Paule Martin : Lanza Del Vasto


05 Jun 2010

(Revue Les Carnets du Yoga. No 10. Octobre 1979)

Guiseppe-Giovanni (Joseph-Jean) Lanza del Vasto naquit à San Vito dei Normanni, dans la région des Pouilles, en Italie en 1901, le jour de la Saint-Michel; en pleine vendange. Il est le premier fils de Don Luigi Lanza de Trabia, sicilien et d’Anne-Marie Nauts-Oedenkoven d’Anvers.

Dès son plus jeune âge, la famille agrandie de 2 autres garçons : Lorenzo et Angelo voyagera entre l’Italie, la Belgique et tous les pays d’Europe avec les nourrice, gouvernante, femme de chambre, valet et les bagages.

Joseph-Jean apprit le français vers 6 ans, l’anglais 2 ans plus tard. De nombreux revers de fortune éloignèrent souvent Don Luigi de sa famille. Les trois frères allèrent au lycée à Paris, apprirent la musique, la danse, l’équitation… et ne revenaient à San Vito qu’aux vacances.

Joseph-Jean n’était pas un élève brillant « Je m’étais assez vite aperçu que tout ce que je voulais savoir, on ne voulait pas me le dire ». Cependant, au lycée, il appréciait les heures de littérature : « C’est de Dante et de Heredia que j’ai appris l’art de serrer ces tresses de syllabes que j’appelle vers ». Déjà les vers qu’il écrivait étaient fort appréciés dans le cercle de ses amis.

C’était l’époque de la première guerre mondiale qui pesa sur chacun, mais ne le toucha pas directement : période d’adolescence, de « passions » philosophiques, d’incrédulité fanatique faisant suite à la piété fervente de l’enfant. Les études et la guerre finissent : c’est le temps du jazz et du tango. On l’envoie seul s’inscrire à l’Université de Florence. Et là il savoure la Toscane, l’art vivant à chaque détour de rue : l’architecture, le paysage, le parler… En 1920, des troubles civils agitent l’Italie. Les amis cachent des armes, lui regarde et se demande pourquoi les hommes se font un devoir et un plaisir de s’entretuer au lieu d’aimer la vie.

En 1922, Lanza s’inscrivit au cours de philosophie à l’Université de Pise. Il y passa 5 ans. Son frère Laurent vint l’y rejoindre « Ah! Philosophes ! je n’ai trouvé dans vos livres ni amour, ni sagesse, mais de pesantes et pénibles futilités et un ennui mortel… au gré des rencontres et des amitiés la première ébauche de la Trinité Spirituelle. Cette étude sera reprise puis laissée par l’auteur qui ne la publiera que 40 ans plus tard, en 1970.

1927 : c’est aussi l’époque de la conversion, avec la lecture de Saint Thomas d’Aquin. Depuis cette époque, sa vie et ses œuvres sont intimement mêlées, guidées par la recherche de la Vérité.

Il vit alors dans plusieurs capitales : Berlin, Paris… et y pratique plusieurs métiers : enseigne le latin, dessine des portraits, cisèle le bois et l’ivoire… On le retrouve dans le grand monde ou chez les débardeurs des Halles. Son ami, Luc Dietrich écrit « Il négligea le pain, refusa partout de se fixer, de s’oublier dans les habitudes commodes, chercha dans chaque métier, comme dans chaque art, une approche nouvelle de la vérité, un contact plus réel avec les hommes. Il négligea si bien le gain qu’il connut la faim et les autres misères mais garda toujours « le courageux sourire du visage » et au sommet de son âge, il se découvrit une vocation irrésistible pour le vagabondage. Il laissa pousser sa barbe et vécut aux hasards des routes, parcourant l’Europe et les chemins de l’Orient, les îles… traversa les pays en guerre, les forêts, les déserts… Il s’instruisit des langues, des coutumes, des légendes, des chants, des monuments, des rites; rechercha les sages et les saints (il rencontre le Padre Pio, Marthe Robin, l’abbé Pierre…).

« Dites, qu’y a-t-il à gagner dans les voyages lointaines?

Cette distance qui fait que le regard s’aiguise et qu’on voit clair, cette distance qui fait que les liens se tendent et qu’on aime dur, cette clarté qui a nom Détachement.

En décembre 1936, il débarque aux Indes. En octobre 1937, il est reçu par Gandhi. Cette rencontre sera déterminante pour les actions et les œuvres à venir. Gandhi le nomme Shantidas, ce qui veut dire « Serviteur de Paix ». Shantidas nous raconte ses découvertes et ses rencontres d’alors dans Pèlerinage aux Sources (1943). Il passe l’année suivante sur les routes, en pèlerinage, dans les solitudes de la Terre Sainte. Il revient en France, résolu d’appliquer l’enseignement de Gandhi de non-violence et de retour au travail des mains.

C’est la guerre. Il publie ses poésies, compose des chansons et les chante, et publie : Judas (38) poème philosophique « Serait-ce moi, Seigneur? » se demandaient les disciples du Christ? Chacun de nous peut se poser la question.

Le Chiffre des Choses (42) recueil de poèmes écrits depuis 1922.

« Ah! Frère humain, si bon œil est ouvert,

Tente le continent que je t’ai découvert. »

Le dialogue de l’Amitié (42) où Lanza del Vasto et Luc Dietrich traitent de la laideur de ce siècle du difficile espoir de salut de notre civilisation.

La marche des rois (44) mystère de Noël en vers.

Principes et préceptes du retour à l’évidence (45) « C’est un petit manuel de vagabondage ascétique. Comme je n’ai qu’un disciple qui est moi, la leçon s’adresse à moi. Ce livre commencé sur les routes d’Italie (1933) a été repris aux Indes.

La baronne de Carins (46) traduction de poème populaire sicilien.

Le chansonnier populaire (47) recueil de 20 chansons anciennes et 10 autres « qui ne me viennent pas du peuple, mais du vent, des feuilles et des oiseaux ».

Il donne son enseignement oralement à un groupe d’amis à Paris, rue Saint-Paul. Ce gros enthousiaste augmente « on ouvrit un atelier de ciseleurs sur la Montagne Sainte-Geneviève, un de fileuses, rue Saint-Paul et l’on cultiva un morceau de terrain à Marly ». L’enseignement prend corps. L’ordre laborieux est né.

Il avait rencontré à Marseille une jeune fille « aux yeux de papillon de nuit », musicienne passionnée de chant grégorien, avec « une voix de petit garçon de manécanterie ». Il la surnomme Chanterelle. Sept ans plus tard, en 1948, ils se marient et fondent la première communauté de l’Arche à Tournier. « Tournier, ce sont les travaux de la terre, les rigueurs de la règle, les épreuves de la vie en commun, ses beautés et ses douceurs aussi. La cuisine à l’âtre, l’autel fleuri, les grandes tablées, les causeries, les chants, les fêtes, la Passion dans le pré et les feux de la Saint-Jean… ».

L’enseignement oral donné aux premiers amis et compagnons de Shantidas sera rassemblé dans « Commentaire de l’Évangile » (1951). Ce témoignage d’un chrétien convaincu est autant méditation que nourriture.

Shantidas, en 1954, retourne aux Indes saluer Vinôba, disciple préféré de Gandhi. Il marche avec lui par les plaines de l’Inde pour la redistribution des terres aux plus pauvres. Le pèlerin rentre, rédige et publie « Vinôba ou le nouveau pèlerinage » (54).

La communauté rouvre à la Chesnaie, près de Bollène, France et la vie de labeur reprend avec les compagnons et les compagnes.

De nombreuses actions non-violentes seront menées : pour la pacification en Algérie, contre les centrales nucléaires, jeûne de 40 jours à l’ouverture du Concile se couronna par l’encyclique Pacem in Terris du pape Jean XXIII… La communauté obtient le grand prix du disque (59) pour les enregistrements de chants populaires et de grégorien. « Les Quatre Fléaux » (59) sont édités : là, Shantidas ne se contente pas d’analyser les enchaînements qui ont amené le monde au bord du précipice, mais en donne le remède : « Convertissez-vous ». Les « Approches de la Vie Intérieure » (63) invitent au travail sur soi pour « la connaissance, la possession et le don » sans lesquels la non-violence est vaine. Noé (65) pièce de théâtre en vers nous fait revivre en parabole les temps très lointains d’avant le Déluge et qui pourraient bien être les nôtres. La Montée des Ames Vivantes (68) commentaire de la Genèse, livre d’enseignement aussi sur nos origines. L’Homme libre et les ânes sauvages (69) paraît après les évènements de mai 1968. Lanza del Vasto y livre ses réflexions sur la liberté et la libération, le Fils de l’Homme, l’Amour…

Entre temps, la communauté de l’Arche[1] quitte la vallée du Rhône pour le Sud des Cévennes, à la Borie Noble, où elle est installée actuellement. La vocation de l’Arche est maintenant solidement affermie dans le temps : Ordre Patriarcal, non-violent, laborieux, œcuménique où sont engagés des couples avec leurs enfants et des célibataires.

Shantidas y demeure et y travaille quand il ne s’occupe pas de la formation (camps, conférences…) ou ne participe pas aux actions non-violentes avec ses compagnons. Ses derniers longs jeûnes publics : en 1972, à Montréal, pour éveiller les consciences aux problèmes du Bangladesh; en 1973 en France, contre l’extension du camp militaire du Larzac, en 1976 pour « réparer» la violence des policiers lors d’un meeting antinucléaire à Malville (France).

Après la parution de la Trinité Spirituelle (70), Shantidas a repris ses premiers souvenirs et ses carnets d’étudiant qu’il nous livre dans le Viatique « comme on met une bouteille à la mer, afin que par-delà les flots du temps, de l’espace et des guerres, quelqu’un reçoive mon salut ». Les titres des 4 volumes déjà parus évoquent à eux seuls leur contenu : enfances d’une pensée (72) éclats de vie et pointe de vérité (73), la conversion par contrainte logique (74), rien qui ne soit tout (75).

On y lit comment est née sa pensée, comment elle est profondément enracinée et entremêlée à vie (et combien elle est dépendante de sa personne).

En novembre 1975, partait Chanterelle de qui il disait : « Je l’aime plus que ma solitude » et « Elle m’a aidé à chanter mon chemin ». Shantidas, a repris la route, portant l’enseignement de paix dans toute l’Europe, aux Indes, en Amérique du Nord, en Argentine… partout où des hommes s’intéressent à la non-violence et à son efficacité.

Il est déjà venu 4 fois au Québec donner des conférences et visiter des groupes d’amis : en 66, 69, 72. Il y revient en 1976.

En 1976, il participe aux manifestations contre le réacteur nucléaire de Creys-Malville.

Il nous quittera, le 5 janvier 1981, à la  Longuera près de Murcia en Espagne.

Son corps repose au cimetière de la Borie Noble dans l’Hérault.

SES ŒUVRES (en français)

Judas 1938.

Le chiffre des choses 1942.

Le dialogue de l’amitié 1942 (épuisé). Le pélerinage aux sources 1943.

La marche des rois, mystère de Noël 1944.

Principes et préceptes du retour à l’évidence 1945.

Choix de poésie 1945.

La Baronne de Carins 1946.

Le chansonnier populaire 1947. Commentaire de )’évangile 1951.

La passion, mystère de Pâques 1951.

Histoire d’une amitié, introduction à l’Injeste grandeur de L. Dietrich 1951.

Vinoba ou le nouveau pèlerinage 1954.

Qui est Lanza del Vasto, études par différents auteurs 1955 (épuisé).

Pacification en Algérie ou Mensonge et violence 1959.

Les Quatre Fléaux 1959.

De la Bombe (plaquette).

Approches de la Vie intérieure 1963. Définitions de la non-violence.

Présentation de l’Arche.

Noé 1965.

L’église face aux problèmes de la guerre.

préfaces aux volumes de la collection « Pensée Gandhienne ».

La montée des âmes vivantes.

La trinité spirituelle 1970.

Le Viatique :    enfances d’une pensée 1972,

éclats de vie et pointes de vérité 1973,

la conversion par contrainte logique 1974,

rien qui ne soit tout 1975.

L’Arche avait pour voilure une vigne 1978.

Rendons grâces au Seigneur de la vie 1975.

Disques : Chansons populaires de l’Arche. Trouvères et troubadours en grégorien. Chansons des Mal aimés. Alleluias et séquences rythmées de l’Arche. Rendons grâces au Seigneur de la vie…

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Parce que « Lanza DEL VASTO » a publié le Pèlerinage aux sources, et n’a pas publié le pèlerinage au tombeau on a trop oublié, qu’il est et, reste chrétien. Qu’il n’a pas seulement visité les bords du Gange, et l’Himalaya, mais aussi Jérusalem, Nazareth, et les murs de Galilée. Il s’est rendu à pied, à travers la Grèce, Turquie, Syrie, et Liban, avec un seul manteau et sans un sou, comme il est enseigné qu’il faut aller dans le petit livre qu’il tenait à la main, et lisait chemin faisant. Il a traversé sans armes la terre sainte dévastée par la guerre, est entré dans la grotte de Bethléem, le jour de Noël 1938. Parce qu’il a fréquenté les Yôghis de l’Himalaya, on l’a souvent fait passer pour Hindou ou pour Bouddhiste alors que dans tous ses écrits, il a fait profession de foi de Catholique fervent.

Si je n’avais connu les Yôghis, affirme-t-il, et n’avais été introduit à leurs méthodes plusieurs des vérités de notre foi, resteraient pour moi, comme pour beaucoup de mes coreligionnaires, des formules qu’on répète de confiance, et à part telle fulguration qui avait pu me traverser aux points culminants de ma vie intérieure, et me laissait plutôt ébloui, sur le moment que durablement éclairé, je n’aurai peut-être jamais tenu à Dieu, que par des mots, tandis qu’à présent, j’ai passé de la confiance à la conscience, non par mon propre mérite, mais par l’effet naturel de l’exercice apte à transformer la matière humaine, et à la rendre perméable à la lumière.

Si j’ai pris « Gandhi » pour maître c’est qu’étant chrétien, j’ai voulu l’être jusqu’au bout, et non seulement dans la doctrine, la prière, et le rite mais aussi dans mon attitude à l’égard de la cité humaine. J’ai parcouru le monde et l’histoire, et, n’ai nulle part rencontré une doctrine politique, sociale, économique et pratique, qui soit, à mon sens plus conforme à l’évangile du Christ que celle de « Gandhi ». Si je n’avais pas connu Gandhi, je penserais comme la plupart des Chrétiens que plusieurs des préceptes du sermon sur la montagne ne sont valables que sur le plan mystique et ne sont applicables que par des saints; qu’il est impossible d’en insérer la pratique dans le monde d’aujourd’hui, tandis que pour suivre à mon degré, mon maître et pour faire mes expériences avec la vérité j’ai essayé tant bien que mal, la solution évangélique à tous mes problèmes. Depuis celui de la conduite de mes pensées, jusqu’à celui du gain de mon pain quotidien, ou de mes rapports avec mes proches, ou mes adversaires.

Quoiqu’on puisse penser d’ailleurs de la valeur des conceptions Gandhiennes acceptées par Lanza DEL VASTO un fait est certain, leur adoption par les compagnons de l’arche n’a fait qu’intensifier le caractère chrétien de la vie, vie de recueillement et de travail dans la charité fraternelle, la pauvreté, la simplicité et la joie.

(Préface des commentaires de l’évangile).

POSSESSION CONNAISSANCE ET DON DE SOI-MÊME

Je parlerai du dégagement spirituel et du passage d’un plan à l’autre. Il se fait en deux temps : un temps de prise de possession, un temps de soumission. La première chose, c’est la prise de possession de soi-même, la seconde c’est le don de soi-même. Les deux supposent connaissance de soi-même.

Nous avons ici la vraie définition de ce qu’est la doctrine spirituelle de l’Arche : la possession, la connaissance et le don de nous-même. Je n’ai pas besoin de vous répéter que cette connaissance de soi-même ne consiste pas en une étude psychologique ou scientifique d’un projet qui s’appelle « moi ». D’abord, cet objet qui s’appelle « moi », qu’est-il? Aucune science ne vous le dira. Enfin cet objet n’est point un objet. Objet signifie : « ce qui est jeté devant ». Cet arbre est un objet et mon prochain est un objet; une idée, une pensée est un objet en tant que j’y applique mon étude.

Mais le moi est un objet qui n’est jamais : objet, qui n’est jamais devant mes yeux, mais qui se trouve derrière, derrière mes yeux. Chaque fois que je me fais une image ou un concept de moi, je dois savoir que ce n’est pas moi, que cet objet n’est qu’un objet de remplacement, une indication. Le moi ne peut pas se découvrir par observation ou calcul, et pour définir le moi, nous dirons : « c’est ce qui, en moi, ne peut être connu que par moi ». C’est cela que je dois connaître. Ce moi est un objet qui s’oppose à tous les autres, à tous les autres objets et les autres personnes, même à tout ce qui en moi est objet. Mon corps est un objet qui peut être connu par un autre, mieux que par moi. Mon corps fait partie de moi, mais n’est pas moi, car je suis une unité qui n’est pas la somme des parties, une unité intérieure et vivante, indivisible. Mais il y a une sensation de mon corps qui ne peut être connue que par moi. Cette sensation-là n’est étudiée par aucune science physiologique, psychologique ou autre. C’est mon corps intérieur. Il en est de même de mon personnage, c’est une façade, un masque que les autres connaissent. Le personnage est la face extérieure de la personne, mais ce personnage a une doublure intérieure. Le « moi » proprement dit, c’est quelque chose qui unifie tout ce que peux déterminer en moi, tous les éléments qui me composent se trouvent reliés les uns aux autres, reliés à quelque chose et ce quelque chose est moi. Ils sont liés par nature, liés par le Créateur, ils peuvent être reliés aussi par la conscience. Je dis « ils peuvent », car généralement cette conscience reste à l’état de simple possibilité.

Ces éléments qui me composent se trouvent substantiellement reliés, mais ne sont pas consciemment reliés, à moins qu’on y applique un travail particulier. Le moi est cette substance que la conscience peut et doit pénétrer. Et la différence entre l’homme spirituel et l’homme non spirituel, c’est le différent degré de pénétration dans la substance.

La première constatation que nous devons faire, c’est celle de notre ignorance, doublée d’une illusion.

Je dis que la substance du moi peut être pénétrée par la conscience et cette possibilité se réalise d’abord en une illusion. Chacun en disant « moi » croit savoir ce dont il parle et croit qu’il est arrivé au bout de ce problème. Et il parle comme s’il était installé dans la conscience du moi; dire « la conscience du moi » c’est comme dire le « cercle rond » car « conscience » signifie : « science de soi ».

Celui qui n’a pas la connaisse de soi n’a pas de conscience. Il est « insensé », inconscient. Nous sommes tous à un certain degré, inconscients, insensés. L’Insensé est un thème courant dans les livres sacrés; le Livre en parle avec peu de tendresse; c’est vrai du Tao, vrai de Bhartri Hari, vrai de tous les livres de Sagesse. L’insensé est celui qui ne donne aucun sens à sa vie, et comment pourrait-il avoir un sens, celui qui n’a pas connaissance de cette réalité qui est toujours à sa portée. Et s’il ne la connaît pas, ce n’est pas manque de mémoire ou de raison, car, pour combiner ses affaires, il en a à revendre de l’intelligence. Il raisonne et calcule et discute admirablement, l’insensé! Ce n’est pas l’idiot du village, c’est peut-être le professeur ou l’homme célèbre, l’insensé! Et son imbécillité n’est pas simplement une déficience naturelle : dans les Livres Sacrés, elle lui est imputée à péché.

Je dirais que ce que nous héritons du père Adam, c’est un penchant perpétuel à distraire l’intelligence de son but. On dit qu’un comptable malhonnête qu’il « distrait des fonds ». C’est de par une malhonnêteté de ce genre que nous sommes des insensés. Car nous avons distrait notre conscience, à nous confiée. Et nous sommes dans l’état de distraction, nous nous installons systématiquement dans l’état de distraction; éducation, affaires, travaux, sciences, arts : occasions multiples de ne pas penser à soi-même, manière de ne pas comprendre pourquoi nous sommes ici. Qui nous y a mis? Nous avons tant à faire n’est-ce-pas? Distraits par quoi, par qui? Qui est l’inspirateur de la hâte et de la distraction?

Première constatation : nous ne savons rien de nous même pour la bonne raison que nous n’y pensons jamais, que, du matin au soir nous sommes occupés par d’autres gens et d’autres choses. Et il arrive même que nous soyons totalement absents de notre prière. Comment s’étonner de ce qu’on ne connaisse pas ce à quoi on tourne perpétuellement le dos? Il est de toute évidence que le premier pas est de sortir de la distraction et du vide et de retourner le regard vers l’intérieur, et, pour ce, le retirer d’autre chose.

Mais quand nous cherchons l’objet qui n’est pas objet avant d’en déterminer la nature, demandons-nous où il se trouve.

Au dedans. Au dedans de quoi? Par rapport à quoi déterminerons-nous le Dedans? Par rapport au dehors? Vous savez ce qu’est le monde extérieur. Il a des caractères bien définis : le monde où chaque chose est extérieure à toutes les autres, le monde du choc de la séparation, de l’espace, du temps. Quant au monde intérieur, nous le déterminerons en renversant la proposition : « sans espace, sans temps, c’est le monde où chaque chose et chaque partie de chose est, intérieure à toutes les autres ». C’est en vertu de cet axiome que nous pourrons dire que, si nous arrivons à l’intérieur de nous-même, nous serons à l’intérieur de Tout, car en entrant dans l’intérieur d’une parcelle du monde intérieur, nous entrons du même coup dans l’intérieur de l’Intérieur.

Cette division qu’on fait entre moi et Dieu par exemple, appartient au langage du monde extérieur. Dans le langage du monde intérieur, il y a coïncidence, compénétration. Dans le langage de tous les spirituels, qu’il s’agisse de St. Augustin ou du rishi du Vedanta, vous trouvez des formules comme « connais-toi toi-même et tu connais Dieu et toutes choses.» Proposition qui peut se formuler négativement : ignore-toi toi-même, et tu ignores tout de tout.

J’ai souvent répété ces choses.  On ne peut pas beaucoup développer ce que je dis, on ne peut que le répéter, et s’en pénétrer en les répétant jusqu’au fond, comme des évidences, des expériences et non comme des formules, ou comme des théories.

Sortir de la distraction est chose vite dite, mais si vous considérez toute la vie extérieure comme une disparition, vous verrez que cela n’est pas vite fait. Il sera déjà beau de sortir de la distraction quelques minutes. Quand vous arriverez à vous maintenir un quart d’heure par jour hors de la distraction, ce sera un grand pas. C’est à quoi servent les rappels, les retraits et les retraites, la ponctuation des fêtes de l’année liturgique, les cérémonies, les rites. C’est à cela que stimulent les lectures intérieures, les Livres Sacrés. Le Livre Sacré nous enseigne ceci ou cela, accessoirement. Il sert surtout à nous mettre dans un certain état. Très souvent, le fruit d’une lecture d’une page, se cueille quand on ferme le livre, comme la jouissance d’une belle musique est dans le silence qui suit. Le fruit de la science intérieure qui est le contraire de la Science du Bien et du Mal, c’est le Silence, la paix, la joie intérieure, l’unité, l’union, la communication, la communion.

UNION

L’Unité ou unification des parties de nous-mêmes, c’est le contraire de la distraction. L’attention intérieure, la concentration mentale, l’unification des éléments intérieurs de l’homme, l’union de cette unité qui s’est formée en nous avec tout ce qui est un, avec le principe de l’unité de Tout qui est Dieu. Dans la mesure où vous parvenez à ramener au centre les éléments extérieurs de vous-mêmes au centre de Dieu.

COMMUNION OU CHARITÉ

De l’union à la communion, à la communication, rattachement au principe intérieur de chaque personne et de chaque chose. La charité est une forme de cette communion pénétration dans autres amours en ceci que c’est un amour d’âme qui passe à travers le voile des attirances et des répugnances. Et ni l’attirance ni la répugnance ne la favorise ni ne l’empêche. Charité, victoire sur les attraits et sur les répugnances, victoire aussi sur les attachements et rattachement à l’étranger, à celui qui ne nous est rien, bref au prochain. Au proche aussi, non parce que proche, mais en tant que créature de Dieu, en tant qu’âme.

J’aime ma mère, ma femme, mon mari. Est-ce que cet amour peut s’appeler à quelque degré charité? Quand s’appelle-t-il Charité? Quand j’aime dans ma mère, dans ma femme, dans mon mari, quand j’aime leur bien et leur salut par dessus tous les liens, au besoin au prix de la rupture de tous ces liens.

COMMUNICATION

Si le Verbe est au près de Dieu, si le Verbe est Dieu, la connaissance de soi-même et de Dieu implique le don de communication, par la parole ou par la simple présence. Celui qui entre dans la vie intérieure acquiert du même coup un langage et peut toujours toucher, frapper, convertir. Il communique d’emblée avec tous ceux qui sont du même degré et naturellement leur langage lui devient clair. « Ne vous inquiétez pas de ce que vous allez dire, dit Jésus, je mettrai moi-même dans votre bouche les paroles qui conviennent ». Moïse s’écrie : « Seigneur, je ne peux pas leur parler, j’ai la langue empêtrée ». Dieu dit : « Va, et si tu ne sais leur parler, envoie ton frère Aaron, et toi, mets dans la bouche de ton frère les paroles qu’il doit dire ».

Quant un homme a une vérité intérieure à porter, même ses empêchements peuvent lui servir. Il peut être opportun qu’un prophète bégaye, qu’il ignore la langue du pays où il va. Ce fut le cas d’innombrables apôtres. On n’a jamais entendu dire que St. Grégoire ou St. Martin aient été embarrassés par le langage, quoiqu’ils vinssent, l’un de Pannonie l’autre d’Asie Mineure pour prêcher dans ce pays-ci. Bien plus il y a des maîtres spirituels qui n’ouvrent pas la bouche pendant dix ans. On aurait tort de croire qu’ils ne s’expriment pas. Il va de soi que le langage le plus important c’est le langage des actes : « Si vous ne croyez pas à ma parole, croyez au moins aux œuvres que j’ai faites ». L’homme qui vous guérit vous encourage, donne un sens à votre vie, vous rapporte à vous-mêmes, qui change la vie privée et publique autour de lui, ne lui demandez pas d’autres leçons, ni d’autres discours.

POSSESSION DE SOI

« Savoir, c’est pouvoir ». Connaître, c’est saisir. La connaissance de soi-même diffère de toute autre connaissance parce qu’elle transforme celui qu’elle connaît. Que je connaisse ou ignore la Tour Eiffel c’est tout à fait indifférent pour la tour Eiffel, mais que je me connaisse ou non, tout change pour moi. Car ici l’objet étant le même que le connaisseur le connaisseur s’est changé en connaissant. Il a pénétré de lumière l’objet, il l’a contré, condensé, concrétisé, vivifié, fait véritablement naître. « Nicodème; mon ami, il faut renaître. Quoi! tu ne sais pas ces choses? Et tu es docteur en Israël! ».

Cette connaissance n’est pas une connaissance abstraite verbale, studieuse ou imaginaire, c’est une connaissance active, factitive, créatrice, qui transforme et recrée son objet. Le moi conscient est un moi recréé, vivifié, éclairé. Ignoré, c’était un moi larvaire, emprisonné, un enfant abandonné, semence tombée dans les pierres, exposée au soleil, corrompue, mangée au dedans par les insectes et les vers.

La connaissance sera donc accompagnée d’une action, il y aura un travail de condensation, de détachement. L’esprit va ici travailler sur la nature, non seulement s’attaquer au grand défaut mental, à la grande perte de la distraction perpétuelle, mais encore à toutes les formes de distractions affectives qui s’appellent désir, plaisir, douleur, angoisse, irritation, toutes les perturbations agréables ou désagréables. Les tourbillons qui se forment par l’effet des contacts extérieurs. L’intrusion d’autrui, notre dépendance de l’état d’autrui, de l’action d’autrui. Voilà notre servitude : la cause de notre état n’est pas en nous. On sourit, je souris. On me gifle, je gifle le gifleur. Il fait mauvais temps, je suis triste; la cause de des mauvaises ou bonnes actions est toujours ailleurs. Je ne suis pas cause de moi-même.

Oh! je suis sincère et je laisse ma nature réagir. Je peux avoir l’illusion que je me rapproche de la nature, mais ma nature n’est pas la nature. Bêtes et plantes pourraient nous donner l’exemple de leçons de Sagesse. Le pommier qui à l’automne fait sa pomme rouge, ne la fait pas en imitant le voisin; tandis que moi je porte beaucoup de pommes d’imitation. L’authenticité est chose difficile à trouver. La marque de la possession de soi, c’est l’indépendance par rapport au hasard, aux rencontres.

Bouddha dit : « Expulse de ta vie le hasard. « Comment définirons-nous un saint ou un sage? Quelqu’un chez qui il n’y a pas de hasard (hasard : ce-qui-se-trouve-être-fait-sans-signification). Cela ne veut pas dire qu’ils soient des morceaux de bois, insensibles, incompréhensifs, formés à tout. Au contraire, il s’agit d’être ouvert, sensible, présent, mais non dépendant. Au sens absolu du mot, expulser le hasard n’est pas possible, mais transformer le hasard en occasion est possible, et savoir saisir l’occasion. Cet accident, ce deuil, cette maladie, cette rencontre, cette lutte, cette personne sur laquelle je me butte, voilà des occasions, voilà des signes. Transformez les hasards en signes. Quelle est la signification de cette rencontre, de cet accident, de cet échec? Qu’est-il demandé de moi en cette occasion? Est-ce un obstacle pour que je saute? Est-ce une invitation pour que je m’engage? Est-ce un avertissement pour m’arrêter? En tous cas, c’est une leçon que je dois comprendre.

(Extrait des « Nouvelles de l’arche », 8e année, n° 6).

LES SOURCES SPIRITUELLES DE LA NON-VIOLENCE

Maintenant pour répondre à la demande de l’un de vous, je vais parler des fondements spirituels de la Non-Violence. Nous les voyons formulés dans ce mot de Gandhi : « La non-violence et la vérité sont une même chose »; et il ajoute « comme l’avers et le revers d’une médaille sans épaisseur ».

Je les trouve aussi dans cette formule de Capitini : « Ce n’est pas, dit-il, une tactique ni une technique, c’est une manière de faire qui résulte d’une manière d’être ». Formule nette et bien frappée, mais qui demande encore à être précisée, en ceci qu’il ne s’agit pas d’une manière d’être parmi plusieurs autres manières d’être; je dirais qu’il s’agit du choix entre la manière d’être et la manière de n’être pas. La non-violence est ce qui correspond à la manière d’être; et souvenez-vous que l’énoncé de nos vœux finit par ce mot : « enfin d’être ». Or quand Gandhi parle de la Vérité, il parle de « Sat » qui signifie « Être ».

Ainsi donc, établir en soi la non-violence, c’est se mettre à la recherche de l’Être. Rappelons encore ce mot de Gandhi, qui est le motif d’une assidue méditation pendant des années : « La vérité, c’est Dieu ». Ainsi donc si vous n’avez pas la vérité en vous, votre non-violence est vaine et nulle. Elle est trompeuse et fausse.

Qu’est-ce que la vérité ?

Nous répondrons : c’est la parfaite adhérence de l’extérieur à l’intérieur. C’est la parfaite correspondance du dehors et du dedans. C’est que le dehors soit la forme du dedans, que c’en soit l’expression cohérente. Que par conséquent ce qui est dedans soit comme ce qui est dehors, ce qui est en bas comme ce qui est en haut. Et que tout dans la vie soit tenu par un fil unique autour d’un seul point.

La première condition du non-violent, par quoi il montre qu’il a la vérité en soi, c’est d’avoir une seule vie. Une seule vie, c’est que tous les actes de la vie, des plus petits aux plus importants, des plus communs aux plus solennels, aillent dans le même sens, et que tout parte du centre. La condition de la non-violence, c’est que le centre soit trouvé. C’est que le noyau intérieur soit découvert. C’est que le Moi soit solidement établi dans le Soi, autrement dit, qu’il occupe sa propre place et ne flotte pas de façon hasardeuse aux périphéries. Qu’il ne constitue pas des centres secondaires, des grumeaux.

Par ailleurs, toute personne qui se donne à la recherche intérieure  montrera son degré d’élévation par la non-violence qui se révèle dans ses agissements. En d’autres termes, on va de la vérité à la non-violence ou de la non-violence à la vérité. Les deux choses étant liées.

Qui n’a pas la Paix en soi ne peut pas l’établir autour de soi : « Bienheureux les Pacifiques » est-il dit, et le pacifique est celui qui fait la Paix. Et cette paix ne peut être qu’une manière de faire qui résulte d’une manière d’être. Celui qui n’est pas établi dans son centre et dont le centre n’est pas placé en Dieu, est nécessairement dans le trouble, dans l’erreur (erreur signifie course çà et là) dans l’inquiétude, dans la crainte, exposé aux alternances d’exaltation et de dépression, exposé aux séductions et aux impulsions qui viennent du dehors. Incapable d’actions, mais toujours sujet aux réactions. Incapable de cohérence et de clarté. Sa vie est nécessairement désordonnée, sa manière d’agir lui fera répandre autour de lui son désordre, veuille ou non.

Maintenant ce désordre, ces inquiétudes, cette impuissance, ces bévues, ces brutalités, cet aveuglement, peut-être il les étalera ingénument, peut-être il agira comme une bête, comme un ivrogne, comme un enfant méchant et mal élevé; ou peut-être il se donnera une façade. Au lieu de travailler à se constituer un centre et à entrer dans la vérité, il travaillera à se masquer d’une belle apparence. Il s’épuisera en efforts pour faire une construction fallacieuse et d’artificielle perfection. Et alors il sera dans le mensonge. Sincèrement ou non, c’est secondaire. Il peut travailler à sa façade pour se présenter bien et pour prospérer dans la vie, et la civilisation entière l’aidera à cette fabrication. Ce qu’on appelle l’éducation l’y aidera.

Mais le mensonge est aussi loin de la non-violence que la violence; forcer, c’est toujours en même temps fausser, et fausser, c’est toujours en même temps forcer, c’est s’exposer à entrer dans les enchaînements de la violence. Il y a une manière violente et une manière non-violente d’imposer, et même de s’imposer la conduite droite. Certains hommes suivent les voies de la vertu, de la justice, de la décence, de l’honnêteté, mais se forcent pour le faire. Ils se forcent à le faire, et, comme ils se forcent à le faire, ils vont forcer aussi les autres à le faire; nous aurons là la justice violente, qui se présente dans toute sa dureté extérieure, sous forme de légalité. La légalité se maintient par la force, et par une force qu’on peut bien appeler violence; elle se fait un chemin l’épée en avant.

Pour suivre la morale, on s’attaque avec acharnement aux tendances qu’on juge socialement gênantes, on les réprime, on les stérilise, on les refoule dans l’inconscient, on les oublie, on les ignore, on les voile avec pudeur, on les décore de nobles oripeaux, on les fauche et on les fausse aussi, et on les pervertit, on les enferme, on les laisse fermenter et pourrir, on les concentre, et, un jour ou l’autre, elles éclatent.

La non-violence semble avoir été, de tous temps, associée au yôg et aux règles ascétiques. C’est remarquable et, au premier abord, paradoxal : car l’ascèse paraît, plus que la morale, rebrousser les penchants et violer toute la nature. Mais c’est une vue profane et vulgaire de la chose. L’ascèse, en vérité, est une opération libre et non-violente.

L’ascète commence par garder et regarder. Il se regarde lui-même corps et âme, avec humilité et avec clarté. Il connaît ses bas instincts. Et sa méthode ne consiste pas à supprimer ces bas instincts, mais à les mettre à leur place, à leur place qui est en bas et à la base. L’ascète connaît, reconnaît, avoue le ventre, la digestion, l’élimination, le sexe, les rêveries, les dessous de la nature, les déformations que l’hérédité pécheresse a mises dans l’homme.

Il entreprend de redresser ce qui est tordu, de rabaisser ce qui s’exalte, de dégonfler ce qui s’enfle, de voir chaque chose du dedans, de voir chaque chose à partir du centre.

L’ascète n’est pas un pénitent qui se morfond en contemplant ses propres faiblesses et ses péchés. C’est un homme dont la pointe unique de la pensée est placée en Dieu. Il a mis tout l’attelage de son être dans ce sens. Et il attend de la lumière divine qu’elle range, qu’elle désinfecte, qu’elle vivifie, qu’elle purifie tout.

Comme l’arbre, l’ascète grandit sur sa base, il s’élève par une longue patience, il est riche et fort de tout ce qu’il a vaincu. Il ne désire et ne craint rien du dehors, il ne se défend contre personne, il ne tue et ne subjugue personne. Telle est la source de la non-violence.

Quelqu’un : Mais la source de la non-violence, n’est-ce pas l’Évangile ?

Réponse : Elle y est inscrite en paroles inoubliables (et trop souvent oubliées), en paroles et en actes, mais vous savez que sans sortir de notre tradition, nous en connaissons des enseignements plus anciens, deux surtout dans la Bible : l’Histoire de Joseph et de ses frères (Gen. de 42 à 46) et celle de David et de Saül (I Sam. 26).

CITATION

Pour avoir quelque valeur le sacrifice doit être accompagné de pureté d’intention et de vraie connaissance. Le sacrifice sans ces deux choses se trouve toujours avoir été ruineux pour tout le monde. (GANDHI).

(Extrait des « Nouvelles de l’Arche », 5e année, n° 8).

SHANTIDAS nous propose un petit texte sur le silence, « but du yoga » dit-il

Dans les mouvements charismatiques, on parle beaucoup de l’Esprit, bien entendu; on lit la Bible, l’Ancien Testament et de préférence le Nouveau Testament, on parle beaucoup de Jésus, bien entendu, c’est-à-dire de la Seconde personne de la Trinité. On parle de la Troisième Personne et de la Seconde. De la première Personne de la Trinité, on parle beaucoup moins et c’est ici que je voudrais voir se fixer une attention particulière; c’est ici que l’enseignement de l’Arche devrait nous amener, au plus profond. Qui est la Première Personne? C’est le Dieu caché, le non-manifesté et en dehors de Lui, tout ce qui est manifesté n’a aucune valeur. Le Fils et l’Esprit ont valeur par rapport au Père et uniquement par rapport au Père, et en général, toute parole et toute manifestation n’a de valeur que par rapport au Père.

Et le Père, c’est le silence! C’est le silence!

Et tous les élans, tous ces cris, tous les chants sont d’autant plus beaux qu’ils correspondent à un silence équivalent!

Et sans cela ce sera une autre espèce de drogue.

Multipliez donc les réunions de prière, lisez les paroles inspirées, parlez chantez, louez, glorifiez, mais aussi taisez-vous! Concentrez-vous! Faites silence! Toute manifestation se détache de toute autre manifestation; toute forme de toute autre forme. Et si toutes ces formes si diverses qu’elles soient ont une unité entre elles, elles l’ont par rapport à une substance qui n’est point forme. Suivez donc la discipline de l’Arche qui est de donner une place éminente à la méditation que vous pouvez appeler, si vous voulez, oraison silencieuse et solitaire, dans ce silence qui contient toutes les paroles possibles. Dans cette solitude où tout ce qui est un, se retrouve, où toi-même et moi-même nous sommes le même, en Lui qui est tout en tous… Nous ne communiquons pas, nous communions. On communique par des paroles, on communie dans le silence.

LANZA DEL VASTO


[1] Pour informations voir http://www.arche-nonviolence.eu/