Alix Alvaredi : Les courants telluriques influencent-ils notre comportement ?


02 Dec 2011

(Revue Question De. No 33. Novembre-Décembre 1979)

La question est posée depuis la haute antiquité grecque : le magnétisme de la Terre influence-t-il le comportement des hommes ? Est-ce vraiment un hasard si les hautes civilisations sont installées sur des zones de failles ? Un exemple : les châteaux cathares qui sont construits sur la faille pyrénéenne.

Trois heures de l’après-midi.

Invité dans ce château beauceron, je m’installe à un bureau et j’entreprends d’écrire une lettre. Mais bientôt le sommeil me gagne. Je lutte. Plusieurs fois déjà, j’ai failli tomber le nez en avant sur ma page d’écriture. Non, ce n’est pas possible, c’est une coïncidence… Je m’ébroue. Tant pis pour ma lettre, je vais me dégourdir au parc.

Dans le parc règne une étonnante fraîcheur, un parfum de mousse et d’herbes sauvages. Près du ruisseau qui le borde, je m’assieds ; je m’allonge. Et je m’endors…

— Eh bien, je ne vous avais pas menti !

J’ouvre les yeux. Mon hôte me regarde, amusé. Il rit de mon incrédulité. C’est pourtant vrai qu’il m’avait prévenu ! Il m’avait même invité pour cela. « Venez au château, m’avait-il dit, et vous constaterez un phénomène bizarre. Personne ne peut réellement y travailler. Tout le monde éprouve une torpeur permanente, tout le monde s’endort, là-bas. »

Je ne l’avais pas cru, et j’avais accepté l’invitation comme un défi. Maintenant, je suis convaincu par la démonstration, et c’est moi qui demande des explications.

C’est bien simple, me répondit-il, le château est construit sur une zone d’exceptionnelle activité magnétique terrestre. C’est, de l’avis général, cette activité de la terre qui influe sur le comportement de ceux qui vivent là. Ne me demandez pas pourquoi. Tout ce qu’on sait, c’est que l’effet est inévitable, et immédiat ! »

J’avais eu l’occasion, peu de temps auparavant, de me pencher sur la question du magnétisme terrestre. Et j’avais rencontré plusieurs éminents géologues, deux ingénieurs de l’Institut Géographique National, un professeur de physique à la Faculté des Sciences, spécialiste de la radioactivité naturelle, un chercheur du B.R.G.M. (Bureau de Recherches Géologiques et Minières), un célèbre vulcanologue…

Tous avaient été plus ou moins d’accord : on ne peut guère imaginer que les forces mesurables qui parcourent l’écorce de notre planète aient un effet suffisamment puissant pour modifier la vie d’un homme qui les subit. Tout au moins cet effet n’est-il pas vérifiable à l’échelle d’une vie.

Mes recherches personnelles, les nombreux témoignages que j’ai recueillis depuis « sur le terrain », les constatations et les rapprochements qu’on peut faire entre certains points géographiques et l’histoire de ceux qui y ont vécu — comme dans cet étrange château —m’ont fait changer d’avis, et m’inscrire en faux contre l’avis des scientifiques. Les géologues peuvent moduler une explication, mais il est hors de question de leur donner raison contre les phénomènes du monde. « Quand on ne comprend pas, c’est que cela n’existe pas ! »

Une fois de plus, il nous faudra lutter contre cette survivance de l’obscurantisme. Scientifiques, oui ; scientistes, non.

Les pays maudits

Mon château beauceron n’est pas un cas isolé. Nous avons eu souvent à nous pencher sur les « lieux envoûtés », lors d’autres enquêtes. Par exemple les sites dits « lunaires » : êtes-vous allé jusqu’à ce petit col proche de Vence, où l’on a rapporté tant et tant de témoignages de la présence d’ovnis ? Connaissez-vous ces landes bretonnes qui ont donné naissance à la légende des korrigans, et où le rayonnement de la pleine lune prend des proportions incroyables ? Avez-vous vu des photographies des zones de brume qui bordent les Bahamas, des fonds incertains des Bermudes où disparurent avions et bateaux, des phénomènes de « mer blanche » constatés par les cosmonautes depuis leurs satellites ?

La liste est impressionnante qui constate la folie de la terre. Et comment nier en bloc l’existence de tous ces points de contact entre les profondeurs de notre planète et la surface ? A l’époque où l’on étudie enfin sérieusement l’éventualité de « portes » qui donnent sur d’autres dimensions, faut-il encore refuser d’examiner des théories pourtant bien plus simples, bien plus probables, bien plus faciles à interpréter pour notre esprit nourri de logique et de rationnel ?

Il m’a semblé évident, malgré le scepticisme des chercheurs, que les entrailles de la terre, qui se déplacent, qui font dériver les continents, qui font s’entrechoquer des morceaux énormes de la croûte, qui provoquent des frottements immenses, qui libèrent des températures de roches et de métaux en fusion, il m’a semblé évident que tout cela est générateur d’énergies terrifiantes, et que ces énergies doivent bien, de temps en temps, provoquer des « effets de surface ». Il serait invraisemblable au contraire que toute cette activité gigantesque s’annule, se compense, s’équilibre sans que personne ne s’en aperçoive jamais.

Heureusement, c’est en effet ce qui se passe la plupart du temps : si les forces contenues se libéraient au lieu de s’annuler, voilà bien longtemps que nous n’existerions plus ! D’accord, la fission nucléaire a, dans la nature, des garde-fous qui la rendent improbable — à part quand nous la provoquons nous-mêmes, apprentis-sorciers de la nature. Mais enfin, il arrive bien aussi que l’« accident » se produise : on a retrouvé, dans le désert Morave (aux U.S.A.), des traces de vitrification de roches dues sans doute à de très anciennes explosions nucléaires ; on s’interroge encore sur l’explosion de la Toundra ; et, plus évident encore, la terre tremble plusieurs fois par an, s’ouvre et se ferme, crache périodiquement des jets de sa couche en fusion par les gueules de ses volcans, non ? Alors, faut-il constater toutes ces évidences, et en même temps nier les courants électriques, les champs magnétiques et les flux telluriques qui en naissent inévitablement ?

Assis dans le fauteuil du diable

Ces énergies qui se promènent à nos pieds existent, on peut en être certain. Quant à déterminer leur influence exacte sur notre corps, nos gènes, nos esprits… c’est autre chose. Et d’abord parce que nous sommes habitués à subir ces phénomènes. Voilà des millions d’années que notre race, patiemment, s’adapte à ces contraintes, comme les animaux à la survie. Alors sans doute nos cellules se sont-elles habituées à recevoir leur part de bombardements, d’influx magnétique, de courants transhumants.

La seconde raison qui rend cette étude difficile, c’est que la vie humaine est extraordinairement résistante aux agressions extérieures. Il faudrait des dégagements d’énergie énormes pour tuer un homme. Et puis, nous réagissons tous de la même manière. Supposez que nous devenions tous ensemble des mutants, sur un point particulier : cela ne choquerait personne, et nul ne trouverait dans telle modification propre à chacun le motif d’une alarme. D’ailleurs, cela ne s’est-il pas maintes fois produit, depuis la nuit des temps ? Je connais un village breton où presque tout le monde boîte. Il y eut, au dix-septième siècle, un mutant dans cette petite communauté très fermée qu’était un hameau à cette époque-là, quand on se mariait entre cousins. Et ce n’est qu’aujourd’hui qu’on se pose la question des origines de cette malformation.

Il est pourtant une façon de déceler les modifications que ces influences terrestres apportent en nous : c’est d’étudier le comportement de ceux qui vivent là où les phénomènes telluriques sont les plus forts, et puis de comparer ces hommes-là aux autres, à ceux qui vivent dans des régions plus calmes.

Oui, mais où sont donc les régions agitées ? Où sont « les fauteuils du diable », comme on nommait au Moyen Age les zones sous influence ?

Nous en avons cité plusieurs tout à l’heure. Mais il nous faudrait des périmètres suffisamment importants pour pouvoir y étudier sinon une race, du moins une communauté tout entière. Un volcan, un cirque « lunaire », un espace maritime ne le permettent évidemment pas.

Il reste les failles géologiques.

Une faille, c’est une discontinuité dans la nature d’un sol. A priori, on ne peut déduire de cette cassure dans la masse terrestre qu’elle conduit les énergies jusqu’à nous. Mais bon nombre de ces failles confirment la profondeur de leurs racines par les tremblements de terre qui s’y produisent. Et là, on peut voir évoluer et réagir toute une population.

Les failles sous-tendues par une activité tellurique, porteuses de séismes, sont connues depuis longtemps, et la tradition les a repérées bien avant la science. Platon en dressait déjà la carte, pour le Bassin méditerranéen. Et il disait que les hommes qui les fréquentaient étaient plus intelligents que les autres. Cette opinion, quelque peu hâtive, s’est répandue jusqu’à nos jours…

Associer l’intelligence à la présence de phénomènes telluriques me paraît hasardeux. Mais c’est la marque de constatations faites depuis toujours quant au comportement particulier de ces ethnies-là. Où vivent-elles ? Où sont les failles profondes ? Nous connaissons tous le tracé des zones instables en Europe ; au départ de l’Iran, une faille majeure, sans doute en coïncidence avec les cassures des plaques tectoniques, remonte par la Turquie jusqu’en Yougoslavie, puis en Italie du Nord, pour venir se perdre au large de la Côte d’Azur. Une autre, qui semble marquer la séparation des plaques du plateau continental et de la péninsule ibérique, borde les Pyrénées au nord. On m’a affirmé que ces deux cassures étaient indépendantes. Mais on m’a dit également, à l’IGN (Institut géographique national), qu’on perd leur trace dans le Golfe du Lion. Alors, sont-elles vraiment indépendantes ? Il faudrait croire ainsi que tous les peuples qui habitent au long de cette ligne intercontinentale sont différents des autres. Qui oserait l’affirmer ? Je ne le prétendrai pas. Mais je vous invite à dresser sur un atlas le cheminement de la faille, et puis à comparer cette route avec celle des civilisations. Voyez la Perse des Hittites, puis les îles volcaniques de la Méditerranée orientale, puis la Grèce, puis le monde romain, puis le Languedoc… Le parallélisme est remarquable.

N’est-ce pas le chemin des Initiés qui serait, et dans son entier, assis dans le fauteuil du diable ?

Nous aurons l’occasion de nous pencher plus précisément sur le destin de ces peuples. Nous verrons la Crête et Santorin dévastées par la plus énorme explosion volcanique de tous les temps, aujourd’hui les hauts lieux archéologiques de la Grèce antique ; nous verrons Pompéi, sommet de la civilisation romaine, ensevelie par le Vésuve ; nous verrons les Cathares du Languedoc, héritiers de la décadence italienne, dont les châteaux alignés suivent exactement la faille nord pyrénéenne…

Alex Alvaredi