Dominique Casterman : Introduction à la théorie de la relativité complexe de J. E. Charon


04 Mar 2017

Dans les années 1970, le physicien français Jean Charon (1920-1998) fut très controversé car il avait introduit dans ce qu’il appelait la « théorie de la relativité complexe » un espace-temps imaginaire (au sens mathématique)1 afin de surmonter l’absence de structure interne qu’implique la représentation ponctuelle des particules élémentaires constituant la matière dans l’espace-temps observable. Cette désapprobation radicale, voire l’agressivité de ses pairs, l’a d’ailleurs fortement affecté non seulement en tant que chercheur mais aussi en tant qu’homme de bonne volonté cherchant à comprendre la place de l’homme dans l’univers. Je souhaiterais mettre en avant que sa pensée contient les fondamentaux épistémologiques qui font qu’une théorie scientifique puisse tenir la route. N’étant pas physicien de formation, je ne m’étendrai pas sur le formalisme mathématique qui sous-tend la théorie. Mon objectif est de partager avec vous une vision de l’univers extrêmement féconde au sens où elle est une contribution majeure à la science physique, à l’épistémologie, à la phénoménologie, à la psychologie et à la philosophie. Les trois dernières disciplines citées sont concernées par la relativité complexe dont l’objet est d’intégrer l’esprit, et donc l’homme, dans l’ensemble de l’univers. Les généralistes de la recherche et du savoir sont souvent discrédités par les spécialistes, et cependant ils sont les seuls à pouvoir recadrer d’une façon cohérente et utile les informations dans un contexte global en surmontant les cloisonnements d’une connaissance fragmentée.

Le texte qui suit est extrait d’une étude plus vaste conçue comme un traité élémentaire de la relativité complexe de Jean Charon. Il ne s’agit pas de ce que l’on nomme communément une vulgarisation qui est, somme toute, un exercice intellectuel consistant à simplifier ce qui généralement ne peut l’être. Le danger de la vulgarisation est de déformer une matière afin de la rendre plus accessible, mais ce qu’il en ressort peut alors ne plus correspondre à l’inspiration originale. Sauf si le « vulgarisateur » est très bon. J’ai plutôt décidé d’opter pour le sacrifice de certaines données en espérant cependant que toute personne désireuse d’approfondir le sujet pourra l’incorporer dans une recherche plus poussée. En évitant volontairement la vulgarisation de la relativité complexe, j’ai voulu ne pas tomber dans « l’erreur simpliste » obsédé par l’idée et l’illusion d’en faciliter l’accès à tout prix. L’autre piège, auquel je n’avais pas songé en abordant ce travail, c’est de vouloir tout dire à la fois, au fond d’être « trop savant ». La difficulté de cet exercice c’est d’en dire assez sans en dire trop, c’est de tracer une limite à l’intérieure de laquelle la vérité de l’œuvre originale est intelligible et positivement présente tout en ouvrant la voie à une recherche plus poussée. Je me suis donc engagé dans un modèle qui consiste à résumer le travail technique et scientifique de Jean Charon en essayant de le rendre accessible sans sacrifier l’exactitude. Il faut toutefois reconnaître que l’entreprise n’est pas toujours facile.

Mes nombreuses recherches et lectures en philosophie des sciences et une vie passée à méditer sur les questions fondamentales que l’existence pose à la Conscience humaine, me permettent de considérer la relativité complexe de Jean Charon, qui constitue un prolongement de la relativité générale d’Einstein (1879-1955), comme un modèle utile (au même titre que d’autres en vogues aujourd’hui) pour expliquer la structure des particules formant toute la matière, ainsi que pour l’univers considéré dans son ensemble. J’ai l’intime conviction que cette approche, unique en son genre, est une grande théorie physique d’une cohérence intellectuelle et philosophique absolument remarquable intégrant en un seul modèle : l’Homme, l’Esprit et la Matière. L’erreur impardonnable commise par Jean Charon aux yeux de ses pairs est d’avoir tenté d’unifier les phénomènes « observables » de la physique traditionnelle à ceux d’un espace « invisible » dont il a indiqué que les propriétés sont très proches du fonctionnement de l’esprit, car il était convaincu que la structure psychique pourra se définir un jour avec la même précision que la structure matérielle. Il était aussi convaincu de la nécessité d’introduire au cœur du savoir une nouvelle science des relations.

Il faut savoir que la physique de la fin du vingtième siècle s’est finalement retrouvée devant une représentation ponctuelle des particules élémentaires constituant la matière dans l’espace-temps observable. En d’autres termes, notre monde serait constitué, à son niveau fondamental, de particules ponctuelles (au sens mathématique), c’est-à-dire sans volume, sans structure interne, définies par des propriétés purement abstraites qu’on nomme la charge électrique, le spin, ou l’étrangeté, etc. En face de chacune de ces propriétés abstraites, on place un nombre (les nombres quantiques), généralement entier, positif ou négatif.

En résumé, nous pouvons dire qu’à partir des années 1970, la physique se représente l’infiniment petit comme un ensemble de nombres représentant les caractéristiques spéculatives et abstraites des particules-points sans structure interne, sortes de « volumes ponctuels » associés à des ondes psi subjectives se propageant à distance infinie et vitesse infinie autour des particules. Il devient donc difficile, dans ces conditions, d’associer un volume nul à une propriété concrète quelconque. La physique, en donnant de notre monde une représentation où il ne reste plus que des points sans volume, a dépouillé l’espace de notre univers de son contenu matériel. Il reste des ondes psi subjectives et des nombres associés à des qualités abstraites.

Notre univers et ses constituants fondamentaux (les particules élémentaires) comporteraient donc une partie non directement observable. Ces théories à « dimensions cachées », comme les supercordes ou la supergravité, vont adapter le nombre de dimensions supplémentaires au nombre de paramètres qu’elles vont chercher à représenter. Nous voyons poindre la nécessité d’un nouveau concept d’espace-temps à plus de quatre dimensions, préparant des théories nouvelles dites de « grande unification » afin de parvenir à un formalisme unifié des interactions faibles, électromagnétiques et fortes. Certaines théories considèrent même la possibilité d’une infinité de dimensions.

Mais dans le prolongement de ces considérations, la théorie qui va retenir notre attention est la relativité complexe du physicien JEAN CHARON. Cette théorie a ceci de particulier : elle admet qu’à chaque point du réel correspondent quatre dimensions « cachées », trois dimensions d’espace et une dimension de temps, c’est-à-dire un véritable micro-univers nommé « imaginaire » (le « dedans » des particules élémentaires). L’objectif d’une telle représentation est l’unification des interactions physiques en fournissant le formalisme mathématique qui représente l’ensemble des phénomènes physiques de l’univers2. Il s’agit d’une grande théorie physique intégrant en une seule vision l’Homme, l’Esprit et la Matière. La condition : prêter au modèle de la matière des propriétés de mémoire cumulative et prévisionnelle.

Les théories à dimensions « cachées » suggèrent que l’espace-temps est sans doute encore plus « complexe » qu’Einstein le pensait avec sa révolution relativiste. Les particules ponctuelles doivent être représentées en faisant appel à une partie « cachée » de l’espace-temps. Le réel observable quadridimensionnel « courbé » constitue désormais un cadre de représentation insuffisant pour fournir une représentation complète et intelligible des phénomènes physiques.

La relativité complexe considère sérieusement la possibilité d’une représentation de l’univers comprenant à la fois le réel et l’imaginaire. Jean Charon s’est interrogé sur quelles dimensions supplémentaires fallait-il opter de façon à obtenir la représentation la plus satisfaisante et la plus complète de notre univers ?

Cette représentation de l’univers est porteuse non seulement de dimensions spatiales additionnelles, mais elle fait l’hypothèse de l’existence d’un autre véritable espace-temps en chaque point P (trace ponctuelle d’une particule) de l’ancien espace-temps de la relativité d’Einstein. Dorénavant, J. Charon nommera réel l’espace-temps d’Einstein et imaginaire l’anti espace-temps, c’est-à-dire la structure interne d’une particule, son « dedans ».

La relativité complexe peut donc être considérée comme une théorie à quatre dimensions additionnelles où chaque structure ponctuelle de l’espace-temps réel se trouve associée à un micro-univers d’anti espace-temps imaginaire chargé de la représentation en P de toute la masse propre et toute l’action associées à la structure ponctuelle. La relativité complexe se situe dans le prolongement des théories du type supergravité ou théorie des cordes, sinon qu’elle dote chaque microsphère de l’imaginaire non seulement de son espace propre (l’anti espace) mais aussi de son temps propre, l’anti temps. Dans cette théorie, toute l’action de l’univers est localisée et représentée dans l’imaginaire ; le réel ne contient que des formes (courbures riemanniennes) entièrement vides d’action puisque l’impulsion-énergie est active et focalisée dans la structure interne des particules.

La particule de matière a dans sa partie imaginaire des propriétés néguentropiques, et grâce à son onde psi « explorante » elle intègre, en son « dedans », les formes de l’espace-temps du réel. Ces informations sont appelées les conditions initiales. Cette exploration de la totalité de l’espace extérieur à la particule est instantanée, puisque l’onde psi se propage dans le réel à vitesse de phase infinie dans le référentiel de la particule. Ces propriétés font que le « dedans imaginaire » d’une particule chargée doit être considéré comme jouant le rôle d’une véritable mémoire ordonnée et cumulative (mémorisation des conditions initiales). Dans ces conditions, une particule de matière ne peut désormais plus être considérée comme un objet purement « passif ». La relativité complexe dote la particule d’une véritable « individualité » associée à une « mémoire » propre. Théoriquement toute particule est capable d’un comportement « actif » échappant partiellement aux lois physiques. S’il en est bien ainsi, il faudrait alors naturellement pouvoir tenir compte des propriétés « mnémoniques » individuelles de la particule pour expliquer complètement le mouvement de la « trace » ponctuelle P de la particule dans l’espace-temps du réel.

L’objectif du travail de Jean Charon est de montrer comment l’introduction de la région imaginaire de l’espace-temps permet une représentation unifiée du microscopique (particule) et du macroscopique (espace cosmologique dans son ensemble), mettant en même temps en évidence les relations entre les quatre interactions physiques connues.

Le formalisme de la relativité complexe a pour objectif la quantification de la relativité générale, c’est-à-dire l’unification de l’infiniment petit et de l’infiniment grand. Rappelons ce que la tradition affirme : « ce qui est en bas est comme ce qui est en haut et ce qui est en haut est comme ce qui est en bas ». L’espace-temps quadridimensionnel d’Einstein est constitué d’une infinité de points P tous associés à un micro-univers spatio-temporel hypersphérique fermé. Celui-ci possède ses quatre dimensions propres dont le rayon possède une pulsation périodique dotant chaque point P de l’espace de la relativité générale d’un spin (version quantique du mouvement de rotation sur soi) et d’un « pulse ». Cette action totale et entière fait que chaque particule comporte une partie dans l’imaginaire (son « dedans ») et une autre dans le réel (coextensivité à l’ensemble du cosmos). Le microscopique et le macroscopique, par le caractère « duale » de toute particule dans le réel, sont couplés l’un à l’autre et admettent une solution unique.

Le comportement particulaire est la résultante d’un comportement collectif et d’un comportement individuel. Dans le comportement collectif, la particule ne dispose pas de mémoire cumulative, elle a strictement le comportement probabiliste de la théorie quantique orthodoxe : la particule est solidaire de la totalité du réel, et de la totalité du réel seul, pour le « choix » de son comportement parce qu’elle est sensible aux conditions initiales de l’instant. Cette « solidarité » de la particule à la totalité du réel signifie donc que ce « choix » est en fait l’œuvre de la totalité du tout, Jean Charon dit encore l’œuvre du « non-vouloir » particulaire. Dans le comportement individuel, la particule dispose d’une mémoire cumulative, qui tend à « infléchir » son comportement pour le rendre toujours plus dépendant de son « vouloir » personnel, et toujours moins dépendant de la totalité du réel (de son « non-vouloir »).

À l’instar des grandes traditions philosophiques et même mystiques, Jean Charon pense que l’ensemble des événements (et donc aussi des comportements) dans l’univers est soumis à une sorte de « pulsion » pour s’ordonner selon le « bon ordre » de cet ensemble universel. L’expression « bon ordre » doit être prise ici au sens mathématique de la théorie des ensembles. Il émet l’hypothèse que la particule se comporte sous la pulsion de deux structures différentes et complémentaires : une structure de mémoire individuelle, qui si elle est prépondérante conduit la particule à un comportement essentiellement « volontaire » ; et une structure collective d’appartenance à la totalité du réel, qui si elle ne subissait pas la contrainte du comportement individuel ordonnerait tous les événements de l’univers selon le « bon ordre » de celui-ci. La relativité complexe nous dit que cette pulsion de la totalité du réel donne à la particule individuelle une tendance à s’efforcer de contribuer pour sa propre part, dans son propre comportement, à la réalisation du « bon ordre » de la totalité du réel. Le comportement de la particule est donc la résultante de ces deux pulsions antagonistes et complémentaires : une pulsion individuelle et une pulsion collective.

Ces deux pulsions ne doivent pas avoir une connotation exprimée en termes de « bien et de mal », ni de « l’individuel contre le collectif » : chacun des termes par leur complémentarité est le moteur de l’évolution, d’ailleurs, on voit opérer un juste équilibre de ces deux tendances d’un bout à l’autre de l’échelle dimensionnelle, de la particule aux organismes les plus complexes.

Nous pouvons faire le rapprochement avec la métaphysique traditionnelle qui nous présente la création universelle comme étant le jeu concomitant et concilié de deux forces qui s’opposent et se complètent. La dualité radicale n’existe pas, il y a seulement un dualisme fonctionnel, voire conventionnel, par le canal duquel l’expression phénoménale devient possible. Chaque entité, de la particule à l’organisme, est en quelque sorte un point P à l’interface de son « dedans » et du « dehors ». Rappelons-nous, à titre d’exemple, que la Conscience individuelle fonde les rapports entre soi et le milieu environnant, elle est, analogiquement, la trace ponctuelle de notre point P.

« La Relativité complexe apparaît finalement comme la prise de conscience qu’une représentation complète de l’Univers exige de considérer notre espace-temps observable, celui d’Einstein, celui qui constituait… le cadre supposé suffisant de tous les phénomènes physiques, comme ‘‘doublé’’ en quelque sorte par un espace ‘‘invisible’’, et invisible parce que la lumière elle-même ne peut pas ‘‘sortir’’ de ce nouvel espace-temps. Par ailleurs, et c’est encore ici un aspect fondamental apporté par la Relativité complexe, ce nouvel espace invisible se révèle contenir des phénomènes à évolution néguentropique, contrairement à l’évolution entropique bien connue de notre monde observable traditionnel. »

« Le modèle que nous proposons des leptons chargés représente précisément ces particules comme entièrement plongées dans cet espace-temps néguentropique. Ceci suggérerait le pas suivant : le Connaissant, c’est-à-dire nous-même, celui qui écrit les lois physiques, celui-là qui fait ainsi preuve de son ‘‘Esprit’’, ne serait-il pas lui aussi représentable par ces leptons chargés doués de propriétés néguentropiques, notamment par le seul représentant ‘‘stable’’ de ce type de particules, l’électron ? S’il en était bien ainsi, le modèle leptonique ne nous permettrait-il pas de mieux connaître les mécanismes fonctionnels de notre propre Esprit3 ? »

La physique moderne nous dit que les photons sont les constituants de la lumière et qu’à partir du rayonnement de photons la matière aurait commencé à se former. Au « commencement », la matière étant totalement absente, seraient apparus en premier, c’est-à-dire dès les premiers instants de l’expansion, les neutrons, les neutrinos et les électrons (positifs et négatifs), puis seraient nés les protons. Les protons et les électrons formèrent un immense gaz d’hydrogène qui s’est fragmenté en des milliards de protogalaxies. Sous l’effet gravitationnel, ces protogalaxies se sont elles-mêmes brisées en milliard d’étoiles où se sont amorcées les premières réactions thermonucléaires entre les atomes d’hydrogènes. C’est dans le cœur de ces premières étoiles que vont se fabriquer les différents éléments chimiques que nous connaissons aujourd’hui. Certains éléments chimiques sont projetés hors des étoiles primaires pour finalement former autour d’elles, avec le concours du temps et de la gravitation, les planètes. Certaines d’entre elles, telle la Terre, poursuivent l’évolution que nous connaissons : le monde minéral, végétal, animal, la conscience, et même la conscience de la conscience.

Dans le contexte de la relativité complexe, la lumière doit pouvoir être constituée soit rien que de photons, c’est l’énergie positive, soit rien que d’anti photons, c’est l’énergie négative. Cela permet d’affirmer qu’au commencement il n’y avait que l’absence de tout, c’est-à-dire le néant. Celui-ci devait donc contenir deux sortes de lumière et le mélange des deux produisant le néant.

Tant que photons et anti photons restent séparés, on a la lumière et s’ils se mélangent, on a l’absence de tout. Le modèle est cohérent pour autant que soit maintenue une énergie totale toujours globalement nulle. Pour satisfaire, à l’échelle du tout, cette dernière condition il faut que les signes énergétiques opposés apparaissent et disparaissent par paires. On parle désormais de matière et d’antimatière, de charges électriques positive et négative, de temps et d’anti temps (le temps intérieur aux éons4), etc.

La caractéristique principale de la relativité complexe est de développer un modèle de l’univers dans son ensemble d’énergie globale nulle. Juste après ce que la physique, dans son modèle standard, nomme le big bang, l’espace de l’univers est rempli de lumière « positive » (rappelez-vous que la relativité complexe admet l’existence d’anti photons). Pour la relativité complexe, c’est la lumière « négative » qui a donné naissance à l’espace courbe, et l’univers dans son ensemble ressemble à une sphère qui se gonfle : c’est l’espace vide complémentaire à la matière pondérable. Apparaissent alors les premiers éons, c’est-à-dire les couples d’électrons positifs et négatifs flottant dans l’espace cosmique. L’expansion de l’espace contraint la lumière à se refroidir, donc à perdre de l’énergie et, par compensation (conservation de l’énergie), des particules de matière (particulièrement des neutrons) se forment sans cesse. L’instabilité du neutron fait qu’il se transforme spontanément en un proton (+) et un électron (-).

L’univers est une dualité dynamiquement complémentaire entre les énergies positives et négatives, au même titre que la bipolarité énergétique de notre constitution psychique conscient-inconscient. L’absence de cette dualité dynamiquement complémentaire sonne le glas de tout ce qui existe, c’est le retour au néant. Ce qui précède est symboliquement exprimé par le diagramme du Taiji (figure ci-dessous) qui suggère l’union complémentaire des forces positives (yang) et des forces négatives (yin) animant l’ensemble du cosmos. Le cercle qui entoure le tout symbolise le Tao, force conciliatrice supérieure, Conscience cosmique. On constate que la partie noire (yin) contient un point blanc, et la partie blanche (yang) un point noir. Cette symbolique tend à montrer qu’aucun élément du monde observable n’est ni absolument positif ni absolument négatif. La création universelle manifeste le jeu dynamique, concomitant et concilié de ces deux forces où l’alternance des complémentaires donne sens à l’opposition des contraires.

À l’instant d’origine, du point de vue du rayon de l’univers, plus question en relativité complexe d’un « commencement » où le rayon est réduit à un point dont la densité de matière et la température sont infinies. D’autre part, la matière particulaire, comme en relativité générale, est inexistante au début du monde. Celui-ci est seulement rempli de rayonnement noir dont la température est beaucoup plus basse que celle obtenue en relativité générale, elle est estimée à plus ou moins 60000 degrés, et le rayon de l’univers est 20000 fois plus faible que le rayon actuel. Le modèle relativité complexe, avant l’émergence de notre univers admet la présence d’une matière autre que pondérable sous forme de courbure d’ensemble de l’espace-temps. Il y a une relation d’équivalence entre cette courbure et une densité uniforme de matière nommée densité cosmologique. Au tout début de l’univers, l’énergie de la densité cosmologique entraînant la courbure d’ensemble de l’espace-temps et l’énergie de la densité électromagnétique du rayonnement noir qui, lui, ne provoque aucune courbure de l’espace sont algébriquement nulles. Cette répartition parfaite des énergies totales de l’univers est non seulement présente au commencement du monde, mais elle doit nécessairement le rester dans le futur.

Selon le modèle de la relativité complexe, trois phases sont en présence dans l’espace universel, et ces trois phases devront toujours présenter un bilan total d’énergie algébriquement nul. Premièrement, la matière cosmologique courbant l’ensemble de l’espace ; deuxièmement, le rayonnement noir équivalent à la température d’ensemble de l’univers ; et troisièmement, la matière particulaire (protons, neutrons, électrons) ne provoquant que des courbures locales de l’espace sans modification de la courbure d’ensemble. Ce modèle permet d’une certaine façon d’éliminer le concept de création de l’énergie de l’univers puisque celle-ci est éternellement et rigoureusement nulle au départ et le restera à jamais5.

Au commencement du monde seulement la matière cosmologique (sous forme de « courbure d’ensemble » de l’espace) et le rayonnement uniforme noir sont en présence, et la nullité de l’énergie algébrique totale de l’univers impose que ces deux énergies soient de signes contraires. En relativité complexe, la matière cosmologique représente une énergie négative, et doit donc être considérée comme de l’antimatière. Tandis que l’énergie caractérisée par la température de l’univers est logiquement dotée du signe +. Le fait que la nullité totale de l’énergie soit maintenue, implique que le bilan d’énergie des trois phases (matière cosmologique, rayonnement noir et matière particulaire) reste algébriquement nul.

Voyons comment évolue le contenu énergétique de chacune de ces trois phases à partir de l’instant zéro. Le modèle de la relativité complexe montre que l’univers entre d’abord en expansion et que son rayon R augmente d’où une diminution de la densité cosmologique comme (selon les calculs de J. Charon) l’inverse du cube du rayon R. Tandis que la densité d’énergie du rayonnement noir diminue encore plus vite, en fait comme l’inverse de la puissance 4 du rayon R. Afin de maintenir nul le bilan global d’énergie dans l’univers, de la matière particulaire d’énergie positive, c’est-à-dire des particules de matière, et non des particules d’antimatière, naît spontanément. C’est donc à partir d’une transformation de l’énergie du rayonnement noir électromagnétique en matière que les particules qui construisent notre univers sont nées. Ici la relativité complexe adopte le même point de vue que la relativité générale. Avant que ne commence l’expansion de l’univers, les particules de matière étaient totalement absentes, l’espace était statique et il n’existait que le rayonnement à 60000 degrés. L’instabilité de l’univers sous cette forme était extrêmement sensible à la moindre fluctuation, et dès la fabrication de la première particule de matière, un neutron ou un proton et un électron, le phénomène d’expansion s’est enclenché comme une réaction en chaîne.

L’équilibre des trois phases, matière cosmique, rayonnement noir, matière particulaire est réglé selon le principe de la conservation de l’impulsion-énergie. C’est du rayonnement noir existant à l’origine que la première particule est née et que l’univers s’est mis en expansion. De ce fait sa température se refroidit avec la particularité qu’il n’y a aucun échange de chaleur avec un milieu extérieur, d’où la fabrication sans cesse croissante de matière particulaire.

La relativité complexe admet que l’expansion (énergie négative) serait réversible et la conservation de l’énergie exigera donc que la matière particulaire (énergie positive) aille progressivement en diminuant de masse. Mais dans ce cas, ou la matière de notre univers va-t-elle être évacuée ? Il existe des espace-temps situés « hors » de notre propre espace-temps de la matière comme les microsphères électroniques mises en évidence par la relativité complexe. Ce qui va retenir notre attention dans un premier temps concerne la formation de « trous noirs » précédée par un processus où la matière atteint des densités énormes, plus de particules électriquement chargées mais un « magma » de matière sans particules différenciées (transformation dans ces conditions extrêmes de pression des protons en neutrons avec émission de positrons e+). Il ne reste finalement que des paires électron-positron (l’aspect spirituel de l’univers) restitués à l’espace, eux-mêmes « enfouis » dans un rayonnement noir à température constante (60000°) qui interdira aux électrons et positrons de se combiner, ce qui conduirait à un rayonnement électromagnétique associé à une élévation de la température « noire ». Tandis que l’évacuation de la « matière brute » (les neutrons) de notre univers aura lieu sous forme de la création de ces « trous noirs »6 qui en quittant notre univers se mettent eux-mêmes en expansion, et devenant (pourquoi pas ?) de nouveaux univers7 nés à partir du nôtre et conservant les germes de l’esprit (l’information) de celui-ci.

En résumé. Puisque ce sont les électrons (les particules chargées) qui sont porteurs de l’esprit, l’évacuation de la matière de l’univers sous forme de création de trous noirs ne correspond nullement à une fuite de l’esprit de notre univers. Au contraire, cela implique que plus le moment de contraction de l’univers approche de sa phase maximale, plus l’univers devient « spirituel ». Les paires électrons-positrons survivent à la matière et avec eux l’esprit. Inversement, dès que sont nés les deux premiers électrons (le très peu probable n’est pas impossible), le processus d’expansion commence et la matière particulaire va devoir naître sur base de la diminution de l’énergie totale du rayonnement enfermé dans l’univers. La physique moderne nous dit (ici encore « très peu probable » n’est pas synonyme d’impossible) que ce sont des neutrons qui d’abord vont apparaître dans l’espace. Vu l’instabilité du système, l’expérience montre qu’au bout d’une quinzaine de minutes un neutron se transforme en un proton p+ (neutron « associé » à un positron e+), un électron e- et un antineutrino. Le modèle tient la route seulement si les électrons et les positrons peuvent se maintenir dans l’espace près des sources d’énergie. Les lois de la physique montrent que le positron (e+) peut se lier à un neutron grâce aux interactions faibles. Le neutron apparaît ainsi comme la source d’énergie locale la plus abondante de l’espace de la matière. Ensuite, l’interaction électromagnétique permettra à l’électron de se lier au proton formant ainsi l’atome d’hydrogène très présent dans notre univers de matière. À partir de là, l’effet d’attraction gravitationnelle va faire son œuvre. Ce qui précède indique aussi un processus associé à la création de toujours plus d’électrons négatif, c’est-à-dire en relativité complexe la naissance de ce qui fonde l’espace de l’esprit. Tandis que les électrons positifs (positrons) sont « captés » par les neutrons pour former des protons, sachant que ces positrons sont eux aussi porteurs d’un espace-temps de l’esprit. Pour la relativité complexe, le proton symbolise l’union entre matière et esprit par l’« association » neutron (« matière brute ») et électron positif.

Il est utile de mettre en avant que pour expliquer la naissance particulaire, la relativité générale et la relativité complexe indiquent des processus très différents. En relativité générale, la température de l’univers à sa naissance est tellement élevée, de l’ordre de plusieurs centaines de millions de degrés, qu’on peut postuler que toute la matière particulaire de l’univers s’est fabriquée très rapidement (proportionnellement au refroidissement rapide de l’univers en expansion) à cette époque. Par contre, comme nous l’avons évoqué, en relativité complexe, la température étant dès le départ trop basse (60000°) pour fabriquer la matière particulaire, son formalisme insistera sur la conservation de l’impulsion-énergie à l’échelle de tout l’univers. La relativité complexe indique donc une création « spontanée » de particule de matière afin de maintenir un équilibre globalement nul entre la densité cosmologique, la température absolue du rayonnement noir et la matière particulaire. Il est impératif de bien comprendre que selon la relativité complexe, le néant n’est pas constitué d’énergie négative et d’énergie positive qui s’annuleraient spontanément ; mais d’énergie et d’anti énergie constituant un équilibre globalement nul capable de produire un monde particulaire et atomique d’où procède l’univers connu.

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1 Nous verrons que la relativité complexe indique que les quatre dimensions (trois d’espace et une de temps) sont chacune dédoublées en une partie « réelle » et une partie « imaginaire ». En mathématique, on appelle nombres complexes des nombres « dédoublés », d’où le nom de théorie de la relativité complexe associée à des dimensions complexes au sens mathématique : une face « réelle » visible et une autre face « imaginaire » invisible, un « dehors » étendu à un « dedans ».

2 Jean E. Charon, L’esprit et la relativité complexe, introduction à la psychophysique, Paris, Albin Michel, 1983. La relativité complexe, l’unification de l’ensemble des quatre interactions physiques, Paris, Albin Michel, 1987.

3 Jean Charon, L’Esprit et la Relativité complexe, Paris, Albin Michel, 1983, p. 15.

4 Chez les anciens Gnostiques, les éons désignaient des particules de matière porteuses de l’esprit du monde. Il s’agissait du « dedans » associé aux caractéristiques spirituelles complémentaire à un « dehors » associé aux caractéristiques physiques.

5 « Si l’énergie totale de l’Univers doit toujours être nulle et que la création d’un corps coûte de l’énergie, comment un univers entier peut-il être créé à partir de rien ? C’est précisément la raison pour laquelle une loi comme la gravitation doit exister. La gravitation étant une force attractive, l’énergie gravitationnelle est négative (…) Cette énergie négative peut donc contrebalancer l’énergie positive nécessaire à la création de matière, même si les choses ne sont pas aussi simples (…) La gravitation déformant l’espace et le temps, elle autorise l’espace-temps à être localement stable mais globalement instable. À l’échelle de l’Univers entier, l’énergie positive de la matière peut être compensée par l’énergie gravitationnelle, ce qui ôte toute restriction à la création d’univers entiers. Parce qu’une loi comme la gravitation existe, l’Univers peut se créer et se créera spontanément à partir de rien (…) La création spontanée est la raison pour laquelle il existe quelque chose plutôt que rien, pourquoi l’Univers existe, pourquoi nous existons. » (S. Hawking, Y a-t-il un grand architecte dans l’Univers ?, Paris, Odile Jacob, 2011, p. p. 218-219).

6 Stade finale d’une étoile à neutrons dont la contraction extrême finit par « fermer » l’espace-temps de la matière sur elle-même.

7 Ceci corrobore la thèse des multi-univers (multivers).