Aimé Michel : Un savant indocile: Rémy Chauvin


23 Jun 2010

Rémy Chauvin (1913 – 2009) est un biologiste et entomologiste  français, professeur honoraire émérite à la Sorbonne, docteur ès sciences, maître de recherches depuis 1946. Il est également connu pour défendre les droits des animaux et pour s’être intéressé à des thèmes comme le paranormal, la vie après la mort, les sujets psi capables de voyance ou encore le phénomène ovni et l’ufologie. Nous présentons ici le témoignage d’Aimé Michel sur sa rencontre avec ce scientifique hors pair, suivi d’un compte rendu de son livre Les surdoués. Les lecteurs intéressés par plus d’information sur la vie de Chauvin pourrons consulter, entre autres, http://fr.wikipedia.org/wiki/Rémy_Chauvin

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(Revue Question De. No 9. 4e trimestre 1975)

Une grande carrière scientifique et des consécrations officielles. Un esprit religieux (son premier livre : le Dieu des savants). Une longue recherche à demi clandestine en parapsychologie (des publications et des ouvrages signés Pierre Duval). Aujourd’hui, un grand succès public avec son livre les Surdoués. Et toujours une intelligence parfaitement libre, ouverte, allègre. Une longue amitié nous lie au professeur Rémy Chauvin, amitié que célèbre ici Aimé Michel.

« La science, ce n’est pas l’explication. Et même, l’explication, ce peut être l’antiscience. Si vous cherchez des explications, fuyez les savants, occupés surtout à poser des questions, et rejoignez les faiseurs de systèmes. Là, vous trouverez toutes les explications que vous voudrez, vous aurez l’esprit apaisé et vous crèverez idiots. »

« Quand on a bien prouvé qu’une chose est impossible, c’est le signe infaillible que sa découverte est imminente. »

« Il y a un corollaire consolant à la thèse ci-contre : c’est qu’il suffit de n’avoir jamais peur et de ne jamais cesser de travailler pour, à la longue, assister à la disparition des retranchements où les cuistres essaient de passer leur vie sans réfléchir et, si possible, en empêchant les autres de réfléchir. »

« Ce n’est pas le défaut d’intelligence qui bloque les progrès de l’intelligence. C’est la lâcheté et la paresse. L’intelligence est d’abord la faculté de trouver des raisons irréfutables pour ne rien faire et, s’il le faut, pour embêter ceux qui risqueraient de vous obliger à faire quelque chose. »

Rémy Chauvin

Un matin du printemps 1956, j’attendais devant la table d’une antichambre, quand mon regard se posa sur un livre qui traînait là : c’était un volume de l’austère « Bibliothèque scientifique Payot » et son titre n’avait rien d’aguichant Vie et mœurs des insectes. Je le pris en pensant à autre chose, bâillant d’avance à ce que je m’attendais à y trouver. Le nom de son auteur, accompagné d’une quadruple épaisseur de titres académiques, m’était connu, mais ne me disait rien : Rémy Chauvin.

J’entretenais, à l’époque, avec la science et ses coryphées des rapports de frustration et de mépris respectueux (le respect n’étant que de mon côté). Je ne croyais qu’à la science, mais mes relations avec elle étaient mauvaises. Je n’avais jusqu’ici, à deux exceptions près, rencontré que des savants bornés. Bornés de mon point de vue, celui d’un homme accablé par la réalité d’un fait pour lequel les savants n’avaient que des sarcasmes. C’était le temps où M. Schatzman, l’éminent astrophysicien, expliquait dans la Revue de l’Éducation nationale les pourquoi et comment de ma « malhonnêteté intellectuelle ». J’ouvris distraitement le livre du coryphée des insectes, convaincu que je savais ce que j’allais y lire. Dès la première phrase de l’introduction, je sursautais :

« A des milliers d’années-lumière, mais aussi entre deux brins de mousse, s’agite le mystérieux univers. »

Une phrase, c’est peu. Celle-là, cependant, je compris sur-le-champ qu’on ne pouvait l’avoir écrite sans une certaine vision des choses. Un homme qui, d’emblée, affirmait le mystère de l’univers et que ce mystère est le même entre deux brins de mousse et dans l’immensité cosmique, cet homme-là, pour sûr, appartenait à une certaine famille d’esprit, celle précisément que je cherchais.

Je feuilletai. L’auteur, en effet, avait une méthode de pensée la plus simple du monde et la plus difficile à tenir : il ne croyait qu’aux faits, aux résultats d’expérience bien avérés et prouvés, et prenait un joyeux plaisir à démolir les idées toutes faites, les évidences faciles, les constructions rassurantes, simplement en leur opposant des faits. Sa grande délectation intellectuelle était d’exposer une belle théorie, puis les nombreuses expériences qui la contredisaient. On ressentait avec lui l’inépuisable allégresse de la création. Ces insectes qu’on ne remarque pas, qui, croyons-nous, n’intéressent que « des spécimens attardés de chasseurs de papillons en voie de fossilisation dans les galeries des muséums », on en compte des millions d’espèces, et la plupart posent des problèmes sans réponse.

Je sautai à la conclusion. Il recommandait aux biologistes de garder leur curiosité intellectuelle, « effort bien difficile à partir de la cinquantaine », il se moquait des « analogies trop simples » (avec lesquelles on croit expliquer) aux allusions, aux leviers, aux plans inclinés, à la brouette dont s’inspire une certaine théorie des réflexes ». Il formulait une philosophie de la science en complète rupture avec celle des mandarins, des vulgarisateurs et des pédants : « Rien n’est certain, tout commence à peine… Il faut voir les êtres vivants tels qu’ils sont dans leur complexité qui effraie l’imagination…, se garder de philosopher à tort et à travers. » Enfin la dernière phrase du livre recommandait au sage de savoir « brûler calmement ce qu’il a adoré, dans l’espoir de mieux comprendre ».

On me faisait attendre dans cette antichambre (celle d’un éditeur). Je m’en allai en emportant le livre. Je le lus, le relus, j’écrivis à son auteur. Quelques semaines plus tard, je lui rendais visite à son laboratoire de Bures-sur-Yvette.

« Quand on fait quelque chose de neuf, on a tout le monde avec soi, sauf, à vrai dire, trois catégories de gens : ceux qui font le contraire, ceux qui ne font rien et ceux qui font la même chose. »

C’était donc il y a dix-neuf ans. Je suis heureux de dire, tant de temps après, m’étant frotté dans le monde entier à une infinité de gens, que cette rencontre-là reste l’une des plus importantes de ma vie. Pour combien d’autres aussi la rencontre de Rémy Chauvin reste l’événement de leur vie intellectuelle ! Je le sais, j’en témoigne.

Les jeunes gens qui ont, disons, moins de vingt-cinq ans en 1975 ne peuvent imaginer l’extraordinaire fraîcheur, l’extraordinaire nouveauté que dispensait la conversation d’un Chauvin dans les années cinquante. Maintenant, les idées qu’alors il exprimait, presque seul, sont devenues familières. Elles ont triomphé, on peut le dire. C’est encore plus frappant dans les pays de langue anglaise.

Voici ce que je découvris cet après-midi d’été 1956, à Bures-sur-Yvette, sur ce Chauvin qui dirigeait un grand laboratoire de l’Institut national agronomique, qui avait fait des découvertes fondamentales dans sa spécialité, qui avait de nombreux élèves, dont un certain nombre déjà renommés, qui donc était un personnage redoutablement académique.

Chauvin avait refait toutes les expériences de Rhine, le fondateur de la parapsychologie statistique, alors à peu près inconnu en France ; il en avait, non sans stupeur, découvert la validité. Il en avait remarqué les limites et avait imaginé d’autres expériences plus audacieuses et plus simples (il débordait d’idées expérimentales nouvelles). Ce qui me subjugua par-dessus tout, c’était son incroyable imagination expérimentale. Dans son bureau même (où des ruches transparentes permettaient, pendant la conversation, de suivre le travail des abeilles), il y avait une dizaine d’expériences en cours : ici, une machine à la Dubout, construite de ses mains avec des fils de fer, des allumettes et des découpages de papier, dépouillait subrepticement les abeilles butineuses de leur pollen. Là, un autre dispositif comptait et classait les diverses manœuvres des ouvrières. Ailleurs, des images de couleurs servaient à je ne sais quoi.

Cependant ce n’était que le bureau ! Tout cela se voyait à travers des plaques et des tubes transparents, parmi les classeurs et les documents impeccablement rangés.

Les expériences de parapsychologie qu’il m’expliquait frappaient tout autant par leur audace, leur nombre, leur simplicité. Et ce n’étaient pas des projets ! Toutes, il les avait faites et refaites de vingt façons différentes. En parlant, il consultait des paquets de fiches.

Je tentai de lui faire les objections de principe que je connaissais bien, car c’étaient celles dont jusque-là des savants comme lui s’étaient toujours servis pour m’éconduire, pour me décourager, pour imaginer des sarcasmes là où je leur demandais des conseils.

— Comment expliquez-vous de pareils résultats ? C’est absolument irrationnel ! disais-je.

— Vraiment ? répondait-il d’un air enchanté. Mais dites-moi un peu ce que vous entendez par rationnel.

— Rationnel ? Mais c’est ce qui est conforme aux lois de la nature, ou tout au moins ne les contredit pas.

Il se frottait les mains.

— Ah oui ? Et les lois de la nature, vous les connaissez ? Vous connaissez quelqu’un qui les connaît ? Vous me présenterez, dites ?

— Mais, insistais-je, on en connaît au moins certaines.

— Je vais vous confier un secret, le secret de la découverte scientifique. Il n’y en a qu’un, très simple : c’est de prendre une bonne loi bien établie et d’imaginer une bonne expérience bien irréfutable montrant que la loi était fausse, qu’on s’était mis le doigt dans l’œil jusque-là et qu’il faut tout recommencer. Faites cela trois ou quatre fois dans votre vie, vous serez Pasteur, Einstein, Mendel. Peut-être même qu’une fois suffira.

— Cependant, l’édifice logique de la science…

— Il est fait pour être secoué comme un cocotier pour que tout ce qui est en toc s’effondre. Ne me parlez pas de l’édifice de la science ! Quelle curieuse idée de la science est la vôtre ! Ce sont les professeurs qui ambitionnent de transformer la science en gare de Lyon ou en Grand Magasin de la Samaritaine ! Mais la science des professeurs, c’est celle des écoliers, ce n’est pas celle des savants, je veux dire des vrais : ceux qui découvrent. La science n’est pas un édifice, c’est une aventure. C’est le perpétuel remaniement. Quel bonheur de l’esprit quand on tombe sur un fait bien prouvé, bien avéré, avec une mèche au bout et qu’il suffit d’allumer pour faire s’écrouler en grand fracas une belle élucubration !

— Tout de même, ceux qui font les élucubrations, ce sont aussi des savants ?

— Oui, certes, mais je vais vous confier un deuxième secret : l’élucubration, c’est ce qu’il y a de meilleur marché dans notre Grand Magasin. Rien que pour monter une petite expérience qui marche, une toute petite, il faut essayer et rejeter plusieurs dizaines d’élucubrations. (Je me rappelai plus tard ce mot lorsque Lorenz, d’ailleurs ami de longue date de Chauvin, me dit aussi : « Chaque matin, par mesure d’hygiène, je jette par la fenêtre mes dernières trois ou quatre théories favorites. »)

J’aurais envie de consacrer tout cet article sur Chauvin à ma première rencontre avec lui. Quel choc ! Quel ballon d’oxygène ! L’imagination, la rigueur, l’humour, le rire éclatant, la générosité d’esprit et de cœur, et cette pensée toujours remuante et pétaradante, toujours avide de faits et d’idées, ne ratant jamais une occasion de ruer dans les brancards, et souvent dans les tibias ! Mais il y a quand même les vingt ans écoulés depuis, aussi en aurais-je à dire !

Ce dont je voudrais surtout témoigner c’est qu’à l’époque Chauvin était presque le seul homme de science français, et certainement aussi un des seuls au monde, à avoir déjà une pleine conscience des idées qui maintenant s’imposent comme une évidence : que l’univers est infiniment mystérieux, que rien ne se réduit à rien de façon simpliste, que la science ne fait que commencer, qu’il faut être très attentif à ce qu’on ne comprend pas, à ce que l’imagination et la logique sont impuissantes à saisir, que la pensée n’est pas le privilège de l’homme, qu’il existe des formes de pensée différentes, qu’elles sont à l’œuvre sous nos yeux dans la nature vivante ; et, inversement, qu’ils sont en plein délire scolastique ceux qui persistent dans les illusions légiférantes du XIXe siècle et vont répétant comme des somnambules qu’une physique quasi achevée explique tout et qu’il faut nier sans examen ce que cette physique, peut-être en panne, risque de ne pas expliquer.

L’influence du savant sur la pensée de son temps suit des chemins plus complexes que celle de l’écrivain, même quand le savant est aussi un écrivain, ce qui est le cas de Chauvin. Car le public qui lit les livres d’un savant ne peut que difficilement apprécier l’arrière-plan intellectuel dont ces livres sont l’expression. Il ne peut en avoir une juste idée, c’est impossible ! En ce moment, par exemple, les Surdoués connaissent un grand succès. En bibliographie, Chauvin cite une trentaine de références. Comment le lecteur devinerait-il de quel approfondissement est né ce livre écrit avec entrain dans un style familier ? Pour qu’on en juge, je citerai un autre livre de Chauvin écrit, celui-là, à l’intention de ses collègues et où par conséquent rien n’est traité par allusion. Il s’agit du Traité de biologie de l’abeille. Dans les quatre volumes de cet ouvrage, plus de huit mille travaux sont analysés, la plupart datant des dix dernières années. C’est-à-dire que ce Traité fait la synthèse des huit mille plus récentes études sur des points particuliers de la biologie de l’abeille. Cette fois, on comprend, je crois, ce qu’est le labeur d’un savant. Mais il faut ajouter que c’est là sa façon ordinaire de procéder. Aussi, quel que soit le succès des Surdoués, la trace laissée par Chauvin sur cette question ne sera pas seulement celle de son livre. En ce moment, comme depuis vingt ans, il forme une génération d’élèves que je connais, qui, sous l’impulsion de leur patron, cultivent les mêmes vertus intellectuelles et qui demain essaimeront dans les laboratoires et les universités.

Le quinquagénaire que je suis se prend souvent à penser à part soi que, décidément, on est peut-être moins idiot maintenant que dans sa jeunesse. A qui doit-on d’avoir ce que j’appellerai une métaphysique plus généreuse, de pouvoir, par exemple (ce n’est pas un exemple intéressé), trouver des dizaines de milliers de lecteurs pour une revue comme celle-ci, exploit inconcevable il y a trente ans ? D’abord à ceux qui font les révolutions invisibles, qui les font à la base en commençant par leur propre esprit, puis la poursuivent dans l’esprit d’autres, qui sont appelés à former encore d’autres esprits. Cela s’entend moins que le vain bourrage de crâne des mass media. Mais laissez passer le temps et, un jour, on s’étonnera de vivre dans un monde différent. Chauvin est du tout petit nombre qui a changé l’atmosphère intellectuelle de la France au cours de ces trente dernières années.

Aimé Michel

MA BIOGRAPHIE PAR RÉMY CHAUVIN

Né à Toulon, le 10 octobre 1913, de parents mayennais. Produit de Sorbonne, quand il y en avait une ; licence en cette institution, puis doctorat ès sciences naturelles en 1941, à l’âge de vingt-sept ans.

Fait la guerre, sans conviction, dans le service de santé ; est fait prisonnier, s’évade trois fois.

D’abord maître de recherches au C.N.R.S., puis directeur à l’Institut national de la recherche agronomique de la station de recherches apicoles de Bures-sur-Yvette. Y reste quatorze ans, puis donne sa démission au directeur général qui commence à l’embêter. Professeur de psychophysiologie à la faculté des sciences de Strasbourg, de 1963 1968. Professeur de psychophysiologie à l’université de Nanterre en 1969, puis professeur de sociologie animale à la Sorbonne (univ. René-Descartes) à partir de 1970. A horreur de tous les sports, à part la marche et le yoga, Parmi les arts, ne comprend goutte à la musique, mais goûte fort la peinture, la poésie, et la taquinerie (qu’on peut élever au rang des beaux-arts). Connaît mal deux langues, l’anglais et l’allemand, mais peut jurer en sept langues. Est au bout de peu de temps en opposition violente avec son milieu quel qu’il soit. Se trouve très bien sur la terre, trouve la vie belle, n’a pas eu plus que sa part de malheur et compte bien survivre le plus longtemps possible pour empoisonner tout le monde.

LES OUVRAGES DE RÉMY CHAUVIN

Ouvrages scientifiques de vulgarisation

Vie et mœurs des insectes (Payot, 1956, 223 p.), trad. en russe et polonais.

Le comportement social des animaux (P.U.F., 1961, 168 p.), trad. en italien, espagnol et iranien.

Les sociétés animales (Pion, 1962, 300 p.), trad. en russe, anglais, allemand, espagnol ; publié en livre de poche en Angleterre.

Le peuple des insectes (Hachette, 1967, 254 p.), trad. en russe, anglais, allemand, espagnol, italien, norvégien, hollandais et japonais.

Le monde des fourmis (Plon, 1969, 285 p.), trad. en anglais et en russe.

L’Éthologie, étude biologique du comportement (P.U.F., 1975, 170 p.).

Les abeilles et moi, éd. Hachette, 1976

Le monde animal et ses comportements complexes (+ Bernadette Chauvin), éd. Plon, 1977

Des fourmis et des hommes, éd. France-Empire, 1979

Des savants, pour quoi faire ?, éd. Payot, 1981

Le modèle animal (+ Bernadette Chauvin), éd. Hachette, 1982

Les sociétés animales, éd. PUF, 1982 ; rééd. Quadrige/PUF, 1999

Sociétés animales et sociétés humaines, 1984, PUF, coll. « Que sais-je ? » n° 696 (note : QSJ avec même titre et même numéro, par Paul Chauchard)

La biologie de l’esprit, éd. du Rocher, 1985

La ruche et l’homme, éd. Calmann-Lévy, 1987

Dieu des fourmis, dieu des étoiles, éd. Le Pré aux Clercs, 1988

La direction de la vie et la genèse de la pensée, éd. François-Xavier de Guibert, 1989, rééd. L’O.E.I.L. 1998

Des animaux et des hommes, éd. Seghers, 1989

L’instinct animal, éd. Contrastes/L’esprit du temps, 1990 (première partie de Charles Darwin, 1884)

Une étrange passion, une vie pour les insectes, éd. Le Pré aux Clercs, 1990

Le monde des fourmis, éd. du Rocher, 1994

Le monde des oiseaux, éd. du Rocher 1996

Le darwinisme ou la fin d’un mythe, coll. « L’Esprit et la Matière », éd. du Rocher, 1997

L’énigme des abeilles, éd. du Rocher, 1999

L’homme, le singe et l’oiseau, éd. Odile Jacob, 2000

Le bal des abeilles, tome 1, éd. du Goral, 2001 (bande dessinée, scénario RC, dessins de Patrice Serres

Le bal des abeilles, tome 2 « Le parfum des fleurs de café », éd. du Goral, 2002

Sujets divers

Dieu des savants, étude de philosophie religieuse (Mame 1958, 277 p.) trad. en espagnol et polonais.

Nos pouvoirs inconnus (sous le pseudonyme de Pierre Duval) (édit. Planète, 1961, 254 p.), trad. en espagnol.

La science devant l’étrange (édit. C.A.L., 1973, 254 p.).

Les surdoués (Stock, 1975, 216 p.).

Du fond du cœur, éd. Retz, 1976

Certaines choses que je ne m’explique pas, éd. CELT, 1976 ; rééd. Famot, 1982 (édition revue et corrigée de « La science devant l’étrange »)

Les défis de la guerre future, éd. France-Empire, 1978

Le synode des fidèles, éd. Vernoy, 1979

Les secrets des portulans (les cartes de l’inconnu), éd. France-Empire, 1980

La parapsychologie. Quand l’irrationnel rejoint la science, éd. Hachette, 1980

Complot dans notre église, éd. du Rocher, 1981 (idem «  Le Synode des fidèles  », moins l’introduction, avec en plus une postface et une conclusion)

Voyage outre-terre, éd. du Rocher, 1983

Les veilleurs du temps, éd. du Rocher, 1984

La fonction psy, éd. Robert Laffont, 1991

Les conquérants aveugles, la science nous menace-t-elle ?, éd. Robert Laffont, 1992

Le nouveau golem, éd. du Rocher, 1993

En direct de l’au-delà (en collaboration avec le Père François Brune), éd. Robert Laffont, 1993

L’avenir de dieu, propos d’un homme de science, éd. du Rocher, 1995

A l’écoute de l’au-delà (+ père F. Brune), éd. Lebeaud, 1999 (remise en forme de «  En direct de l’au-delà  »)

Le diable dans le bénitier, éd. du Rocher, 1999

Le paranormal au troisième millénaire, éd. J.M. Laffont – LPM, 2001

Le retour des magiciens, le cri d’alarme d’un scientifique, éd. JMG, 2002

Ouvrages scientifiques de spécialisation

Traité de physiologie des insectes (édit. I.N.R.A., 2e édit., 907 p., 1956).

Traité de biologie de l’abeille (édit. Masson, 5 tomes. 2 100 p., 1968).

Précis de psychophysiologie, t. Il : le comportement (édit. Masson, 418 p., 1968).

Précis de psychophysiologie, éd. Masson, 1997

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RÉMY CHAUVIN : « LES SURDOUÉS » Ed. Stock

Les lecteurs de Question de se souviennent probablement d’une bouleversante nouvelle de science-fiction : « Des fleurs pour Algernon ». L’auteur, Daniel Keyes, nous conte l’histoire d’un simple d’esprit utilisé comme cobaye pour expérimenter un produit destiné à accroître les facultés intellectuelles. La cure se révèle positive et l’idiot acquiert en peu de temps un niveau intellectuel, une lucidité aussi, dépassant de loin le niveau des savants oui l’ont ainsi transformé.

C’est ainsi que — le premier — il découvre que les effets du traitement miracle qu’il a subi seront fugitifs et qu’il est condamné à redevenir la brute inconsciente qu’il était. Et nous assistons, nous vivons le déclin progressif du héros, prévoyant, souffrant cette lente déchéance, plongeant dans la grisaille de l’homme quelconque et enfin atteignant — à ce dernier stade, en toute inconscience — l’ultime degré de la bestialité. Et si la réalité dépassait la fiction, si nous étions entourés de génies inconnus et si la plupart d’entre eux régressaient clandestinement — mais lucidement — au niveau de l’homme quelconque ?

C’est pourtant ce que nous révèle — entre autres — le remarquable ouvrage de Rémy Chauvin, les Surdoués.

Il est vrai qu’un certain nombre de ceux-ci : les surdoués intelligents, les brillants sujets, les « grosses têtes », parviennent assez souvent à des situations enviables. Mais une autre catégorie parmi ces surdoués, la plus précieuse : les créatifs, sont généralement méconnus et le plus souvent étouffés, brimés par l’environnement pédagogique et subissent alors le destin du héros de « Des fleurs pour Algernon ».

Or ces créatifs, assez souvent mauvais élèves, considérés comme des fantaisistes, sont les véritables novateurs qui changent le monde, tels Évariste Galois, Einstein, Norbert Wiener…

Rémy Chauvin, dans les premières pages de son ouvrage, nous montre, à travers des exemples variés, ce que sont, ce que deviennent ces « phénomènes de l’esprit ».

Puis, s’appuyant sur des travaux essentiellement américains, il nous décrit les trois types de surdoués : les doués, les créatifs, les superdoués, et étudie les cas de précocité musicale, linguistique, picturale. Le biologiste qu’est l’auteur est ensuite amené à évoquer la querelle des influences de l’hérédité ou du milieu sur l’éclosion de ces surdoués. Et le dernier chapitre, qui se veut directement utile, nous explique comment les parents, les éducateurs, les psychologues devraient se comporter afin que la fragile potentialité de ces enfants ne soit pas étouffée par des environnements familiaux et pédagogiques sinon hostiles, du moins indifférents.

L’un des autres mérites de l’ouvrage de Rémy Chauvin est de nous inciter à renverser les valeurs de la psychologie en usage dans le monde occidental ; à cesser de nous concentrer sur le « bas », pour enfin scruter le « haut ».

Se concentrer sur le « bas » c’est donner la priorité à l’étude des comportements des arriérés, des psychopathes, des aphasiques, des névrosés, c’est pour ces derniers tout expliquer par les pulsions génitales, bref, subordonner le fonctionnement du cerveau à celui du bas-ventre. Bien entendu, des travaux sur les aphasiques ou les dyslexiques ne sont pas dénués d’intérêt ; mais on peut se demander si la même somme d’efforts des psychologues du monde entier était appliquée aux lecteurs ou aux mémorisateurs prodiges; on peut se demander si cette somme ne se révélerait pas autrement plus féconde.

Bien entendu, il existe des obsédés sexuels, ou plus simplement des complexes d’origine sexuelle, mais comme nous paraissent plus extraordinaires les performances de certains mystiques ! Alors, pourquoi si peu d’études de leur cas ?

Je ne sais quel spectacle est le plus poignant de celui d’un enfant autistique, indifférent au monde extérieur, ou celui d’un enfant surdoué qui insensiblement perd tous ses dons. Mais Rémy Chauvin nous montre qu’il serait plus facile de sauver le second que de guérir le premier. Et certainement aussi plus important pour l’avenir de l’humanité.

François RICHAUDEAU