Sont-elles nécessaires ? Inutiles ? Utiles ? Un obstacle ?

Agnès, mon orchidée, est en fleur. Quelle bénédiction !
Pourquoi avons-nous des voies et des pratiques ?
Si « la réalité est simple » et que « ceci est toujours déjà cela » et que « tout est cela, tel que c’est » et qu’« il n’y a personne pour être non éveillé ou pour devenir éveillé », et ainsi de suite, alors pourquoi avons-nous la spiritualité, la méditation, les rencontres non dualistes, les retraites, les satsangs, Le Travail de Byron Katie, la Voie sans tête, la Méthode Sedona, le Yoga de la Présence rayonnante, le bouddhisme, l’Advaita, des livres comme ceux que j’écris, et ainsi de suite ? Pourquoi se préoccuper de tout cela ?
Une réponse évidente est la souffrance. Nous sommes profondément conditionnés et habitués à penser à nous-mêmes, et donc à ressentir que nous sommes des entités séparées, encapsulées, vulnérables, vivant dans un monde extérieur fragmenté, menacées par les autres et par des forces échappant à notre contrôle — et le corps-esprit EST en effet vulnérable. Nous souffrons de formes spécifiquement humaines d’anxiété, de dépression, d’échecs relationnels et d’addictions mettant la vie en danger. Nous semblons vivre dans un monde de guerres et de fusillades dans les écoles. Nous aspirons à une issue à notre souffrance, et nous voulons naturellement guérir ce qui fait mal et réparer ce qui est brisé. Nous cherchons un remède, et pourtant, comme la plupart d’entre nous finissent par le remarquer, cette recherche même devient une addiction douloureuse. Que faire ?
Nous entrevoyons une autre possibilité. Nous avons goûté, même brièvement, à la beauté qui est ici, à la joie, à l’amour, à la facilité d’être, à la paix et au bien-être qui peuvent être présents même au cœur de circonstances douloureuses. Nous l’avons vue reflétée chez certaines personnes et dans leurs vies, et nous l’avons touchée en nous-mêmes. Nous sommes attirés par notre Nature véritable, par nos possibilités les plus profondes, par un élan évolutif, par ce qui est le plus simple, le plus évident et le plus facile à négliger. Nous sommes attirés à explorer et à découvrir la nature de la réalité.
Dans son merveilleux livre Coming to Our Senses: Healing Ourselves and the World Through Mindfulness (tr fr L’éveil des sens), Jon Kabat-Zinn écrit au sujet de l’apparente contradiction entre les pratiques, comme la méditation, et la vérité absolue qu’il n’y a rien à atteindre et personne pour l’atteindre. Pour illustrer comment la méditation est à la fois une voie et, en même temps une non-voie, Kabat-Zinn fait remarquer que vous ne pouvez pas atteindre votre pied, car il fait déjà partie de vous, mais, en même temps, le pied d’un grand danseur « sait » quelque chose qu’un pied ordinaire ne sait pas, bien que, dans leur nature fondamentale, ils soient identiques. Il écrit ceci : « La méditation n’est ni une technique ni un ensemble de techniques, mais plutôt une façon d’être… Le but de la méditation n’est pas de tenter d’accéder à un ailleurs. Mais de permettre d’être exactement là où l’on est et tel que l’on est, et de permettre au monde d’être exactement tel qu’il est à ce moment même… Par-dessus tout, j’en suis venu à considérer la méditation comme un acte d’amour… un geste du cœur qui reconnaît notre perfection, y compris dans notre évidente imperfection… La claire conscience même est l’enseignant, l’étudiant et la leçon… Demeurer dans la claire conscience à tout moment implique de s’en remettre à tous ses sens, d’entrer en contact avec des paysages intérieurs et extérieurs composant un tout indivisible ».
Et selon mon expérience, différents enseignements, expressions, méthodes, explorations, pratiques ou voies sans voie offrent différentes portes d’entrée vers l’Ici-Maintenant, le lieu que nous n’avons en réalité jamais quitté. Chacun éclaire un aspect différent de cette réalité vivante, une dimension ou une facette différente, une possibilité différente, et chacun éclaire ou déconstruit différentes illusions qui créent notre souffrance humaine.
Byron Katie offre une belle méthode pour questionner nos pensées ; la Voie sans tête propose une indication d’une simplicité magnifique de notre nature essentielle en tant que Capacité éveillée dans laquelle tout apparaît et disparaît ; le Yoga de la Présence rayonnante de Peter Brown nous ouvre aux textures infiniment subtiles et non résolubles de l’expérience présente ; Eckhart Tolle nous invite à nous éveiller à l’Éternel Présent et à prendre conscience de la manière dont nous créons le conflit et la souffrance par la pensée ; la méditation de pleine conscience nous fait sortir de la tête pour nous ramener dans le corps, nous ouvrant aux textures sensorielles de chaque instant tout en éclairant nos schémas habituels de pensée ; divers enseignants d’Advaita en satsang nous indiquent la conscience sans limites qui est toujours ici, la présence consciente transcendante que nous sommes ; le bouddhisme déconstruit le soi et la réalité apparente de « choses » séparées et persistantes ; les non-dualistes radicaux nous rappellent que « ceci est cela, tel que c’est », que celui qui se sent séparé et en manque n’est qu’un mirage, que même le mirage est aussi « cela », et qu’il n’y a en réalité pas de « cela » ; divers anti-enseignants iconoclastes nous rappellent de trouver notre propre voie et d’être fidèles à notre vision unique, d’être une lumière pour nous-mêmes.
Chacun de ces différents indicateurs, pratiques, voies et manières de voir la vie possède des forces différentes et des pièges potentiels différents, ou des manières dont ils peuvent involontairement nous égarer. Ils peuvent tous être mal compris ou poussés à de faux extrêmes. L’un peut souvent être l’antidote parfait aux conséquences involontaires d’un autre. Chacun de nous trouve ce dont il a besoin à chaque instant, et cela peut être différent d’un instant à l’autre, et pour chaque personne. Ainsi, sur la page des recommandations de mon site web, on peut trouver de nombreuses voix différentes, souvent apparemment contradictoires dans ce qu’elles proposent.
Pendant longtemps, nous pouvons être pris dans la tentative de déterminer laquelle a raison, laquelle est la meilleure, laquelle est la vérité la plus élevée, la plus efficace, la plus avancée, et ainsi de suite. Mais finalement, nous réalisons qu’il s’agit de fausses questions. Ces cartes apparemment différentes ont toutes quelque chose de précieux à offrir, et aucune d’entre elles ne peut saisir pleinement chaque dimension et possibilité de cette réalité vivante.
Aucune carte n’est le territoire qu’elle nous aide à parcourir. Et ainsi, nous apprenons à prendre de chacune ce qui résonne maintenant, et à ne pas confondre le doigt qui montre la lune avec la lune elle-même. Nous apprenons même que la lune et le doigt qui la montre ne sont pas deux, que la cartographie est une activité du territoire, que rien n’est en dehors de ce vide (no-thing-ness, non-quelque-chose) fluide. Nous rencontrons de nombreux paradoxes apparents, et nous découvrons que la réalité n’est ni une ni deux. Nous penchons dans un sens puis dans l’autre. Heureusement, les différents tapis imaginaires sur lesquels nous essayons de nous tenir sont retirés sous nos pieds. Encore et encore, nous nous éveillons. Juste cela !
Qu’est-ce que c’est ? Nous ne pouvons pas le dire. Et pourtant, apparemment, nous devons dire quelque chose, tout comme nous devons apparemment agir d’une manière ou d’une autre. Et ainsi, ces mots et toutes les nombreuses pratiques spirituelles et indications proposées ont tous jailli sans choix, nous ne savons d’où, dans la grande présence à l’écoute que nous sommes tous.
— une effusion de mon site web, écrite en 2022
Amour à tous…
Texte original publié le 29 janvier 2026 : https://joantollifson.substack.com/p/why-do-we-have-paths-and-practices