Olivia Shkreli
L’effondrement des murs intérieurs : la psychologie et la spiritualité comme unité de la conscience

Une neuropsychologue clinicienne nous raconte comment sa propre expérience de dissolution de l’ego l’a conduite à une nouvelle perspective sur la science, l’« âme » et la vie elle-même. Elle a réalisé que la psychologie et la spiritualité ne sont pas des voies opposées, mais des langages complémentaires décrivant la même réalité : la conscience.

Une brève introduction

Olivia Shkreli est titulaire d’un master en neuropsychologie clinique de l’université de Groningue. Elle mène des recherches sur les effets des battements binauraux, explorant comment l’art et la science peuvent être combinés pour créer des interventions non invasives et non verbales qui influencent la conscience et le bien-être psychologique. Olivia travaille en milieu clinique auprès d’enfants atteints d’autisme et de TDAH et a mené des recherches sur le cannabis et la psychose, ainsi que sur le potentiel thérapeutique des psychédéliques, notamment le LSD et le DMT. Son parcours allie une expérience internationale de volontariat, une recherche interdisciplinaire et une pratique clinique, reflétant son engagement à comprendre la conscience, le développement humain et la santé mentale.

Une neuropsychologue clinicienne nous raconte comment sa propre expérience de dissolution de l’ego l’a conduite à une nouvelle perspective sur la science, l’« âme » et la vie elle-même. Elle a réalisé que la psychologie et la spiritualité ne sont pas des voies opposées, mais des langages complémentaires décrivant la même réalité : la conscience.

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Cet essai rend compte d’une expérience profondément personnelle que j’ai vécue, une confrontation avec les limites de ce que nous appelons l’esprit « objectif ». Tout a commencé par une réflexion sur mon propre éveil, un moment où la psychologie et la spiritualité ne se présentaient plus comme des langages distincts, mais comme deux expressions d’une même quête : la compréhension de la conscience elle-même.

En cherchant ce qui définit notre nature humaine, notre psyché ou notre identité, j’ai remarqué combien il existe de théories, de définitions et d’écoles de pensée : chacune essayant d’expliquer qui nous sommes censés être. Pourtant, à travers la quête de ma propre « âme », j’ai pris conscience de réalités que notre dépendance collective à l’égard de cadres socialement construits aveugle souvent les autres. Issue de ce que certains pourraient appeler un éveil spirituel ou, selon la définition du DSM-5, une expérience apparentée à la psychose (à vous de choisir : science ou spiritualité) [1], j’étais certaine que ce que j’avais vécu allait bien au-delà de la psychose.

Il ne m’a pas fallu longtemps pour réaliser que bon nombre de ces théories étaient des idées socialement construites ; des systèmes conçus pour réprimer nos capacités intellectuelles et spirituelles, afin de nous tenir à distance de notre véritable raison d’être. Elles laissent souvent la spiritualité hors de l’équation, comme si elle n’avait aucune importance, comme si la vie elle-même devait se dérouler en mode zombie, selon un scénario préétabli et jamais remis en question. Comme l’a suggéré le philosophe Ernst Cassirer, les humains ne sont pas simplement des animaux rationnels, mais des êtres symboliques. La science, l’art et la spiritualité sont des formes symboliques distinctes à travers lesquelles nous interprétons la réalité, chacune éclairant une facette du même mystère. Pourtant, lorsqu’une forme domine, notre compréhension de la nature humaine devient partielle [2].

En ouvrant des livres, en lisant des articles universitaires, en cherchant des réponses : j’ai commencé à voir que les réponses que je cherchais ne s’y trouvaient pas. Peut-être était-ce dû à la manière étroite dont l’information nous est présentée, ou peut-être est-ce parce que nous avons collectivement tendance à négliger ce qu’est véritablement la nature humaine. Qu’est-ce qui fait de vous ce que vous êtes ? Et qui décide de ce qui constitue l’identité ou le sentiment d’être soi, sinon vous-même ?

Issue d’une formation universitaire en psychologie, je ne pouvais plus ignorer à quel point ces cadres de référence sont limités. Croire entièrement en la science m’avait autrefois réconforté, mais elle a fini par révéler ses propres limites : une forme de pensée contrôlée qui cherchait à tout expliquer, sauf la chose même qui fait l’expérience, la conscience elle-même. Pourtant, les limites ne sont pas des échecs ; elles définissent l’intégrité de la science. Comme l’a noté Wittgenstein, « Ce dont on ne peut parler, il faut le taire » [3]. Ce silence ne nie pas l’ineffable ; il invite la philosophie, l’art et la spiritualité à exprimer ce que le langage empirique ne peut formuler.

La psychologie, dans sa quête d’être reconnue comme une science, a oublié l’élément le plus essentiel : l’essence humaine. Elle a défini des symptômes, tenté de les traiter, mais rarement guéri la personne. En essayant de mesurer et de catégoriser l’expérience subjective, nous avons commencé à traduire les réalités intérieures en formules extérieures, confondant abstraction et vérité. Nous avons oublié que l’expérience subjective n’est pas une illusion de la matière ; elle est la source de ce qui est réel. Je voudrais ici explorer les limites des cadres scientifiques dans la compréhension de la conscience, et réfléchir au rôle de l’expérience subjective, de la spiritualité et de l’ego dans notre compréhension de soi.

Notre obsession à tout décomposer analytiquement a montré à quel point l’esprit rationnel est limité dans sa compréhension de notre véritable nature. Aujourd’hui, même la science commence à se poser la question : l’expérience subjective est-elle importante ? Des travaux récents en neurosciences et en physique quantique suggèrent que la conscience ne peut peut-être pas être entièrement expliquée par les modèles classiques [4]. La physique quantique, les neurosciences et la philosophie commencent à révéler que nous n’en savions peut-être que très peu depuis le début. Nous avons été conditionnés à rechercher des explications externes, à interpréter le monde intérieur à travers le langage de la matière, et ce faisant, nous avons réduit au silence le mystère qui nous rend vivants.

C’est pourquoi des phénomènes, tels que la conscience, la conscience supérieure et la spiritualité ont été exclus pendant si longtemps. Notre esprit analytique ne pouvait accepter que certaines choses ne puissent être expliquées, mais seulement vécues. Ainsi, plutôt que de s’abandonner au non-savoir, l’ego scientifique a créé de nouvelles catégories, de nouveaux troubles, de nouveaux symptômes, jusqu’à oublier que ces constructions mêmes n’étaient que ses propres reflets.

Au fil du temps, je me suis de plus en plus intéressée à des domaines de la psychologie largement écartés comme relevant de la parapsychologie, tels que la télépathie, les expériences extracorporelles et la clairvoyance. Toute discussion sérieuse sur ces phénomènes marginaux se heurte inévitablement au problème corps-esprit : la distinction cruciale entre les états mentaux et les états physiques, et le fait que la corrélation entre les deux n’implique pas de causalité. La difficulté à mesurer scientifiquement ces événements découle probablement de cette ambiguïté même ; nous ne disposons tout simplement pas des outils nécessaires pour séparer clairement l’esprit de la matière lorsque nous tentons de les observer. Pour moi, cela renforçait l’idée que la science approche peut-être ses limites conceptuelles. Cela évoque la célèbre prise de conscience de Socrate, « Ἓν οἶδα ὅτι οὐδὲν οἶδα » — « Je sais que je ne sais rien » — rappel salutaire des limites de la compréhension humaine.

Mais la spiritualité m’a montré qu’il n’y a pas de limite. Seulement de la continuité. Elle a ouvert mon esprit d’une manière qui a maintenu le scepticisme en vie tout en élargissant le champ des possibilités. Elle m’a rappelé que la psychologie doit revenir à son objectif primordial : aider et guérir, en comprenant que chaque expérience subjective est différente, mais que toutes sont connectées au sein du même champ de conscience.

Aujourd’hui, je perçois un éveil collectif. Les idées mêmes qui étaient autrefois rejetées comme non scientifiques retrouvent discrètement leur place dans la recherche scientifique. En tant que jeune neuropsychologue, je ne peux qu’éprouver de l’espoir en voyant davantage de chercheurs oser se demander ce qu’est réellement la conscience. Peut-être que, si nous unissons ces perspectives, la science et la spiritualité, l’extérieur et l’intérieur, nous commencerions à comprendre que ne pas savoir n’est pas un échec, mais une porte — un dialogue sans fin et en constante évolution entre l’esprit et le mystère.

Des recherches récentes soulignent que la conscience ne peut pas être simplement réduite à la chimie neuronale, mais qu’elle est à la base de toute expérience subjective [5]. Dans cette optique, chaque expérience subjective, dans ce champ collectif de la conscience, est unique. Et peut-être que le remède que nous cherchons ne se trouve pas dans la chimie du cerveau, mais dans le souvenir que la conscience n’a jamais été un symptôme ; elle a toujours été la source.

L’ego est un compagnon singulier. Il promet identité, continuité et sécurité, mais nous empêche souvent de voir qui nous sommes vraiment. Selon Carl Jung, l’ego est « le centre du champ de la conscience, qui contient notre conscience d’exister et un sentiment continu d’identité personnelle » [6]. Dans la vie quotidienne, il façonne nos désirs, nos peurs et nos rôles sociaux. Il nous convainc que notre histoire personnelle est centrale, que nos pensées et nos sentiments définissent la réalité.

Pourtant, selon les cultures et les traditions spirituelles, l’ego est perçu différemment. Le bouddhisme, le taoïsme et les enseignements mystiques le décrivent souvent comme un obstacle, une lentille qui déforme notre perception de la vie, causant des souffrances inutiles. Comme la société nous encourage constamment à nous identifier à l’ego, le plaçant au premier plan de notre conscience, les personnes plus enclines à la spiritualité peuvent avoir l’impression que l’ego doit être détruit. Néanmoins, sa véritable fonction est d’être compris et réconcilié avec les courants plus profonds du soi.

D’après ma propre expérience, cette réconciliation s’est produite soudainement et intensément. J’ai été confrontée à un moment où les frontières de mon identité se sont dissoutes. Toutes les étiquettes, toutes les préoccupations concernant qui j’étais, se sont évanouies. La panique a cédé la place à l’abandon, et l’abandon à la clarté. Pendant un instant fugace, je n’étais plus personne ni nulle part. Et pourtant, j’étais pleinement vivante. C’était la première fois que j’essayais le DMT — un puissant composé psychédélique — et à ce moment-là, tout ce que je croyais savoir sur moi-même a tout simplement disparu.

Cet instant a révélé une vérité profonde : notre sentiment d’identité n’est pas figé. L’ego érige des murs entre nous et le monde, entre nous et notre conscience profonde. En observant ces murs, en les remettant en question et, parfois en les laissant s’effondrer, nous ouvrons la possibilité de voir la vie avec plus de profondeur, de souplesse et de liberté.

L’ego n’est pas intrinsèquement mauvais. Il est nécessaire pour naviguer dans le monde, pour structurer nos pensées et protéger le soi. Mais il devient une prison lorsque nous nous y accrochons comme à la réalité ultime. Le transcender, même temporairement, ouvre la voie à une perspective plus large et plus compatissante, un espace où notre âme, notre essence et notre conscience peuvent se rencontrer.

Le cheminement vers la compréhension de soi n’est pas linéaire. Il est semé d’épreuves, de réflexion et même de solitude. Mais chaque pas vers l’observation, la remise en question et l’intégration de l’ego offre une libération subtile. La chute du moi n’est pas une destruction, mais un adoucissement — un lâcher-prise tranquille, un retour au pouls vivant de la conscience, libre, présente et profondément vivante.

Au bout de ce chemin, après avoir affronté les limites du savoir et du moi, il apparaît clairement que la psychologie et la spiritualité ne sont pas des voies opposées, mais des langages complémentaires décrivant la même réalité : la conscience. Notre ego peut ériger des murs et la science ne peut mesurer que ce qui est quantifiable, mais la véritable essence de notre être se trouve au-delà des étiquettes, au-delà des symptômes, au-delà des formules. En honorant notre expérience subjective — en embrassant le mystère de la conscience —, nous ouvrons la porte à une compréhension plus profonde de nous-mêmes et du monde. La chute du moi n’est pas une perte, mais une invitation, un retour à la conscience, à la présence, à l’intelligence infinie qui anime la vie elle-même. Dans cet espace, nous trouvons non seulement l’insight, mais aussi la liberté ; et peut-être la guérison même que nous avons toujours recherchée.

Texte original publié le 12 juin 2026 : https://www.essentiafoundation.org/the-collapse-of-inner-walls-psychology-and-spirituality-as-the-unit-of-consciousness/reading/

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1 Borges, P. (octobre 2013). Psychosis or spiritual awakening? (Psychose ou éveil spirituel ?) [Vidéo]. TEDxUMKC. https://youtu.be/CFtsHf1lVI4?si=O0dlxJJ-wxUtDZkB.

2 Cassirer, E. (1944). An Essay on Man: An Introduction to a Philosophy of Human Culture (tr fr Essai sur l’homme). Yale University Press.

3 Wittgenstein, L. (1922). Tractatus Logico-Philosophicus (tr fr même titre). Routledge & Kegan Paul.

4 Sergi, A., Hameroff, S., & Penrose, R. (2025). « The quantum-classical complexity of consciousness and orchestrated objective reduction » (La complexité quantique-classique de la conscience et la réduction objective orchestrée). Frontiers in Human Neuroscience, 19, 1630906. https://doi.org/10.3389/fnhum.2025.1630906.

5 Coppola, P. (2025). « A review of the sufficient conditions for consciousness » (Une revue des conditions suffisantes pour la conscience). Neurosci Biobehav Rev, 177, 106333. https://doi.org/10.1016/j.neubiorev.2025.106333.

6 Jung, C. G. (s.d.). « Jung’s model of the psyche » (Le modèle psychique de Jung). The SAP. Consulté le 20 octobre 2025, sur https://www.thesap.org.uk/articles-on-jungian-psychology-2/carl-gustav-jung/jungs-model-psyche/