Le Vadan de Hazrat Inayat Khan


31 Oct 2013

(Revue La pensée Soufie. No 2. 1981)

Introduction

Le VADAN est la seconde pièce de la Trilogie GAYAN – VADAN – NIRTAN, dans laquelle Inayat Khan a transcrit son Message sous forme d’aphorismes, d’invocations, de courts poèmes.

Aliment pour celui qui cherche à réfléchir, source d’inspiration pour celui qui traverse une difficulté, le GAYAN – VADAN – NIRTAN est tout cela et plus encore pour celui qui l’approfondit en toute persévérance.

C’est probablement l’œuvre la plus populaire de Hazrat Inayat en langue anglaise. Le GAYAN, première partie de cette trilogie, était à sa deuxième édition française en 1981 (Hazrat Inayat Khan – GAYAN, Notes de la Musique Silencieuse – Éditions Jacques Bollman SA Zurich). Par contre, le VADAN n’a jamais été publié en français jusqu’à ce jour (1981).

La présente traduction cherche à combler cette lacune et nous nous proposons de la faire suivre ultérieurement de celle du NIRTAN.

AVANT – PROPOS

Le son est appelé Créateur dans le Vedanta ; sous le nom de Nada Brahman, le Verbe Premier. La création est le rêve de Brahma, disent les sages de l’Orient ; mais l’auteur de cet ouvrage tient la Manifestation pour la Musique du Créateur. Chaque âme a sa part dans la symphonie ; la nature entière en est la narration ; quand le cœur est ouvert, quand l’âme est éveillée, la divine symphonie devient audible.

Ainsi, Inayat Khan, dont la philosophie est inspirée par la musique, appelle cet ouvrage « VADAN », la Divine Symphonie. Il voit chacun des ruisseaux s’élevant de la fontaine du cœur comme une émanation de la musique divine et il donne à ces émanations variées les noms qu’on lira plus loin, qui sont l’expression des termes divers et subtils de la musique Indienne.

C’est de la musique, dit le musicien, que l’univers est sorti, et est vers cette musique que tous les cœurs sont attirés. La sagesse est l’expression de cette musique et toute pensée qui s’élève des profondeurs du cœur s’en vient contribuer a cette Divine Symphonie.

TERMES UTILISES DANS LA CLASSIFICATION DU VADAN

ALAPA – Improvisation. Une parole divine sous forme de conseil.

ALANKARA – Ornementation. Une idée exprimée avec fantaisie.

SURA – Note de musique. Dieu parlant à travers l’âme illuminée.

RAGA – Modulation. L’épanchement de l’âme

TANA – Trille. L’âme dialoguant avec la nature.

GAMAKA – Ce qui vient du cœur du poète (et qui résiste à la tentative que fait celui-ci pour le garder) accordé à des tons variés.

BÔLA – Les paroles d’un chant. Une grande idée en quelques mots brûlants.

TALA – Rythme. Un rythme formé par la comparaison.

GAYATRI – Chants sacrés.

CHALA – Thème. Unes affirmation déterminée.

ALAPA

1. L’amour, est-il plaisir, est-il amusement ?

Non, l’amour est constance dans la nostalgie, l’amour est persévérance qui ne se lasse point ;

l’amour est espérance patiente, l’amour est abandon volontaire ;

l’amour est souci constant du plaisir et du déplaisir de celui qu’on aime,

car l’amour est résignation à la volonté du possesseur de votre cœur.

C’est l’amour qui apprend à l’homme : Toi, non pas moi.

2. L’amour qui finit est l’ombre de l’amour ;

l’amour véritable est sans commencement ni fin.

3. Quand Il vous inflige une blessure, Il peut vous l’infliger même par la main de votre ami le plus aimant ;

et quand Il vous caresse, Il peut vous caresses par la main de votre plus farouche ennemi.

4. Que le courage soit ton sabre et la patience ton bouclier, mon soldat.

5. Vaste espace, matrice de mon cœur,

conçois ma pensée, je te prie et donne naissance au fruit de mon désir.

6. De toute âme Je suis la nostalgie ;

tout cœur entend Mon appel ;

chacun sent Mon impulsion,

Mon ami aussi bien que Mon ennemi.

7. Mes pensées, Je les ai semées sur le sol de ton esprit ;

Mon amour a pénétré ton cœur ;

Ma parole, je l’ai mise dans ta bouche ;

Ma lumière a illuminé ton être entier ;

Mon travail, je l’ai mis dans ta main.

8. Nous avons fait toutes formes pour parachever l’image de l’homme

9. Un jour j’ai rencontré le Seigneur face à face,

et pliant les genoux j’ai prié : « Dis moi, O Souverain de Compassion,

est-ce Toi qui punis le pécheur et donnes récompense à l’homme vertueux ? »

« Non – répondit-Il en souriant –

le pécheur attire sa punition ; l’homme vertueux gagne sa récompense. ».

ALANKARA

1. Aucune prétention, aussi grande qu’elle soit, ne peut égaler ta grandeur, mon moi mystérieux ;

et pourtant il se peut que tu ne te prouves pas digne de la plus mince déclaration que tu aies faite.

2. Dévoile Ta face, mon Bien-Aimé, que je puisse contempler Ta vision glorieuse.

3. Élargis mon cœur, Seigneur, à la mesure du ciel, afin que le cosmos entier trouve réflexion dans mon âme.

4. Où que tu jettes Ton regard, Bien-Aimé, un nouveau soleil s’y lève.

5. Soulève mon âme, ô douce brise, et l’emporte à la demeure du Bien-Aimé.

6. Que mon cœur reflète Ta lumière, o Seigneur,

comme en un étang le soleil est reflété.

7. Quand je vois Ta vision glorieuse, je suis emporté en extase, Bien-Aimé ;

des vagues s’élèvent dans mon cœur et mon cœur devient la mer.

8. O bouton de rose, ta floraison me donne l’impression du visage de mon Bien-Aimé

9. Ton invasion, Bien-Aimé, par la tempête éveille mes plus profondes passions

10. J’entends, Seigneur, Ton appel sans paroles dans la sublimité de la nature.

11. La lumière est Ta face et l’ombre est Ton sein, Bien-Aimé.

12. Amour, je ne sais si je dois t’appeler mon ennemi ou mon ami.

Tu m’élèves jusqu’au Ciel le plus élevé

et tu me jettes au plus bas de la région infernale.

Tu me mènes là où il ne faut pas

et c’est toi seul qui me guide sur le droit chemin.

De toi, Amour, j’apprend toute vertu

et tu es la source de toutes mes infirmités.

Amour, tu es une malédiction et une bénédiction en même temps.

13. Mon cœur, replies-toi sur toi-même, comme la rose retient ses pétales.

14. Ton regard favorable fait que le soleil se lève dans mon cœur, Bien-Aimé,

et quand Ton regard se détourne, le soleil se couche.

15. O air enivrant venu de Sa demeure, tu émeus mon âme jusqu’à l’extase.

16. J’ai aimé dans la vie et j’ai été aimé.

J’ai bu la coupe de poison des mains de l’Amour comme du nectar

et j’ai été élevé au dessus des joies et des chagrins de la vie.

Mon cœur enflammé d’amour a enflammé tout cœur qui vint à son contact.

Mon cœur fut déchiré, puis réparé.

Mon cœur fut brisé, puis redevint intact.

De mille morts est mort mon cœur et, remercié soit l’Amour, il vit encore.

Je passai à travers l’Enfer et je vis là le feu destructeur de l’amour

et j’entrai au Ciel illuminé par la lumière de l’amour

Je pleurais à cause de l’amour et voici que tous pleurèrent avec moi.

Je me lamentais d’amour et perçai le cœur des hommes ;

et quand mon regard enflammé tomba sur le roc, le roc explosa comme un volcan

Le monde entier sombra dans l’inondation d’une seule de mes larmes.

Par mon profond soupir la terre trembla et quand je criai à haute voix le nom de mon Bien-Aimé,

J’ébranlai le trône de Dieu dans le Ciel.

J’inclinai bas ma tête en toute humilité et à genoux je priai l’Amour :

« Dévoile-moi, je te prie, O Amour, ton secret. »

Elle me prit doucement par les bras et me soulevant de terre me murmura à l’oreille :

« Mon très cher, toi-même est l’amour, est l’amant et toi-même est la Bien-Aimé que tu as adorée. »

17. Que les cieux se reflètent sur la terre, Seigneur, afin que la terre puisse se transformer en Paradis.

18. Que Ta parole, O Dieu, devienne l’expression de ma vie.

19. Parle-moi du dedans, mon Seigneur, les oreilles de Ton serviteur écoutent.

20. Mon saint pèlerinage, O Dieu, va vers la demeure de Ton adorateur.

21. Tu viens sur la terre, Seigneur, pour sauver l’homme,

sous le déguisement de l’être saint.

22. Parle-moi, mon Seigneur, par les mots de Ton Messager.

23. Mon cœur n’est plus mien, depuis que Tu en as fait Ta demeure mon Seigneur.

24. Tu exauceras mes souhaits, O Connaisseur de mon cœur.

25. O Amour, je donnerai trône et couronne pour devenir un esclave à Ta merci.

26. Laisse moi m’oublier moi-même, Seigneur, pour devenir conscient de Ton Être.

27. La nature murmure doucement Ton Verbe à mes oreilles.

28. Je vois Ta propre Image, Seigneur, dans Ta création.

29. C’est par Ta force seule que je puis porter les responsabilités de la vie.

30. Dans l’image de l’homme, mon Seigneur bien-aimé, je vois Ton propre Visage.

31. Dans la forme de l’homme, je vois la voûte d’entrée vers Ta demeure.

32. Le cœur de l’homme est Ton autel sacré.

33. Ta compassion divine rayonne dans sa plénitude à travers le cœur de la mère.

34. Par le cœur aimant de la femme se manifeste Ta grâce divine.

35. La nature me chante Ton chant.

36. O idéal bien-aimé de mon âme, je te prie montre toi à moi sous l’humain déguisement.

37. Puissé-je sentir Ton étreinte, Bien-Aimé, sur tous les plans de l’existence.

38. Mon cœur sensible est attiré vers Toi, Seigneur, quand Tu viens sous la forme de l’homme.

39. C’est Ta pureté divine qui est manifeste dans l’expression innocente de l’enfant.

À propos des Alankara du Vadan concernant la nature par Hazrat Inayat Khan

(Revue La pensée Soufie. No 3. 1981)

Ces Alankara. nous ont paru mériter quelques commentaires. D’autant que leur genre n’est pas unique dans l’œuvre de Hazrat Inayat Khan et qu’ils sont généralement peu ou mal compris.

Fourmillant, en effet, dans le triple volume du GAYAN — VADAN — NIRTAN l’on trouve de courtes invocations, pensées, ou ébauches de dialogues dans lesquels 1’Auteur s’adresse aux fleurs, aux arbres, aux ruisseaux, aux montagnes, voire aux courants aériens, avec une familiarité et une candeur qui déroutent parfois nos conceptions poétiques et nos goûts littéraires plus sophistiquées.

Comment comprendre par exemple — nous demandons-nous — cet Alankara 123 du VADAN :

« Mon cœur est prêt à pleurer lorsque tu te meus si vite, ô air si doux. »

Ou bien ce Tana 5 ibidem : « Petit bouton de rose, que tiens-tu dans tes mains ? Le secret de ma beauté. « 

S’agirait-il d’une sorte de fraternisation avec la nature, telle que la rapporte la tradition chrétienne à propos de Saint François d’Assise par exemple ? Si cela était, cela pourrait toucher un instant notre cœur, sans doute, mais ne répondrait pas complètement au but que se proposait le Maître Soufi lorsqu’il en remplissait, au cours de ses pérégrinations, les pages de ses carnets.

Car il ne faut pas les lire comme on lirait de simples notations poétiques, ou comme des phrases qui en appelleraient chez nous à ce qu’on appelle « le sentiment de la nature » ; encore bien moins comme des pensées capables de fournir un aliment intellectuel à des réflexions sur le monde qui nous entoure. En fait leur propos est à la fois plus vaste et plus précis.

Ces phrases font partie de ce qu’Inayat Khan appelait « Nature Meditations« , méditations à pratiquer sur et surtout dans la nature. Méditations auxquelles il aimait entraîner certains de ses élèves.

Il prescrivait ainsi telle de ces phrases à telle personne, à répéter tant de fois, en respirant de telle et telle façon, devant tel ou tel paysage ou objet de la campagne, de la montagne ou de la mer.

Pour enfermer la chose dans une formule (si tant est qu’un domaine si vaste puisse se laisser mettre en formule), on pourrait dire qu’il s’agit d’une technique particulière d’éveil par laquelle une communication plus directe que la simple observation et réflexion, une communion véritable peut s’établir entre le méditant et l’objet vivant sur lequel il se concentre. Par là, le méditant : 1) élargit sa conscience de ce qui l’entoure ; 2) entre pour ainsi dire en résonance avec l’être de l’objet qu’il contemple ; 3) se nourrit de la qualité particulière, de l’essence présente en cet objet, qui agit ainsi comme un remède spirituel pour le manque ou le défaut qui est à corriger chez lui.

Dans ces méditations, la Nature vient donc en aide à la démarche in­térieure, à condition, bien entendu, de ne pas faire ces méditations n’importe comment, sur n’importe quoi et n’importe quand ; faute de quoi elles seraient dépourvues de sens et d’efficacité. C’est ici que les conseils d’un être avisé, ou à défaut le discernement, la prudence et un certain degré d’intuition de notre part concernant l’imperfection à corriger en nous et le remède correspondant, sont nécessaires.

Moyennant quoi se pourra vérifier le sens un peu mystérieux de ce dicton du VADAN :

« La Nature est un pont à traverser vers Ta demeure. » (Alankara 43)

***

40. Quelque soit celui que je salue, je m’incline devant Ton trône.

41. En sympathisant avec chacun, je T’offre mon amour, mon Bien-Aimé.

42. Enseigne-moi, ô Seigneur, l’innocence de l’enfant, cet ange sur la terre.

43. La Nature est un pont à traverser vers Ta demeure.

44. Mon cœur, comme un arbre dans la forêt, se tient tranquille en attente.

45. Vaste horizon, tu rends mon cœur vaste comme toi-même.

46. Tu es ma vie et Tu es mon soutien, Dieu.

47. Mes lèvres gardent la prière enclose, comme la rose en bouton garde le parfum dans son cœur.

48. Chevauchant la cavale de l’espoir

Avec en mains les rênes du courage,

Bouclé dans l’armure de la patience

Et le heaume de l’endurance sur la tête,

Je me mis en route vers la Terre d’Amour.

La lance de ferme foi au poing

Et ceint du sabre de conviction

Avec la besace de sincérité

Et le bouclier de la ferveur,

J’avançai sur le chemin d’Amour.

Mes oreilles fermées au bruit distrayant du monde

Nos yeux détournés de tout ce qui m’appelait en chemin

Mon cœur battant au rythme d’une aspiration toujours croissante

Et mon âme enflammée me guidant en chemin

Je taillai ma route par l’espace.

48. J’allai par les forêts épaisses du perpétuel désir

Je traversai les fleuves roulant leurs eaux de nostalgie

Je passai par les déserts de souffrance silencieuse

J’escaladai les monts escarpés du continuel effort,

Sentant toujours comme une présence dans l’air j’appelai :

« Es-tu ici, mon Amour ? »

Vint une voix à mes oreilles disant

« Non, plus loin encore je suis. »

49. Nature sublime, ta réflexion produit dans mon cœur la glorieuse vision de Dieu

50. Je m’incline vers toi, ô ma mère la terre, en vénération du Père dans les cieux.

51. Les fleurs sont les empreintes de Tes pas dansants.

52. Je regarde vers Toi la tête levée et les paumes jointes en adoration, comme les montagnes rocheuses.

53. Espace, je trouve en toi le Dieu sans forme.

54. Quand je suis absorbé dans Ta vision glorieuse, Bien-Aime, même mes larmes se changent en étoiles.

55. Puissé-je ne pas âtre retenu dans les Cieux, Seigneur, car je languis de Ta demeure.

56. Depuis que mon âme a capturé Ta lumière, mon regard est devenu comète.

57. Ton étincelle divine dans mon cœur est comme la goutte de rosée dans la rose, laisse-moi la conserver, Seigneur, comme la coquille préserve la perle.

58. Que Ton soleil brille dans mon cœur.

59. Comme le soleil couchant, je courbe bas la tête à Tes pieds, en hommage d’adoration.

60. Lève la barrière, Seigneur, qui nous sépare Toi et moi.

61. Tu me guidera, Seigneur ; je suis un enfant sur le chemin de la vie.

62. Dans la rose en fleur je vois le charme de Ton expression très adorable.

63. Puisse ma foi être aussi ferme que les montagnes, Seigneur, inébranlable à travers le vent et la tempête.

64. Immensité de l’espace, tu me montres la majesté de Sa présence.

65. Depuis que Ton joyeux sourire a produit une nouvelle lumière dans mon cœur, je vois partout luire le soleil.

66. Puisse mon moi imparfait avancer vers Ton être parfait, Seigneur, comme le croissant s’élève à sa plénitude.

67. Voix silencieuse, dans la tranquillité de la nuit j’entends ton murmure.

68. Le doux souffle du vent allume le feu de mon cœur.

69. Quand je vois dans Ta main une épée dégainée, Bien-Aimé, le sang s’échappe de mon cœur comme le jet d’une fontaine.

70. Envoie sur l’humanité, Seigneur, la pluie de Ta miséricorde et de Ta compassion.

71. Mon cœur fond dans Ta lumière, Seigneur, comme la neige au soleil.

72. Chaque tige devient Ta flûte, chaque feuille un de Tes doigts, Bien-Aimé, quand Tu joues Ta mélodie dans les lieux déserts.

73. Mon âme, comme une boussole, reste pointée vers Toi, tandis que ma vie passe par la tempête.

74. Providence, je Te prie, permets-moi de retenir longtemps les mouvements glorieux de la vie, car le temps une fois passé ne reviendra jamais.

75. Tu m’apprends la patience, Nature sublime, par ton attente patiente.

76. Dans la lumière je contemple Ta beauté, Bien-Aimé ; à travers l’obscurité Ton mystère est révélé à mon cœur.

77. Que Ton serviteur, ô Seigneur, devienne mon Maître.

78. Bien que la vie toujours mouvante soit ma nature, tu es mon être même, ô tranquillité.

79. La lumière est Ton divin rayonnement, Bien-Aimé, et l’ombre est l’ombre de Ton être splendide.

80. Ma vie se précipite vers Toi, comme le souffle du vent.

81. Puisse Ta divine connaissance s’étendre sur mon cœur, comme la neige couvre la montagne.

82. C’est Ta douceur, Bien-Aimé, dont je me réjouis dans le doux parfum de la rose.

83. Mon cœur est devenu un océan, Bien-Aimé, depuis que Tu y as versé Ton amour.

84. Arbre, tu me bénis par tes mains étendus.

85. La terre subit l’attraction de la terre ; l’eau est attirée vers l’eau ; mon âme languit d’être dans Ton sein, Bien-Aimé, dans le vaste espace.

LA RELIGION – LE CHEMIN – LA VÉRITÉ

( SHARIAT – TARIQAT – HAQIQAT )

(Revue La pensée Soufie. No 4. 1982)

La religion est un chemin établi par un Prophète pour ceux qui le suivent avec l’aide de Dieu. Tous les Prophètes montrent aux hommes l’importance du monothéisme et du service. Ainsi n’y a-t-il qu’une seule religion, un seul appel et un seul Dieu. Comme les enseignements des Prophètes sont basés sur l’in­spiration Divine, ils ne peuvent être contradictoires. La différence est seulement dans les mots et les formes, mais dans les principes essentiels il n’y a nulle différence. Ce sont les médecins de l’humanité, ils ont prescrit les religions pour leurs disciples respectifs suivant leurs besoins. La religion consiste en une série de commandements et d’interdictions, et concerne le monothéisme, la purification corporelle, les prières, le jeune, les pèlerinages, la charité et ainsi de suite.

Le chemin est basé sur la religion et consiste à rechercher l’essence des formes que la religion donne, à les examiner, à purifier le cœur et à laver la nature morale des impuretés, comme l’hypocrisie, l’avarice, le polythéisme, et le reste.

La religion s’occupe de la conduite extérieure et de la purification du corps. Le chemin concerne la purification intérieure.

La religion est la rectitude de la purification extérieure. La vérité est la rectitude de la condition intérieure.

L’une est sujette aux altérations ; c’est l’œuvre de l’homme et on peut l’acquérir. L’autre est immuable, la même depuis Adam jusqu’à la fin du monde, et c’est la Grâce Divine. L’une est comparable à la matière ou le corps. L’autre est comparable à l’esprit, ou l’âme.

*** ***

86. J’entends Ton soupir, Bien-Aimé, dans la brise matinale.

87, Creuse mon cœur, Bien-Aimé, et tu trouveras la fontaine de Ton amour.

85. Mon âme est Ton esprit, ô Maître, maintenant que je n’existe plus.

89. C’est Toi, Bien-Aimé, que je vois dans tous les noms et toutes les formes.

90. Tu es plus près de moi, que mon moi.

91. Que Ta force me fortifie, que Ta lumière m’inspire, Seigneur, et que Ton amour emporte mon âme jusqu’à la joie ultime.

92. Ma vie accourt vers Toi, ô divin océan, comme la rivière coule vers la mer.

93. Rose, dans tes pétales je vois les joues roses de mon Bien-Aimé.

94. Fais que je me perde moi-même, Seigneur, dans Ta vision.

95. Que chaque moment de ma vie murmure Ton nom à mes oreilles.

96. Tu souffles sur le feu de mon cœur, Bien-Aimé, en l’éventant avec les feuilles palpitantes.

97. La lumière est Ton œil, Bien-Aimé, et l’ombre est sa pupille.

98. Tiens Toi devant moi, Seigneur, quand je suis éveillé et en moi quand je suis endormi.

99. Ma vénération pour ceux qui sont âgés est un acte d’adoration envers Toi, mon Dieu.

100. Je bois le vin de Ta présence divine et me perds moi-même dans son ivresse.

101. Que mon âme reflète, Bien-Aimé, la beauté de Ta couleur et de Ta forme.

102. Que mon cœur fleurisse dans Ton amour comme la rose.

103. Aussi invisible que l’espace, aussi inconcevable que le temps, est Ton Être, ô Seigneur.

104. Apprends-moi, Seigneur, à marcher sur la mer de la vie.

105. Même les branches se balancent en extase, quand elles reçoivent Ton message.

106. Nature sublime, puisse mon cœur trouver le repos dans ta tranquillité.

107. Dans la lumière Tu es manifeste, mon Dieu, dans l’ombre Tu es caché.

108. Encore une coupe, Bien-Aimé, que je puisse me perdre entièrement moi-même.

109. Je vois la beauté du Bien-Aimé dans toutes les couleurs et toutes les formes

110. Les Fleurs me parlent de Ta beauté et me disent combien Tu es attirant.

111. Remplis mon cœur de Ta divine beauté, comme Tu remplis l’espace avec la splendeur de Ta création merveilleuse.

112. Le Paradis a Ta beauté et la terre Ton ombre.

113. Douce brise, ton toucher pour moi est la caresse du Bien-Aimé.

114. Laisse-moi m’élever vers Toi avec le lever du soleil.

115. Le soleil se couche, la lune décroit, le printemps s’en va, l’année finit.

J’ai demandé à la vie : »Dis-moi, jusqu’à quand existeras-tu encore ? » « Moi ? », dit la vie, « Je vivrai toujours ».

116. Vent qui souffles, apporte mon Message, je te prie, à la demeure du Divin. Bien-Aimé.

117. Nous verrons qui restera jusqu’à la fin, mon adversaire persévérant ou moi, avec ma patience si longuement nourrie.

118. Les vagues de la mer, tout comme moi, s’élèvent avec les mains ouvertes pour T’atteindre, Seigneur, et retombent à Tes pieds en extase.

119. Ô Nature sublime, chargée d’esprit divin, tu prononces la prière qui s’élève de mon cœur.

120. Que mon cœur reflète Ta lumière divine, Seigneur, comme la lune reflète la lumière du soleil.

121. Bonheur ! Il est certain que tu as joué à cache-cache avec moi; depuis que je suis à ta poursuite, j’ai vu dans le monde ton ombre projetée et dans le Paradis j’ai vu ta réflexion; dans le plaisir j’ai vu un voile sur ton attirante expression; dans la douleur j’ai vu la poussière gisant sous tes pieds.

122. Mon intuition, m’as-tu jamais trompé ? Non, jamais. C’est ma raison qui si souvent m’égare, car elle vient du dehors ; toi, tu es enracinée dans mon cœur.

123. Puissé-je être dissous dans Ton océan divin comme un perle dans le vin.

124. Seul sur la mer, seul sur terre ; dans la foule ou dans la solitude, seul je me tiens.

125. Mon moi consciencieux : Ne cherche pas le plaisir par la douleur d’un autre, la vie par la mort d’un autre, le gain par la perte d’un autre, ni l’honneur par l’humiliation d’un autre.

126. Que mon cœur devienne la fontaine de Ta vie infinie, jaillissant, pour toujours et à jamais.

127. Je vois Ton mystère caché, Bien-Aimé, sous les pétales de la fleur.

128. Mon cœur, retiens soigneusement l’huile qui permet à la flamme de briller.

129. Souffrance, camarade de toute ma vie, tous s’en allaient, me laissant seul, tu serais encore là.

130. Avec l’ouverture et la fermeture de Tes yeux, Bien-Aimé, le, soleil se lève et se couche dans mon cœur.

131. Mo moi ! Qu’il est merveilleux de sentir que si personne au monde ne me comprenait, toi au moins, tu comprendrais.

132. Mon cœur est porté aux larmes par ton mouvement rapide, ô air si doux.

133. Ceux à qui Il donne licence d’agir librement sont cloués sur la terre ; et ceux qui ont libre choix d’agir sur la terre seront cloués dans les cieux.

134. Ma réserve, n’ai-je pas maintenu ton honneur tandis que j’étais assailli de tous côtés par de sauvages attaques ?

135. La rose fraiche éclose m’apporte Ton parfum, Bien-Aimé, qui porte mon cœur à l’extase.

136. Élève-moi, Seigneur, ne me laisse pas noyer dans la mer de mortalité.

137. Parle, Seigneur, dans la tranquillité de la nature ; les oreilles de mon cœur sont ouvertes pour entendre Ton appel.

138. Mon endurance, tu m’as écrasé jusqu’à ce que je devienne ton argile pétrie pour faire un corps où l’Esprit divin vienne habiter.

139. Nature sublime, dans ton silence j’entends ton cri plaintif.

140. Mer toujours mouvante de la vie, ne suis-je pas une vague s’élevant dans ton cœur ?

VADAN, Alankara 141 – 145

(Revue La pensée Soufie. No 5. 1982)

141. Grâces soient rendues au vainqueur de mon cœur :
de moi désormais il ne reste plus rien,

142. Mon moi attentif :

Supporte tout et ne fais rien,

Entend tout et ne dis rien,

Donne tout et ne garde rien,

Offre ton service et ne sois rien.

143. Pendant que j’errais par la forêt une épine piqua mon pied nu et cria :
Ah! tu m’as écrasé J’en eus regret et demandai son pardon.

Une guêpe volant dans l’air piqua mon bras et cria :

Ah! tu m’a prise dans ta manche !

J’en eus regret et demandai son pardon.

Mon pied glissa et le tombai dans une mare d’eau fangeuse. L’eau cria:

Ah! tu m’as troublée !

J’en eus regret et demandai son pardon.

Distraitement je touchai un feu brûlant et le feu cria :

Ah! tu m’as éteint

J’en eus regret et demandai son pardon.

Je demandai à mon moi adouci :

As-tu éprouvé quelque mal ?

Sois reconnaissant dit-il que ce ne fut pas pire.

144. Je volerai plus haut que le ciel le plus haut,

Je plongerai plus profond que le fonds des mers,

J’atteindrai plus loin que le vaste horizon,

J’entrerai au dedans de mon être le plus-intime.

Vous ne me connaissez que peu, ô vie toujours changeante,

Je vivrai dans cette sphère où la mort ne peut atteindre.

Je lèverai haut ma tête avant que vous ne tourniez le dos,

Je clorai mes lèvres avant que vous ne fermiez les portes de votre cœur.

Je sècherai mes larmes avant que vous ne refusiez de répondre à mon soupir.

Je m’enfuirai au Paradis, O monde d’illusion, avant que vous me jetiez a bas sur la terre.

145. RÈGLE D’OR

Mon moi attentif :

Tiens-t’en à tes principes aussi bien dans la prospérité que dans l’adversité.

Sois ferme dans ta foi à travers les tests et les épreuves de la vie.

Garde le secret de tes amis comme ton plus précieux dépôt.

Observe la constance en amour.

Ne brise pas ta parole d’honneur quoiqu’il arrive.

Rencontre le monde avec un sourire dans toute condition de la vie.

Quand tu possèdes quelque chose, pense à celui qui ne la possède pas.

Maintiens ton honneur à n’importe quel prix.

Tiens haut ton idéal en toutes circonstances.

Ne néglige pas ceux qui dépendent de toi.

146. RÈGLE D’ARGENT

Mon moi attentif :

Considère le devoir comme aussi sacré que la religion.

Aie du tact en toute occasion.

Considère avec justesse la valeur des gens.

Ne sois pour quiconque pas davantage qu’il ne convient.

Aie égard au sentiment de chaque âme.

Ne défie pas quelqu’un qui n’est pas ton égal.

Ne fais pas montre de ta générosité.

Ne demande pas une faveur de ceux qui ne te l’accorderont pas.

Affronte tes faiblesses avec le sabre du respect de toi-même.

Ne laisse pas ton courage être abaissé dans l’adversité..

147. RÈGLES DE CUIVRE

Mon moi attentif :

Considère ta responsabilité comme sacrée.

Sois poli envers tous.

Ne fais rien qui donnerait à ta conscience un sentiment de culpabilité.

Étends volontairement ton aide à ceux qui sont dans le besoin.

Ne regarde pas d’en haut celui qui lève les yeux vers toi.

Ne juge pas autrui selon ta propre loi.

Ne porte pas malice à ton pire ennemi.

N’influence personne à malfaire.

N’aie de préjugé contre personne.

Prouve-toi digne de confiance en toutes tes relations.

148. RÈGLES DE FER

Mon moi attentif :

Ne proclame pas de fausses prétentions.

Ne parle pas contre les autres en leur absence.

Ne prend pas avantage de l’ignorance d’un autre.

Ne te vante pas de tes bonnes actions.

Ne réclame pas ce qui appartient à un autre.

Ne fais pas de reproches aux autres, les confirmant ainsi dans leurs fautes.

Ne t’épargne pas dans le travail que tu dois accomplir.

Rend fidèlement tes services à tous ceux qui les demandent.

Ne cherche pas profit en mettant quelqu’un en difficulté.

Ne fais pas de mal à personne pour ton propre bénéfice.


Étiquettes : Hazrat Inayat Khan