Carlo Suarès : La cabale, science de l’énergie cosmique


27 Mar 2009

(Extrait de l’Univers de la Parapsychologie et de l’Ésotérisme dirigé par Jean-Louis Victor, Tome 1, éditions Martinsart, 1976)

Si le mot Cabale, Cabbala, Kabbalah ou Qabalah est universellement connu, ce à quoi il se rapporte est en général défini comme étant quelque chose d’occulte, de mystérieux, d’inconnais­sable. En français il forme le mot cabalistique, synonyme, non sans un certain dénigrement, de tout ce qui est ésotérique, magique, incompréhensible.

Ce destin de la cabale est dû à ses accidents de parcours à travers les âges. Le Sepher Yetsira, ce petit aide-mémoire pour cabalistes, est entièrement consacré à l’étude des lettres de l’alphabet hébraïque en tant que signifiants de différents états de l’énergie cosmique. Les schémas que donnent leurs multiples combinaisons expriment des structures de cette énergie, à la fois dans des psychismes humains et dans l’espace visible. On y trouve des indications précises sur des sujets tels que la dégradation de la lumière en chaleur; la pénétration de la chaleur dans l’eau (l’eau des corps à sang chaud) ; les rapports de différentes parties des corps humains avec telle ou telle planète ; l’influence des signes du zodiaque sur les destinées humaines ; et surtout une perception aiguë du fait que tout est énergie, à la fois une et double, une dans son essence, double dans ses mani­festations. Un courant vital en tant qu’émanation de la conscience universelle, et ce même courant vital émané de l’existant, égal à l’autre (qui n’est que lui-même) et en sens inverse, se conjuguent dans cet extraordinaire petit traité, en une vision unitaire d’une grande beauté.

Ses auteurs anonymes (à une époque qui n’a pas pu être établie) savaient sans doute qu’en l’écrivant, ils risquaient leur vie. Ils s’oppo­saient à la notion déiste d’une vie dispensée à sens unique par un créateur à des créatures ; ils voyaient une vie endogène, en une merveil­leuse vibration, être tout ce qui est, à la fois conscience projetée et projection consciente. Les agents de cette totalité perçue par l’esprit humain étaient les autioth, les signes que l’ignorance, la pensée concrétisante, le manque de maturité, avaient réduits à n’être que les lettres d’un alphabet et des chiffres de valeurs purement numériques.

Le Sépher Yetsira attribue l’origine de la cabale, en tant que science des structures de l’énergie, à Abraham. Ce personnage à la fois mythe logique et historique aurait reçu la connaissance dans la pleine accep­tion de ce mot, ainsi que les moyens de la mettre par écrit. Dès l’origine de ce cycle-là, on peut admettre l’existence de deux traditions, chacune d’elles ayant plusieurs branches : une tradition populaire, et une secrète. Cette dernière avait plusieurs raisons de demeurer occulte : la difficulté qu’il y avait, et qu’il y a encore, à la comprendre; ses nombreuses déformations au cours de l’histoire; et surtout la volonté des cabalistes de dérouter les non-initiés, afin de ne pas révéler leur pensée, hérétique pour les synagogues. La tradition populaire a abouti à la Bible telle qu’on la connaît, traduite en toutes les langues, mais déformée au point que seuls, quelques initiés savent que le livre de la Genèse était à l’ori­gine un traité fondamental de cabale, basé sur la connaissance des lettres, nombres de l’alphabet en tant que signes se rapportant à des structures et à des processus de l’énergie cosmique.

On peut encore lire dans certains anciens manuscrits des textes bibliques où les lettres se succèdent sans interruptions et sans l’adjonc­tion de signes-voyelles. La rédaction de la Bible occupa des clercs pendant de nombreux siècles, depuis l’époque d’Esdras, jusqu’aux VIIe et VIIIe siècles de notre ère, où les derniers découpages en mots et les derniers signes furent établis. Le texte en idiome courant devint traduisible du fait que son sens originel était perdu.

Il n’était pas perdu pour tout le monde. Esdras, au Ve siècle avant notre ère, revenu de Babylonie à Jérusalem à la tête de quelque mille huit cents exilés qui avaient oublié jusqu’à leur langue avait, dit-on, reconstitué l’alphabet en donnant aux lettres les graphies que l’on connaît encore traditionnellement, et avait enseigné leur sens à un cercle restreint. Selon le Talmud, si Moïse n’avait pas précédé Esdras, c’est à Esdras que la Torah aurait été donnée.

Deux traditions

L’existence de deux traditions peut encore être un sujet de spécula­tion entre la période historique douteuse où l’on situe Abraham et le renouveau hébraïque accompli par Esdras, mais on peut, à partir de là, retrouver les traces, bien que souvent déformées, de la cabale.

Lorsque, sous Ptolémée Philadelphe, fut composée la célèbre version des Septante, en 282-283 avant notre ère, des rabbins s’affligèrent à grands cris, se mirent en deuil, déclarèrent que ce jour était pire que celui du veau d’or, que mieux eût valu n’être pas né plutôt que d’assis­ter à une telle profanation. Ces rabbins cabalistes connaissaient cer­tainement le code chiffré originel des textes sacrés, et le savaient intraduisible.

Les deux ou trois siècles précédant notre ère furent, pour le peuple hébreu, si remplis de luttes violentes, de combats dramatiques, de révoltes désespérées et sanglantes, que la cabale en tant que science, se centra en ce qu’on peut appeler une mystique, si l’on donne à ce mot un sens qui se rapporte à la conviction que l’on peut avoir d’une réalité intérieure, ou supérieure, au-delà de la réalité extérieure et qui la pénètre. Farouchement attachés au sentiment de leur contact direct avec le divin, les Juifs se battirent jusqu’à la destruction du Temple par Titus en l’an 70, jusqu’à la mort et la dispersion des survivants.

La cabale, cependant, demeurait. Aquiva, qui mourut torturé à l’âge de quatre-vingt-quinze ans pour avoir appuyé et dirigé la révolte de Bar Kokhba, avait inventé l’herméneutique, en interprétant les moindres détails du langage des Écritures, au lieu de considérer que cette langue était celle des hommes (sic), ainsi que l’enseignait un célèbre contem­porain, Rab Ishmaël. Aquiva devint ainsi, à la fois, le maître du Talmud et celui de la cabale. On lui doit, en particulier, d’avoir imposé comme texte sacré, malgré une vive opposition, le Cantique des Cantiques, demeuré canonique, à la surprise générale.

De récentes recherches ont permis de constater que ce texte, qui passe pour un dialogue d’amoureux, se révèle, lu au moyen du code chiffré, comme étant un texte fondamental de cabale. Son écriture est d’une précision rigoureuse dans ses moindres mots, dans leur ortho­graphe, leur suite, leur logique. Ils chantent l’angoisse de la conscience universelle qui se fragmente, se cherche, se trouve au cours d’instants fugitifs, se cherche encore dans ses fragments perdus. Ils chantent le miracle des réponses à cette quête, le Cantique de la présence de l’absent, le drame de la femme, les fuites de l’homme, les rencontres illusoires, les déceptions, les transports amoureux, l’éternelle séparation dans l’union.

Si ce texte sublime, essence de la cabale, ne mentionne Dieu à aucun moment, c’est qu’il est au-delà du déisme, au cœur de la connaissance totale. Ne pouvant se dévoiler, il se déguise avec un art admirable. Ses mots les plus significatifs ont des sens apparents qui cachent leurs sens réels. Quant à l’identité de son auteur, les versions les moins vraisemblables finirent par être admises sans discussions. Il y aurait cependant lieu d’avancer le nom de Aquiva, tout simplement.

Un des disciples les plus connus de Aquiva fut Siméon-Bar-Yohai : une lumière dont on sait en vérité peu de choses. Il laissa un souvenir légendaire, qui servit de base, environ un millénaire après sa mort, au célèbre traité de cabale, le Zohar, rédigé par différents auteurs, surtout par Moise de Léon, un cabaliste castillan qui mourut en 1305.

Au cours de ces siècles, la cabale avait proliféré en des centaines d’ouvrages, souvent imaginatifs et allégoriques, traitant de tout ce que la cabale évoquait dans des esprits attachés à d’anciens mythes. Pour s’attirer une audience, ces textes se prévalaient souvent de noms connus, tel cet Alphabet de ‘Aquiva du VIIIe ou IXe siècle, qui racontait comment les lettres de l’alphabet se présentèrent devant le trône du Seigneur pour avoir l’honneur d’ouvrir le texte de la Genèse. Fausse­ment attribué à Aquiva, ce récit a encore aujourd’hui un certain succès.

Le Zohar

Le Zohar, écrit en partie en araméen et en partie en hébreu, est une compilation de documents disparates. La partie la plus importante prétend rapporter des discussions de rabbins ayant vécu au IIe siècle, discussions conduites par Simon-Bar-Yohai, et que dix siècles plus tard on ne pouvait évidemment qu’inventer. Cet énorme ouvrage est un assemblage de théologie, de psychologie mystique, d’anthropologie, de mythes, de poésie. De vieilles doctrines gnostiques, des traditions mystiques, des spéculations théurgiques, des superstitions populaires, des thèmes mythologiques voisinent avec des échos de philosophies néo-platoniciennes et aristotéliciennes sur les rapports de la nature et du cosmos et les relations entre une divinité transcendante et le monde fini. Le problème de la façon dont le mystère du Ain-Sof (l’infini) se manifeste dans la création divine est un des thèmes majeurs du Zohar. Il donne lieu à une réponse qui comporte les Sephiroth et d’autres catégories dont l’intérêt est indéniable.

L’auteur du Zohar est moins intéressé par le sens littéral des événe­ments historiques, ou pseudo-historiques, décrits dans la Bible, que par les mystères inclus dans leur vérité intérieure. Son postulat principal est qu’il existe une correspondance complète entre les mondes dits supérieur et inférieur et que, par conséquent, une vitalité accrue dans le monde des hommes, dans leurs pensées et leurs actes, se transmet aux plans les plus élevés. Cette vérité émerge péniblement d’un fatras énorme où le lecteur, spécialisé en araméen et en hébreu, risque de passer sa vie, et où le lecteur non spécialisé peut goûter une saveur folklorique qui l’égarera en dehors des problèmes fondamentaux, tels qu’ils se posent à notre conscience contemporaine.

La lecture initiatique

Un courant de recherches se précise en ce moment, surtout en France et aux États-Unis, en vue d’aborder résolument la cabale à sa source, c’est-à-dire par l’étude des autioth, ces lettres-nombres qui, réduits à n’être qu’un alphabet, recèlent la clé d’une connaissance multi-millénaire.

Les premiers résultats de ces explorations nous plongent dans un mode de pensée totalement différent de celui tributaire de nos langues habituelles. Des signifiants projettent successivement en flashes leurs signifiés sans lien grammatical entre eux, mais chaque signe est un paramètre dont dépendent des fonctions de variables indépendantes, lesquelles relient ce signe à tous les autres signes de l’alphabet. La lecture de certains textes, ceux qui furent écrits originellement selon cette écriture particulière et que les interventions rabbiniques n’ont pas trop altérés, devient un exercice de linguistique qui transgresse les lois résultant des processus neuroniques structurés sur le système nerveux, lois qui définissent telle ou telle représentation grammaticale.

Cette sémantique est en rapport étroit, non seulement avec la graphie attribuée à Esdras, mais surtout avec l’aspect phonétique des signes. Des expériences de laboratoire utilisant des spectrographes ont montré que les sons émis en prononçant chacune de ces lettres donnent des images qui illustrent leurs valeurs énergétiques, telles que les définit le code originel, retrouvé et redéfini en termes contemporains.

Les perspectives qu’ouvrent ces recherches se révèlent tous les jours plus nombreuses et plus étendues. La succession des lettres-nombres, appuyée par des éléments de la cabale traditionnelle dépouillés de leur mythologie, tels que l’Arbre de Vie, les Sephiroth, le Cube de l’Espace, permet de comprendre certaines structurations de l’énergie que la biologie, la chimie, la physique, constatent plus qu’elles n’ex­pliquent.

Le code chiffré ainsi mis au service de la recherche situe les fonctions et les organes des cellules vivantes dans le cadre général de l’énergie cosmique ; il montre comment et pourquoi se cons­titue la double hélice, secret de la vie ; des raisons pour lesquelles s’y trouve un sucre (désoxyribose) et un acide (l’acide phosphorique) ; il éclaire le processus de permutation de désoxyribose en ribose, de thymine en uracil ; et, bien avant la découverte de l’ARN, la cabale savait fort bien que la sphère de la structuration (ADN) en avait besoin pour entrer dans celle du faire.

Tenant toujours présent à l’esprit le caractère double de l’énergie cosmique (que l’on peut appeler explosion-compression, ou autre­ment) ; le fait que le vrai, que le seul mystère est celui de la conscience ; que la conscience est tout en tout (projetée ou intériorisée) ; que, de ce fait, tout communique avec tout et que la recherche scientifique doit s’orienter vers l’étude du phénomène général qui s’appelle commu­nication ; le néo-cabaliste d’aujourd’hui, armé du code chiffré originel qu’il aura bien assimilé, peut à la fois dialoguer efficacement avec les scientifiques à la pointe avancée de la recherche et découvrir dans la Bible des élucidations sur ces mêmes recherches.

D’emblée, les premiers signes de la Genèse biblique, qu’on lit en hébreu « Bereschyt-bara-Elohim… » et qu’en idiome on comprend « Au commencement Dieu créa… » se présentent, non comme un texte, mais comme une graphie où chaque signe joue le jeu cosmique et où l’ensemble de ces signes envahit le lecteur; l’entraîne dans le double mouvement d’une unité; de l’enfouissement de cette vie consciente dans ses projections ; de son retour à elle-même en une prise de conscience ; du prodigieux mouvement vibratoire qui constitue à la fois la vie cosmique, sa conscience, et l’essence contradictoire de tout ce qui est. L’initiation à cette lecture est fort loin de pouvoir s’ins­crire dans le cadre du présent exposé. Cependant, nos lecteurs ont déjà pu comprendre que, selon la cabale originelle, source de nos civi­lisations occidentales, l’univers physique, l’univers psychique et celui que l’on peut appeler intemporel, sont un. Mais, tandis que nos sciences contemporaines, allant de la physique dans ses nombreuses branches, à la chimie, à la biologie, etc., étudie et commence à décou­vrir le monde dit objectif, la psychologie, absorbée par son esprit d’analyse, résiste encore aux phénomènes, de plus en plus nombreux, constatés partout, depuis l’U.R.S.S. jusqu’aux U.S.A., qu’on appelle métapsychiques : parapsychologie, télépathie, psychokinésie, per­ceptions extra-sensorielles, et d’autres.

Or, la Genèse biblique, restituée en sa valeur propre, loin d’être un récit mythologique et allégorique d’événements qui n’ont jamais eu lieu, projette dans les psychismes emprisonnés dans notre continuum spatio-temporel (quatre dimensions spatiales et une de temps linéaire) des énergies provenant d’univers multidimensionnels, qui à la fois coexistent avec le nôtre et le pénètrent. Ces énergies sont partout, mais les psychismes leur résistent et ne les voient pas. « Le royaume du Père s’étend sur la terre et les hommes ne le voient pas. » (Évangile de Thomas, logion 113, version Philippe de Suarez). Refusant donc de recevoir ces émanations qui détruiraient en leur monde psycho-concret la notion qu’ils ont d’eux-mêmes, ces psychismes les projettent dans un surnaturel imagé ou les nient.

Le véritable cabaliste ne s’est jamais laissé capter par le soliloque, que personne n’a pu entendre, d’un démiurge déclarant « que la lumière soit », mais il sait ce qu’est la lumière : une fécondation dans l’habitat cosmique provenant d’une énergie postulée infinie, de caractère explosif. Cette énergie vivante confère donc à sa projection temporelle la plus grande vitesse dont celle-ci est susceptible : c’est la lumière. Le schème AUR (Aleph.Waw.Reisch) l’exprime d’autant mieux que Reisch (dont l’orthographe est Reisch, Yod, Schîn, et dont le nom est celui de l’habitat cosmique) émet le souffle (Schîn, 300), mythiquement attribué à la divinité, en réponse au Aleph, l’Infini.

La lumière et l’eau

Cette brève incursion dans une sémantique, étrangère à la plupart des lecteurs, a pour seul dessein de dire que, pour la cabale originelle, la lumière est la plus grande vitesse que comporte un univers quel qu’il soit, qu’elle se définit en fonction de la masse de cet univers, et qu’elle est de nature double, à la fois dans ses composantes physiques (extérieures) et dans ses composantes psychiques que les mystiques appellent lumière intérieure.

D’après la lecture traditionnelle de la Genèse, le démiurge après avoir créé la lumière, se met en devoir de la séparer des ténèbres. Qu’était-elle donc, identifiée aux ténèbres? Cette situation primitive est d’ailleurs contredite par l’apôtre Jean qui, dans son Évangile, déclare que les ténèbres n’avaient pas reçu la lumière. En termes de cabale, ces propositions ne s’opposent pas. Elles se rapprochent à l’essence même du phénomène lumière, vu en termes de conscience : la conscience infinie, fécondatrice de sa projection finie, y dépose son germe, mais se retire dans l’en-soi, cependant que le temporel déterminé par le support en quoi s’est projeté le Un, poursuit la course du pour-soi. Mais l’histoire de la lumière ne fait que commencer et la recherche scientifique est encore loin d’en pénétrer le secret. Mesurable mais portant en elle le germe de l’immesurable, phénomène à la fois physique et psychique, lumineuse dans sa dégradation, obscure en son essence, la lumière contenue dans ses kilomètres-secondes ne fait que définir notre univers à trois dimensions : elle n’est pas contenue en lui. Elle le prouve déjà, lorsque, mise en ordre dans un rayon laser, elle fait franchir à une image de deux dimensions le seuil d’une dimension supplé­mentaire. Tous ont vu ces hologrammes où des sujets photographiés sur la même plaque se déplacent les uns par rapport aux autres, selon les déplacements des observateurs. Sous l’effet du laser, la plaque de deux dimensions devient un objet à trois dimensions. En outre, la plaque photographique cassée reproduit en chacun de ses fragments l’image totale contenue dans la plaque.

A-t-on conclu quoi que ce soit de positif au sujet de ces phénomènes ? S’est-on demandé quelle conscience vit dans la lumière, qui dépasse nos dimensions d’espace et de temps ? S’est-on orienté vers la recherche du quantum d’action psychique susceptible de nous faire franchir la barrière de lumière temporelle?

Mais revenons quelque peu en arrière, dans le deuxième verset de la Genèse, où nous trouvons un thème qui nous ramène à l’étude des cellules vivantes, et a des aperçus nouveaux : le thème des eaux. D’après la lecture traditionnelle, le démiurge, après avoir créé les cieux, et une terre en tohu-bohu se promène en esprit (ou en souffle) au-dessus des eaux. Ces eaux arrivent brusquement, sans préparation, on ne sait d’où ni comment, et on demeure perplexe sur la nécessité divine de s’agiter au-dessus de leur surface. Ce n’est qu’au sixième verset, après avoir séparé la lumière des ténèbres, que le démiurge fabrique un espace au moyen duquel il sépare les eaux en les situant au-dessous et au-dessus de cette étendue.

La logique populaire trouve cela naturel : en bas sont les puits, en haut les nuages. Cette interprétation n’ayant cependant pas de rapport avec la formation universelle de l’espace comportant ses milliards de galaxies, et la présence préalable de l’eau (d’après le texte biblique), il convient de voir, d’abord, pourquoi la tradition occulte considère que l’eau est l’élément primordial.

La molécule d’eau, H2O, contient deux atomes d’hydrogène et un atome d’oxygène. Le nombre atomique de l’hydrogène est 1, celui de l’oxygène est 8. L’hydrogène constitue la plus grande partie de ce dont est fait l’univers, mais sa masse atomique, comme son nombre, est 1. Aucun autre corps ne se trouve dans cette condition.

Or, Aleph, symbole de l’énergie infinie, possédant, non la conscience, mais l’immanence de la conscience cosmique, est aussi représenté par le nombre 1. Cette intériorité ne se réalise qu’en ses rapports avec une extériorité, laquelle se constitue d’apparences engendrées par la nécessité d’une innéité. Un univers projeté n’est donc que le symbole du contraire, de sa réalité consciente, et cela, la cabale le sait et le déclare depuis toujours.

Hydrogène et hélium

Dans notre univers spatio-temporel, le Aleph 1, projette donc son 1 en tant que son contraire, et c’est l’hydrogène, ce qui permet de postu­ler que l’hydrogène, contrairement à tous les autres corps, est une non-conscience. Cette non-conscience est garante du principe fonda­mental de l’indétermination cosmique, puisqu’elle ne comporte pas de préalable pour la conscience universelle. En d’autres termes, l’esprit est libre du fait de sa négation projective, alors que la conscience propre à l’univers projeté se trouve dans un état de contradiction perpétuelle.

C’est l’état de conscience de l’eau, symbole fondamental, non de cette dualité, mais du rapport instable, indéfinissable, entre le 1 et le 2. Car l’hydrogène ne s’intègre jamais dans le 2 en tant que structure. S’il se présente en H2, un et un font mais ne sont pas 2. Quant à l’oxy­gène 8, on peut dire qu’il qualifie la particularité de notre globe ter­restre, du fait qu’il en est l’élément le plus abondant et qu’à quelques exceptions près il se combine directement à tous les corps simples. Cette caractéristique correspond, en cabale, à son nombre 8, symbole d’une énergie non structurée (la lettre Hheith) et se prêtant à toutes les structurations nécessaires à la vie; en bref l’oxygène est une dispo­nibilité. Alliée à la non-conscience de l’hydrogène, elle est sa contrepartie, nécessaire à la conscience cosmique, dans le processus en cours dans le corps de notre planète.

L’eau est un mystère, on le sait, on le dit en l’étudiant de toutes les façons objectives. De nouvelles expériences ont déjà lieu, orientées vers la recherche de la conscience de l’eau selon la cabale revivifiée par l’évolution parallèle des sciences et des consciences. En même temps, la Genèse biblique, désoccultée, se rétablit peu à peu dans son sens originel. La création biblique de l’espace et la séparation subséquente des eaux apparaissent comme étant, d’abord, la distance que prend la conscience cosmique entre elle-même et sa projection terrestre; ensuite la séparation au sein de l’élément eau (constitué ainsi que nous venons de le voir) entre l’eau non organique dans laquelle naissent des organismes vivants, et l’eau elle-même organique (jus­qu’aux corps humains dont elle constitue la plus grande partie).

Ici intervient un corps simple, rare et modeste, demeuré inconnu jusqu’au siècle dernier, s’étant présenté comme un produit de désinté­gration radioactive, comme un constituant à peine secondaire de la matière : l’hélium. A cause de son spectre particulièrement lumineux, on l’a chargé d’éclairer les rues, sans se douter que cette fonction municipale était accordée à un élément essentiel de la vie sur cette planète. On pensait que sa masse atomique, 4, était constituée de quatre atomes d’hydrogène. Pour la cabale, cette erreur est avant tout ontologique : le nombre atomique de l’hélium est 2 (lettre Beith) et ce 2, structure duelle, que l’hydrogène ne forme jamais, est l’union du 1 provenant de l’énergie cosmique et du 1, réponse à cette énergie, en tant que radioactivité terrestre. Ces deux énergies, égales et de signes contraires, sont, dans l’hélium, les retrouvailles du 2 en l’unité, et, en bref, la vie elle-même miniaturisée en l’apparence de son contraire. Selon cette notion, l’hélium est à l’origine de l’évolution des masses sur notre planète : un catalyseur, pour ainsi dire. En termes de conscience il est le passage du non-conscient à l’inconscient : deux catégories que l’on ne doit pas confondre.

Il y a lieu ici de proposer une critique de la célèbre expérience de Stanley Miller, qui, en 1953, produisit quelques acides aminés, construc­tions moléculaires complexes servant de bases aux systèmes possé­dant les caractéristiques de la vie, mais qui, dans cette expérience, n’allèrent pas jusqu’à engendrer la vie.

La connaissance cabalistique

Avant de proposer un correctif à l’expérience de Stanley Miller, tentative dont il n’est pas certain qu’elle serait fructueuse, il devient nécessaire de préciser la source de la connaissance cabalistique.

On est de plus en plus amené à dire que les Anciens possédaient des connaissances dont nous ignorons les origines. En Chaldée, pays de naissance d’Abraham (et peut-être de la cabale), en Égypte, en Babylonie, pour ne mentionner que le Proche-Orient, les Anciens avaient des vues sur l’univers que leurs moyens techniques ne per­mettaient pas d’atteindre.

En ce qui concerne le sujet traité ici, voici comment le Sepher Yetsira décrit dans son dernier verset (VI, 4) la pénétration de la cabale en Abraham : « Dès qu’Abraham, notre père, participa au flux vital, il regarda, il vit, il explora, il articula, il traça, il tailla, il combina, il structura, il éleva de sa main et Adôn Hakol (béni soit son nom) le combla, se révéla à lui, le reçut en son sein, l’embrassa sur la tête, l’appela mon ami et fit alliance avec lui et sa descendance qu’il authentifia avec Hé (Abram devenant Abraham) et lui donna une mesure exacte de justice. Et conclut avec lui une alliance entre les dix doigts des pieds, et c’est l’alliance de la circoncision et entre les dix doigts des mains et c’est l’alliance de la langue et lui attacha vingt-deux Autioth à la langue et lui révéla leur fondement et les délava par les eaux, les flamba par le feu, les agita par le souffle, les consuma par le sept et les dirigea aux douze constellations. »

Lu dans son écriture originelle, signe par signe, ce texte apparaît dans toute sa précision. Dégager le sens exact de ses détails nous entraî­nerait hors de notre propos. On peut cependant, même à travers une tra­duction, noter l’énoncé de cette participation au flux vital : l’usage de la perception (regarder) ; de sa transformation en acte (voir) ; de ses conséquences mentales (explorer) ; de l’apport du langage (articuler) de sa transformation en écriture (tracer) ; de l’action directe sur l’exis­tant (tailler) ; de l’acte mental (combiner) ; de la fonction créatrice (structurer) ; de l’offrande à l’univers (élever de la main).

Il n’y a là rien d’occulte, de mystérieux, d’incompréhensible, rien qui ne soit au contraire, une invitation à mettre en activité toutes nos facultés en un contact direct et absolument individuel de notre être physique, sensoriel, mental, avec le monde : opération qui peut paraître simple à priori, mais qui, tout de suite, déroute. Car regarder, on sait ce que c’est. Mais voir? Le Maître des maîtres en cabale l’a bien dit (Ev. de Thomas, ouvrage cité, logion 83) : « … Les images se mani­festent à l’homme et la lumière qui est en elles est cachée… »

Il est évident que ces mots — ainsi que l’intervention de Adôn Hakol (le Seigneur de l’Univers) dans le Sepher Yetsira — font état de dimen­sions tout autres que n’en comporte le mot voir dans le langage courant. On a souvent dit à ce propos que pour voir, dans ce sens plus profond, plus réel, plus exalté, on doit être neuf, à la façon des enfants. A cela, le maître répond d’une façon qui confond et laisse perplexes ceux qui ne sont pas dans son mystère (Ev. de Thomas, ouvrage cité, logion 22) : « Jésus vit des petits qui tétaient. Il dit à ses disciples : « ces petits qui tètent sont semblables à ceux qui entrent dans le Royaume. » Ils lui dirent : « alors en étant petits entrerons-nous dans le Royaume »? Jésus leur dit : « lorsque vous faites le deux Un, et faites l’intérieur comme l’extérieur, et l’extérieur comme l’intérieur, et le supé­rieur comme l’inférieur, afin de faire le mâle et le féminin en un seul pour que le mâle ne devienne mâle et le féminin ne devienne le féminin : lorsque vous faites des yeux à la place d’un œil, et une main à la place d’une main, et un pied à la place d’un pied, et une image à la place d’une image, alors vous entrerez dans le Royaume ».

Ces paroles proviennent d’univers dont les dimensions dépassent celles, spatio-temporelles, de notre monde quotidien, sans qu’ils soient, pour autant, surnaturels. Il n’y a jamais eu, en vérité, d’autre révélation que la révélation de l’existence de ces mondes. Ils nous pénètrent, parce que notre continuum baigne en eux comme un poisson dans l’eau. Savoir que nous pouvons sentir, penser, agir en eux, est déjà une préparation à la délivrance de consciences emprisonnées dans leur fabrication de temps et d’objets. Notre époque, en multipliant les phénomènes métapsychiques, nous invite à cet élargissement, dont il n’y a aucune raison de croire qu’il ne peut pas être celui de l’intellect. Bien au contraire, celui-ci est la plus grande énergie dont nous puissions disposer, mais à la condition qu’il soit enraciné dans le mystère fondamental du tout. Il s’immunise alors contre toutes les explications que l’on en donne, spirituelles ou matérielles, lesquelles ne proviennent jamais que de fausses évidences. Les fausses pensées qui en résultent, simples projections mentales, demeurent confinées dans des états de conscience déterminés par l’ensemble de leurs projections : l’univers mesurable. Ces états de conscience traduisent toujours les irruptions révélatrices des univers qui dépassent nos trois dimensions spatiales et notre temps linéaire, en termes concrétisants, et reprojettent dans un surnaturel de leur invention un naturel qui les dépasse. Mais une pensée capable d’aller au bout du processus lin­guistique dont est tributaire la pensée projective, se rend compte qu’il tourne en rond dans un circuit fermé. Elle accueille alors avec plaisir la sémantique de la cabale originelle qui lui permet d’entreprendre des voyages d’exploration dans les structures de l’énergie cosmique, qu’il s’agisse des conflits sociaux et idéologiques, des récits bibliques, ou, à l’occasion, de l’hydrogène et de l’hélium. Tout étant conscience, il n’y a rien qui soit fermé à une conscience remise en mouvement. Elle peut alors proposer, simplement proposer, les éléments de ses découvertes, tout en revendiquant son droit à l’erreur, ainsi qu’il convient à toute intelligence.

Le nombre 32

Le Sepher Yetsira débute ainsi : « Par trente-deux Nativoth Phé­lioth »… mais résumons tout de suite l’idée générale de ce premier verset : la conscience universelle structure son envers énergétique au moyen de 32 éléments pour se reproduire dans sa projection inversée; ou enfin : au moyen du nombre 32, le macrocosme se reproduit dans le microcosme, son envers.

Considérons maintenant, parmi les tentatives de reproduire la vie en laboratoire, la célèbre expérience que fit Stanley Miller, en 1953 dans le but de voir s’il était possible de fabriquer un système auto-catalytique capable de se reproduire et d’évoluer, bref un système possédant toutes les caractéristiques de la vie.

En envoyant de la vapeur d’eau dans une atmosphère ressemblant à l’atmosphère prébiotique et en y apportant beaucoup d’énergie au moyen de décharges électriques pendant plusieurs jours, Miller obtint, dans l’eau, quelques acides aminés et de l’acide cyanhydrique, mais cette construction moléculaire complexe n’alla pas plus loin.

Examinons les éléments en présence :

Eau : H2O, total nombres atomiques : 1 + 1 + 8 = 10
Ammoniaque : NH3,

total nombres atomiques : 7 + 1 + 1 + 1 = 10
Méthane : CH4,

total nombres atomiques : 6 + 1 + 1 + 1 + 1 = 10

Adjonction de H2, 2

32

(Notons que les seuls éléments ajoutés à l’hydrogène et à l’oxygène sont le carbone et l’azote.)

Le nombre 32 était exact, mais il y manquait la vie, du fait que 1 + 1 d’hydrogène introduisait une non-conscience, une non-réponse de la dualité à l’unité. Il eût fallu mettre He, une unité d’Hélium, laquelle est double… Jésus leur dit « lorsque vous faites de deux un »…

Ajoutons ceci : le carbone, au nombre atomique 6, a les caractéris­tiques de la lettre-nombre Waw-6, laquelle est l’élément copulatif, l’agent de liaison dans la constitution des organismes. N’oublions pas que le nom de chimie organique fut donné à l’étude des composés du carbone. Quant à l’azote, son cycle dans la nature est bien connu : fixé dans les végétaux, transformé à travers le sol, réassimilé par les plantes, son nombre atomique 7 (lettre Zein) joue, on ne peut mieux, le rôle que lui assigne la cabale, analogiquement.

Il y a en effet une correspondance entre ce cycle de l’azote et le rapport conscience-énergie projetée que décrit, en termes mythiques devenus incompréhensibles, la sanctification du septième jour biblique et le repos du démiurge. Cet abandon de la Création au pouvoir du 7 indique que ce nombre est l’expression d’une énergie autonome animée d’un flux d’induction tourbillonnaire, conjonction du Aleph infini et de sa projection. Le démiurge allégorique, ayant animé sa fabrication, se retire, n’ayant plus de raison de souffler dessus.

Bible et parapsychologie

Une des innombrables causes d’erreurs dans la lecture de la Genèse biblique est la trop célèbre création en six jours et le repos du septième car tous les nombres coexistent simultanément. Mais l’emprise de ce livre sur les psychismes est telle qu’on accepte sans un grain de bon sens le surgissement de toute la végétation au troisième jour et la création du soleil au quatrième jour seulement; les deux créations contradictoires du premier et du deuxième chapitre ; la formation d’un homme adulte; la femme extraite d’une de ses côtes par un dieu de dimension humaine… et ainsi de suite.

Telle qu’on peut la voir aujourd’hui, la Bible apparaît comme le monument parapsychologique le plus colossal de l’Histoire, depuis la Genèse jusqu’aux Évangiles et l’Apocalypse inclus. Sa puissance d’envoûtement fantastique est due à l’irruption dans ces récits révélés d’énergies provenant d’univers multidimensionnels, énergies qui matraquent les psychismes humains d’origine animale, lesquels, inca­pables de se réveiller sous ces chocs, les rêvent.

En d’autres termes, les fragments les plus significatifs de la Bible ont pour origine des événements métapsychiques — perceptions extra­sensorielles; communications visuelles et surtout auditives provenant d’univers qui englobent et dépassent notre monde concret; mutations brusques de certains psychismes leur ayant fait franchir le mur de la lumière; éveils intérieurs, subjectifs, de l’énergie immanente, enrobée dans l’apparente matérialité physiologique ; intuitions brusques tradui­sant des messages d’êtres extraterrestres ; projections à certains moments troublés de l’Histoire d’images mythologiques condensées par des collectivités particulièrement atteintes dans leur vitalité ; phéno­mènes psychokinétiques réputés magiques, abondants chez Moïse, certains prophètes, Jésus; songes, prémonitions, prophéties; tout y est et surtout la perpétuelle bataille livrée par un dieu contre son peuple.

C’est en ce conflit où ce peuple ne cesse de mourir pour ressusciter, de se faire tuer pour survivre, que réside son pouvoir hypnotique sur les nations et l’action envoûtante de la Bible. Évangiles compris. Et l’on doit se demander si, au cours de millénaires, l’historicité des grands événements religieux sur lesquels se fonde encore notre civilisation, n’ont pas été des imageries engendrées par cette réalité mythique, qui se résume en deux mots : mort, résurrection.

Tout, dans la Bible, depuis ses premiers mots que l’on trahit en leur faisant dire qu’au commencement Dieu créa… etc., tout se rapporte à une conscience qui s’enterre et meurt dans sa projection matérielle, et qui frappe, qui violente cette projection (l’homme « à son image ») pour l’obliger à la ressusciter, elle, conscience morte sans être jamais morte. Si Caïn, émanation de cette conscience suprême, tue Abel par sa seule présence, c’est qu’Abel (qu’on prenne la peine de lire le texte) s’appelle Hevel. Et lorsque l’Ecclésiaste dit : « Hevel, tout est Hevel » on traduit « vanité, tout est vanité ». En vérité, cette vanité n’est même pas tuée par Caïn : elle est néantisée, on la cherche, on ne la trouve pas, Caïn ne sait pas où elle est : est-il son gardien ?

Le thème prodigieux de la Bible est la création d’un germe humain assez résistant pour faire surgir Dieu sur notre planète. Si les indica­tions qui mettent les initiés sur la voie de cette vocation humaine sont traditionnellement inversées, ne serait-ce pas à cause d’un postulat fondamental, découvert par les expériences métapsychiques qui sous-tendent la Bible, à savoir que la psyché humaine dépasse sa conscience consciente, postulat refoulé dans l’inconscient et y introduisant un sens de culpabilité?

La conscience quotidienne, d’origine animale, s’est sentie coupable d’avoir désobéi à la conscience cosmique en se limitant dans des humains, et par un processus psychologique que nous comprenons aujourd’hui, a renversé les données du problème en se déclarant en état de péché originel pour avoir voulu se transcender. Opération réussie, puisque, à cause du fruit mangé, Elohim, ce dieu au pluriel, déclare « voici que l’homme est devenu comme l’un de nous », mais qui, vexé sans doute, se venge. Elohim et Yahweh se relayent, pour­suivent dès lors les humains. Adam était né immortel, le voici mortel; la femme n’est plus qu’un être inférieur; toute la Création, déclarée mauvaise, est presque détruite au Déluge ; les hommes ne se com­prennent plus, punis par leur tentative de Babel ; la divinité exige qu’Abraham tue son fils, attaque Jacob pour le tuer; plus tard elle trompera Moïse et l’attaquera dans un guet-apens ; et c’est Yahweh en personne qui, entrant dans l’Histoire, ordonnera à son serviteur Nabucodonosor de détruire Jérusalem, de tuer qui il pourra et d’emme­ner les survivants en captivité.

Assoiffé d’éternité, le peuple juif, tout au long de son Histoire, en contact étroit avec une énergie cosmique qui dépasse nos dimensions spatio-temporelles; béni par elle ; martyrisé par les obstacles que lui oppose le monde des hommes ; chargé d’une puissance explosive qui « mit le feu » au monde il y a deux mille ans; (Jésus dit : « j’ai jeté le feu sur le monde et voici je le préserve jusqu’à ce qu’il embrase »; ouvrage cité, logion 10) ; le voici qui bouleverse la planète par sa seule présence sur sa terre. En même temps, partout, apparaissent des phénomènes métapsychiques : nombreux coups portés dans les psychismes matérialisants, concrétisants, limités aux apparences de leur univers mesurable. Et voici que la Bible s’ouvre, révélant ses vérités ensevelies sous les monstrueuses divagations des psychismes qui, depuis cinq mille ans et deux mille ans, se ferment à elles : c’est « l’accomplissement des Écritures ».

Tous ces éléments sont un seul événement, plus psychologique qu’historique. L’esprit scientifique aidant, nous accueillons les yeux ouverts des phénomènes qui nous indiquent de plus en plus claire­ment que nos consciences individuelles ne sont pas isolées, mais se situent dans un phénomène général de conscience, sans cloisons étanches, illimité.

Un aperçu du code chiffré

Les premiers schèmes de la Genèse doivent être lus uniquement au moyen du code. Ces équations contiennent en embryon le processus total de l’énergie cosmique et sont, de ce fait, d’une complexité qui se révèle de plus en plus grande à mesure qu’on y pénètre, et inson­dables, leur profondeur étant à la fois (selon la cabale) celles du commencement et de la fin.

Plus loin, l’idiome apparaît en surimpression, mêlant ses mots dérivés de leurs racines aux schèmes du code, lesquels deviennent des noms (Elohim, Yadweh, Adâm, ‘schah, etc.) ou des substantifs (Shamaïm les cieux, Eretz la Terre, et ainsi de suite).

Nous devons nous référer ici aux ouvrages où nous avons indiqué quelques aperçus du code chiffré et de ce qu’on peut en déduire : La Bible restituée, Le Sepher Yetsira, le Cantique des Cantiques, Les Clés du sacré, Les Spectrogrammes de l’Alphabet hébraïque, parus aux Éditions du Mont-Blanc à Genève, entre 1968 et 1973; Le Vrai Mystère de la Passion de Judas, aux Éditions Caractères, Paris, 1973, enfin Mémoire sur le Retour du Rabbi qu’on appelle Jésus, chez Laffont, Paris 1975.

L’ensemble de ces volumes n’est encore qu’une introduction à des lectures qui devraient occuper des équipes pendant des années. On comprend que leur résumé en quelques pages ne pourrait être que décevant, et nous pensons qu’un exemple réduit, mais comme vu à la loupe, pourrait mieux éclairer des lecteurs de cet essai qu’un exposé plus ambitieux qui survolerait tous les détails.

Voici, à titre de rappel, l’alphabet classique, tel qu’il est enseigné. (Ces signes servent à la fois de lettres et, dans l’écriture, de chiffres.)

\"\"

Tableau extrait de « Spectrogrammes de l’alphabet hébraïque » éd. du Mont-Blanc, Genève, 1973.

Considérons maintenant les trois premiers flashes de la Genèse : Beith, Reisch, Aleph, que l’on accole toujours aux trois flashes sui­vants : Schîn, Yod, Tâv, pour former ce que l’on prononce Bereschith et que l’on traduit « au commencement ». Le texte continue avec une répétition de : Beith, Reisch, Aleph, que, cette fois, on traduit « créa » et par une suite de flashes : Aleph, Lâmed, Hé, Yod, Mem, qu’on dit Elohim et qu’on traduit Dieu, tout en s’étonnant d’y voir un pluriel (im en hébreu est, en terminale d’un substantif, le pluriel masculin).

Commençons par développer le premier flash, Beith, selon son orthographe (car il comporte un Yod et un Tâv), tel qu’on le prononce :

\"\"

Nous découvrons que ce qui se présentait comme une simple lettre, B (ou un nombre 2) contient un processus sans fin exprimé par 7 flashes.

Passons au Reisch :

\"\"

Son processus, aussi sans fin, s’exprime par 9 flashes.

Enfin examinons le Aleph, et les 8 flashes qui constituent son pro­cessus sans fin ;

\"\"

L’ensemble est le produit de 24 flashes par 12 Autioth, dont 3 seule­ment sont écrites et se lisent Bara. De ces Autioth, 2 se répètent elles-mêmes indéfiniment : le Waw (6), nombre de la reproduction biolo­gique, dont nous avons vu qu’il est représenté par le carbone, et le Mem (40) qui correspond à l’eau. Parallèlement, la biosphère se constitue par le jeu alterné de Lâmed (30) symbole du mouvement organique et de Dâleth (4) archétype de résistance-réponse à ce mouvement.

Lus sommairement d’après le code, les 3 signes écrits, Beith, Reisch, Aleph se décrivent de la façon suivante :

Le Beith (2) exprime tout contenant (en hébreu Beith est maison), tout support physique, toute forme.

Le Reisch (200) exprime le contenant cosmique, c’est-à-dire l’habitat de toute énergie.

Le Aleph (1) exprime l’énergie universelle, infinie en tant que poten­tiel de conscience et en tant que vitesse.

Cette suite est la démarche logique d’une personne sur la voie de la connaissance : partant d’elle-même, de ce qui contient sa conscience, de sa structure psychique et physique, elle élargit ce « Beith » jusqu’aux confins du « Reisch » de l’existant, et, de ce fait, découvre le Aleph de la conscience universelle.

Nous sommes, on le voit, aux antipodes de l’affirmation : « au commencement Dieu créa », impossible à penser, qui engendre de ce fait un simulacre de pensée, fondé sur une fausse évidence.

En 1973, grâce au Dr Tomatis qui nous a ouvert ses laboratoires du Centre du Langage, à Paris, nous avons pu prononcer toutes les lettres de l’alphabet et enregistrer ces vocables dans un spectrographe. Les résultats (publiés dans Les Spectrogrammes de l’Alphabet hébraïque) ont confirmé le code et illustré, par de nombreux détails, la valeur énergétique de chaque lettre. L’appareil, à haut voltage, était très sensible, et les répétitions, en vue de contrôler nos résultats, variaient car la même lettre n’était jamais prononcée exactement de la même façon. Une, des répétitions de Beith nous donna l’image reproduite page suivante, à la ressemblance, bien qu’un peu confuse, de la personne qui avait prononcé la lettre. L’ombre qui entoure le visage rap­pelle la forme de la lettre.

\"\"

« Une des répétitions de Beith nous donna l’image reproduite (ci-dessus)… L’ombre qui en­toure le visage rappelle la forme de la lettre. » (archives de l’auteur).

Nous n’avons situé ce phénomène dans aucune catégorie, mais nos études nous portent à penser que les phonèmes des Autioth pour­raient être des objets tridimensionnels, capables de véhiculer, si l’on peut dire, certaines parties des corps subtils de la personne. La connais­sance originelle, enfouie dans le fatras de la Bible telle qu’on la lit, pourrait avoir été le résultat d’explorations de cette sorte.

Reprenons le schème Bara, en procédant à une première ouverture des 3 lettres écrites, que nous disposerons ainsi :

\"\"

On est tout de suite frappé, en lisant ce tableau verticalement, de constater l’existence de deux Yod, qui, dans la Bible hébraïque, se présentent souvent comme un diminutif de Yahweh, alors que ce nom n’apparaît qu’au deuxième chapitre, Elohim étant ici le seul meneur du jeu.

Yod (10) est le signe de l’existant, de tout ce qui est temporel, de ce en quoi se transforme le Aleph intemporel. Deux Yod indiquent une double existence. Yod-Yod, donc, est une équation abrégée de l’équa­tion Yahweh (Yod-Hé-Waw-Hé) laquelle ajoute à un Yod, deux Hé (5), nombre qui symbolise la vie) reliés par le copulatif Waw.

En outre des deux Yod, cette ouverture des trois premières lettres de la Genèse montre un Tâv (400) dernière lettre de l’alphabet, qui exprime la résistance de l’habitat cosmique à l’énergie du Aleph. Tâv a toujours été considéré comme le tabernacle du Aleph. Pour que l’habitat Reisch (200) contienne et retienne le Aleph, il doit nécessai­rement émettre une énergie qui lui est égale et de signe contraire. Ce double flux est le secret de la cabale et apparaît d’ailleurs dans la lecture de l’alphabet, puisque c’est Reisch qui y introduit le phonème Schîn (300) mythiquement considéré comme étant « le Souffle de Dieu ».

Partant verticalement du Tâv, dans notre tableau, nous voyons ainsi, sans surprise, apparaître le Schîn, et ce flux aboutit au Phé (80) sym­bole de l’énergie disponible en existence. Or ce Phé, horizontalement, n’est autre que la dernière lettre de Aleph, et l’on voit clairement que l’action de Aleph par Lâmed (30) est le mouvement biologique ani­mant précisément le Phé.

Ainsi le Phé, l’énergie non structurée, se trouve être structurée et animée par le double effet de Tâv et de Aleph. Observation fondamen­tale : l’univers manifesté est animé par un double courant vital, éma­nant à la fois de lui-même et de l’intemporel non-manifesté.

Ajoutons que Phé s’écrit Phé-Hé-, et que lorsqu’on le considère animé de cette vie du Hé, il n’est plus lui-même, non structuré, mais vivant. Phé devenant Hé, Aleph devient Eloh, mythologiquement Dieu et Elohim dans sa pluralité amené par les Eaux. (On confond trop sou­vent Aleph et la lettre A : Aleph est une consonne sonorisée par un léger coup de la gorge tel un toussotement; dans les schèmes où il intervient, il s’accompagne de n’importe quelle voyelle a, e, i, o, ou n’est pas prononcé.)

Nous n’irons pas plus loin dans la lecture de la Bible. Tout y est à restituer dans son sens originel, merveilleusement intelligible et intelligent.

CARLO SUARES


Étiquettes : Suarès Carlo