Henri Hartung : Un état d’esprit


06 May 2017

 (Extrait de L’Iris et le Lotus 1985)

« Le sabre n’allonge pas le bras de celui qui ignore la Vertu ». Cette citation est d’un maître de l’art du sabre ­— Iaï Do. Est-ce utile de la commenter ? Elle illustre, dans le style japonais, cette attention continue à soi-même sans laquelle il n’y a pas de découverte intérieure. Chaque activité humaine nécessite, pour se développer harmonieusement et totalement, à la fois une technique et un art. Pour avoir oublié cette vérité première et donné une priorité, devenue exclusive dans de nombreux cas, à la technique, le monde moderne en est arrivé là où il en est, par rapport au travail et, d’une manière générale, aux activités humaines. La technique s’acquiert par un apprentissage plus ou moins long et plus ou moins approfondi. L’art relève d’un état d’esprit. La première, en termes d’enseignement, est une instruction, le second, une éducation, l’une et l’autre étant de nos jours séparés, voire opposés. Et c’est parce que ce constat pourtant simple n’est pas fait, que tant d’efforts, souvent généreux et parfois intelligents, n’aboutissent qu’à des résultats insignifiants.

En m’exprimant ainsi, est-ce que je ne sous-entends pas déjà un contenu qualitatif à la notion « état d’esprit » ? Sans doute car, en définitive, il faut toujours un certain état d’esprit pour faire quoi que ce soit. Ainsi suis-je amené à constater qu’il y a une façon d’aborder la technique qui, loin de la transformer en art, en multiplie les caractéristiques propres. Or, quelles sont-elles ? C’est là que l’étymologie du mot m’oblige à faire un pas de plus dans ma réflexion sur ce sujet. Issu du latin technicus et du grec teknikos, le mot tekné signifie « art, métier ». Cela suppose qu’initialement une activité technique englobait naturellement la notion d’art pour en faire une faculté d’agir global. Donc globalement significative.

Je prends un exemple apparemment complexe, mais en réalité simple, celui de l’économie. A nouveau l’étymologie peut nous guider. Économie : du grec oïcos, la maison et nomos, la loi. Donc, organisation de la vie chez soi, l’existence « domestique », comprenant un ensemble d’actions dépassant largement ce que nos contemporains entendent par l’économie puisqu’elles sont alors en même temps, je dois écrire indissolublement, technique et art. Il faut une mentalité radicalement nouvelle, et liée historiquement aux successives révolutions industrielles, pour que ces deux éléments se dissolvent par extraction de tout aspect subtil à l’avantage de ce qui est opaque et extérieurement visible. Du travail, transformateur non seulement de la matière ou du service mais du travailleur lui-même en tant qu’être humain, la société moderne en arrive à la matérialisation de tout effort. Et comme je ne peux modifier l’origine d’un mot, force m’est bien de constater que l’art se modifie, passant du qualitatif au quantitatif, et l’économie avec lui. De transformatrice de ceux qui travaillent, elle devient séparatrice ; de saine émulation de soi-même, elle évolue en opposition violente bientôt reconnue d’ailleurs et acceptée en tant que guerre économique. L’impératif devient la victoire sur le terrain des marchés, ce qui veut même dire qu’il y a des vaincus et que les moyens utilisés seront de plus en plus choisis en fonction d’un succès, toujours d’ailleurs temporaire, et non de leur possibilité de transformer les travailleurs. Sinon en esclaves de la machine et en robots. Il y a là une déviation par rapport au sens initial, donc au but originel et de la technique et de l’économie. Ses conséquences pèsent sur notre vie de chaque jour.

D’abord, en donnant la priorité au court terme et à la rentabilité maximale, l’économie moderne oublie l’acteur et ne songe qu’aux résultats matériels. Au rythme ainsi imposé, à la généralisation de machines de plus en plus perfectionnées, elle crée toute une classe de chômeurs et d’ouvriers déqualifiés, dont les immigrés et le quart-monde donnent aujourd’hui une image douloureuse et souvent même tragique. Mais comme l’objectif est justement devenu matériel, qui se soucie d’une souffrance morale ? Quant à la misère, n’est-elle pas liée à la notion, par ailleurs acceptée, de guerre ? Il n’y a pas de victoire sérieuse s’il n’y a pas de vaincus.

Ensuite, les vainqueurs eux-mêmes sont perdants. Qui ne s’accorderait pas, en effet, avec l’idée qu’une vraie richesse se mesure en termes de temps, de silence et de santé ? Or, ce sont justement ces trois éléments qui sont sacrifiés au bénéfice d’une accumulation de richesses d’un tout petit nombre de personnes que ne conservent guère longuement et le temps et la santé pour les contempler. Car ils se trouvent minés de l’intérieur par la crainte de perdre leur place ainsi que par le désir, qui se transforme bientôt en nécessité objective, de gagner encore plus d’argent et d’augmenter leur pouvoir [1].

Enfin, vainqueurs et vaincus sont plongés dans un univers de béton, de verre, de machines, de métal, de vacarme et d’agitation inintelligible et insérés de force dans un carcan hiérarchique impitoyable.

L’économie étant ce qu’elle est je peux bien faire ce constat, mais à quoi cela sert-il ? Je cherche à montrer que toute action est en quelque sorte dessinée par l’état d’esprit de ceux qui l’engagent. Écrivant sur un tel sujet et cherchant à faire apparaître la nécessité d’une certaine manière d’être qui réconcilierait technique et art, je suppose donc qu’elle serait alors susceptible de modifier en profondeur la situation actuelle du monde. Ressentant fortement cette possibilité, je ne fais que suivre la voie tracée par René Guénon qui écrivait : « … l’éloignement actuel de l’humanité par rapport à la spiritualité primordiale est-il définitif… et les ténèbres, s’étendant de l’Occident à l’Orient cacheront-ils pour toujours aux hommes la lumière de la vérité ? Si telle devait être notre conclusion, nous n’aurions certes pas écrit ces pages… car ce serait là, dans cette hypothèse, une peine bien inutile. » [2]

La « modification en profondeur de la situation actuelle » ne signifie pas nécessairement que je crois possible un retour, à vrai dire qui, aujourd’hui, relèverait du miracle, de l’économie à une authentique harmonie humaine. Bien sûr, nul ne peut prévoir les conditions exactes de la fin d’un monde : disparition ou transformation totale. L’esprit souffle où il veut. Mais un point reste pour moi du domaine de la certitude, même sur le plan aussi fluctuant que celui de l’avenir de notre société. C’est que chacun de nous reste responsable de sa préparation aux événements prévisibles par simple analyse et annoncés par tous les textes sacrés. Ainsi est-il nécessaire et urgent de parler de ces problèmes et de montrer l’importance de l’état d’esprit dans lequel nous les aborderons.

L’exemple de Gandhi montre que cette attention permanente à un objectif qualitatif peut aussi modifier le cours de l’histoire. Bien sûr, il s’agit de l’Inde et bien sûr aussi, le « résultat » doit être pondéré par de nombreux facteurs extérieurs à la personne du Mahatma. Il n’empêche que dans la majorité des cas, l’opposition à la tyrannie, dans sa forme violente de dictature ou plus adoucie de l’administration … démocratique, ne prend que trois aspects bien connus de tous : la soumission silencieuse, mais qui trouve toujours les arguments de la bonne conscience ; la colère platonique, qui n’ose s’extérioriser et s’écoule en paroles inutiles ; la violence avouée et délibérément organisée. Or, c’est une quatrième forme que Gandhi a incarnée, lui aussi délibérément. Comme le souligne Georges Vallin « La non violence telle que Gandhi l’a décrite consiste avant tout dans la volonté de désamorcer la violence d’un adversaire injuste par le rayonnement d’une charité liée au courage, à la maîtrise de soi, à la haine du mensonge. La non-violence est donc aussi, et d’abord non faiblesse. Elle est violence surmontée, maîtrisée, voire transmutée et non pas violence latente, incapable de se manifester. » [3]

Quant à Gandhi lui-même, il insiste sur le fait que « la non-violence a pour condition préalable le pouvoir de frapper. C’est un refrènement conscient et délibéré du désir de vengeance ». [4] Cette dernière phrase pourrait être une définition de l’état d’esprit avec lequel beaucoup d’habitants de l’Inde se sont opposés aux Britanniques.

Économie et politique, mais également l’enseignement comme je le rappelle brièvement au début de ce chapitre. La scission entre la technique d’un métier et l’art avec lequel il devrait être entrepris, s’est répercutée sur la pédagogie et sur l’ensemble des mécanismes éducatifs des nations. L’élève, celui qui est destiné à être formé, est de plus en plus considéré comme une intelligence à la limite désincarnée, c’est à dire privée à la fois de corps et d’esprit. L’accumulation d’un savoir et la formation des mécanismes de l’apprentissage ne prennent presque jamais plus en compte la dimension spirituelle de l’éduqué. Le résultat est patent et va dans le sens de cette économie moderne si totalement infidèle à sa vocation initiale.

En sens inverse, une éducation globale de la personne, comprenant donc tous les aspects de celle-ci esprit, intelligence et affectivité, corps paraît tout-à-fait inutile aux responsables actuels et même susceptible de contrarier l’instruction qualifiée d’utile. Or, dans un tel domaine, il n’y a pas d’aménagement et le sens donné à cette formation initiale marque d’une façon difficilement modifiable des millions de jeunes et cela, sous toutes les latitudes et quel que soit le régime politique. La technique est séparée de ce qui fait d’elle un art humain et elle ne peut donc plus servir ceux qui l’utilisent, qui deviennent à leur tour ignorants de leur propre réalité spirituelle. Enchaînement inévitable qui aboutit au stade actuel où seul ce qui est « fait » importe, alors que tout ce qui « permet d’être » est comme effacé de la mémoire des hommes. Cette évolution du monde moderne est d’autant plus grave qu’un état d’esprit se construit lentement, qu’il se prépare et qu’il est de plus en plus difficile à modifier au fur et à mesure que la personne vieillit. Je peux expliquer l’absence de réactions devant une telle mutilation et, en sens inverse, le consensus généralisé vis-à-vis d’une instruction prioritairement, quand elle n’est pas totalement, technique et scientifique. Tout ce qui ne relève pas de ce point de vue est, en effet, ressenti comme dépassé. Comment Gandhi peut-il prétendre, avec son rouet, faire vivre un immense pays privé d’industrialisation ? Mais tous les arguments restent sur le plan du procès d’intention car personne ne pourra jamais dire ce qui se serait passé si les hommes en étaient restés à une étape préindustrielle. Cela revient à poser dans son ensemble le problème de la modernité.

Deux réflexions peuvent éclaircir ce débat. En premier lieu, je note le prix payé par l’évolution actuelle dans le domaine de l’existence journalière. J’évoquais déjà cette question à propos des conséquences d’une économie productiviste. Il faudrait que soient un jour analysés avec rigueur les avantages et les inconvénients obtenus. En second lieu, je constate que toutes les tentatives allant dans le sens d’une économie et d’un enseignement centrés réellement sur l’être humain ont échoué parce que les critères choisis pour les évaluer sont toujours ceux de l’économie et de l’enseignement dominants. Or, nul ne peut être hétérodoxe que dans sa propre Tradition. Qui songerait à reprocher à un Hindou de ne pas respecter le ramadan ? C’est ainsi que ceux qui préconisent et réalisent aussi une économie transformatrice des personnes, sont jugés avec les critères d’une instruction uniquement technique et d’une économie de profit. Ils ne peuvent être alors que taxés d’hétérodoxie et de manque de sérieux, même quand leurs résultats techniques sont identiques. Mais c’est en fait leur état d’esprit qui est ainsi jugé, tant il semble vrai que, pour la plupart de nos contemporains, il est préférable d’être « du » monde, même chômeur, dépressif, drogué et agité que d’être « seulement dans » le monde, attentif à sa vie intérieure, sans projet et calme.

La réconciliation de l’homme avec ce qui en lui relève de l’Esprit passe nécessairement par un renversement de ses valeurs et c’est bien pourquoi son état d’esprit, donc sa manière d’être, sont tellement déterminants. Mais, et je le soulignais à propos de la faillite actuelle de l’éducation, un état d’esprit cela se prépare et, justement, s’éduque. Toutes les Traditions insistent sur ce point fondamental et tous ceux, toutes celles qui se sentent interpellés par cette question peuvent trouver dans les différents messages spirituels des indications précieuses. J’ajoute que de tels renseignements sont probablement indispensables pour quiconque se sent interpellé par la question « Qui suis-je ? ».

Le fondement de l’importance des données traditionnelles est tout simplement le fait qu’elles sont toutes et toujours centrées sur l’essentiel. Par leur reconnaissance explicite de la participation de l’homme à l’Universel, donc par sa possibilité de rejoindre à l’intérieur de lui-même, ce porteur du divin qu’il est essentiellement, les textes sacrés sont ainsi en eux-mêmes formateurs d’un état d’esprit qui n’est pas profane. Donc d’une mentalité subtilement contraire à celle si répandue dans le monde moderne de tous ceux pour qui « croire » en Dieu relève de l’archaïsme. Ce qui entraîne automatiquement d’autres croyances car, selon l’interrogation angoissée sortie des cachots de la « grande » révolution : « Toutes ces lumières, par quoi allez-vous les remplacer ? ». Par la science, la technique et une certaine idée humaniste de la culture ?

Ce n’est pas s’extraire du monde et s’enfoncer dans une nostalgie passéiste, que de déclarer qu’il y a incompatibilité, incompatibilité totale et irréversible, entre un état d’esprit centré sur la vie intérieure et la mentalité moderne. Je consacrerai la troisième partie de cet ouvrage à montrer comment j’ai conscience d’être resté « dans » le monde, mais peu « du » monde, tout en ayant choisi un cheminement spirituel. Mais c’est bien pour être resté fidèle à la prééminence absolue de ma vie intérieure sur tout ce qui pouvait m’arriver d’extérieur en m’efforçant de replacer ces éléments externes comme autant de possibilités d’approfondissement de ma réalité d’être. Car chaque fois que je ne me suis pas montré suffisamment attentif à cette priorité, en donnant par exemple trop d’importance aux événements, l’ambiance moderne s’infiltrait par cette faille comme l’armée d’« un » monde décidé à me récupérer. Garder la ligne droite, c’est cela l’état d’esprit juste par rapport au fait qu’en tant qu’être humain, je suis tout ce que je suis. C’est bien ce que constate G. Vallin lorsqu’il écrit : « Lorsque nous opposons tradition et modernité, c’est en insistant surtout sur la différence entre les théories de nature traditionnelle et celles que nous qualifions de modernes. L’homme traditionnel pose une réalité éternelle et parfaite, à la fois transcendante et immanente au monde, à laquelle il a pour vocation de conformer son action et, à la limite, de s’unir, voire de s’identifier, et que sa volonté et son action ne sauraient en rien modifier. » [5]

Quand j’utilise le mot incompatibilité, j’entends bien son sens plein d’« impossibilité de s’accorder ». C’est ainsi et en ce temps de mouvance psychologique ou d’état d’âme, c’est bien inconfortable. Le vocabulaire, d’ailleurs, ne se trompe pas quand il oppose état d’âme à état d’esprit. Dans le premier cas, l’homme se montre soumis à son âme, c’est-à-dire à ses sentiments comme à sa raison, auxquels il reconnaît une réalité souveraine. C’est l’empire de l’ego. Dans le second cas, il reconnaît son appartenance au monde de l’Esprit, ce qui dicte, également souverainement, ses pensées et conduit ses actions. Et si l’Esprit éclaire ainsi toute l’existence humaine, la réciproque n’est pas vraie et l’âme ne peut atteindre ce qui est d’une autre nature que la sienne. D’où l’importance de ne pas se tromper d’état ! D’où la nécessité de s’en donner les moyens.

Pour m’en tenir à quelques indications générales sur cette question, mais qui me paraissent susceptibles de faciliter notre réflexion et de nous aider à ne pas être abusés par notre état, je rappelle ici le point de vue de plusieurs Traditions.

« Une civilisation traditionnelle comme celle de l’Inde classique implique une véritable ritualisation de l’existence humaine ; toute activité tend à être un rite destiné à mettre l’individu comme tel ou la collectivité en harmonie avec l’ordre du monde et avec le Principe qui en est l’origine ». [6]

Le danger existe toujours à notre époque, et même dans l’Inde, de voir le rite réduit à des réflexes. Mais un rituel ne serait pas ce qu’il est s’il ne transformait pas, petit à petit, celui qui le célèbre et s’en imprègne. La Tradition hindoue est exemplaire à cet égard. Elle nous permet de prendre conscience du véritable rôle de ce que chacun appelle aujourd’hui une « politique » de l’environnement. C’est la qualité de celui-ci qui compte et non tel et tel aménagements quantitatifs. Quand le point de vue spirituel prévaut, environnement est synonyme de civilisation et celle-ci de Tradition. Dans ce cas l’être humain n’est pas séparé de son Principe et celui-ci « se transmet » (latin traditio, de tradere, transmettre) à travers des formulations orales et écrites, comme par des institutions rituelles, l’ensemble étant porteur d’un état d’esprit réellement spirituel. C’est l’individu, et lui seul, par la poussée de son ego, qui fragmente cette réalité unique en une pluralité d’apparences. L’état d’esprit se transforme alors en état d’âme.

Deux mots sanskrits soulignent cette remarque. D’une part, virah la séparation. L’individu dissocié qui pense pouvoir régler par sa seule volonté intelligente le problème posé par sa situation dans le monde, situation qui serait coupée de l’Universel.

« Il n’est plus pour lui de bonheur ni de jour, ni de nuit, même en rêve, Kabir, pour celui qui souffre d’être séparé de Râm, (traduction possible : le Seigneur) ni ombre ni soleil n’a de charme ». [7]

D’autre part, samyag, darshana, point de vue ou vision droite, qui met l’être humain dans l’ambiance salvatrice de l’Unité principielle. Mais au sein même d’un environnement aussi favorable, il convient pour le chercheur de ne pas se laisser fausser son travail intérieur par des calculs ou des désirs. Ainsi, à un visiteur qui lui demandait une instruction spirituelle sous forme d’un mantra, c’est-à-dire d’une récitation de syllabes sacrées, Ramana Maharshi par sa réponse, indique bien la nature non mentale de l’état d’esprit : « Si je vous enjoins de répéter Râm, Râm, vous ne le ferez pas longtemps étant donné que vous avez l’esprit farci de notions livresques… Par contre, un homme à l’esprit simple et non déformé par des lectures diverses répètera son mantra jusqu’au succès ». [8]

Chercheur surchargé de savoir, commencez donc par désapprendre l’érudition renforçant par trop votre état d’âme qui doit, au contraire, se dissoudre dans l’Esprit.

Ce point de vue repose sur la théorie des trois gunas ou qualités constitutives de l’être, le mot lui-même signifiant qualité. [9] Chaque individu participe des trois gunas suivant des proportions indéfiniment variées ce qui explique sa propension plus ou moins marquée à reconnaître, à rechercher ou à nier sa participation à l’Absolu. Ces qualités sont sattwa qui est la conformité à l’Être (Sat) pur ; rajas, impulsion expansive qui marque déjà un éloignement de Principe et la possibilité, en quelque sorte de re-devenir une Personne ou de rester un individu « séparé » ; tamas, l’obscurité ou les confins du néant, assimilés à l’ignorance. Dire de quelqu’un qu’il a une nature sattwique, c’est reconnaître sa proximité avec son Principe. Une qualification rajasique caractérisera une personne hésitante, parfois tiraillée, entre ses deux natures, alors qu’une dominance tamasique peut éloigner de toute recherche spirituelle, étant entendu que chacun, tenant compte de sa constitution psychique, peut retrouver le chemin de sa libération, mais dans des conditions différentes d’un individu à un autre.

C’est un même constat, mais bien sûr avec un autre vocabulaire, que font les gnostiques qui, si je me réfère à l’un des textes retrouvés à Nag-Hammadi, le Tractatus Tripartitus, distinguent trois types humains. Sans entrer dans les détails, à vrai dire assez compliqués, de leur vocabulaire, je peux retenir que ces catégories se retrouvent similaires de celles issues des gunas. L’une est proche du Principe et permet à ceux qui y appartiennent de se fondre en Lui par la Connaissance : les « pneumatiques » ; à l’autre extrémité de la sensibilité humaine, il s’agit au contraire d’une fermeture à ce qui, dans l’être humain, rejoint l’Universel : les « hyliques » ; au milieu, ceux qui sont effectivement appelés « les médians » et qui gardent la possibilité de rejoindre les premiers ou les seconds. Les « enfants de la Sagesse » sont donc qualifiés de « pneumatiques » [10] et « comblent », leur déficience car ils se savent porteurs d’un « germe » spirituel. Ceux « du milieu », également nommés « ceux de la pensée » ou « psychiques » peuvent se ressaisir « afin qu’ils s’irritent de (ou soient attentifs à) leur maladie dont ils ont souffert, de façon qu’ils engendrent un désir et une recherche durables de celui qui peut les guérir de leur déficience » [11]. Un peu comme pour les natures rajasiques, l’impression domine à la lecture des textes gnostiques que c’est ce type de personnes, c’est-à-dire ici les « psychiques », dont il faut « implorer le salut » et pour lequel il convient de « chercher » et de « prier ». Les « pneumatiques » sont-ils donc « sauvés », comme les « hyliques » sont « perdus » ? Mais une autre correspondance est ici frappante, c’est celle qui rappelle le « pneuma » et la « psyche » des Grecs, avec le même sens profond.

Enfin, il existe un autre rapprochement entre les deux points de vue hindou et gnostique que je ne fais que signaler car son étude approfondie m’entraînerait trop loin du sujet de ce chapitre. Je veux parler de la mythologie qui entoure ces différents « états » de l’être humain.

L’explication de l’univers, la cosmologie gnostique est, à vrai dire, compliquée surtout par l’utilisation d’un vocabulaire tellement particulier qu’il ne peut être ressenti que comme pédant. Le Principe supérieur, appelé aussi Royaume de Lumière et Plérôme, permet à la pensée du Père une chute dans le monde.

Les hommes qui ont conscience du lien subtil avec le Royaume peuvent y retourner par l’illumination : ce sont les pneumatiques.

Les psychiques eux, ont la pistis, la foi et ils peuvent être « sauvés » par l’effort personnel, la prière, les actes méritoires.

Quand aux hyliques, enfoncés dans la matière ils vivent dans l’agnôsia, l’« inconnaissance ». Une entité spéciale, le « Sauveur » qui prend dans de nombreux écrits gnostiques la forme de Jésus, permet à ceux qui l’écoutent de regagner le Royaume de Lumière.

Je simplifie beaucoup en n’évoquant que des notions qui nous sont familières, parfois sous d’autres noms. Mais reste sous-jacente l’idée de l’état d’esprit.

L’apport du Bouddhisme, comme celui des Traditions monothéistes, est tout aussi précis, tout aussi concret et nous place devant notre responsabilité. Il insiste, en tout état de cause, sur l’importance centrale du choix qui nous est laissé par notre condition d’être humain.

Tous les maîtres qui se sont succédés depuis le Bouddha ont toujours insisté sur la place centrale de la méditation. C’est d’ailleurs le nom sous lequel leur message est connu : dhyana, en sanscrit, Tch’an en chinois, Zen en japonais, trois mots qui signifient méditation. Dans le cadre du Zen tous les textes soulignent symboliquement l’importance de l’état d’esprit dans lequel cette méditation est abordée. Il n’y a pas de transformation de soi-même sans une attention permanente à tout ce qui est fait, dit, pensé. Il ne s’agit pas d’une formule abstraite, mais bien d’une véritable ascèse, qui veut dire exercice. Pourquoi je fais ceci plutôt que cela et comment le faire ? Quel est mon rapport au travail, à l’argent, aux autres ? Je « veux » exactement quoi ?

La réalité sous-jacente est ici le lien profond, et généralement ignoré ou en tout cas sous-estimé, entre l’action et la construction de la personne qui la réalise. Les regards se portent tantôt sur les résultats, tantôt sur les modifications extérieures de l’acteur. Un contrat est-il signé ? C’est l’aboutissement du travail ; celui qui a « réussi » cette opération a-t-il été promu ? Mais qui se pose la question de savoir quelles transformations se sont réellement produites intérieurement ? Il suffit de nommer la possibilité d’un tel questionnement pour découvrir que l’enjeu est alors autrement important et que ce qui est connu du dehors ne représente bien souvent que la partie visible de l’iceberg. C’est ce que les maîtres Zen veulent dire quand ils réclament de leurs disciples centration et vigilance. Et, sans doute en psychologues avisés, insistent-ils surtout sur les attitudes que ne sont justement ni centrées ni vigilantes, afin de pouvoir se donner les moyens de les éviter.

Il y a d’abord sanran, la dispersion. Je peux aussi qualifier cette tendance d’agitation mentale ou d’état passionnel. Passant d’une idée à l’autre, retenant une réflexion pour la remplacer bientôt par une nouvelle, je suis alors comme la surface agitée de la mer, bien éloigné de la paix des profondeurs. M’arrêter brusquement de courir de la sorte dans le monde de mon imagination et je peux peut-être saisir la chance de comprendre soudain que je ne suis pas seulement cette mouvance superficielle. Il y a ensuite konchin, la torpeur. C’est un état de carence, contraire au précédent, mais tout autant pernicieux par la tendance qu’il entraîne au laisser-aller. A quoi bon ? Et une somnolence résignée interdit toute réaction salutaire. Établir des indicateurs, que j’appelle parfois aussi des clignotants, qui indiquent, comme autant de lumières sur le tableau de bord de la vie intérieure, qu’il ne se « passe » plus rien.

Comme le dit le grand maître Zen Dôgen, en évoquant sanran et konchin : « ces maladies apparaissent lorsque le mental et la respiration ne sont pas normaux » [12].

Il convient donc de se remettre en ordre et cela ne peut s’effectuer que dans une harmonie excluant toutes les inattentions de la vie profane.

Le Christianisme a toujours insisté sur le désir de se rapprocher de Dieu. Il en fait la condition nécessaire pour y parvenir et constate que s’il n’est pas prédominant et constant chez le chercheur ce dernier ne trouvera jamais ce à quoi il aspire. Ce n’est pas rare de prétendre poursuivre la quête de l’Absolu sans se mettre dans les dispositions intérieures pourtant indispensables. C’est même le problème majeur, même chez tous ceux qui se sont décidés à aller de l’avant sur le chemin de la connaissance de soi-même. Mais pourquoi se montrer toujours attentif à tout ce qui se passe autour de soi ? Et la pensée vagabonde, souhaitant le chaud quand il fait froid, le jour quand la nuit est là, la montagne plutôt que l’océan. « En vérité, tout cela, c’est toi-même, toi seul qui en es la cause, parce que tu n’en veux faire qu’à ta tête. Même si tu ne le sais pas et que tu en juges autrement, toute agitation qui s’élève en toi, à ton insu ou non, ne provient que de ta volonté propre. Comprenons-nous bien : fuir ceci, rechercher cela, éviter tels endroits, ou telles gens, agir d’une telle manière, dans une certaine disposition d’esprit ce n’est pas là qu’est la cause de tes difficultés : n’accuse que toi-même, qui te comportes mal à l’égard de tout cela » [13]. C’est toi-même, toi seul qui est en cause… les grands fondateurs d’ordres monastiques ont tous édicté des règles dont l’observance reste la garantie du cheminement intérieur. C’est bien pourquoi Saint-Benoît stigmatisait si rudement les moines qu’il appelait sarabaïtes, qui ne s’astreignaient à aucune règle, ainsi que les gyrovagues qui « passent toute leur vie à courir de province en province… sans cesse errants, jamais stables » [14].

La nature humaine est ainsi faite qu’il est important de suivre les indications, d’ailleurs toujours très précises, que donnent ceux qui ont poursuivi jusqu’à son achèvement leur réalisation spirituelle et, d’une manière plus générale, de ceux et de celles qui nous précèdent sur la voie. La simple lecture des principaux règlements monastiques [15] permet de situer cette question sur son véritable plan qui est pour le moins fort éloigné de la tendance moderne à un individualisme tranquille et plutôt indifférent. Mais la métanoïa nécessaire à la vision d’« autre » chose ne signifie-t-elle pas renversement total de toute notre existence ?

L’Islam a un mot clef pour souligner l’intention dans laquelle toute action est accomplie : c’est la niyyah, dont il fait un critère de la vie religieuse. Son importance peut être illustrée par le fait que la phrase suivante est reproduite au-dessus de l’une des entrées principales de la mosquée El-Azhar, au Caire, qui a toujours été un haut-lieu traditionnel : « les actions sont jugées d’après les intentions, et il en sera tenu compte à chaque homme dans la mesure de son intention » [16].

Il est clair que personne ne peut se sentir totalement responsable des résultats de l’action, toujours dépendants des circonstances, alors que la manière d’être et d’entreprendre reste du domaine de l’autonomie individuelle. La défaillance, noukoûl, devant ce qui est de l’ordre de l’essentiel, comme l’indolence, khoumoûd, rejoignent très exactement la dispersion et la torpeur dont se méfient les maîtres Zen. La fermeté et l’ardeur sont donc recommandées au musulman qui souhaite ne plus voir le monde relatif par l’œil corporel, mais la face d’Allah, par l’œil du cœur. Suivant les paroles d’El Hallâj :

« Ra’aytu Rabbi bi ayni qalbî

Faqultu man anta qala anta »

J’ai vu mon seigneur par l’œil du cœur

Je dis : qui es-tu ? Il me dit : Toi.

Chaque croyant n’est alors pas autre chose que ce qu’il doit être en tant que personne, mais il est entièrement tout ce qu’il est. L’enjeu, néanmoins, le dépasse par trop pour qu’il ne respecte pas d’une manière permanente les règles que lui dicte la Tradition et notamment les paroles du Prophète Mohammed. Car la véritable liberté, pour le croyant, ne réside pas dans une souveraineté individuelle, toujours illusoire et menacée tant par les maux corporels que par les pensées et les sentiments rarement permanents. Elle se situe dans sa réconciliation avec sa Réalité spirituelle profonde puisqu’il est porteur du divin. Il sera alors authentiquement libre pour s’être affranchi des freins de sa condition psycho-somatique. Bien sûr, cet ultime aboutissement ne lui appartient pas. Mais il reste seul responsable de sa manière d’être car, comme l’a écrit Ibn Teimiyya : « Dieu dit : Affrontez-moi avec vos intentions et avec vos œuvres ».

Si la responsabilité de l’être humain est si entière, pourquoi un si grand nombre d’entre nous ne recherchent-ils pas cette Union principielle, faite d’harmonie et de gratitude ? Je songe souvent à un échange qui s’est certainement déroulé à plusieurs reprises et dont pourtant personne ne parlera jamais. Il s’agit de tous ceux qui, sur les chemins de Galilée, ont croisé le Christ et n’ont pas reconnu Qui il était. De retour chez eux, le soir, ils ont été accueillis par l’habituelle salutation :

« Tu as passé une bonne journée ?

Oui.

– Rien de spécial ?

– Non ».

Non. Simplement ils avaient croisé Jésus. D’autres, pourquoi ? ont immédiatement abandonné père et mère pour le suivre. Les gnostiques ont-ils donc raison et notre époque est-elle celle des hyliques ? J’ai vécu à Tiruvannamalai une situation similaire. À l’ashram de Ramana Maharshi les pèlerins étaient innombrables. Que se passait-il au-dedans d’eux-mêmes en face d’un homme qui était à la fois sagesse et sainteté ? Un américain, venu de fort loin pour le darshan, c’est-à-dire pour la vision d’un sage, repart tranquillement. Certains s’inquiètent. « Que se passe-t-il ? Vous partez déjà ? ». – « Oui, répond le voyageur, j’ai vu un vieux monsieur ». D’autres, je suis de ceux-là, ont leur existence transformée par leur rencontre, comme si, suivant une formule magnifique d’Henri Le Saux « l’auréole intime de ce sage avait été perçue par quelque chose en (eux), au plus profond d'(eux-même) » [17]. N’est-ce pas justement cela la prise de conscience que l’être humain est plus qu’un corps et une âme ? Mais l’interrogation demeure ; pourquoi lui, et pas moi ? pourquoi moi et pas lui ? Posée de cette manière, il n’y a pas, à cette question, de réponse qui puisse satisfaire notre raison. Mais n’est-ce pas cet attachement à la logique qui empêche de saisir une réalité qui n’est pas « seulement » raisonnable ? Quoiqu’il en soit c’est le problème de la prédestination et du libre-arbitre qui est ainsi posé. Avec une formulation différente, parce qu’adaptée à la culture de populations existentiellement variées, toutes les Traditions reconnaissent le bien-fondé et de l’une et de l’autre. J’ai montré le lien entre l’individualité, finie, et son Principe, Infini et Parfait. Il contient donc en lui-même ce que l’individu perçoit comme étant son passé, son présent, son avenir, qu’il ne peut donc pas ne pas connaître. Sans cela il ne serait pas Infini. Connaissant ainsi les événements futurs ceux-ci sont prédestinés. Mais si l’individu, au niveau cette fois-ci de son domaine propre, ne disposait d’aucune liberté de choix, il n’existerait plus en tant que personne et resterait sur le même plan que celui où évoluent les robots. Cette démonstration relève des deux natures de l’homme. Par sa nature divine, il ne peut pas ne pas être déterminé ; par sa nature humaine, il ne peut pas ne pas être libre. Mais, alors que sa détermination principielle englobe toute sa Personne, au même titre que l’Esprit englobe le corps et l’âme, sans parfois qu’il en ait une pleine conscience, sa liberté ne peut se situer que par rapport à tout ce qui, en lui, relève du corporel et du mental. Ce n’est qu’au-delà de l’état humain ou plus précisément ce n’est qu’à son aboutissement ultime de réalisation de son vivant que l’individu, redevenu totalement une Personne, peut parler de liberté cosmique et universelle. Jusqu’à ce stade, son choix libre se borne à accepter ou à refuser, mais pour l’être humain il s’agit là d’un moment décisif, sa double nature. Toute sa manière d’être en dépend.

S’il la refuse, il demeure dans le domaine d’une individualité privée de dimension non-individualisée. Rien n’est pour lui mystérieux, tout est scientifique ; rien n’est pour lui sacré, tout est profane, c’est à dire « hors du Temple ». Il pense sa pensée au mieux de son intelligence et de son savoir, pourtant l’une et l’autre toujours limités. Il court, inconnu ou célèbre sur notre petite planète, il est libre, mais il ne sait ni pourquoi il est né, ni pourquoi il va, un jour , mourir. Il est vrai que cela lui est un peu égal puisqu’en dehors de son univers, il n’y a rien. À moins que… mais alors pourquoi s’est il refusé à lui-même ? S’il l’accepte, toute son existence se place naturellement dans une globalité et les actions dans lesquelles il ne peut pas ne pas s’engager ne l’intéressent qu’en tant qu’elles sont autant de supports pour la compréhension de toute sa Réalité d’être. Est-il, en termes religieux un appelé, peut-être même un élu ? Ou, dans un vocabulaire plus spirituel, un homme différencié qui ne saurait exercer ici-bas qu’une fonction de présence ? Nul vis-à-vis de l’Absolu, son libre-arbitre est total face à lui-même au moment où il prend la décision volontaire de rechercher en lui cet Absolu. Et s’il le rejoint, c’est à l’instant même où il est Totalement prédestiné qu’il devient Totalement libre. L’existence, cependant, n’est pas toujours aussi tranchée. Une acceptation peut être suivie d’un refus et réciproquement. Il est rare qu’une porte se ferme irrévocablement, comme il est fréquent que l’homme la franchisse dans les deux sens ! Il en est ainsi de nos jours. S’en étonner, ou même s’en attrister, ne sert pas à grand-chose, sinon à surcharger une pensée déjà bien encombrée et à décourager une volonté fragile et quotidiennement tentée de changer d’avis. Il est possible, néanmoins d’y voir clair sur le chemin de la connaissance de soi-même. Des points de repère existent, ainsi que des références qui permettent d’entendre un jour ce qui, jusqu’alors, n’était qu’écouté et de voir ce qui n’était pas remarqué. C’est la première affirmation du « Vieux maître » Lao-Tseu : « La connaissance que l’homme a du Principe Universel, dépend de l’état de son esprit » [18]. Et l’état d’esprit de l’homme, il se construit tout au long de sa vie.

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1 Il serait possible de faire exactement la même analyse de l’administration moderne. Celle-ci sépare la société en deux, et pas seulement en U.R.S.S. où elle atteint sa forme la plus élaborée. Les vaincus, c’est-à-dire la quasi-totalité de la population, enserrés dans les réglementations et les surveillances. Les vainqueurs, les fameux apparatchiks, privés de temps, de silence et de santé, mais souffrant de plus de la hantise de la destitution contre laquelle ils luttent par une autre hantise, celle de monter dans la hiérarchie.

2 René Guénon, « Autorité spirituelle et pouvoir temporel », les éditions Véga, 1947, p. 110.

3 Georges Vallin, Revue ETRE, numéro 2, IIe année 1983, p. 36, « Non dualité et non-violence ».

4 Gandhi, « lettres à l’ashram ».

5 Georges Vallin, « Voie de gnose et voie d’amour », les éditions Présence, 1980, p. 14.

6 Georges Vallin, « La perspective métaphysique », les éditions Dervy-Livres, 1977, p. 113-114.

7 Anne-Marie Esnoul, « L’Hindouisme », Textes recueillis et présentés, les éditions Fayard/Denoël, 1972, p. 586.

8 Ramana Maharshi : « L’enseignement de Ramana Maharshi », Préface de Jean Herbert, les éditions Albin Michel, collection « spiritualité vivante », 1972, p. 288, verset 297.

9 Voir notamment : René Guénon, « Introduction générale à l’étude des doctrines hindoues », les éditions Véga, 1932, p. 243-244 et Olivier Lacombe, « l’Absolu selon le Védânta », les éditions Paul Geuthner, 1937, p. 75.

10 « Tractatus Tripartitus », Codex Jung, Francke verlag Bern, 1973, p. 37 et suivantes.

11 « Tractatus Tripartitus », Codex Jung, Francke verlag Bern, 1973, F. XL.IX, 37… p. 131.

12 Claude Durix, « Cent clefs pour comprendre le Zen », les éditions le Courrier du Livre, 1976, p. 81.

13 Maître Eckhart, « Traités et sermons », les éditions Aubier Montaigne, 1942, p. 29.

14 Règle de Saint-Benoît, chapitre I, 6 à 11.

15 « Règles des moines : Pacôme, Augustin, Benoît, François d’Assise, Carmel », les éditions du Seuil, collection Points, série sagesses, 1982.

16 J. Goldziher, « le dogme et la loi de l’Islam », les éditions Paul Geuthner, 1920, p. 36, 37.

17 Henri Le Saux, o . s . b . « Souvenirs d’Arunachala, récit d’un ermite chrétien en terre hindoue », les éditions de l’Épi, 1978, p. 24.

18 Lao-Tseu, « Tao.Tei-King », Livre I, chap. 1.D, cité et traduit par Léon Wieger dans « les Pères du système taoïste », les éditions Cathasia, 1950, p. 18.