En Kiosque

En kiosque

Nouveaux produits

Déjà vus

Nouveau N°126 - La solitude Agrandir l'image

N°126 - La solitude - au format PDF

N°126 - au format PDF - Hiver 2017 - La solitude - Jeff Foster, Denis Marie, Charles Coutarel, Suyin Lamour, Dominique Schmidt, Jacques Oloron, Jacques Vigne - Vigyânânanda, Nicole Montineri, Christophe Massin, Sœur Catherine, Kaveen, Osho, Malo Aguettant, René Barbier, Kaveen, Martine Régis, Welleda Muller, Paul Gauguin, Leszek Kostuj, Anna Guégan, Nathan Céliolisa


Plus de détails

3,90 € TTC

En savoir plus

Numéro au format numérique PDF

N° 126   -   Hiver 2017

Thème :  La solitude

Sommaire

 
3e millénaire : Fil d'Ariane
Jeff Foster : Davantage seul, cependant davantage relié
Denis Marie : La solitude transformée par l'acceptation
Charles Coutarel : Retourner à l'attention, revenir à l'Être
Suyin Lamour : L'Hermite
Dominique Schmidt : L'Alchimie de la solitude
Jacques Oloron : État ou condition de la solitude
Jacques Vigne - Vigyânânanda : Être avec le Seul, la vie d'ermite
Nicole Montineri : Solitude
Christophe Massin : Se laisser traverser par la solitude
Sœur Catherine : Solitude, dangers et beauté
Kaveen : Solitude et Méditation
Malo Aguettant : Permettre à la Vie de vivre notre vie sans nous
René Barbier : Solitude horizontale et solitude verticale
Rubriques :
Documents :
Ayya Khema : Qu'est-ce que la solitude idéale ?
Osho : Qu'est-ce qu'être vraiment seul ?
Approche de la Méditation  Kaveen : Solitude et isolement
En écho au précédent numéro Martine Régis
De l'oubli de soi... à l'émergence du Soi
Psychologie transpersonnelle dans l'Art : par Welleda Muller :
Paul Gauguin : Solitude de l'âme, vérité de l'être
Portfolio  : Tableaux de Leszek Kostuj
BD :
Anna Guégan : Foule contact
Nathan Céliolisa : Seul ?

Un Fil d'Ariane solitaire vers l'Un

Isolement ou Solitude ?

La solitude est perçue le plus souvent comme une situation négative, au mieux passagère... Et pourtant, comme le souligne nos auteurs avec Nicole Montineri : « La solitude ne signifie pas l'isolement ». En effet, l'isolement se manifeste, nous dit Kaveen, comme « une forme de dépression mentale, qui ne parvient pas à satisfaire le besoin des autres, et surtout le besoin d'attention »... Christophe Massin précise aussi que « dans la dépression chez l'adulte, il y a cette perte du lien avec soi-même, une perte de sens, qui laisse une sensation de vide intérieur et s'accompagne d'un repli sur soi et d'une tendance à s'enfermer dans l'isolement ».
Se sentir séparé des autres, c'est éprouver – que nous le sachions ou non – la séparation d'avec le Tout, c'est-à-dire d'avec la présence elle-même, ou l'êtreté du Soi. Cet état de fait, nous dit Dominique Schmidt « engendre l'isolement psychologique, la souffrance affective, un manque insatiable », et c'est dans cette ignorance, ajoute-t-il, que « nous recherchons l'union sous forme de compensations ou du relâchement de tensions psychologiques ».
Il convient alors de bien distinguer, avec Charles Coutarel, l'isolement, « cette solitude “sociale” ou “existentielle” » de « la solitude essentielle et constitutionnelle de l'être qui est reliance totale ». Cette approche de la solitude, qui consiste à distinguer la solitude de l'isolement, conduit, comme le dit Jeff Foster, à un « paradoxe » dès lors que nous pouvons découvrir que c'est la solitude qui nous « sauve de l'isolement ». Évidemment, il nous faut préalablement comprendre très clairement tout ce qui constitue l'isolement et, par conséquent, l'ego dont l'existence se vit dans la torpeur de la séparation.

Comment être libre de l'isolement psychologique ?

L'isolement, communément appelé solitude, comme toutes les souffrances, est habituellement perçu négativement, dans un vain élan de fuite engendrant automatiquement sa propre aliénation. Reconnaître ce nœud gordien, au terme de ce que Jacques Vigne nomme une « introspection ... fruit d'un choix conscient et libre qui consiste à regarder vers le dedans » – qui n'est pas « l'introversion » produit d'une fuite –, marque une étape décisive dans la connaissance vivante et transformatrice de ce qui est. D'ailleurs, nous dit Christophe Massin, c'est « quand je commence à réaliser à quel point je fuis, que je peux aussi commencer à m'interroger sur ma capacité à accueillir ce sentiment de solitude ». Au préalable, souligne-t-il, le passage initiatique qui consiste à « faire l'expérience de l'aridité est essentielle. En fait, elle est incontournable dans la démarche spirituelle » ; c'est l'étape où, ajoute-t-il, « Je ne vois rien, je ne comprends rien, je suis désespérément enfermé dans les limites du moi ». René Barbier y perçoit une « solitude verticale » qui nous « plonge au cœur du non-sens, de l'absurdité la plus complète », mais dont l'expérience, souligne-t-il, est « absolument essentielle »...
Mais alors, que « faire devant cet isolement psychologique, cette souffrance affective, qui touchent la plupart d'entre nous ?... », interroge Dominique Schmidt...
Osho (voir notre Document) notait qu'une grande révolution intérieure était possible avec « un peu de patience et un peu de vigilance pour ne pas être identifié avec le mental... » – c'est en effet nos jugements, nos croyances, nos opinions toutes faites, c'est-à-dire l'ensemble du processus de mentalisation automatiquement inconscient qui nous insensibilisent et nous isolent du monde, des autres et de notre être essentiel.
Jacques Oloron indique que « quand le sentiment de solitude est accepté, vécu pour ce qu'il est, au niveau de réalité où il s'actualise, il ne fait aucun mal, il ne s'oppose jamais au sentiment profond de l'unité ... Ici, la solitude est plénitude puisqu'il n'y a plus que l'Un ».
« La solitude, dit Malo Aguettant, est alors envisagée de manière neutre comme faisant partie de la nature de l'être et non plus comme une contrainte qui susciterait colère, tristesse ou désespoir ».
Ainsi, nous dit Dominique Schmidt : « la solitude, libre de l'isolement psychologique de l'ego, devient un foyer où se manifeste la splendeur du réel ».
« Faites l'expérience maintenant, nous propose Charles Coutarel, n'y pensez pas, ramenez votre attention consciemment et délibérément sur ce “point” ou “espace” de conscience en vous... retournez votre attention vers la conscience elle-même... ici, maintenant, dans l'expérience directe, trouvez-vous ce “moi” ?... Trouvez-vous ces questions ?... »

Le Seul est Un

Pour l'ensemble de nos auteurs, la solitude est la découverte de l'Un. C'est par conséquent, nous dit René Barbier « un des points clé de toute connaissance de soi ». C'est aussi, ajoute Malo Aguettant, « une opportunité inestimable de connaissance de notre réalité ultime ». Car elle « permet d'appréhender notre identité profonde », dit aussi sœur Catherine.
Toutefois, cela implique un « moment critique où tous les substituts perdent leur saveur », indique ici Dominique Schmidt, afin « que l'élan spirituel à la recherche de l'Un commence » ; et « ce n'est qu'à la rencontre de l'Un indivisible, notre origine spirituelle et source de tout ce qui existe, que le sentiment de séparation, d'isolement psychologique disparaît à jamais ».
Ainsi, « La solitude nous ramène à soi, dit Denis Marie, c'est l'occasion d'une rencontre profonde avec Soi », avec l'Un sans second selon l'expression de l'Advaïta Vedanta.
« Le vrai solitaire, comme le dit Nicole Montineri, vit dans un présent tranquille, affranchi des troubles et des désordres de tout processus mental. Il demeure en lui-même, sans se laisser entraîner sur les chemins affairés et désespérés des autres ».

La solitude volontaire

« Une phase de solitude ou de retraite, une période d'ascèse ou de dépouillement consacrée à revenir à l'essence de l'Être, est incontournable dans tout processus initiatique », nous dit Suyin Lamour. Elle correspond, indique Jacques Vigne, « à une période intensive de l'itinéraire spirituel visant un certain niveau d'être... »
En effet, la solitude permet de puiser « dans des ressources insoupçonnées, constate sœur Catherine, et on s'émerveille de ce que l'on découvre alors. On se découvre tout autre que le regard extérieur trop prompt à étiqueter, projeter... »
Si l'isolement et la solitude se confondent au début d'une phase de retrait du monde, la solitude vraie, accompagnée de joie, qui émerge au cours d'une authentique conversion spirituelle, libère des images, des préjugés,... et devient une ouverture inconditionnelle sur le monde et les autres. C'est pourquoi « le rôle d'un enseignant authentique, nous dit Malo Aguettant, consiste précisément à renvoyer ses élèves à la solitude de leur introspection, de manière à leur permettre de trouver leur autonomie ».

Sociabilité du Solitaire

C'est une idée fausse de croire qu'un ermite a une démarche spirituelle antisociale. Sœur Catherine rapporte les paroles d'un « ancien » qui constatait « que les vrais ermites sont foncièrement sociables ».
Avec Charles Coutarel, nos auteurs constatent aussi qu'on se sent coupé des autres lorsqu'on est d'abord coupé de soi-même. Ainsi la vraie « solitude est la condition d'une vie de relation authentique avec soi, avec les autres, avec Dieu » dit Nicole Montineri. Comme nous l'avions fait remarquer plus haut, « la solitude n'a rien à voir avec le sentiment d'isolement », et Kaveen ajoute qu'« elle est la possibilité même d'entretenir avec les autres des relations libres, créatives, spontanées, naturelles, bien loin des pauvres relations basées sur les besoins affectifs et les conventions sociales ».
Dans « la solitude idéale », indique Ayya Khema (voir notre Document), tout en étant « centré, sans se disperser ni se laisser piéger par les difficultés des autres, on peut répondre de manière appropriée mais sans en être affecté ». Car le Solitaire est réellement en relation avec le Tout, et donc avec la nature, le monde et tous ceux qu'il côtoie. En effet, il ne tient pas une attitude sociale, ou une posture conventionnelle, il Est.