Robert Linssen : Le Matérialisme Spirituel


20 Sep 2008

Un des premiers essais de Robert Linssen sur le Matérialisme Spirituelle. On voit déjà toute tracée les axes majeurs des idées qu’il exposera durant sa longue vie.

Publié sous le nom d’Iwan Khowsky. (Pseudonyme de Robert Linssen)
(Revue Être Libre, Numéro 1, Janvier 1936)

Il n’y a pas de distinction entre l’Esprit et la Matière.
J. Krishnamurti.

Le « Positivisme » ne nécessite pas inéluctablement le « pessimisme ».

En effet, si nous prenons en considération, d’une manière générale, les résultats magnifiques acquis par la Science, après le bond prodigieux qu’elle fit en quelque cinquante ans, nous serions étonnés « de voir l’étrange aboutissement presque spiritualiste, en un sens » de la physique moderne, comme le fait remarquer Charles Nordmann, dans son livre « Einstein et l’Univers ».

Je n’ignore pas que certains de mes lecteurs sont parfaitement en droit de formuler dans un autre ordre d’idées, l’objection suivante :

C’est que loin d’avoir accompli sa mission véritable, la science actuelle a fait découvrir à l’homme des possibilités de carnages, de boucheries affreuses.

C’est un fait. Mais que loin de nous, soit l’idée de blâmer toute évolution scientifique pour cette raison, car c’est bien à l’état de déséquilibre et d’infériorité morale de l’homme moyen, qu’incombe la responsabilité des catastrophes actuelles.

Etat de déséquilibre et d’infériorité morale qui sont la conséquence logique et naturelle, d’une hérédité et d’une ambiance anti-naturelles d’une éducation faussée stimulant l’égoïsme, d’un rythme de vie et d’un régime malsains ne pouvant conduire qu’à la déchéance physique et morale.

Avant d’aborder en ces quelques lignes, beaucoup trop brèves d’ailleurs, les surprenantes conclusions auxquelles serait amené tout esprit impartial, devant un examen des faits caractéristiques qui mettent en relief les dernières découvertes scientifiques, examinons sommairement le matérialisme de l’antiquité.

Leucippe, Démocrite, Epicure et Lucrèce, voilà les quatre figures incarnant le matérialisme antique.

Leucippe, né cinq siècles avant J. C., expliquait l’Univers par le « vide » et les atomes en nombre infini.

Il considérait ces derniers comme animés d’un mouvement éternel.

Ensuite Démocrite, prétendait que le savoir de l’homme n’était que le résumé de ses propres sensations.

L’origine des mondes est due, selon lui, aux atomes, infinis en nombre.

Démocrite proclama la pluralité des mondes habités.

Pour Démocrite, le mouvement atomique est « l’âme universelle, qui agite les mondes avec la rapidité du feu »…

En morale, il voulait que les lois, faites dans l’intérêt de tous, permissent à tous la Liberté, qu’il définit : le droit de faire ce qui ne peut nuire à personne.

Vient ensuite, Epicure, dont la philosophie a été, certes !, la moins entendue sous son aspect véritable, et la plus calomniée.

Sa doctrine ne proposait d’autre but à l’homme que le Bonheur, et les plaisirs honnêtes. Et ces plaisirs et ce Bonheur, ou ne pouvait, selon lui, les trouver que dans la pratique des vertus et du savoir vivre.

Lucrèce succéda à Epicure, il adopta l’ « infini d’Anaximandre » et les « atomes de Démocrite » et tâcha de concilier les principes de ces deux philosophes avec ceux d’Epicure.

Après cette rapide esquisse du matérialisme antique, passons au 18e siècle.

A côté de Voltaire, rayonne une figure, sinon la plus grande, du moins la plus originale des physionomies littéraires du 18e siècle : Diderot.

Le Dieu de Diderot, c’est la Nature, la Vie, le monde.

Comme Démocrite, il voit l’image de Dieu dans l’animisme universel.

Sans parler d’Holbach, La Mettrie, d’Hobbes, de Buchner, Lemaire, Cabanis et de Broussais, examinons ce que l’on peut entendre par matérialisme.

En fait, le matérialisme est un système de philosophie qui n’admet d’autre existence que celle de la Matière, et qui nie par conséquent la vie des esprits, et l’immatérialité. « Rien ne se fait de rien ».

Nous allons voir comment la science actuelle constitue pour ceux qui l’étudient, une révélation surprenante, s’ils approfondissent la structure de la Matière.

DE LA TENDANCE VERS L’UNITÉ :

Y a-t-il suprématie de la Vie sur la Matière, ou de la Matière sur la Vie ?

La pensée, les émotions sont elles inhérentes à la Matière, ou immatérielles ?… voilà les nœuds du matérialisme.

Actuellement, on peut affirmer que ces questions ne doivent plus se poser, devant la synthèse merveilleuse vers laquelle tend la science actuelle, par suite de la mécanique ondulatoire.

« Comme le fait remarquer Maurice Schaerer dans son « Monisme Energétique », la science ramène la multiplicité des choses et des phénomènes, à l’unité des principes et des causes qui conditionnent leurs transformations et leurs successions. »

« La science, par toute sa démarche tend vers l’unité et y vient progressivement. C’est ainsi qu’elle s’affranchit de toutes considérations anthropomorphiques, et tente de n’admettre comme lois très générales, que celles qui vérifient, sans exceptions, le même ordre dans le déroulement et l’accomplissement des faits observés ».

Ce monisme fait même dire au professeur allemand Hans Driesch, cette pensée bien profonde : « Dans la connaissance de l’homme, le monde se connaît, et dans les actes de l’homme, le monde agit dans son propre cadre ».

Comme rien ne se fait de rien, qu’est-ce donc la connaissance de l’homme ?… qu’est-ce donc que la Matière consciente ?…

Exposons d’abord sommairement, le déterminisme de la Matière par relations scientifiques :
En 1738, Daniel Bernoulli eut recours à l’existence des molécules pour expliquer les phénomènes calorifiques, les effets de pression.

Ensuite Dalton, en 1808, invoqua les atomes pour rendre compte des réactions chimiques.
Vient ensuite Stoney, en 1891, le premier qui proposa l’électron, élément indispensable à toute explication de l’universalité des faits électriques. Arriva enfin, le célèbre, le génial Einstein, qui mit en évidence l’existence des grains de Lumière appelés photons.

Ainsi que l’écrit Marcel Böll, « la physique, depuis bientôt deux siècles, a marché de triomphes en triomphes ».

« Dès aujourd’hui la physique peut-nous donner une vision totale de l’Univers, où chaque innovation se présente comme une incessante retouche, un approfondissement de plus en plus parfait.

La théorie cinétique de Bernoulli fut complétée par Maxwell et Boltzmann.

La théorie atomique de Dalton et d’Avogadro s’est complétée par les théories électroniques de Lorentz, Thomson, Rowland, Langevin, Rutherford et Millikan.

Ensuite, les « quanta » imaginés en 1901 par Max Planck conduisirent Bohr et Sommerfeld à construire un modèle d’atome.

C’est enfin, en partant de la théorie des quanta, que Louis de Broglie en 1923, Schroedinger et Heisenberg en 1926, Dirac en 1929, construisirent la nouvelle mécanique ondulatoire, qui comme le dit Marcel Böll, aspire à condenser toute la physique.

On sait qu’Einstein a démontré que le photon, ce « grain de lumière » qui se propage à raison de 300,000 km par seconde, a une masse et un poids.

Or le photon n’a rien de commun avec ce que le langage vulgaire conçoit sous la dénomination d’un volume solide — par exemple, il s’agit tout au plus d’une « zone d’influence » — « zone d’influence » d’ailleurs déterminée.

Le célèbre astrophysicien James Jeans démontre que l’électron peut capter ou restituer des photons.
Ensuite se révèle ce point capital que le photon peut se transformer en matière, C.-à-d. en électrons et en protons.

Je pourrais encore exposer par centaines, les exemples les plus variés, qui de jour en jour se révèlent aux yeux des chercheurs.

Faut il entre autres, citer le travail du grand savant français Louis Rougier, qui écrit notamment dans son livre « La Matérialisation de l’Energie » que : « L’absorption de l’Energie Rayonnante » n’est autre chose que son assimilation chimique par la matière minérale et végétale.

Charles Nordmann (p. 127 L’au-delà) écrit : « Il n’y a plus de matière au monde, il n’y a que de l’Energie ».

Sir James jeans (Le Mystérieux Univers, p. 44) déclare de son côté : « Il est clair que nous ne pouvons continuer à croire à l’uniformité de la Nature qu’en supposant que les particules et les ondes sont essentiellement la même chose. »

Et plus (p. 50) : « Quand la Science veut serrer la Nature de plus près et passe à l’étude des phénomènes à l’échelle microscopique, on s’aperçoit que la matière et le rayonnement viennent également se résoudre en des ondes. »

« Si nous voulons saisir la nature primordiale des choses, c’est vers ces phénomènes à petite échelle que nous devons tourner notre attention. C’est là que la nature ultime des choses se trouve cachée. »

La Matière peut donc être considérée à présent, Einstein et bien d’autres le confirment, comme une forme sous laquelle se révèle à nous l’Energie Pure.

Le savant Max Planck a démontré que l’Energie se matérialisait en grains par le mouvement résultant de sa propre puissance.

Llambi Campell, dans son livre génial « Le grand secret de l’univers » émet la même opinion en d’autres termes, plus précis; on lit (p. 73) : « la force « cosmogène » est celle qui crée, transmet et propage toutes les radiations, puisqu’elles ne sont que ses propres dérivées dues aux transformations de sa vibration originelle ».

« Ce n’est qu’en se matérialisant en parcelles infiniment petites, qui constituent une sorte de transition indispensable, que l’Energie Pure peut agir efficacement sur la Matière, pour produire le mouvement cinétique, les manifestations calorifiques, lumineuses, chimiques, magnétiques vitales ».

Cette phrase résumant la pensée de Max Planck, peut être admirablement complétée par celle de Llambi Campbell : « Je considère tout ce qui est, ou existe, comme constituant un milieu dans des circonstances spéciales ayant pour mission de transformer l’énergie cosmogène qui le traverse constamment, c.-à-d., la même énergie qui produit le phénomène de la gravitation universelle. »

« Je suggère que tous les phénomènes de la nature observés et constatés par la science ne sont que les manifestations directes ou indirectes de ce rayonnement ou énergie »

« Ainsi donc : lumière, chaleur, électricité, action chimique, action gravifique, action biologique, action électromagnétique, jusqu’aux phénomènes d’ordre psychique et cérébral, ne sont que des transformations directes ou indirectes, de cette énergie rayonnante que je nomme cosmogène ».

Nous pouvons méditer profondément sur cette pensée de Jeans : « Aujourd’hui on est généralement d’accord, et du côté physique de la science « cet accord est unanime », pour penser que le courant de la connaissance se dirige vers une réalité non mécanique. L’Univers commence à ressembler davantage à une Grande Pensée qu’à une grande machine. L’Esprit n’apparaît plus comme un intrus accidentel dans le royaume de la Matière. L’ancien dualisme de l’Esprit et de la Matière auquel était due principalement une hostilité supposée, est appelé à disparaître »…

Il est tout naturel, lorsque l’on comprend ce « monisme énergétique » que Krishnamurti ait proclamé : Il n’y a pas de distinction entre l’esprit et la matière.

Faute de place d’ailleurs, je ne puis parler du monisme énergétique de Maurice Schaerer, d’Aimé Rutot, efforts splendides pourtant, tendant vers une synthèse idéale de tous les éléments de la science, par le mécanisme énergétique Essentiel.

LES RAPPORTS DE L’HOMME A L’ENERGIE PURE.

La Nature a placé l’homme en ces modes de manifestations que l’homme appelle physique, émotionnel et mental.

Ce n’est que par son investigation positive de ces règnes où la Nature l’a très justement placé, que l’homme à travers l’expérience, née des réactions avec ces divers modes de manifestations, apprendra à en discerner les valeurs véritables et essentielles.

Autant jadis on aurait généralement pu considérer comme décevante la philosophie de ceux qui ne « voyaient » que par la matière, détachés de toutes superstitions religieuses ou autres, — autant à présent, des horizons sublimes s’ouvrent au matérialisme.

Cette même Matière, qui n’aurait laissé à son adorateur d’il y a quelques siècles, qu’un sombre pessimisme, révèle chaque jour d’une manière positive, les possibilités infinies qu’elle cache en son cœur.

Le grand livre de l’Univers, infiniment grand, comme infiniment petit, s’ouvre de jour en jour à tous les yeux.

Il est plein d’enseignements, plein de sagesse, et les plus beaux discours n’exprimeront jamais avec autant d’éloquence, l’indicible grandeur des leçons d’Harmonie et d’Equilibre qui s’y trouvent.

Au plus la science découvre, au plus elle entrevoit combien de richesses sont à découvrir encore.
La science actuelle spiritualise la Matière.

L’évolution scientifique actuelle laisse nettement entrevoir la spiritualisation du matérialisme, et réciproquement la « matérialisation du spiritualisme ».

Rien que de l’Energie… une Energie Rayonnante d’où procèdent toutes choses, source et support de toute Vie, quelle étrange transfiguration des choses, et des êtres.

N’avons-nous pas vécu toute notre vie selon la surface des choses et des êtres.

N’avons-nous pas un peu de cette machinale analogie des appareils photographiques, ils enregistrent superficiellement et automatiquement.

L’homme est pourtant un laboratoire vivant, où des expériences grandioses et constantes peuvent se réaliser — mais il faut que ces expériences soient réalisées avec tout son être, dans un sens profondément individuel.

Expérimenter avec tout son être, ce n’est pas vivre selon la surface des choses, c’est vivre en surface et en profondeur.

Vivons, non pas selon ce que les êtres et les choses semblent être, mais bien selon ce qu’ils sont en eux-mêmes.

Transportons-nous dans ce monde dont un grand savant, Paul Langevin, disait qu’il fallait abandonner toute notion de chose, d’objet.

Mais les grands maîtres de la science contemporaine sont unanimes à proclamer l’insuffisance du « sens commun » pour comprendre la Réalité.

Paul Langevin lui-même ne s’exprimait-il pas ainsi : « Il faut faire, à chaque instant, un grand effort sur soi-même, pour ne pas confondre le familier arec le simple, et par suite, avec le vrai », et Maurice de Broglie : « Les profanes ne savent peut-être pas assez combien les nouveaux aspects de la physique sont étranges et combien ils remettent tout en question »

Il est aisé en effet de constater, qu’il y a un double aspect dans la nature des choses.

D’un côté, une foule de complexités, de différenciations; de l’autre côté, ces différenciations sont comme un voile nous cachant une parfaite unité, une identité structurale impressionnante.

Devant cette réalité énergétique essentielle, le masque de la séparativité des êtres et des choses tombe. Tout est solidaire de tout !

L’identité structurale absolue de toutes choses, de tous les êtres, voilà la base profonde, de la fraternité universelle.

Mais ne constatons-nous pas d’autre part, dans le monde manifesté, des différenciations énormes, et pourtant au cœur de toutes choses, le même océan d’énergie pure demeure éternellement, se recréant sans cesse.

Quel abîme entre l’homme et la terre qu’il foule aux pieds !

L’homme se meut, il aime, il pense, il crée, il est soi-conscient…

La terre faite de la même substance, issue de la même source n’exprime rien.

L’organisation admirable de matière que constitue l’homme, permet à l’essence même de cette matière de s’exprimer.

En somme, l’harmonie d’organisation permet de «trahir» les possibilités latentes du monde énergétique.

De tous les êtres de la nature terrestre, l’homme, amas de diverses matières admirablement organisées, est la « Tentacule » dont la structure est la plus merveilleusement propice à percevoir, réaliser les possibilités infinies de l’essence énergétique universelle.

Rien ne se fait de rien, et si l’homme est conscient, s’il peut exprimer l’amour et l’intelligence, c’est qu’en essence ces possibilités sont latentes au cœur de toutes choses.

Comme le dit Llambi Campbell (Le grand secret de l’Univers, p 88) : « un corps ou une matière quelconque constitue un milieu dans des circonstances spéciales, et pour ces circonstances données il transforme l’énergie cosmogène suivant une certaine loi ; mais si l’on change ces circonstances, la loi de transformation change à son tour ».

« Ces phénomènes sont tous ceux que nous constatons sous une infinité de formes : depuis la formation des couches géologiques jusqu’à l’émission de nos pensées ».

« Un grain de semence, par exemple, constitue un milieu répondant à l’action cosmogène d’une manière qui ne se manifeste pour nous par aucun phénomène spécial; mais si nous l’enfonçons dans la terre, nous constituons ainsi un milieu dans des circonstances spéciales, qui feront que l’action cosmogène traversant ce nouveau milieu, sera apte à se transformer, d’après les lois de ce milieu, en des actions qui produiront, directement ou indirectement le phénomène de germination »

L’expérience confirme cette loi, il suffit de citer la fameuse expérience du Dr Carrel qui prouva qu’une tranche sectionnée, même très mince, d’un cœur, pouvait continuer à battre longtemps, dans certaines conditions.

J’aurais mauvaise grâce à encore étendre ces citations, mais je ne puis m’empêcher de citer la célèbre expérience du prof Hans Driesch, qui sectionnant des œufs d’oursins dans certaines conditions, vit la possibilité de vie, et reproduction de l’espèce par les segments obtenus.

Il est évident que les éléments obtenus dans les deux expériences ci-dessus, constituent des « milieux dans des circonstances spéciales », capables de transformer l’Énergie cosmique, en des actions mécaniques, biomécaniques, se traduisant par des mouvements coordonnés, générateurs des mêmes principes mécano-morphologiques.

Mais il y a « un milieu dans des circonstances spéciales » où le rayonnement cosmogène, l’énergie pure, peut s’exprimer avec un maximum de plénitude.

Ce « milieu » dans notre globe terrestre, est l’homme.

Les circonstances spéciales sont à déterminer.

Envisageant l’homme, comme un amas de matières physiques, émotionnelles et mentales, ou rayonnement si vous voulez, existe-t-il une attitude par laquelle l’homme, « un milieu dans des circonstances spéciales » puisse réaliser un maximum de rayonnement, un maximum d’expression de Ce dont il est fait — et de Ce dont toutes choses sont faites ?

Oui, il existe un état de parfait équilibre, dans lequel l’individu, « milieu dans des circonstances spéciales », peut réaliser un maximum d’expression de ce dont il est fait.

De même qu’un rayon solaire est décomposé lors de son passage dans le « milieu transformateur » que l’on nomme « prisme », et « trahit », « révèle » de ce fait, ses différentes composantes de lumières violette, bleue, verte, jaune, rouge, etc. — de même aussi — l’Energie Cosmique, lorsqu’elle passe au travers du milieu transformateur, que l’on appelle « l’homme », cette Energie dis-je « trahit », « révèle », ce qui est latent en Elle.

Dans l’expérience du prisme décomposant la lumière solaire, nous avons un spectre coloré.

Dans le cas de l’homme, transformateur d’Energie, nous avons d’autres manifestations énergétiques, ici le milieu transformateur révèle des « forces », auxquelles nous avons donné des noms tel que : intelligence, pensée, amour, etc. etc.

Ceci exposé, revenons en à la question : Existe-t-il des circonstances spéciales, dans lesquelles l’homme milieu transformateur, puisse arriver à un maximum d’expression énergétique ?

Déjà, si nous reprenons l’exemple du prisme et du rayon solaire qui le traverse, nous savons qu’il existe certaines circonstances dans lesquelles les couleurs manifestées peuvent « recréer » la lumière blanche originelle.

Mais déjà l’expérience nécessite de grands soins, un grand équilibre.

Il faut dans la synthèse des couleurs du spectre, prendre comme élément de chacune, strictement, ce que naturellement, par suite du milieu transformateur, il lui a été possible de révéler.

Donc à condition d’user dans cette expérience d’une grande précision, d’une grande délicatesse, de prendre juste ce qu’il faut de chaque couleur, on peut « synthétiser » la lumière blanche originelle.

De même lorsque dans l’homme, un équilibre délicat mais parfait est réalisé entre les éléments que son organisation spéciale a permis de trahir, un grand état de plénitude surgit.

Etre pleinement éveillé dans le moment présent de l’action, en réalisant un équilibre parfait entre la pensée et les émotions, et tous les éléments mis en activité, voilà les circonstances spéciales dans lesquelles le milieu transformateur que l’on appelle « homme », rempli pleinement sa mission naturelle.

C’est ici que se révèle d’une manière très inattendue, la grande utilité de la pensée de Krishnamurti, pleine de richesses dans sa grande simplicité et sa grande profondeur.

L’Energie Universelle est un Mouvement, se recréant sans cesse, d’une intensité que toute imagination humaine est impuissante à décrire.

La formation humaine, par son organisation spéciale étant réceptive au mouvement énergétique essentiel, il est élémentaire qu’il y ait parfait équilibre entre les mobiles mis en action.

Ces mobiles sont le mental, les émotions et le physique.

Il existe certaines conditions d’équilibre entre ces mobiles, ou la Vie Universelle peut pleinement s’exprimer dans l’individu.

Il n’y a pas d’édifice spirituel à construire, tout est là, au cœur de tout homme, au cœur de toutes choses. Il n’y a qu’à découvrir.

Un bonheur infini demeure au cœur de toutes choses!!!

Le grand obstacle de la séparativité, de l’égoïsme doit tomber spontanément devant l’affirmation de l’unité resplendissante de la Vie Animique Universelle.

Ce qui fit dire à Krishnamurti que le but de toute expérience, et de la souffrance, est d’abolir tout sentiment de séparativité.

Tout est là, Eternellement Présent, le mouvement perpétuel de la Vie Universelle palpite en nos cœurs et nourrit et soutient toutes choses.

Aucune discipline rigide, aucun dogme, ne peut entraver la pensée si elle doit être l’expression de ce Mouvement créateur.

Comme le dit Krishnamurti : « Il y a un mode de vie naturel, simple, extatique ».

« Il y a un état d’intense lucidité, dans lequel il n’ya pas de désir, mais la perception claire et spontanée de Ce qui est vrai ».

« Il y a une grande subtilité, une délicatesse infinie, un équilibre délicat, qui n’est ni le contentement de « soi », ni cet incessant effort engendré par le désir de « réussite ».

« Dans cette délicatesse de pensée, réside l’extase de vivre pleinement le Présent Infini ».

Mais cette attitude de pensée parfaitement pure, parfaitement équilibrée, nécessite un détachement complet de toute influence extérieure, de toute autorité religieuse, sociale, politique, morale — de toute tradition.

« Soyez continuellement « neufs » et « laissez l’Esprit se mouvoir éternellement, l’action sera spontanée, naturelle » nous dit Krishnamurti.

— ETRE EST AGIR — :

« Etre ou ne pas être », a dit Shakespeare, et si vous voulez « être » véritablement, abolissez tout égoïsme, tout sentiment de séparativité

Votre « soi-conscience » est comme une obstruction que vous vous êtes vous-mêmes façonnés dans la « Pure Conscience », apanage de votre essence.

L’Essence Universelle, Dieu, l’Etre Pur, la Vie, quel que soit le nom, peu importe ! est Pure Action, apothéose de mouvement pur, en dehors des causes et des effets.

Mais !…
Les êtres se meuvent superficiellement parmi Ce qui se meut réellement.

L’Etre n’a qu’un seul état définissable, celui constituant une synthèse de « Mouvement, conscience pure ». ETRE est synonyme d’Agir.

L’action harmonieuse est l’expression de ce mouvement, libérée du passé, du futur et des perversions d’une éducation fausse, antinaturelle.

En cette action est une Joie immense. Elle est la plus sublime des gnoses, ou le connaisseur et l’objet de la connaissance font une et même chose.

Au cœur de tous les êtres, au cœur de toutes choses, jaillit éternellement une source ineffable, fraîche, qui ne demande qu’à s’épancher dans nos consciences, pourtant toujours si vides.

En nos âmes si pauvres, si sombres, parfois sinistres, une Flamme silencieuse rayonne d’une lumière infinie.

Un jour, « la poussière retournera à la poussière », et notre matière retournera à la matière.

Que peut faire la désorganisation de notre être séparé si nous avons profondément pris contact avec sa Réalité intrinsèque, puisque cette Réalité est la constitution essentielle de toutes choses, qu’elle est une Plénitude Eternelle.

Libre à nous de faire profit de l’organisation splendide de la Matière qui nous constitue, afin qu’elle nous révèle la grandeur de toutes ses possibilités, ses leçons de sagesse, et ses lois d’Eternité.

Le dynamisme, l’efficacité suprêmement constructive et la Joie de notre Action, nous révéleront si nous avons compris ce qui précède avec tout notre esprit et notre cœur.

I. KHOWSKY.