Raymond Lambert
Conseils de yoga

La valeur thérapeutique des exercices a été prouvée devant un grand nombre d’autorités médicales et il est généralement reconnu que leur pratique triomphe des différentes maladies chroniques telles que la tuberculose, certains diabètes et l’arthrite. Raison pour laquelle des médecins, voyant dans le yoga une forme de thérapeutique, consentent à diriger certains de leurs malades vers des centres de yoga. C’est leur droit et quelquefois la santé du malade s’améliore ; toutefois, dans certains cas, son état peut s’aggraver, surtout lorsqu’il s’agit de problèmes vertébraux ou psychiques.

Mr. Raymond Lambert (Kotai)

1949: après son retour d’Allemagne où il fut interné à Dachau. Physiquement et mentalement malade, il rencontra alors son premier maître Mythilde Singer, disciple du Dr. Hanish; elle lui apprit les techniques du Yoga Irano-Egyptien, grâce auxquelles il retrouva le sommeil et l’équilibre.

1956: rencontre de Swami Siddheswarananda à Gretz, dont il resta le disciple jusqu’à la mort de celui-ci.

1960: début de l’enseignement du Yoga, rue Feydeau.

1964: voyage en Inde à New -Delhi, chez Swami Dhirendra Brahmachari, où il apprend les techniques des Kriyas (Purifications internes: lavage du nez, de l’estomac, des intestins, etc.).

1966: rencontre de Swami Satchidananda, son second maître spirituel.

1967: premier stage d’été qui se poursuit chaque année et fondation de L’Integral Yoga Institute.
Rencontre de Taisen Deshimaru, venu en Europe initier les Occidentaux au Zen. Dans un esprit de communion, ils essayeront de réunir les pratiquants du Yoga et les adeptes du Zen.

1969: L’Integral Yoga Institute s’installe quai des Grands-Augustins.

1989: L’Integral Yoga Institute s’installe dans un lieu plus spacieux, dans le 9 arrondissement.

1998: M. Lambert se retire à la campagne, dans le midi de la France, et continue de participer à des stages en tant qu’invité.

2005: M. Lambert nous a quitter le 3 mai jour de son anniversaire.

(Revue Question De. No 49. Septembre-Octobre 1982)

Le yoga est une discipline unique susceptible de répondre à l’attente du monde moderne. Chacun peut le pratiquer, sans distinction de race, de nationalité ni de religion. Beaucoup de croyants de différentes confessions, aussi bien que des athées se réunissent pour commenter le yoga.

Si nous voulions résumer le yoga en une phrase, ce serait : « le yoga est la perfection en tous nos actes ».

Chaque action doit être droite et pure, que nous nous lavions, que nous prenions une posture, ou que nous fassions le ménage. Il y a une façon « yoga » de faire toute chose.

Dans notre vie, il faut trouver une harmonie avec tout ce qui nous entoure ; et pour la trouver, il faut obtenir un contrôle parfait de soi-même, sans crispation, tension, ni rigidité ; en souplesse. Pour cela, nous devons nous élever au-delà de nos propres limites ; or le yoga permet de nous en affranchir. Voilà pourquoi tous l’acceptent.

Le yoga bien pratiqué épanouit à la fois le corps, l’esprit et l’intellect. Il nous aide à développer notre énergie, à gouverner nos instincts, à dominer nos émotions et nos faiblesses.

Le yoga donne un nouveau sens et une valeur nouvelle à notre vie. Une conception de la vie plus vraie, plus pure et plus réelle s’offre à nous en fonction de notre transformation en tant qu’être physique, spirituel et intellectuel. L’élévation de « l’homme » dans le sens le plus noble de ce terme, est l’objet du yoga et de sa discipline.

Le corps et l’esprit s’influencent réciproquement ; le yoga peut être aussi bien psycho-somatique que « somato-psychique ». Pourquoi ? parce que dans la pratique du hatha-yoga nous ne pouvons dissocier corps et esprit sans nous exposer à de graves dangers tant sur le plan mental que physique.

Il y a des milliers d’années, les yogis pratiquaient le yoga dans la jungle et les montagnes, ils gardaient une santé excellente et vivaient longtemps. Le yoga n’a pas changé, il est ce qu’il a été et peut apporter de nombreuses améliorations à toutes les maladies psycho-somatiques.

Retentions de souffle : danger

Actuellement, il existe en Inde des centres de recherches qui retournent aux sources du yoga pour en expérimenter les principes. C’est ainsi qu’à l’aide d’instruments modernes on a pu vérifier scientifiquement ce que les anciens yogis avaient découvert par la pratique dans les temps les plus reculés. On saisit ici l’intérêt actuel du yoga en tant que méthode thérapeutique au sein du monde moderne, mais cette manière de voir le yoga peut conduire à des impasses.

Si le yoga convenablement pratiqué et bien contrôlé peut guérir éventuellement certaines maladies, le yoga mal compris et mal dirigé peut en occasionner d’autres. Je voudrais prendre seulement comme exemple la respiration. Nous savons tous que sans respir il n’y a pas de vie ; vie est respir et respir est vie. Néanmoins, si les différentes techniques respiratoires sont mal pratiquées, elles peuvent déclencher toutes sortes de maux, depuis le hoquet et la toux, jusqu’à l’inflammation des poumons en passant par des migraines, des lésions auriculaires ou même des risques de cécité.

Les rétentions de souffle abusives à poumons vides, peuvent conduire tout droit à la névrose avec des troubles du système nerveux ; à poumons pleins, elles peuvent engendrer des psychoses avec toutes sortes d’hallucinations, proches de la démence.

Il faut aussi que le grand public sache bien qu’avant de pratiquer les rétentions de souffle qui appartiennent à un yoga plus avancé, il faut être très attentif à de nombreux détails.

Maîtrise du souffle : harmonie corps-mental

Il est nécessaire tout d’abord de réapprendre à respirer correctement, avec beaucoup de discernement. Apprendre à maîtriser sa respiration : c’est-à-dire savoir inspirer puis expirer régulièrement, lentement, profondément et sans effort, selon les capacités et les limites de chacun. Cela peut prendre plusieurs années pour la majorité des cas que nous rencontrons actuellement.

Nous avons coutume d’entendre dire que la maîtrise du souffle, permet d’harmoniser le corps et le mental. Cela est vrai, mais il faut d’abord retrouver ce souffle, prendre conscience de notre respir. Retrouver l’équilibre entre les trois modes respiratoires : abdominal, médian et supérieur, permet d’obtenir l’équilibre entre nos trois natures : physique, spirituelle et intellectuelle. Cette harmonie totale redonne un psychisme sain sans lequel il est impossible d’aborder des techniques respiratoires pratiquées par les yogis, sans nous exposer aux graves dangers mentionnés ci-dessus.

Sans prise de conscience du souffle, aucune méditation (quelle qu’elle soit) ne peut être saine ni positive. Cette pris de conscience en effet est la base même de la pratique méditative.

Bouddha a dit : « c’est l’observation consciente de l’inspir et de l’expir qui conduit systématiquement à la maturité ».

Observer, se concentrer sur le respir, c’est faire l’expérience du corps dans son ensemble, mais à une condition : d’abord apprendre à respirer. C’est l’acte le plus important car il permet de rétablir l’équilibre que nous recherchons tous, c’est-à-dire l’équilibre psychophysique.

La valeur thérapeutique des exercices a été prouvée devant un grand nombre d’autorités médicales et il est généralement reconnu que leur pratique triomphe des différentes maladies chroniques telles que la tuberculose, certains diabètes et l’arthrite. Raison pour laquelle des médecins, voyant dans le yoga une forme de thérapeutique, consentent à diriger certains de leurs malades vers des centres de yoga. C’est leur droit et quelquefois la santé du malade s’améliore ; toutefois, dans certains cas, son état peut s’aggraver, surtout lorsqu’il s’agit de problèmes vertébraux ou psychiques.

Yoga : prophylaxie hygiénique

Le yoga ne se résume pas en effet à une série de recettes qui s appliqueraient à coup sûr à des maux spécifiques. Il met en jeu et transforme la totalité de la personne, et seul un instructeur compétent peut en tenir compte avec discernement.

Survivant des camps de la mort en 1945, c’est avec beaucoup de difficultés que j’ai dû me réintégrer dans la vie dite « normale » et pendant cinq années je n’ai cessé de hurler chaque nuit, hanté par les visions du camp, je vous passe les détails… Je devins malade psychique et cardiaque. C’est en 1949 que j’ai eu la chance de rencontrer en Suisse une disciple directe du Docteur Hanish, qui m’enseigna durant une année cette science merveilleuse qu’est l’enseignement « Mazdaznan » ou « Yoga Irano-Égyptien », qui s’appuie sur la science du Respir et de l’alimentation, les exercices glandulaires, l’hygiène sexuelle, l’amour et le respect à l’égard de toute vie manifestée ; l’ensemble conduisant à la régénération.

C’est, je dois l’avouer, grâce à une technique respiratoire que mon maître m’enseigna, que le sommeil m’est revenu dès la première nuit. Un an plus tard j’avais retrouvé l’équilibre physique et mental. La joie de vivre coulait à nouveau dans mes veines et mes yeux commençaient à s’ouvrir au monde spirituel.

Bien que ce soit la maladie qui m’ait fait découvrir le yoga, je ne le considère toujours pas comme une thérapeutique, c’est plutôt une prophylaxie hygiénique capable de nous préserver de la maladie. Mal compris ou mal enseigné, il engendre toutes sortes de désordres. Nombreux sont les enseignants, mais très rare est le véritable yoga.

Au nom du yoga, il est très souvent donné un enseignement à l’eau de rose, fort dangereux de par son caractère teinté d’exotisme qui est loin de la vraie tradition. Il arrive aussi que certains professeurs veuillent jouer aux grands thérapeutes.

Parfois je suis très triste de voir cet abîme qui existe entre le yoga d’autrefois et celui d’aujourd’hui. Entre les deux toute une prairie verdoyante et florissante, une immense étendue de sagesse et d’amour reste encore inexplorée. Nous vivons très souvent un yoga factice dans lequel l’homme ne recherche que la récolte et refuse totalement l’importance de la graine, de la semence et de sa qualité…

Si le hatha-yoga est une ascèse remarquable pour des gens normalement constitués, c’est-à-dire sains de corps et d’esprit ayant un dos droit et musclé, une colonne vertébrale souple, un ventre ferme et des intestins fonctionnant normalement, il peut se révéler inopérant ou nuisible pour tous ceux qui sont privés de ces privilèges et qui constituent la majorité de notre civilisation nourrie au coca-cola.

Le yoga tel que les maîtres l’enseignent aux disciples bien constitués peut être une source de dangers inévitables pour nos nouvelles générations au dos bien « cyphosé ». C’est là que réside toute la difficulté d’enseigner un hatha-yoga efficace et positif.

Chaque être est unique, chaque colonne vertébrale est un cas et chaque mental est une histoire. Non pas qu’il existe un yoga oriental et un yoga occidental comme on le prétend aujourd’hui, non plus que des yogas personnalisés comme on l’entend souvent: « le yoga de M. ou Mme Untel ».

Vivre en yoga

Il existe un seul et véritable enseignement, au sein duquel il faut savoir sélectionner et adapter les postures en fonction des besoins, des anomalies et des capacités de chacun, ce qui est totalement différent.

Certaines postures sont même impossibles à réaliser, à moins d’être par nature « hyperlaxe », d’être né dans une famille de contorsionnistes, ou d’avoir suivi dès le plus jeune âge une discipline et un entraînement intensif.

Ici les acrobaties et les contorsions ne nous intéressent pas car ce genre de prouesses n’est pas le but du vrai yoga.

Il faut travailler progressivement avec prudence et discernement en tenant compte de nombreux facteurs, tels que la morphologie, l’état de santé, l’âge, le sexe, la profession, le niveau spirituel et intellectuel et aussi l’éducation reçue, quoique maintenant on n’en reçoive plus ; c’est peut-être un bien, c’est peut-être un mal…

Le yoga pratiqué par les yogis menant une vie et une ascèse particulière dans un but totalement différent du nôtre n’est pas pour nous. Néanmoins, nous sommes également dans l’erreur lorsque pour un but uniquement thérapeutique, nous nous entêtons à vouloir considérer les exercices comme parfaits et le yoga comme une panacée.

Nous sommes encore dans l’erreur en pensant que le yoga va nous apporter le succès et la solution de tous nos problèmes. Cette façon trop simpliste de présenter le yoga a plus un aspect commercial que sacerdotal. Nous ne sommes ni des érudits, ni des intellectuels, ni des médecins, ni des kinésithérapeutes ; nous voulons « vivre en yoga » et transmettre le « vécu » de nos expériences et non de notre savoir.

Connaître les noms en sanscrit de chaque asana et leur étymologie, c’est bien. Connaître par une étude approfondie les bienfaits des asanas, c’est bien aussi, mais cela peut être à la portée de tout le monde.

En revanche, connaître les dangers d’un mauvais usage du hatha-yoga et du pranayama, ce n’est pas à la portée de tout le monde, bien que nul ne doive l’ignorer.

Le but de ce dossier n’est pas de donner un cours de hatha-yoga ni des techniques respiratoires pouvant faire décoller du sol, mais plutôt d’éviter certaines embûches que nous dépistons sans cesse tout au long du chemin à parcourir dans le yoga. Nous attirons l’attention du lecteur sur les différents dangers que peuvent présenter les postures d’un cours de hatha-yoga classique.

Les postures, leurs bienfaits, leurs dangers par Raymond Lambert

AVERTISSEMENT

Quel que soit l’enseignement reçu ou l’instructeur choisi, nous devons toujours retrouver cette même vérité essentielle où physique, spirituel et intellectuel ne font qu’un. Chaque posture doit apporter une nouvelle révélation et non une condamnation. Il faut pour cela rester très attentif dans la pratique, tout doit être parfait. Ne négligez rien. Le moindre détail est important.

SIRSASANA

La posture sur la tête Sirsasana, considéré comme le Roi des asanas à cause de son efficacité à guérir certaines maladies, en est aussi le plus redoutable.
À côté des bienfaits remarquables que peut apporter ce bon Roi à ses fidèles disciples, il est sans pitié pour ceux qui n’acceptent pas de se soumettre aux impératifs concernant aussi bien la façon de se poser sur la tête que la durée statique à respecter.
Le discernement est ici primordial et vu le nombre croissant de gens dépourvus du simple bon sens, nous recommandons la plus grande prudence.
Depuis de longues générations l’Orient porte sur la tête de lourds fardeaux. Cette hérédité a donné à ces êtres un port droit et respectueux, une démarche souple et élégante, un cou sain