Pierre Étévenon : Des drogues aux médicaments psychotropes


14 Sep 2019

(Revue 3e Millénaire. Ancienne série. No 17. Novembre/Décembre 1984)

Pouvoir public, médecins et parents s’inquiètent de l’augmentation régulière du nombre d’intoxiqués et drogués en France. Sans aborder ici les raisons profondes qui favorisent hélas cette tragique augmentation, on peut constater, à la lecture de cette courte étude de Pierre Étévenon, que l’arsenal des médicaments et des drogues ne cesse — lui aussi — de se développer, offrant, à ceux qui veulent échapper aux lourdeurs de notre temps et aux incertitudes d’un avenir angoissant, de multiples moyens de s’échapper vers des paradis aussi artificiels que dangereux pour ne pas écrire mortels pour leur santé et leur équilibre psychique. Les données de cette courte étude se limitent à 1984, date de sa parution.

***

Au XIVe siècle parler d’une drogue, c’était parler des dragées fabriquées par un apothicaire dans son laboratoire pour servir de préparation mé­dicamenteuse. Au XXe siècle, parler de drogues c’est parler habituellement des stupéfiants, de narcotiques dérivés de l’opium (opiacés) qui sont le plus souvent inscrits au tableau B de l’ordonnancier du pharma­cien d’aujourd’hui. Nous parle­rons ici des drogues en tant que substances donnant lieu à abus, dépendance et toxicomanie. Non seulement les stupéfiants sont des drogues mais encore tous les produits perturbateurs du psychisme (appelés actuelle­ment psychodysleptiques) qui entraînent des hallucinations (hallucinogènes), des délires (délirogènes), des ivresses (eni­vrants) et des sommeils stupo­reux (hypnotiques) induits chimiquement. Les médica­ments qui agissent sur le psychisme (appelés psychotropes) en tant que stimulants (psychoanaleptiques) ou en tant que sédatifs (psycholeptiques) ne sont pas en principe des drogues entraînant des troubles du psy­chisme.

C’est en 1924 que Lewin pu­blie, en un livre souvent cité Phantastica, les travaux de ses recherches où il présente une classification des drogues en cinq classes différentes. Ces produits étaient alors pour la plupart des substances natu­relles, essentiellement des plantes, où les principes actifs de ces substances isolés chimi­quement (la mescaline halluci­nogène fut isolée en 1896 à partir du cactus d’Amérique centrale, le peyotl). Lewin passe en revue 46 « drogues » en 1924 ; nous en avons dénombré 363 en 1983. C’est au début du siècle que les chimistes isolèrent de plus en plus de produits actifs à partir des substances naturelles à action sur le sys­tème nerveux central. Ces pro­duits actifs « naturels » furent ensuite synthétisée et donnèrent lieu à création de dérivés de synthèse de plus en plus nom­breux, molécules nouvelles qui n’existaient pas initialement dans la nature.

Les médicaments psycho­tropes se multiplièrent alors à partir des fruits de ces études. Les années soixante virent ap­paraître de très nombreux com­posés actifs. Usdin et Efron aux USA dénombrent ainsi 690 mo­lécules « psychotropes » en 1967. Ce nombre double cinq ans après, où les mêmes auteurs recensent 1555 composés actifs en 1972. La troisième édition de leur dictionnaire ne comporte qu’une centaine de produits de plus.

Un nouveau tournant est en train d’être pris par le passage des drogues et des substances naturelles psycho­tropes « exogènes », c’est-à-dire trouvées dans la nature, aux substances naturelles « endo­gènes » fabriquées par l’orga­nisme humain et qui font l’objet de récentes découvertes et d’études nombreuses, des neuromédiateurs (du type mono-amines comme par exemple la noradrénaline), d’acides aminés et surtout de neuropeptides et de neurohormones actifs sur le système ner­veux central.

Dans une première partie nous comparerons les classifica­tions des « drogues » de 1924 (Lewin), 1970 et 1981, jusqu’à nos jours (1983) en montrant l’évolution. Les classifications de 1970 et 1981 sont extraites des Entretiens de Rueil orga­nisés par Sandoz. Le premier s’intitulait : « Ivresse chimique et crise de civilisation » ; onze ans après, le titre de ce nouveau colloque devenait : « Drogue et civilisation. Refus social ou ac­ceptation. » Dans une deuxième partie nous élargirons le propos en présentant la classification des médicaments psychotropes selon Delay et Deniker, où les « drogues » n’ont plus qu’une place à part lorsqu’elles sont considérées comme perturba­trices du psychisme et non comme médicaments.

Les drogues de 1924 nos jours

Le tableau I, qui suit, montre que les 46 produits naturels recensés par Lewin en 1924, ont été multipliés par huit et sont devenus 363 composés chimi­ques en 1983, qui sont ou peu­vent devenir des « drogues » par abus et autoconsommation sau­vage ! Il est évident que l’on retrouve les produits naturels utilisés aux temps les plus an­ciens, en particulier parmi les excitants (et psychostimulants mineurs) : les café, thé, choco­lat, maté ; le tabac ; la noix de bétel qui est chiquée avec de la chaux vive dans tout le Sud-Est asiatique. D’autres produits ont souvent une double action : ex­citants à dose faible, ou au départ, et sédatifs, enivrants à plus forte dose ou par la suite. C’est le cas de l’alcool et du tabac. Le café a une durée d’action prolongée, jusqu’à huit heures d’action stimulante. Par­ fois l’intoxication au café, le caféinisme entraîne des réac­tions de « panique » et crée un cercle vicieux : la labilité émo­tionnelle fait que l’intoxiqué boit encore plus de café et renforce ses symptômes d’anxiété et d’attaques de pa­nique en même temps que son sommeil sera perturbé. Il peut encore y avoir accoutumance, dépendance et aussi toxicomanie aux hypnotiques, avec parole pâteuse, désorientation, troubles de mémoire, démarche ébrieuse et troubles de l’équi­libre. C’est au médecin qu’il revient de détecter l’intoxica­tion et de sevrer progressive­ment le malade en remplaçant l’hypnotique responsable et en changeant les posologies jusqu’à revenir à la normalité.

Un même produit peut se retrouver dans plusieurs classes différentes. C’est ainsi que l’alcool peut-être le prototype des enivrants, à faible dose sti­mulant. Le chanvre indien (can­nabis), que Lewin classe parmi les euphorisants, les stupéfiants en même temps que l’opium et la coca, peut être encore classé comme hallucinogène à dose plus forte, onirogène (inducteur de « rêves »), et même délirogène (produisant un délire toxi­que) à dose encore plus forte qui peut entraîner jusqu’à un état de coma toxique.

Nous avons parlé du cannabis, du has­chich, de la mari­huana dans un récent livre, « Les Aveugles éblouis » sur Les états limites de la conscience. Ce produit est en­core proche du Khat, consommé aussi au Moyen-Orient et qui entraîne un état d’intoxication sérieux, tant chez l’homme que chez les moutons qui consomment cette plante et sont alors pris d’ivresse toxique. La cocaïne elle-même, fort prisée de Freud (pendant 11 ans) et de Sir Conan Doyle, le principe actif de la coca fait des ravages par son action psychosimulante majeure, qui peut ra­pidement entraîner une dépen­dance psychologique et des troubles graves allant jusqu’à se croire persécuté et sentir grouil­ler sous sa peau des vermines rampantes !

Tableau I

Les principales drogues de 1924 à nos jours

1924

1970

1981

1983

I. PHANTASTICA 12

peyotl et mescaline

HALLUCINOGÈNES

amphétamines (et mescaline)

LSD et dérivés (psilocybine)

HALLUCINOGÈNES

amphétamines 37

(et mescalines)

LSD et dérivés 33

(psilocybine)

Autres (harmine) 8

chanvre indien

CANNABIS et dérivés 24

solanées :

belladone, jusquiame

datura

DÈLIROGÈNES

naturels : solanées,

muscade, amanite

tue-mouche

synthétiques :

Ditran Sernyl

délirogènes synthétiques 26

II. EUPHORICA 9

opium, morphine, héroïne

chanvre indien

STUPÉFIANTS

morphine, héroïne,

etc.

morphinique de

synthèse

OPIACES

NARCOTIQUES

morphine, héroïne

dérivés synthétiques 20

CANNABIS et dérivés 24

PSYCHOSTIMULANTS MAJEURS

Coca, cocaïne

cocaïne

cocaïne

cocaïne

III. EXCITANTIA 13

PSYCHOANALEPTIQUES

amphétamines

Amphétamines 40

PSYCHOSTIMULANTS MINEURS

café, caféine, kola

khat

camphre

noix de bétel

khat

Caféine

et apparentés

khat

tabac, nicotine

Caféine

et apparentés 2

tabac, nicotine

noix de bétel

(cholinergiques) 4

IV. INEBRIANTA 5

alcool, éther

chloroforme

benzène

protoxyde d’azote

ENIVRANTS

alcool, éthérorme

chloroforme

SOLVANTS

benzène, toluène

essence, acétone

Produits volatiles 15

alcool, éther, solvants à peinture

essence (glue)

acétone (vernis à ongles)

trichloréthylène

tétrachlorure de carbone

nitrite d’amyle

V. HYPNOTICA 7

véronal

bromure de potassium

HYPNOTIQUES

barbituriques

hydrate de chloral

non-barbituriques (quinazolones)

PSYCHODEPRESSEURS

barbituriques 20

non-barbituriques 1

TRANQUILLISANTS MINEURS

type Valium 65

Autres.. 44

Total en 1924 : 46

Total en 1983: 363

Tableau II

Classification des ps chotro es de Delay et Deniker (1977)

Types d’action

Groupements chimiques

Nombre recensé

Vendus en France

Psycholeptiques ou sédatifs

Hypnotiques

tranquillisants sédatifs mineurs

neuroleptiques

régulateurs de l’humeur

Barbituriques

Non barbituriques

type Valium

autres

régulateurs de l’humeur

20

21

65

44

124

10

9 (46)

20 (40)

14

20

44

4

Psychoanaleptiques ou stimulants

Antidépresseurs

stimulants de l’humeur

stimulants de la vigilance

autres stimulants

Tricycliques

IMAO

amphétamines

vitamines

stéroïdes

56

25

40

10

25

10

(tableau B)

32

Psychodysleptiques ou perturbateurs

Hallucinogènes

stupéfiants : opiacés, cocaïne

cannabis

enivrants

25

10

10

4 (tableau B)

Nombre de produits psychotropes recensés en 1983 : 460.

Nombre de spécialités vendues et prescrites en France en 1983 : 239.

* Dernière version, Entretiens de Bichat, 1977.

Tableau III

Autres médicaments pouvant

avoir des actions psychotropes

1) Spécialités prescrites en France : 189 (en plus du tableau II)

Analgésiques généraux : 138 (non morphiniques, type aspirine)

Antiparkinsoniens : 18

Antiépileptiques : 17

Antimigraineux : 13

Antimyasthéniques : 3

2) Usage hospitalier seulement

Anesthésiques généraux (hors opiacés)

Anesthésiques locaux (hors cocaïne)

Curares et ganglioplégiques

Tonicardiaques

Tableau IV

Médicaments à l’essai les principaux neuropeptides

Antidouleur :

Endorphines, enképhalines (la douleur étant liée à la « substance P »)

Mémoire :

TRH, MIF

Neurotensine, Vasopressine

Reproduction, vie sexuelle :

LH-RH, Ocytocine

Faim :

Cholécystokinine

Soif :

Angiotensine Il

Sommeil :

Peptide du sommeil

De plus, tout comme une hyperexcitation par amphéta­mine, la cocaïne monopolise, consomme et brûle les res­sources naturelles de l’orga­nisme et le « trip » s’achève sou­vent en « descente » aux enfers, en déprime avec perte d’énergie qui peut être très mal vécue.

Ce n’est donc pas étonnant que Lewin ait classé la cocaïne parmi les euphorisants, les stupéfiants, les narcotiques dont l’opium, la morphine, l’héroïne sont les prototypes mêmes des « drogues dures ». Nous ne nous attarderons pas sur ces « drogues », car les abondants travaux sur ce sujet, les récits des enfers traversés par les toxi­comanes accrochés sont là pour en parler, en même temps que les efforts dépensés par les centres et dispensaires anti-toxi­comanies et par les gouverne­ments qui luttent contre ce fléau. Il va sans dire, et le Dr Olivenstein l’a raconté récemment aux actualités télévisées, qu’associer cocaïne et héroïne (« speed-balls ») conduit tout droit à remplir les centres de désintoxi­cation ! Remarquons encore que l’intoxication par les solvants volatils est très grave. Ces pro­duits dissolvent les graisses et en particulier la myéline qui entoure et protège les grosses fibres nerveuses. « Sniffer de la glu » peut entraîner des dé­sordres graves de l’organisme, du foie autant que du système nerveux.

Les mesures récentes prises par les municipa­lités contre l’abus des colles va vers une prévention de ces intoxications dangereuses. La récente mesure qui consiste à ne plus délivrer d’éther sans contrôle en pharmacie, va aussi dans le sens d’une réduction de cette toxico­manie possible qui se repère bien par l’haleine même de l’éthéromane.

Proches de psychostimulants majeurs comme les amphéta­mines (auxquels appartiennent souvent les anorexigènes, les « coupe faims »), se trouvent les substances hallucinogènes et à un autre degré les substances délirogènes. La mescaline, le composé actif du peyotl, ce cactus de l’Amérique centrale qui est mâché rituellement pour rentrer en transe par les indiens huichos du Mexique, au cours de leur cérémonies religieuses, est encore un dérivé amphétaminique, tout comme les analo­gues de synthèse qui, selon la dose, peuvent-être stimulants à dose faible et hallucinogènes à dose forte. Ces dérivés de synthèse portent des noms abré­gés, sigles des premières lettres des molécules chimiques qui les spécifient.

On a parlé récemment d’une amphétamine substituée le MDA, décrite en 1976 par Shulgin et devenue « Speed for loyers » puis « ecstasy » qui a été décrite fin 1981 par un journa­liste (J.-P. Lentin, Actuel) puis a donné lieu à d’autres articles début 1984 (Jean Grémion, Vital puis R. Sacrani, Actuel). Il a souvent été remarqué que l’aspect social et relationnel était très important dans le vécu d’une expérience psycho-stimu­lante, a fortiori proche d’une expérience hallucinogène, psy­chédélique (Osmond), psycho­dysleptique (Delay et Deniker).

De même, les halluci­nations obtenues au sein de communautés d’indiens d’Amé­rique (peyotl, champignons hal­lucinogènes psilocybe mexicana aussi consommés en Indonésie, graines d’ololiuqui contenant du LSD, yagé contenant de l’harmine, etc.), les états d’excitation des piroguiers africains qui remontent l’Ogué en mâ­chant une racine d’iboga (conte­nant de l’ibogaïne), les états de délire sinon d’agressivité pro­duits chez les Vikings qui consommaient l’amanite tue-mouche (la fausse oronge, contenant du muscimol), conduisent à des « états limites de la conscience » qui dépen­dent des archétypes de la tribu ou du groupe ethnique qui en fait usage.

Les récits de Castaneda, de Huxley, diffèrent entre eux suffisamment pour que cela paraisse évident. Sartre et Mi­chaux sous mescaline ont eu des expériences différentes bien que peu agréables comparative­ment à Huxley, Timothy Leary et Grof. En fait, hallucinogènes et délirogènes révèlent souvent le subconscient individuel dont l’imaginaire fait irruption dans la réalité quotidienne. Il est évident qu’il y a risque de pharmaco-psychose et que de telles effractions incontrôlables et in­contrôlées du psychisme ne sont pas sans danger. Il en va de même du haschich à forte dose et du produit actif du cannabis le THC (tetra-hydro-cannabi­nol) qui peut produire aussi bien de bons que de mauvais voyages de plusieurs heures !

Quant aux produits délirogènes ils paraissent encore plus dangereux que les hallucinogènes. Hitler était intoxiqué à la belladone. Les produits synthétiques qui entraînent des délires (ditran, sernil ou PCP) conduisent à d’effroyables voyages où la santé mentale est gravement mise à l’épreuve. L’amnésie est souvent la règle et le sujet intoxiqué ne se rap­pelle plus les phases de son délire souvent confus et agité. C’est pourquoi la datura stra­moine est consommée rituellement comme épreuve par cer­tains initiés tantriques. Cette « herbe aux voleurs », était of­ferte aux paisibles voyageurs de diligence en guise de tabac, dont les économies s’envolaient en fumée tandis qu’ils étaient détroussés pendant leur ivresse délirante ! Pour Castaneda aussi la datura est encore plus dange­reuse que le peyotl ou la « petite fumée » (psylocybe mexicana).

Mais partons de la classifica­tion des drogues pour présenter maintenant brièvement la clas­sification des médicaments psy­chotropes selon les indications de ces derniers.

Les médicaments psychotropes

La dernière classification de Delay et Deniker a été présentée par le Pr Deniker aux Entretiens de Bichat en 1977. Le tableau II résume les princi­paux points de cette classifica­tion générale des psychotropes tout en donnant le nombre de composés décrits en 1983 dans la littérature internationale spé­cialisée et aussi en France (nombre de spécialités vendues en officine et présentés aux médecins prescripteurs). Près de 40 % des 460 psychotropes que nous avons recensés dans la littérature internationale et des 239 spécialités prescrites en France peuvent donner lieu à abus et devenir des « drogues », hormis les psychodysleptiques ou perturbateurs qui sont des « drogues » par définition et non des médicaments (sauf les opiacés prescrits exceptionnel­lement comme médicaments anti-douleur). Nous ne revien­drons pas sur les psycho-dysleptiques perturbateurs dont nous avons déjà parlés et qui ne sont pas des médicaments au même titre que les sédatifs ou les stimulants qui forment les deux grandes premières catégo­ries de la classification de Delay et Deniker. Les sédatifs (psy­choleptiques) représentent 2/3 des composés recensés dans la littérature (284 sur 460), dont un grand nombre de « neuro­leptiques » composés utilisés es­sentiellement pour traiter les malades schizophrènes. En France les hypnotiques induc­teurs de sommeil représentent 29 molécules psychotropes dif­férentes prescrites selon 86 spé­cialités (46 barbituriques et 40 autres). Les stimulants (psy­choanaleptiques) constituent le troisième tiers des médicaments psychotropes (131 sur 460).

Parmi ces derniers, les médi­caments antidépresseurs sont les plus nombreux. Ils doivent être administrés sur ordonnance et souvent prescrits à l’hôpital en perfusion dans des cas graves de dépression. Les psychosti­mulants mineurs sont prescrits souvent contre la fatigue, l’asthénie, de même que les régulateurs métaboliques » prescrits aux personnes âgées pour améliorer en particulier leur métabolisme cérébral et qui font l’objet de consomma­tions importantes dans les pays à haut niveau de vie. Les am­phétamines ne sont plus pres­crites en France aussi facile­ment depuis que leur chef de file et ses principaux dérivés ont été inscrits au tableau B des stupéfiants afin de diminuer la toxicomanie existante.

Il y a donc près de 500 pro­duits psychotropes recensés qui peuvent être prescrits par le corps médical. À ces produits bien définis s’ajoutent d’autres classes de produits qui sont ré­pertoriées dans le tableau III : les premiers sont presque essen­tiellement constitués par les mé­dicaments anti-douleur, les analgésiques généraux non morphiniques, les seconds relè­vent des prescriptions hospita­lières.

Les futurs médicaments

Parmi les recherches en cours qui portent sur les substances « endogènes », les « neuropep­tides » donnent lieu a de mul­tiples études de par le monde et à des prises de brevets nom­breuses. Le tableau IV donne une liste minimale des chefs de files de ces substances clés qui constitueront sans doute les mé­dicaments d’un proche futur.

En conclusion, de même que l’ordre peut être généré à partir du désordre, nous avons vu que les médicaments psychotropes se sont développés parallèle­ment aux drogues et aux pro­duits perturbateurs. Après l’étude des substances natu­relles exogènes, l’ère des déri­vés de synthèse s’oriente vers les dérivés naturels endogènes et en particulier les recherches des neuropeptides. Au-delà se profile l’ingénierie génétique avec des molécules actives qui iront directement attaquer les virus et les microbes ainsi que les enzymes pathologiques liés aux affections chroniques. Une révolution thérapeutique s’annonce qui précédera peut-être un changement de conscience de l’homme et de ses sociétés.

BIBLIOGRAPHIE

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