swami Satyananda Sarasvati : Médecine moderne et yoga


20 Jun 2010

(Revue Énergie Vital. No 12. Juillet-Août 1982)

Interrogé sur ses opinions concernant la médecine moderne, Swami Satyananda donne son avis sur ce qu’il appelle la santé « positive » et la santé « négative ». Propos recueillis à Satyanandashram

J’ai consacré une grande partie de ma vie à la médecine, comme mon Guru, Swami Sivananda. Je respecte donc la science et ses enseignants, et je n’approuve pas ceux qui critiquent la médecine. Comme toutes les sciences, la médecine moderne a son rôle à jouer pour le bien-être de l’humanité.

Naturellement, la médecine a ses limites. Mais nous devons les accepter au même titre que nous acceptons les limitations du Yoga. Mais oui ! le Yoga a aussi ses limites ! Par exemple, vous ne pouvez pas demander à une personne atteinte de typhoïde de pratiquer bhastrika pranayama !… Car vous savez ce qu’elle risque…

A travers les âges, l’homme a élaboré différents systèmes de guérison. L’un des meilleurs et des plus scientifiques est représenté par l’Ayurveda qui naquit chez les Hindous.

Autre science merveilleuse et naturelle : l’Homéopathie, qui a le mérite de ne pas coûter cher. En Inde, nous lui sommes très reconnaissants, car la médecine moderne coûte des milliers de roupies alors que les remèdes homéopathiques coûtent parfois une seule roupie.

Évidemment, la forme la plus répandue est l’Allopathie.

Nous devons respecter toutes ces sciences. Cependant, il ne faut pas croire que la médecine peut nous donner la santé. La santé a toujours un aspect positif, jamais négatif. Je m’explique. Lorsque vous prenez une pilule pour vous assurer un sommeil profond, le genre de sommeil que vous obtenez est de qualité négative. Pour vaincre l’insomnie de façon positive vous devez modifier votre environnement, aller quelques jours à la montagne ou prendre de l’exercice. Alors vous dormirez bien. C’est ce que j’appelle une santé positive.

On ne peut absolument pas faire confiance à la santé négative qui peut se détériorer à tout instant. La santé positive, par contre, est très fiable, car elle ne dépend pas d’agents extérieurs.

Peut-être ne le savez-vous pas, mais notre organisme est capable de fabriquer lui-même ses propres antibiotiques, cortisones, adrénaline et autres. Il nous faut seulement découvrir le moyen de puiser à cette source intérieure.

La manière la plus simple est de jeûner un jour par semaine ou une fois par quinzaine. Si jeûner vous semble trop difficile, mettez-vous à la diète, sans sel, sans produits animaux y compris lait, crème, fromages ou beurre pendant un certain temps. De la sorte vous éliminerez vos toxines, et par là même la cause de vos maladies. Quand l’organisme est débarrassé de ses toxines, les anticorps peuvent entrer en action partout.

Ainsi malgré tout le respect que je porte à la science médicale, je pense qu’il ne faut y avoir recours qu’en cas d’urgence. Par exemple, il est exclu de pratiquer le yoga sur un champ de bataille… Si un soldat est grippé, il faut le remettre très vite sur pied pour qu’il puisse retourner à son poste. Il s’avère que les sciences médicales se sont principalement développées en temps de guerre car il était vital de soigner les soldats dans un minimum de temps. Pourrait-on imaginer de les faire rester sous la tente pour pratiquer Yoga-nidra pendant deux semaines ? …

Aussi, ne dénigrons ni les médecins, ni les chirurgiens.

Mon Guru Swami Sivananda était un grand médecin. Un jour je lui ai demandé : « Pourquoi avez-vous abandonné la médecine ? » Il m’a répondu : « Les maladies humaines sont au-delà du cadre médical. Les médicaments ne peuvent guérir les souffrances morales ni éloigner le chagrin. Les drogues ne peuvent aider l’être humain à dépasser leurs émotions. C’est pourquoi j’ai choisi le yoga à la place de la médecine. »

C’est exactement mon cas.