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N°116 - Au cœur de nos conditionnements - au Format PDF

N°116 - Eté 2015 - Dr Catherine Bourdieret et Lionel Cruzille, Henri-Louis Go, Martine Régis, Marianne Dubois, Edouard Salim Michael, Steve Pavlina, Sri Tathâta, Le moine Gojo, Roland Yuno Rech, Père Lazaré, Monique Virelaude, Alexandre Kimpe - FORMAT PDF     

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N° 116   -   Eté 2015

Thème :  Au cœur de nos conditionnements

 

Sommaire

 

3e millénaire : Un fil d'Ariane à travers les conditionnements
Dr Catherine Bourdier et Lionel Cruzille Addiction et spiritualité / Réflexion à deux voi(x)es
Henri-Louis Go : (Pourquoi) avons-nous encore besoin d'école ?
Martine Régis : Addict au négatif
Marianne Dubois : La clé de l'Inconditionné
Edouard Salim Michaël :    La mémoire, un conditionnement majeur
Steve Pavlina : Au-delà du conditionnement social ?
Sri Tathâta : Est-il possible de se désidentifier du corps ?
Le moine Gojo : À Propos de l'addiction essentielle
3e millénaire :    La Roue de la Vie ou les manifestations de l'ego
Roland Yuno Rech : La coproduction conditionnée ou les Douze Causes Interdépendantes
Père Lazaré : L'état conditionné de l'« homme psychique; « chez Saint Paul
Monique Virelaude : Comment le conditionnement créé par votre peur psychologique, se défait …
Alexandre Kimpe    : Le conditionnement, c'est le monde
Rubriques :
En écho au numéro précédent    :
Armelle Six : Vivre la joie avec le corps qu'on Est !    
Science & tradition :
John Martin Sahajananda : Quelle est la cause première du Big Bang ?
En écho à un ancien numéro : 3e millénaire, Pensées très conditionnées
Portfolio
Sculptures de Corinne Chauvet
BD :        
Anna Guégan : STop Chronos !  

Fil d'ariane : L'approche corporelle

 

 

 

 

 Les niveaux de conditionnement

« Le monde est conditionnement » nous dit Alexandre Kimpe ; que ce soit par les lois naturelles ou le système social – ce que souligne Steve Pavlina –, nous sommes conditionnés... Mais s'il paraît naturel, “normal”, d'être effectivement conditionné suite à des apprentissages fondamentaux (parler, lire, écrire, conduire,...), les modes de pensée mécaniques, les réactions émotionnelles “négatives”,... demeurent des entraves à une vie et à une société saines et évolutives. Ce que décrit Monique Virelaude lorsqu'elle nous dit que : « le Conditionnement s'infiltre dans tous vos comportements, déforme votre espace intérieur, saccage vos rêves, mutile votre corporalité, anéantit votre souffle ». Henri-Louis Go remarque d'ailleurs que le « fonctionnement pulsionnel entraîne un affaiblissement dangereux du niveau de civilisation de notre société, cherchant à produire un renoncement à l'utopie collective de fabrication d'un futur meilleur. » 
Spécialiste en addictologie, le Docteur Catherine Bourdier cerne aussi cet important problème de société : le contemporain « se laisse porter par des désirs intenses, polymorphes, nourris  par la société de consommation, lui susurrant de posséder pour être : “j'ai, donc je suis”. » Lionel Cruzille soulève ce dernier point, car s'« il paraît être philosophique, il n'en est pas moins très réel et très profond. Cette croyance que c'est par « l'avoir » (quelque chose) que l'on « est » (qui que ce soit) est très profondément ancrée dans l'Homme. »
Pour le moine Gojo, la « pire des addictions », qui « est la mère de toutes les autres », « celle à propos de laquelle tout le monde semble d'accord et que la société encourage » – être dans ce que l'on a –, « est l'addiction à la croyance d'être une personne séparée ».
La réalisation de cette évidence ontologique relève d'une ultime libération. Toutefois, entre l'ultime et le quotidien de tout un chacun, il existe des niveaux de conditionnement comme des niveaux d'éveil. Certains “éveillés” ne sont pas pour autant “libérés” ! Ce qu'avec enthousiasme, on comprend intellectuellement ou intuitivement n'est pas pour autant catalyseur de l'alchimie intérieure seule libératrice. L'aspect biologique et l'environnement psychique et social reste à découvrir, en chacun de nous, à chaque instant. Car « la conscience de ce qui est, transforme ce qui est, nous dit Marianne Dubois, et là, tous nos problèmes disparaissent. C'est l'oubli qui est la séparation, et nous coupe de l'Unité. Une activité incessante nous conduit loin de nous-même. » L'identification de notre attention à l'activité mécanique qui nous submerge happe l'énergie (potentiellement créatrice) qui constamment s'offre à nous.
Par éloignements successifs de l'axe essentiel (l'Être), nous sommes soumis à des “lois”, aux « activités incessantes », conditionnant nos vies intérieure et extérieure. Dans la perspective de la liberté intérieure nous pouvons entrevoir une nouvelle dimension. L'absence de cette perspective, au sein même de l'éducation, rend compte de « l'infantilisation généralisée des jeunes adultes et des adultes » qui, de surcroît, « menace le psychisme des enfants ... en captant leur attention et en les propulsant eux-mêmes dans une forme de vie consumériste et agitée, toujours en demande d'une nouvelle satisfaction immédiate. » constate Henri-Louis Go.
Sans le savoir, nous vivons sur une échelle des mondes qui nous traversent, portés ou soumis à des énergies conditionnées et conditionnantes dont nous n'avons habituellement pas conscience.

La recherche est-elle un conditionnement ?

Si de nombreuses personnes pressentent le besoin de « prendre du recul », voire de « lâcher prise », peu envisagent sérieusement la démarche nécessaire et indispensable à une telle réalisation. Le chercheur spirituel lui-même rencontre les plus grandes difficultés, comme le souligne Édouard Salim Michaël : « si, ayant connu un moment d'élévation durant sa méditation, il cherche avec avidité à ré-expérimenter cet état le lendemain, en raison du fait que les conditions extérieures ainsi que lui-même auront changé, il échouera dans sa tentative ». Les chercheurs « ne voient pas, ajoute-t-il, que, dans un travail aussi subtil et hors du commun, ils doivent oublier toute réussite et tout échec par lesquels ils sont passés à un moment donné, et poursuivre leur pratique spirituelle en étant neufs, comme s'ils ne connaissaient rien. »
« La recherche », elle-même, précise Alexandre Kimpe, « crée de nouveaux conditionnements », nécessaires et indispensables à une réelle libération de toute recherche. Nous n'avons pas le pouvoir de nous déconditionner – de nous libérer – des automatismes qui se sont mécaniquement créés en nous, sans apprendre à en voir le fonctionnement et l'étendue. La recherche d'absolu, dans l'ignorance et l'inconscience de nos moyens d'investigation (pensée, imagination, émotion, sensibilité...), conduit à des postures “psycho-spirituelles” dramatiques ou absurdes : dépression, fanatisme, orgueil...
En effet, « c'est en cherchant une liberté totale, constate Catherine Bourdier, que l'homme se retrouve esclave de ses pulsions primaires, entravé par la biologie de la dépendance installée ». « Face à ce mythe de la liberté totale », Lionel Cruzille cite l'adage Zen qui dit : « Cherchez la liberté, vous trouverez l'esclavage. Cherchez la discipline, vous trouverez la liberté. »
Il reste alors à trouver la “juste discipline”...
« Si “l'enquête” psychologique est une étape nécessaire, nous dit Martine Régis, elle n'est pourtant qu'un pas, minuscule, si l'on souhaite un changement profond. Et bien sûr, la recherche dite spirituelle laisse supposer qu'il y a quelque chose à trouver... encore faudrait-il que cette quête naisse d'une aspiration visionnaire, plus que d'un objectif volontaire... »
Le paradoxe de chercher sans chercher, ou encore « d'observer sans observateur », aurait dit J. Krishnamurti, revient à la remarque de Lionel Cruzille : « La méditation et la Vigilance (ou Présence à soi et au monde) demandent d'oublier aussi nombre d'habitudes, tout en les acceptant ».

Sortir du conditionnement ?...

“Éducation” ?... Le sens étymologique de ce terme magnifique devrait être compris comme ex-ducere (e-ducatum), “conduire hors de” : hors du conditionnement, évidemment !... C'est dans cette perspective que Henri-Louis Go définit le devenir de « l'école publique » et son objectif essentiel : « un espace de déconditionnement où l'enfant peut se réapproprier sa vie, en devenant conscient d'être soumis à un conditionnement féroce dans l'espace social. L'école est une éducation à l'attention. On dit souvent qu'être attentif se définit par son objet “être attentif à”. Mais c'est une conception réductrice de l'attention. La véritable attention est sans objet... »
C'est par une telle vision directe que « les maîtres zen, nous apprend Roland Yuno Rech, ont conduit leurs disciples à réaliser, en développant une autre manière de penser, hishiryo dans le zen, la pensée au-delà de la pensée conceptuelle, au delà de l'attachement aux fabrications mentales, au delà de toute tentative d'enfermer la réalité dans quelque système que ce soit, y compris ce système-là, qui est encore relatif ... »
Le discernement spirituel (sans image, sans jugement,...), la vision profonde et directe, établit « cette séparation, nous dit Sri Tathata, entre la conscience et le flux d'activités, car aujourd'hui nous sommes complètement identifiés à cette activité ou à ce mouvement du corps ». Mouvement mécanique et inconscient, manifesté par des tensions, des malaises, qui voilent le fait que le corps, souligne Armelle Six, « est l'expression justement de l'esprit ... comme une extension du sans forme que nous sommes ». 
Concrètement, nous dit Monique Virelaude, c'est « Lorsque le souffle aura transformé l'énergie pétrifiée ou pulsionnelle des tensions, libéré le diaphragme » que « vous découvrirez le point de jonction qui marquera la voie de cicatrisation de la déchirure ».
Il n'y a donc pas de rejet à effectuer, de limite à imposer, précise Marianne Dubois, car « tout ce qui arrive, toute perturbation extérieure peut faire partie de notre silence intérieur. La connaissance de soi est la voie royale vers l'unité. Elle ne comporte ni jugement ni mensonge ». Une observation non-duelle est alors vitale, car la racine des conditionnements réside dans notre propre regard, dans notre propre écoute ou ressenti. Un mode d'observation de tout l'être « quand, nous indique Marianne Dubois, le corps s'unifie à l'âme et à l'esprit », révèle « la puissance inconnue et nouvelle » que nous sommes inconditionnellement.

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