Observer le pari de Pascal en temps réel – et se demander ce que croire signifie réellement

Image : Scott Adams, distractify.com
Le cœur a ses raisons que la raison ne connaît pas.
— Blaise Pascal
Le feu de Pascal et les limites de la raison
Blaise Pascal fut l’une de ces rares figures qui furent simultanément un mathématicien, un physicien, un philosophe, un théologien et un styliste littéraire de classe mondiale. Il était un enfant prodige dont les premiers travaux en mathématiques étaient si avancés que Descartes aurait douté qu’ils puissent venir d’un garçon de seize ans. À 19 ans, il inventa la Pascaline, une calculatrice mécanique conçue pour aider son père dans ses calculs fiscaux, et il défia même la physique d’Aristote par des expériences sur la pression atmosphérique, prouvant que l’air a un poids et qu’un vide peut exister.
Dans la nuit du 23 novembre 1654, entre 22 h 30 et 00 h 30, Pascal vécut une rencontre bouleversante qu’il décrivit plus tard dans un court texte extatique désormais appelé le « Mémorial ». Il écrivit :
Feu.
Dieu d’Abraham, Dieu d’Isaac, Dieu de Jacob,
non des philosophes et des savants.
Certitude. Certitude. Sentiment. Joie. Paix.
Pascal cousit le parchemin dans la doublure de son manteau, et, après sa mort, ses serviteurs le retrouvèrent cousu dans chacun de ses manteaux — soigneusement transféré à chaque fois. Mais ce pour quoi il est le plus connu est son célèbre pari théologique, désormais appelé le pari de Pascal. En résumé, voici comment il fonctionne.
Le pari, la croyance et la question de la sincérité
Étape 1 : la raison seule ne peut trancher la question de l’existence de Dieu. Il estimait que le pari n’entre en jeu qu’après que la raison a été épuisée.
Étape 2 : risque contre récompense. Selon lui, il y aura une récompense infinie (vivre dans la félicité pour l’éternité) pour celui qui croit, contre la perte de choses seulement finies — habitudes, plaisirs, temps — si cela se révèle faux. En revanche, si Dieu existe et que l’on ne croit pas, il n’y a rien à gagner par l’incroyance et potentiellement tout à perdre — que cela soit compris comme l’Enfer ou comme une séparation permanente d’avec le Bien infini.
Comme vous pouvez le voir, la croyance porte ici un poids considérable.
Cela nous amène à la mort récente de Scott Adams, dessinateur de Dilbert et commentateur politique. Diagnostiqué d’un cancer de la prostate qui finit par se métastaser, Adams partagea la nouvelle avec son public en mai dernier avec une remarquable prestance. À mesure que la maladie progressait, il fit savoir qu’il avait peu de chances de voir février. Quelques jours avant sa mort, il invoqua explicitement le pari de Pascal en annonçant son intention de devenir chrétien. Voici ce qu’il déclara :
Vous allez entendre pour la première fois aujourd’hui que c’est mon intention de me convertir. Je n’ai pas été croyant. Je suis désormais convaincu que le rapport risque-récompense est parfaitement intelligent. S’il s’avère qu’il n’y a rien, je n’aurai rien perdu… S’il s’avère qu’il y a quelque chose, et que le modèle chrétien s’en approche le plus, alors je gagne.
La croyance au bord de la mort

Image : Blaise Pascal, meteorologiaenred.com
Qu’il me soit loin de remettre en question les processus de pensée d’un homme mourant (surtout d’un homme qui a affronté cela avec tant de bravoure, de dignité et même d’humour), mais quelque chose dans cette manière de formuler les choses m’a paru philosophiquement incomplet plutôt qu’insincère. Cela soulève toutes sortes de questions : comment évaluer le degré de sincérité de quelqu’un dans un tel cas ? Quelle quantité est requise ? Que signifie même « croire » ?
La croyance elle-même a-t-elle la capacité de créer un lien éternel avec l’Éternel, et si oui, pourquoi ? Qu’en est-il des enfants qui meurent avant d’avoir développé une quelconque forme de croyance ? Qu’en est-il des personnes issues de cultures qui n’ont pas de concept de Dieu ou en ont un très différent ? Ne semblerait-il pas quelque peu injuste de la part de Dieu de pénaliser des personnes pour ces obstacles ?
Pascal était attiré par le jansénisme, un mouvement qui mettait l’accent sur la limitation humaine, la grâce et la sincérité intérieure plutôt que sur la religiosité extérieure. La sincérité semble être la clé de tout cela — mais la sincérité envers quoi ? Les convictions d’une tradition particulière, ou la sincérité plus fondamentale de vouloir être bon et faire le bien ?
L’un des aspects les plus intéressants rapportés dans les expériences de mort imminente — y compris celles décrites par des athées — est la récurrence d’images lumineuses (semblables à Dieu) ou transcendantes. Si ce phénomène est réel, il semblerait suggérer qu’aucune croyance préalable n’est requise. Ainsi, il est peut-être plus utile de croire pendant que l’on est vivant, non pas pour ce qui arrive après la mort, mais plutôt comme un bénéfice significatif ici et maintenant. Comme de nombreuses études l’ont montré, être spirituel est bénéfique tant physiquement que mentalement.
L’impulsion fondamentale du pari de Pascal et la décision de Scott Adams de prendre le pari sont certes compréhensibles et, d’un point de vue étroit, logiques, mais peut-être que la structure même du pari finit par limiter Dieu plutôt que de plaider en sa faveur. Peut-être que le pari de Pascal fonctionne mieux non pas comme une stratégie pour l’au-delà, mais comme un argument pour orienter sa vie vers le sens, l’humilité et le souci d’autrui tant que nous sommes encore ici.
Comme un parent qui a des enfants égarés ou mal informés, dans toute situation émotionnellement saine, le parent accueillera, les bras ouverts, l’enfant à quelque stade qu’il soit prêt et capable de se relier.
Texte original publié le 19 janvier 2026 : https://www.feedyourhead.blog/p/the-deathbed-conversion-of-scott