Hildegarde de Bingen : Arbres et médecine


27 Oct 2018

(Revue Le chant de la licorne. No 24. 1988)

Hildegarde de Bingen, figure de proue du Catholicisme du XIIe siècle, fut non seulement visionnaire, conseillère spirituelle et politique, mais aussi observatrice attentive et inspirée de la nature. Elle avait le don de découvrir dans chaque élément ses qualités thérapeutiques.

Nous reproduisons ici 9 des 63 chapitres du livre des arbres com­posant le traité PHYSICA ou LI­VRE DES SUBTILITÉS DES CRÉATURES DIVINES (Tiré d’une traduction de Pierre Monat, parue aux éditions Jé­rôme Million), écrit par Hildegarde de Bingen (1098-­1179). Rédigé vraisemblable­ment dans les années 1150, ce traité est une véritable matière médicale, qui expose « l’être inté­rieur des différentes natures de la création’’. Le but de cet ou­vrage est d’amener le lecteur à comprendre comment l’énergie s’organise dans chaque élément de la nature et comment il est possible d’exploiter ces derniers à des fins thérapeutiques.

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Le Livre des Arbres

Préface

Tous les arbres contien­nent soit de la chaleur soit du froid, comme les herbes. Toute­fois, certains arbres sont plus chauds que les autres, certains plus froids, parce que certains contiennent plus de chaleur que les autres qui sont chauds, et cer­tains plus de froid que ceux qui sont froids.

En effet, les arbres sont fertiles, et ceux qui portent de vrais fruits, comme les arbres de la forêt, sont plus froids que chauds ; mais les arbres de la fo­rêt qui portent des fruits plus nombreux et plus grands que ne le font les autres, sont plus chauds que les autres arbres de la forêt. Ceux qui ont des fruits de petite taille et en petit nombre sont plus froids que les autres arbres de la forêt.

Chapitre I De affaldra – le pommier

Le pommier est chaud et humide : il contient tellement d’humidité qu’elle s’écoulerait, si elle n’était pas maintenue par la chaleur.

Si quelqu’un, vieillard ou jeune homme, souffre de chaleur dans les yeux, il prendra, au prin­temps, des feuilles de cet arbre, avant que celui-ci ne porte les fruits de l’année, juste quand el­les apparaissent, car alors elles sont suaves et salutaires, comme les jeunes filles avant qu’elles ne portent des enfants ; il recueillera ces feuilles, en exprimera le suc et lui ajoutera, en quantité égale, de la sève de vigne ; il mettra le tout dans un récipient et, le soir, avant d’aller se coucher, avec une plume qu’il aura trempée dedans, il se frottera légèrement les pau­pières et les yeux, en faisant comme si c’était de la rosée qui tombe sur l’herbe, et sans en met­tre à l’intérieur ; qu’il s’asperge avec les feuilles ainsi écrasées et la sève ainsi recueillie, qu’il en mette sur ses yeux, qu’il mette un linge par-dessus et dorme ainsi ; il répétera cela souvent, l’obscur­cissement des yeux disparaîtra et il verra plus clair.

Lorsque, au printemps, apparaissent les premiers bour­geons, coupe, sans recourir au fer, un petit rameau, et présente, à l’emplacement de la branche, une ceinture en peau de cerf, afin qu’elle soit humidifiée par la sève : quand tu sentiras qu’il n’y a plus d’humidité, alors fais des en­tailles plus larges à l’aide d’un couteau, pour que coule davan­tage de sève ; en appliquant la ceinture sur cet endroit et en la frottant avec les rameaux déta­chés, imbibe-la le plus possible de sève, puis place-la en un lieu humide, afin qu’elle s’imprègne bien de la sève de l’arbre et de celle du rameau. Et si quelqu’un est atteint de goutte dans les reins ou dans les testicules, il se ceindra de cette ceinture à même la peau, pour que le suc extrait du pommier par son intermédiaire passe dans sa chair, et ainsi il se portera mieux. Si on souffre d’une maladie du foie ou de la rate, ou d’humeurs mauvaises du ventre ou de l’estomac, ou de migraines dans la tête, on pren­dra la première poussée de sève d’un pommier, qu’on mettra dans du baume avant de faire chauffer le tout : on en boira le soir, au cou­cher : à répéter souvent, et on se portera mieux.

Au printemps, lorsque poussent les fleurs, il faut pren­dre de la terre qui se trouve au­tour des racines de cet arbre et la chauffer sur le feu : si quelqu’un souffre des épaules, des reins ou du ventre, il en mettra à l’endroit où il souffre et il ira mieux. Mais, une fois que les fruits de cet ar­bre ont pris forme et commen­cent à grossir, cette terre ne vaut plus rien contre ces maladies, parce que l’humeur de la terre et le suc de l’arbre commencent à monter dans les fruits et sont plus faibles dans la terre et dans les branches.

Le fruit de cet arbre est léger et peut se digérer facile­ment. Cru, il ne fait pas de mal aux bien-portants ; en effet, c’est lorsque la rosée est en pleine vi­gueur, parce que sa puissance s’exerce depuis le premier som­meil de la nuit jusqu’au moment où il fait jour, que les pommes grossissent grâce à cette rosée. Et si elles sont bonnes à manger crues pour les hommes, c’est qu’elles ont été alimentées par une rosée puissante. Quant aux malades, elles leur font du mal si elles sont crues, parce qu’ils sont déjà faibles par eux-mêmes. Mais cuites, elles sont bonnes pour les malades comme pour les bien-portants. Quand elles ont vieilli et que leur peau s’est racornie, comme c’est le cas en hiver, elles sont bonnes à manger, même crues, pour les malades et les bien-portants.

Chapitre II De birbaum – le poirier

Le poirier est plus froid que chaud ; il est aussi dur et so­lide que le pommier : il lui ressemble, comme le foie au pou­mon : en effet, tout comme le foie, il est fort et utile, mais il est aussi plus nocif que le pommier. Ses racines, ses feuilles et sa sève, à cause de sa dureté, ne valent rien pour faire des médicaments : seul le gui qui pousse sur lui a quelque valeur dans ce domaine.

Si on souffre de la poitrine ou des poumons, on prendra du gui de poirier, qu’on réduira en poudre ; on y ajoutera de la pou­dre de réglisse et on prendra le tout, à jeun ou après les repas, et on se portera mieux. Celui qui souffre de paralysie prendra du gui sur un poirier dont les fruits ont bon goût, et il le mettra, sans l’écraser, pendant trois jours et trois nuits dans de l’huile d’olive; ensuite, il fera fondre de la graisse de cerf sur le feu, deux fois autant qu’il n’a d’huile ; dans cette graisse bien fondue et mé­langée, il mettra, pendant deux jours et deux nuits, une tige de nard ; ensuite, il pressera forte­ment l’huile avec le gui, exprime­ra le suc dans un linge et l’ajoute­ra à la graisse de cerf qu’il aura fait fondre tout doucement au feu. Il s’en frictionnera et la para­lysie le quittera… à moins qu’il n’y ait en elle des germes de mort.

Le fruit du poirier est dense, lourd et âpre. Si on en mange beaucoup quand il est cru, il donne la migraine et le rhume, car son suc est attiré vers le pou­mon et s’installe autour du foie et du poumon comme un marteau de plomb ou un dépôt de tartre : c’est pourquoi, dans le foie et le poumon, se produisent ainsi de graves maladies. Et, tout comme l’homme est parfois rempli de l’odeur du vin, de même il lui ar­rive d’être rempli de l’odeur du suc de la poire et d’en recevoir l’âpreté. C’est pourquoi, après avoir mangé de la poire crue, il retrouve difficilement son souf­fle, si bien que de nombreuses maladies s’installent dans ses poumons ; en effet, c’est au mo­ment où les forces de la rosée s’en vont, au lever du jour, que les poires aspirent cette rosée ; et si elles produisent en l’homme des humeurs mauvaises quand elles ne sont pas cuites, c’est parce qu’elles poussent quand la rosée diminue.

Donc, celui qui veut man­ger des poires les mettra à cuire dans de l’eau, ou plutôt les fera griller au feu : elles sont cepen­dant meilleures cuites que grillées, parce que l’eau chaude chasse peu à peu le suc mauvais qui est en elles, tandis que le feu est trop rapide et ne chasse pas, en les grillant, toute l’humeur qui est en elles. Celui qui mange des poires cuites en est peu alourdi, parce qu’elles diminuent et bri­sent en lui la putréfaction et lui assurent une bonne digestion en emportant la pourriture avec el­les. Tandis que les pommes sont facilement digérées mais n’em­portent pas la pourriture avec el­les.

Prends des poires, cou­pes-les, enlève leurs noyaux et fais-les cuire vivement dans de l’eau, puis écrase-les ; prends ensuite de l’athamante, du galan­ga, en quantité à peine moindre, une plus petite quantité encore de réglisse, et encore moins de grande passerage ; si tu n’as pas d’athamante, prends des racines de fenugrec, réduis-les en poudre, que tu mêleras à toutes cel­les qui précèdent, avant de met­tre le tout à chauffer dans du miel; ajoute les poires susdites et mélange vivement le tout, que tu garderas dans une boîte. Puis, chaque jour, prends-en une pe­tite cuiller, à jeun, deux après les repas et trois au coucher. C’est là un électuaire plus précieux que l’or, car il enlève la migraine ; il diminue la toux que la poire peut provoquer et enlève toutes les humeurs qui sont dans l’homme et le purge, comme on nettoie un vase des excréments qu’il contient.

Chapitre III De nuszbaum – le noyer

Le noyer est chaud et contient de l’amertume. Avant qu’il ne porte des fruits, de l’amertume se trouve dans son tronc et dans ses feuilles, ainsi que de la chaleur : cette amer­tume émet de la chaleur et pro­duit les noix. Quand son noyau commence à grossir, l’amer­tume diminue et la douceur ap­paraît. Quand la douceur aura augmenté dans le noyau, elle aura alors beaucoup de finesse ; cette douceur et cette finesse se mélangent pour former le noyau, et alors l’amertume et la chaleur restent dans le tronc, et font grossir l’extérieur de la noix.

Après le grossissement et la maturation des fruits, dans l’ensemble des arbres fruitiers, les feuilles n’ont plus guère d’utilité en médecine, car leur sève est passée dans les fruits. Récolte donc les feuilles du noyer entre le moment où appa­raissent les feuilles de cet arbre et celui où les fruits grandissent, c’est-à-dire lorsque les noix ne sont pas encore mûres et qu’el­les ne peuvent être mangées, et que leurs feuilles sont encore fraîches. Exprime leur suc sur l’endroit où des vers rongent un homme, ou bien là où se développent des larves ou d’autres vers ; fais-le souvent, et ils mourront. Mais si des vers naissent dans ton estomac, prends des feuilles de noyer et des feuilles de pê­cher, en poids égal, avant que leurs fruits ne soient mûrs ; ré­duis-les en poudre sur des pier­res chauffées au feu, et mange souvent de cette poudre, soit dans un œuf soit dans un breu­vage, ou encore, cuite dans un peu de farine, et les vers de ton estomac mourront.

Celui chez qui la lèpre commence à se développer ex­primera le suc des feuilles du noyer et y ajoutera du vieux sain­doux ; il en fera un onguent, et, pendant que la lèpre est encore toute récente en lui, il s’en endui­ra, auprès du feu: qu’il le fasse souvent et il guérira sans aucun doute… sauf si Dieu s’y oppose. Celui qui est atteint de goutte prendra la terre qui est autour des racines de ce même arbre, avant la maturation des fruits; il la fera chauffer au feu, comme des pierres; puis, il préparera un bain chaud et, une fois assis dans ce bain, il y versera cette terre pas­sée dans le feu; par elle, il provo­quera sueur et chaleur; qu’il se baigne ainsi, et la goutte qui vou­lait bloquer et briser ses mem­bres s’enfuira et ses membres brisés guériront s’il fait cela sou­vent, dès que la goutte aura commencé à s’en prendre à lui. Celui qui a beaucoup de flegme en lui prendra ce qui s’écoule du noyer quand on a arraché des rameaux – qu’on l’appelle sang ou sueur – et fera cuire cela doucement, avec du fenugrec et un peu de lépidium, passera dans un linge et en boira souvent, chaud : ainsi, il éli­minera le flegme et en sera puri­fié. Celui qui a des croûtes sur la tête devra prendre l’écorce de la noix, c’est-à-dire l’enveloppe, et exprimer son suc sur les ulcères, c’est-à-dire sur les croûtes de la tête ; et quand l’amertume de ce suc les aura fait gonfler, qu’il les enduise souvent d’huile d’olive et cette amertume sera comprimée ; qu’il le fasse souvent, et les croû­tes guériront.

Chez l’homme qui mange beaucoup de noix, qu’elles soient fraîches ou anciennes, la fièvre est facilement excitée : cependant les hommes en bonne santé peu­vent être plus forts qu’elles, tan­dis que les malades en souffrent.

L’huile extraite des noix est chaude : elle rend grasse la chair de ceux qui en mangent et donne la joie à leur esprit. Mais elle augmente le flegme, si bien que la poitrine se remplit alors de lividité, c’est-à-dire de glaires. Cependant, malades comme bien-portants pourront supporter d’en manger et la tolérer ; mais une poitrine malade en est un peu étouffée.

Chapitre IV De Quittenbaum – le cognassier

Le cognassier est plus froid : il est assimilé à la ruse, qui est tantôt utile, tantôt inutile ; mais ses feuilles et son bois ne sont pas très utiles pour l’usage de l’homme ; son fruit est chaud et sec, il a un bon tempérament, et, quand il est mûr, mangé cru, il ne fait de mal ni aux malades ni aux bien-portants. Cuit ou rôti, il est très bon à manger pour les bien portants et pour les malades.

De fait, celui qui est atta­qué par la goutte doit souvent manger de ce fruit, cuit ou rôti ; ainsi, la goutte s’apaise en lui, si bien qu’elle ne blesse pas ses sens et n’abîme pas ses mem­bres. Celui qui crache beaucoup de salive mangera souvent de son fruit, cuit ou rôti : il asséchera l’intérieur de son organisme, de sorte que la salive diminuera en lui. Lorsque, chez un homme, se trouvent des ulcères ou de la féti­dité, il devra faire cuire ou rôtir ce même fruit, le placer sur les plaies avec d’autres condiments, et il guérira.

Chapitre V De persichbaum – le pêcher

Le pêcher est plus chaud que froid : il y a autre chose en lui : il a quelque ressemblance avec l’en­vie. Sa sève est plus utile que son fruit pour la médecine.

Celui qui, à la suite de di­verses maladies, a sur le corps de multiples taches, prendra de l’écorce de cet arbre avant que les fruits ne soient mûrs ; il pilera cette écorce et en extraira le suc, auquel il ajoutera un peu de vinai­gre et du miel cuit, autant que des deux autres produits ; il mettra le tout dans un vase de terre et frot­tera souvent son corps là où se trouvent ces taches, jusqu’à ce qu’elles diminuent. Si on a mau­vaise haleine, il faut prendre des fruits de pêcher avant leur matu­rité, les écraser, puis prendre une poignée de réglisse, un peu de poivre et assez de miel, et faire cuire le tout dans du vin pur : on obtiendra ainsi une boisson qu’on prendra après les repas et au coucher : elle redonne une ha­leine agréable, chasse la pourri­ture de la poitrine et du corps. Si quelqu’un a des petits vers dans l’estomac et le ventre, il réduira en poudre de la racine et des feuilles de morelle, auxquelles il ajoutera deux fois autant de pou­dre de feuilles de pêcher, recueillies quand l’arbre est en fleurs : il fera cuire le tout dans une marmite neuve, avec du bon vin pur : il en prendra à jeun et au coucher et les vers mourront en lui.

Le fruit de cet arbre n’est pas bon à manger, ni pour les ma­lades ni pour les bien-portants, car il fait disparaître les humeurs bonnes qui sont en l’homme et provoque des glaires dans son estomac. Si on veut manger de ce fruit, on devra enlever la pellicule extérieure, enlever aussi le noyau et mettre le reste dans du vin, en y ajoutant un peu de sel et de poivre : ainsi préparé, il ne fait guère de mal, mais il n’a pas très bon goût. Tu peux prendre les noyaux durs de ce fruit, rejeter leur écorce et les écraser dans du lait: presse dans un linge pour en recueillir cinq cuillers; puis prends du galanga, le poids de trois pièces, de la réglisse, le poids de deux, enfin de l’eu­phorbe, le poids d’une obole: ré­duis le tout en poudre et ajoute-le au lait précédemment obtenu; avec de la farine de seigle, prépare une petite galette que tu fe­ras sécher doucement au soleil ou devant un foyer tiède; avant le coucher du soleil, prends-en l’équivalent de cinq cuillers et mets-toi au lit pendant une petite heure: cela chasse alors la goutte, fait partir la toux de ta poi­trine, enlève les glaires de ton es­tomac et te purge comme une bonne potion. Si c’est nécessaire, prends-en deux fois par mois, et, le jour où tu en prends, abstiens-toi de nourriture forte, de pain salé, de pois et de lentilles ; prends des nourritures légères et bois du vin.

Si on souffre de la poitrine, si bien que la gorge est prise, ou bien si l’on sent en soi monter le mal ou quelque vapeur mauvaise, sans abcès ni tumeur, il faut pren­dre de la pâte faite avec du fro­ment et faire fondre par-dessus de la gomme de pêcher ; mettre le tout sur la gorge pendant une pe­tite heure et le faire souvent, ain­si, on ira mieux. Mais il ne faut pas en mettre si on souffre d’ab­cès ou d’ulcère, car cela causerait du mal. Si un homme souffre des parties génitales, si bien qu’elles sont contractées ou distendues, il faut mettre dessus le même cata­plasme, préparé comme ci-des­sus, s’il n’y a ni tumeur ni ulcère, et il sera guéri : en effet, si ces parties étaient atteintes de tu­meur ou d’ulcère et qu’on y mette ce cataplasme, son état empire­rait. Si on souffre de la tête, on prendra également de la pâte comme il est dit plus haut, sur laquelle on versera de la gomme de pêcher, et on mettra le tout, chaud, sur la nuque, pendant une heure, et on ira mieux. Celui dont les yeux souffrent d’écoulement prendra de la gomme de pêcher ou d’écorce de noix, et, après l’avoir réchauffée à feu modéré, en mettra tout autour de ses yeux jusqu’à ce qu’ils en soient ré­chauffés ; il le fera tous les quatre jours et une seule fois par jour, pour ne pas blesser les yeux en le faisant trop souvent. Car la gomme du pêcher possède toute la verdeur de son bois et attire en elle l’humidité naturelle.

Chapitre VI De ceraso – le cerisier

Le cerisier est plus chaud que froid et ressemble tout à fait au Jeu, qui a un aspect joyeux, mais est aussi également nocif. Sa sève et ses feuilles ne valent pas grand-chose pour la méde­cine, car il y a de la faiblesse en elles. Son fruit est modérément chaud, et n’est pas très utile, ni très nocif : il ne fait pas de mal au bien portant qui en mange, mais il provoque de la douleur chez celui qui est malade et qui a en lui des humeurs mauvaises, dans le cas où il en mange trop.

Prends l’amande de son fruit, quand il est vert, et écrase-la avec vigueur ; fais fondre de la graisse d’ours dans une marmite et mélange le tout : tu auras ainsi un onguent. Et si quelqu’un a sur le corps des ulcères si méchants qu’ils ressemblent à de la lèpre, sans être pourtant de la lèpre, frotte-les souvent avec cet on­guent et ils guériront.

Celui qui a des douleurs dans le ventre qui sont dues à des vers mangera souvent des aman­des de ce fruit et il se portera mieux. Celui qui a des vers dans le ventre mettra des amandes de ce fruit dans le vinaigre et en mangera souvent, à jeun : les vers mourront en lui.

Celui qui souffre des yeux, au point qu’ils rougissent sous l’effet de la douleur et se couvrent d’ulcères, prendra des bou­lettes de pain de seigle chaud et mettra par-dessus de la gomme de cerisier, de façon que celle-ci soit ensuite placée sur la peau des yeux ; il attachera le tout avec un linge. Il fera cela souvent et re­tirera le mal de ses yeux et sera guéri.

Si le mal et les humeurs mauvaises s’en prennent aux oreilles, au point que l’on devient sourd, il faut prendre de ladite gomme, la faire fondre sur le feu dans une coupe, la mettre sur des boulettes de pain de seigle et pla­cer, le soir, cette gomme avec les boulettes à l’entrée des oreilles; on en mettra également sur les tempes et sur le tour des oreilles, et on fera tenir solidement avec un linge de lin; répéter souvent; ainsi le mal, les humeurs mauvai­ses et la surdité quitteront les oreilles et on sera guéri.

Chapitre VII De prunibaum – le prunier

Le prunier est plus chaud que froid ; il est sec et piquant comme l’épine : il est image de la colère.

Si on est dévoré par les vers, on prendra de l’écorce de cet arbre, jusqu’à la sève, et on fera sécher des feuilles, au soleil ou près du feu ou dans une mar­mite qui a été chauffée. On en fera de la poudre qu’on mettra là où les vers dévorent. Quand ceux-ci commencent à s’agiter et qu’on s’en rendra compte, on prendra du vinaigre et un peu de miel qu’on mélangera et qu’on mettra sur les vers : ceux-ci péri­ront. Et quand ils seront morts du fait de leurs blessures, on trem­pera un linge de lin dans du vin et on le mettra sur les plaies : il fera sortir la pourriture et on sera gué­ri.

Avec l’écorce et les feuilles de cet arbre, fais de la cendre, et, avec cette cendre, une lessive : si ta tête est chauve, lave-la souvent avec cette les­sive : elle deviendra belle et produira de nombreux cheveux.

Si quelqu’un est rendu fou par des malédictions ou des paro­les magiques, prends de la terre qui se trouve autour des racines de cet arbre, chauffe-la vivement au feu, pour qu’elle soit en quel­que sorte enflammée; à ce mo­ment-là, verse dessus un peu de rue et un peu moins de menthe, de façon qu’elle en reçoive le suc et l’odeur; si tu n’as pas de menthe, mets du fenugrec encore vert; si on est en hiver, mets sur cette terre un peu de graine de ces plantes: répands tout cela, à même la peau, sur le ventre, les flancs et la tête du malade, quand il a mangé; mets un linge par-des­sus, étends le malade sur un lit et recouvre-le de vêtements, pour que la terre transpire un peu sur lui. Fais cela trois ou cinq jours et il ira mieux. En effet, quand l’anti­que serpent a entendu les paro­les magiques et maléfiques, il les a accueillies, et il tend alors des pièges à celui sur qui elles ont été dites, à moins que Dieu ne l’en empêche.

Prends de la gomme de cet arbre : et si quelqu’un a les lèvres qui gonflent ou qui enflent, ou si la goutte se jette sur lui, alors, le soir, quand il va se cou­cher, fais chauffer doucement cette gomme et fais-la tenir sur ses lèvres, là où il a mal, avec un linge : fais cela souvent et la dou­leur cessera. Si quelqu’un a les doigts et les mains qui tremblent à cause de la goutte, il faut faire tenir cette gomme sur ses mains, avec un linge, et il guérira.

Le fruit de cet arbre est mauvais et dangereux à manger, aussi bien pour le malade que pour le bien-portant, car il excite la mélancolie chez l’homme et augmente en lui les humeurs mauvaises ; il met en ébullition tout le mal qui est en lui et c’est pourquoi il est aussi mauvais à manger pour l’homme que l’ivraie. Si quelqu’un veut en man­ger, il devra le faire modérément. Celui qui est bien-portant pourra le supporter, tandis qu’il fera du mal aux malades. Celui qui tousse prendra l’intérieur des noyaux de son fruit et, après avoir rejeté la coquille, les mettra dans du vin où il les laissera tremper jusqu’à ce qu’ils gonflent ; alors il les mangera ; cela donnera égale­ment une boisson qu’il boira et il sera vite guéri.

Toutes les espèces de pruniers, pruniers rouges, pru­niers de jardins ou pruniers sau­vages, ont dans leurs feuilles et leur écorce les vertus susdites, et les mêmes propriétés dans leurs fruits, sauf que les arbres qui pro­duisent des fruits plus gros ont également des forces plus gran­des.

Chapitre IX De mulbaum – le mûrier

Le mûrier est froid… celui qui souffre de la gale fera cuire dans de l’eau les feuilles de cet arbre et il se baignera dans cette eau, ou bien se lavera énergique­ment dans cette eau, qu’il aura fait chauffer : s’il le fait, il sera vite guéri. Celui qui a pris du poison en mangeant ou en buvant pilera ces mêmes feuilles et en exprimera la sève ; il y ajoutera une quantité légèrement moindre de suc d’ab­sinthe, et deux fois autant de vin bon et pur : il fera cuire le tout jusqu’à ébullition, puis, quand tout sera refroidi, il en boira modérément, après le repas : et le poison s’en ira, par vomisse­ment ou par les selles. Son fruit est rempli de richesses et ne fait aucun mal, ni aux bien-portants ni aux malades : il fait plutôt du bien que du mal.

Chapitre X De amygdalo – l’amandier

L’amandier est tout à fait chaud et a en lui un peu d’humidi­té ; son écorce, ses feuilles et sa sève ne valent pas grand-chose pour la médecine, car toute sa force se trouve dans son fruit. Celui qui a le cerveau vide, un mauvais teint sur le visage et mal à la tête mangera souvent les amandes de son fruit : cela rem­plit le cerveau et redonne un beau teint. Celui qui a le poumon malade et le foie affaibli mangera souvent ces noyaux, soit crus soit cuits : ils donnent force au pou­mon, n’assèchent pas l’homme, mais le rendent fort.

Chapitre XI De haselbaum – le noisetier

Le noisetier est plus froid que chaud et ne vaut pas grand-chose pour la médecine ; il est l’image de la lascivité. Prends les boutons qui doivent donner nais­sance aux fleurs, fais-les sécher au soleil, réduis-les en poudre : lorsque quelqu’un a des scrofu­les, tu lui mettras de cette poudre, et il guérira.

Lorsqu’un homme a des pertes séminales, si bien qu’il ne peut engendrer, il prendra les boutons de noisetier, avec un tiers de renouée et de l’uvinda (un quart de la renouée), un peu de poivre ordinaire ; il fera cuire cela avec le foie d’un jeune bouc déjà apte à engendrer, en y ajoutant aussi de la chair de porc crue, et grasse ; quand il aura fait cuire tout cela, il mangera cette viande ; il trempera aussi son pain dans l’eau de cuisson et le mangera. S’il le fait souvent, sa descendance fleurira… si le jugement de Dieu ne l’empêche pas.

Son fruit, c’est-à-dire la noisette, ne fait ni bien ni mal aux bien-portants qui en mangent ; mais elle est nuisible aux malades, car elle engorge la poitrine.