u00ab Lorsque vous vous entra\u00eenez au za-zen vous devriez savoir que le Ch\u2019an ne consiste ni \u00e0 s&rsquo;asseoir, ni \u00e0 se coucher. Si vous vous entra\u00eenez \u00e0 devenir un bouddha assis, vous devez savoir que le bouddha n&rsquo;a pas de forme fixe. Parce que la v\u00e9rit\u00e9 n&rsquo;a pas de forme fixe, elle ne peut \u00eatre l&rsquo;objet d&rsquo;aucun acte de choix. Si vous vous transformez en bouddha assis, par cela m\u00eame vous d\u00e9truisez le bouddha. Si vous vous attachez \u00e0 la posture assise, vous n&rsquo;atteindrez jamais le principe du zen. \u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">De son c\u00f4t\u00e9 : le sixi\u00e8me patriarche Hui-Neng (638-713) d\u00e9clarait : \u00ab La v\u00e9rit\u00e9 est comprise par l&rsquo;esprit et non par la posture assise en m\u00e9ditation \u00bb (D. T. Suzuki : Le Non-Mental, p. 53). Enfin le ma\u00eetre Hui-Ha\u00ef d\u00e9clarait : \u00ab Je vous ai dit de ne pas vous exercer \u00e0 la m\u00e9ditation seulement quand vous \u00eates assis. Quoique vous fassiez, d&rsquo;une fa\u00e7on continuelle, vous devez \u00eatre attentif : en marchant, en vous reposant, sans aucune interruption. \u00bb (Hui-Ha\u00ef : The Path to Sudden Attainment, \u00e9d. Sidwick et Jackson, London 1948).<br \/>\n<strong><br \/>\nPrincipes du bouddhisme Ch\u2019an, origine du zen<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le bouddhisme Ch\u2019an, origine du zen japonais, n&rsquo;est ni une philosophie, ni un syst\u00e8me de pens\u00e9e. Il a horreur des sp\u00e9culations m\u00e9taphysiques. Certains sp\u00e9cialistes le d\u00e9signent comme un art de vivre.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais quelques pr\u00e9cisions s&rsquo;imposent ici sur le climat tr\u00e8s particulier et profond de cet art de vivre. Sans ces pr\u00e9cisions, des malentendus nombreux peuvent surgir dans l&rsquo;esprit des lecteurs. Le bouddhisme Ch\u2019an est un art de vivre int\u00e9gralement, d&rsquo;instant en instant, selon la nature profonde des choses. Quoique cette nature soit une unit\u00e9 absolue, elle englobe trois niveaux : un niveau physique : le corps; un niveau psychique : l&rsquo;ensemble des \u00e9motions et des pens\u00e9es; un niveau spirituel inconditionn\u00e9, intemporel caract\u00e9ris\u00e9 par le jaillissement d&rsquo;une r\u00e9alit\u00e9 \u00e9ternellement pr\u00e9sente, neuve et cr\u00e9atrice. Cette distinction en trois niveaux est arbitraire. Elle n&rsquo;est qu&rsquo;une concession faite aux exigences de notre esprit d&rsquo;analyse.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les enseignements du bouddhisme Ch\u2019an mettent en lumi\u00e8re l&rsquo;impermanence fondamentale des \u00eatres et des choses. Ils nous montrent comment s&rsquo;est \u00e9labor\u00e9e la conscience du moi, avec ses peurs, ses violences, ses contradictions. Ils nous sugg\u00e8rent de prendre conscience de l&rsquo;ampleur de nos conditionnements, de l&rsquo;influence de nos m\u00e9moires pass\u00e9es sur le pr\u00e9sent, du caract\u00e8re illusoire de la conscience personnelle.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le bouddhisme Ch\u2019an d\u00e9finit la sagesse comme une ob\u00e9issance parfaite \u00e0 \u00ab la nature profonde des choses \u00bb. Cette ob\u00e9issance \u00e0 la nature profonde des choses est entrav\u00e9e en chaque \u00eatre humain par un vice de fonctionnement de la pens\u00e9e. La pens\u00e9e n&rsquo;est que m\u00e9moire, elle porte les empreintes d&rsquo;un pass\u00e9 dont les origines remontent bien loin dans la nuit des temps. Elle est r\u00e9gie sous le signe de l&rsquo;habitude, de la r\u00e9p\u00e9tition.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le processus de la pens\u00e9e de la plupart des \u00eatres humains est horizontal, lin\u00e9aire, continu. Il porte les empreintes ind\u00e9l\u00e9biles de processus sans lesquels, ni l&rsquo;univers mat\u00e9riel, ni l&rsquo;\u00eatre humain ne pourraient exister. Depuis l&rsquo;aube d&rsquo;un univers existe une tendance unique, toujours la m\u00eame qui peut se r\u00e9sumer par deux verbes, tr\u00e8s proches l&rsquo;un de l&rsquo;autre : le verbe avoir et le verbe grandir. Par la conjugaison du verbe avoir, d\u00e8s les plus timides \u00e9bauches de la formation de la mati\u00e8re, les atomes s&rsquo;associent aux atomes, pour former les mol\u00e9cules. Les mol\u00e9cules s&rsquo;associent entre elles pour former les grosses mol\u00e9cules, bases des premiers \u00eatres monocellulaires. Les \u00eatres monocellulaires s&rsquo;associent entre eux pour former les \u00eatres pluricellulaires. Depuis l&rsquo;atome jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;\u00eatre humain existe cette habitude associative. Celle-ci se poursuit en l&rsquo;\u00eatre humain, sur le plan psychologique : l&rsquo;homme s&rsquo;associe \u00e0 des id\u00e9es, il s&rsquo;identifie \u00e0 sa maison, \u00e0 sa famille, \u00e0 son pays, \u00e0 son auto, \u00e0 son compte en banque, \u00e0 son club sportif. Ainsi se construit ce moi ayant de sa conscience une impression de solidit\u00e9, de continuit\u00e9, de r\u00e9alit\u00e9 absolue. Telles peuvent \u00eatre r\u00e9sum\u00e9es les doctrines essentielles des skanda du bouddhisme traditionnel indien, repris dans le bouddhisme Ch\u2019an.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais il n&rsquo;y a pas d&rsquo;entit\u00e9 statique et durable, semblable \u00e0 ce que la plupart des \u00eatres humains \u00e9prouvent d&rsquo;eux-m\u00eames. Il n&rsquo;y a, en fait, qu&rsquo;une succession rapide et complexe de pens\u00e9es, de moments de conscience en continuel mouvement. Par ignorance et par habitude et manque d&rsquo;information, nous superposons \u00e0 ce processus discontinu, impersonnel, la notion arbitraire d&rsquo;un ego, d&rsquo;une entit\u00e9 permanente. Cette identification cr\u00e9e en chaque \u00eatre humain un r\u00e9seau de tensions, de r\u00e9sistances qui l&#8217;emp\u00eachent d&rsquo;\u00eatre disponible aux \u00e9nergies les plus profondes du niveau spirituel. Il est donc incapable de r\u00e9aliser la sagesse, celle-ci consistant en une ob\u00e9issance parfaite \u00e0 la nature profonde des choses.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les ma\u00eetres du bouddhisme Ch\u2019an enseignaient diverses notions qui se rapprochent \u00e9tonnamment de la pens\u00e9e de Krishnamurti et, tout r\u00e9cemment, des conclusions de savants \u00e9minents. Chaque \u00eatre humain porte en lui, profond\u00e9ment inscrites dans son inconscient et dans ses mol\u00e9cules d&rsquo;A.D.N., les m\u00e9moires de tout le pass\u00e9 de l&rsquo;univers, sous forme de bilan. Les informations du code g\u00e9n\u00e9tique ne sont d&rsquo;ailleurs rien d&rsquo;autre que ce vaste bilan m\u00e9moriel. Ces m\u00e9moires contiennent aussi bien les traces de la conjugaison permanente du verbe avoir, avoir plus, de s&rsquo;associer \u00e0, de grandir, de devenir (Tanha dans le bouddhisme) que de dynamismes fondamentaux sans lesquels l&rsquo;\u00e9volution et la conservation des esp\u00e8ces auraient \u00e9t\u00e9 impossibles. Parmi ces tendances, il y a un instinct naturel de conservation, donc une lutte pour sauvegarder son existence, sa continuit\u00e9, le d\u00e9ploiement d&rsquo;efforts pour durer, et, fondamentalement, une peur de se perdre. Ce sont l\u00e0, les traces m\u00e9morielles (les vasana) les plus fondamentales de l&rsquo;inconscient humain.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Chaque \u00eatre humain poss\u00e8de donc dans les profondeurs de sa conscience, une zone portant les empreintes m\u00e9morielles d&rsquo;un pass\u00e9 consid\u00e9rable. Cette zone, symbolis\u00e9e dans nos \u00e9critures occidentales par le vieil homme, poss\u00e8de une m\u00e9moire obscure de milliards de naissances, d&rsquo;\u00e9panouissements, de morts, d&rsquo;\u00e9checs, de r\u00e9ussites, de joies, de souffrances anonymes illustrant l&rsquo;histoire de la vie depuis ses plus lointaines origines. C&rsquo;est de ce centre qu&rsquo;\u00e9manent toutes les r\u00e9sistances, tous les obstacles s&rsquo;opposant \u00e0 notre ob\u00e9issance parfaite \u00e0 la nature profonde des choses. Ce centre \u00e9go\u00efste est dans le temps, dans la continuit\u00e9, il est limit\u00e9, conditionn\u00e9. La nature profonde des choses est intemporelle, discontinue, illimit\u00e9e, inconditionn\u00e9e. Ce centre \u00e9go\u00efste n&rsquo;est que le r\u00e9sultat du pass\u00e9, il porte les empreintes du verbe avoir, s&rsquo;associer \u00e0, devenir, il est r\u00e9gi par des lois m\u00e9caniques, r\u00e9p\u00e9titives, des habitudes. La nature profonde des choses (le corps de Bouddha \u2014 ou Dharma Kaya ou Non-Mental ou Mental cosmique) est le verbe \u00eatre, elle ne s&rsquo;associe \u00e0 rien \u00e9tant compl\u00e8te en elle-m\u00eame, elle est \u00e9trang\u00e8re aux lois m\u00e9caniques, r\u00e9p\u00e9titives, elle est neuve \u00e0 chaque instant, cr\u00e9atrice.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les enseignements du bouddhisme Ch\u2019an mettent en lumi\u00e8re tous les conditionnements psychologiques paralysant l&rsquo;esprit humain : m\u00e9moires, processus de choix, actes ou attitudes conditionn\u00e9s par des r\u00e9actions personnelles de r\u00e9pulsion ou de pr\u00e9f\u00e9rence. En bref, le bouddhisme Ch\u2019an peut \u00eatre d\u00e9fini comme la psychologie de l&rsquo;action cr\u00e9atrice, de la parfaite momentan\u00e9it\u00e9, du comportement ad\u00e9quat, de la perception globale imm\u00e9diate. Contrairement \u00e0 ce qu&rsquo;ont affirm\u00e9 certains auteurs, le bouddhisme Ch\u2019an ou zen originel est une psychologie si nous donnons \u00e0 ce terme son acception universitaire actuelle : une science du comportement.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Quelques caract\u00e9ristiques de l&rsquo;\u00e9veil int\u00e9rieur selon le bouddhisme Ch\u2019an<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>1. Attention parfaite<\/strong><br \/>\nLa devise des ma\u00eetres du Ch\u2019an est \u00ab pr\u00e9sent au pr\u00e9sent \u00bb \u00ab neuf dans l&rsquo;instant neuf \u00bb.<br \/>\n\u00ab L&rsquo;infini est dans le fini de chaque instant \u00bb d\u00e9clarait D. T. Suzuki. Car chaque seconde comporte quelque chose d&rsquo;unique, d&rsquo;irrempla\u00e7able, qui plus jamais ne se repr\u00e9sentera. Chaque seconde, l&rsquo;\u00eatre humain pourrait se rendre disponible \u00e0 la plus extraordinaire b\u00e9n\u00e9diction int\u00e9rieure de force pure, d&rsquo;intelligence et d&rsquo;amour que lui destine la nature profonde des choses. Chaque seconde, les \u00eatres humains pourraient avoir le plus prodigieux rendez-vous de leur existence mais ils le ratent. Ils le ratent parce qu&rsquo;ils arrivent en retard. Ils arrivent en retard, parce qu&rsquo;ils sont trop lents, maladroits. Ils le sont parce que leurs pens\u00e9es sont \u00e9cras\u00e9es sous le poids des m\u00e9moires accumul\u00e9es du pass\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L&rsquo;ob\u00e9issance parfaite \u00e0 la nature profonde des choses requiert une extraordinaire agilit\u00e9 et souplesse de la pens\u00e9e. Les poids des m\u00e9moires, les tensions contradictoires de l&rsquo;\u00e9go\u00efsme, nos avidit\u00e9s, nos ambitions, nos d\u00e9sirs de possession, nos jalousies, nos recherches de sensations constituent autant de r\u00e9sistances psychologiques nous emp\u00eachant d&rsquo;\u00eatre sensibilis\u00e9s \u00e0 nos propres profondeurs spirituelles.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L&rsquo;exp\u00e9rience de l&rsquo;\u00e9veil int\u00e9rieur selon le bouddhisme Ch\u2019an n\u00e9cessite un l\u00e2cher prise complet de toutes les avidit\u00e9s de l&rsquo;ego. Un ma\u00eetre du Ch\u2019an questionn\u00e9 par ses \u00e9l\u00e8ves sur la ligne de conduite l&rsquo;ayant conduit \u00e0 l&rsquo;\u00e9veil int\u00e9rieur r\u00e9pondait : \u00ab C&rsquo;est tr\u00e8s simple, quand j&rsquo;ai faim, je mange&#8230; et lorsque je suis fatigu\u00e9, je me repose. \u00bb Les \u00e9l\u00e8ves, tr\u00e8s d\u00e9\u00e7us de cette r\u00e9ponse, r\u00e9pliqu\u00e8rent : \u00ab Mais nous tous, quand nous avons faim, nous mangeons, et lorsque nous sommes fatigu\u00e9s, nous nous reposons, mais pour autant, cela ne nous a pas conduits \u00e0 l&rsquo;\u00e9veil.<br \/>\n\u2014 Ah non ! r\u00e9pondit le ma\u00eetre. Parce que lorsque vous mangez, vous ne mangez que physiquement. Bien que vous soyez occup\u00e9s \u00e0 vous nourrir, vous n&rsquo;\u00eates pas \u00e0 ce que vous faites. O\u00f9 est votre mental ? Occup\u00e9 \u00e0 r\u00e9-\u00e9voquer une circonstance, un plaisir ou une douleur v\u00e9cus dans le pass\u00e9? Ou bien vous anticipez imaginativement vers l&rsquo;avenir! Vous n&rsquo;\u00eates jamais l\u00e0, pr\u00e9sents au pr\u00e9sent. Lorsque vous vous reposez, il en est de m\u00eame. Votre mental est plus actif que jamais. Les images du pass\u00e9 d\u00e9filent sans cesse, ou bien vous imaginez les plaisirs ou les difficult\u00e9s du lendemain. Vous n&rsquo;\u00eates jamais l\u00e0, pr\u00e9sents au pr\u00e9sent, dans la momentan\u00e9it\u00e9 de chaque instant. \u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le bouddhisme Ch\u2019an nous sugg\u00e8re la r\u00e9alisation d&rsquo;une attention parfaite. Celle-ci requiert une attitude mentale au cours de laquelle, les pens\u00e9es sont en relation ad\u00e9quate avec les circonstances v\u00e9cues, dans la momentan\u00e9it\u00e9 de celles-ci. En d&rsquo;autres termes, il faut \u00eatre \u00e0 ce que l&rsquo;on fait. Ce conseil, d&rsquo;apparence tr\u00e8s simpliste, peut avoir d&rsquo;\u00e9normes cons\u00e9quences si, vraiment, nous l&rsquo;appliquons. Mais, tr\u00e8s rares sont ceux qui l&rsquo;appliquent constamment.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le fonctionnement familier de la pens\u00e9e humaine entra\u00eene une perte d&rsquo;\u00e9nergie consid\u00e9rable. D&rsquo;une part, la conscience subit l&#8217;emprise d&rsquo;un lointain pass\u00e9 dont les pens\u00e9es ne sont que l&rsquo;\u00e9cho, d&rsquo;autre part, les \u00eatres humains se projettent imaginativement dans l&rsquo;avenir. Le pr\u00e9sent n&rsquo;est pour eux qu&rsquo;un passage tellement bref, qu&rsquo;il passe inaper\u00e7u, alors qu&rsquo;il contient un principe d&rsquo;intemporalit\u00e9 dont les possibilit\u00e9s sont immenses. Les \u00e9nergies de la conscience sont \u00e9parpill\u00e9es, dilu\u00e9es dans une sorte d&rsquo;\u00e9tirement horizontal. Elles n&rsquo;ont de ce fait aucune acuit\u00e9. Le bouddhisme Ch\u2019an sugg\u00e8re la r\u00e9alisation d&rsquo;une convergence de toutes les \u00e9nergies de la conscience dans la momentan\u00e9it\u00e9 de chaque instant. C&rsquo;est un processus vertical.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cette continuelle pr\u00e9sence au pr\u00e9sent conf\u00e8re \u00e0 la conscience une capacit\u00e9 d&rsquo;attention d&rsquo;une extraordinaire acuit\u00e9 naturelle. L&rsquo;\u00eatre humain tend \u00e0 coller litt\u00e9ralement \u00e0 chaque instant pr\u00e9sent, non dans un sens statique et fig\u00e9 mais dans une attitude de souplesse qui peut para\u00eetre paradoxale. L&rsquo;acuit\u00e9 m\u00eame de cette perception globale imm\u00e9diate le d\u00e9livre de l&rsquo;attachement aux circonstances ant\u00e9rieures.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans le d\u00e9but, la pratique requiert un r\u00e9ajustement constant : l&rsquo;\u00eatre humain se surprend constamment \u00eatre l&rsquo;objet de pens\u00e9es qui n&rsquo;ont rien de commun avec les circonstances pr\u00e9sentement v\u00e9cues. Peu \u00e0 peu, s&rsquo;installe une sorte d&rsquo;automatisme d&rsquo;attention qui, finalement, aboutit \u00e0 la r\u00e9alisation d&rsquo;une capacit\u00e9 naturelle d&rsquo;\u00e9veil dont l&rsquo;acuit\u00e9 s&rsquo;\u00e9tend aux grandes profondeurs de la conscience. Finalement, l&rsquo;intensit\u00e9 de la conscience se joue des mots et des images qui pr\u00e9tendaient la contenir. Elle dissout et d\u00e9passe tous les cadres y compris la dualit\u00e9 de l&rsquo;observateur et de l&rsquo;observ\u00e9. L&rsquo;attention supr\u00eame ne part plus de la p\u00e9riph\u00e9rie. Elle \u00e9mane du seul grand sujet, l&rsquo;unique : le corps de Bouddha, le Dharma Kaya, le corps de v\u00e9rit\u00e9, la claire lumi\u00e8re cosmique ou le Sat-Chit-Ananda suivant les \u00e9coles.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>2. Le sens de \u00ab retourner chez soi \u00bb<\/strong><br \/>\nL&rsquo;\u00e9veil int\u00e9rieur ne consiste pas en l&rsquo;acquisition de nouveaux biens. Il r\u00e9sulte plut\u00f4t d&rsquo;une dissolution et d&rsquo;une lib\u00e9ration de tous les biens et possessions mentales inutiles. Cette exp\u00e9rience est en fait la plus simple, la plus naturelle qui puisse exister. Elle conf\u00e8re le sentiment d&rsquo;une paix int\u00e9rieure in\u00e9branlable qui n&rsquo;est pas construite artificiellement par un acte de volont\u00e9 auto-protectrice du moi. En cet \u00e9tat se r\u00e9v\u00e8le la signification supr\u00eame de l&rsquo;amour, de la libert\u00e9 v\u00e9ritables. Les tensions r\u00e9sultant des d\u00e9sirs continuels de grandir, d&rsquo;avoir, de devenir (Tanha) \u00e9tant dissip\u00e9es, seules subsistent la paix et la s\u00e9r\u00e9nit\u00e9 de l&rsquo;\u00eatre des profondeurs. Nous \u00e9tant lib\u00e9r\u00e9s des voiles de l&rsquo;illusion et de la magie des mirages ador\u00e9s par la multitude douloureuse des hommes, nous nous sommes pleinement r\u00e9v\u00e9l\u00e9s \u00e0 nous-m\u00eames, tels que, sans le savoir, nous \u00e9tions de toute \u00e9ternit\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Telles sont les raisons pour lesquelles les ma\u00eetres Ch\u2019an de l&rsquo;\u00e9veil d\u00e9signent tout simplement l&rsquo;ensemble de ce processus par cette tr\u00e8s br\u00e8ve expression : \u00ab Retourner chez soi \u00bb&#8230; Le sens profond du retourner chez soi se trouve \u00e9voqu\u00e9 dans le c\u00e9l\u00e8bre po\u00e8me du ma\u00eetre Ch\u2019an, T&rsquo;sen T&rsquo;sang : \u00ab Lorsque les dix mille choses sont vues dans leur unit\u00e9 nous retournons \u00e0 l&rsquo;origine et restons ce que nous sommes. \u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les Occidentaux comprennent difficilement que l&rsquo;\u00e9veil int\u00e9rieur ne consiste pas en l&rsquo;acquisition de nouveaux biens mais en la simple d\u00e9couverte d&rsquo;une r\u00e9alit\u00e9 que l&rsquo;on porte en soi. Ainsi que l&rsquo;exprime D. T. Suzuki : (Le Non-Mental, p. 103, Paris 1953, \u00e9d. Cercle du livre). \u00ab Nous sommes d\u00e9j\u00e0 des bouddhas. Parler d&rsquo;atteindre quoique ce soit est une profanation, et, logiquement, une tautologie. \u00bb<br \/>\nNous nous trouvons ici en pr\u00e9sence d&rsquo;une des cons\u00e9quences des enseignements du bouddhisme Ch\u2019an de la voie abrupte. Celui-ci adopte une technique d&rsquo;approche dite n\u00e9gative. Telle est l&rsquo;attitude des \u00e9veill\u00e9s authentiques et notamment celle qu&rsquo;adopte actuellement Krishnamurti. La voie dite n\u00e9gative n&rsquo;est n\u00e9gative qu&rsquo;en apparence. Elle est en fait positive par excellence parce qu&rsquo;elle nous \u00e9vite le march\u00e9 des dupes dont sont victimes les \u00eatres humains identifi\u00e9s \u00e0 leur ego et se croyant en s\u00e9curit\u00e9 dans l&rsquo;acquisition soi-disant positive de leurs biens spirituels, intellectuels ou mat\u00e9riels. C&rsquo;est d&rsquo;un tel climat que s&rsquo;inspire le ma\u00eetre Hui-Ha\u00ef lorsqu&rsquo;il d\u00e9clare : \u00ab La r\u00e9alisation du corps supr\u00eame (mental-cosmique) r\u00e9side dans le fait de ne pas atteindre ou r\u00e9aliser quoi que ce soit de nouveau. Ceux qui consid\u00e8rent avoir r\u00e9alis\u00e9 ou atteint quoi que ce soit sont des personnes adoptant une mauvaise fa\u00e7on de voir. Il est dit dans le Vimalakirti S\u00fbtra, lorsque S\u00e2rip\u00fbtra questionna D\u00e9vakanya : \u00ab Qu&rsquo;avez-vous atteint et qu&rsquo;avez-vous r\u00e9alis\u00e9 pour atteindre votre pr\u00e9sent \u00e9tat ? \u00bb D\u00e9vakanya r\u00e9pondit : \u00ab Je n&rsquo;ai rien atteint et je n&rsquo;ai rien r\u00e9alis\u00e9 pour aboutir \u00e0 mon pr\u00e9sent \u00e9tat. Si j&rsquo;avais atteint ou si j&rsquo;avais r\u00e9alis\u00e9 quelque chose, je serais devenu une personne oppos\u00e9e \u00e0 la Loi&#8230; \u00bb (in The Path to Sudden Attainment).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Impersonnalit\u00e9 de l&rsquo;\u00e9veil<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L&rsquo;impersonnalit\u00e9 de l&rsquo;\u00e9veil ne doit pas \u00eatre confondue avec un \u00e9tat d&rsquo;indiff\u00e9rence ou de l\u00e9thargie. Bien au contraire. Le fond essentiel de l&rsquo;exp\u00e9rience Ch\u2019an ou zen est une pl\u00e9nitude de conscience universelle, libre, inconditionn\u00e9e, intemporelle, omnipr\u00e9sente, autog\u00e8ne. Le climat spirituel du bouddhisme Ch\u2019an et des formes sup\u00e9rieures du zen peut \u00eatre \u00e9clair\u00e9 par une \u00e9tude des commentaires de ce que certains sp\u00e9cialistes, tels D. T. Suzuki et le Dr Hubert Beno\u00eet appellent \u00ab l&rsquo;inconscient zen \u00bb.<br \/>\nCe dernier peut \u00eatre d\u00e9crit sous trois aspects compl\u00e9mentaires, quoiqu&rsquo;il \u00e9chappe \u00e9videmment \u00e0 toute description pr\u00e9cise.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Premi\u00e8rement : l&rsquo;inconscient zen est une conscience pure, infinie, enti\u00e8rement lib\u00e9r\u00e9e de l&#8217;emprise des m\u00e9moires et de toutes valeurs sensorielles emprunt\u00e9es \u00e0 l&rsquo;univers spatio-temporel. C&rsquo;est une conscience infinie, inconsciente d&rsquo;elle-m\u00eame et situ\u00e9e dans une super-dimension essentielle qui englobe et domine toutes les autres dimensions connues. L&rsquo;inconscient zen \u00e9tant de la nature de Bouddha est complet en lui-m\u00eame et n&rsquo;a nul recours \u00e0 des objectivations semblables \u00e0 notre conscience personnelle. Celle-ci est \u00e9piph\u00e9nom\u00e9nale, conflictuelle, faite de tensions contradictoires. L&rsquo;Inconscient zen est noum\u00e9nal. Il est le noum\u00e8ne lui-m\u00eame. Le terme inconscient a \u00e9t\u00e9 choisi de propos d\u00e9lib\u00e9r\u00e9 par les sp\u00e9cialistes afin de marquer la diff\u00e9rence qui l&rsquo;oppose \u00e0 notre conscience famili\u00e8re, objectiv\u00e9e, tr\u00e8s consciente d&rsquo;elle-m\u00eame. Mais le terme inconscient n&rsquo;a ici aucun point commun avec l&rsquo;inconscient des psychologues. Il ne s&rsquo;agit pas d&rsquo;un n\u00e9ant, ni d&rsquo;un \u00e9tat confus mais au contraire d&rsquo;une pl\u00e9nitude.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Deuxi\u00e8mement : l&rsquo;une des caract\u00e9ristiques de l&rsquo;inconscient zen est la non-fixation. C&rsquo;est un processus de cr\u00e9ation perp\u00e9tuellement pr\u00e9sente et neuve. Il est l&rsquo;essence d&rsquo;une vie qui d\u00e9passe et englobe la vie et la mort biologiques que nous connaissons.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Troisi\u00e8mement : l&rsquo;inconscient zen, quoique formant l&rsquo;essence ultime des \u00eatres et des choses poss\u00e9dant des formes multiples, les d\u00e9passe et en est totalement libre. Le sixi\u00e8me patriarche Hui-Neng d\u00e9clare \u00e0 ce propos : \u00ab Par absence de forme, on entend \u00eatre dans une forme et pourtant \u00eatre d\u00e9tach\u00e9 de cette forme; par inconscient on entend avoir des pens\u00e9es et pourtant ne pas les avoir (c&rsquo;est-\u00e0-dire ne pas y \u00eatre attach\u00e9) ; quant \u00e0 la non-fixation, c&rsquo;est la nature primordiale de l&rsquo;homme (le mental cosmique). 0 mes bons amis, si le mental n&rsquo;est pas alt\u00e9r\u00e9, cependant qu&rsquo;on est en contact avec toutes les conditions de la vie, c&rsquo;est l\u00e0 \u00eatre inconscient (dans le sens sup\u00e9rieur de l&rsquo;\u00e9veil) ; c&rsquo;est \u00eatre toujours d\u00e9tach\u00e9, dans sa propre conscience, des conditions objectives. \u00bb (D.-T. Suzuki, Le Non-Mental.)<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C&rsquo;est en cela que r\u00e9side l&rsquo;un des aspects pratiques du bouddhisme Ch\u2019an ou vrai zen vivant.<br \/>\nIl peut se r\u00e9sumer comme un art de vivre noum\u00e9nalement parmi les ph\u00e9nom\u00e8nes tel que le sugg\u00e8re Wei Wu Wei, ce qui correspond \u00e0 l&rsquo;enseignement actuel de Krishnamurti, nous sugg\u00e9rant de vivre fondamentalement au niveau de l&rsquo;inconnu intemporel des profondeurs tout en \u00e9tant dans le monde du connu. Tel est le sens dans lequel nous devons comprendre la d\u00e9finition du bouddhisme Ch\u2019an ou du zen comme un art de vivre int\u00e9gralement.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Vivre int\u00e9gralement au niveau physique par l&rsquo;\u00e9panouissement de toutes les possibilit\u00e9s du corps humain, par la d\u00e9couverte de la sagesse instinctive pr\u00e9sidant au fonctionnement harmonieux du corps. Cette sagesse instinctive du corps est elle-m\u00eame la manifestation d&rsquo;une certaine intelligence de l&rsquo;essence de la mati\u00e8re. Sa pr\u00e9sence nous est voil\u00e9e par l&rsquo;exc\u00e8s d&rsquo;intellectualit\u00e9 et les rythmes d&rsquo;une vie qui n&rsquo;est plus conforme aux lois profondes de la nature. La red\u00e9couverte de cette sagesse instinctive du corps et son \u00e9panouissement peuvent \u00eatre aid\u00e9s par l&rsquo;adoption d&rsquo;un rythme de vie plus sain et conforme aux lois de la nature, par une hygi\u00e8ne alimentaire plus stricte, par la suppression de tous les exc\u00e8s.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Vivre int\u00e9gralement au niveau psychologique implique la r\u00e9alisation d&rsquo;un certain silence int\u00e9rieur et d&rsquo;une \u00e9limination de toutes les tensions, de toutes les violences, de toutes les avidit\u00e9s, de toutes les peurs de l&rsquo;ego. Une telle r\u00e9alisation conf\u00e8re \u00e0 la pens\u00e9e et au c\u0153ur une qualit\u00e9 de sensibilit\u00e9 sup\u00e9rieure, une souplesse leur permettant d&rsquo;\u00eatre pleinement disponibles \u00e0 l&rsquo;extraordinaire intensit\u00e9 \u00e9manant du niveau spirituel.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Vivre int\u00e9gralement au niveau spirituel se r\u00e9alise d\u00e8s l&rsquo;instant o\u00f9 le mirage de l&rsquo;ego est dissous, o\u00f9 les fausses identifications, les fausses valeurs et les tensions sont dissip\u00e9es. D\u00e8s lors, le noum\u00e8ne spirituel occupe la place de priorit\u00e9 qui lui revient de plein droit. L&rsquo;\u00eatre humain, lib\u00e9r\u00e9 des mirages de l&rsquo;ego s&rsquo;\u00e9veille \u00e0 la vie intense.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L&rsquo;impersonnalit\u00e9 de l&rsquo;\u00e9veil int\u00e9rieur sugg\u00e9r\u00e9 par le bouddhisme Ch\u2019an ou le zen v\u00e9ritable ne conduit pas l&rsquo;\u00eatre humain vers un \u00e9tat d&rsquo;inertie, de l\u00e9thargie. Ce serait commettre une grave erreur de supposer, comme l&rsquo;ont fait certains, que de telles exp\u00e9riences nous conduisent vers des \u00e9tats vagues, n\u00e9buleux, infra-intellectuels, voisins de l&rsquo;incoh\u00e9rence. C&rsquo;est pour de telles raisons que le penseur indien Krishnamurti, dont les enseignements sont tr\u00e8s proches du bouddhisme Ch\u2019an, utilise intentionnellement le mot passion lorsqu&rsquo;il \u00e9voque la vitalit\u00e9 de l&rsquo;impersonnalit\u00e9 authentique. Il n&rsquo;est pas question ici de la passion de quelqu&rsquo;un pour quelque chose, ni de la passion d&rsquo;un \u00eatre humain pour un autre \u00eatre humain. Krishnamurti utilise le terme passion pour bien mettre en \u00e9vidence l&rsquo;intensit\u00e9 int\u00e9rieure exceptionnelle de l&rsquo;\u00e9tat sans ego.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L&rsquo;intensit\u00e9 int\u00e9rieure de l&rsquo;\u00e9tat d&rsquo;\u00e9veil appel\u00e9 satori dans le zen ou nirvana dans le bouddhisme indien est expos\u00e9e par les ma\u00eetres du Ch\u2019an au moyen d&rsquo;exemples classiques parmi lesquels nous citons le suivant. Lorsque nous r\u00eavons, les personnages de nos r\u00eaves sont pour nous r\u00e9els. Ils peuvent nous occasionner des r\u00eaves agr\u00e9ables ou des visions de cauchemar. Mais nous remarquons qu&rsquo;un certain seuil d&rsquo;intensit\u00e9, soit dans la douleur, soit dans le plaisir ne peut \u00eatre d\u00e9pass\u00e9. Lorsque ce seuil d&rsquo;intensit\u00e9 est d\u00e9pass\u00e9 nous nous r\u00e9veillons automatiquement. Les anciens ma\u00eetres du bouddhisme indien et de l&rsquo;\u00c9cole de la contemplation Dhyana dont le Ch\u2019an est l&rsquo;\u00e9manation fondue au tao\u00efsme, enseignaient qu&rsquo;il existe une \u00e9gale distance entre la condition de r\u00eave et celle de l&rsquo;\u00e9tat de veille ordinaire d&rsquo;une part, et d&rsquo;autre part, entre l&rsquo;\u00e9tat de veille ordinaire et l&rsquo;\u00e9tat d&rsquo;\u00e9veil int\u00e9gral ou satori. Et de m\u00eame qu&rsquo;une trop grande intensit\u00e9 de douleur ou de plaisir, \u00e9prouv\u00e9e durant le r\u00eave, nous d\u00e9livre de celui-ci, de m\u00eame, une convergence de toutes les \u00e9nergies dans la momentan\u00e9it\u00e9 de chaque instant, nous d\u00e9livre des limites de l&rsquo;\u00e9tat de veille ordinaire pour nous r\u00e9v\u00e9ler l&rsquo;\u00e9tat d&rsquo;\u00e9veil fondamental. Encore faut-il pr\u00e9ciser que le caract\u00e8re final d&rsquo;intensit\u00e9 n&rsquo;est plus celui de l&rsquo;ego mais du mental cosmique qui s&rsquo;exprime en lui et par lui, gr\u00e2ce \u00e0 sa disponibilit\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>L&rsquo;\u00e9veil int\u00e9rieur : \u00e9tat naturel<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L&rsquo;\u00e9veil int\u00e9rieur \u00e9voqu\u00e9 par le bouddhisme Ch\u2019an et le zen v\u00e9ritable n&rsquo;a rien de myst\u00e9rieux, d&rsquo;inaccessible, de surnaturel. Les \u00e9veill\u00e9s authentiques de tous les temps le d\u00e9finissent comme l&rsquo;\u00e9tat naturel, parfaitement normal. Dans son introduction \u00e0 l&rsquo;excellent ouvrage intitul\u00e9 La Doctrine supr\u00eame du zen \u00e9crit par le docteur Hubert Beno\u00eet, le Swami Siddheshwarananda d\u00e9clarait : \u00ab Les \u00eatres humains anormaux sont les angoiss\u00e9s. L&rsquo;\u00eatre humain normal est celui qui est lib\u00e9r\u00e9 de l&rsquo;angoisse&#8230; Un immense foss\u00e9 s\u00e9pare l&rsquo;homme naturel de l&rsquo;homme normal. L&rsquo;esprit scientifique refuse toute assertion postulant ce qui ne peut pas \u00eatre v\u00e9rifi\u00e9 ou contr\u00f4l\u00e9. Dire qu&rsquo;un homme est normal est une r\u00e9alit\u00e9, c&rsquo;est une assertion qui doit \u00eatre v\u00e9rifi\u00e9e par nos tests intellectuels. Pour rares qu&rsquo;en soient les exemples offerts \u00e0 notre observation, il est tout \u00e0 fait anti-scientifique de se refuser \u00e0 admettre la notion de l&rsquo;homme normal faute du soutien des statistiques&#8230; Le Dr Beno\u00eet a le courage de d\u00e9clarer que seul, l&rsquo;homme qui a obtenu le satori (ou sambodhi) est l&rsquo;homme normal. Hitler a br\u00fbl\u00e9 six millions de juifs pendant une certaine p\u00e9riode, une partie de l&rsquo;humanit\u00e9, devenue hyst\u00e9rique, consid\u00e9ra comme anormal quiconque soutenait une autre opinion que celle impos\u00e9e par l&rsquo;\u00c9tat nazi. Le t\u00e9moignage statistique niait l&rsquo;homme qui avait des vues saines. De m\u00eame, consid\u00e9rer, parce que nous sommes tous plus ou moins anormaux, l&rsquo;homme du satori comme un anormal, est un comble de sottise. \u00bb<br \/>\nLe caract\u00e8re vivant, actuel et naturel de l&rsquo;\u00e9veil int\u00e9rieur se trouve \u00e9voqu\u00e9 dans le fameux dialogue entre King et Paloti reproduit dans Les Annales de la transmission de la lampe :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab King : Qu&rsquo;est-ce que l&rsquo;\u00e9tat de Bouddha ?<br \/>\nPaloti : \u2014 Voir la nature de la r\u00e9alit\u00e9 est l&rsquo;\u00e9tat de Bouddha.<br \/>\nKing : \u2014 Voyez-vous cette nature ?<br \/>\nPaloti : \u2014 Cette nature est acte pur&#8230;<br \/>\nKing : \u2014 \u00ab Qui \u00bb agit? Je ne comprends pas?<br \/>\nPaloti : \u2014 Je la vois.<br \/>\nKing : \u2014 Quelle est cette nature ?<br \/>\nPaloti : \u2014 L&rsquo;acte est parfaitement ici. Vous ne le voyez pas simplement.<br \/>\nKing : \u2014 L&rsquo;ai-je en moi ?<br \/>\nPaloti : \u2014 Vous \u00eates l&rsquo;acteur maintenant et vous l&rsquo;\u00eates en toutes circonstances&#8230; Lorsque vous n&rsquo;\u00eates pas, la substance elle-m\u00eame ne se per\u00e7oit pas&#8230;<br \/>\nKing : \u2014 O\u00f9 l&rsquo;acte peut-il \u00eatre localis\u00e9?<br \/>\nPaloti : \u2014 Lorsqu&rsquo;on est dans le sein, il est le corps; lorsqu&rsquo;il est dans le monde ext\u00e9rieur, il est l&rsquo;homme; avec les oreilles il entend; avec le nez, il sent, avec la bouche il parle. \u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ce langage simple et direct nous replace dans le cadre de la nature et nous montre que c&rsquo;est ici m\u00eame que nous devons nous accomplir en respectant ses lois, cependant assez diff\u00e9rentes de celles \u00e9labor\u00e9es par notre ego. Ainsi que l&rsquo;\u00e9crit le ma\u00eetre zen Nyogen Senzaki : \u00ab Si vous ne parvenez pas \u00e0 trouver la r\u00e9alit\u00e9 o\u00f9 vous vous trouvez, o\u00f9 esp\u00e9rez-vous la trouver ?&#8230; \u00bb<\/p>\n<p style=\"padding-left: 360px; text-align: justify;\">ROBERT LINSSEN<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le zen japonais \u00e9tant une \u00e9manation tardive du bouddhisme Ch\u2019an de la Chine et celui-ci \u00e9tant une synth\u00e8se du bouddhisme mahayana indien (le Grand V\u00e9hicule) et du tao\u00efsme, une br\u00e8ve esquisse historique est n\u00e9cessaire afin d&rsquo;\u00e9viter toute confusion.<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_acf_changed":false,"footnotes":""},"categories":[66],"tags":[12,11],"class_list":["post-89","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-r-linssen","tag-chan","tag-zen"],"acf":[],"yoast_head":"<!-- This site is optimized with the Yoast SEO plugin v27.5 - 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