Robert Linssen : Vieillissement biologique et régénération spirituelle


11 Dec 2008

(Revue Être Libre, Numéro 291, Avril-Juin 1982)

La longévité souvent exceptionnelle que l’on constate parmi la plupart des êtres humains profondément engagés dans la recherche spirituelle ne résulte peut-être pas de simples coïncidences ni du hasard.

Nous avons connu personnellement Alexandra David-Neel, la célèbre exploratrice du Tibet, auteur d’ouvrages remarquables sur le Bouddhisme.

Elle mourut au seuil de sa 102ème année. Le maitre D.T. Suzuki, auteur d’ouvrages importants sur le Bouddhisme, sur le Zen décéda vers 92 ans et le penseur indien Krishnamurti est plus actif que jamais au seuil de sa 88ème année. Wei Wu Wei, l’un des plus remarquables écrivains sur le Ch’an et le Taoïsme a le même âge. Sam Tchen Kham Pâ, l’un de nos instructeurs tibétains est âgé de 105 ans et l’un des maîtres les plus profonds du Ch’an, le Sage Hsu-Yun mourut en Chine à l’âge de 129 ans, au début du XXème siècle.

Les recherches récentes effectuées dans le domaine des transformations biochimiques présidant au vieillissement et les découvertes qui viennent d’être faites sur le rôle du cerveau, la nature et la mémoire holographique du cerveau, la mise en évidence du rôle fondamental des neuro-hormones sécrétées par l’hypophyse, télécommandée par l’hypothalamus permettent de donner une orientation du plus haut intérêt aux problèmes et aux solutions apportées au vieillissement cellulaire.

Mais le fait le plus inattendu et le plus bouleversant ne résulte pas seulement des découvertes intéressantes réalisées chaque jour dans le domaine de la biochimie.

C’est de la physique que vient très paradoxalement le renversement total des valeurs traditionnelles dont les prolongements bouleversent de fond en comble l’approche de tous les phénomènes étudiés au niveau de la biologie cellulaire.

Car il est bon qu’on le sache et qu’on le répète une fois pour toutes :

C’est dans la physique que s’est effectuée la plus grande révolution du XXème siècle, ainsi que le déclare et le démontre Gary Zukav dans la « Danse des éléments », cet ouvrage fondamental révisé et annoté par une douzaine des physiciens les plus éminents du monde actuel.

En bref, non seulement la physique, science de la matière, dématérialise le monde matériel et nous tait entrevoir, au-delà de l’apparence immobile et figée de la matière solide, tout un monde intensément vivant, bouillonnant d’ondes et de lumière. Mais il y a plus; beaucoup plus :

La majorité des physiciens de pointe, tels David Bohm. Fr. Capra, Sarfatti, Finkelstein, E. Wigner, etc., nous enseigne que l’essence ultime de la matière ou « champ supra-gravitationnel » est un champ de conscience universel.

Est-il nécessaire de rappeler encore que cette façon de voir correspond entièrement à celle des mystiques les plus profonds de tous les temps et spécialement de la spiritualité orientale (Bouddhisme, Taoïsme, Advaïta, Védanta, Ch’an, Zen originel).

Pour la plupart des spiritualités orientales, l’essence profonde de l’univers matériel, en dépit de ses apparences multiples, est une UNITE désignée par le terme sanscrit Sat-Chit-tapas-Ananda, c’est-à-dire l’Etre, la conscience suprême, la félicité existentielle.

Mais il y a beaucoup plus encore. Cette pure essence des profondeurs est non seulement la base unique du monde matériel qui nous est familier mais elle occupe par rapport aux apparences que nous voyons, une place de priorité fondamentale. En bref comme le disent David Bohm, F. Capra l’ensemble des apparences surfacielles auxquelles nous nous sommes identifiés de façon excessive n’est que l’ombre de cette Réalité de base.

L’univers doit être envisagé comme une unité organique d’un seul vivant.

Et ce n’est pas tout. Les progrès récents de la physique nous montrent que ce que nous avions pris pour la réalité tangible, solide, substantielle parmi les apparences familières que nous côtoyons tous les jours n’est pas aussi réel ni substantiel que nous l’avions pensé. Les perceptions sensorielles, très utiles pour nous débrouiller au cours des circonstances de la vie quotidienne ne nous livrent rien au sujet de la nature réelle du monde matériel, ni de nous-mêmes.

En résumé, la plus haute intensité et la plus grande concentration d’énergie se situe dans le niveau de la pure essence de la matière et dans ce que nous avons considéré comme vague, irréel, non substantiel.

C’est ici que se situe exactement l’origine de la grande révolution de nos conceptions sur le rôle exact et la nature de la pensée, de la conscience.

Les occidentaux ont toujours considéré que la pensée et les phénomènes de la conscience ne sont que des sécrétions du cerveau ou des « épiphénomènes » de notre structure cérébrale.

Nous nous trouvons, en cette fin du XXème siècle, à un carrefour historique. Pour la première fois, des savants de réputation mondiale opposent un NON radical à l’affirmation aux termes de laquelle il était dit que conscience et pensée ne sont que des épiphénomènes de la matière résultant uniquement de la complexité de notre architecture cellulaire.

La position des physiciens de pointe est radicale. L’essence ultime et réelle de l’univers matériel est un champ de conscience cosmique (David Bohm et tous les physiciens).

Les apparences de solidité, d’immobilité, de dureté de l’univers matériel sont construites par le cerveau humain. Il n’y a qu’ondes et interférences d’ondes qui sont décodées par le cerveau. Celui-ci est un hologramme décodant un univers holographique (K. Pribram et D. Bohm).

La grande révolution dans les idées que nous avions sur le rôle du cerveau, sur le rôle de la pensée, sur la nature de la conscience, sur les mécanismes qui président à la sécrétion des hormones responsables de la vie, du vieillissement et de la mort peut être exposée de façon schématique et caricaturale de la façon suivante. Il va de soi qu’il s’agit d’une simplification extrême parce que les processus biologiques et biochimiques illustrant le fonctionnement de l’horloge cérébrale et celui des horloges cellulaires individuelles et des hormones se révèle infiniment complexe alors que l’on commence seulement à lever un coin du voile masquant à nos yeux le merveilleux mystère des neuro-hormones.

Le renversement complet des valeurs résultant de la grande révolution de la nouvelle physique nous oblige à reconnaître que dans l’étude de tous les phénomènes, à tous les niveaux et dans la plupart des disciplines scientifiques les êtres humains n’ont jamais pensé à mettre en doute le caractère fragmentaire et partiellement illusoire du monde matériel et de tous les phénomènes qui s’y produisent.

De ce fait, c’est en quelque sorte de la périphérie, très partielle d’une Réalité globale beaucoup plus importante et substantielle que tous les phénomènes ont été étudiés alors qu’il y a nécessité absolue de les examiner du centre.

Dès lors, les différents niveaux de l’énergie sont situés à la juste place qu’ils occupent, les problèmes insolubles se révèlent être des pseudo-problèmes résultant d’un manque de perception adéquate.

Ainsi que l’exprime Wolfgang Pauli, Prix Nobel : « A partir de quelque centre intérieur, le psychisme semble se mouvoir vers l’extérieur, au sens d’une extraversion, jusqu’à pénétrer dans le monde physique. » (1)

Ainsi que l’écrit G. Zukav : (2) p. 50
« Nous sommes une partie de la nature, et lorsque nous étudions la Nature, il n’est pas de façon d’éluder le fait que ce faisant, la Nature se prend elle-même pour sujet d’étude… La physique est devenue une branche de la psychologie… elle est bien l’étude de la structure de la conscience ».

Pour comprendre le sens que Zukav donne à ces lignes il faut bien se pénétrer l’esprit d’un fait essentiel : Zukav réalise un état de perception globale immédiate émanant du centre, du « dedans des choses » et non de la périphérie.

Toute son œuvre et son approche des problèmes le prouve clairement.

Voyons maintenant la façon dont se produit l’enchaînement naturel des phénomènes lorsque nous nous situons au centre suprêmement substantiel et non au niveau des apparences de la périphérie résultant uniquement d’interférences d’ondes décodées par le cerveau.

Lorsque celui-ci se trouve entièrement pris au piège des seules apparences de la périphérie il tend à en subir les lois et les processus. Ces lois et processus sont ceux où domine l’inertie, la répétition, l’habitude, la stricte mécanicité, l’identification.

Nous nous trouvons ici en présence d’un cercle vicieux dont il n’est pas aisé de sortir. Il est responsable de notre exil.

En effet, la fonction créant l’organe, il apparaît évident que toute fonction, toute approche, tout sens des valeurs qui s’inspirent de la périphérie et du domaine des apparences surfacielles renforceront les organes servant d’expression aux mouvements et aux valeurs de la périphérie. Ceci entraîne un développement unilatéral du cerveau gauche particulièrement disposé à s’identifier aux apparences extérieures et surfacielles, aux comparaisons, aux classements, aux parties.

C’est là le domaine très limité où règnent en maîtres les processus mécaniques de la mémoire et de l’analyse par références au passé.

Ce n’est certainement pas de cette façon qu’un processus de création ou de régénération pourrait apparaître. Il semble au contraire que dans un tel climat de mécanicité et d’identification totale aux valeurs surfacielles nous nous trouvons en présence d’un facteur de vieillissement psychologique évident.

Celui-ci ne restera pas sans effet sur le comportement du cerveau et sur celui des neuro-hormones présidant aux processus de vieillissement, de ralentissement des échanges préludant à la mort des cellules et de l’individu.

En revanche, il apparait évident que des processus différents et même opposés pourront se produire si l’être humain se libère de l’emprise qu’exercent sur lui les apparences extérieures et surfacielles des choses.

Dès ce moment ses approches des circonstances et ses motivations profondes ainsi que son sens des valeurs n’émanent plus de la périphérie mais du centre.

En fait, il obéit à la Nature suprême des choses que les « Eveillés » de la haute mystique et maintenant, les plus grands physiciens présentent comme un champ de conscience cosmique animé d’une constante pulsation créatrice bien qu’aucune image de ce genre et surtout aucun mot ne soient capables d’en évoquer la plénitude.

Le « centre » ou « champ de conscience cosmique » ou encore, ce que David Bohm appelle « l’ordre impliqué » est en fait le seul moteur de l’univers. Cependant ce « moteur » n’a rien d’une chose ou d’un objet semblables aux « moteurs » qui nous sont familiers. Il n’est que mouvement de création pure, inconditionné, intemporel, a-causal, intemporel.

En fait, il s’agit du seul SUJET ou du seul Acteur. La perception globale de ce niveau unitaire dépend en grande partie du cerveau droit.

Dans la mesure, où nous prenons conscience des obstacles, des conditionnements résultant de notre identification aux apparences surfacielles de la « périphérie », nous tendons à nous soustraire à leurs influences néfastes. Il en résulte un certain silence intérieur. Celui-ci se produit souvent après une rupture de nos habitudes mentales et autres.

L’être humain peut accéder à un état d’attention vigilante, dégagée des automatismes de la mémoire, de ses choix, de ses répulsions, de ses préférences. Il est alors « présent au présent ».

Il s’agit d’un état de perception globale immédiate dans lequel règnent l’ordre, la clarté, l’intelligence véritable et l’Amour.

Cette acuité naturelle de perception globale, cette vigilance et cet amour forment les bases essentielles de l’enseignement de Krishnamurti et des « Voies abruptes » de la spiritualité orientale.

Dans cette optique, actuellement partagée par des savants éminents dont une majorité de physiciens, l’être humain se rend directement disponible aux richesses du champ de conscience cosmique et c’est cette Réalité ultime elle-même qui opère en lui.

Telles sont d’ailleurs les conclusions, clairement énoncées du physicien David Bohm dans son ouvrage « Wholeness and the implicate order » où il déclare que la perception globale et non fragmentaire est « l’action de l’immesurable lui-même » (le champ de conscience cosmique).

Il est facile d’admettre qu’une réalité aussi suprêmement substantielle agissant sur le cerveau et le système nerveux et hormonal de l’être humain, détermine des transformations cellulaires importantes.

Ainsi que l’exprimaient David Bohm et K. Pribram lors d’une émission récente à France Culture :
« Les structures se déplient physiquement et mentalement à partir d’une base ou matrice commune dans laquelle il n’existe aucune séparation. La perception est une réponse à une certaine structure d’activité du système nerveux qui, en retour, répond lui-même au monde extérieur. Selon notre expérience, la structure du cerveau peut changer considérablement. Le cerveau peut être transformé par la manière dont nous nous en servons. Comment apprendre à s’en servir correctement pour pénétrer plus profondément dans cet « ordre impliqué » ? C’est là la seule question dont le sort de l’humanité toute entière dépend ».

Le physicien Fr. Capra développe exactement le même point de vue dans son récent ouvrage « The turning point ». Il nous montre l’erreur du mode de perception de la plupart des sciences classiques, réductionnistes, s’identifiant à l’aspect extérieur et surfaciel des choses. Cette identification à ce que nous appelons la périphérie engendre irrévocablement un sens des valeurs renforçant l’égoïsme, la violence par le refus de voir l’unité et l’interdépendance totale des êtres et des choses.

Nous sommes à un tournant important.

Pour la première fois, déclare David Bohm des découvertes de physique quantique, de biologie, de psychologie mettent en évidence un ordre et une réalité offrant un parallélisme avec un ordre spirituel.

Parmi les grandes révolutions de la pensée scientifique du XXème siècle il faut signaler que l’on tend d’admettre ce qui suit :

1. Il existe une Réalité inconditionnée, essence ultime de la matière que l’on peut considérer comme  un champ de conscience cosmique.
2. Cette Réalité occupe une place de priorité par rapport aux apparences surfacielles du monde qui nous est familier.
3. Cette Réalité est suprêmement substantielle. Elle est la plus grande concentration et l’origine de toutes les énergies.
4. L’être humain a la possibilité, par une méditation adéquate et un certain silence intérieur, de laisser opérer directement cette Réalité en lui.
5. Ce processus peut être considéré comme une mutation psychologique et spirituelle entraînant une mutation au niveau des cellules nobles du cerveau.
6. Cette mutation constitue un exemple de résistance au processus généralement irréversible du vieillissement cellulaire dans la mesure où l’être humain n’agit plus en fonction des apparences de la « périphérie » et de l’ego mais du centre ou état sans ego.

Les points 1, 2 et 3 sont illustrés par le résumé de deux cours de physique donnés par David Bohm à Berkeley en 1977 et cités par G. Zukav (p. 320) :
« La perception ultime ne s’origine pas dans le cerveau ou dans aucune structure matérielle, bien qu’une structure matérielle soit la condition de sa manifestation. Le mécanisme subtil de la connaissance de la vérité ne s’origine pas dans le cerveau. »

David Bohm considère par ailleurs l’existence de grandes similitudes entre la matière et la pensée. Toute matière, y compris celle qui nous constitue est définie par de l’information. L’information est ce qui détermine le temps et l’espace.

Les conséquences de cette façon de voir sont très importantes.

Si la matière et la pensée ne sont en fait que de l’information, — et elles le sont — elles ne sont que résultat du passé et mémoires.

N’étant que mémoires, la matière et la pensée sont résiduelles, c’est-à-dire résidus ou déchets de processus du passé et du grand jeu cosmique.

Nous pensons ici à l’optique de Bergson qui comparait la Réalité Aune fusée en perpétuel état de jaillissement dont les débris éteints forment la matérialité de l’univers.

En conséquence de ce qui vient d’être exposé, il existe un mouvement d’irréversible dégradation entre le niveau du centre qui est pulsation créatrice constante et celui de la périphérie qui n’est que déchets. Matière et pensée sont donc résiduelles par rapport au processus le plus authentiquement agissant qui se trouve au centre. Ceci met en évidence le caractère de priorité du centre c’est-à-dire du champ de conscience cosmique par rapport à la matière ainsi que par rapport à la pensée exagérément valorisée par l’Occident.

Concernant les points numéros 4 et 5 nous reproduisons ici un fragment d’une causerie du plus haut intérêt donnée par Krishnamurti à Bombay en Inde le 6 février 1971. L’entretien avait pour objet le rôle des cellules cérébrales dans la mutation spirituelle. (en Anglais « the brain-cells and mutation »).

« Les expériences, la connaissance et les mémoires sont stockées dans les cellules cérébrales. Ceci est un fait biologique. Le cerveau est le résultat du temps. Maintenant, à un certain moment l’être humain arrête ce mouvement. Un mouvement totalement différent prend place, ce qui signifie que les cellules du cerveau subissent elles-mêmes une mutation. » (p. 130 édition originale anglaise publiée en Inde par Orient Longman Limited à New-Delhi 1972).

Concernant le point 6 diverses découvertes importantes viennent d’être faites dans le domaine des hormones présidant tant à la régénération cellulaire qu’au vieillissement.

Une enquête récente réalisée par l’équipe « 2002 Odyssée du Futur » de France Culture auprès de nombreux scientifiques révèle l’existence d’une sorte d’horloge biologique déterminant le temps de la vie et préparant celui de la mort. Les spécialistes de la biochimie du Cerveau ont découvert l’existence de neuro-hormones sécrétées par la glande pituitaire ou hypophyse. Celle-ci recevrait des ordres de l’hypothalamus.

Au cours d’un prochain article nous nous proposons d’examiner plus en détail le rôle et la nature des principales hormones récemment découvertes. Nous avons tenu à présenter avant de procéder à cet exposé, la nouvelle optique et le sens des valeurs inspirés au centre.

Depuis bien longtemps les enseignements traditionnels des yogas et de divers centres d’entraînement spirituel évoquent l’importance du rôle de la glande pituitaire dans les phénomènes d’ordre psychique qui font actuellement l’objet d’études par la parapsychologie (également désignée par le terme de psychotronique).

Il s’agit en fait de l’hypophyse. Celle-ci est formée par une petite colonne de fibres grises ne pesant qu’une quarantaine de grammes. Elle se compose de deux lobes remplissant des fonctions très différentes ?

Le lobe postérieur supervise le métabolisme de l’eau, du sucre, la croissance des tissus, la régulation de la pression sanguine.

Des découvertes récentes ont mis en évidence l’importance du lobe antérieur. Celui-ci élabore diverses hormones remplissant un rôle fondamental dans les processus de croissance cellulaire.

L’hypophyse fabrique également une série d’hormones nommées stimulines. Celles-ci sont sécrétées dans le sang et stimulent les sécrétions des autres glandes endocrines, telles les surrénales et la thyroïde.

Une étude minutieuse de ces processus vient de révéler que l’origine première de toutes les activités hormonales de l’hypophyse se situe dans l’hypothalamus.
Celui-ci fabrique des « neuro-hormones » à partir de ses neurones.

Cette découverte bouleverse les anciennes conceptions de la biologie des cellules qui n’entrevoyaient pas la possibilité d’une sécrétation hormonale par les neurones.

Le fait est important. Nous savons en effet que le système nerveux constitue les neuf dixièmes du psychisme. Il est aussi le seul intermédiaire entre l’ensemble des énergies psychosomatiques et le niveau spirituel.

Nous savons maintenant grâce à des découvertes récentes que des hormones émanant de l’hypothalamus et de l’hypophyse décrètent par leur fonction à certains moments de la vie des êtres humains leur croissance, leur développement ou le ralentissement de l’horloge cellulaire entraînant la mort.

N’est-ce pas ici le moment de nous rappeler une fois de plus non seulement que l’essence de la matière et par conséquent celle de nos neurones, de notre hypophyse et de notre hypothalamus est un champ de conscience éminemment substantiel. Un nombre grandissant de savants dont des physiciens de réputation mondiale mettent en évidence le caractère de priorité de cette pure essence.

N’est-il pas naturel d’admettre que les êtres humains qui se rendent disponibles à ces richesses et les laissent opérer en eux, introduisent une certaine résistance aux processus normaux de vieillissement parce qu’ils s’accomplissent plus adéquatement aux lois de la Nature. Encore faut-il préciser que ce processus ne peut être le résultat d’une recherche de continuité faite de propos délibéré. Il n’est qu’une conséquence involontaire étant donné que dans cette optique l’identification avec un « ego » se trouve à priori éliminée.

Le but de cet article est moins de commenter les processus du vieillissement que de mettre en évidence la possibilité de mutation spirituelle, psychologique et cellulaire que possède chaque être humain.

Il semble évident que l’espèce humaine soit au seuil d’une nouvelle phase de l’évolution qui se manifeste par des transformations dans les structures et les fonctions du cerveau.

Le bien fondé de cette hypothèse se confirme lorsque l’on considère l’ensemble des travaux du Prix Nobel Ilya Prigogine auxquels nous avons fait fréquemment allusion.

Ilya Prigogine nous montre en effet que l’univers n’est pas un monde fermé mais ouvert. Les processus de la nature ne sont pas ceux d’une mécanique aux rouages rigides et toujours identiques.

Au contraire. La théorie des structures dissipatives de Prigogine nous montre les processus d’un univers ouvert dans lequel la Nature manifeste une capacité de création constante.

Les processus de la Nature sont irréversibles et débouchent sur des règnes et des espèces constituant des innovations souvent imprévisibles.

Le travail de la Nature et la différentielle d’évolution depuis un million d’années se situe principalement au niveau du cerveau.

La capacité crânienne des ancêtres de l’espèce humaine et celle notamment de l’australopithécus était de 482 cm3 il y a un million et demi d’années. Celle de l’Homo Erectus de Pékin atteignait environ 1.000 cm3, celle de Saco pastore arrive à 1.200 cm3 il y a environ 60.000 ans. Actuellement cette capacité atteint environ 1.350 cm3 pour l’homme.

Mais c’est surtout au niveau de la maturité psychologique et spirituelle que se situe la différentielle d’évolution de l’espèce humaine.

Au seuil du troisième millénaire, l’espèce humaine se trouve à l’aube d’un nouveau règne au cours duquel la plénitude du champ de conscience universel pourrait trouver dans un cerveau transformé l’instrument parfait permettant une expression complète de ses richesses insoupçonnées.

R. LINSSEN – juin 1982

(1) et (2) G. Zukav : « La Danse des éléments ». éd. R. Laffont – 1982.