La question de la réalité s’est poursuivie sans interruption par une recherche « là-dehors », à l’extérieur de nous-mêmes, mais elle doit désormais évoluer vers une recherche intérieure tournée vers la conscience, soutient Adedire. Toute enquête honnête et rigoureuse sur la nature de la réalité finira par reconnaître que la Nature fondamentale est conjointe au phénomène de la conscience, conclut-il dans ce court et puissant essai. Pourtant, ici, au point d’inflexion d’un nouvel âge de la contemplation, nous nous trouvons accablés par l’ontologie de mort-vivant du physicalisme.
A. A. Adedire est titulaire d’un baccalauréat ès sciences en neurosciences et biologie comportementale, ainsi que d’un baccalauréat ès arts en philosophie, tous deux obtenus à l’Université Emory, à Atlanta (Géorgie). Il a effectué des travaux de recherche à l’Allen Institute for Brain Science, au laboratoire de neuropsychologie SCNI du NIMH (National Institute of Mental Health) et au département des neurosciences de l’Université Georgetown.
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Si la question de l’être doit être posée expressément et être accomplie dans une pleine transparence d’elle-même, alors une élaboration de cette question, d’après les élucidations antérieures, exige l’explication du mode de visée de l’être, du comprendre et du saisir conceptuel du sens, la préparation de la possibilité du choix correct de l’étant exemplaire, l’élaboration du mode authentique d’accès à cet étant. Or viser, comprendre et concevoir, choisir, accéder sont des comportements constitutifs du questionner, et ainsi eux-mêmes des modes d’être d’un étant déterminé, de l’étant que nous, qui questionnons, nous sommes à chaque fois nous-mêmes. Élaboration de la question de l’être veut donc dire : rendre transparent un étant — celui qui questionne — en son être. En tant que mode d’être d’un étant, le questionner de cette question est lui-même essentiellement déterminé par ce qui est en question en lui — par l’être. Cet étant que nous sommes toujours nous-mêmes et qui a entre autres la possibilité essentielle du questionner, nous le saisissons terminologiquement comme DASEIN. [Martin Heidegger, Être et Temps]
À notre époque, la véritable nature de la réalité nous a été soustraite non par manque de curiosité, mais par notre refus d’affronter l’étrangeté d’une réponse — par notre complaisance et notre empressement à être égarés dans toutes les directions, soit par l’auto-illusion, soit par quelque quel charlatan bruyant, ainsi que par notre intelligentsia, notre classe dirigeante et la pression sociale soutenue visant à niveler l’intelligence afin de nous rendre tous dociles. Aujourd’hui, nous sommes confrontés aux questions philosophiques non dans l’esprit même de la philosophie, de l’émerveillement extatique devant l’ordinaire, mais par nécessité, en un temps qui se précipite chaque jour davantage vers l’obsolescence des travaux mentaux et physiques de l’homme. Avec l’avènement des esprits artificiels, la question « Que signifie être conscient ? » est, une fois de plus, posée par nécessité, comme un examen de l’unicité d’une humanité partagée ou, peut-être, comme une évaluation de l’utilité de la vie.
Cette question de la conscience, la question de l’immédiateté de l’expérience subjective — le seul fait, parmi tous les états de choses, qui soit véritablement connu — s’est lentement infiltrée dans la culture, enflammée par l’aube de l’intelligence de silicium. Comme on pouvait s’y attendre, ses définitions — dégradées, diluées et déformées par l’ignorance — sont celles propagées par les groupes susmentionnés, ensorcelés par les algorithmes et encouragés par le scientisme. À leur insu, les partisans du physicalisme, cette métaphysique de la matière, réaniment un cadavre philosophique à chaque mot, tissant une contradiction flagrante d’idées qui reflète la confusion spirituelle de notre époque, tout en aggravant la confusion des termes sous le masque de la raison. La polycrise actuelle se trouve ainsi redoublée par la collision de ces deux questions apparemment distinctes : la réalité et la conscience, toutes deux tenues pour résolues en tant que processus physiques. Mais une réévaluation métaphysique à venir est imminente, pressentie par toutes les institutions du savoir, et à laquelle nous devrons faire face.
Dans notre histoire moderne, la question de la réalité s’est poursuivie sans interruption par une recherche « là-dehors », à l’extérieur de nous-mêmes, mais elle doit désormais évoluer vers une recherche intérieure tournée vers la conscience. La métaphysique est une dimension inévitable de l’enquête humaine, et, si l’idée d’un quelconque consensus sur les questions métaphysiques est peut-être excessivement optimiste, un objectif plus raisonnable serait une philosophie qui se rapproche davantage de la vérité. Ainsi, toute enquête honnête et rigoureuse sur la nature de la réalité finira par reconnaître que la Nature fondamentale est conjointe au phénomène de la conscience, définie simplement comme la qualité ressentie de l’être ou, plus généralement, comme l’opération sous-jacente de l’esprit, une opération qui ne procède ni d’une aptitude ni ne peut être adaptée au silicium. À la suite d’une évaluation fondée de sa primauté épistémique et de son irréductibilité, la conclusion s’impose naturellement : la fin du physicalisme — une métaphysique mal définie et confuse — marque le commencement d’une enquête sérieuse sur l’être et d’un renouvellement de la clarification de la compréhension collective. Ainsi, avec la mort de cette ontologie vient le terreau fertile nécessaire à notre maturation.
Nous nous trouvons à une époque importante, au point d’inflexion d’un nouvel âge de la contemplation, accablés par une ontologie de mort-vivant délibérément ignorée malgré des pressions extérieures croissantes et inexprimées. Quelle est la nature de la réalité ? Quelle est la nature de la conscience ? Les réponses à ces questions ne se trouvent pas quelque part ; elles doivent être remémorées, car elles sont inscrites en grandes lettres dans les recoins oubliés d’un inconscient qui précède les paroles — cousues dans la trame de nos âmes afin d’être ressenties. En un mot, les processus primordiaux qui animent la Nature sont inextricablement liés à ce que nous sommes en tant qu’êtres, à ce que nous sommes au plus profond de nous-mêmes. Le premier ne peut être retranché du second, car tout ce qui est, est unifié.
La tâche qui s’impose dans la chute de la matière consiste à reconstruire un concept du monde. Elle consiste à extirper tout vestige des demi-pensées du physicalisme et à redécouvrir un raisonnement ontologique capable d’élever de nouvelles manières de voir. Ce nouveau raisonnement est cycliquement lié à une pensée intuitive ancienne, à une perspective incarnée — l’expérience vécue, non abstraite, devient le point de départ d’une ontologie. La récurrence de cette pensée intuitive est le signe d’une sensibilité fondamentale plus profonde : une absence de satiété spirituelle face à une métaphysique creuse, et une reconnaissance croissante de la nécessité de l’être dans le dévoilement du monde ; c’est-à-dire de la primauté de la participation de l’être au dialogue qui révèle la réalité. Cette idée constitue la réfutation tacite de la distinction sujet-objet et l’acceptation d’un devenir et d’un dévoilement singuliers et holistiques du monde — un déploiement dans lequel la réalité rend progressivement explicite ce qui lui était implicite, une révélation de sa propre cohérence intérieure qui échappe aux définitions figées. Ainsi, la Nature enseigne dans le processus de la naissance, de la maturation et de la sénescence. Une telle vision s’accorde avec l’expérience ordinaire ; par conséquent, ce qui émerge n’est pas un rejet de l’entreprise scientifique, mais une exigence que l’enquête s’étende au-delà de l’abstraction quantitative pour pénétrer dans la dimension de la phénoménologie.
Ce dont nous avons besoin aujourd’hui, c’est d’un discernement inébranlable, de la capacité à dévoiler l’être en tant qu’être, à interroger de près une conscience toujours présente au cœur de toute expérience. Au début d’une telle investigation, nous devons oublier tous nos préjugés afin de revenir à la conscience à neuf, de rester en silence avec l’être, les bras ouverts, pour recevoir une compréhension non altérée. Abandonnez tous vos préjugés et implorez la conscience. Revenez à l’être. La tâche ne doit se tourner ni vers une intuition sans retenue, ni vers une raison limitée, mais vers une voie médiane faite d’une étude libre et honnête. Quels indices de l’étrangeté sans bornes de la réalité pourraient être entrevus par une telle approche ? Notre science ne devrait-elle pas être tout aussi étrange pour dévoiler les étrangetés de la réalité ? Toute scientia mise au jour par de telles méthodes anéantit les certitudes du physicalisme, les vérités inventées et renversées du physicalisme : la multiplicité perçue, les faiblesses de l’esprit et même la mort comme fin ultime. Ainsi, l’inertie du temps à venir est la nécessité d’explorer un monde sous le monde. Et jusqu’au jour où tous les domaines du savoir seront libérés des contraintes du physique, une nouvelle science naîtra, et l’humanité se réjouira que le monde ne soit plus sans vie.
Texte original publié le 2026-07-03 : https://www.essentiafoundation.org/the-urgent-question-of-being/reading/