Frédéric Lionel : Science et philosophie (supports d’une vision globale)


11 Feb 2010

(Extrait de l’énigme que nous sommes, édition R. Laffont 1979)

En décachetant l’enveloppe, je reconnus l’écriture, toute en rondeurs, de Carol. Aussi m’installai-je dans un fauteuil pour lire sa longue missive, me doutant que la jeune femme, à la suite de notre entrevue de la veille désirait me faire part de ses réflexions. Je ne me trompai pas.

« Vous parliez, hier, du Tarot, m’écrivait-elle, en évoquant l’enseignement caché dans ce que vous appeliez une « Bible Imagée des Sciences Hermétiques ».

Un déclic, alors, se produisit en moi. J’ai ressenti un choc, mais je sais qu’il ne s’agit pas d’une révélation, et pas non plus d’une découverte, mais plutôt d’une certitude, mieux, d’une confirmation.

Je me rendis compte que quelque chose d’indéfinissable enfoui dans le tréfonds de mon être, montait à la surface

Je sens aujourd’hui que je dois réaliser ce qui ainsi se révèle. Cela me bouleverse d’autant plus que j’ai tendance à me remettre en question, mais seulement en fonction de mes expériences d’étudiante.

Or, la lame du Tarot dénommée du « Diable » a servi de révélateur. Mes études de psychologie me prédisposaient à une descente aux Enfers, et devoir la tenter me paraissait évident.

Je l’évitais néanmoins, au point de refuser toute pratique de méditation ou de yoga, cherchant à fuir une investigation essentielle.

Depuis hier, et cela peut paraître bizarre, j’ai une envie pressante d’une descente, mieux d’une chute brutale. J’ai envie de me casser la figure. Je veux faire le grand plongeon.

Je vous écris spontanément. Les mots viennent sous ma plume sans réflexion. Je suis la première étonnée de les voir se former.

Que me conseillez-vous ? Je ne pense aucunement à la psychologie classique, car j’aurais pu, au cours de mes études, choisir pour sujet la psychothérapie, le psychodrame ou la dynamique de groupe, et je ne l’ai pas fait.

Je préfère une autre démarche. Je pressens qu’elle pourrait être terrible, puisqu’il s’agit d’abandonner tout ce que j’ai accumulé au fil des années et au fil des événements, heureux ou malheureux, de mon passé qui est court, mais bien rempli. J’ai besoin de connaître d’autres vérités sur moi-même. Peut-être la lame de la Mort requiert-elle une réponse ?

Voilà confusément ce que je ressens et ce que je voulais vous faire partager. Il s’agit d’un problème capital, vital. Donnez-moi, je vous en prie, le résultat de vos réflexions si j’ai réussi, bien sûr, à me faire entendre. »

Suivaient quelques mots affectueux précédant sa signature, et enfin un post-scriptum :

« J’ouvre l’un de vos livres et j’y trouve « par hasard » la phrase suivante : « Il faut dépasser l’effet des influences souvent contradictoires, qui tendent à maintenir l’homme dans l’illusion d’un équilibre douillet. »

C’est cela que je veux briser. Cet équilibre douillet dans lequel j’ai réussi à m’installer depuis quelques années, qui m’empêche d’être vraie. »

Je restai quelques instants indécis, désireux de lui adresser le plus vite possible ma réponse, mais ne sachant pas comment la rédiger au mieux.

Finalement, laissant l’intuition guider ma plume, je lui dis à peu près ceci :

« Vous voulez franchir un seuil qui conduit d’un état de conscience à un autre, et ce fait démontre une maturité qui vous permettra de réussir le « lâcher prise » que vous appréhendez.

Il n’est pas terrible mais demande du courage. Nous tenons à nos opinions, à nos jugements, ce qui nous empêche d’explorer notre subconscient en lequel reposent toutes nos expériences, tant celles de cette existence, que celles d’autres existences, si tant est que d’autres aient précédé celle-ci.

La lame de la Mort est aussi le symbole d’un renouveau. La mort débouche sur une nouvelle naissance, ce qui n’est compréhensible qu’au-delà des limites d’un monde conceptuel auquel nous tenons, parce qu’il nous donne l’illusion de la sécurité.

Vous appelez cette illusion « douillette » et rien, à première vue, ne justifie l’aspiration de quitter un monde douillet, donc satisfaisant. Or, il est dit que « Dieu vomit les tièdes ». Dès lors, tout s’explique. »

Pour évoluer il faut avancer sur le chemin de la Connaissance, et si l’évolution s’inscrit dans le « Grand Plan » de l’Univers, il faut, pour le comprendre, commencer par explorer les profondeurs de son subconscient, pour découvrir tout ce qui s’y trouve inscrit et, si possible, assumer une tâche qui facilite cette exploration.

En conséquence de quoi, en guise d’introspection, il faut se pencher sur les problèmes des autres, à savoir sur les difficultés de tous ceux qui accepteraient de vous ouvrir la chambre secrète de leur âme.

Attention, la tâche est délicate et la responsabilité grande, car il s’agit de comprendre avec son cœur pour pouvoir aider, non pas du bout des lèvres, mais en profondeur, en connaissance de cause. Nombreux sont ceux qui hésitent à se confier et qui cachent leurs doutes et leurs craintes, préférant s’étourdir, plutôt que de se les avouer.

Il ne s’agit pas de problèmes superficiels, c’est-à-dire financiers ou professionnels, voire même familiaux. Il s’agit de problèmes authentiques, ceux qu’on ne mentionne pas facilement, parce qu’ils sourdent du tréfonds.

Je prévois l’objection qui vient aux lèvres : Comment parviendrai-je à aider ceux qui me feront confiance ? Je suis à la recherche de ma propre vérité et je n’oserai jamais aborder celle des autres. Je ne suis pas prête… Plus tard, un jour !…

Il faut oublier ces objections, une disponibilité du cœur et de l’esprit vous permet d’aller de l’avant. Penser ne pas pouvoir faire ceci ou cela est trop souvent une justification commode, donnant bonne conscience pour ne pas agir.

Nous partons tous d’un palier pour en atteindre un autre. Du reste, toute évolution n’est possible qu’ainsi, par étapes.

Celle du monde occidental a passé par le développement prodigieux de la science, développement qui ne saurait être bénéfique qu’à une seule condition : que les moyens qu’elle procure ne soient employés qu’à bon escient.

Cela n’est évident que si l’existence a un sens, la science devant alors servir à la rendre plus facile. Découvrir le sens de l’existence est donc primordial. Faire accepter cette Vérité première à d’autres c’est l’accepter soi-même. Seule l’alliance de la Science et de la Philosophie conduit à la juste appréciation des problèmes fondamentaux que chacun doit affronter.

Dès lors, poursuivis-je dans ma lettre à Carol, « en vous penchant sur les difficultés et les aspirations de vos camarades, vous saurez, non seulement pénétrer leurs enfers et, dès lors, les vôtres, mais aussi entrevoir des solutions dictées par l’intuition créative.

Comprenez que chacun de nous est coresponsable du monde tel qu’il est et, par voie de conséquence, tel qu’il sera demain. Aider à le rendre fraternel dans la mesure de nos moyens est le sens que je donne à la suggestion que je vous soumets.

La science, évidemment, joue et jouera un rôle prépondérant dans le déroulement des événements. C’est à ce titre que je vous soumets quelques considérations quant à la complémentarité de la Science et de la Philosophie. Lisez-les à tête reposée en comprenant que la science a bouleversé la conception que les hommes se faisaient d’eux-mêmes et du monde, mais il est tout aussi certain que les énoncés de Newton ou d’Einstein, pour ne citer qu’eux, ont bouleversé la façon de penser d’un grand nombre de philosophes.

Vous n’ignorez pas que le terme « Philosophie » recouvre pour moi une recherche de Sagesse.

Science et Philosophie se doivent donc de justifier leur réciproque importance, en déblayant la voie conduisant au bonheur des hommes, conséquence de leur Sagesse. »

Il n’est pas certain que ceux qui ne voient dans la Science qu’un moyen de progrès technologique ou un outil de puissance en soient conscients, puisqu’ils pensent que la Philosophie n’est qu’une fumeuse et stérile spéculation de l’esprit.

Un fait pourtant s’impose. Le mouvement de la Vie ne peut révéler qu’une vérité du moment. Dès qu’on cherche à établir une théorie, un système, un dogme, le cadre rigide s’oppose à ce mouvement, lequel postule une perpétuelle remise en cause de ce qui semble acquis. Les hypothèses scientifiques n’échappent pas à cette règle.

Le raffinement de la sagesse antique est de l’avoir compris. Si de nos jours on redécouvre Pythagore, non comme un génial mathématicien mais comme philosophe dont l’enseignement a profondément marqué l’évolution spirituelle de l’Occident, c’est qu’il a transmis les données fondamentales d’une Connaissance fondée sur une transmission initiatique que la science confirme journellement davantage.

« Tout est rythme, disait-il, et l’Univers est un Tout vivant. Sa Loi, celle du Rythme, unit tout ce qui existe. Connaître cette Loi, c’est régner sur la matière par l’Esprit. »

« Un continuum ondulatoire, rétorque la Science moderne, en lequel des quanta d’énergie brillent par leur mathématique mystérieuse, assise d’une matière qui n’est qu’une concentration d’Energie. »

Deux énoncés, pour ainsi dire interchangeables, compte tenu d’une terminologie qui varie dans le temps.

« Parvenus au terme de leur analyse, écrit Teilhard de Chardin, les physiciens ne savent plus si la structure qu’ils atteignent est l’Essence de la matière qu’ils étudient, ou bien le reflet de leur propre pensée. »

Cette constatation s’impose par le fait que l’observateur intervient dans le processus qu’il observe, car seule cette intervention lui permet, par les réactions qu’elle entraîne, de formuler les hypothèses conduisant à la compréhension des lois qui régissent l’atome, brique constitutive de l’Univers. Un lien s’établit donc entre l’observateur et la chose observée, lien que Pythagore considérait comme évident.

N’affirmait-il pas « que la plus haute intelligence est la perception des liens qui lient chaque chose à toutes les autres » ?

En écho, l’un des éminents physiciens modernes, Louis de Broglie, convient « que la science en se développant est nécessairement amenée à introduire dans ses théories des concepts ayant une portée métaphysique ».

Ainsi est-il avancé que les particules élémentaires auraient un comportement découlant d’une certaine conscience, c’est-à-dire qu’ils adopteraient une réaction adéquate à une impulsion spécifique. L’homme qui ne réagirait pas de cette façon serait déclaré inintelligent.

La matière aurait donc une intelligence, laquelle, sans être comparable à l’intelligence humaine, expliquerait comment, dans le domaine intranucléaire, les particules la composant répondent au milliardième de seconde à des sollicitations incroyablement complexes.

Un physicien a prétendu, sans que cela soit une boutade, qu’elles connaissaient le calcul tensoriel mieux que n’importe quel mathématicien !

Un tournant, en fait, se dessine : convenir qu’Esprit et Matière ne sont que les deux pôles d’une même réalité, créant un invisible lien dynamique entre le dedans et le dehors des choses, entre le noumène et le phénomène, entre le pourquoi et le comment, en un mot, entre la science et la philosophie, c’est l’aborder de juste façon.

C’est ce qu’avait préconisé Pythagore, car sa Philosophie des Nombres n’est nullement une théorie numérale, mais bel et bien une philosophie, les Nombres étant considérés comme archétypes d’une Tradition Initiatique, clé des phénomènes de l’Univers manifesté!

Selon cette Tradition toute la connaissance humaine passée, présente et à venir, comporte l’ensemble des relations qui lient l’humanité au Cosmos tout entier. Explorer le monde en lequel l’Intelligence Cosmique, ou Souffle Primordial, poursuit sa vivante aventure en étant « UN » dans le multiple, pour promouvoir son Unité, fait de notre existence un champ d’expérience et donne un sens au destin humain.

L’homme, cellule du Grand Tout, doué de conscience, doit, de ce fait, assumer une responsabilité qui s’inscrit dans l’ordre des choses, car la Vie qui pulse en lui ne lui a pas été donnée pour rien.

Il est appelé, en ce monde existentiel, à assumer une action déterminée s’inscrivant harmonieusement dans le schéma général. Ce schéma ou plan, il s’agit d’en prendre conscience pour œuvrer en connaissance de cause et c’est ainsi que la Tradition devient la loi qui trace l’Itinéraire. Elle est de l’homme méconnue, parce que trop souvent le langage maquilla le message.

Ce message toujours rappelle qu’il est le produit du passé, conscient du présent et semence de l’avenir et, dès lors, artisan de son destin. La science cherche, de nos jours, à englober dans une théorie unitaire, en une seule formule, non seulement le savoir, mais aussi la science de l’Esprit, donc le phénomène humain en sa totalité.

En vue de quoi la division entre la Science et la Philosophie, entre la physique et la métaphysique, n’est que le reflet d’un concept orgueilleux de l’intellect désireux d’affirmer sa primauté.

Chaque jour, néanmoins, une évidence s’impose davantage. Pour comprendre les postulats de la science moderne, il faut un retournement des schémas mentaux. La Science n’étant qu’un aspect de la Connaissance doit être complétée par la compréhension du pourquoi des choses de la Vie.

Les scientifiques, quoique réticents, abordent de plus en plus fréquemment les rivages du monde hyper-physique. En écoutant certains, et non des moindres, déclarer : « La Source Cosmique est comparable à un ensemble de thèmes programmés dominant le hasard », il n’est guère possible d’en douter, car pareille affirmation est de la métaphysique exprimée en un langage technologique.

Il reste évidemment à découvrir le programmateur de ces thèmes grandioses. Ajoutons que ces mêmes scientifiques, américains pour la plupart, réunis pour élaborer une nouvelle « Gnose », affirment que l’Univers matériel serait « une tapisserie dont nous ne verrions que l’envers, qu’il n’est pas fait de choses matérielles ni d’énergies physiques, mais se situerait dans le domaine de la conscience assimilable à une source fondamentale, génératrice de l’Espace et du Temps ».

Avouons qu’il s’agit là d’un langage qu’on n’avait pas l’habitude de trouver dans la bouche d’hommes de science, quoique Descartes ait écrit : « Toute la philosophie est comme un arbre dont les racines sont la métaphysique, le tronc la physique et les branches qui sortent de ce tronc toutes les autres sciences. »

On peut toutefois se demander pour quelles raisons ces scientifiques, dont les travaux sont remarquables, s’efforcent de créer une nouvelle « Gnose », terme désignant une « Connaissance fondamentale ». La Gnose de toujours n’a jamais cessé de la véhiculer, sinon ouvertement, tout au moins par des courants occultes.

Ajoutons que la transmission gnostique de toujours démontre une stupéfiante connaissance des lois de la Nature, que la mission de l’Occident fut, très certainement, de confirmer par le biais du développement intellectuel, donc par l’observation scientifique.

Deux exemples entre bien d’autres peuvent faire réfléchir. Ainsi, Anaximandre, élève de Thalès, déclara cinq siècles avant notre ère : « La substance primordiale donne naissance à toutes les autres, elle est infinie, sans âge, ainsi qu’éternelle, elle embrasse le monde. »

Cette déclaration peut être rapprochée du « continuum ondulatoire » ou de la « Source fondamentale » de nos physiciens modernes cherchant à établir une loi unique du mouvement universel.

Héraclite, quelques années plus tard, prévenait que « le feu entraîne le changement fondamental générant la variété infinie des choses, en partant de la substance primordiale ».

En remplaçant le mot « feu », à la fois matière et force motrice, par le mot « énergie », il est possible de répéter ces paroles mot pour mot sans être démenti par la science d’aujourd’hui.

Rien n’est nouveau sous le soleil, mais pour faire un travail libérateur, il faut abandonner les habitudes de pensée routinières et les idées stagnant dans la mémoire. Elles sont le relent d’un passé mort, et seule la lucide perception de ce qui est à l’instant présent est susceptible de dévoiler les aspects d’un monde qu’il s’agit de reconnaître. Pour ce faire, il faut le regarder sans être choqué, sans le juger et sans se référer à des critères ou notions périmés, donc faux.

La lucide perception dégagée de toute opinion préconçue conduit, alors, à un état de compréhension que n’amoindrissent pas les embûches que dresse, sous les pas de chacun, le tapis roulant de l’existence.

Ces embûches sont d’autant plus redoutables que, par manque d’entendement, la fausse vision des choses et de soi-même entretient des habitudes de pensée qui s’opposent à l’Eternel Renouveau, propre au mouvement de la Vie.

Par l’entendement humain qui correspond à une faculté de compréhension globale, le spirituel se projette dans la chose observée. Poussé par son génie, l’homme cherche à percer le mystère de l’infiniment petit et découvre un mouvement indécelable. Il découvre un tourbillon d’énergie, une essence sans bornes et sans limites, et réalise que rien n’étant séparé du reste, il est lui-même cette essence. Il découvre que l’instabilité est, dans le monde manifesté, la toile de fond devant laquelle se joue son destin, et il découvre aussi qu’il est absurde de perpétuer une classification rigide en catégories de tous les modes de sciences, de tous les savoirs et de toutes les philosophies, car ils sont tous une voie d’approche d’une Réalité unique.

Science et Philosophie sont donc deux inverses complémentaires, ou encore deux aspects différents d’une même Vérité, qu’il est possible d’appréhender par la Connaissance, génératrice d’Amour. L’Amour qu’engendre la Connaissance est synonyme de compréhension, celle du cœur et de l’esprit. Il n’est pas l’expression d’une générosité, mais le rayonnement de l’étincelle divine qui habite chacun.

La Connaissance authentique n’est pas le fruit d’une curiosité, même légitime. Elle est inscrite dans le Plan de l’Univers.

L’étincelle divine, qu’on l’appelle « Âme », « Saint-Esprit », ou « Vie », doit pousser les hommes à s’unir, puisque cellules conscientes et pensantes, dont le rôle découle de l’élargissement d’une Vision Universelle que traduit l’acte créateur. Cette vision conduit au dépassement des limites d’un monde conceptuel, donc tronqué, car la Connaissance-Amour est l’Émergence qui, au niveau de toutes les consciences, conduit à l’enrichissement de la Conscience Cosmique. Ainsi, dans la spirale évolutive se poursuit l’affinement des formes qu’engendre l’Espace-Temps, lui-même engendré par cette « Source fondamentale » dont parlent les physiciens.

Oppenheimer écrit dans l’un de ses ouvrages à peu près ceci : « Si l’on me demande si la position d’un électron reste la même, je suis obligé de répondre non. Si l’on me demande si l’électron est immobile, je répondrai toujours non, et si l’on me demande s’il est en mouvement, je serai obligé de dire non. »

Bouddha, questionné sur les états de l’âme après la mort, pourrait justifier telles réponses inattendues sous la plume d’un homme de science. Elles montrent tout simplement l’extrême difficulté de cerner une réalité physique avec des mots inadaptés.

De même, Einstein, se prétendant agnostique, écrivait : « La plus belle et la plus profonde émotion que nous puissions expérimenter, est la sensation mystique. C’est la semence de toute science véritable. Celui à qui cette émotion est étrangère, qui n’a plus la possibilité de s’étonner et d’être frappé de respect, celui-là est comme s’il était mort. »

En écoutant Einstein, les paroles de Jésus viennent à l’esprit : « Laissez les morts enterrer les morts. » Et il se pourrait que ces morts ne soient autres que les robots qui, à toutes les époques, confondirent et confondent l’Esprit et la Lettre.

L’homme se croyant civilisé reste proche de la barbarie lorsque, enivré par la puissance des moyens dont il dispose, il cherche à dominer son prochain. Serviteur de ses outils dont découlent ses moyens, il se transforme en robot. Observons avec lucidité les robots régner sur des robots, et nous aurons une hallucinante vision de l’état dans lequel ils se complaisent.

Observons, par la même occasion, que la cérébralité de l’homme, à laquelle s’ajoute la cérébralité de la machine construite à son image, le conduit, de réaction en réaction, aux conflits dont il est la victime.

Le manque de discernement l’empêche de découvrir la cause des conflits dont il subit les séquelles, de découvrir l’avidité qui l’habite. Elle détermine son comportement et elle prend toutes les formes, physiques, intellectuelles, psychologiques et spirituelles.

Vouloir jouir le plus complètement possible des agréments du monde sensoriel, vouloir s’affirmer par le jeu d’artifices que permet l’intellect, vouloir gonfler l’importance de sa personne en dominant les autres, tel est le schéma habituel auquel s’ajoute le désir de sécurité. On veut se croire à l’abri en participant activement à un groupe ou à une communauté, à une chapelle ou à une Église, sans pour autant, vraiment, avancer sur le sentier ardu d’une authentique réalisation intérieure. On se réfugie dans un monde limité en lequel on construit un autel pour adorer une idole faite à son image.

Bruit, violence, érotisme, drogue, alcoolisme sont les fruits de pseudo-conquêtes sur la Nature. Sous le couvert d’une pseudo-liberté se poursuit le viol des âmes, et la vulgarisation scientifique contribue à augmenter la confusion, parce que mal comprise elle déconcerte.

Le malaise psychologique s’étale. Les médecins constatent que les deux tiers de leurs malades le sont psychologiquement. Journaux, livres, radio, télévision, publicité et propagande ont beau jeu d’aggraver le désarroi que produit la dissolution des attaches ancestrales.

Le dieu du faux progrès sourit sur son socle, sachant qu’il doit sa prédominance au manque de discernement des hommes, qui ignorent la complémentarité du Savoir et de la Sagesse.

La Science détermine la puissance, mais il incombe à la Sagesse de diriger les énergies auxquelles elle donne accès. La Sagesse reflète l’Intelligence Transcendantale et son harmonie, dans l’union des inverses complémentaires, faute de quoi, l’homme psychologiquement déséquilibré bute contre le mur que dresse l’absurdité issue de l’ignorance.

Il va de soi qu’il est inique, pour un philosophe, de méconnaître l’apport de la Science. Seuls les aspects scientifiques et philosophiques combinés débouchent sur la compréhension du Grand Plan de l’Univers et, dès lors, sur une prise de conscience qui a un sens pour la Terre.

Elle a un sens pour la Terre parce qu’elle révèle à chacun qu’il est un maillon d’une chaîne qui lie le moindre atome à l’Univers tout entier.

L’homme vigilant, l’homme conscient, doit s’intégrer au monde en s’associant au Grand Œuvre de la Nature. L’homme est un centre en lequel s’unissent, pour se réfléchir, les deux pôles d’une seule Réalité, celle du monde physique et celle du monde transcendantal.

Être connaissant, c’est comprendre qu’il n’est pas une particule qui ne remplisse son emploi d’aide à la propagation de l’énergie. Dès lors, la civilisation humaine n’est pas l’ensemble des moyens que procure la Science en donnant accès à de nouvelles formes d’énergie, mais l’expression de l’harmonie qui découle de la Connaissance des Lois de la Vie.

Pour qu’une civilisation prenne place dans la spirale évolutive, il faut que la science serve l’existence, qui reflète le mouvement de la Vie, et comment y parvenir, sinon en comprenant la Loi qui commande à ce mouvement, car la pensée de l’homme, émanation de l’Esprit qui l’habite, a un mouvement intérieur. Si ce mouvement épouse le rythme de la Vie, l’homme s’épanouit.

Permettre cet épanouissement est le but de toute civilisation, l’homme étant le fruit de cette civilisation et aussi sa semence, puisque tout fruit contient en lui la semence qui le reproduira. Telle est la Loi de la Nature.

Néanmoins, les hommes détruisent, à défaut de Sagesse, ce qu’ils enfantent. L’homme semble avoir soif d’assister à un nouveau Déluge et cette obstination funeste le fait constamment se tromper de chemin.

L’ère de la technique fait chanter les Sirènes et Circé transforme les hommes en robots. Puissent-ils se souvenir que les compagnons d’Ulysse retrouvèrent leur forme humaine quand Ulysse sut se faire aimer de Circé.

Concluons, pour affirmer que la Sagesse est l’expression de l’Intelligence supérieure et le savoir, le reflet de cette même Intelligence, s’exerçant à l’intérieur des limites du monde manifesté.

Seul un homme dépassant toutes les limites est libre et, dès lors, en mesure de soumettre le savoir aux impératifs de l’Éternelle Sagesse, aux impératifs de l’Ordre Souverain que Pythagore nomma Cosmos.