Jean-Louis Siémons : La réincarnation : De l’animisme au spiritisme deux modèles « réalistes »


26 Mar 2015

(Extrait de La Réincarnation, Des preuves aux certitudes Éditions Retz 1982) 

Chapitre Précédent  Chapitre Suivant

Le rapprochement qui s’offre ici entre les croyances nourries par les peuples isolés de la civilisation, souvent appelés sociétés animistes, et le système philosophique des spirites modernes est purement fortuit. Que le lecteur n’y voie aucune intention péjorative vis-à-vis de ce dernier. Mais il se trouve que ces deux grands groupes de témoins de la réincarnation entretiennent ouvertement des « rapports directs » avec le monde des défunts ; il en résulte que leurs représentations de l’itinéraire post mortem de l’entité humaine sont généralement empreintes d’un grand réalisme. L’au-delà n’est pas loin : on le toucherait presque.

Et les explications données sur le retour à l’existence terrestre évoquent généralement la ré-incorporation — plus ou moins complète selon les cas — des éléments de l’entité personnelle antérieure. Sous l’angle de la réincarnation, on a donc affaire à des modèles de type conservatif des réalités terrestres. Une existence prolonge la précédente, parfois d’une façon très étroite. Ces modèles, susceptibles d’atteindre une grande complexité, peuvent cependant dégénérer en une croyance populaire simpliste, et fort répandue « je suis aujourd’hui le même être qui a vécu jadis ».

À la recherche d’un modèle primitif

de la réincarnation

Un monde bien étrange

Une sévère mise en garde

Il y a mille et une manières de vivre la religion; depuis la préhistoire, les hommes n’ont jamais cessé d’en faire la démonstration et, sur le thème de la renaissance, les variations dont on retrouve la trace dans le détail ne sont pas moins nombreuses.

Dans un souci légitime de dégager quelques modèles types de réincarna­tion dans cette exubérance, l’esprit de méthode cartésienne suggère d’aller du plus simple au plus complexe.

Selon un réflexe bien ancré dans notre mental occidental, la tentation est grande de chercher d’abord à tracer un modèle archaïque — par une espèce d’évidence axiomatique, nous croyons volontiers que ce qui est archaïque est simple, fruste, puéril même — pour montrer ensuite com­ment les irrésistibles-progrès-de-l’esprit-humain ont pu graduellement apporter des perfectionnements successifs, donnant lieu à des modèles de plus en plus raffinés, par une espèce de mouvement ascendant irré­versible [1].

C’est un peu cet esprit systématique qui a d’ailleurs guidé les premiers anthropologues et ethnologues. Des pionniers comme sir E. Tylor au XIXe siècle, ou sir J. G. Frazer, ont ainsi cherché à expliquer la genèse des religions. Mais, tout en faisant un travail considérable de défriche­ment, ils n’ont pas pu s’empêcher d’introduire ici et là des conceptions de « civilisés supérieurs » vis-à-vis des sociétés dites « primitives », et certaines idées un peu simplistes qui n’ont plus guère droit de cité aujourd’hui.

« Fétichisme, animisme, totémisme, etc., sont des étiquettes promenées devant nos yeux pour faire croire qu’on avait compris de soi-disant primitifs », écrit le prof. Jean Guiart dans son introduction aux Rites de la Mort [2]. Sévère mise en garde : on croit toujours comprendre l’autre, en déchiffrant le langage de ses gestes et de ses paroles à l’aide d’un code rationnel — qui est rarement tout à fait le sien. Dans ce sens, rien n’était plus facile que de prêter aux « sauvages » des mobiles et des concepts qui leur étaient en réalité parfaitement étrangers. La notion d’âme humaine individuelle — et de réincarnation de l’âme — résulte-t-elle d’une élaboration mentale « primitive » ? La plus grande prudence est donc requise dans tous les rapprochements que l’on peut être tenté de faire.

Le monde primitif — un univers parallèle

Pour l’ethnologue qui s’y introduit, la société des Indiens de l’Orénoque ou des Papous d’Océanie n’est plus aujourd’hui un monde attardé, arriéré, sans passé, ni racines. Le mot primitif n’est vraiment pas de mise : on aborde ici un monde différent, une sorte d’univers parallèle qui a sa structure et ses lois, et dont l’histoire remonte peut-être à des civilisations d’un lointain passé qui ont eu leur heure de gloire — comme ces grands royaumes ou empires africains dont on ne connaît plus guère que le nom.

Bien que la multiplicité et la diversité des sociétés non mécanisées qui existent encore de nos jours soient considérables, on peut cependant dégager certaines constantes qui les caractérisent d’une manière très générale.

Ces peuples, ces tribus qui vivent — ou s’efforcent de survivre — en étroit contact avec la nature, forment des familles humaines cimentées par des traditions où chaque chose, chaque être est appelé à contribuer, par le rôle qu’il joue, à maintenir la cohésion du groupe et son renou­vellement.

Fréquemment, un réseau compliqué de mythes rend compte de l’ordre des choses, explique aussi bien la cosmogenèse que l’anthropogenèse, et révèle les relations nécessaires entre l’homme et l’univers — visible et invisible — où s’insère l’être vivant.

La succession régulière des événements cosmiques — cycles de la lune, alternance des saisons réglant les pratiques culturales et la chasse — domine la vie du clan et se reflète dans les rythmes de l’existence indi­viduelle ou collective : la naissance et la mort d’un homme sont pareillement des événements attendus, programmés, en conformité avec les modèles cosmiques. Mais, pour la société humaine, l’association har­monieuse avec les forces de la nature exige que tout se fasse selon la bonne norme : les rites, religieux ou magiques, marquent le passage d’une phase à l’autre de l’existence de l’homme (naissance, initiation à l’âge adulte, mort…), tout comme ils célèbrent les nœuds saisonniers, ou les différentes mutations de la lune.

Comme tout n’est pas parfait sur cette terre, et que d’invisibles dangers menacent le groupe ou l’individu — pour des causes méritées ou non — le rituel et la magie interviendront encore pour gagner un surcroît de force surnaturelle — on peut penser ici au mana des Mélanésiens — ou pour conjurer les mauvaises influences.

Pour l’Occidental, tout peut paraître étrange et insaisissable dans cet univers parallèle où s’entrecroisent mille fils mystérieux et où l’individu est entièrement soumis à une collectivité, dans laquelle il occupe cepen­dant la place reconnue, et consacrée par le rite, d’un acteur indispen­sable. Le groupe ne vit que par son respect de l’ordre traditionnel, héri­tage de quelque lointain héros, ancêtre glorieux, ou Dieu, fondateur de la tribu et dispensateur de la civilisation.

L’économie « primitive » de l’âme

Qu’en est-il de l’âme?

Tout ici s’articule autour de la pérennité du groupe considéré comme un tout vivant en perpétuel devenir : on devine que chaque membre est dépositaire, transitoirement, d’une partie de la richesse de ce groupe. Et un aspect essentiel de cette richesse est le pouvoir de vie qui anime l’ensemble des individus.

Quelles que soient les croyances professées sur la constitution de l’homme, on retrouve un élément quasi constant : l’enfant qui naît reçoit en partage un peu de la substance-de-vie qui est la propriété du tout, et il la restituera au « pot commun » lors de son décès. Générale­ment cette énergie vitale sera recyclée assez vite, éventuellement après s’être introduite dans quelque forme vivante — plante ou animal — ou être restée en suspens dans certains lieux… en attendant le passage d’une femme appelée à devenir mère.

Dans de nombreux cas, le transfert de cette énergie se fait traditionnelle­ment dans la même lignée familiale, de l’aïeul au petit-fils. Cette croyance est très répandue et, en de nombreux points du globe (pratiquement sur tous les continents en dehors de l’Europe [3]) les ancêtres « revivent » dans leurs descendants qui portent leurs noms à intervalles répétés.

La collation du nom est une opération importante dans la vie organique du groupe : il convient de préciser quel antécédent est venu dans un nouveau-né, ré-actualiser le personnage qu’il fut — et qu’il continue souvent d’être dans le monde des défunts où il occupe sa place légitime. Il arrive que la future mère soit visitée en rêve par un aïeul qui lui annonce son retour, ou la prie de le porter dans son sein. En cas d’in­certitude, l’examen du bébé à la naissance peut lever les doutes si l’enfant porte sur le corps des marques correspondant à celles d’un ancêtre connu (cicatrices de blessures, malformations, etc.). En tout état de cause, le devin, celui-qui-sait-lire-les-signes, sera consulté : l’enfant nouveau-né ne sera vraiment individualisé et reconnu comme membre du groupe que lorsqu’il aura reçu son nom.

Le nom résume l’essence et la puissance d’un être. Porter le nom d’un ancêtre permet d’accéder au monde des vivants, mais encore faut-il apprendre les promesses et les devoirs que comporte ce privilège : l’ini­tiation permettra (entre autres) d’en prendre pleine conscience.

Lorsque survient la mort, il convient que l’« âme-animante » du défunt soit convenablement restituée au groupe vivant : il faut alors procéder aux rites, souvent fort complexes, assurant, dans les bonnes règles, la métamorphose du défunt en ancêtre occupant une place assignée dans l’économie du groupe. C’est encore une initiation — parfois périlleuse pour le défunt — servant à franchir tous les obstacles avant d’atteindre la sécurité du nouvel état — on devrait peut-être dire de la nouvelle fonc­tion d’homme décédé.

La solidarité permanente entre membres du groupe exige la participa­tion active des vivants sous forme de rites et de sacrifices, pour seconder le mort dans ses mutations : par un juste retour des choses, ce dernier n’inquiétera pas les vivants par des manifestations indésirables (appari­tions effrayantes, possessions…) et, au contraire, contribuera à la protection de la tribu. Au fil des années se maintiendra le contact entre tous les participants du groupe (vivants et défunts) à l’occasion de fêtes et de cérémonies particulières.

Le tableau que nous venons de tracer — d’une manière un peu trop schématique, sans doute — nous invite à nous poser de nouvelles questions sur ce qu’on appelle souvent la réincarnation chez les pri­mitifs.

Lorsque, par exemple, les Yoruba du Nigeria saluent un bébé par ces mots : « tu es venu ! » et cherchent sur son corps des signes pour iden­tifier l’ancêtre qui est à nouveau présent parmi eux, ou lorsqu’ils appellent un garçon Babatunde (Père est revenu) ou une fille Yekunde (Mère est revenue) [4], quelle signification accordent-ils à ces mots ? Pensent-ils seulement à un souffle de vie qui se perpétue, une sorte de prâna, sans cesse recyclé, porteur de l’énergie des hommes du passé, ou ajoutent-ils des éléments psychiques à cette pure vitalité animale ?

La personnalité de l’aïeul est-elle présente tout entière, ou délègue-t-elle seulement une fraction d’elle-même dans son rejeton ?

On pourrait répondre, assez facilement, que dans de nombreux cas l’ancêtre semble conçu comme demeurant toujours dans son propre monde désincarné, tandis que les vivants bénéficient de son influence magnétique et ne sauraient vivre sans elle [5]. Il arrive que plusieurs vivants portent le nom du même antécédent. Parfois même grand-père et petit-fils coexistent : l’enfant est alors considéré comme le frère de l’homme dont il porte le nom — jusqu’au jour du décès où il devient pleinement l’actualisation de son prédécesseur.

Cependant la réalité est évidemment complexe et il faut se garder de généralisations hâtives. La conception de l’homme chez le « primitif » est souvent loin d’être primitive, comme on va le voir.

De la pluralité des âmes

En pénétrant de plus près les sociétés restées à l’abri de la « civilisation », on constate dans bien des cas que les idées qu’elles entretiennent sur la constitution de l’homme sont particulièrement élaborées.

La partie invisible de l’homme est en réalité perçue comme une pluralité d’« âmes ».

Le spectre des croyances dans ce domaine est très étendu : certains ajoutent seulement à l’aspect physique de l’énergie animale une compo­sante psychique, une sorte d’individualité humaine ; d’autres atteignent des niveaux de grande complexité par une analyse très subtile de l’être humain — qui n’est pas sans rappeler les vues entretenues sur ce sujet par les anciens Égyptiens ou les kabbalistes.

Par exemple, les populations de l’ancienne Chine semblent s’être contentées d’une simple dualité : une âme vitale et une âme individuelle, dont les voies de devenir se séparent après la mort, sans qu’il y ait de survie très prolongée promise à la partie vraiment humaine [6].

D’autres ont ajouté à l’« âme-du-sang » (assurant la vie végétative du corps) et à l’âme-aérienne (intelligente et responsable de la vie psy­chique) un ou plusieurs éléments remplissant des fonctions définies et subissant après la mort des sorts différents, selon la conduite de l’homme terrestre.

On trouve dans l’ouvrage mentionné sur les Rites de la Mort [7] une illustration de la complexité à laquelle peut s’élever la représentation « primitive » de l’homme. Ainsi, dans un exemple cité, chez les Iafar de Nouvelle-Guinée, la personne vivante ne comprend pas moins de trois entités abstraites et deux éléments corporels, sans oublier deux esprits sylvestres attachés à l’individu.

Si on laisse de côté les aspects corporels (le sang et les os) qui inter­viennent dûment après la mort, on trouve, outre le principe vital indis­pensable aux fonctions du corps, ce qu’on peut appeler, en langage occidental, un « moi dynamique » et un « moi rationnel ».

Le premier, lié au mouvement et à l’action, est inconscient, irrationnel et pour cette raison demande à être tenu sous contrôle. Il deviendra plus tard un fantôme en quête de nourriture.

Le moi rationnel correspond le mieux à notre idée courante de l’âme. Pensée et volonté sont ses attributs. À l’état de veille, il contrôle le moi dynamique dont la présence est nécessaire à cet état.

Cette description, qui ne manquera pas d’inspirer au psychanalyste certains rapprochements, se complique par l’intervention de deux esprits sylvestres, très personnalisés : le premier est le double exact de l’homme et disparaît à sa mort, tandis que le second, plus spirituel dans cette catégorie, est l’« esprit-gardien » qui veille sur l’être pendant toute sa vie. Bien qu’anonyme il s’attache exclusivement à un homme donné. Après la mort, alors que le principe vital disparaît (avec peut-être la possibilité d’un recyclage futur), l’esprit-gardien réunit le sang et le moi rationnel : l’ensemble devient l’esprit du mort qui pourra éven­tuellement communiquer encore avec les vivants, par la possession de médiums en transe.

La genèse de l’homme, particulièrement du « moi rationnel », n’est pas ici clairement élucidée. Dans d’autres modèles, on remarque l’inter­vention d’un Dieu donnant naissance à chaque nouvel être qui, en s’in­carnant, ne manque pas d’utiliser des éléments vitaux et humains antérieurs recyclés dans le monde terrestre.

Des cas de réincarnations authentiques

Encore des perfectionnements

Dans certaines traditions, on voit émerger l’idée d’une individualité permanente capable de se réincarner. Par exemple, selon Edwin Smith [8], chez les Ba-ila de Rhodésie chaque homme possède un esprit-gardien, un musedi qui l’accompagne et le protège, et qui est l’homme lui-même passant de vie en vie.

Un témoignage intéressant a été rapporté sur certaines croyances des Zoulous par Patrick Bowen qui vécut longtemps en Afrique. Aux termes d’informations reçues de la bouche des Sages (Inanusi) dont Bowen avait gagné l’amitié, il apparaît que l’homme est constitué d’une âme (Idhlozi) animant le corps et renfermant en elle-même une étincelle d’Itongo l’Esprit universel. À la mort, l’Idhlozi rôde quelque temps près du cadavre puis s’en va vers un monde appelé Esil-weni, les « lieux des Bêtes », où elle revêt une forme mi-humaine mi-animale. Après une période, correspondant à une sorte d’épuration, dont la durée est pro­portionnée à l’animalité du défunt, l’âme rejette sa forme bestiale et atteint finalement un lieu de repos. Elle s’y endort, jusqu’à l’heure où des rêves l’avertissent que quelque chose l’attend sur la terre, des devoirs à accomplir, des leçons à apprendre. Alors, sortant de son sommeil, l’âme regagne notre sphère, non sans traverser à nouveau Esil-weni, pour renaître comme un enfant. C’est ainsi que voyage l’âme, de vie en vie, jusqu’au moment où elle parvient à un point où, quittant son corps, elle s’unit à Itongo qui est sa source originelle [9].

Que ce schéma, contenant certains des grands thèmes qui caractérisent la réincarnation à l’orientale, soit l’expression authentique de croyances populaires, ou résume une sorte de tradition initiatique réservée à quelques élus [10], nous ne pouvons guère le dire. Il atteste cependant une croyance à la renaissance d’une entité humaine individuelle, pro­mise à une communion finale avec le divin, au terme de nombreuses incarnations.

Entre cette vision très « spirituelle » des Sages Zoulous, et les croyances animistes les plus « élémentaires », où l’on ne semble pas tenir grand compte d’un ego humain et de ses progrès possibles, il y a place pour toutes sortes de modèles où l’esprit individuel entre en ligne de compte et se réincarne effectivement.

On peut citer ici, par exemple, le cas des indigènes d’Okinawa (Paci­fique Nord). Pendant la seconde guerre mondiale, un soldat américain recueillit de la bouche d’un autochtone — ancien bibliothécaire de la préfecture d’Okinawa — des informations particulièrement intéressantes sur les croyances religieuses de ses concitoyens.

Selon le témoignage de ce soldat, il est apparu que la majorité de la population à Okinawa avait adopté l’idée d’une déité, sans forme ni sexe, et croyait à la réincarnation de l’être humain, sans possibilité d’entrer dans des corps animaux. En résumé, cette croyance répond au schéma suivant [11] : « Après la mort d’un homme, l’esprit reste dans sa demeure pendant 49 jours; le 49e jour, les services funèbres en sa mémoire ayant été accomplis, l’esprit a accès à Gusho — ce qui signifie « après le monde présent ». La période vécue dans l’état post mortem est variable, mais les gens d’Okinawa croient que l’esprit retourne généralement au bout de sept générations, pour produire un individu ressemblant fortement au précédent personnage incarné. Les esprits ne se réincarnent pas tous, certains demeurent en Gusho indéfiniment et accueillent les nouveaux arrivants à cet état. Il faut bien se représenter que la conception de Gusho, selon la tradition d’Okinawa, est celle d’un état spirituel, où seul existe l’esprit de l’homme… Ce n’est pas le mental mais l’esprit qui se réincarne… le mental étant, pour sa part, reçu par l’individu par descendance ancestrale. »

Des cas scientifiquement étudiés

La croyance en une renaissance authentique semble bien attestée chez divers peuples d’Indiens d’Amérique. Le prof. Stevenson a réuni dans ses dossiers un bon nombre de cas de « réincarnation personnalisée » chez les Indiens Tlingit (ou Toloche) d’Alaska [12].

On retrouve ici divers traits caractéristiques de la représentation primi­tive du monde. Ces Indiens partagent avec d’autres tribus d’Alaska la croyance au retour des parents décédés au sein du groupe social, voire de la même famille. Cette perspective a l’effet salutaire de liquider toute peur de la mort chez les Tlingit — de même d’ailleurs que chez les indigènes d’Okinawa qui ont montré une singulière résistance nerveuse dans l’enfer de la dernière guerre. Certains même espèrent une mort rapide pour revenir dans des conditions meilleures : l’idée d’un progrès pos­sible est apparente. Ici encore, pour donner son nom au nouveau-né, on accorde une attention particulière aux rêves de la future mère, aux marques de naissance, aux ressemblances de l’enfant avec un parent défunt.

Le prof. Stevenson a même rapporté des cas bien singuliers : par exemple un homme vieillissant choisit délibérément le cadre de sa future naissance en dehors de sa lignée familiale ; de son vivant, il vient annoncer son retour à ses futurs parents d’élection. Joignant le geste à la parole, il découvre sur son propre corps des cicatrices bien caractéristiques, qui « personnaliseront » l’enfant à sa naissance. Il va même jusqu’à confier à la mère potentielle un objet personnel qu’il se promet d’identifier comme sa propriété. Le plus curieux de l’histoire est que le rejeton annoncé naîtra bien porteur des marques prévues et reconnaîtra, le jour venu, « son bien » dans l’objet tenu en réserve ; il recevra bien entendu le nom du décédé qui est, comme on doit bien l’admettre, le seul qui lui convienne. Pour les Tlingit, tout cela est bien naturel.

Les croyances de ces Indiens sur la vie et la mort sont bien moins éla­borées que celles des hindous ou des bouddhistes : leur ciel (Kiwaa) n’a pas la structure compliquée admise par les tribus Eskimo de l’Alaska, pour qui le cycle de la réincarnation implique une purification graduelle jusqu’à une libération finale. Selon Ian Stevenson, les Tlingit conce­vraient la renaissance d’une manière plutôt bouddhiste : « l’ancienne personnalité donne lieu à la nouvelle, comme une chandelle avant de s’éteindre peut en allumer une nouvelle et ainsi continuer la série [13] ». Chez ce peuple, les enfants qui se souviennent assez clairement de leur incarnation précédente sont relativement nombreux (il serait question d’un cas sur 500 environ). D’après les descriptions fournies par les enquêtes, il ne fait pas de doute dans l’esprit des gens que c’est le même je qui transite d’une vie à l’autre. L’enfant affirme : j’ai été untel, j’ai eu telles occupations, je veux revoir ma famille ; je ne suis pas ton neveu, je suis ton frère. Et si, d’aventure, une connaissance de la vie précédente passe dans la rue, l’enfant s’écrie avec un grand débordement d’émotion : « voici ma Susie! ». Au moins au début de la vie, les impres­sions sont si fortes que chacun est persuadé que l’ancienne personnalité est effectivement revenue.

Plus tard, comme c’est la règle générale dans les cas observés partout dans le monde par Stevenson, les images vivantes du passé s’estompent la nouvelle personnalité du jeune Tlingit se développe et finit par perdre tout souvenir actif de son antécédent.

À la lecture de l’ouvrage de Stevenson, les descriptions ne diffèrent pas beaucoup selon qu’on a affaire à des cas observés chez des bouddhistes de Ceylan, des hindouistes de l’Inde, des druzes du Liban, des chrétiens du Brésil ou des Tlingit d’Alaska : c’est bel et bien une personnalité ancienne qui, croit-on, se manifeste à nouveau avec évidence, et les vivants ont même parfois tous les moyens de l’identifier dans le jeune enfant qui lui sert de demeure.

Nous reviendrons plus loin sur l’analyse des cas du prof. Steven­son [Voir chap. VII].

Quelles conclusions tirer ?

Avec les primitifs, on est « en présence d’hommes, et de femmes de chair et de sang », selon les mots de Jean Guiart [14], qui ont su construire une vision positive du monde qui les aide à affronter toutes les situations — en particulier la mort et ses conséquences. Pour nous, la mort c’est la fin absurde de tous nos efforts ; pour eux « la mort est à la fois un com­mencement, dans l’au-delà, et l’occasion d’un remplacement, chez les vivants » [15].

Pour élaborer un modèle (même très schématique) des croyances primitives sur les espérances de retour sur terre, il faut donc se pénétrer d’une mentalité différente, qui donne la primauté au collectif sur l’indi­viduel, et reconnaît à une tradition ancestrale la sagesse de tout ordonner pour le plus grand bien du groupe et de l’individu qui lui appartient.

Un autre trait important à souligner est l’acceptation de la vie. Dans une société où tous les membres sont obligés à la solidarité, où l’esprit de chacun est rassuré par un réseau d’explications logiques assorties de comportements et de pratiques exorcisant l’angoisse, il fait bon vivre, et la mort ne fait pas peur puisqu’elle n’est que le côté caché de la vie. On est loin du pessimisme des hindous et des bouddhistes qui se lamentent sur la nécessité de renaître. On sait combien la fer­tilité des individus en âge de procréer a préoccupé — quasi univer­sellement — les populations archaïques du globe : avoir beaucoup d’enfants est souhaitable et renforce la vitalité du groupe.

Cela dit, quelles sont, dans les grandes lignes, les perspectives de réincarnation ? Nous pouvons résumer tout ce qui précède par les observations qui vont suivre.

Tout d’abord, après la mort, on doit logiquement prévoir plusieurs destins possibles.

En dehors de quelques puissantes personnalités qui ont qualité pour être immortalisées dans l’au-delà (ancêtres civilisateurs, plus ou moins divinisés, chefs et hommes remarquables, intermédiaires actifs entre le visible et l’invisible, etc.), le sort des gens du commun est toujours variable. Les défunts qui répondent à la bonne norme sont aidés par les vivants à devenir des ancêtres : ils vont se fixer dans un séjour adéquat (plus ou moins facile à atteindre) localisé dans le monde sou­terrain, ou bien sur terre (près des vivants [16], ou dans un endroit inac­cessible) ou encore dans les espaces aériens ou célestes.

Les autres, qui meurent mal, dans des conditions suspectes ou répu­tées néfastes, sont privés des soins dus aux morts honorables : ils deviendront des esprits errants voués à la solitude et à l’extinction.

Ainsi, le mérite de l’individu vis-à-vis du groupe est déterminant pour son avenir post mortem. Il est clair que le groupe cherche à assurer la pérennité de ce qui lui a conféré force et valeur — pour en recevoir en contrepartie une protection efficace — en rejetant au contraire de son univers tout ce qui l’affaiblit et l’inquiète, ce qu’il ne peut assimiler dans le cadre de sa tradition ; ou encore ce qui n’a plus pour lui d’uti­lité objective : chez les Iafar de Nouvelle-Guinée, la femme âgée, devenue incapable de procréer, ne fait déjà plus partie des vivants ; le moment de la ménopause est l’occasion d’une cérémonie d’ouverture de deuil où, en quelque sorte, la femme entre en agonie : si elle tarde à mourir, elle risque même finalement d’être chassée du village pour aller mourir seule un jour dans la forêt [17].

La manifestation objective des morts dans le monde des vivants est assez fréquente, surtout dans la période qui suit le décès ; d’où les rites de conjuration visant à éviter l’apparition des fantômes et autres interventions indésirables des défunts.

La possession d’un vivant par l’esprit d’un mort (ou une divinité plus ou moins maléfique) est un événement redoutable : la collectivité doit se mobiliser pour chasser l’influence néfaste. La magie intervient ici de façon indispensable. Si, d’aventure, la possession est au contraire le fait d’un esprit bénéfique, le groupe humain entier cherchera à en bénéficier et à retenir dans sa sphère l’influence protectrice. Médiums, devins et sorciers jouent naturellement un rôle essentiel dans ces rapports avec les décédés.

Pour ce qui est du retour sur terre d’un « quelque chose » ayant appartenu à un vivant, on trouve plusieurs possibilités.

Le plus généralement c’est la vitalité, l’âme-du-sang qui animait le défunt qui est « recyclée » et sert à donner la vie à un nouveau membre du groupe : rien ne se perd — au contraire même, puisque le groupe échange « un vieux pour un jeune ». L’arbre de la tribu perd quelques branches au fil des ans mais bourgeonne sans cesse, et ainsi se régé­nère.

Dans ce cas fréquent, de toute évidence on ne peut pas parler fran­chement de réincarnation chez les primitifs.

Mais les choses sont souvent aussi plus compliquées par le fait que cette vitalité est également porteuse d’une information particulière, d’une image dynamique de son précédent propriétaire ; elle n’est pas un simple fluide neutre servant uniquement à donner vie à un auto­mate inerte, elle a en outre le pouvoir d’imprimer dans l’enfant qui en bénéficie quelque chose de l’individualité du défunt : les cicatrices de son corps sont des marques extérieures qui réapparaîtront, mais les vertus (et les défauts) des morts ne manqueront pas non plus de se réaffirmer de quelque manière dans la personne du nouveau-né. La colla­tion du nom de l’aïeul à l’enfant scelle l’identification des deux êtres à travers la mort. Même si le défunt n’est pas, à proprement parler, réincarné dans le nouveau-né et continue de participer régulièrement au monde des morts, il a projeté, dans l’être qui le relaie sur la terre, des éléments non seulement physiques mais aussi psychiques — ou mentaux — d’un dynamisme tel que la collectivité des vivants le considère comme étant aussi présent réellement dans son descendant.

Peut-être, dans ce cas, peut-on commencer à parler de réincarnation, en s’en tenant à la définition de Ian Stevenson donnée plus haut dans l’Introduction, si on admet que des éléments mentaux de l’aïeul ont persisté avec une certaine cohésion et se sont associés plus tard au corps physique du petit-fils.

Bien entendu, comme nous l’avons vu, il existe aussi chez certains peuples des exemples flagrants de croyance au retour effectif d’une âme intelligente dans des corps successifs — ce qu’on pourrait classer comme authentique réincarnation.

Il va de soi que l’économie du groupe exige que le recyclage des énergies vitales ou psychiques se fasse en circuit fermé : ce qui est propriété du groupe ne sort pas de son cercle pour aller renforcer des groupes étrangers. Un Dieu universel, ou des divinités de rang variable, peuvent bien insuffler des énergies nouvelles, mais on concevrait mal une fuite de vitalité vers l’extérieur : la réincarnation dans d’autres races ou groupes ethniques n’est pas envisagée. On renaît en famille.

Cette même économie fermée exige une rotation rapide de la subs­tance-de-vie. Le grand-père revient dans le petit-fils. Dans les cas attestés de réincarnation, l’« âme » ne traîne pas très longtemps dans les corridors du monde posthume : quelques jours à quelques années d’attente suffisent aux Tlingit pour trouver la voie du retour.

La notion de progrès individuel de vie en vie, par des efforts per­sonnels, ne s’affirme guère dans les groupes humains où l’intérêt est plus centré sur la prospérité de la collectivité que sur une quelconque émancipation de l’individu. Il y a, bien sûr, pour chacun, une incitation à se mobiliser et à se surpasser pour devenir un adulte reconnu de tous, et les jeunes initiés apprennent à connaître la figure de l’ancêtre qu’ils sont censés incarner, mais on n’aperçoit pas dans tout cela d’idées comparables au karma des Orientaux liant le passé vécu individuelle­ment au présent que l’on récolte. Si la maladie arrive, ou le trépas, il faut en chercher les causes dans l’action d’esprits maléfiques, ou dans un manquement grave aux règles de la tradition déchaînant des influences néfastes, plutôt que dans un effet rétributif d’une loi de justice universelle punissant les crimes d’une vie passée.

Dans notre rapide survol des conceptions sur la mort et l’après-­vie, nous avons rencontré des cas qui s’éloignent beaucoup de l’ani­misme pur, en évoquant des idées rappelant les hautes civilisations orientales. Dans ces cas précis, on peut se demander si l’on n’est pas en présence de notions « importées », à la faveur de contacts avec des peuples marqués par l’influence de l’hindouisme ou du bouddhisme. Inversement, d’ailleurs, on pourrait tout aussi bien se demander si, chez les peuples isolés de toute civilisation par des barrières naturelles, les croyances que nous constatons actuellement ne constituent pas le stade final d’une régression, à partir de schémas jadis plus spirituels, à la suite d’une évolution des idées dominée par la préoccupation de la survie, au sein de groupes de plus en plus menacés de dégénérescence, ou coupés de tous échanges avec les autres sociétés humaines.

Comme on vient de le voir, les choses sont loin d’être simples chez les « primitifs ».

Le modèle spirite

La genèse d’un nouvel Évangile

Un produit récent : le système spirite

À la différence des systèmes primitifs dont l’origine se perd dans la nuit des temps, le spiritisme est, pour ainsi dire, un nouveau venu. On en connaît l’état civil et le curriculum vitae : nos arrière-grands-parents ont pu le voir naître et se développer à partir du milieu du XIXe siècle.

Après les premières manifestations paranormales autour des sœurs Fox (à Hydesville aux États-Unis), en 1848, et l’engouement qui se déchaîna bien vite pour les phénomènes merveilleux où les « Esprits » parlaient aux vivants par les tables tournantes, ou se rendaient visibles dans la pénombre des « séances », le mouvement « spiritualiste », comme on l’appela, gagna l’Europe sans retard et le nombre de ses adeptes accusa une croissance galopante. Bien entendu, ce n’était pas la pre­mière fois que les vivants dialoguaient avec les morts : on trouve des médiums dans toutes les civilisations. Généralement d’ailleurs l’évo­cation des défunts ne va pas sans des pratiques de sorcellerie peu recommandables, exigeant le sang de quelque victime [18] : la nécro­mancie a été sévèrement mise à l’index par les grandes religions. La sorcière d’En-dor qui fit monter l’ombre de Samuel du noir domaine souterrain, pour permettre à Saül de l’interroger sur l’avenir, avait dû se réfugier à l’écart du monde : quelque temps auparavant, Saül avait fait exterminer pythonisses et devins. La Bible qui relate cet épisode (Samuel, XXVIII) est aussi formelle par la bouche de Moïse (Exode, XXII) : « tu ne laisseras pas vivre une sorcière ».

Les honorables gentlemen — comme sir William Crookes — qui commencèrent à se livrer à l’étude scientifique des phénomènes spirites n’étaient pas des sorciers, et, cette fois, la renaissance inopinée du spiritisme — à une échelle mondiale — avait quelque chose d’original : elle se produisait à une époque de plein essor de la science expérimentale. Par ailleurs — malheureusement — ce n’était plus une poignée de sibylles, ou de pures vestales que l’on consultait dans le sanctuaire de temples sacrés, mais M. ou Mlle Tout-le-monde qui s’était décou­vert le bon pouvoir, ou le fluide ad hoc, et qui se mettait en transe pour vous rapporter des nouvelles de vos chers disparus.

Cette multiplication surprenante des médiums dans la seconde moitié du XIXe siècle n’alla pas sans inconvénients, on s’en doute. La vulga­risation de la « table tournante » comme passe-temps familial, et surtout l’exploitation abusive des médiums, amenés plus d’une fois à tricher pour satisfaire le client exigeant, ont jeté un grand discrédit sur le spiritisme, et on aurait fini par oublier cette vague de phénomènes étranges si des chercheurs sérieux, travaillant à l’écart du tapage popu­laire, ne s’étaient pas évertués à extraire une philosophie de toute la masse des messages de l’au-delà.

Il se trouve que la réincarnation occupe une place importante dans cette philosophie des Esprits — ceux du moins qui ont transmis leurs messages aux médiums français, puisque, par une bizarrerie mal élucidée, cette doctrine semble avoir été étrangère aux célestes visiteurs des séances en Amérique.

Nous étudierons donc la théorie de la réincarnation telle que les Esprits eux-mêmes l’ont enseignée depuis l’au-delà au pionnier du spiritisme en France — Allan Kardec.

La mission d’un apôtre

Rien ne semblait destiner Hippolyte-Léon Denizart Rivail, né à Lyon en 1804, à devenir le législateur du spiritisme. Sa ligne de vie (ou son intérêt précoce pour les sciences et la philosophie) l’écarta de la tradi­tion d’une famille de magistrats et lui fit rencontrer en Suisse le célèbre Pestalozzi, successeur de J.-J. Rousseau en matière pédagogique. À l’école d’Yverdon, fondée par ce pionnier de l’éducation nouvelle, Rivail s’enflamma pour les idées généreuses de ce maître et il le seconda de son mieux. Ayant trouvé sa vocation, il vint à Paris fonder une institution scolaire sur le modèle d’Yverdon. Et c’est là qu’en 1854 l’homme, appelé avec une nuance de mépris par ses détracteurs « l’ins­tituteur Rivail », allait prendre le nom d’Allan Kardec et gagner en trois ans une célébrité que ses activités d’éducateur ne lui auraient jamais assurée.

Depuis longtemps préoccupé de progrès social et de pédagogie, brûlant du désir d’unifier les croyances — le XIXe siècle romantique a caressé tous les rêves — Rivail allait trouver dans la propagation du spiritisme une carrière comblant tous ses vœux. Et, sans conteste, le système que lui enseignèrent les Esprits répondait parfaitement à son attente généreuse — que d’aucuns ont naturellement qualifiée d’utopique.

Et c’est ici que la réincarnation entre en scène. Au cours d’une séance, dans un cercle d’amis spirites, voici qu’un Esprit fait à Rivail une révé­lation surprenante, affirmant être l’un de ses amis d’une incarnation pré­cédente. Dans la Gaule de jadis, au temps des Druides, notre héros s’appelait Allan Kardec. Quelque 3 ans plus tard, le 18 avril 1857, il publiait à Paris un ouvrage qui allait faire sensation : Le livre des Esprits contenant les principes de la doctrine spirite. Un best-seller, sans cesse réédité.

Que s’était-il passé ? Kardec, sans doute le plus qualifié de son cercle spirite, avait reçu « d’en-haut » la mission d’enseigner la Doctrine aux hommes; et le livre publié était le fruit de son travail de collecte et de mise en ordre d’innombrables informations fournies par les Esprits supérieurs par le canal de divers médiums. Dans l’édition de 1972 (Dervy-livres, Paris) on peut lire, à la page XXXIII du long préambule, les termes de ce curieux ordre de mission, dont voici des extraits signi­ficatifs : « Occupe-toi avec zèle et persévérance du travail que tu as entrepris avec notre concours car ce travail est le nôtre. Nous y avons posé les bases du nouvel édifice qui s’élève et doit un jour réunir tous les hommes dans un même sentiment d’amour et de charité…

Ne te laisse pas décourager par la critique… crois en Dieu et marche avec confiance, nous serons là pour te soutenir et le temps est proche où la vérité éclatera de toutes parts. »

On conviendra qu’il y avait là de quoi enflammer un homme animé d’un idéal de progrès et de fraternité comme H.-L. Rivail. Cette mission était d’ailleurs patronnée par les plus hautes autorités (p. XXXIV) : saint Jean l’Évangéliste, saint Augustin, saint Vincent de Paul, Saint Louis, l’Esprit de Vérité, Socrate, Platon, Fénelon, Franklin, Swedenborg, etc. [19] C’est ainsi qu’à l’âge de la cinquantaine l’ancien druide réincarné devint l’apôtre mandaté du spiritisme : il allait se consacrer à cette tâche avec un zèle constant jusqu’à sa mort, le 31 mars 1869.

L’Évangile des Esprits

Le premier livre d’Allan Kardec compte, dans les dernières éditions, quelque 500 pages réparties en chapitres logiquement ordonnés. Il est difficile de résumer tant de matière : tentons simplement d’extraire les éléments qui éclairent le problème de la réincarnation.

D’après ce qui précède, le lecteur a compris que les Esprits ne songent nullement à renier le christianisme, même s’ils excluent de leurs ensei­gnements ce qu’ils jugent erroné et sectaire dans les interprétations des ecclésiastiques : l’Évangile doit se lire selon l’Esprit. C’est le cas de le dire, et il y a beaucoup de foi dans la lecture qu’en font les spirites.

Dieu est le créateur, le divin Père, instruit de tout ce qui se passe dans son univers et décidant de tout, avec une miséricorde infinie, pour le véritable bien de ses créatures. Dieu a conçu chaque détail pour le pro­grès des âmes. Malheureusement, l’amélioration de l’homme ne peut se faire en une seule vie. À cette objection, le Livre des Esprits nous répond [20] : « Tous les esprits tendent à la perfection et Dieu leur en fournit les moyens par les épreuves de la vie corporelle ; mais dans sa justice, il leur réserve d’accomplir, dans de nouvelles existences, ce qu’ils n’ont pu faire ou achever dans une première épreuve. »

Ces commentaires d’Allan Kardec font suite à des réponses données par des Esprits à des questions sur les progrès de l’âme :

« L’âme a donc plusieurs existences corporelles ? »

« Oui, tous nous avons plusieurs existences. Ceux qui disent le contraire veulent vous maintenir dans l’ignorance où ils sont eux-mêmes : c’est leur désir [21]. »

À la page suivante, nous lisons ces lignes :

« Quel est le but de la réincarnation? »

« Expiation, amélioration progressive de l’humanité, sans cela où serait la justice? »

Et encore

« Sur quoi est fondé le dogme de la réincarnation? »

« Sur la justice de Dieu et la révélation, car nous vous le répétons sans cesse : un bon père laisse toujours une porte ouverte au repentir… »

Conclusion rassurante : dans un monde où les péchés d’un jour n’en­traînent plus le châtiment éternel et où tout peut se racheter au prix d’épreuves acceptées sans tricher et supportées avec courage, la confiance revient aux hommes, même les plus déshérités ; car jamais Dieu ne détournera sa face de ses enfants.

Cet Évangile est bien une Bonne Nouvelle — pour ceux qui n’attendent pas un salut miraculeux.

Excursion au monde des Esprits

L’Esprit au microscope

Allan Kardec réussit à condenser en quatre pages de son livre l’essen­tiel de la doctrine [22] et la simplicité des conceptions exposées a bien de quoi séduire tous ceux que rebutent les subtilités de la métaphysique. Il y a un double aspect à l’univers créé par Dieu :

  • un monde invisible, ou spirite, qui est primitif, éternel, préexistant, survivant à tout ; en bref, le monde normal et permanent des Esprits,

  • un monde visible, corporel qui n’est que secondaire; le Livre précise ici : « il pourrait cesser d’exister, ou n’avoir jamais existé, sans altérer l’essence du monde spirite ». La Terre n’est d’ailleurs pas le seul monde corporel possible, les autres globes de l’univers sont aussi des lieux propices aux expériences matérielles. Quant à l’homme, qui représente un degré important dans l’échelle de l’évolution des Esprits, l’analyse de sa constitution à l’état incarné fait ressortir un nombre limité de principes :

1 — Le corps physique (analogue à celui des animaux) avec son principe vital (qui anime aussi la nature) ; cette enveloppe matérielle est une prison pour l’Esprit : la mort est pour lui une délivrance.

2 — L’âme immatérielle, qui n’est autre qu’un Esprit incarné.

3 — Le périsprit, ou principe intermédiaire entre le corps et l’Es­prit.

Ce périsprit est en somme l’enveloppe éthérée de l’Esprit : au moment de la mort, elle se dégage progressivement de la forme physique, et l’Esprit libéré en reste revêtu dans le monde spirite. Dans certaines conditions, elle peut devenir visible et même tangible lors des appa­ritions. Ainsi équipé de son enveloppe, l’Esprit n’est pas une réalité métaphysique insaisissable. Le Livre précise à son sujet [23] : « L’Esprit n’est point un être abstrait, indéfini, que la pensée seule peut concevoir ; c’est un être réel circonscrit qui, dans certains cas, est appréciable par les sens de la vue, de l’ouïe, et du toucher. » La subs­tance de cette enveloppe est assez vaporeuse pour s’élever dans l’atmos­phère et se transporter où l’Esprit le désire.

Comme on pouvait le prévoir, la Société des Esprits comprend diffé­rents ordres, selon leur degré de perfection. Dans cette échelle l’avan­cement se fait au mérite, comme il se doit.

En gros, on peut distinguer :

les parangons de perfection, les purs Esprits, archanges, séra­phins, etc.;

ceux qui sont au milieu de l’échelle; ils ont le bien en vue, mais de nombreuses épreuves les attendent encore pour s’arracher à l’emprise de la matière, de l’égoïsme, etc. ;

ceux d’en bas ; les imparfaits, paralysés dans leur avancement par l’ignorance, les passions, le désir du mal.

Une catégorie intermédiaire est celle des Esprits légers ou follets, plus brouillons que méchants ; espiègles et malicieux, ils aiment à mys­tifier et à causer des contrariétés. On parle aussi d’Esprits purs, supé­rieurs, et d’Esprits impurs, inférieurs. La vie d’Esprit comprend 3 états possibles :

l’état entièrement dégagé de la matière : la réincarnation n’a plus ici de raison d’être. C’est la vie éternelle de félicité dans le sein de Dieu ;

l’état d’Esprit errant : l’erraticité est la condition de l’Esprit encore en voie de progrès pendant la vie post mortem ;

l’état d’âme, ou d’Esprit incarné.

Sur les vicissitudes des Esprits depuis leur création il n’est guère néces­saire (ni possible) de s’étendre, mais il faut savoir ceci : « tous sont créés simples et ignorants, ils s’instruisent dans les luttes et les tribu­lations de la vie corporelle [24] ».

Les Esprits doivent gagner leur ciel — en acceptant l’épreuve de l’in­carnation.

À quoi s’occupent les Esprits errants ?

Alors qu’elle était plus ou moins paralysée par son enveloppe physique et n’exerçait qu’une influence limitée dans l’homme terrestre, à sa rentrée dans le monde des Esprits l’âme ne tarde pas à retrouver tous ceux qu’elle a connus sur terre. Souvent ceux qu’elle a aimés le plus viennent l’aider à se dégager du corps à l’agonie.

Fait important, après une certaine période de trouble due au choc de la mort, nécessitant l’adaptation au réveil à l’état d’Esprit errant, l’âme se retrouve elle-même : « toutes ses expériences antérieures se retracent à sa mémoire avec le souvenir de tout le bien et de tout le mal qu’elle a fait [25] ». Dès lors, consciente de son degré d’avancement, elle pourra poursuivre ses progrès dans le monde spirite.

À la question : « les Esprits errants sont-ils heureux ou malheureux? » la réponse autorisée a été : « Plus ou moins, selon leurs mérites. Ils souffrent des passions dont ils ont conservé le principe, ou bien ils sont heureux selon qu’ils sont plus ou moins dématérialisés. Dans l’état errant, l’Esprit entrevoit ce qui lui manque pour être heureux ; c’est alors qu’il cherche les moyens d’y atteindre, mais il ne lui est pas toujours permis de se réincarner à son gré et c’est alors une puni­tion [26]. »

On aspire parfois au repos dans l’univers spirite. Il existe, à cet effet, « des mondes particulièrement affectés aux êtres errants, mondes dans lesquels ils peuvent habiter temporairement; sortes de bivouacs, de camps pour se reposer d’une trop longue erraticité, état toujours un peu pénible… [27] ».

Le transit par ces lieux est d’ailleurs avantageux pour ceux qui s’y retrouvent car ils le font dans le but de s’instruire et de pouvoir obtenir la permission de se rendre dans des lieux meilleurs.

La famille des Esprits est très hiérarchisée, selon les mérites ; mais il existe en principe une solidarité entre tous les individus. Les vivants eux-mêmes côtoient sans cesse les Esprits et sont constamment sous leur influence : les bons Esprits cherchent à les aider et à leur inspirer de nobles sentiments, les mauvais se réjouissent des échecs et du spectacle des passions avilissantes.

Une Roue des Renaissances… très chrétienne

Et la réincarnation ?

Elle est inévitable, ne l’oublions pas. Mais les Esprits, qui peuvent si bien jauger le degré de leur avancement, et les causes de leurs entraves, ont la faculté de choisir les épreuves de leur prochaine incarnation. Point capital : on ne saurait mieux prendre en main sa destinée qu’en calculant soi-même les corrections qu’il convient d’apporter à sa trajec­toire pour se remettre dans la bonne direction.

Cela suppose une connaissance étendue de la loi des causes et des effets, mais il faut admettre que les Esprits n’en sont pas dépourvus. En tout état de cause, en cas d’inexpérience de l’Esprit, Dieu décidera pour lui des épreuves à retenir jusqu’à ce qu’il s’éveille à ses devoirs. Certains Esprits, manquant de sens moral, mettraient, paraît-il, une certaine mollesse à se prendre en main et préféreraient des jouissances matérielles, mais Dieu leur fait comprendre leur erreur.

Dans le Livre des Esprits, Allan Kardec fait le point de cette question en ces termes [28] : « La doctrine de la liberté dans le choix de nos existences et des épreuves que nous devons subir cesse de paraître extraordinaire si l’on considère que les Esprits dégagés de la matière apprécient les choses d’une manière différente que nous ne le faisons nous-mêmes. Ils aperçoivent le but, bien autrement sérieux pour eux que les jouissances fugitives du monde ; après chaque exis­tence ils voient le pas qu’ils ont fait et comprennent ce qui leur manque encore en pureté pour l’atteindre : voilà pourquoi ils se soumettent volontairement à toutes les vicissitudes en demandant eux-mêmes celles qui peuvent les faire arriver le plus promptement. »

L’économie de l’état d’Esprit conserve à la disposition de l’être la mémoire de toutes ses vies : il en retire à volonté les éléments dont il a besoin pour réaliser sa situation et préparer des pas en avant. Ce qu’il se rappelle très bien ce sont les faits principaux qui l’aident à s’améliorer. Ce souvenir se perd lorsque l’Esprit s’incarne, mais l’âme conserve le libre arbitre et elle est loin d’être sans ressources : en choisissant son futur destin avant de s’incarner, elle a demandé à des Esprits supérieurs de l’aider dans cette nouvelle tâche ; elle sait que l’Esprit qui lui sera donné pour guide dans cette incarnation « cherchera à lui faire réparer ses fautes en lui donnant une espèce d’intuition de celles qu’elle a commises ». Cet Esprit protecteur, attaché à l’individu depuis sa naissance jusqu’à sa mort, est une sorte d’ange gardien qui a accepté la mission d’accompagner l’être dans ses tribulations [29].

« Chaque ange gardien a son protégé sur lequel il veille, comme un père veille sur son enfant, il est heureux quand il le voit dans le bon chemin; il gémit quand ses conseils sont méconnus.

Ne craignez pas de nous fatiguer de vos questions ; soyez au contraire tou­jours en rapport avec nous : vous serez plus forts et plus heureux [30]… »

Ainsi parlent les Esprits conjugués de Saint Louis et de saint Augustin. Tout est donc aménagé par la Providence divine pour que l’incarnation se solde par un bilan positif.

Pour l’Esprit, la descente dans un corps n’est pas un processus agréable. Elle est précédée d’une sorte d’accablement, de dégoût, voire d’épou­vante. Un grand disciple d’Allan Kardec, Léon Denis (1846-1926) écrit, dans son livre Après la Mort [31] : « Quand l’heure de se réincarner est venue, l’esprit se sent entraîné par une force irrésistible par une mystérieuse affinité vers le milieu qui lui convient. C’est là une heure d’angoisse plus redoutable que celle de la mort [32]… »

Pour l’Esprit, il fait meilleur être mort que vivant, si l’on peut s’expri­mer ainsi.

On ne peut s’étendre sur le processus même de l’incarnation. D’après Léon Denis, les molécules matérielles (qui formeront le corps) s’assi­milent au périsprit qui lui-même « se réduit, se condense, s’alourdit progressivement jusqu’à ce que par une adjonction suffisante de matière, il constitue une enveloppe charnelle [33]… ». Finalement, le corps phy­sique, moulé sur le périsprit reflète les qualités et les défauts du moule : dans la plupart des cas il n’est « qu’une laide et grossière copie du périsprit ».

Dans le déroulement des choses, l’union de l’âme et du corps com­mence au moment de la conception et, dès cet instant, le trouble com­mence à saisir l’Esprit qui perd progressivement conscience du passé. Une fois incarné, il devra donc apprendre à se servir de ses nouveaux instruments.

Des précisions supplémentaires

Notons encore quelques détails importants sur la réincarnation.

D’abord, le pèlerinage de l’Esprit ne connaît jamais de rétrogradation. Et, bien entendu, il n’y a jamais de retour dans un corps animal : « le fleuve ne remonte pas à sa source ».

« Du moment que le principe intelligent atteint le degré nécessaire pour être Esprit et entrer dans la période de l’humanité, il n’a plus de rap­port avec son état primitif et n’est pas plus l’âme des bêtes que l’arbre n’est le pépin [34]. »

L’intervalle qui s’écoule entre deux incarnations est très variable : de quelques heures à quelques milliers de siècles. Le libre arbitre ne per­dant jamais ses droits, l’Esprit peut demander à prolonger son séjour pour suivre des études qui ne peuvent se faire avec fruit qu’à l’état d’Esprit. Il peut également souhaiter rapprocher le moment de l’incar­nation pour hâter son progrès ; inversement on trouve de ces Esprits qui reculent devant l’épreuve. Même outre-tombe, il y a des lâches et des indifférents. Leur expiation vient tôt ou tard [35]. Tout est possible mais rien n’est gratuit.

C’est ainsi que, de vie en vie, « l’avoir intellectuel et moral de l’Esprit, loin de se perdre, se capitalise et s’accroît avec ses existences. De là les aptitudes extraordinaires qu’apportent en naissant certains êtres pré­coces, particulièrement doués [36] ».

« L’élévation des sentiments, la pureté de la vie, les élans vers le bien et l’idéal, les épreuves et les souffrances patiemment endurées, affinent de plus en plus le périsprit, en étendent, en multiplient les vibrations. Comme une action chimique ils en consument les particules grossières et ne laissent subsister que les plus subtiles. » Ainsi s’exprime Léon Denis [37] sur le rôle du périsprit, ou corps spirituel. Forme préexistante et survivante de l’être, substratum de l’enveloppe charnelle, ce corps fluidique n’est donc pas immuable ; « il s’épure et s’ennoblit avec l’âme… devient de plus en plus diaphane et brillant pour resplendir un jour de cette lumière éclatante dont parlent les Bibles antiques et les témoignages de l’histoire touchant certaines apparitions [38]. » Gardons-nous donc des appétits matériels et des passions vulgaires qui ne font qu’épaissir le périsprit.

Quelles que soient les descriptions « techniques » des progrès de l’indi­vidu, l’usage du libre arbitre laissé aux Esprits, pendant la vie comme après la mort, reste l’une des clefs de voûte du système. C’est lui qui permet l’évolution de l’âme : incarnée ou non, elle demeure maîtresse de sa destinée. Et l’entraide est un élément important de l’avancement de tous.

Dans cette perspective, les Esprits sont à envisager comme des ouvriers de Dieu qui se perfectionnent à leur tâche, en se qualifiant progressive­ment pour remplir des postes de plus en plus sublimes, dans le grand Atelier divin de la Création.

Les avatars du spiritisme

Le spiritisme à l’épreuve du temps

Allan Kardec a écrit de nombreux livres [39] ainsi que maints articles dans la Revue spirite, créée par lui en 1858. Il s’y est efforcé de répandre la doctrine spirite, et de démontrer que la morale chrétienne s’appuie sur des faits « scientifiques » prouvés par les Esprits. On n’avait plus à croire aveuglément : tout s’expliquait par les messages de l’au-delà.

Il ne faudrait cependant pas croire que la doctrine kardéciste a établi une fois pour toutes le dogme de la vérité spirite : « Résultat combiné des connaissances de deux mondes, de deux huma­nités se pénétrant l’une l’autre mais qui sont toutes deux imparfaites et toutes deux en marche vers la vérité et vers l’inconnu, la doctrine des Esprits se transforme sans cesse par le travail et le progrès et, quoique supérieure à tous les systèmes, à toutes les philosophies du passé, reste ouverte aux rectifications, aux éclaircissements de l’avenir [40]. » Les rectifications annoncées ici par Léon Denis sont parfois de taille, on va le voir, mais il faut les accueillir avec la plus grande prudence. En effet, les Esprits qui communiquent avec la terre sont, comme on l’a vu, de classe très variable. Certains sont l’Esprit de Vérité lui-même, d’autres sont de médiocres ignorants. Il y a donc lieu de filtrer sévèrement les informations de l’au-delà.

Il paraît que c’est tâche facile : on ne peut se tromper sur le ton du dis­cours. On juge l’arbre à ses fruits. Ce qui est rassurant, car s’il fallait prendre pour argent comptant l’énorme masse des messages de l’au-delà dont le contenu est d’une affligeante banalité, on ne construirait pas une philosophie bien édifiante de l’existence.

Voulez-vous un exemple ? Branchons-nous un instant sur une conversa­tion (enregistrée sur magnétophone) tenue avec un Esprit du nom de Rose [41] par l’intermédiaire d’un célèbre médium doué d’un grand pou­voir — testé scientifiquement nous assure-t-on.

« — Que portez-vous en ce moment Rose ?

« — Je ne sais pas si ça veut dire quelque chose pour vous, mais je porte une très belle robe blanche avec une bordure dans le bas. Des manches longues et très amples et une espèce de ceinture d’or qui ressemble à de la corde tressée, autour de la taille.

« — Quel est le tissu?

« — Je crois que le tissu le plus ressemblant serait la soie. Et j’ai les cheveux très longs.

« — Vous n’avez pas de problèmes pour faire votre toilette?

« — Non. Vous pouvez aller vous baigner. L’eau vous salit pas (sic), car il n’y a ni poussière, ni boue, ni saleté ici… »

Ailleurs, vous avez la chance d’attraper Oscar Wilde sur la ligne télé­phonique astrale, ou l’archevêque de Cantorbéry. Ils vont bien, merci.

Ce n’est pas ici le lieu de discuter de l’authenticité de ces messages. D’ailleurs, en écoutant ces étranges voix d’outre-tombe, on ne saura jamais si on n’a pas été victime de quelque Esprit follet venu se dis­traire avec les vivants.

Une remarque s’impose cependant : il n’est pas sûr qu’en triant les infor­mations fournies par les Esprits depuis plus de cent ans, en prenant soin de ne retenir que les messages marqués d’une grande élévation, on arri­verait à reconstituer le système de Kardec, élaboré avec un recul bien moindre dans le temps.

En particulier, la question de la réincarnation paraît avoir connu un déclin considérable, même en France où elle était en faveur chez les Esprits. On dirait même qu’on n’en parle plus.

Une limitation des re-naissances

Les années passant, on a l’impression que certains Esprits se sont avisés du fait que l’évolution humaine pouvait très bien se pour­suivre uniquement dans l’au-delà par les efforts individuels, et avec l’aide de guides supérieurs instruisant leurs frères moins avancés. Puisque les Esprits peuvent penser, exercer leur libre arbitre, se rendre à leur choix en tous lieux où ils ont la faculté d’apprendre et de s’élever, à quoi bon revenir dans notre vallée de larmes ? Par des ascensions ininterrompues, marquées par des transitions qui seraient autant de métamorphoses du périsprit, passant ainsi d’une qualité psychique, infé­rieure, à un état spirituel glorieux, l’Esprit pourrait bien se hisser jusqu’à Dieu, avec son aide, sans jamais reprendre de corps phy­sique.

Belle perspective, qui éliminerait le dogme un peu pénible (et peu ortho­doxe) de la réincarnation obligatoire, et aurait l’avantage de rapprocher encore le spiritisme de la foi chrétienne : Dieu n’y perdrait rien, et les hommes, rassurés par ce séduisant programme, ne devraient pas man­quer d’accepter l’avis des grands Esprits.

En réalité, l’élite des Esprits anglo-saxons avait toujours opté pour une pareille doctrine.

En France, depuis le début de ce siècle, une certaine publicité a été faite aux enseignements d’Esprits partisans d’une théorie un peu intermé­diaire, admettant une réincarnation restreinte. Voyons de quoi il s’agit.

Il faut dire d’abord que ces Esprits consultés montrent quelquefois une certaine réticence à parler de ce sujet, pour des raisons parfois obscures. Par exemple, d’après les communications spirites reçues de son fils Pierre, pendant plus de 20 ans par Mme Monnier (et publiées en 7 volumes), nous apprenons que « cette question de la réincarnation soulève des problèmes très troublants pour les intelligences ter­restres » [42]. Ce qui explique que l’Esprit évite le plus souvent d’en parler. Une autre voix d’outre-tombe, dans une série de dialogues avec un vivant (publiés par Paul Misraki) oppose une fin de non-recevoir à la question d’un retour possible sur terre d’un garçon suicidé : « Réponse non autorisée [43]. » Sujet tabou. Un autre désincarné, souvent cité dans les ouvrages spirites, Roland de Jouvenel, avait simplement répondu : « Je ne m’en soucie guère. » La réincarnation a cessé de passionner les habitants de l’au-delà.

En fait, la (nouvelle) réalité est la suivante : le retour à la vie terrestre est un phénomène bien moins fréquent qu’on ne l’imaginait et n’inquiète guère les âmes évoluées. Tel est l’avis de Pierre Monnier, le jeune offi­cier tombé au champ d’honneur en 1915. Il élucide ainsi sa pen­sée : « Qu’il est difficile de vous faire pénétrer dans ces hauteurs spirituelles ! C’est à ce moment (il s’agit du Jugement personnel) où l’âme se voit soudain dans sa honteuse nudité, que Dieu consent à son retour sur la terre ; ce que vous appelez la réincarnation. Effectivement, la réincar­nation se produit parfois, mais bien moins fréquemment que ne le croient certains psychistes ; c’est en général par humilité, par repentir, par pénitence, que l’âme dont les voiles trompeurs viennent d’être déchirés à ses regards consternés, demande à recommencer l’œuvre charnelle, afin de prouver son désir sincère de progrès et sa douleur d’avoir été jugée indigne [44]. »

Ainsi, ne nous y trompons pas, la réincarnation existe bien, mais c’est un fait rarissime — un problème de cas particuliers, selon Pierre Mon­nier. La réincarnation est à conseiller pour ceux qui ont complètement raté leur existence terrestre : on leur permet alors — par exception — un nouvel essai, sans le leur imposer.

Au fond, pour tous ces Esprits chrétiens qui parlent aux vivants, la destinée de l’âme ne se présente pas sous le même jour qu’en Orient où chacun doit compter sur son mérite pour s’arracher aux chaînes du karma : en Occident, la situation est finalement bien plus avantageuse. Comme le remarque Paul Misraki, « le salut, ici est à la fois individuel et collectif, du fait de la Communion des Saints : la grâce peut être obtenue non seulement par l’accumulation de mérites personnels, mais aussi par la surabondance des mérites acquis par d’autres, les meilleurs ». De plus, l’homme peut compter, bien entendu, sur la rédemp­tion du Christ si sa conduite et sa foi l’en rendent digne — sans parler de l’intercession de la Vierge en faveur de ceux qui l’en prient [45].

Y aurait-il un ciel particulier pour chaque religion, avec ou sans réincar­nation selon la latitude et le climat ?

Allan Kardec toujours vivant

À la vérité, même si, en France, la réincarnation stricte « à la Kardec » a régressé pour laisser place à une perspective beaucoup plus restreinte, sous l’action conjuguée d’Esprits très croyants, bien dans la ligne ortho­doxe de l’Église et aussi — disons-le — grâce aux écrits de certains avocats chaleureux de la nouvelle thèse, il reste encore dans le monde beaucoup de fidèles qui s’en tiennent au système primitif.

Le Brésil moderne est un bastion de kardécisme. Ian Stevenson, qui a mené des enquêtes dans ce pays, précise que si 5 % au moins de la population se déclare ouvertement spirite, il y a lieu d’ajouter un supplé­ment non négligeable de 25 %, formé de gens qui sont à la fois catho­liques et spirites [46]. Cela finit par représenter un nombre considérable de personnes attachées au spiritisme : 20 25 millions. Et cette « foi » est très active dans le monde hispano-américain. À un Congrès organisé au Brésil en 1977, par la Fédération Spirite Internationale, on a pu remarquer de nombreuses délégations d’Argentine et du Chili, avec des représentants de presque tous les pays d’Amérique du Sud et du Mexique. Un prochain Congrès y était prévu pour 1981.

On a ainsi sous les yeux l’exemple presque unique d’un pays où une fraction assez appréciable de la population blanche croit à la réincar­nation; aussi, dans certaines familles au Brésil, n’est-on pas surpris d’entendre les enfants évoquer une vie antérieure, comme l’a constaté Stevenson [47].

Le système spirite d’Allah Kardec est donc toujours bien vivant : ne serait-ce qu’à ce titre, il méritait d’être examiné avec un certain soin.

Au Brésil, bien des croyants ont su faire la synthèse entre deux Évan­giles séparés dans le temps par près de deux millénaires.

L’au-delà (presque) à la portée de tous

Un système d’un réalisme saisissant

Ainsi, le spiritisme dévoile la face cachée de la mort. Plus de mystères, tout s’éclaircit singulièrement. Fini le recours aux finesses de la méta­physique ; et les meilleurs docteurs en théologie sont confondus par la simplicité de la réalité ; le corps glorieux des Élus n’est que leur périsprit, raffiné au dernier degré, et la Résurrection des Morts s’analyse par ces mots limpides : Réincarnation sur la terre. Comme on s’en doute aussi, Jésus n’a pas eu de peine à matérialiser son périsprit devant les disciples.

Tout est simple en effet et point n’est besoin de faire de grands efforts d’abstraction pour comprendre la nature et la vie de l’Esprit : dans l’au-delà, l’homme continue d’être ce qu’il était sur terre, avec, en plus, une plus grande liberté d’action, une vue plus pénétrante, et toutes sortes d’autres améliorations non négligeables — comme l’affranchissement de la nécessité de travailler et de se livrer aux mille besognes fasti­dieuses de l’existence terrestre. Les messages spirites sont pleins d’allé­chantes descriptions qui donneraient envie de passer au plus tôt « dans le monde meilleur », si le suicide n’était dénoncé comme l’un des plus grands crimes.

Les descriptions de l’au-delà sont d’un réalisme saisissant : le monde des morts n’est séparé de celui des vivants que par une fine pellicule que l’on traverse aisément par l’imagination. Les Esprits y sont toujours reconnaissables à leurs traits, qui n’ont pas changé depuis qu’ils nous ont quittés. Des années après leur décès, les morts manifestent leur présence dans les séances spirites : dans les cas de matérialisation, ce n’est pas un triangle de feu, ou un pentagramme lumineux — symbole occulte de l’homme — qui signale aux vivants la présence d’une entité spirituelle, mais une image ressemblant fort à la photo du disparu. Voir à ce sujet les documents photographiques pris au cours de ces séances et publiés dans divers livres spécialisés [48]. Les images ectoplasmiques apparaissent avec netteté : on reconnaît les visages familiers de sir Arthur Conan Doyle, W. E. Gladstone — équipé de son monocle ! — et de la reine Astrid, inclinant — comme sur les photos que nous avons connues — son beau visage, illuminé d’une grâce souveraine.

L’Esprit n’a pas de sexe, nous enseigne Allan Kardec, c’est-à-dire qu’il se réincarnera aussi bien comme homme que comme femme, selon les besoins de son progrès. Il n’empêche que, là-haut, son périsprit conserve le reflet fidèle de sa personnalité terrestre : homme ou femme, avec son nom — Roger, Alain, Roland, Marie… — et ses caractéristiques. Et quand nous rejoindrons nos chers disparus, nous nous reconnaîtrons mutuellement, comme nous le faisions sur terre — et nous renouerons tous les liens d’amour du passé. Pierre Monnier a certifié à sa mère, attentive à ses messages : « Quand nous nous retrouverons ici, ce sera bien ton Pierre qui tombera dans tes bras… » Donc, pas de doutes, même après les nécessaires progrès accomplis outre-tombe et l’épuration des côtés grossiers de notre personnage, nous resterons ce même personnage, ce même Moi, avec ses particularités de caractère — tout ce qui le singularise dans la grande famille des êtres humains.

Le modèle spirite de la réincarnation est ainsi l’un des plus person­nalisés [49] qui soient. Et le dialogue espéré avec Dieu est aussi un dialogue personnel — celui qui s’échange entre l’Amant et l’Aimée, selon le langage poétique des mystiques. Comme nous le verrons, ce modèle s’oppose radicalement aux explications des philosophies orien­tales sur le thème de la réincarnation.

Le spiritisme à l’épreuve

Des critiques faciles

Kardec avait été prévenu : « Ne te laisse pas décourager par la cri­tique… »

Celle-ci est venue, un peu de tous les côtés. Dans l’Erreur spirite [50] publiée en 1923, René Guénon a taillé en pièces le kardécisme. Dans plus de 400 pages de réquisitoire, il dénonce le moralisme primaire des apôtres du spiritisme (qu’il accuse d’avoir emprunté leurs idées de progrès aux socialistes de 1848) et condamne le réalisme matéria­liste de leurs descriptions fantaisistes de l’au-delà et des Esprits, tout en se réfugiant lui-même sur les hauteurs d’une métaphysique très personnelle (Guénon est sûr de sa vérité) en utilisant une logique implacable — dont nul n’est d’ailleurs obligé d’accepter les prémisses, ni les conclusions [51].

Vouloir démontrer par a + b l’impossibilité de la réincarnation est aussi vain que prouver l’existence de Dieu par la même méthode. Sans s’en rendre compte, Guénon donne ici une belle illustration de l’impuissance de la logique en ces domaines. Nous y reviendrons au chapitre VII. Notons simplement qu’en présentant le modèle spirite de la réincar­nation notre propos n’était pas d’examiner sa solidité mais de témoigner d’une réalité objective. Il y a des hommes et des femmes qui s’en ins­pirent tous les jours, de même qu’il y a des primitifs qui règlent leur vie sur leurs propres croyances.

Dans l’histoire de l’Occident, le spiritisme a répondu à un besoin fondamental des hommes : celui de prouver expérimentalement la survivance et d’évacuer la mort en démontrant, une bonne fois, qu’elle n’est qu’un passage.

Tous ces pères et ces mères inconsolables, qui ont désespérément cherché à reprendre contact avec un enfant arraché à leur affection par une fin absurde, n’auraient pas adhéré si volontiers au spiritisme si leurs notions de la vie avaient été ancrées dans une philosophie plus solidement branchée sur le réel. Et même, de nos jours, il est à craindre que les belles arabesques métaphysiques d’intellectuels reclus dans leur tour d’ivoire ne parviennent pas encore à soulager leur douleur.

Un modèle dégénéré de croyance populaire

Qu’arrive-t-il si on dépouille le système spirite de toutes ses intentions philosophiques, en particulier du dogme central du libre arbitre que l’on concède aux Esprits, avec la conscience morale qui les porte sans cesse à travailler à leurs progrès ?

On aboutit à un modèle dégénéré qui a perdu tout titre de noblesse et ressemble fort à la croyance populaire de bien des Occidentaux qui adhèrent à la réincarnation.

En effet, pour trop de gens, les choses paraissent fort simples : après la mort, l’âme va « quelque part » — peut-être voyager dans l’espace astral, ou se détendre chez saint Pierre ? — et, après un certain temps passé à on ne sait quelle occupation, elle va renaître dans le corps d’un bébé.

Interprétation encore très réaliste d’un au-delà calqué sur la vie terrestre. Parfois, les livres de vulgarisation sur la mort apportent quelques compléments à ce tableau très fruste : les âmes ne confient-elles pas par le canal des médiums qu’elles sont bien là où elles sont, et qu’elles coulent une existence somme toute enviable ? De là, on imagine sans peine qu’au signal donné elles reviennent parmi nous, ces âmes, pour retourner au labeur terrestre.

On n’a aucune idée du temps qui peut s’écouler entre la mort et la renaissance : on est prêt à accepter n’importe quel nombre d’années, sans toutefois dépasser un siècle ou deux. Cent ans c’est beaucoup ! En bref, la vie se partage en une période d’activité incarnée — avec les tracas et la routine que l’on sait — et une période de grandes vacances, où « on est bien ». Et on reprend le collier après les vacances. On peut bien ajouter quelques détails ici ou là, avec éventuellement une note mystique ou sentimentale, mais, dans le fond, le schéma reste inchangé : c’est toujours le même « je », la même petite personne qui passe alternativement des coulisses de la mort à la scène de l’existence, et de la scène aux coulisses. Et ne croyons pas que ce modèle simpliste de réincarnation se rencontre seulement en Occident : c’est aussi celui qu’adoptent en Orient bien des gens ignorants des subtilités de leurs philosophies ancestrales.

Il faut dire que, dans nos pays, nous n’avons pas été habitués à une analyse très poussée de l’âme humaine.

Ne soyons donc pas étonnés si les hasards de la vie nous font ren­contrer un jour l’un de nos contemporains affirmant d’une voix sûre : « Je suis Berlioz réincarné. » Ces choses arrivent. Je puis en témoi­gner.

Chapitre Précédent  Chapitre Suivant

________________________________________________

1 Après deux millénaires de progrès de cette sorte, les hommes les plus savants de notre civili­sation se tournent maintenant vers l’Orient en se demandant si les vieux Sages de l’Inde ou de la Chine, — qu’on avait pu taxer un moment d’inutiles rêveurs — n’ont pas ouvert des voies vers des connaissances essentielles de la structure de notre univers et de notre être. Voir par exemple, le livre de Fritjof Capra : Le Tao de la Physique (Tchou éd).

2 Rites de la Mort, ouvrage composé par une équipe de spécialistes, à l’occasion de la remarquable exposition organisée sur ce sujet au Musée de l’Homme, en 1979.

3 Il n’est pas rare, dans les pays du bassin méditerranéen, de voir se transmettre le prénom du père au fils aîné de la famille : devrait-on voir là un reflet de la croyance « primitive » au trans­fert de la puissance de l’ancêtre à ses successeurs ?

4 Voir Reincarnation : The Phoenix Fire Mystery, op. cit., p. 189.

5 Après tout, plus d’un père de famille occidental s’enorgueillit d’incarner les qualités (et parfois les grands défauts) de tel ou tel ancêtre, et espère bien « survivre » dans une progéniture qui lui doit la vie et qu’il cherche à modeler à sa propre image.

6 Il y a d’ailleurs une hiérarchie sociale dans le monde de la mort, comme sur terre : généralement les grands héros, les fondateurs de la tribu, les notables, sont assurés de la pérennité, tandis que les personnages moins remarquables sont menacés d’extinction. Qu’on oublie leur nom et c’en est fait d’eux. D’où le soin qu’on doit apporter à garder leur mémoire.

7 Rites de la Mort, op. cit., article de B. Juillerat : De la vie à la survie chez les Iafar (West Sepik Province), pp. 85 et sq.

8 Knowing the African, Éd. Lutterworth, Londres, 1947.

9 Voir l’article de P. G. Bowen « The Ancient Wisdom in Africa » dans la revue The Theosophist, Madras, août 1927.

10 Le personnage qui a fourni à Bowen ces indications lui a aussi révélé, plus tard, l’existence d’une sorte de société secrète appelée dans l’ancienne langue bantoue Bonabakulu abase-Khemu, ce qui se traduirait par « Confrérie des Supérieurs d’Égypte ». Quelle que soit la portée de ces informations, elles donnent du poids à l’hypothèse d’une tradition initiatique spirituelle, encore vivante chez certains Africains, héritiers de civilisations très anciennes.

11 Voir Reincarnation : The Phoenix Fire Mystery, p. 193.

12 I. Stevenson, Twenty Cases suggestive of Reincarnation, pp. 191 et sq.

13 I. Stevenson, op. cit., p. 197.

14 Rites de la Mort, op. cit., p. 3.

15 Rites de la Mort, op. cit., p. 3.

16 Parfois, comme chez les anciens Chinois, ils rôdent dans la maison familiale et attendent près du lit conjugal l’heure de la conception pour revenir.

17 Ibid., p. 89.

18 Voir par exemple, chez Homère, la scène magique d’évocation des morts faite par Ulysse (Odyssée, chant XI) ; le sang d’un bélier noir attire les défunts ; s’ils en boivent ils deviennent capables de parler. C’est ainsi que l’âme de Tirésias, galvanisée par le sang, peut révéler à Ulysse le sort qui l’attend.

19 On notera qu’en dehors de l’Esprit de Vérité, que l’on veut croire universel, tous ces augustes patrons sont des Occidentaux désincarnés.

20 Le Livre des Esprits, édition 1972, p. 83.

21 Ibid., p. 81.

22 Ibid., p. ix et sq.

23 Ibid., p. x.

24 Ibid., p. 63.

25 Ibid., p. xi.

26 Ibid., pp. 120-121.

27 Ibid., p. 121.

28 Ibid., p. 141.

29 Ibid., pp. 229-230.

30 Ibid., pp. 231-232.

31 Après la Mort. Exposé de la doctrine des Esprits (Solution scientifique et rationnelle des problèmes de la vie et de la mort. Nature et destinée de l’être humain. Les vies successives), Dervy-Livres, Paris, 1977.

32 Ibid., pp. 328-329.

33 Ibid., p. 329.

34 Le Livre des Esprits, op. cit., p. 278.

35 Ibid., pp. 118-119.

36 Ibid., p. 163.

37 Après la Mort, op. cit., pp. 232-233.

38 Après la Mort, op. cit., pp. 232-233.

39 Citons par exemple, Le Livre des Médiums, L’Évangile selon le Spiritisme, Le Ciel et l’Enfer ou la Justice divine selon le Spiritisme.

40 Après la Mort, op. cit., p. 225.

41 Voir La Mort ouvre sur la Vie, Neville Randall, Éditions J’ai Lu, 1978, p. 129.

42 Voir L’expérience de l’après-vie de Paul Misraki, Robert Laffont, Paris, 1974, p. 69.

43 Ibid., p. 186.

44 Ibid., pp. 68-69.

45 Ibid., p. 70.

46 Twenty cases suggestive of Reincarnation, op. cit., p. 159.

47 Fait intéressant également noté par Stevenson : les familles brésiliennes qui sont convaincues de la réincarnation accueillent favorablement les récits de vie antérieure de leur progéniture, alors qu’en Inde et en Birmanie ces « souvenirs » sont considérés comme de mauvais augure : c’est la promesse pour le jeune réincarné d’un décès prématuré. Aussi ces enfants prodiges d’un genre spécial sont-ils parfois contraints au silence par des menaces et des punitions corporelles.

48 Par exemple : Beyond Life’s curtain. B. J. F. Laubscher, Éd. Neville Spearman (Jersey), 1967.

49 La survivance de la personnalité de l’incarnation antérieure qui, prétend-on, s’est conservée pendant toute la période post mortem, est parfois telle que dans une nouvelle naissance les pro­blèmes non résolus dans la précédente vie continuent de faire pression sur l’âme incarnée. Au Brésil, certains psychologues-spirites font alors appel à des techniques de régression de mémoire pour mettre au jour la nature du contentieux laissé non réglé, et aider le patient à s’affranchir de son problème.

50 Dernière parution : Éditions traditionnelles, Paris, 1977.

51 Initié successivement à diverses sociétés secrètes, Guénon garde pour lui les sources de son savoir. On n’a qu’à le croire sur parole. Et pour certains arguments, il fait le mystérieux : le public ne comprendrait pas. Méthodes un peu « terroristes », pour reprendre le mot de Robert Amadou (Les Cahiers de l’Homme-Esprit. 3.1973). Mais, pour un spécialiste, beaucoup de ses « preuves » contre le spiritisme viennent en droite ligne (ou par « occultistes » interposés)… de la Théosophie blavatskienne (que Guénon avait éreintée peu avant). L’antériorité est manifeste. Il est vrai que Guénon a une façon parfois très spéciale d’écrire l’histoire.