Gustave-Lambert Brahy : Fascisme, Démocratie et Spiritualité


12 Jun 2010

Réflexion sur la politique, à la sortie de la 2e guerre mondiale. Certains éléments sont dépassés ou un peu simplistes. Mais cette réflexion, d’une si grande clarté, garde tout son intérêt…

(Revue Spiritualité. No 9 &10. 15 Août – 15 Septembre 1945)

Il ne se trouvera personne, j’en suis sûr, pour croire que le présent article puisse ressortir à la politique pure et simple. Du moins si, par politique on entend le vulgaire souci d’un mandat, avec les prérogatives qu’il comporte et qui permettent d’influencer les masses, ou bien encore la propagande en faveur de certaines méthodes de gouvernement visant à assurer tant bien que mal le bien-être de ses concitoyens. Si l’on veut absolument trouver à cet article un sens politique, il faudra bien admettre que cela n’est possible qu’en accordant au vocable en question le sens philosophique, et même hautement moral, qui devrait être de rigueur dans l’art de gouverner honnêtement les peuples.

Comme n’importe quel problème, celui-ci évolue entre deux pôles extrêmes formant les deux points de base du ternaire classique, le troisième point — ou sommet — étant constitué par le point d’équilibre entre ces deux extrêmes. Tout à fait comme, dans le système du levier, il y a la résistance à vaincre, le dynamisme agissant, et le point d’appui qui équilibre les deux forces en présence, la première faite d’inertie, et l’autre d’action positive.

Les deux extrêmes en question dans l’art de gouverner se confondent avec les deux bases sur lesquelles s’appuie l’ordre social tout entier : le droit et le devoir, l’autorité et la liberté, le pouvoir et la tolérance. Mais faut-il déjà faire remarquer que le point d’équilibre entre ces deux extrêmes n’est jamais atteint, et que les systèmes politiques imaginés par les hommes n’ont presque jamais trouvé jusqu’ici le centre de gravité idéal ?

Expliquons-nous ! Pour autant, bien entendu, que ce soit chose nécessaire !

Les divers modes de gouvernements politiques peuvent en effet se ranger en deux groupes: ceux qui s’appuient sur l’autorité, qui imposent donc essentiellement au peuple des charges, des obligations et des devoirs ; et ceux qui relèvent de la liberté, qui revendiquent donc surtout pour leurs administrés des droits et des privilèges. Parmi les premiers, on peut ranger les royautés de droit divin, les dictatures et les régimes autoritaires ; aux seconds appartiennent les gouvernements démocratiques que nous connaissons aujourd’hui.

Encore faut-il que ces, formes de gouvernement représentent bien réellement ce qu’elles sont censées représenter : par exemple il faut, pour qu’un régime puisse être qualifié de démocratique, qu’il émane réellement de la volonté du peuple et qu’il ne constitue pas une autocratie déguisée. Car il ne suffit pas d’inscrire de grandes vérités ou des formules, admirables aux frontons des édifices publics ! La Révolution française s’est faite sous l’égide de principes magnifiques « Liberté, Égalité, Fraternité » ; mais bien audacieux ou bien fol serait celui qui prétendrait que cette Révolution ne s’est pas laissée détourner de ses buts !

Or, il est bien rare que les gouvernements soient exclusivement autoritaires ou entièrement démocratiques ! Ils empruntent les uns aux autres des formes qui donnent le change ; ou bien ils proclament des libertés qui donnent l’impression d’être totales, mais qui dans la pratique se révèlent singulièrement réduites ou étriquées.

L’histoire a connu néanmoins quantité de gouvernements absolus : tous les empires, la plupart des monarchies d’avant le XIXe siècle, le nazisme et le fascisme d’aujourd’hui. Encore, parmi tous ces gouvernements, faut-il distinguer entre ceux qui s’arrogèrent l’autorité par la force ou par un coup d’État, ceux qui prétendaient la tenir du droit divin, et ceux qui eurent l’adresse insigne de se faire plébisciter au seuil de leur prise de pouvoir.

Les premiers, tel César, tel Napoléon, tel Mussolini, s’imposèrent par eux-mêmes grâce au prestige des espoirs qu’ils apportaient ou de leurs victoires militaires ; et peut-être crurent-ils sincèrement que leurs gouvernements serviraient réellement le bien de leurs peuples ; peut-être se sentirent-ils irrésistiblement poussés à prendre le pouvoir en vertu d’un sens mystérieux qui les portait à croire qu’ils appartenaient à une élite prédestinée et que, comme tels, ils avaient le droit d’imposer leur volonté à leurs semblables. Tout ne fut d’ailleurs pas mauvais dans ce qu’ils accomplirent ; mais leur œuvre fut éphémère, et la misère dont ils furent cause comptera lourdement à leur passif.

Les seconds, tels Louis XIV et Louis XV, pourraient déjà justifier d’un certain point de vue leur autocratisme ; c’est qu’ils appartenaient à une lignée royale dont les premiers représentants avaient reçu leur autorité de Dieu ou des Princes de l’Église. Ce prestige de droit divin, qui apparaît aujourd’hui si désuet, se doubla le plus souvent de l’éclat qu’ils surent donner sous leur règne aux arts, aux lettres et aux sciences. Mais, à côté de cela, quelles souffrances encore pour le peuple, pressuré et à moitié esclave !

Quant au dernier des trois modes de pouvoir qu’illustra si tragiquement le Chancelier Hitler, il se rangeait sous l’étiquette d’un socialisme national ; et, le plébiscite qui le porta au pouvoir lui conféra assurément une majorité écrasante. Mais, il est bon de dire que, depuis que la presse, la radio, le livre, le cinéma et tous autres moyens d’éducation des masses, ont pris une extension croissante, la possibilité d’influencer le jugement des foules est pratiquement à la portée des audacieux et des aventuriers du monde politique. Une propagande savamment orchestrée — et Dieu sait si le compère Goebbels s’y connaissait en cette matière ! — a tôt fait de créer les courants d’opinions favorables aux desseins obscurs de ceux qui dirigent cet orchestre de la coulisse. Une fois le vote acquis, les larrons s’installent dans la place et gouvernent à leur fantaisie, bien ou mal, selon qu’ils sont eux-mêmes bons ou mauvais. L’absolutisme du pouvoir ne connait alors plus de bornes et le gouvernement en question, tout inspiré qu’il soit par le peuple, n’est plus qu’une dictature qui, peu à peu, étouffe les voix qui l’ont plébiscité.

Les régimes démocratiques, eux, tout respectueux qu’ils se proclament des droits du peuple, ne manquent d’ailleurs par d’utiliser la même pression déguisée au moment des élections. La presse, — acquise soit aux partis, soit à des intérêts privés, voire a certains intérêts étrangers — la radio, tous les moyens de publicité canalisent soigneusement l’opinion dans le sens des intérêts qu’ils ont pris à charge, intérêts plus particuliers que réellement publics, faut-il le dire ! Et l’on sait comme ces élections se font le plus souvent sur des slogans ou parti-pris à base sentimentale plutôt que sur des arguments réellement constructifs ou raisonnés ! Une fois l’élection acquise, sans égard au choix des moyens, les élus ont tôt fait d’oublier, et leurs promesses, et leurs engagements, et gouvernent en pays conquis, soudainement grisés par le philtre du pouvoir et de l’autorité.

La seule différence existant entre les gouvernements totalitaires du genre nazi et les gouvernements démocratiques actuels reviendrait donc à ceci ; c’est que les premiers sont menés par un seul homme, et à son seul profit, — ou, à la rigueur, au profit d’un seul parti ou d’une seule bande de profiteurs — durant tout le temps que le régime peut se maintenir; tandis que les seconds profitent une mosaïque de partis — ou, le plus souvent, au parti de la majorité et pour un temps beaucoup plus limité. La différence, on le voit, n’est pas tellement considérable, en théorie du moins, et se réduit à une simple nuance. Mais, pratiquement, si imparfaite que soient nos régimes démocratiques, et si réduites que soient les garanties qu’ils offrent, cette nuance constitue déjà par elle-même un frein qui limite les abus. Et elle suffit pour orienter les préférences et les votes vers ce mode de pouvoir.

Si un démocrate convaincu, et d’ailleurs probablement sincère, lisait en ce moment par-dessus mon épaule, peut-être s’exclamerait-il, indigné : — Mais alors, la démocratie n’existe donc pas, selon vous ?

De même, quelque autre interlocuteur pourrait me dire : — Vous êtes un esprit compliqué  Vous coupez des cheveux en quatre, et vous voulez absolument, par une sorte de sadisme intellectuel, susciter la méfiance envers des institutions somme toute louables.

A cela je répondrai, qu’en parfait occultiste, je cherche à découvrir la stricte réalité sous le voile fallacieux des apparences, et ne puis donc me satisfaire d’à peu prés ou de compromis intellectuels ; et que par conséquent, pour moi, le principe de la démocratie existe, et se trouve respecté dans nos gouvernements actuels ; mais qu’il se trouve singulièrement faussé en pratique parce qu’il aboutit à un remarquable cercle vicieux, à une sorte de paradoxe qui consiste à faire voter les électeurs selon les intérêts de leurs mandataires, et le plus souvent même contre leurs propres intérêts.

C’est ici qu’apparaît en pleine lumière l’importance primordiale de deux facteurs dans le mécanisme de l’élection démocratique : le degré d’instruction des masses et leur degré d’élévation morale.

Le degré d’instruction parce que — et c’est bien compréhensible — la masse étant le plus souvent ignorante et fermée à la complexité des affaires modernes, elle prend pour argent comptant ce qu’on lui proclame à grands cris être conforme à la défense de ses intérêts.

Le degré d’instruction parce que — et c’est bien compréhensible — du côté des gouvernants, le point de vue égoïstement personnel prime presque toujours l’intérêt général. C’est ce qui donne aux revendications ouvrières un ton tellement impératif, tellement violent parfois, et à la lutte autour des portefeuilles un caractère si bas et quelquefois même si odieux.

Loin de moi l’idée de prétendre que les revendications ouvrières sont excessives ; car si les employeurs s’étaient élevés, eux aussi, au-dessus de préoccupations trop intéressées, la plupart des revendications qui leur sont actuellement présentées seraient depuis longtemps satisfaites. Mais il est de fait que le travailleur, insuffisamment éduqué, — intellectuellement aussi bien que socialement, — vit dans un monde exclusivement matériel, et n’est accessible qu’à une seule perception, celle des nécessités de la vie ordinaire. Les jeux et les joies de l’esprit lui sont fermés ; n’ayant guère été mis en contact avec eux, il n’éprouve pour eux aucun attrait spécial. Et c’est d’ailleurs pourquoi une politique d’inflation monétaire, par exemple, aura toujours plus de succès auprès des masses qu’une politique de déflation et de prudence. Un ouvrier comprendra aisément que, si le pain triple de prix, il lui faut gagner trois fois plus pour se nourrir comme avant ; la notion de l’augmentation de salaire qui correspond automatiquement à cette majoration de prix est facilement accessible à son esprit simpliste, mais il admettra beaucoup moins aisément, et pour tout dire avec répugnance, que pour ne pas augmenter sa rémunération, on essaie de ramener le prix du pain à son taux primitif. Le processus de cette opération lui échappe en effet ; et il faut bien convenir qu’il est très complexe et dépend de la bonne volonté de tous ceux qui interviennent dans l’industrie du pain, et influencent donc successivement la fixation du coût de celui-ci. L’ouvrier trouve plus simple que, par un simple décret, on oblige son patron à tripler son salaire ; mais il ne songe pas un seul instant, ignorant tout cela, aux répercussions que cette augmentation va entraîner sur le prix de revient, sur le chiffre d’affaires, sur la marche même de l’usine où il travaille. Et, si l’affaire qui le fait vivre se trouve mise de ce chef dans l’impossibilité de résister et que l’ouvrier se voit réduit au chômage, s’imagine-t-on qu’il en accusera les véritables responsables ? Non ! une fois de plus, à cause de son ignorance, il aura l’impression d’avoir été et d’être encore odieusement exploité. Et on ne verra pas souvent les hommes politiques, soi-disant guides des travailleurs, chercher à lui ouvrir les yeux. Au contraire, ils jetteront plutôt de l’huile sur le feu, car cette manière de faire augmente automatiquement le nombre de leurs partisans et renforce leur situation politique.

Autant conclure de suite que les régimes démocratiques vraiment dignes de ce nom — et c’est pourtant vers ces régimes que nous nous acheminons petit à petit, à force d’expériences ! — ne nous apporteront des gouvernements vraiment sains que lorsqu’ils seront l’émanation de citoyens instruits, spécialement éclairés sur leurs droits et leurs devoirs, imbus d’esprit critique, et qui ne se laisseront plus leurrer par les mirages de charlatans habiles et lorsque aussi ces gouvernements seront composés eux-mêmes d’hommes ayant acquis le sens, du devoir et, surtout, celui des responsabilités.

Ce jour-là, peu importe que les élus s’enrichissent par leur passage au pouvoir ; car, tout d’abord, il est indispensable qu’ils soient largement rémunérés pour la gestion toujours délicate qu’ils assumeront ainsi ; et, de plus, ils feront alors bénéficier la nation tout entière d’une telle somme de bienfaits qu’on fermera volontiers les yeux si, malgré tout, il se glisse encore dans leur administration quelques imperfections, ou même quelques légers abus. Ce jour-là, nous aurons déjà des gouvernements plus compréhensifs, donc plus stables ; et ce sera là un progrès énorme par rapport à nos régimes actuels.

Mais, pour cela, une éducation soigneuse de la masse s’impose, une instruction poussée à un plus haut degré, le développement du sens collectif et social, et la connaissance des devoirs qu’entraînent ipso facto, pour chaque membre de la communauté, les prérogatives dont il entend bénéficier.

Car, profiter d’une situation, acquise, c’est bien ; mais tous les membres d’une collectivité sont étroitement dépendants l’un de l’autre ; et si les uns accordent aux autres des pouvoirs dont ils peuvent abuser ou mésuser, il est juste; il est légitime, que l’exercice de ces pouvoirs entraîne l’acceptation des responsabilités qui en découlent.

On ne devrait pas voir, en vrai régime démocratique, ce qu’on voit aujourd’hui : un ministre des Finances imposer au pays un plan au sujet duquel il n’a pris conseil de personne et qui lorsque ce plan mène véritablement le pays à la catastrophe, abandonne la scène politique sans être en quoi que ce soit responsable sur ses propres biens, d’ailleurs très probablement mis à l’abri à l’étranger.

De même, quand un peuple tout entier souffre de manque de combustible, il ne devrait pas être possible que les travailleurs des mines — du moment, bien entendu, que le corps social a fait son devoir envers eux — compromettent par des grèves intempestives, et pour de simples motifs de parti pris ou d’opinion, l’extraction du charbon indispensable à la reprise des affaires et à la lutte contre le chômage.

On touche là du doigt certains vices fondamentaux de nos gouvernements démocratiques, et l’on comprend que bien des intellectuels, écœurés du désordre anarchique que ces gouvernements ont fini par engendrer, aient appelé, ou appellent encore de tous leurs vœux un régime d’autorité, malgré le danger que de tels régimes comportent.

Remarquons d’ailleurs que, par un singulier paradoxe, les régimes démocratiques, aussi bien en Europe qu’aux États-Unis, ont dû se muer en dictatures, et faire fi de toute consultation populaire, pour parvenir à gouverner en temps de guerre. Et, cette guerre une fois terminée, ils sentent tellement bien qu’ils n’arriveront jamais, s’ils doivent tenir compte de la masse, à redresser la situation épouvantable où leurs pays se trouvent plongés, qu’ils en arrivent tout naturellement à exiger les pleins pouvoirs, et ainsi à prendre le visage — quoi qu’ils s’en défendent — de ces mêmes dictatures qu’ils ont combattues, à juste titre, au nom de la liberté même.

A juste titre, disons nous ; car si en principe tous les gouvernements sont bons quand leurs chefs eux-mêmes sont honnêtes, il est désirable que ces chefs, quelle que soit leur valeur morale, soient étroitement contrôlés par ceux dont ils détiennent leurs pouvoirs, et vis-à-vis de qui ils sont responsables.

Sous ce rapport, il faut être juste, et reconnaître que le national-socialisme introduisait en matière politique une formule séduisante, et de nature à attirer bien des idéalistes. Dans ce régime, l’individu était encadré dans la famille, la famille dans le groupe, le groupe dans une entité plus large, jusqu’à aboutir aux gouvernements de provinces, celles-ci ne dépendant plus que du chef suprême, du Führer ; dans ce régime, chaque chef prenait conseil des chefs de groupes qu’il avait sous son autorité, mais il gardait toujours la liberté complète de ses décisions. Il pouvait donc aller à l’encontre de l’avis de ses conseillers ; mais c’est lui seul qui, dans ce cas, assumait la responsabilité de pareille attitude. On voit donc que, théoriquement, le national-socialisme était très près de la démocratie véritable, et qu’il introduisait même un facteur dont celle-ci fait trop peu de cas : la responsabilité. Mais, ici comme ailleurs, ce qui a transformé et pourri le régime, c’est le manque de moralité. La peur des responsabilités s’est peu à peu introduite dans le système, chacun craignant de déplaire à son supérieur hiérarchique. D’autre part, les chefs suprêmes du parti n’eurent garde de contrecarrer cette tendance puisqu’elle favorisait leur dictature, celle-ci étant d’autre part sauvegardée du côté du peuple par une propagande adroite et par une police à la dévotion du régime. Préoccupés d’ailleurs eux-mêmes de leurs intérêts matériels — on l’a bien vu par les « trésors » qu’ils avaient amassés un peu partout ! — ils ne pouvaient décemment empêcher leurs inférieurs de suivre leur exemple. Ainsi s’est introduit, dans un régime théoriquement très avancé, le processus d’une épouvantable vénalité. Cette vénalité se dérobant sous des rapports tendancieux ou hypocrites, les chefs n’eurent bientôt plus une vue exacte de ce qui se passait autour d’eux. Et c’est ainsi que les pires abus ont pris naissance, et que les pires atrocités ont pu se produire. Car l’Allemand, qui ne manque pourtant pas de sensiblerie romantique, semble décidément bien souvent dépourvu de cette conscience qui donne à l’être humain son véritable caractère, sa véritable grandeur ! Son sens de l’organisation et son esprit scientifique, malencontreusement guidés par le seul culte de la force et par l’exécrable esprit racial qui l’anime presque toujours, a abouti à concevoir l’extermination collective de tous ceux qui gênaient l’expansion ou pouvaient inquiéter la sécurité du régime, à ces effroyables expériences de vivisection humaine, à ces déportations froidement perpétrées, et devant lesquelles un homme droit ne peut pas rester insensible.

Pour éviter tous ces abus, il eût fallu que le parti national-socialiste se purifiât par le haut, c’est-à-dire que ses chefs fussent tous de moralité impeccable et exigeassent — par le truchement d’une autorité alors légitimement mise en action — que la même hauteur de vues, le même désintéressement resplendissent du haut en bas de l’échelle sociale.

Si Hitler, et ceux qui l’entouraient, au lieu d’être de vulgaires ambitieux préoccupés de jouer un rôle — et ceci exprime l’hypothèse qui leur est le plus favorable — avaient réellement eu en vue le bien de leur pays, leur gouvernement — eût-il été absolument dictatorial — aurait été incritiquable et aurait laissé dans l’histoire un véritable sillon  d’éloges et de bénédictions.

Tant il est vrai que c’est la grandeur morale, le degré de spiritualité, qui donne son cachet aux choses, même les plus critiquables en théorie !

La solidité de leur cause s’en fut d’ailleurs trouvée affermie : car quelle opposition peut-on vraiment faire à un mouvement qui travaille visiblement pour le bien du pays ? Ceux qui par rivalité ou tout autre motif, de se mettre en travers de pareille œuvre seraient irrésistiblement écartés ou broyés.

L’Allemagne, par des vertus indéniables — travail, organisation, aptitude au progrès scientifique — aurait pu conquérir le monde. Il n’est, pour s’en convaincre, qu’à constater l’importance de son influence et de sa position acquises au seuil de la première guerre mondiale. Il lui eût suffi pour cela de continuer à travailler dans la paix, de donner l’exemple du labeur fécond et joyeux, d’abandonner toute morgue vis-à-vis de ses voisins : ainsi elle eût marqué qu’elle jouissait d’une réelle supériorité morale. Le malheur a voulu au contraire, que, aigrie par une première défaite, avide d’une revanche éclatante, elle se livra à un chef qui, animé d’excellentes intentions au début            — du point de vue allemand, s’entend ! — n’a pas pu garder le contrôle de ses actes et de son ambition et n’a pensé qu’à satisfaire un rêve personnel de gloire et d’orgueil.

Et ceci montre combien le sens moral — la spiritualité — est essentielle dans le mécanisme politique ! C’est de ce manque de spiritualité que, nos gouvernants et nous-mêmes, nous périssons aujourd’hui ! Tant qu’on ne réussira pas à relever la moralité humaine, il n’y aura aucune chance de redressement pour un pays ! Si du moins nous pouvions introduire dans nos tâches d’aujourd’hui l’élément responsabilité, et éviter que notre conception de la liberté s’apparente de trop près à celle de la licence, il est incontestable que nos institutions politiques et sociales auraient fait un grand pas, et qu’un immense espoir se lèverait de nouveau pour l’humanité !

Gustave-Lambert BRAHY

Gustave Lambert Brahy, expert-comptable de formation, fut un grand astrologue belge. Né le 1er février 1894 à Liège, il mourut en 1989. Il s’intéressa notamment à l’astrologie boursière, domaine dans lequel il fut un précurseur.

Plus d’info :  http://matemius.free.fr/index.php/biographies/auteur/id,33/