Tchalaï Dermitzel : Le tarot: comment s’en servir?


16 Sep 2011

(Revue Question De. No 30. Mai-Juin 1979)

Cet article voudrait permettre d’expérimenter cette découverte que chaque humble serviteur du tarot fait un Jour ou l’autre (plutôt l’autre, car il faut bien des années d’assiduité pour qu’elle commence à s’imposer à lui) : le tarot, l’univers et le système nerveux de l’homme ont des liens constants, très étroits et très précis. La façon la plus simple de l’exprimer est celle-ci : le tarot permet de déchiffrer l’univers et le système nerveux de l’homme et, ainsi, de vivre en harmonie avec eux, c’est-à-dire avec l’intérieur et l’extérieur. Probablement tous les trois sont-ils des manifestations, sur des plans de réalité différents, et avec des modalités différentes, de la même Une vérité. Mais restons dans la pratique, dans l’utile, dans l’instant : voici des bases pour travailler avec le tarot.

Ce travail est physiologique, psychologique et spirituel. On peut l’utiliser pour sa propre éducation ou pour aider les autres (diagnostic et thérapie). Il ne fait intervenir ni la voyance ni ce qu’on nomme dons médiumniques. Par contre, il développe toutes les qualités de justesse et de compréhension, donc l’intuition.

Ces bases de travail sont utilisables pour n’importe quelle voie de la connaissance ésotérique ou exotérique, de telles distinctions n’ayant d’ailleurs plus lieu d’être dès un certain niveau de réalisation dans le travail.

« Est rota magister »

Pour travailler avec le tarot, encadrez d’or le vieil adage Est Rota Magister : c’est le tarot qui est le maître. Traitez-le avec déférence, presque avec dévotion, car il est beaucoup plus grand que vous et extrêmement puissant. (On ne badine pas avec les légions angéliques !) Mais pas de superstition : l’attitude juste se sent du dedans : ce ne sont que des morceaux de carton colorié. Vous utilisez les morceaux de carton jusqu’à ce que vous ayez pu établir toutes les connexions avec votre tarot intérieur. Maintenez ces deux pôles comme générateurs d’un courant d’énergie.

Deuxièmement, encadrez d’or la devise de la Société royale des sciences britannique : Nullius in verba (ne croire personne sur parole), et n’en détachez pas votre esprit un seul instant. Tout doit être pour vous une hypothèse de travail, à commencer par cet article. (Cependant, considérez-le avec soin : vous n’en lirez le contenu dans aucun livre, et il y a peu de chance pour que vous tombiez par hasard sur une chaîne de transmission orale du tarot. Certes, vous pouvez tout retrouver seul… à supposer que vous ayez quelques siècles devant vous.) Soyez attentif à la résonnance intérieure qu’il entraînera. Les musiciens savent qu’un son juste engendre des harmoniques pures. Voyez ce que vous enseignera un commencement de travail selon les bases qui sont exposées ici.

Troisièmement : le tarot n’est dans aucun livre. Il est dans le tarot, un point, c’est tout. (Mais dans tout le tarot : quoiqu’on dise, les arcanes dits « mineurs » ne présentent pas d’infériorité). Y faire intervenir astrologie, séphiroths, nombres, etc., équivaut à un aveu d’impuissance et d’ignorance.

Evolution individuelle, évolution collective

Chacune des images qui composent le tarot est tellement archétypale qu’elle correspond à la fois à une partie d’un schéma de l’évolution collective de l’humanité et l’évolution individuelle, ainsi qu’à un portrait de l’univers. Car l’ensemble des arcanes recouvre toutes les possibilités de l’expérience humaine, y compris l’expérience à venir, ainsi que toutes les situations psychologiques. On peut avancer [1] que l’ensemble des situations psychologiques humaines recouvre l’ensemble du chemin de l’humanité [2], c’est-à-dire que l’homme revit plus ou moins complètement, ou vit à sa manière, l’aventure de l’ensemble de la race humaine, jusqu’à ce que l’on peut percevoir comme l’Apocalypse/Résurrection ou comme la fusion galactique (Timothy Leary). Puisque les arcanes constituent la totalité de l’expérience humaine, chacun peut y voir un aspect, un niveau de la réalité ou d’incarnation de cette totalité. C’est pourquoi Leary par exemple y distingue la stratégie de l’A.D.N. qui mène la vie depuis la terre-berceau jusqu’à l’espace ; mais c’est là tarot plus Neurologique.

Un autre visionnaire de ma connaissance y voit l’histoire des nations ; mais c’est là tarot plus philologie. Enel en fait la roue de la vie, mais c’est là tarot plus kabbale. Jean P. Brousse en fait le procédé de l’orgasme mais c’est là tarot (non : arcanes majeurs) plus pornographie. Ce sont là des exégèses plus ou moins justes, frappantes ou fantaisistes. Ce n’est pas le vrai travail avec le tarot. Le vrai travail rend inutile les apparentements autoritaires ou « inspirés », car le vrai travail atteint de tels niveaux de compréhension que toute incarnation en des modèles différents se montre possible à l’infini, mais non nécessaire, et même superfétatoire, restrictive.

Comment travailler avec le tarot

Le tarot se regarde, se contemple, se vit, s’expérimente. D’abord au niveau de l’œil. Percevez-le comme il est, pas comme vous croyez qu’il est, pas comme on vous dit qu’il est, pas comme vous voudriez qu’il soit. Pour cela observez et notez tous les détails dans un gros cahier au fur et à mesure. Quinze ans après, vous en découvrirez encore de nouveaux. Il faut l’intégrer en le mémorisant complètement. Ne dites jamais : « oh ! il y a une erreur de trait », n’est l’excuse des vaniteux et des paresseux. Voyez chaque chose à la place où elle est ; si cela gêne vos idées préconçues, changez vos idées, car c’est le tarot qui a raison.

Physiquement, chaque carte offre l’attitude d’un ou plusieurs personnages. Prenez-la, revêtez-la le plus exactement possible. Observez ce qui vous arrive comme images intérieures pendant ce temps, si une sensation cœnesthésique se produit ou une réaction physiologique, jusqu’au frisson ou la nausée.

Lorsqu’un mouvement est indiqué, évaluez-le dans vos muscles, votre squelette. Copiez-le, mimez-le, sentez où se trouvent les énergies du corps et comment elles se déplacent. (Exemple : les bras de Tempérance, la tête du Mat, la main droite de la Justice.)

Accordez un intérêt particulier à la façon dont les personnages sont sexués, c’est-à-dire, à leur polarité extérieurement manifestée. (Abusivement, comme le Diable, ou approximativement comme les deux individus qui sourient bêtement — ou béatement —sous lui ; ou imprécisément comme Tempérance, ou bizarrement comme la Force).

Sentez où le centre du corps se situe. Asseyez-vous comme l’Impératrice ou comme l’Empereur, comme la Papesse et la Justice et estimez la différence.

Ne laissez passer aucun détail. Consacrez une tranche de travail à comparer chez les personnages les yeux (taille, direction du regard, expression), une autre à comparer les pieds (couleurs, emplacement par rapport au corps, par rapport au sol, forme, chaussure…), une autre les mains (… la main droite du Mat, la main droite de l’Hermite à laquelle il manque un doigt, lequel ?, la main droite de l’Impératrice…), une autre les objets (le sceptre de l’Empereur et celui de l’Impératrice, la trompette (?) du Jugement, la corde qui attache (?) le Pendu, la table sans fin du Bateleur, la faux dont le manche à une section carrée, de l’arcane XIII, les couronnes des rois et reines des Honneurs dans les arcanes mineurs).

Trouvez quels arcanes majeurs, mis dans un certain ordre, forment un panorama continu, et le sens de ce panorama. Quels sont les deux détails communs à la Maison Dieu et au Soleil ? etc.

Surtout n’omettez pas les arcanes mineurs, dont quelques étourdis professent qu’ils sont postiches et inutiles : la reine de Deniers vous aidera peut-être à saisir le vrai sens de l’arcane VI (profitez-en pour regarder de près l’arc sans corde… du personnage en haut de la carte…) les chevaux — carapaçonnés ou non — des cavaliers, les insignes des rois, les jupes ou les chevelures des reines, leurs trônes, la physionomie des valets, ont une raison d’être comme ils sont. A vous de trouver : on trouve en mémorisant chaque détail. Pourquoi les lames paires de la suite Epées ne portent-elles pas d’épées — mais des fleurs ? Observez la couleur des tiges — et sont-elles coupées ou non ? Où prennent-elles leur origine ? Suivez la transformation de ces plantes : quel élément croît, quel élément décroît ? Quelles sont les couleurs ? Où sont les feuilles (respiration) et les fleurs (production) ? Le symbolisme du tarot à la simplicité de la nature : rouge comme le sang, jaune comme le soleil ou l’or alchimique, bleu comme les profondeurs de l’eau, vert comme la pousse au printemps, blanc comme la pureté ou l’absence de couleur, noir comme le tchernozium (fertile) ou l’obscurité des lieux où le regard ne pénètre pas, clair comme ce qui constitue le tissu extérieur de l’homme.

Un cadre pour l’expérience intérieure

Soyez attentif à la place, à la disposition des ombres et des reliefs. Le plus souvent l’apparente confusion est significative. L’apparente contradiction traduit une réalité autrement inexprimable (le chevalet, la roue, la manivelle, les rayons, tous « impossibles » de la Roue de la Fortune) car l’expérience intérieure a besoin d’être préservée et d’avoir un cadre (arcane XVIII), c’est-à-dire la garder secrète, insoupçonnée, invisible, voilée (la bête de la même couleur que l’eau), mais présente (dans la maison fermée). Le nom figurant sur chaque arcane majeur se trouve parfois là pour, apparemment, vous embrouiller, ou pour caractériser à l’excès une situation. Méfiez-vous. Le tarot est plein de paradoxes, de chausse-trappes et d’humour. Pour les âmes moralisantes, il est une volée de coups douloureux [3].

Aucun arcane n’est « bon » ou « mauvais », pas plus qu’aucune station de l’évolution intérieure ou de celle du monde, mais ambivalent ou plutôt riche de deux sortes de vitalité, une pour avancer, une pour se garder, une pour dissoudre, une pour coaguler.

Dernière recommandation : remarquez le graphisme des lettres, et celui des chiffres : les jambages des chiffres, par exemple. Certains plus minces, certains plus épais, attirent l’attention sur la façon dont ce chiffre doit être compris.

Pourquoi le tarot de Marseille ?

Vous l’avez déjà remarqué : ces bases de travail s’appuient sur des exemples prix exclusivement dans le tarot de Marseille. Pourquoi ?

On peut discuter à perte de vue… mais pas si on a vraiment travaillé avec le tarot, au lieu d’y enfourner son ego. Il n’y a pas de tarot que le tarot de Marseille. Cette affirmation apparemment dictatoriale sera insupportable à Piek Anéma (qui publie sous forme de fascicules chez Robert Morel une compilation extrêmement honnête), ou à M. Balbi (qui est si érudit et a dessiné un tarot à lui, tellement joli). Ils me pardonneront tous les deux. Ou pas. On peut asseoir cette affirmation sur des dizaines de preuves, et notamment sur des arguments numérologiques stupéfiants. Mais je ne veux qu’une seule preuve, objective, claire et nette : le tarot de Marseille est le plus riche, le plus plein, le plus simple, un point c’est tout.

Alignez tous les autres à côté de lui. Même ceux où l’on a cru bon d’ajouter une lettre hébraïque, une planète ou n’importe quoi, sont de très loin inférieurs en sens et en contenu, et paraissent misérables et souvent cafouilleux. Beaucoup de personnes, souvent trop savantes, ont voulu faire mieux que le tarot de Marseille le « compléter » ou le « simplifier ». Seulement… lorsqu’on a changé la forme de la carte, sa couleur ou même son nom, on a complètement aussi changé le contenu vibratoire de la carte. Les autres « tarots » sont parfois très intéressants ou harmonieux ou décoratifs, ou chargés d’expériences (notamment psychédéliques), mais on y voit le portrait des gens qui les ont faits, et non le portrait de l’univers. Cela devient catalogue d’idées reçues, et non voie vivante de l’initiation.

ETUDE D’UNE CARTE : LA FORCE

Regardez le nom, la forme des lettres, le chiffre, la forme des chiffres. Laissez ce que vous avez comme idées générales sur la force venir à vous, en essayant de ne vous accrocher à aucune image préconçue, positive ou négative. Contemplez ce cinéma.

Laissez ce que vous avez comme connaissances numérologiques ou autres (exemple : le 11 dans votre vie) venir à vous sans vous accrocher à quoi que ce soit d’absolu.

Regardez la carte concernée entre l’arcane X et l’arcane XII. (Il faudra ultérieurement trouver les éléments communs entre X et XI, entre XI et XII, ainsi qu’entre le XI et toutes les autres cartes, y compris arcanes mineurs.)

Laissez les couleurs et la forme vous imprégner, et tous les détails se marquer en vous sans commentaire intellectuel. Si cela est agréable ou désagréable, remarquez-le, sans plus. Soyez sensible au graphisme, aux volumes suggérés (vrais ou faux ?). Tout ceci à faire chaque jour 10 minutes pendant un mois ou plus (de façon continue ou discontinue) jusqu’à ce que vous ayez complètement mémorisé la carte et tous ses détails sans exception. Cela peut demander des années.

A nouveau, au moment de vous endormir, regardez-la comme une icône ou un mandala. Espérez la voir dans vos rêves. Notez ces rêves, notez même ceux qui à cette époque ne semblent pas avoir un rapport direct avec la Force. Plus tard, il faudra avoir fait ce travail spécifique avec chaque carte.

Estimez ensuite objectivement — après cette période d’imprégnation sensorielle — l’importance et l’emplacement des couleurs, selon le symbolisme de base, la place des ombres et hachures. Comptez tous les traits, les plis du manteau, les dents du chapeau et celles de l’animal. Que fait cette personne ?

Ensuite prenez l’attitude de la personne. Vous ne pouvez pas. Ce corps est déjeté. Regardez de plus près où se pose le pied (au-dessus du sol) et quelle chaussure ? assortie à la toilette ? Combien de doigts de pied ? ou de lanières ?) voyez que tête, bras, sont jolis et bien dessinés (… la position de chaque doigt) mais le reste du corps, moins. Est-ce une femme, comme la tête et le costume le laissent croire ? Et cette ligne au bas du cou ? La tête est posée sur le reste du corps. Est-ce un corps ? Comparez avec les autres corps féminins dans les arcanes majeurs, et les honneurs des arcanes mineurs. Est-ce un portemanteau, un épouvantail ?

Revenez au pied. Pourquoi ne touche-t-il pas le sol ? (Perte de contact avec la réalité ?)

Regardez l’animal. Chien ? Lion ? Son œil féroce, ses dents redoutables (combien ?), soigneusement dessinés. Sa toison bouclée. Regardez le bas de la carte. Il n’a pas de pattes. C’est un bâton. (Un balai ? Une sorcière sur un balai ?) Est-ce une peau de lion ou de chien sur un bâton ? Il n’existe pas, ou plutôt c’est une illusion lui aussi. Lorsque la force s’exerce sur une illusion elle perd le contact avec la réalité. Mais qui applique cette force ? Quel est le théâtre qui est joué sur la scène de l’arcane XI ? Laissez déposer en vous comme le vin. Reprenez la carte de temps en temps. Prenez-la comme sujet de réflexion, support de méditation. Imaginez comment peut se dérouler le mouvement du personnage. Utilisez-la comme point de départ d’exercices à la Ichazo*. Gravez-la en vous. Devenez l’arcane XI. Et, comme dit Jodorowsky « respirez-la, manduquez-la, buvez-la, faites l’amour avec elle ».

Vous allez la haïr, en raffoler puis l’oublier. Lorsque vient la complicité, commence la connaissance.

* Exercices de visualisation utilisés dans un but de démultiplication et d’affinement de l’imagination et de la sensorialité, pratiqués dans les Centres Arica fondés par Oscar Ichazo.

Idiot congénital ou initié très avancé

Comment est apparu le tarot de Marseille ? Personne n’a encore trouvé une date ni un nom précis, et dissertations comme divagations se sont heurtées à un mur. Le mystère n’a peut-être pas l’épaisseur qu’on croit, lorsqu’on le regarde d’un point de vue dépassionné, qu’on essaie de sentir les choses au lieu de vouloir les justifier.

Lorsque vous consultez les jeux antérieurs au tarot, il vous apparaît que l’inconscient collectif tournait depuis longtemps autour des grandes vérités, en épinglant une ici ou là dans un conte, un jeu de marelle, une danse de groupe. De la perception élémentaire ou imparfaite des archétypes sont issues les cartes à jouer dont les nôtres sont héritières directes. Et puis, un jour (?), un être plus développé, capable de perceptions et de synthèses inédites, a saisi l’incomplétude de cette perception intermittente. Il a alors donné sa forme au tarot, la forme absolue. Peut-être était-ce un idiot congénital, habité par l’Esprit, le temps de concevoir le tarot ? Peut-être était-ce un groupe d’initiés très avancés, au point de s’effacer complètement derrière le modèle de l’univers qu’ils pouvaient appréhender dans ce que la science nomme aujourd’hui ses « structures fines » ? Cette question tourmente longuement tout serviteur du tarot. La réponse exacte ne présenterait qu’une satisfaction de curiosité. L’attention ne gagne rien à se porter sur les serviteurs qui se sont fondus dans le modèle pour lui donner ses contours parfaits. L’intéressant c’est le modèle, si peu déguisé que l’enfant qui jouerait avec ce jouet le découvrirait et l’intégrerait complètement, sans s’en apercevoir [4].

Mais attention : la connaissance s’expose aux trahisons. Exemple : c’est la maison Grimaud qui fabrique le tarot de Marseille. Pendant des lustres, le tarot — le seul — le vrai — le nécessaire et suffisant tarot comprenait, pour chaque arcane majeur : une place pour une image, une place pour un numéro, une place pour un nom. Aujourd’hui, les impératifs commerciaux s’imposent tellement que M. Grimaud rectifie les images pour avoir la place de mettre le nom en 2 langues [5]. Des arcanes comme l’Hermite ou la Force sont ainsi défigurés (pour un millimètre ou 2, eh oui !), ainsi que quelques arcanes mineurs. Or, s’il est facile, après un certain temps de travail assidu avec l’ensemble du tarot, de dépister les erreurs d’interprétation des exégètes à plume étourdie ou à langue trop longue, il l’est beaucoup moins de remplacer les millimètres manquants quand on ne sait pas qu’ils manquent. Avec le levier idoine on peut soulever la terre, mais sans l’outil parfait, impossible. Ainsi s’abâtardit la connaissance [6].

Je ne dis rien du tarot dit « de Mme Robin » : elle s’est approprié les arcanes majeurs (dans une taille pratique d’ailleurs !), en ajoutant un chiffre XXII au Mat, qu’elle appelle le Fou, si bien que la complémentarité Mat-arcane XIII a disparu.

Je ne dis rien de tous les autres malins, qui connaissent le tarot mieux que l’auteur du tarot, et vous expliquent que « là il y a une erreur de copiste » parce qu’eux sont incapables de voir tel détail.

LE TAROT DE MARSEILLE

Il se présente sous la forme de 78 morceaux de carton rectangulaire de

12,4 cm sur 6,6 cm (double carré, comme un autel).

On les répartit en arcanes mineurs au nombre de 56 et arcanes majeurs

au nombre de 22.

Les arcanes mineurs se répartissent en suites : Bâton – Coupe – Epée –

Denier – dont le symbolisme est extrêmement controversé !

On peut distraire son intellect en les rangeant en ternaires et septénaires, comme O. Wirth. On peut les disposer en long, en large, en rond et en travers, tout est permis mais tout n’est pas utile. Oswaldo Wirth a publié le Tarot des imagiers du Moyen Age (éd. Tchou).

Autres tarots

Charles X, Imagiers du Moyen Age, Waite, Belline, Balbi, Royal Maze,

Jacquemin Gringonneur, Aleister Crowley, etc.

Le piolet et le palonnier

Le tarot, modèle de l’univers, est complet en lui-même, il n’a nul besoin de s’étayer sur aucune autre des grandes voies de la connaissance et de la divination [7].

Certes on peut faire des comparaisons globales. Travail de recherche qui permet d’identifier la vérité sous quelques-uns de ses aspects différents. Mais il ne faut pas commencer par là. Ces voies sont à considérer chacune dans sa totalité, en comparer des fragments entre eux équivaudrait à comparer un piolet avec un palonnier : ces deux instruments sont utiles pour s’élever en altitude, mais le premier appartient au système de la cordée d’alpinistes et le second au système de l’aéroplane. Isolément, ils ne peuvent se comparer, même s’ils ont tous deux la forme d’un manche. On n’ira jamais plus loin que ce niveau formel. D’ailleurs, la faiblesse de correspondances du genre « Arcane X — tel trigramme du Yi ching — telle lettre hébraïque — telle couleur — tel son… » éclate dans les désaccords qui se manifestent entre les auteurs des comparaisons.

Ces comparaisons et désaccords jouent, pour le disciple averti, le rôle réjouissant du chien d’Alcibiade.

Le travail idéal avec le tarot est un travail avec le tarot seul, ou plutôt : serait. Vous n’auriez qu’à observer, mémoriser les cartes sans besoin d’aucun commentaire, en vous laissant simplement structurer, compléter, enseigner, transformer de cette façon. Un tel travail rencontre une impossibilité : votre réaction personnelle, votre intérêt, seront très différents selon les arcanes. C’est d’ailleurs ce qui permet d’utiliser le tarot comme diagnostic et thérapie dans tous les cas de déséquilibre psychosomatique.

Le tarot de Marseille est donc d’abord une école du regard et de la pensée objective pour un chemin initiatique mais aussi un outil précieux de diagnostic et de thérapie. Le diagnostic qui n’a rien à voir avec la divination, doit cependant aboutir aux mêmes résultats. La thérapie est encore à ses débuts.

Peut-on soigner avec le tarot ?

L’hypothèse de base, très simple, découle des prémices exposées plus haut. Les arcanes du tarot présentent une image exacte des archétypes qui sont les modèles selon lesquels, qu’on le veuille ou non, se forment, s’agrègent, se déterminent toutes les situations possibles de ce monde La totalité des arcanes parcourt la totalité de l’expérience humaine. Ceux qui vous attirent sont ceux que vous reconnaissez, qui vous sécurisent, car ils répondent à un modèle que vous avez vécu, que vous avez intégré. Ceux que vous récusez, sont les modèles de situations que vous n’avez pas encore vécues ; la violence de votre réaction manifeste simplement la proximité de cette situation dans votre avenir : là encore, vous reconnaissez un modèle, mais il s’agit d’un modèle que vous n’avez pas encore intégré ; ou bien il se trouve en cours d’expérimentation (depuis quelques heures ou quelques années), ou bien vous l’avez refusé systématiquement chaque fois qu’il se présentait, en fonction d’une sensibilisation particulière liée soit à votre héritage chromosomique, soit à un événement mal vécu jadis, à un « blocage », ou bien simplement c’est un modèle que vous n’avez pas encore rencontré !

Donc les arcanes que vous préférez indiquent ce que vous connaissez de vous ; ceux que vous récusez indiquent ce que vous ne voulez pas encore accepter. Les situations que vous ne connaissez pas encore mais qui sont très éloignées n’alertent aucune défense de votre subconscient, aucune réaction violente, mais un vague et modéré manque d’« affinité » avec la carte.

Le diagnostic pourra être extrêmement fin et précis, sans choc pour le consultant, puisqu’à aucun moment, il ne sera crûment confronté avec son problème fondamental dans la nécessité d’une verbalisation de ce problème. Tout se passe à un niveau symbolique ; le déroulement de la thérapie ne sera jamais très douloureux : le processus de maturation où l’inconscient entraîne l’être, parfois de façon chaotique et de toute façon par les épreuves, sera effectué dans les meilleures conditions, car le travail avec le tarot permet de ne pas supprimer le « nœud » énergétique du conflit, ce qui serait aussi supprimer l’arrivée de l’énergie, erreur commise par le plus grand nombre de psychiatres.

Je ne dis pas que dans ce diagnostic, l’intuition soit pour rien, car un seul arcane englobe un nombre infini de niveaux d’incarnation de l’archétype, et il faut saisir le niveau exact correspondant à la réalité, au vécu du consultant. La thérapie permettra au consultant d’assimiler le « modèle » avant la crise, ou après la crise mal vécue, en dehors de cette crise, et, par ailleurs, de placer les autres expériences archétypales déjà vécues dans la structure générale dont le tarot est le reflet.

Le rôle du « tarothérapeute » devra donc se limiter à faire décrire la carte le plus exactement possible au consultant, à enregistrer ses réactions et en permettre l’objectivation. Le plus souvent, l’effet sur le consultant est saisissant. Le tarot opère une telle prise de conscience, une telle compréhension, que le consultant acquiert dès le commencement un surcroît de vitalité et une régulation de l’énergie spectaculaires (voir Encadré).

De plus, certaines cartes entraînent des effets immédiats de compensation et d’équilibration, par une concentration de quelques secondes du regard et de l’attention.

Cette thérapie engendre des rapports extrêmement paisibles et stimulants entre thérapeute et consultant sans intervention de domination, transfert, etc.

EXEMPLE DE RESULTATS DE TAROTHERAPIE

Une grande schizophrène sans traitement chimique ni autre thérapie, après plusieurs séances courtes de 10 à 15 mn espacées de 3 ou 4 jours, présentait une réduction, presque totale, des troubles du regard, clignements d’yeux et mouvements latéraux des yeux qui sont une partie importante du diagnostic de la schizophrénie. Cette altération se retrouve chez les drogués aux amphétamines et à la cocaïne (entre autres) et suggère une relation commune de ces 2 états avec le freinage de la dopamine dans le système limbique (cf. travaux du Dr Janice Stevens).

Il faut systématiquement travailler sur les perturbations du fonctionnement du système limbique, avec une série d’expérimentations sur la modulation de la libération de la dopamine grâce aux couleurs de base (du tarot de Marseille). Ou sur la libération grâce à l’observation des arcanes du tarot d’engrammes fondamentaux préexistant dans le système limbique.

A remarquer l’extraordinaire régulation obtenue par la contemplation —l’assimilation ? — de l’arcane VIII (Justice) sur le comportement des schizophrènes. Or, la Justice montre une partie de la tête plus développée que l’autre, la partie gauche. Or le cerveau gauche est le siège des manifestations attenant au comportement social, et le comportement social est un des grands problèmes des schizophrènes.

L’ARCHETYPE

« …L’archétype est une force. Il est autonome et il peut vous saisir soudainement… C’est l’organisation biologique de notre fonctionnement psychique, de la même manière que nos fonctions biologiques et physiologiques suivent un modèle… L’homme a un modèle, une forme qui le fait spécifiquement homme et aucun homme ne naît sans cela. Nous sommes profondément inconscients de ces choses parce que nous vivons par nos sens à l’extérieur de nous-même. Si l’homme pouvait regarder en lui-même il le découvrirait. Quand un homme découvre cela de nos jours, il pense qu’il est fou, réellement fou. »

Jung : Entretiens avec le Dr Evans (éd. Payot)

On peut lire ou… ne pas lire puisque seul le tarot est le maître

Delcamp : Le Tarot initiatique (Courrier du livre)

Papus : Le Tarot des Bohémiens (éd. Dangles)

Enel : Trilogie de la rota (éd. Derain)

A. Douglas : The Tarot (Penguin Book 3737)

Bill Butler : The Definitive Tarot (éd. Rider)

A. Petitbon : Le Tarot (Omnium Littéraire)

Waite : The Picturial Key to the Tarot (University Books)

Pick Anema : Le Tarot (éd. Morel).

G. Saint-Bonnet : Le Tarot des rose-croix (éd. A.G.I.)

Mouni Sadhu : The Tarot (éd. Allen and Unwin)

K. Raine : Tarot and Golden Dawn (éd. Dolmen Press)

Paul Marteau : Le Tarot (éd. Arts et Métiers graphiques)

E. Lazlo : De Geheimen van de Tarot (éd. Gnosis Press)

Jean-Paul Kersaint : Tarot de Kersaint (éd. Dangles)

Marc Haven : Le Tarot (éd. Laclet)

Chaboseau : Le Tarot (éd. Niclaus)

P.F. Case : The Tarot (éd. M.P.C.)

Revue l’Originel (no avril 79) : interview d’Alejandro Jodorowsky sur sa

façon de tirer les tarots.

Un outil de déchiffrement du bagage chromosomique

Le tarot relève d’abord de la cryptographie, c’est-à-dire de l’art de trouver le sens d’un message sans connaître le code ou la clé, ou, plus exactement, la cryptographie étant récemment devenue une science exacte (en partie grâce à l’utilisation de l’ordinateur, extension du cerveau), de l’art du décryptage [8].

Ici, le code est d’une telle simplicité que son évidence lui sert de cachette : il suffit de le regarder pour le voir, le regarder comme un enfant, d’un œil et d’un cœur neuf. Mais cet art du décryptage ne doit jamais s’écarter de la connaissance de l’instrument du décryptage. Cet instrument est l’ensemble des systèmes nerveux de l’homme, lequel instrument est lui-même le dépositaire privilégié des secrets. Mais nous ne savons pas (encore) l’utiliser à la fois comme outil et comme matériau. (Un peu comme une cuiller de bois : vous pouvez remuer la crème au chocolat avec, ou bien prendre de la crème dedans, mais pas remuer la crème et en prendre en même temps.) Nous devons utiliser un système de miroirs. Le tarot nous montre une image que le système nerveux reconnaît en lui-même. A ce titre, on peut dire que le tarot constitue un outil de déchiffrement du bagage chromosomique.

Beaucoup d’êtres avides de connaissance seraient mieux inspirés en lisant tout ce qui existe comme étude sérieuse sur les mécanismes du cerveau, que toutes les compilations ou dissertations sur l’ésotérisme. Ces dernières, de toute façon, ne leur donnent jamais que de quoi s’égarer… bon, après tout, égarer les impétrants est un procédé pour leur enseigner à connaître le chemin, mais combien se perdront dans les marécages de la confusion avant de mettre le pied sur ce chemin…

Arrêter la manipulation

Naturellement, de nombreuses vérifications de tous ordres ne feront que confirmer ces liens étroits et précis entre le tarot, l’univers et le système nerveux.

On peut (on doit) utiliser légitimement la perception de ces liens dans un but divinatoire. Alors l’ensemble des cartes semble manifester une conduite, une autonomie qui lui est propre, qui se manifeste à travers les êtres humains mais sans dépendance, vis-à-vis d’eux ou de leurs méthodes, qui les dépasse.

Certes, on peut, superficiellement manipuler le tarot. C’est-à-dire, petit fragment d’humanité, décider qu’on a « compris » le tarot, attribuer telle ou telle signification à tel arcane ou à l’ensemble, prescrire qu’il faut le consulter comme ci ou comme ça, en rond ou en ligne ou en carré. Le tarot s’en moque ! mais ce n’est pas bon pour le manipulateur.

Arrêter la manipulation, c’est s’ouvrir. Cela implique l’abandon de toute ambition personnelle, de tout désir de domination par ce que l’on a découvert. Et c’est difficile (surtout lorsque les lignes de force de l’univers commencent à se dessiner devant vous) de renoncer à en informer le reste du monde ! Voilà pourquoi, dans les débuts, le travail avec une des grandes voies — le plus souvent solitaire — de la tradition, renforce l’ego d’une façon tout à fait splendide. Beaucoup de gens en restent là ; ils se ressemblent tous, même physiquement. Car, arrivé à ce point des débuts, on risque de penser qu’on n’a plus besoin de continuer le travail. Il faut passer outre, continuer. Alors, lentement, à dose homéopathique, la splendeur regrettée se remplace par une gratification moins palpable, mais d’une bien plus belle eau, et un extraordinaire allègement du moi.

Jamais personne n’a impunément exploité à son seul profit les richesses de l’inconscient collectif, l’héritage de l’humanité et les secrets captés dans le système nerveux. C’est un des grands enseignements du tarot. Utiliser le tarot uniquement à des fins divinatoires (comme « support de voyance ») alors qu’il contient le modèle de l’univers, entraîne un avilissement. Encore une fois le tarot s’en moque, et il est assez puissant pour structurer à leur insu les manipulateurs ! Par contre, toute subordination du tout à la partie entraîne chez les étourdis des troubles graves sur les plans subtils, et ferme la porte aux vrais secrets. Je ne terminerai pas sans avoir joyeusement exprimé ma gratitude à Alejandro Jodorowsky d’une part, et Rodrigo de Azagra d’autre part. Leurs maïeutiques opposées mais complémentaires permettent de vérifier constamment si l’on est un serviteur loyal du tarot. Merci aussi à toutes les merveilleuses personnes qui sont venues chez moi trouver dans le tarot de Marseille le portrait de leurs problèmes et la façon de les résoudre.

Est rota magister

Tchalaï Dermitzel


[1] En s’appuyant sur l’observation de la schizophrénie.

[2] Le voyage symbolique, The Far Side of Madness, par le Dr John W. Perry.

[3] Chaque nom est à examiner longuement avec son orthographe et son graphisme d’origine ; les lettres jouent presque toutes un rôle déterminé et constituent un indice précieux.

[4] Le Tarot, comme le Grand Œuvre, est en ce sens aussi un jeu d’enfants. (Ludus puerorum).

[5] Le bateleur est traduit par « Magician ». Quel rapport?

[6] Or, aujourd’hui, il est impossible de trouver autre chose qu’un tarot de Marseille bilingue. Bien cher lecteur ou chère lectrice, si vous disposez d’un vieux jeu unilingue dont vous n’avez que faire empressez-vous de m’en faire part, le mien est tellement usé !

[7] Car toutes les grandes voies sont doubles, l’aspect divinatoire venant en prime, en quelque sorte, à l’acquisition de l’aspect instructif. Ceux qui mettent la charrue avant les bœufs s’exposant à de cruels retours de manivelle, notamment par des déséquilibres graves du système neurovégétatif.

[8] La cryptographie s’est développée parallèlement à l’alchimie et à l’ésotérisme, remarquait Jacques Bergier.