André Dumas : « PSI » dans la Nature : L’Idéoplastie


18 Mar 2017

(Revue Psi International. No 5. Mai-Juin 1978)

Si l’action du psychisme sur des objets matériels est encore contestée, celle qu’il exerce sur l’organisme est bien établie. C’est sur cette donnée que repose toute la médecine psychosomatique, les psychothérapies, la méthode Coué, la sophro­logie, etc. Mais cette action va beaucoup plus loin qu’on ne le pense généralement et les conceptions scientifiques actuelles n’en ont pas encore assimilé toutes les conséquences.

Les expériences de « sinapisme par suggestion » réalisées par le Dr Pierre Janet à l’hôpital de la Salpêtrière (voir son ouvrage L’Automatisme psychologique) constituaient de véritables « stigmatisations expérimentales » : la peau du sujet rougissait fortement à l’endroit désigné par l’ex­périmentateur, se gonflait et offrait l’apparence d’un sinapisme très fortement marqué, dont la trace persistait bien plus longtemps qu’avec un sinapisme réel. Le gonflement de la peau était en rapport étroit avec la pensée du sujet et présen­tait la forme qui était suggérée, rectangle, étoile à six branches, etc. Le sinapisme par suggestion avait les mêmes effets physiologiques et thérapeutiques qu’un véritable sinapisme.

Un autre médecin, le Dr Toussaint Barthélemy, avait publié une Étude sur le Dermographisme (ou dermoneurose toxivasomotrice – 1893) dans laquelle il réunissait de nombreuses expériences et observations de même ordre, qu’il comparaît, documents historiques à l’appui, avec la dermatologie « sacrée » et « diabolique ».

Il faut arriver aux investigations métapsy­chiques pour que ces phénomènes soient considé­rés sous un autre angle que la pathologie. Le Dr Eugène Osty et ses collaborateurs de l’Insti­tut métapsychique international ont étudié en 1928 les phénomènes idéodermographiques pré­sentés par Mme Olga Kahl. Ceux-ci revêtaient un caractère nettement parapsychologique, car l’agent déclencheur n’était pas une suggestion verbale, mais une suggestion mentale, donc une action télépathique des expérimentateurs. Citons quelques-unes de ces expériences, en signalant que Mme Kahl était de nationalité russe, ce qui a une importance dans l’analyse du phénomène. Le Dr Jean-Charles Roux, prié de penser à un nom, évoque dans sa pensée celui d’une petite fille, sa nièce Renée. Le sujet tend son bras, où l’on ne voit rien, et demande au Dr Roux d’appliquer sa main sur l’avant-bras, ce qu’il fait pendant 30 secondes. Des lignes rouges se forment, puis on voit nettement appa­raître un R, puis un E, puis un H et le sujet dit aussitôt : Renée ; l’H est la forme du N en russe, ce qui montre le rôle du psychisme subconscient du sujet dans le phénomène, ce qui était déjà évi­dent dans les « sinapismes par suggestion » du Dr Janet, qui se présentaient avec les angles coupés, suivant l’image que s’en faisait le sujet. Le Dr Cunéo réalisa la même expérience avec Mme Kahl, après avoir écrit dans une pièce voi­sine un nom sur du papier ; on vit se dessiner sur l’avant-bras le nom de Sabine, avec quelques erreurs : Sabni. Le sujet regardait avec autant d’intérêt que les expérimentateurs le dessin qui apparaissait, car l’image subconsciente s’exté­riorisait sur son bras et ne parvenait à la cons­cience que par cette voie. L’expérience suivante en est la confirmation : Mme Kahl propose à Mme S… de faire un essai et de lui tenir la main en pensant à un mot. Au bout d’une quinzaine de secondes apparut la lettre Y, occupant près du pli du coude toute la largeur de l’avant-bras. En regardant cette première lettre, le sujet déclare : « C’est Yvonne que vous avez pensé. » Mme S… ne répondit pas, et l’on vit bientôt, se traçant en rouge, sur toute la longueur de l’avant-bras, bien lisible pour tous, le mot : Y LANDE. Mme S… avait pensé Yolande, la deuxième lettre du mot manquait, mais la place y était « réservée ».

On voit dans cet incident que ce n’est pas l’image consciente « devinée » (Yvonne) qui a été objec­tivée, mais bien l’image réelle perçue par la subconscience. Il y a là une analogie frappante entre les modalités de ce phénomène idéodermo­graphique, où le sujet ignore ce que son subconscient a perçu, jusqu’au moment où les lettres se dessinent sur son bras, et celles de la clair­voyance ou de la télépathie où le sujet ne prend connaissance de ce que son subconscient a reçu, que lorsque les images, les signes, les lettres ou les symboles apparaissent dans sa vision interne.

Comment ne pas rapprocher ce phénomène idéo­dermographique expérimental avec les « marques de naissance » attribuées par la tradi­tion populaire à une « envie », à une « idée » ou à une émotion de la mère pendant la grossesse ? Ferrière, dans l’Éducation antérieure, a rap­porté le cas d’une chauve-souris qui s’égara un soir dans une salle de bal, et que les femmes ef­frayées chassaient à coups de mouchoir. Elle se posa sur l’épaule de l’une d’elles, enceinte, qui s’évanouit à son contact. Cette dame donna nais­sance à une fille dont l’épaule présentait l’image d’une chauve-souris aux ailes déployées. Tout y était : le poil gris, les griffes et le museau se détachaient sur la peau blanche et plus tard la jeune fille dut toujours avoir les épaules cou­vertes.

De tels cas sont moins rares qu’il ne paraît, et le dossier en serait abondant si on ne les avait négligés si longtemps, en les considérant simple­ment comme de bizarres coïncidences. On en trouve non seulement dans l’espèce humaine, mais aussi dans le règne animal. L’un de ceux-ci a pu être observé avec précision : c’est celui de deux petits chatons d’un boulanger de Nice qui portaient sur leur pelage gris le millésime 1921 surmonté de trois petites taches, gris foncé. Une enquête approfondie eut lieu qui établit que ces marques étaient la reproduction des chiffres et des trois étoiles inscrits sur des sacs de farine, placés dans l’arrière-boutique du boulanger. La chatte, mère de ces chatons, était restée, avant leur naissance, tapie pendant des heures, guet­tant une souris, les yeux fixés sur un de ces sacs. Le rapport de ce cas remarquable a été publié dans la Revue Métapsychique (1922, n° 1), avec des photographies prises successivement, à plu­sieurs mois d’écart, par des enquêteurs diffé­rents, qui montrent l’évolution, avec le temps, des marques sur le pelage.

Comme je l’ai souligné dans La Science de l’Âme, des phénomènes de ce genre ont été observés depuis la plus haute antiquité. La Bible nous apprend que Jacob utilisait déjà l’idéoplastie pour obtenir des agneaux tachetés et augmenter ainsi son troupeau aux dépens de Laban. Il avait convenu avec lui, dont il gardait les troupeaux, que toutes les chèvres, brebis et agneaux tache­tés et picotés seraient pour lui. Il prit des verges fraîches de peuplier, de coudrier et de châtai­gnier, en ôta les écorces par endroits en décou­vrant le blanc, puis mit ces verges ainsi pelées devant les troupeaux, dans les auges et dans les abreuvoirs : ainsi les brebis et les chèvres fai­saient des agneaux et des cabris tachetés Un autre exemple d’embryo-stigmate dans le règne animal est celui de l’œuf du coucou. Plu­sieurs jours avant de déposer son œuf parasite, la femelle rôde autour du nid qu’elle a choisi. Et cet œuf est toujours de la même coloration et tacheté de la même manière que les œufs de l’es­pèce choisie comme victime. Le British Museum en possède une collection impressionnante.

On a souvent objecté que ce mimétisme de l’œuf est inutile, que les oiseaux prennent aveuglément soin de tous les œufs ou oisillons se trouvant dans le nid, sans distinction de coloration ou de grosseur. Mais il ne faut pas déplacer le pro­blème, qui n’est pas métaphysique mais scien­tifique. Il ne s’agit pas ici de trancher entre la finalité, l’efficacité et l’inutilité. Il s’agit du pro­cessus du phénomène : il est de toute évidence idéoplastique. Et l’expérience a montré que l’adaptation homochromique — dont l’utilité, dans ce cas, est incontestable — au fond sur lequel ils vivent, est aussi un phénomène idéoplastique.

On a démontré que la peau du poisson peut reproduire non seulement la coloration générale du fond, mais aussi des dessins précis. Ainsi, lorsqu’on dessine sur le fond de l’aquarium où se trouvent les turbots, des ronds, des carrés ou des bandes alternativement blanches et noires, on voit se dessiner, sur la peau du poisson, des ronds, des carrés ou des bandes alternativement claires et foncées.

Lorsqu’on détruit les yeux ou les ganglions optiques du poisson, le phénomène ne se produit plus. Si le turbot est placé sur un fond noir et blanc, si tout le corps est sur la partie noire, et la tête au-dessus de la partie blanche, le corps entier s’harmonise avec celle-ci. Le point de départ du phénomène est donc dans les yeux, c’est-à-dire dans l’image du monde extérieur, laquelle s’intériorise en image psychique qui, par un enchaînement anatomique déterminé et des moyens physicochimiques appropriés, s’ob­jective au niveau pigmentaire, en phénomène physiologique.

Mais nous ne sommes encore là qu’à des mani­festations élémentaires de l’idéoplastie.

(à suivre)

« PSI » dans la Nature : L’Idéoplastie par André Dumas

(Revue Psi International. No 7. Octobre-Décembre 1978)

(suite)

Dans la première partie de cet article (voir PSI INTERNATIONAL n° 5), André Dumas rappelait une série de faits mettant en évidence la plasticité de l’organisme animal ou humain aux influences chromatiques, géométriques et imaginales du monde extérieur. Il démontre dans ce qui suit l’universalité de ce phénomène dans la Nature et les rapports étroits qu’il entretient avec l’existence d’une intentionnalité dans l’évolution du vivant. Seule une « information Psi », à l’œuvre dans le devenir biologique, peut rendre compte de l’ensemble des faits mentionnés par André Dumas.

On ne saurait traiter le problème de l’idéoplastie sans se référer aux expériences de Mme Bisson (Les Phénomènes dits de Matérialisation) et du Dr Von Schrenck-Notzing (Les Phénomènes Physiques de la Médiumnité) avec Eva Carrière et Rudi Schneider, qui, bien qu’elles aient été très discutées, n’en ont pas moins été conduites avec beaucoup de prudence et à l’aide de rigoureux moyens de contrôle : le Dr Von Schrenck-Notzing avait disposé autour de son laboratoire plusieurs appareils photographiques dont les enregistrements ont permis d’étudier les phénomènes sous plusieurs angles d’observation.

Au cours de ces expériences, plusieurs « matérialisations » plates ont été obtenues, représentant des portraits de certains personnages historiques : Raymond Poincaré, le roi Ferdinand de Bulgarie, Woodrow Wilson, etc.

Or, il a été établi que ces portraits avaient été publiés quelque temps auparavant dans un magazine périodique « Le Miroir » et les critiques n’ont pas manqué de proclamer que les dites « matérialisations » étaient frauduleuses et dues à l’utilisation de découpages empruntés à ce magazine.

Sur l’une des photographies, on voit d’ailleurs les premières lettres du titre : MIRO ; on y a vu la preuve de la fraude, et à l’objection que le fraudeur serait bien naïf de révéler la source de ces portraits, on a rétorqué qu’il y avait là une astuce supplémentaire.

Les conditions d’expérimentation et de contrôle répondent suffisamment à ces critiques. La contre-épreuve consistant à photographier des images découpées dans « Le Miroir » et placées sur le corps du médium, a montré la très faible visibilité des images du « Miroir » sur les photos ainsi obtenues et l’impossibilité d’attribuer les phénomènes à cette éventuelle supercherie [1].

Nous pouvons donc considérer ces faits comme des éléments positifs contribuant à établir la réalité de l’idéoplastie dans certains phénomènes ectoplasmiques.

L’ingénieur Pierre Lebiedzinski a présenté au Congrès International des Recherches Psychiques de Varsovie en 1923, un rapport sur L’Idéoplastie comme hypothèse directrice des études métaphysiques, dans lequel il rapprochait les images plates obtenues par Von Schrenck-Notzing des expériences de W.J. Crawford, professeur de mécanique appliquée à l’Université de Belfast, au cours desquelles son médium Miss Goligher émettait des « structures » ectoplasmiques en forme de leviers (cantilever) qui soulevaient la table d’expériences, ce qui peut être considéré comme une objectivation des conceptions mécaniques du Professeur Crawford. De même, les « rayons rigides » du Professeur Ochorowicz peuvent être interprétés comme l’objectivation de son hypothèse, élaborée après ses premières expériences avec Stanislawa Tomczyk.

J’ajouterai qu’il y a là aussi une justification inattendue des vues philosophiques de Schopenhauer, développées dans son œuvre Le Monde comme Volonté et comme représentations.

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Cela dit, quittons les laboratoires et retournons dans la Nature. Dans mon article précédent (PSI INTERNATIONAL N° 5), j’ai mentionné comme fait idéoplastique le mimétisme sous la forme de l’adaptation homochromique.

Mais il existe un mimétisme permanent que les biologistes mécanistes s’efforcent d’interpréter comme le résultat de curieuses coïncidences dues au hasard, ce qui est aussi peu scientifique que d’attribuer au hasard le camouflage d’un char d’assaut avec des branchages ou les dessins bigarrés de la tenue « léopard » d’un commando militaire.

D’une manière générale, le mimétisme permanent se rapporte à trois fonctions principales : l’invisibilité (par camouflage), le déguisement (par imitation d’autres animaux) et l’intimidation (par aspect terrifiant). C’est ainsi que des poissons présentent des dessins disruptifs et des bandes colorées diverses tendant à masquer leur silhouette, que des insectes sont munis d’une protubérance dorsale en forme d’épine, que certaines chenilles ont l’apparence d’araignées, que d’autres ressemblent aux serpents, que d’inoffensifs scarabées présentent une pince gigantesque, que d’autres insectes sont cornus d’une manière impressionnante et que la taupe à nez étoilé est pourvue de vingt deux doigts de chair rose, disposés comme des tentacules autour du museau, ce qui constitue un masque monstrueux.

Un spécimen de papillon Kalima, originaire de Java. Pendant le vol, ses ailes présentent de belles couleurs mordorées et irisées. Mais au repos, l’autre face seule visible de ses ailes fermées donne à l’insecte l’apparence d’une feuille morte, dont la nervure médiane est imitée par une ligne sombre continuée sur les deux ailes. Les ailes inférieures se prolongent en un appendice qui simule le pétiole. Des macules transparentes figurent des morsures de chenille, et des taches plus sombres imitent des plaques de moisissure.

La Phyllie ressemble à une belle feuille de chêne, verte en été, jaunie à l’automne. Les Phasmes se confondent avec les végétaux sur lesquels ils vivent : les uns imitent des rameaux secs et des brindilles, d’autres des épines ou une feuille de fougère.

Le cas le plus extraordinaire est celui des sauterelles-feuilles d’Amérique et de Malaisie, étudiées par le Professeur Vignon (L’idée organo-formatrice chez les sauterelles-feuilles américaines, Journal de Psychologie, 1932). Les pattes sont élargies en forme de folioles ou hérissées d’aspérités. Les nervures et les dentelures des ailes imitent les feuilles environnantes. Ces ailes présentent le mimétisme de la pourriture ou celui d’une maladie cryptogamique des feuilles. Sur un fond roussi apparaît toute la gamme de la maladie, depuis la tache légère, puis accentuée, jusqu’au trou, et le trou est entouré d’un « bordé » de renfoncement.

Chez une autre espèce, une large tache brune sur les élytres mimétise le logis d’une chenille et dans un coin de cette tache, une pigmentation brune imite les excréments de cette chenille.

Chose plus extraordinaire encore, si c’est possible, les taches, les trous, les rognures, les échancrures sont symétriques sur les deux ailes.

Pour le Professeur Vignon, les insectes mimétiques extériorisent leur « représentation du monde », qui se peint sur leurs ailes et se sculpte dans la substance même de leurs corps, « comme la vision inspirée de l’artiste se traduit sur la toile ou dans l’argile ».

C’est bien là l’idée organoformatrice, l’Idéoplastie.

Outre le mimétisme, d’autres faits non moins importants ont retenu l’attention de certains biologistes. Lucien Cuénot, auquel on doit l’expression « invention organique », déclarait négliger « toute interdiction dogmatique » et admettait « un pouvoir spirituel d’invention, immanent au vivant, qui agit sur la matière comme l’idée de l’artisan sur les matériaux qu’il utilise ». (Invention et Finalité en Biologie). L’étude d’un certain nombre de mécanismes présentés par les animaux a amené ce biologiste à mettre en évidence que toutes les inventions mécaniques humaines, sauf de rares exceptions, comme la roue, la vis et la fermeture-éclair, sont des copies (ou plutôt de nouvelles réalisations) des inventions de la Nature. Ainsi, Lucien Cuénot a particulièrement étudié les boutons-pressions qui, chez les Hémiptères du groupe des Hydrocorises, permettent la fixation des hémélytes au thorax, et qui, chez les crabes mâles, attache l’abdomen à la face ventrale du thorax.

Certains biologistes mécanistes ont paradoxalement introduit des discussions d’ordre métaphysique dans ce problème : G. Matisse, entre autres, déclarait avoir peine à concevoir que la Pensée immanente du Monde se livre à ces petits jeux d’invention d’outils, en déployant tant d’ingénieuse sollicitude pour doter quelques crabes, insectes aquatiques ou mollusques d’un appareil sans grand avantage, alors qu’elle montre tant d’imprévoyance vis-à-vis des vertébrés et de l’Homme lui-même. Ce à quoi Cuénot répondait qu’il ne faut pas déplacer la question, qu’il s’agit de savoir si un mécanisme pur est capable d’expliquer la genèse d’un bouton-pression, que d’autre part, il y a de la finalité dans bien autre chose, que « le vivant est tout entier finalité de fait et peut-être aussi la Nature, si elle est biocentrique ».

Que la finalité soit omniprésente dans la Nature, le livre publié par Andrée Tetry et préfacé par Lucien Cuénot, sur les Outils chez les Etres Vivants, en est un éloquent témoignage. L’auteur y décrit et étudie les dispositifs présentés par les différentes espèces végétales et animales : dents de délivrance, outils de nettoyage, systèmes d’accrochage (crochets, hameçons, grappins), de fixation (ventouses, organes adhésifs, boutons-pressions, pattes ravisseuses, pinces-ciseaux, pinces-couteaux pliants) pièges (entonnoirs, filets, leurres, plantes carnivores), portes et fermetures, planeurs et parachutes, flotteurs, organes électriques et organes lumineux, instruments de musique, éjecteurs, poudreuses, thermos, coins, armes : épines, dents venimeuses, flèches et organes urticants.

Malheureusement, faute d’une sérieuse connaissance de la parapsychologie, cette impressionnante accumulation de faits significatifs n’aboutit chez Lucien Cuénot et Andrée Tetry qu’à de vagues et réticentes digressions sur le finalisme et la Puissance Transcendante guidant l’Univers. Cuénot était en effet de ceux qui considéraient comme « pseudosciences » tout ce qui se rapportait à la phénoménologie paranormale et ne pouvait par conséquent découvrir le lien qui existe entre les problèmes qu’il soulevait et l’élément « psi ».

De son côté, Andrée Tetry (Biologie, La Pleïade) estime indésirable l’expression « invention organique » de Cuénot, le lent processus inconscient qu’elle désigne étant, selon cet auteur, très différent de l’invention humaine, phénomène psychique conscient, rapide et individuel.

Or, l’invention humaine est loin d’être exclusivement le produit de la conscience. Le subconscient y joue un rôle capital. Qu’il me suffise d’évoquer les témoignages de nombreux écrivains et savants qui attestent le caractère subconscient de nombreuses créations littéraires, de l’élaboration de concepts philosophiques ou de découvertes scientifiques. Le Dr Chabaneix, dans sa thèse sur le Subconscient chez les Artistes, les Savants et les Écrivains, en a cité de nombreux cas, très éloquents quant au rôle de la « conscience subliminale » dans l’élaboration intellectuelle.

Répondant à une enquête de Paul Valéry, le Professeur Langevin, physicien, s’exprimait ainsi : « Chaque fois que l’on pense avec intensité, et que l’on a, en quelque sorte, préparé le travail subconscient, celui-ci se poursuit de lui-même et quelque chose prévient quand il est terminé. J’ai des souvenirs très nets de choc intérieur prévenant qu’à un moment donné la question est résolue et qu’il n’y a plus qu’à exprimer consciemment le résultat, cette opération pouvant d’ailleurs être différée. Dans mon souvenir, ce sont ces moments-là qui apportent les vraies joies intellectuelles, celles de la fécondation ». (H. Delacroix, L’Invention et le Génie).

Albert Vandel, professeur de Zoologie à la Faculté des Sciences de Toulouse, a souligné (L’Homme et l’Évolution) que « l’invention humaine ne diffère pas de façon essentielle de l’invention organique. L’idée nouvelle n’apparaît point chez l’homme en suite d’un travail logique et conscient. Elle surgit, un jour, toute formée, à l’issue d’une longue période de gestation qui s’est déroulée dans l’Inconscient, dans une région qui échappe complètement à la partie consciente de notre être. »

Étudiant le problème de l’adaptation, il déclarait que celle-ci « représente le prolongement du pouvoir d’organisation caractéristique de la matière vivante », et qu’elle « est le résultat d’une organisation répondant à un but ».

Le caractère individuel de l’invention humaine et le caractère spécifique, collectif, de l’invention organique, ne constituent pas une différence essentielle si on se rapporte à l’expérience parapsychologique, qui met en évidence les relations inter-subconscientes existant entre les individus, dont le psychisme semble émerger d’un subconscient collectif.

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Compte tenu du caractère subconscient des manifestations idéo-dermographiques et idéo-plastiques, du modelage de l’« ectoplasme-protoplasme » par l’idée subconsciente dans les expériences de Schrenk-Notzing, Bisson et Geley, il est légitime de rapprocher de ces résultats le problème du modelage de la matière vivante dans l’« invention organique » et d’éclaircir celui-ci par la notion d’« idéoplastie ».

On sait que l’Évolution est un fait incontestable, mais jusqu’ici non expliqué d’une manière satisfaisante ni par la sélection naturelle, ni par l’usage ou le non-usage des organes, ni par les mutations brusques attribuées au hasard.

Albert Vandel et le paléontologiste Jean Piveteau (dans son ouvrage Des Premiers Vertébrés à l’Homme) ont exprimé la notion des « organes prophétiques ». Piveteau démontre que les modifications fondamentales du règne animal, coïncidant avec des changements radicaux de milieu et de mode de vie, ont été antérieures au changement de milieu : le poumon préexistait chez certaines espèces de Poissons avant que celles-ci adoptent le mode de vie amphibien. Il en a été de même pour la transformation des nageoires en membres locomoteurs pour la vie terrestre.

La notion d’invention organique est ainsi éclairée, comme le problème causal de l’évolution, par l’action idéoplastique d’un élément « psi » sur la matière vivante et sur les organismes. La pensée du Dr Gustave Geley, le premier directeur de l’Institut Métapsychique International, se trouve de plus en plus justifiée lorsqu’il voyait dans la création d’une espèce « une réalisation géniale de l’Inconscient évoluant vers le Conscient » (De l’Inconscient au Conscient, Alcan, 1919).

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La présence d’un élément « psi » dans la Nature n’est pas moins évidente lorsqu’on examine les rapports mystérieux qui existent entre les Insectes et les Fleurs. Sir John Lubbock avait été frappé par ces relations étranges et Maurice Maeterlinck [2] a consacré un livre, L’Intelligence des Fleurs aux dispositions anatomiques extrêmement compliquées qui permettent et conditionnent ces rapports, lesquelles dispositions ne peuvent s’expliquer par aucune théorie se réclamant du hasard, de la coïncidence fortuite ou d’un déterminisme aveugle. Ce n’est pas le lieu de s’étendre sur ce point. Le Professeur Tocquet a traité ce problème d’une manière approfondie dans son volume Meilleurs que les Hommes (l’Entr’aide dans le monde animal et végétal).

Soulignons simplement qu’il est difficile de comprendre les extraordinaires « ruses » employées par les orchidées pour obliger les insectes à devenir les instruments de leur fécondation, sans faire appel à une sorte d’entente psychique mutuelle entre l’insecte et la fleur, entente psychique que les recherches récentes sur les réactions des plantes nous permettront peut-être d’approfondir.

Mais disons aussi que, de toute manière, cette entente, cette convention, cette alliance, a abouti, dans la structure de la fleur, à des dispositions qui ne peuvent qu’être « idéoplastiques », c’est-à-dire impliquer un psychisme végétal et l’action d’un facteur « psi ».

Sans doute, comme il est de règle dans toute approche, l’éclairage relatif que ces considérations projettent sur tous ces importants problèmes, laisse beaucoup de points dans l’ombre, en particulier le mécanisme par lequel les structures idéoplastiques des « Sauterelles-feuilles » ou des Orchidées ont pu se reproduire héréditairement. La théorie de l’Idéoplastie dans la Nature doit être élaborée en accord avec les données relatives à l’hérédité ou à la non-hérédité des caractères acquis, à l’apparition des mutations et à la transmission du code génétique.

Lorsque, dans leur ensemble, les biologistes montreront le même intérêt que les physiciens commencent à accorder à la psychokinèse, l’étude de celle-ci ne sera plus limitée à l’action « psi » sur des barres de métal, et la parapsychologie-psychotronique pourra alors déboucher sur l’élaboration d’une nouvelle synthèse biologique, autrement dit sur une nouvelle vision de la Nature et de son évolution.

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1 En ce qui concerne l’authenticité métapsychique « idéoplastique » d’Eva C. (alias Marthe Béraud), notre Directeur scientifique nous signale qu’il ne partage pas entièrement l’opinion de Monsieur André Dumas.

2 Maurice Maeterlinck — Ecrivain belge d’origine flamande et d’expression française, né à Gand en 1862, mort à Nice en 1949. Après des études de droit et des débuts professionnels d’avocat, il se consacre à La littérature. Tout d’abord à la poésie, puis au théâtre dans lequel il essaie de donner un jeu métaphysique aux couleurs de la réalité. En 1892, il crée « Pelleas et Melisande » dont s’inspirera Debussy, en 1901 : « Sœur Béatrice », en 1926: « La Puissance des Morts ». Liant ses recherches psychologiques à ses vues métaphysiques, il écrivit en 1913 : « La Mort », en 1921, « Le Grand Secret ». Son amour pour la vie et la nature, plein d’interrogations, lui fait écrire en 1901 son ouvrage le plus connu « la vie des Abeilles ». Il écrivit aussi « L’intelligence des Fleurs » en 1907 et « La Vie des Termites » en 1926. Cet écrivain, Prix Nobel, offre une richesse qui est aujourd’hui toute à découvrir.