Ma Suryananda Lakshmi : L’Évangile selon Thomas


26 Feb 2010

(Revue Panharmonie. No 170. Novembre 1978)

Le titre est de 3e Millénaire

Compte rendu de la réunion du 12.11.1977

Ma Suryananda Lakshmi nous parla de l’Évangile selon Thomas. Ce fut une surprise. Nous ne lui avions pas demandé quel serait son sujet. Peu importait ! Nous savions que de toute façon elle nous apporterait la parole qui élève l’âme. Car, ainsi qu’elle le dit elle-même, tous les textes qu’elle commente, qu’ils soient asiatiques ou chrétiens, touchent au grand problème humain entre l’homme et son Créateur. La Vérité ne se découvre qu’en nous-mêmes par le travail que nous faisons. Il est inutile de se casser la tête sur des textes qui ne nous disent rien, retenons-en un ou deux qui nous semblent beaux, qui éveillent un écho en nous et que, au cours des âges, nous comprendrons de mieux en mieux. L’essentiel est de les vivre là où on est. Et surtout ne nous comparons pas à d’autres, car ceci est cause de dépression. Chaque vie est spécifique et le Seigneur est toutes les vies, qu’elles soient différentes, inégales, c’est toujours le Seigneur, et elles sont toutes incomparablement précieuses. Les êtres sont fondamentalement inégaux, nous n’en voulons comme preuve que la maladie, la nature. Cette égalité tant prônée actuellement, va si loin qu’elle nous enlèvera jusqu’à la possibilité d’être inégaux, cette inégalité étant une richesse. Krishna, dans la Bhagavad Gîta dit : « Comme l’homme vient à moi, ainsi je le reçois ».

Les textes indiens et chrétiens montrent le même chemin. Ils sont sous un différent aspect.

Le Nouvel Évangile selon Thomas a été découvert en Haute Égypte en 1945 dans un ancien tombeau. Il se trouvait dans une jarre avec douze autres manuscrits en langue copte. Ce manuscrit est déjà une copie. On pourrait dire que le teste en est lapidaire, seules ont été gardées les paroles du Christ et il serait peut-être parfois difficile de les comprendre, si l’on n’avait pas les quatre Évangiles canoniques, dans lesquels on trouve une certaine naïveté, mais qui sont dotés de beaucoup de chaleur. On sent moins la présence du Christ dans l’Évangile de Thomas qui semble pourtant issu d’une révélation.

Pour Ma Suryananda Lakshmi l’Évangile selon Saint Matthieu a un caractère historique, celui de Saint Marc est le plus pieux des quatre, celui de Saint Luc est plus intellectuel et celui de Saint Jean est des plus mystique. Il apporte la notion de l’unité divine du Christ et de Dieu. Thomas est plus métaphysique. Il donne la confirmation de ce que Ma défend depuis quarante ans, à savoir qu’il faut comprendre les textes selon l’esprit et non selon la lettre : « Que celui qui a des oreilles entende ce qui est dit selon l’Esprit ». Ma s’est toujours efforcé de dédramatiser les textes, de les impersonnaliser, de les intérioriser, afin que nous puissions les faire nôtres et qu’ils soient une nourriture sur notre chemin. Car tous ces personnages dont il s’agit, qu’ils s’appellent Abraham, Matthieu, Christ, Bouddha, Krishna, Lakshmi, etc., ils sont nous-mêmes, ils sont notre corps et notre vie. Laissons-les vivre en nous, ils nous libèreront de nos angoisses et nous donneront la stabilité, la certitude de Dieu en nous. De Dieu qui s’est donné une forme et cette forme, aimons-la tellement, qu’elle nous révèle Dieu sous tous les noms par lesquels on le nomme.

Voici le premier Logion, c’est-à-dire verset de l’Évangile selon Thomas :

« Voici les paroles cachées que Jésus, le vivant, a dites et que Didyme, Judas Thomas a transcrites : / Et il a dit : / Celui qui trouve l’interprétation de ces paroles ne goûtera pas la mort ».

Ce verset n’est compréhensible que si nous avons déjà fait un bout de chemin et que nous ayons appris à écouter, à entendre, à comprendre selon l’esprit qui est toute lumière. Apprendre à entendre les textes sacrés comme par le solfège on apprend à écouter de la musique, et leur donner la signification la plus belle et la plus divine.

A présent on veut mettre les textes sacrés à la portée des gens au lieu d’élever les gens à la hauteur des textes !

« Voici les paroles cachées de Jésus… », Jésus l’Eternel et non Jésus l’homme. Celui qui était avant et au-delà de la fondation du monde. Le sat-chit-ananda de l’Inde, être, conscience, félicité de l’existence qui est la connaissance. C’est cela le Christ dans l’infini, dans l’univers, en nous.

« …Celui qui trouve l’interprétation de ces paroles, ne goûtera pas de la mort », il parviendra au-delà de la mort, et entrera dans l’infini qui est en nous et dans la vision divine.

Nous lisons dans Saint Matthieu, chap. XI, 25 : « Je vous bénis Père, Seigneur du Ciel et de la terre, de ce que vous avez caché ces choses aux sages et aux prudents et les avez révélées aux simples. »

Il s’agit de paroles non accessibles au raisonnement. Nous ne naissons qu’au fur et à mesure que nous mourons à notre petit moi individuel. Elles nous conduiront au-delà de la mort, à cette deuxième naissance intérieure, celle de l’esprit. Les paroles cachées sont les semences de la vie divine en nous. Ne soyons pas impatients, mais essayons de marcher sans nous demander quand viendra cette libération, dans la certitude qu’elle viendra. Nous pourrons alors passer à la vision intérieure au-delà de la mort, où nous n’aurons plus de désirs ni d’attachements, ni égoïsme, ni orgueil. Quand l’un de ces quatre éléments manque, l’accord n’est pas parfait. Quand nous n’attendons plus rien, nous sommes sans désir ; quand nous ne nous arrêtons à rien, nous sommes sans attachement ; quand nous savons que le destin est le même pour chacun, nous sommes sans égoïsme et quand nous ne nous distinguons pas des autres, nous sommes sans orgueil.

Et le Logion 2 : « Jésus a dit : Celui qui cherche ne doit pas cesser de chercher jusqu’à ce qu’il trouvera / et quand il trouvera / il sera stupéfié / et étant stupéfié / il sera émerveillé / et il règnera sur le Tout ».

Nous avons l’éternité devant nous, la recherche est infinie. Chercher avec joie, sans esprit chagrin, avec persévérance. Après un contact authentique il faut attendre douze ans, dit-on, pour atteindre la prochaine étape. Dans cette recherche, le temps est sans importance, Dieu, de toute façon, sera victorieux !

Et Ma Suryananda Lakshmi nous cite en exemple le « Livre du Job ». L’Eternel laisse faire Satan qui lui propose d’éprouver Job, comblé de grâces : « Tout ce qu’il possède, je te le donne. Mais tu ne toucheras pas à l’homme. » L’Eternel sait qu’il sera victorieux. Et, en effet, au plus fort de ses épreuves, Job prononce cette parole magnifique : « L’Eternel a donné, l’Eternel a repris, que la parole de l’Eternel soit bénie. » Et quand sa femme qui symbolise son mental cherche à la détourner de Dieu, il répond : « Quoi ! nous recevrions de l’Eternel le bien et nous ne recevrions pas le mal ? ». Et quand l’Eternel lui parle, Job dit : « Je sais que tu peux tout, et que pour toi aucun dessein n’est trop difficile… ». Encore frappé de son ulcère, dépouillé de tout, Job arrive à la vision de Dieu.

« Il sera stupéfié »… il sera frappé de cette stupeur intérieure et soudain s’ouvre en lui la lumière de l’Univers, celle de l’esprit qui apporte avec elle une telle certitude que nous sommes stupéfiés et qu’une connaissance nouvelle se fait en nous.

… «  Et étant stupéfié, il sera émerveillé, et il règnera sur le Tout ».  Il faut se laisser stupéfier pour naître à cet émerveillement intérieur.

Dans le Logion 8, nous trouvons des conseils pratiques pour un travail fécond :

« Et il a dit : L’Homme est semblable à un pêcheur avisé qui jeta son filet à la mer / et le retira de la mer plein de poissons / parmi eux le pêcheur trouve un gros poisson /. Il rejeta tous les petits poissons au fond de la mer / il choisit le gros poisson sans peine /. Que celui qui a des oreilles pour entendre, entende. »

Être avisé, c’est être attentif dans la bonne direction. Nous attachons trop d’importance à des choses qui n’en ont pas. « L’homme est semblable à un pêcheur avisé… » il en a la possibilité… « Qui, jeta son filet dans la mer et le retira plein de poissons, parmi eux le pêcheur avisé trouve un gros poisson. Il rejeta tous les petits poissons au fond de la mer, il choisit le gros poisson sans peine. Que celui qui a des oreilles pour entendre entende. »

L’important est de savoir choisir et de rejeter tout le reste. « Quand « changerons les choses ? Comment allons-nous mourir, que se passera-t-il après ? ».

Il faut toujours revenir au commencement. Sainte Agnès dit : « Le commencement est Dieu, la fin est Dieu et la croissance entre les deux est Dieu ». Et au premier chapitre de l’Apocalypse : « Je suis l’alpha et l’oméga, dit le Seigneur Dieu, celui qui est, qui était et qui vient, le Tout-Puissant ».

Il n’y a qu’une seule vie, Dieu, il n’y a qu’un seul esprit, Dieu. L’humanité est unique et totale et la vie du Dieu incarné.

…« Heureux celui qui se tiendra au commencement, il ne connaîtra pas la fin et ne goûtera pas la mort » (Logion 18). Nous nous imaginons la mort comme un terme, la vie est un cycle.

Chantons Dieu et, si possible, supprimons les intermédiaires. Ramakrishna a voulu pourfendre la Mère Divine à laquelle il vouait pourtant une profonde dévotion. Mais il voulait aller au-delà. Le chap. XXI, 22, de l’Apocalypse dit en parlant de la Jérusalem Céleste : « Je n’y vois point de temple, car le Seigneur Dieu Tout Puissant en est le temple, ainsi que l’Agneau. »

« Les disciples lui dirent : enseigne-nous le lieu où tu seras, car nous « te chercherons… » (Logion 24) et nous trouvons dans Jean, chap. IV,

« Jésus dit : Vous savez où je vais… » mais les disciples ne comprirent pas. Où est Jésus ?

Dans la lumière divine, dans ce lieu sacré où parfois nous pouvons entrer dans un de ces moments privilégiés. Il y a de la lumière dans un être lumineux il illumine le monde. Matthieu V, 14 : « Vous êtes la lumière du monde : une ville située au sommet d’une montagne ne peut être cachée. Et on n’allume pas une lampe pour la mettre sous le boisseau, mais sur le chandelier, et elle éclaire tous ceux qui sont dans la maison. » Les Évangiles se retrouvent, se rejoignent.

« Ses disciples dirent : « Enseigne-nous le lieu où tu es / car il est nécessaire que nous te cherchions. / Il leur dit : / que celui qui a des oreilles entende ! Il y a de la lumière / en dedans d’un être lumineux et il illumine le monde entier. S’il n’illumine pas, / c’est une ténèbre. »

Un hymne védique s’adressant à Surya dit : « De deux côtés tu entoures la nuit, ce n’est pas la nuit qui limite le jour, c’est la lumière qui limite la nuit. » La différence est énorme. Ce n’est pas notre obscurité, notre ombre qui limite la lumière, c’est la lumière qui l’enveloppe, la pénètre, qui la réveille au jour. Ce sont ces choses qui constituent le gros poisson qui nous nourrit.

La vie spirituelle est toute simple. C’est la vie qui se charge de nous purifier, de nous raboter. Et la vie, c’est Dieu. Chaque jour est une grâce, chaque moment est une grâce.

« Si on vous dit est-ce vous ? Dites nous sommes ses fils et nous sommes les élus du Père vivant. » Christos en grec signifie : élu. Élu du Père vivant, c’est être le fils élu, promis à remonter, à renaître à la lumière qui s’est faite elle-même. Nous sommes les héritiers de la royauté divine et spirituelle de la vie qui est inaltérable et qui est tout cela en nous. Nous avons à nous mettre à chercher jusqu’à ce que nous trouvions dans le total oubli de soi qui est l’extase.

Logion 50 : « Jésus a dit : / Si l’on vous dit / d’où êtes-vous ? / dites-leur / nous sommes venus de la lumière là où la lumière s’est produite / d’elle-même ; / elle s’est dressée / et elle s’est manifestée dans leur image. / Si l’on vous dit : / Est-ce vous ? / dites : / Nous sommes ses fils / et nous sommes les élus du Père — le Vivant. Si on vous interroge : / quel est le signe de votre Père qui est en vous ? / dites-leur : / c’est à la fois le mouvement et un repos. »

C’est à la fois travail et devenir sur un repos. L’importante statue de la Mère Divine en basalte noir, devant laquelle Ramakrishna accomplit son ascension intérieure, est celle de Kali dansant sur le corps immobile et immaculé de son époux, Shiva, la conscience de l’Unité qui est étendue sur un lotus épanoui. Dieu apparemment obscur qui danse sur son repos de son éternité inaltérable, qui est la parfaite blancheur de la conscience, la totale pureté de l’âme qui demeure à jamais transparente de Dieu.

Et dans un des derniers logions No 106 : « Jésus a dit : / lorsque vous faites le deux Un, / vous deviendrez Fils de l’homme, et si vous dites : / montagne éloigne-toi, / elle s’éloignera. »

Quand nous naissons à l’unité intérieure nous sommes sur ce chemin où l’on finit par trouver le commencement.

Si l’on reçoit bien l’Évangile selon Thomas, il ne faut pas le comparer, ni l’opposer aux autres. S’il y a des différences dans la forme, ils n’en sont / pas moins / l’Évangile. Il n’y en a qu’un seul que nous ne connaissons pas, parce que c’est précisément celui qu’il faut découvrir peu à peu en soi-même. C’est dit en toute lettre dans l’Apocalypse : « Et je vis un Ange traverser le Ciel et qui tenait dans sa main l’Évangile universel, pour tout peuple, toute tribu, toute langue, toute action. »

L’Évangile signifie « bonne nouvelle », celle de Dieu en nous, car il n’y en a pas d’autre. Vivre l’unité est certainement la chose la plus difficile qui soit. Nous sommes constamment frappés par la diversité, portés par la complexité, par l’adversité et nous nous y laissons prendre. Mais si nous opposons à cela Dieu seul, Dieu qui est tout, qui sait tout; peu à peu une grande sérénité naît en nous et nous commençons à comprendre ce qui veut dire : « Nous sommes les élus du Père, le Vivant ».

Sur Ma Suryananda Lakshmi  (de son vrai nom: Mme Noutte Genton-Sunier)  voir le site http://sites.google.com/site/ecclesiafrance/