N°139 - Pour une médecine holistique

N°139 - Printemps 2021 - Vers une médecine holistique - Avec Dr Jean-Patrick Chauvin, Thierry Thouvenot, Emmanuelle Soni-Dessaigne, Dr Robert Kempenich, Dr tib. Dönckie Emchi, Dr Fabrice Jordan, Dom Coqueret, Dr Yvette Parès, Djibril Bâ, Jean Bousquet, Dr Guy Ferré, Welleda Muller, Dominique Casterman, N. Celiolisa, Anna Guégan







Plus de détails

7,90 € TTC

En savoir plus

N° 139   -   Printemps 2021

Thème :  Vers une médecine holistique


Sommaire

 
3e millénaire : Un fil d'Ariane vers les médecines oubliées
Dr Jean-Patrick Chauvin : Retrouver l'esprit des médecines ancestrales pour la post modernité
Thierry Thouvenot : S'unir au Vivant
Émmanuelle Soni-Dessaigne : Médecine de l'Homme    Médecine de la Vie
3e millénaire : L'Âyurveda, une science ancestrale face à la science moderne
Dr Robert Kempenich : Homéopathie et médecine anthroposophique
Dr tib. Dönckie Emchi : Les bases de la Médecine Tibétaine Traditionnelle
Dr Fabrice Jordan : Taoïsme : la santé régulée par le temps et l'espaceDr
Dom Coqueret : Médecine Holistique - Processus morbide et processus de guérison
Dr Yvette Parès : Vers une révolution thérapeutique - Médecine essoufflée et pollution médicamenteuse    Plantes médicinales et Principes actifs
Djibril Bâ : Les plantes, une nouvelle espérance pour la santé de demain
Jean Bousquet : L'action karmique

Rubriques

Contes, Mythes et Légendes  
• L'éloignement de Dieu d'après un mythe Pygmée   
• Les maladies nées de la chute orginelle d'après Hildegarde de Bingen   
• Naissance de la Médecine selon la légende Cherokee
• Santé des Sages, maladies d'aujourd'hui selon la tradition chinoise  

Paradoxes & non-dualité    
    Dominique Casterman    
    La santé fondamentale : une combinaison dynamique entre la santé et la maladie

Psychologie transpersonnelle dans l'Art    
    Welleda Muller    Images du corps malade pour questionner la psyché

En écho au précédent numéro
   Dr Guy Ferré   L'enfant intérieur blessé : étape clef d'une maturité spirituelle

Portfolio    Les Sept Plantes antigrippales (d'après le Dr Dom Coqueret)

Bd    
   Anna Guégan : “ Piqûre de rappel ” et “ Fin de partie ”
   Nathan Céliolisa : “ Se guérir ”


Un fil d’Ariane
vers les Médecines oubliées

Une médecine de pointe, pour le meilleur et…

Depuis plus d’un an déjà, les grands médias nous parlent quotidiennement des défis et des avancées de la médecine allopathique. Il est vrai que la médecine occidentale mondialisée, sur fond d’une technologie de pointe, permet de sauver des vies au sein des services d’urgence, quand il s’agit, par exemple, de prendre en charge un patient arrivé aux derniers stades de la Covid-19. Nous avons tous été témoins, directement ou non, des exploits des services hospitaliers d’urgence, pourtant malmenés – voire « étranglés » – depuis de nombreuses années par un système économique livré aux chiffres. Le savoir faire des spécialistes, parfois formés sur le tas, ne nous est pas non plus resté inconnu. Quant à la biotechnologie, il est vrai que la génétique a largement progressée pour aujourd’hui engager ses recherches dans le domaine des vaccins à base de brins d’ARN messager destinés à l’humain. Les industries pharmaceutiques – dont Pfizer/BioNTech, Moderna ou CureVac – qui en ont fait la promotion nous ont toutefois conduit sur le chemin des organismes génétiquement modifiés (OGM) que beaucoup parmi nous, au nom du fameux « principe de précaution », veulent fermement éviter dans le domaine agricole et donc alimentaire… Bien sûr, les chercheurs de ces sociétés pharmaceutiques affirment que les extraits d’ARNm – s’ils s’introduisent effectivement dans la cellule – ne peuvent pas pénétrer le noyau cellulaire pour en modifier le génome, et ne visent qu’à conduire les cellules, proches du lieu d’injection, à synthétiser un type de protéines virales afin de produire des globules blancs et des anticorps pouvant, au moment venu, « combattre efficacement le coronavirus SARS-CoV-2 ». Dans le cas d’un vaccin classique, ces protéines sont introduites dans l’organisme sans intrusion cellulaire. Pour beaucoup de chercheurs – et de politiques – nous sommes entrés dans une « guerre biologique ». Toutefois, il ne devrait pas être interdit d’être prudents à l’égard de ce paradigme guerrier, propre à la civilisation occidentale.
N’oublions pas qu’avec l’emploi systématique des antibiotiques, qui permettent heureusement de sauver des vies, il en est résulté l’apparition des maladies nosocomiales dues à des bactéries devenues antibiorésistantes. Maladies qui, au dire des spécialistes, deviennent l’une des principales causes de décès dans le monde (à part la pandémie actuelle !). Le ministère français de la santé indique, que chaque année (en France), une personne sur vingt contracte une maladie à la suite de soins prodigués dans un établissement hospitalier, soit le nombre ahurissant de 750 000 patients dont 4000 décès par an. L’emploi d’antibiotiques très spécifiques sur une longue durée – et parfois sans succès ! – est alors très souvent nécessaire pour endiguer le mal.
Le principe de précaution à l’égard des OGM – dont le type de vaccin ARNm – repose sur la crainte qu’une guerre biologique à l’égard du monde complexe et méconnu des virus n’entraîne un tout nouveau type de « résistance » dans un domaine où les mutations létales pour l’humain sont totalement imprévisibles. Ne serait-ce pas, là aussi, ouvrir la porte à un tout autre type de pollution biotechnologique ? Les antibiotiques, on le déplore, polluent le règne animal propre à la consommation ainsi que les sols et les eaux de surface. Qu’en sera-t-il, dans quelques années de l’invasion des OGM, ou de leurs « déchets » qui, par principe, sont destinés à modifier le vivant dans l’intime de la cellule ?

Un Ternaire anthropologique aujourd’hui méconnu

Sans vouloir polémiquer sur ce sujet, nous voulons montrer, avec ce 139ème numéro, l’existence bien vivante des médecines ancestrales, autant que, plus récemment, les médecines homéopathique et anthroposophique, décrites par le Dr Robert Kempenich (voir p.28), ou encore la médecine dite « énergétique » présentée par Dominique Casterman (voir p.74) dans sa rubrique. L’ensemble de ces médecines dont l’approche est éminemment « holistique » s’inscrivent, nous montre le Dr Yvette Parès (voir p. 58), dans le respect de l’environnement, pour une « approche intégrale de la santé » comme l’expose Thierry Thouvenot (voir p.14). Cette vitalité des médecines ancestrales nous invite aussi à envisager une perspective plus large, ou tradition et modernité peuvent être dépassées dans un nouvel esprit, ce que propose le Dr Jean-Patrick Chauvin (voir p.8) et Emmanuelle Soni-Dessaigne (voit p. 22).
Lorsque nous abordons les médecines ancestrales comme l’Ayurveda ou la médecine tibétaine avec le Dr Dönckie Emchi (voir p.36), la médecine traditionnelle chinoise avec le Dr Fabrice Jordan (voir p.40), ou encore les médecines hippocratique et anthroposophique, nous réalisons une cohérence profonde entre leurs fondements épistémiques. La vision d’un ternaire « oublié », ignoré par l’évolution de la pensée cérébrale et des savoirs qui en ont découlé, a présidé aux fondements anthropologiques de ces sciences médicales. Le tableau suivant en établi très schématiquement l’idée générale.
Précisons d’abord que les concepts d’« humeurs » empruntés à l’antique médecine européenne ne restituent pas bien la vision originelle. Hippocrate est d’ailleurs, au Ve siècle avant notre ère, à un tournant décisif où la conception des quatre humeurs va supplanter la vision spirituelle corps-âme-esprit. Le traité des Vents, appartenant au corpus hippocratique, se détache nettement de la conception humorale, puisqu’il démontre que la cause principale des maladies procède d’action ou de réaction du pneuma.
• L’air ou le souffle, le pneuma qui « exerce sa souveraineté sur l’univers et sur les êtres vivants » [1] et qui est également la cause principale du déséquilibre des humeurs et donc des maladies, peut être mis en relation avec le concept de « corps astral » – propre à l’animalité : sensibilité et motricité – de la médecine anthroposophique. En effet, le « corps astral ne peut agir qu’à travers l’élément gazeux » [2] et son action est le plus souvent la cause des pathologies [3].
Nous retrouvons cette idée très générale dans les médecines ayurvédique ou tibétaine pour qui, le plus souvent, la maladie est engendrée par un déséquilibre de Vâta, traduit le plus souvent par Vent, mais aussi comme « l’énergie du mouvement » [4]. « Cela se comprend aisément si l’on songe que c’est le Vent qui communique son énergie aux deux autres Humeurs : son action aura une répercussion plus grande sur l’organisme qu’un simple déséquilibre de la Bile ou du Phlegme. » [5]
Pour la médecine traditionnelle chinoise, le Qi, qui se traduit par « Souffle », mais que l’on traduit aujourd’hui par « énergie », prend des aspects énergétiques pathologiques (Xie Qi) ; c’est pourquoi, il est dit que « les souffles qui naviguent donc sur ces trajets d’énergie sont soient normaux, soient pathologiques. » [6]
Ces perturbations dues à l’astralité égotique, aux « trois poisons » décrits par la médecine tibétaine, remonteraient-elles à une « chute originelle » comme le pensais Hildegarde de Bingen (voir p.35) ? En tout cas, cette idée converge avec de nombreux mythes d’Afrique Noire (voir p.13).
• Le « corps éthérique », corps de vie par excellence selon la médecine anthroposophique, se retrouve autant dans l’idée Jing de la médecine chinoise que dans le concept Kapha de l’Ayurveda. « Le Jing “essence vitale” est la base matérielle du Qi et de l’Esprit. C’est le fondement de la source de la vie. » [7] ; de même, « Kapha désigne le flegme, la charpente de tout et tout ce qui est solide dans le corps. » [8]
• Le troisième élément qui, pour l’Anthroposophie fait que nous sommes des êtres humains, c’est le « Moi », l’organisation spirituelle du Moi. Pour l’ancienne médecine chinoise, il s’agit du Shen, traduit habituellement par « Esprit » et qui « désigne donc dans le sens restreint l’ensemble des activités de l’esprit, de la conscience et de la pensée… ». De plus, pour cette vision chinoise, c’est le « Cœur » qui « “abrite” l’Esprit », en convergence avec l’Anthroposophie pour qui le support de l’activité du Moi est « essentiellement ancré dans le sang » [9] – le cœur étant donc l’organe essentiel de cette fonction psycho-spirituelle.
Pour l’Ayurveda, Pitta, traduit par la Bile, « désigne la chaleur et la transformation de la chaleur », de plus, « il active l’intellect, suscite la discrimination et la juste compréhension des choses » [10]. On ne peut mieux rapprocher ces définitions de « l’organisation du Moi » qui, selon l’Anthroposophie, « vit tout entière dans les états thermiques » [11] autant qu’elle nous donne la conscience de soi permettant l’émergence des facultés mentales.
Il y aurait encore plusieurs développements et de nombreux points de convergences pour confirmer la réalité d’un ternaire anthropologique fondateur des médecines holistiques.

Équilibre et déséquilibre : santé et maladie

Un autre point de convergence fondamental porte sur la nature de la maladie. Il s’agit d’un déséquilibre des humeurs, des énergies ou des « corps subtils ». Cette idée de déséquilibre nous renvoie, bien évidemment, au-delà du paradigme guerrier de l’allopathie ; et les personnes que l’on sait aujourd’hui « asymptomatiques face au virus » confirment un bon état d’équilibre ou, en terme moderne, un bon système immunitaire. L’approche du corps malade, questionnée par Welleda Muller (voir p.80), peut-elle, en dehors de l’esprit catastrophiste auquel nous sommes régulièrement soumis, nous éveiller à une « douce ironie envers nous-même ? »
Ce numéro de la revue 3e millénaire, qui peut vous paraître un peu particulier, vise aussi à montrer qu’une approche de la spiritualité, dans une perspective non-dualiste, est intimement ouverte sur le monde. L’extraordinaire monde des plantes, abordé dans les pages de cette revue de printemps, avec le Dr Dom Coqueret (voir p.46) ainsi qu’avec Djibril Bâ (voir p.64 ; voir aussi la légende Cherokee, p.53), n’est pas un hasard éditorial, il nous invite à nous émerveiller, comme à nous interroger sur cette si mystérieuse nature qui nous environne. La nature, lorsqu’elle apparaît dans l’approche perceptive, non-duelle, est porteuse d’une véritable richesse d’impressions subtiles (voir notre Port Folio, p.54), d’un équilibre intérieur, c’est-à-dire d’une véritable santé comme l’explique Thierry Thouvenot, d’une « Santé des Sages » qui ont trouvé la loi universelle Ying-Yang du Tao (Dao) (voir p.14). Cette approche nécessite un réel « travail sur soi », qui n’est pas à prendre en termes d’efforts égotiques, mais à travers l’éveil d’une compréhension des mécanismes qui se jouent en nous, et d’une lucidité sur soi, « d’une lutte sans mouvement » comme le dit Jean Bousquet (voir p.68). C’est ce chemin de « maturité spirituelle » qu’aborde ici le Dr Guy Ferré (voir p.86).


Notes

[1] - Hippocrate, Les Vents, XV.1, Les Belles Lettres, p. 124.
[2] - Victor Bott, Médecine anthroposophique. Un élargissement de l’art de guérir, Triades, 1972, p. 24.
[3] - Rudolf Steiner, Thérapeutique et Science spirituelle, E.A.R., 1980, pp. 48-49, 55.
[4] - Acharya Balkrishna, Une approche de la science de l’âyurveda, InnerQuest, 2020, p. 54.
[5] - Tenzin Choedrak, Introduction à la médecine tibétaine, Dangles, 1996, p. 16.
[6] - Dr Jean-Raymond Attali, La Médecine Traditionnelle Chinoise, p. 7.
[7] - Dominique Buchillet, La conception des maladies de tiédeur dans la médecine chinoise, Revue d’anthropologie des connaissances, Vol 4, n°1, 2010, p. 199.
[8] - Sylvie Verbois, ABC de l’Ayurveda, Grancher, 2005, p. 89.
[9] - Rudolf Steiner, Physiologie et Thérapie en regard de la science de l’Esprit, E.A.R., p. 101.
[10] - Sylvie Verbois, Idem, p. 85.
[11] - Rudolf Steiner et Ita Wegman, Données de base pour un élargissement de l’art de guérir selon les connaissances de la science spirituelle, Triades, 1978, p. 82.