Robert Pagès : La méditation sauvage


18 Jun 2011

(Revue Voir. No 8. Hivers 1983)

Extraits de La méditation sauvage, éditions Robert Laffont, I977

La méditation doit rester « sauvage » et il n’est pas de vérité surnaturelle qui se prête à quelque forme d’embrigadement.

La méditation est d’abord un choix. Vous vous isolez de votre entourage. Vous mettez vos soucis sous le boisseau. Vous vous interdisez de songer à vos tâches, à vos devoirs, à vos obligations. Vous coupez le courant de la vie ordinaire, même si justement à cet instant elle fait miroiter à vos regards des possibilités extraordinaires. (Ou alors, ne méditez pas!) Vous avez élu domicile dans un coin tranquille, où nul ne vous dérangera. Ni sonnerie du téléphone. Ni visite impromptue d’ami. Ni, soudain, le ressouvenir de telle chose urgente A faire. Vous réservez un trou dans votre emploi du temps — disons, pour commencer, une demi-heure. Et ce moment, vous êtes décidé à le sacrifier à la méditation et à rien d’autre. Vous vous installez le dos droit (vertical) dans la position qui vous posera le moins de problèmes. Assis en tailleur, avec, sans coussin — ou sur une chaise ou dans un fauteuil (pas un fauteuil « club » où vous sombreriez, ni un tabouret qui dans un moment vous ferait mal aux fesses!). Prévoyez, au moins au début, un point d’appui (vertical) pour votre dos. Il faut que votre corps se sente à l’aise et ne vienne pas compliquer les choses après un moment d’immobilité. Il existe des exercices de fakir, des postures de Yoga, des poses de prière où la gêne imposée au corps est essentielle, car on doit faire appel pour la contrer à des sources peu familières de notre énergie. Mais ici, ce n’est pas le cas. Vous cherchez la paix avant tout, et avec votre corps, une paix réciproque et régulière. Pas d’arrière-pensées. Pas de diktat! Que votre corps vous serve sans contrainte.

Vous fermerez les yeux. Vous aurez tamisé la lumière, et vous vous serez abrité du bruit autant que faire se peut!… Vous ne vous demandez rien. Vous ne posez aucune question. Vous vous contentez d’être ici présent sans intentions particulières. Vous ne vous forcez pas. Vous laissez faire. Mais vous veillez intensément. Vous vous ouvrez à tous les aspects de votre être sans en privilégier aucun. Méditer, c’est d’abord se mettre en face de soi.

Que va-t-il se passer? Rien d’extérieur: si malgré les précautions prises la rumeur du monde franchit encore le seuil de votre sanctuaire, vous l’ignorez dans la mesure du possible. Vous ne vous laissez pas affecter. L’orage passe. La voiture des pompiers s’éloigne. Le chien se lasse d’aboyer. Vous ne vous préoccupez plus de l’extérieur. Vous n’écoutez que vous-même. Vous n’accordez votre attention qu’à ce qui vient de vous, qu’à ce qui est en vous, qu’à ce qui se manifeste à partir de vous.

D’abord; la sensation de votre corps. C’est probablement le plus important: je dis « probablement », car je ne suis pas en vous. Si vous avez une autre idée, vous êtes libre! Comment sentez-vous votre corps? — Vous seul, certes, pouvez répondre. Mais j’attire votre intérêt sur cette découverte à accomplir. Ce n’est pas en un jour que vous en viendrez à bout. Il y a là tout votre corps et tous vos membres. Mais vous ne savez pas encore y pénétrer. Vous ne réalisez ni le poids de vos mains, ni la longueur de vos bras et de vos jambes. Et des barrières évidentes vous empêchent de vous insinuer dans les parties les plus vitales de votre organisme: sexe, ventre, plexus solaire, poumons, nuque, surface du visage et intérieur du crâne. Vous n’habitez pas votre corps.

La première tâche qui se pose à vous est ainsi de vous occuper, — d’occuper les moindres parties de votre corps, au sens d’un conquérant prenant possession d’une terre étrangère. Faute d’y parvenir, « vous ne serez jamais en vous-même »: et si vous êtes absent de vous-même, comment en serez-vous jamais le maître? La maîtrise de soi implique qu’on est dans son corps. C’est votre place juste et naturelle. C’est pour chacun un droit élémentaire. Mais il faut s’en donner la peine. Cette peine est le premier pas de la méditation. Attention toutefois! Ce terme « peine » et l’expression « prendre la peine » sont susceptibles d’une fausse interprétation. Ils ne signifient d’aucune façon que vous devez vous faire violence, vous contraindre, faire effraction dans votre propre corps — mon image du conquérant prêtait à cette confusion!

Ici comme dans tout ce qui touche à la méditation, les processus doivent se dérouler spontanément, et survenir à point nommé, comme un fruit mûr se détache de l’arbre. (On reconnaît là des notions classiques: Non-Agir du Tao, « Laisser faire, laisser agir » du Zen.)

Je rappelle: vous êtes seul acteur, seul spectateur et seul théâtre. Comme dit Nietzsche quelque part: « Il ne peut vous arriver d’autres événements que vous-même… » Etant admis que vous vous trouvez (bien ou mal) à bord de votre arche de méditation, c’est librement que vous vous y maintenez. Vous sentez bien qu’à tout instant vous pouvez interrompre l’expérience et sortir de votre exercice pour vous replonger dans la vie habituelle. Dans cette liberté, et dans ce choix, aussi longtemps que vous continuerez de l’opérer, une forme de votre moi s’affirme aux dépens d’autres tendances — ne vous appartenant pas moins en propre — auxquelles elle impose silence momentanément. Cette forme du moi, dominante dans la méditation est centripète, introvertie, par opposition aux tendances centrifuges et extraverties. Ces dernières ne font pas moins partie de votre moi. Mais se trouvant (pendant le temps dont nous parlons) empêchées de passer à l’acte et partiellement bâillonnées par le moi qui a choisi de méditer, une hiérarchie de fait s’établit, vos instances « intériorisantes » prenant le pas sur vos instances « extériorisantes ».

Il ne s’agit de rien de plus encore que d’un « arrangement » particulier de vos diverses instances — arrangement que bouleversera l’avènement d’un arrangement autre, doué de sa hiérarchie propre, quand vous interromprez votre méditation pour retourner à la vie extérieure. Néanmoins l’arrangement (ou la hiérarchie) qui caractérise les périodes méditatives se distingue de tous les autres arrangements correspondant aux phases les plus diverses de la vie ordinaire. Et il s’en distingue très simplement en ce sens qu’il concentre sur vous-même et sur vos données immédiates le dynamisme de votre attention. Au contraire, tous les autres arrangements de votre moi vous forcent à prendre un appui extérieur. C’est telle tâche à accomplir, telle personne à joindre, telle satisfaction à obtenir, telle menace à conjurer. Dans ces diverses occurrences et dans bien d’autres où votre moi se place à longueur d’existence, et où suivant chacune il s’ordonne et se dispose de la façon qu’il juge la plus opportune et adéquate, le monde extérieur est impliqué, en vertu d’un schéma préexistant qui est la façon dont vous voyez le monde et dont vous concevez vos rapports avec lui. Schéma en partie hérité, en partie recomposé par vous-même — mais que votre activité ne songe nullement à mettre en cause (au moins dans l’immédiat) puisque les valeurs qu’il inclut sont précisément ce qui la détermine. (…)

Tant d’un point de vue spatial que temporel par conséquent, les figures du moi les plus diverses de la vie ordinaire en font un être décentré, se projetant hors de lui-même. Seule la configuration qui est instaurée par la méditation s’oppose par principe à la dispersion de l’attention et à l’écartèlement dans le temps. La méditation se vit essentiellement au présent et se concentre sur le moi exclusivement.

Mais le moi n’est pas pour lui-même un objet unique et indivisible. Et la première différenciation qu’il éprouve en abordant la méditation, c’est — nous y revenons — celle du corps. Or il ne s’agit pas d’un corps-objet — puisqu’on garde les yeux fermés. Le corps est « vu » et éprouvé de l’intérieur.

C’est un corps-sujet, dont je fais partie, ou qui fait partie intégrante de moi — cela revient au même! Il ne peut y avoir, d’ailleurs, d’objet dans la méditation, d’objet de la méditation, puisque c’est à l’intérieur des limites du moi que tout se passe. Tous les objets concevables sont à l’extérieur. Dans la mesure où ils interféreraient avec mon attention actuelle et constante, je serais expulsé de mon état méditatif.

Ecoutez donc ce corps. Laissez-vous être ce corps. Soyez présent dans votre corps. Usez de votre attention pour sentir méthodiquement, progressivement, les parties et le tout de cet univers qui est le vôtre. Vous allez peu à peu prendre une conscience nouvelle, à peu près totalement inédite pour vous, j’en suis certain, de trois évidences distinctes étroitement liées à votre corps.

La première est la sensation interne spécifique procurée par cette attention. Elle ouvre votre corps à une connaissance intérieure qui y circule et s’y étale librement — mais pas si librement pour commencer, car vous n’aurez aucune peine à constater des zones d’ombre, des goulots, des barrages qui font obstacle à la fluidité du courant psychique dont tout le corps veut être visité. La dissolution de ces zones obscures s’opère par la détente (et c’est pourquoi toute idée de violence est à exclure, car la violence contracte). Le moment, par contre, qui peut le mieux vous donner l’idée — vous suggérer le goût — d’une sensation du corps à peu près parfaite, est celui que vous traversez quand vous passez du sommeil profond à l’état de veille. Juste avant que vous ne preniez contact avec ce que j’appellerai « l’architecture de votre moi éveillé », vous êtes encore presque totalement immergé dans un magma de chaleur diffuse où se fondent toutes nos cellules organiques dans une « cœnesthésie » homogène. C’est un peu là l’état que vous retrouverez dans la méditation profonde — avec la conscience éveillée en plus!

(…) j’attire l’attention sur l’intérêt qu’il y a à contrôler spécialement la détente des muscles du visage, de ces muscles du front, du nez, des lèvres, et des mâchoires qui dictent l’expression faciale. Ce sont, dans le courant de la méditation, des témoins très faciles à consulter sur l’authenticité de notre détente. Il est rare en effet qu’une tension de quelque nature n’atterrisse sur tel froncement de sourcil, sur telle moue des lèvres. Et bien souvent, en dénouant l’effet, nous soulevons le lièvre de la cause. Méditer, c’est aussi remonter aussi loin qu’on peut dans la chaîne de nos propres causes — mais par une prise de conscience immédiate: jamais par la spéculation!

Deuxième des évidences à s’imposer dans ce « travail sur le corps », celle de la respiration. Si retirés que nous soyons dans notre sanctuaire personnel, la respiration suit son cours. Et je m’empresse d’ajouter qu’il ne convient en aucun cas d’en modifier le rythme tel qu’il s’établit naturellement. Intervenir dans sa respiration au-delà d’un constat pur et simple présente des dangers certains. Je ne saurais trop le déconseiller. Si jamais un jour vous vous y risquez, ne le faites que sous la direction d’un Guru « patenté », sans quoi vous vous exposeriez à des troubles pathologiques des plus graves. (…)

(…) laissez ce cordon ombilical qui vous relie au monde extérieur s’emplir et se vider sans interférences de la volonté. S’il vous vient de bâiller, bâillez! Et si vous vous apercevez que votre souffle est devenu imperceptible, chassez toute idée d’y mettre bon ordre: la sagesse de votre corps n’a que faire de vos appréhensions.

(…) Astreignez-vous pendant des demi-heures à ne considérer rien d’autre que le souffle qui entre en vous et sort de vous. Renouvelez, répétez l’expérience aussi longtemps qu’il le faudra pour que surgisse une compréhension nouvelle — qui ne soit pas un fruit de votre imagination et sur laquelle vous ne devez pas chercher à anticiper au moyen de combinaisons, d’élucubrations purement mentales. Ne craignez pas de ne pas reconnaître une compréhension nouvelle! Elle vous illuminera comme l’aurore. (…)

La troisième et dernière évidence à se faire jour dans la méditation « avec le corps » touche à la notion même de ce corps. (…) Tout se passe comme si les « éléments actifs » d’air inspiré entraient en nous pour vivifier notre sensation intérieure et faisaient monter progressivement le niveau de cette énergie diffuse. Cela se traduit par un sentiment d’être de plus en plus dense, de plus en plus présent à nous-mêmes. Et c’est ainsi que par une sorte d’osmose, cette énergie de présence à soi-même, cette densité d’être, imprègne les parties du corps qui lui étaient encore réfractaires, « que nous ne parvenions pas à sentir », qui restaient impénétrables à notre attention. Peu à peu s’établit une sensation plus homogène et plus concrète: comme un corps nouveau, d’une substance plus subtile, plus « psychique » que la matière de nos cellules organiques, prenant naissance à l’intérieur du corps ancien. (…)

Ce qui est plus digne d’intérêt encore, c’est que vous acquérez imperceptiblement, mais de plus en plus infailliblement, la conscience d’une autre réalité de votre être, obnubilée le plus souvent par sa réalité courante, habituelle. Vous devenez de jour en jour, de mois en mois, plus familier avec cette structure — dont je ne puis affirmer avec certitude qu’elle résulte de la cristallisation de vos efforts de présence à vous-même, ou qu’elle leur préexistait, que vous l’avez simplement dévoilée, — Ce qui ne soulève aucun doute par contre, c’est la totale nouveauté, la parfaite originalité de cette configuration intérieure, de ce complexe de présence et d’énergie potentielle — je ne sais comment le nommer! Et du moment que vous l’avez rencontré et identifié, il vous suffit d’établir en vous un grand calme pour le voir réapparaître. Vous pouvez même assez rapidement en sentir la puissance sous-jacente dans votre vie de tous les jours — hors du recours à la méditation, veux-je dire — comme un pôle de certitude et de stabilité. Le départ se fait sans ambiguïté aucune, entre le moi du conditionnement, notre moi quotidien, — et cette instance plus profonde de nous-même qui résulte d’efforts appropriés, libres et — que je sache! — nullement conditionnés…

Vous devez être, au long de l’exercice, tout ouverture et vigilance extrême. Votre but est de voir, de vous connaître. Vous ne recherchez pas un changement — car vous voulez tout ignorer de vous a priori. On n’entre pas dans la méditation avec des idées préconçues, si flatteuses, si généreuses, si bien considérées soient-elles. Il ne vous faut ni Dieu, ni Guru, ni système: rien au-delà de la sincérité. Vous commencez votre expérience sans rien en attendre. Vous vous gardez de toute avidité. Vous ravalez votre gourmandise, même et surtout spirituelle. (…)

Votre travail est le discernement. Affinez, prolongez, fixez, intensifiez votre regard, votre attention. Epargnez-vous tout commentaire. Coupez court à toute interprétation. Ne réfléchissez ni ne spéculez! Bref, veillez purement et simplement. Votre activité se borne à l’acuité du regard. Votre « faire » se limite à vous empêcher de faire, à réprimer toute velléité d’intervention dans l’univers intérieur qui se dessine.

Eh bien donc! Sur quoi va se poser votre attention (à part votre présence corporelle)? — Elle ne se posera pas. Elle n’aura pas la possibilité de se poser. Car vous verrez se succéder, se déplacer, se remplacer, se mouvoir et se combiner sans cesse un flot, d’images, de fragments d’images, de pensées, d’émotions, de bouffées de sentiment et d’imagination, d’idées, d’intentions, de bribes de mémoire: visages, regards, paysages, formes, et « non-formes » en tous genres. Tout cela est en vous. C’est vous. Passé, présent, projet, désir, attente…

Sur tout cela, vous maintenez votre regard dont vous vous efforcez de rester conscient — c’est la seule réalité stable, identique à soi à travers tous les changements, les irisations les plus diverses de votre horizon intérieur. Vous interrogez de toutes vos fibres chacun des éléments de ce défilé chaotique. Vous cherchez à surprendre sa nature, directement, comme on hume un parfum, comme on goûte d’un mets: vous bannissez toute distraction et tout raisonnement. Vous êtes simultanément l’hôte de votre corps — ce conditionnement auquel vous n’avez pas loisir de vous soustraire. Et vous ne pouvez pas ne pas vous voir fantastiquement dispersé, terriblement composite et aléatoire. Alors se creuse en vous la nostalgie d’une unité perdue, démentie par les mille reflets que vous percevez de vous-même. L’unité, elle est là, dans le regard.

Vous vous y ramenez sans cesse. Elle est dans le corps qui vous sert de fondement, qui enregistre votre expérience. Vous vous en assurez sans cesse. Vous prenez donc une distance plus marquée envers ces particularités, ces singularités d’ordre psychique qui envahissent tour à tour le champ de votre conscience. Leur hypnose s’estompe. Vous ne leur donnez plus qu’un intérêt circonstanciel. Leur ballet change de tempo. Il se tempère. Il se tasse. La conviction s’implante en vous: ceci n’est pas moi. Je suis autre. La vague des pensées, des émotions, des images se calme. (…)

C’est en effet par l’assiduité délibérée à une gamme d’efforts qui ont pour trait commun de me ramener, de me tendre, de m’orienter vers le centre et la profondeur, toujours plus avant dans mon intimité la plus personnelle, que je maintiens la qualité de l’état, sa spécificité. Si mes efforts se relâchent, je « tombe » aussitôt dans l’inconscience. Je suis happé par les pensées, par les images, et victime de leur pouvoir hypnotique, je les subis, perdant sur elles tout contrôle. Il y a comme une inversion des rôles: ce sont les images qui me possèdent, au lieu que j’en dispose à ma guise.

Si en revanche je reste bien au centre, ma liberté se traduit par la possibilité d’admettre dans le champ de conscience, pour « en faire le tour », telle forme psychique de mon choix, ou si j’en ai décidé autrement, de préserver la vacuité de la conscience et de contempler dans ce vide la plénitude de l’être — une « sensation » des plus fortes qui puisse être vécue.

_____________________________________________________

 » Ch’ing, le chef charpentier, sculptait du bois pour faire un pupitre pour les instruments de musique. Une fois terminé, le travail parut à ceux qui le virent, être d’une exécution surnaturelle; et le prince de Lu l’interrogea, disant:

— Quel mystère y a-t-il dans ton art?

— Point de mystère, Votre Altesse, répondit Ch’ing Et pourtant, il y a quelque chose. Quand je suis sur le point de faire un semblable pupitre, je me garde de toute diminution de mon pouvoir vital. Je réduis d’abord mon esprit à la quiétude parfaite. Trois jours en cet état, et je deviens oublieux de toute récompense à gagner. Cinq jours, et je deviens oublieux de toute renommée à acquérir. Sept jours, et je n’ai plus conscience de mes quatre membres ni de mon ossature physique. Alors, sans aucune idée de la Cour présente à l’esprit, mon habileté se concentre, et tous les éléments troublants du dehors ont disparu. J’entre dans quelque forêt de montagne, je cherche un arbre convenable. Il renferme la forme requise, qui est ensuite travaillée. Je vois le pupitre avec l’œil de l’esprit, et je me mets alors au travail. En dehors de cela il n’y a rien. Je mets ma propre aptitude native en rapport avec celle du bois. Ce qui était soupçonné être d’une exécution surnaturelle dans mon ouvrage était dû simplement à cela. »

Chuang Tseu