Claude Barbat : Les mains du soleil


14 Apr 2012

(Revue Epignosis. No 2 Cahier 2. Octobre 1983)

(poème n° 10 du Manifeste du Nouveau Vivant) par Claude BARBAT, Président des « Compagnons du Feu ».

Il a glissé, le Nouveau Soleil, étrangement,

ses Mains rayonnantes

par les éthers profonds de la chair…

Ses rayons gagnent la Main

du Nouveau Vivant, par les artères secrètes et l’ouvrent, Étoile fleurie

en tournesol de l’Or.

Voici la Harpe accordée à l’Onde Vivante,

animée des cataractes invisibles

du Nouveau Sang…

la paume en récolte de fruits d’Au-delà,

dans le foudroiement bleu du Nouvel Air!

Voici la fraternelle Dendrite de l’arbre humain

rompant la digue des Formes, des Images, des Normes,

et libérant l’extrême lumière de la chair,

dans le Nombre aérien du Monde!…

Toutes possessions rendues à l’ivresse

tournoyante du Vol

vont et viennent de cette Main

comme d’un cœur ses pouvoirs de Vie…

Les œuvres de l’homme s’en élancent :

machines mouvantes animées

d’Inertie souveraine…

Minerves volantes hantées

du Veilleur immobile…

L’âme de l’homme y brandit son Visage d’Or.

La Métamorphose y pose l’aile

de ses Instants éternels…

L’Urne de l’Ère l’emplit de Ciel homicide

et de Jouvence millénaire.

Que cette Main se dresse en Justice d’étoile

et d’homme!…

Que cette Main s’accomplisse en Flamme Vivante

dans la chair océane du Temps!

(1978)

COMMENTAIRE

Ce poème n’a pas de titre dans le recueil du MANIFESTE, mais on pourrait le nommer, à la gloire de l’Artifex: « Les Mains du Soleil ».

« Nouveau », ce Soleil, comment ne le serait-il pas, pour le Regard « deux fois né » d’un Nouveau Vivant?

Le « JE » émergeant, dans une grâce indicible, de la divine comédie de notre existence en fait apparaitre le Feu initial et final. Il nous instaure ou plutôt nous restaure — dans la Fonction créatrice aux mille bras de Shiva.

Mais ses rayonnements ne sont pas seulement des directions, des flèches de vecteurs dynamiques. Ils se terminent, ainsi que le sculptèrent les artistes de Tell el-Amarna sous l’inspiration d’Akhenaton, par des mains dispensatrices, elles-mêmes, de rayonnements invisibles, « magnétiques », qui traversent « les éthers profonds de la chair »…

Cet Adam solaire, ce « re-né » gnostique n’est pas, en effet, devenu une boule sans membres, une suprême sphère de cérébralité séparée de la circulation amoureuse des Énergies qui articulent et distribuent son Feu-Lumière! Il se réalise, au contraire, comme le Tout-Acte qui ne peut que coïncider avec son Désir inextinguible de manifester ses Dynamismes.

Il s’accomplit comme Artiste du Feu solaire.

Le Monde créé est donc Œuvre d’Art, composition de créations pour un Jeu de Beauté…

C’est à quoi jouent les poètes, les artistes, les créateurs « iconiques » du Nouveau Monde, c’est-à-dire du Monde « créationnel ».

A chacun est accordée cette Main de Beauté Juste : « Étoile fleurie » que les « Compagnons du Feu » saluent dans le pentagramme opératif — la  main aux cinq doigts, la Rose aux cinq pétales des Noces Chymiques, l’Étoile minérale qui surnage dans une Phase du Grand Œuvre… —, mais qui est aussi bien, comme dans ce poème, le « tournesol » aux mille pétales qui tourne fidèlement avec ce « Sol aureus » qui l’inonde de sa chaude source d’inspiration.

Cette Main Nouvelle aux doigts dressés dans le vent des Muses résonne à l’Onde vivante des Énergies. Chacun de nous éprouve cette sensation quand le désir créateur envahit ses jardins intérieurs. Il nous semble, alors, que notre sang lui-même bat une suprême mesure, un rythme de cataracte d’Accomplissement.

Et sous ces doigts tendus en cordes de harpe, la Paume créatrice, elle, Toute-Réceptivité, Coupe féminine offerte à l’Au-delà du sensible, s’emplit de l’espace céleste d’une Nouveauté!

Cette Main de création, inventrice, la physiologie la retrouve à l’œuvre dans son homologue, sa sœur la Dendrite, cette extrémité nerveuse cérébrale qui joue, dans une danse et un désir incessant, de toujours nouvelles touches connectrices avec les autres antennes de l’Onde créatrice. Il faut se représenter ce jeu prodigieux, dans la « lumière » des hautes profondeurs de notre chair cérébrale comme on peut l’imaginer dans le Vortex des Feux-Lumières cosmiques!…

Les « habituels objets » devenus figés et dégradés en « possessions » doivent être décomposés par le créateur, libérés et projetés dans un espace nouveau, remis dans le Courant créatif.

Ces « Nouveaux Objets » deviennent ainsi œuvres Vivantes, car dynamiquement conscientes de leur Cœur, de leur Centre. Ils incorporent l’équanimité du « JE » dans son Androgynat royal.

C’est alors, on peut le dire, l’émergence de l’Œuvre évoquée et ponctuellement réalisée par l’Alchimiste, où cet Artiste du Feu « dresse » (aux deux sens du terme) son âme dans le Miroir de la Métamorphose.

Mais cette Main royale apparaît, encore, comme Main de Justice, munie d’un potentiel effrayant, « Vajra » suspendu sur nos « moi » quotidiens, car elle peut poser des Actes, lancer dans le Courant vital des Réalités aux rayonnements inouïs dont le terme « Théurgie » livre aux Kabbalistes les justes résonances.

L’homme ne prend pas en main sans un énorme danger la Puissance de l’Étoile, à moins que la Flamme de cette Étoile n’en soit venue à brûler dans l’Océan de son propre Cœur!…

Cl. B .

+ + +

L’ESPRIT DU NOUVEAU VIVANT

Si je te fais signe, Veilleur, du métal de mon Étoile,

De mes griffes d’Idée ardente,

C’est que l’Heure est à saisir

De toutes les mains du Désir!…

Si je hante ton attente de mon visage éclos

Des nuées tournoyantes de l’Inconnaissable,

C’est que l’ile du Présent

Se doit d’émerger des plus profonds Océans!…

Si j’offre à ton Cœur la blessure

D’un Graal améthyste,

C’est que la pierre même, dans son Palais Lumière,

Crie un nouveau Christ,

Un nouveau Sang qui s’écoule de notre temps!…

Si je dresse cette Flamme sur le Globe

De la Terre Verte des Mondes renaissants,

C’est qu’un Art d’homme peut rejoindre le Vivant!…

Mais ne reste pas ici, devant, Veilleur…

Va de l’avant vers le Visage éternel

Du Nouveau Vivant!…

Claude BARBAT (poème extrait de Jouer la File de  l’Ère, Édit. Regain, Monaco, 1979)