Jean Gontier : L’instructeur de la réalité


07 May 2014

(Revue Être. No 2. 3e année. 1975)

Toute existence humaine compte des instants exceptionnels dispensateurs d’un bonheur intense que malheureusement l’on attribue à telle ou telle cause, à tel ou tel être, après quoi on retombe dans l’ignorance, gardant la nostalgie de ces moments où l’on fut pleinement heureux.

Si nous sommes déjà dans la Réalité, si nous sommes la Réalité, comment se fait-il que nous soyons incapables d’en prendre conscience ? Cela tient à ce que depuis notre enfance tous nos efforts et toutes nos préoccupations ont consisté à agir et à penser par relation de cause à effet à partir des phénomènes. Comment pourrions-nous reconnaître un bonheur surgissant comme un éclair qui ne se référerait pas à un objet, qui serait sans cause ? Si cela se produit je vais automatiquement, par réflexe peut-on dire, attribuer une cause à ce bonheur. Je vais dire qu’il vient de Dieu et comme il faut bien définir une cause, je fais de Dieu l’objet cause de mon bonheur et ensuite je me mets à disserter le plus logiquement du monde sur l’objet Dieu, et comme il faut une cause à Dieu, je me lancerai dans des spéculations sur le non-être. Ainsi je reste dans la ronde sans fin du jeu intellectuel.

Il peut arriver que, conscient de l’impermanence du monde, inapte à m’apporter le bonheur et la paix immuables dont j’éprouve le désir d’un côté et de l’inconnaissance à laquelle je me heurte d’un autre côté, cette situation duelle devienne pour moi intolérable. Ou bien je vais vivre dans un monde que je considérerai comme absurde.

C’est l’attitude désespérée de l’existentialisme de Camus qui va jusqu’au suicide. Ou bien je vais repousser la résolution de mon problème dans un futur lointain ou pour une autre vie et en attendant je vivrai résigné. C’est ce que proposent les idéologies politiques et religieuses dont le but est de façonner le caractère de leurs membres de façon qu’ils croient librement désirer, penser et faire ce qu’on veut qu’ils désirent, pensent et fassent et non de les amener à être véritablement libres, c’est-à-dire non soumis intérieu­rement à l’emprise d’une domination ou d’une croyance.

Ou bien, puisque le « Royaume des Cieux » est en moi d’après ce que j’ai pu lire ou entendre à ce sujet, j’attendrai que la Lumière vienne d’elle-même, sans efforts de ma part, sans recherche et j’adopterai une attitude quiétiste.

L’expérience de l’Éveil peut se produire, soit spontanément en dehors de toute recherche, soit à la fin d’une quête solitaire et aveugle en quelque sorte, soit avec l’aide d’un connaisseur de la Réalité.

Il se peut que l’expérience de l’Éveil se produise sans que celui qui en est l’objet l’ait recherchée, sans même y avoir jamais aspiré. Cela a pu être parce que l’intéressé se trouvait naturellement dans un état de disponibilité totale qui ne résultait pas d’une attitude volontairement délibérée.

Plus près de nous que le cas de Paul de Tarse sur le chemin de Damas est celui de ce soldat lorrain qui, à la suite d’une semblable expérience vers 1632, deviendra le moine connu sous le nom de Frère Laurent de la Résurrection (L’expérience de la Présence de Dieu, Ed. du Seuil, 1948). ; il passera le reste de sa vie dans la Présence de Dieu et dira au cours d’entretiens : « Nous cherchons dans le raisonnement et les sciences comme dans une mauvaise copie ce que nous négligeons de voir dans un excellent original ». — « Le temps de l’oraison n’est point différent d’un autre ». — « L’extase et le ravissement ne sont que d’une âme qui s’amuse au don, au lieu de le rejeter et d’aller à Dieu au-delà de son don ».

Il se peut aussi que l’homme, pour sortir de son dilemme, se lance seul dans la recherche de l’Absolu. C’est le cas bien connu de Ramana Maharshi qui, à l’âge de 16 ans à peine, fit l’expérience de sa véritable nature alors qu’il n’avait pour ainsi dire aucune éducation religieuse et ignorait même les termes védântiques les plus courants tels que Brahman ou Atman, ainsi qu’il le confiera plus tard à Siddheshwar­ânanda. Jaspers rapporte dans sa Psychopathologie générale (1962) un cas semblable où l’expérience est décrite par celui qui l’a éprouvée, avec une extraordinaire lucidité. Le Dr. Laing la reprend dans son ouvrage : La Politique de l’expérience (Stock, Paris, 1969, p. 93). En voici des extraits essentiels :

« Dans mon cas, le moi personnel était devenu poreux, à cause de ma conscience obscurcie. À travers ses trous, j’avais voulu me rappro­cher de plus hautes sources de vie. J’aurais dû me préparer à la chose longuement en prenant conscience de moi sous la forme d’un Soi plus haut ; impersonnel, car le nectar n’est pas fait pour des lèvres mortelles : il agit d’une manière destructive sur le moi de l’animal humain, le réduit en ses parties et celles-ci se désintègrent graduelle­ment. Alors la poupée se brise et le corps souffre. J’avais voulu prématurément forcer l’accès de la « source de vie » et la malédiction des dieux m’a frappé. J’ai constaté trop tard que des éléments obscurs étaient entrés en jeu. J’ai dû les affronter alors qu’ils étaient déjà devenus trop puissants. Il n’y avait pas de retour en arrière possible. J’étais à présent dans ce monde des esprits que j’avais voulu connaître. Les démons montaient de l’abîme, tels des Cerbères vigilants, refusant l’entrée à ceux qui n’étaient pas autorisés à entrer. Je décidai de mener une lutte à mort, qui finalement signifia pour moi la décision de mourir, car s’il fallait écarter tout ce qui maintenait l’ennemi en vie, c’était aussi tout ce qui me maintenait en vie. J’ai voulu entrer dans la mort sans devenir fou, affronter le Sphinx et lui dire : l’un de nous deux doit disparaître dans l’abîme…

« Alors est venue l’illumination. J’ai jeûné et ainsi j’ai pénétré dans la vraie nature de mes séducteurs. C’étaient les souteneurs et les exploiteurs de mon cher moi personnel, qui m’est apparu aussi dérisoire qu’eux. Un être plus grand et plus compréhensif a émergé de moi et j’ai pu abandonner ma personnalité précédente avec tout son entourage. J’ai compris que cette personnalité-là ne pourrait entrer dans le royaume transcendantal. J’en ai éprouvé une terrible souffrance, une espèce d’explosion annihilante, mais j’étais sauvé : les démons se sont évanouis, ont disparu. Une nouvelle vie a commencé pour moi et, depuis, je me suis senti différent des autres. Un moi pareil à celui des autres gens, fait de mensonges convention­nels, de faux semblants, d’auto-tromperies, de souvenirs, s’est reconstitué en moi, mais derrière et au-dessus de lui se tenait un Soi plus grand et plus compréhensif, qui me donnait le sentiment de quelque chose d’éternel, d’immuable, d’immortel et d’inviolable. Depuis, il a été mon protecteur et mon refuge.

« Je crois qu’il serait bon pour beaucoup qu’ils aient conscience de l’existence d’un tel Soi, et je crois qu’il y a des gens qui ont atteint cet objectif par des voies moins pénibles ».

Ces lignes remarquables résument toute la quête initiale et l’accès à la Conscience Unitive. On voit également combien la recherche solitaire est dangereuse. Elle risque de finir dans la folie. Mais il est d’autres pièges auxquels on peut se laisser prendre, qui tous en défini­tive aboutissent à renforcer l’ego, alors que s’ils avaient pu être reconnus, ils auraient contribué à sa démystification. En particulier tous les pièges que représentent les états et les émotions éprouvés et les pouvoirs acquis. Le pire de tous est la croyance que l’on « a » la Connaissance ; laquelle ne peut jamais apparaître comme une acquisi­tion de l’individualité. Au contraire, si cela se produit, alors on est tombé dans l’erreur fatale, l’aveuglement définitif qui consiste à prendre pour la connaissance de la Réalité ce qui n’est que l’extrême sublimation et l’orgueilleuse autoglorification de l’ego. C’est le sens du mythe de Lucifer, ange de lumière qui se prit pour Dieu et ainsi perdit la vision de la divinité. C’est aussi le drame de tant de pseudo-maîtres spirituels.

Pour surmonter ces pièges, faute d’un bouleversement total qui brusquement et discontinûment fait passer l’être humain de la vision où la conscience de l’individualité est permanente et celle de la Réalité ignorée ou réduite à quelques brefs éclairs, à la vision où la « Présence de l’Être » est permanente et celle de l’individualité ramenée à sa véritable mesure, comme simple reflet de l’Être, l’aide d’un connaisseur de la Réalité, capable de nous mettre à même de voir notre véritable nature, est nécessaire. Cet « éveilleur » agit à la manière d’un catalyseur chimique qui, par sa seule présence et sans être lui-même modifié, rend possible une réaction à laquelle il ne participe pas.

Nous serions tenté d’employer le terme de maître spirituel pour désigner cet « éveilleur » mais une telle expression comme celle de Dieu ou d’Amour a tellement été dénaturée, déformée et prostituée qu’elle est devenue inutilisable de nos jours. De n’importe qui ne dit-on pas : C’est un maître ! De même pour le mot guide. Le terme instructeur au sens où Jean Klein l’emploie convient mieux. L’instructeur de la Réalité est celui qui est capable d’amener le chercheur là où l’expérience de l’Éveil peut surgir.

Mais comment savoir que l’on est en présence d’un instructeur authentique, puisque seul un connaisseur de la Réalité peut en reconnaître un autre ? Ce serait impossible s’il n’était des signes qui marquent infailliblement les faux instructeurs, lesquels malheureu­sement sont légion. Nous n’envisageons ici que les pseudo-instructeurs occidentaux ou occidentalisés. D’abord, ces personnages ne tolèrent aucune critique en vertu du syllogisme : Ma personne est l’incarnation de la Vérité, or ma personne est contestée donc la Vérité est contestée. Nul ne trouve grâce à leurs yeux, sauf ceux qui leur sont aveuglément soumis, et encore, car nul ne peut être ce qu’eux s’imaginent être.

Rien ne peut mieux résumer leur comportement que ces paroles prononcées devant ses disciples extasiés par un prétendu maître plus paranoïaque que spirituel : « Avec moi la Lumière se lève enfin sur l’Occident » ! et encore : « En cette fin des temps c’est moi qui incarne la tradition primordiale » !

Comme ces gens possèdent un certain « pouvoir » de séduction, une sorte de magnétisme, il est difficile d’échapper à leur domination si l’on ne possède pas par ailleurs les moyens de les juger et de leur résister. Pour qui les suit dans leurs errements, le résultat le plus certain est de perdre son temps, à moins de nourrir beaucoup d’illusions sur ce qui peut être « réalisé » dans de pareilles conditions. Cela est encore plus vrai et regrettable si, effectivement, par ce contact on a acquis une certaine dose de ce « pouvoir » ou quelqu’autre capacité parapsychologique. Un signe révélateur est l’aveugle passivité que ces faux maîtres exigent de la part de leurs disciples. Il devrait être évident que cette passivité est aux antipodes de l’activité que nécessite toute conquête de la Vérité, qui est liberté, autonomie intégrale. Et il est facile de deviner que cette passivité finira par envahir tout l’être qui ne réagira plus, non seulement vis-à-vis du monde extérieur mais, ce qui est plus grave, vis-à-vis des forces dissolvantes, « tamasiques », qui entraîneront la détérioration, voire la désintégration de la personnalité humaine. À moins d’une robuste santé psychique, on ne sort jamais d’une telle emprise sans être plus ou moins traumatisé et souvent irrémédiablement.

Avant tout autre examen, la pierre de touche qui fera reconnaître ces faux maîtres sera la présence d’un ou de plusieurs des éléments suivants : le manque total de sérénité, le mépris des autres, une domination abusive et enfin le climat trouble et agité qui règne dans l’entourage, provoqué par d’incessantes querelles de rivalités, d’argent et de sexe.

Reste à examiner le problème du véritable instructeur de la Réalité. Il faut bien comprendre que l’on peut connaître la Réalité et la vivre en permanence sans pour autant être capable d’amener autrui dans les conditions où l’expérience pourra être faite. Un musicien virtuose peut ne pas savoir enseigner la manière de jouer parfaitement de son instrument. En plus des dons innés développés par le travail qui font le virtuose, des dons pédagogiques sont ici indispensables. À plus forte raison lorsqu’il s’agit de la recherche de la Réalité. Cela demande de la part de l’instructeur des dons innés combien plus rares et en particulier celui de la transmission spirituelle qui, au-delà des mots et de la personnalité même de l’instructeur, va amener celui qui écoute aux frontières de l’Éveil.

Le retentissement que la connaissance de la Réalité a sur l’individualité varie avec chaque connaisseur. Il se peut que l’individualité n’ait pas été entièrement bouleversée par le feu de la Connaissance qui dès lors ne sera pas vécue en permanence. Ce sera une alternance de moments où l’individualité se trouvera entièrement intégrée et d’autres où l’ego reprendra toute son acuité. Ces êtres écartelés font penser à ces merveilleux acteurs qui parviennent sur scène à un tel oubli d’eux-mêmes qu’il leur est possible d’être totalement le personnage qu’ils jouent, mais qui, ayant quitté le plateau, retrouvent toute leur susceptibilité et leurs exigences de prima donna.

Il se peut aussi que la connaissance de la Réalité n’ait pas sur l’individualité de retentissement extérieur tel qu’il soit perçu par autrui. Qui se trouve dans cette situation passera anonyme et inaperçu dans la foule tout en exerçant, sans le vouloir, sans s’en rendre compte d’ailleurs et sans que les autres la lui attribuent, une influence bienfaisante.

Il se peut au contraire que la connaissance de la Réalité développe à travers l’individualité une puissance de rayonnement telle qu’elle attire les foules. En présence de tels êtres et à moins qu’ils soient de véritables instructeurs, on peut seulement être séduit, se sentir profondément ému, apaisé et heureux. Mais ce ne sont là que des états transitoires et l’on retombe dans l’opacité de son individualité permanente, une fois quitté leur entourage et dissipé le parfum spirituel dont on était imprégné. De tels êtres pourront grouper autour d’eux quantité de personnes, parler pendant des années, aucune osmose spirituelle pouvant conduire leurs auditeurs à l’Éveil ne se produira, surtout si leur expérience personnelle de la Réalité est née directement, donc sans l’intermédiaire d’un instructeur accompli. Leur message fera l’objet de livres avant d’être le sujet de thèses universitaires.

Enfin la connaissance de la Réalité peut développer dans l’indivi­dualité des possibilités qui jusque-là étaient demeurées potentielles. Seul celui qui possède ainsi ces dons innés, indispensables pour être un instructeur, le deviendra, à condition d’avoir été dûment missionné pour ce faire d’une manière ou d’une autre, mais jamais de son propre chef.

L’instructeur est celui qui est capable de voir exactement où se trouve son interlocuteur dans sa propre recherche et ce qui lui est nécessaire. Au fond la reconnaissance de la Réalité peut être comparée au recouvrement de la santé qui est l’état naturel. L’instructeur ne donne pas la Connaissance comme on le croit à tort, mais favorise l’élimination des illusions en prescrivant éventuellement une médication spirituelle susceptible de favoriser l’approche de la Réalité.

Comme cette approche est faite ici avec l’aide d’un instructeur, celui-ci est fréquemment l’objet d’un attachement, d’une dévotion, voire d’une adoration de la part du disciple qui maintiennent ce dernier dans une servitude sécurisante qui est certes très agréable, mais qui néanmoins constitue un blocage pour l’orientation vers l’essentiel tant qu’on demeure dans cette attitude infantile, prenant l’être apparent de l’instructeur pour la Réalité dont il n’est que le reflet, comme l’est tout ce qui existe. Ainsi encore obnubilé par l’extérieur ne peut-on reconnaître la Réalité dans sa nudité. Et l’on songe à ce que Eckhart dit de l’attachement à Dieu : « La conscience de l’union à Dieu est le dernier empêchement à la béatitude, en sorte que l’homme devra se délivrer de Dieu lui-même ; c’est-à-dire de la connaissance de Dieu ». Après avoir transmis tout ce qu’il est capable de transmettre, le véritable instructeur enseigne au disciple à se passer de lui, à devenir adulte et libre, non attaché et non engagé, comme il l’est lui-même. Vue de l’extérieur, cette attitude à l’égard de l’instruc­teur peut sembler monstrueuse d’ingratitude pour des êtres sentimentaux, ignorants de la Réalité.

Ce qui existe en fait entre celui qui vit la Réalité et l’instructeur qui l’a conduit au seuil de l’Éveil, dépasse tout ce que les sentiments humains peuvent offrir. Ce sont des liens inexprimables qui ne se manifestent qu’avec une extrême pudeur entre deux êtres dont l’accord profond est total, même si les modalités de leur existence apparente sont différentes.

Mais cela ne résout pas le problème : Comment trouver un instructeur accompli ? Il est difficile d’admettre que c’est une question dont il ne faut pas se préoccuper. On croit généralement qu’une fois découvert l’instructeur, tout sera terminé, qu’il donnera la Connaissance comme on fait un cadeau et qu’ensuite on s’en ira en proclamant « Je suis heureux, j’ai la Connaissance ». Quelle illusion ! Un instructeur, s’il est indispensable dans la quasi-totalité des cas, n’est cependant pas suffisant. Comme le dit Lin-Tsi : « Il faut sonder les choses en personne, s’affiner comme le minerai, se polir comme le miroir de métal. Puis un beau matin on s’éveille ». Ce travail d’affinage, au cours de la recherche, si inutile soit-il par rapport à la Réalité qui est toujours présente, est néanmoins indispensable, surtout pour les Occidentaux qui sont élevés dans une perspective radicalement fausse dans le culte de l’homme qu’est l’humanisme, c’est-à-dire le culte de l’ego. Quand le moment est venu, la rencontre de l’instructeur, avec lequel on aura cette affinité préexistante indispensable pour que l’osmose spirituelle soit possible, se produit. Cette rencontre peut se faire d’emblée pour certains. Pour d’autres, tel Lin-Tsi, il leur faudra mener leur quête auprès de plusieurs instructeurs avant de trouver celui avec l’aide duquel ils feront l’expérience de l’Éveil.

En dernier lieu il nous faut indiquer rapidement le cas où l’instructeur de la Réalité n’est pas un être humain, mais une entité intérieure qui, suivant la tradition à laquelle appartient l’aspirant, prendra tel ou tel aspect et dont on entendra la voix ou, plus rare­ment, dont on verra plus ou moins la forme lumineuse. Nous sommes ici dans un domaine extrêmement délicat, car souvent ce qui est pris pour l’instructeur intérieur ne sont que des forces occultes qui mènent à la possession non à l’illumination. Dans ce cas un contrôle extérieur est nécessaire. Mais où le trouver ? Seulement auprès d’un connaisseur éclairé de la Réalité qui, sans être un instructeur, possède néanmoins le discernement nécessaire pour reconnaître si l’on se trouve en présence d’une influence sattvique et non d’une influence tamasique. Plus qu’une autre la voie mystérieuse demeure périlleuse, d’autant que dans la plupart des cas on prend pour de la spiritualité ce qui n’est que de simples événements biographiques, des états d’âme dans lesquels les mystiques s’égarent en s’y complaisant pour les exalter en mode lyrique.

Selon Ramdas, les critères qui font reconnaître un maître réalisé sont l’absence absolue de toute peur, le dépassement de toute opposition comme bien ou mal, renommée ou blâme, bonheur ou misère, gain ou perte, le sentiment de l’unicité avec Dieu, une constante félicité et un universel amour.

Quoi qu’il en soit, tant que l’expérience de l’Éveil n’est pas réalisée et la conscience de la Réalité devenue permanente, on reste dans l’état humain où la chute dans l’orgueil, ou la jouissance spirituelle entre autres, reste possible.

Mais il demeure qu’en définitive l’ultime instructeur s’avère être toujours la Réalité elle-même, soit qu’elle se révèle directement en dehors de toute condition, soit qu’elle se manifeste soudain au terme d’un cheminement accompli avec l’aide d’un instructeur humain qui est lui-même dans ce cas le parfait instrument de la Réalité.


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