Catherine Coldstream
La musique et l’ineffable divin

Tout au long de l’histoire de l’humanité, la musique a été considérée comme un moyen de nous relier au divin. Rabindranath Tagore la décrivait comme « la forme d’art la plus pure », tandis que Beethoven la voyait comme « l’unique entrée incorporelle dans le monde supérieur de la connaissance qui embrasse l’humanité, mais que l’humanité ne peut embrasser ». Dans cet article, l’écrivaine, mentore et ancienne religieuse carmélite Catherine Coldstream contemple la relation entre le silence, la parole et la musique dans notre expérience de l’ineffable ; la correspondance « sublime » entre la musique et les harmonies de l’univers, ainsi que son propre amour pour les derniers quatuors à cordes de Beethoven. « Le don de la musique nous parvient comme la pluie ou la rosée ou l’inspiration, comme beauté, comme gratuité ».

Catherine Coldstream contemple la nature sublime de la musique

Music Ineffable Divine

Tout au long de l’histoire de l’humanité, la musique a été considérée comme un moyen de nous relier au divin. Rabindranath Tagore la décrivait comme « la forme d’art la plus pure », tandis que Beethoven la voyait comme « l’unique entrée incorporelle dans le monde supérieur de la connaissance qui embrasse l’humanité, mais que l’humanité ne peut embrasser ». Dans cet article, l’écrivaine, mentore et ancienne religieuse carmélite Catherine Coldstream contemple la relation entre le silence, la parole et la musique dans notre expérience de l’ineffable ; la correspondance « sublime » entre la musique et les harmonies de l’univers, ainsi que son propre amour pour les derniers quatuors à cordes de Beethoven. « Le don de la musique nous parvient comme la pluie ou la rosée ou l’inspiration, comme beauté, comme gratuité ».

Pytagoras PhilosophusY aura-t-il du silence au ciel ? Ou une musique d’une beauté qui dépasse tout ce que l’humain peut concevoir ? Lorsque nous abandonnerons notre état fini et mortel, qu’entendrons-nous, s’il y a quelque chose à entendre ? Des mots dans une langue que nous pouvons comprendre ? Des sons intelligibles ? Ce sont là les sortes de questions que saint Paul aurait rejetées comme folles, ou aphron — dépourvues de sens — parce qu’elles reposent sur une vision trop limitée de ce qu’il faut attendre « de l’autre côté ». Les comparaisons de l’au-delà avec des états qui nous sont familiers échouent généralement en raison de leur banalité.

Non pas qu’il y ait nécessairement quoi que ce soit de mal dans les éléments les plus banals de l’existence quotidienne — le banal (ou les réalités « ordinairement décrétées ») fait partie du tissu commun de la vie humaine, l’un des nombreux ligaments essentiels qui nous unissent en tant qu’êtres incarnés. Mais il en va de même des pressentiments partagés de quelque chose de moins familier, de la perfection ultime que nous entrevoyons obscurément et à laquelle nous aspirons tous. Tout cœur désire l’accomplissement, la fin de l’effort, et c’est vers cela que nous tentons de nous orienter, consciemment ou inconsciemment, tout au long de notre vie. L’une des caractéristiques de la vision chrétienne est qu’elle situe cet accomplissement ultime hors du temps et de l’espace.

Lorsque saint Paul fut interrogé sur la forme d’incarnation que nos sois après résurrection seront susceptibles de recevoir, il rabroue brièvement son interlocuteur hypothétique. « Insensé que tu es ! » répondit-il, manifestant une tolérance assez limitée envers ces chercheurs qui, tout en étant sincères, parviennent à poser les mauvaises questions [1]. Il n’y aura aucune ressemblance évidente entre nos corps mortels et la forme que pourront prendre nos êtres futurs, dit-il, comparant la différence entre les états antérieur et postérieur à la résurrection à la différence entre une graine et une plante pleinement développée. Ce qui est maintenant manifeste n’est pas ce qui doit advenir, précise-t-il encore, nous rappelant que potentialité et actualité s’excluent mutuellement.

Il y a également un élément de mystère grandiose et indicible qui est ici sous-entendu. Cela est conforme à la formation biblique de Paul, selon laquelle ce serait une erreur de chercher à cerner Dieu (ou toute autre forme de transcendance). En effet, il serait peut-être préférable pour nous de ne pas penser prématurément que nous « savons » ni de supposer que nous « comprenons ». Une telle saisie ne peut que manquer sa cible. Les images et l’idolâtrie nous font défaut non pas parce qu’elles sont trop stimulantes, mais parce qu’elles ne le sont pas — ou ne nous transportent pas — suffisamment. Nous saisissons l’idée générale de ce que dit Paul, mais certainement pas les détails, probablement parce que les catégories dans lesquelles nous concevons des choses, telles que les « détails » ne s’appliqueront plus dans notre état futur encore non révélé, lors de ce dévoilement singulier où nous nous retrouverons « face à face » avec la Lumière incréée.

Elijah Fed by the Ravens by Giovanni Girolamo Savoldo (1480–1548)

Élie nourrit par les corbeaux, par Giovanni Girolamo Savoldo (1480–1548). Alors qu’il se réfugiait dans les montagnes, Élie entendit la voix de Dieu dans « le bruit d’une brise légère » [2] Image : National Gallery of Art, Washington DC, via Wikimedia Commons

Silence, parole et musique

Le silence, en tant que mode d’être, est quelque chose que nous pourrions associer, sinon à la présence divine elle-même, du moins à une forme d’accès, une condition préalable à l’attente de Dieu qu’est la contemplation. Le silence comme attention. Le silence comme abandon, ou même comme fait de laisser être. Le silence de cette nature n’est pas une relaxation, mais une forme de réceptivité choisie consciemment, une « inclination de l’oreille » pour saisir des harmonies suffisamment pures pour nous faire sortir de nous-mêmes, élargissant le cœur, accroissant nos capacités, nous préparant à des aperçus toujours plus grands du Dieu qui s’approche de nous dans l’humilité, comme la brise légère d’Élie. Une telle réceptivité active ne reconnaît pas seulement qu’il y a quelque chose là-dehors à entendre et qui mérite d’être entendu, mais implique également la volonté d’appliquer ce qui est appris dans la contemplation à la matière de la vie quotidienne, dans des actes qui sont — au sens fondamental du terme — obéissants.

Du latin ob audire (« écouter »), le verbe qui en est venu à être associé à une obéissance irréfléchie aux ordres implique en réalité quelque chose de bien plus riche et de plus exigeant sur le plan humain — une coopération avec l’esprit qui est en partie abandon, en partie responsabilité active. Être à l’écoute des impulsions divines et leur obéir, c’est se déclarer agent conscient et actif du bien, du beau et du vrai, et non le laquais d’une quelconque autorité intérimaire. C’est mettre la vérité en premier et, en effet, choisir le chemin de la vérité qui embrasse toutes les autres vertus, y compris l’amour. C’est interagir librement avec la vérité en tant que fils ou fille, et non qu’esclave — pour reprendre une autre image enracinée dans la Bible, chez saint Paul. Un enfant écoute afin d’apprendre d’un parent et, en écoutant, apprend à imiter.

Les brebis qui appartiennent au Bon Pasteur sont à l’écoute de cette voix qui, une fois entendue, laisse une empreinte durable dans l’esprit et l’âme, une empreinte qui, entièrement par elle-même, exprime une parenté et opère une alchimie. Mais une écoute aussi active et transformatrice exige une certaine ouverture et passivité et, par-dessus tout, que nous soyons à l’aise dans le silence. Le silence est la porte d’entrée. Le son est la récompense, qu’il soit forme de mot ou de Parole, de Logos ou de réverbération divine.

Mais qu’en est-il de la musique terrestre et, à plus forte raison, de la parole humaine, ces deux formes de communication qui dépendent d’une grammaire partagée et d’une physionomie commune, formes qui permettent à une vibration imperceptible d’être traduite en une affirmation porteuse de sens et rendue intelligible ? Ne sont-elles pas elles aussi des véhicules valides de l’approche divine, des modes que nous reconnaissons comme une ouverture vers l’autre, un appel profond vers le profond, une communication qui peut couler facilement — presque réciproquement — dans les deux directions ? Puisque la parole même de Dieu est créatrice, chaque énonciation étant une réalisation de la volonté sainte, l’inclinaison de l’oreille humaine pour saisir les fragments dispersés de la divinité est une réponse parfaitement ajustée. Dire que Dieu nous parle n’est pas une exagération — c’est un euphémisme. Dieu nous parle. Il nous veut dans l’être. Et, continuant à proférer la Parole qui est Vie, Il nous veut et poursuit cette énonciation voulue aussi longtemps qu’il Lui plaît de le faire pour Sa gloire. Pour paraphraser saint Augustin, Dieu est le chanteur ; nous sommes le chant. Mais aucun chant n’existe isolément. En harmonie avec le Créateur divin, nous sommes appelés à écouter et à nous mouvoir au rythme de Ses réverbérations.

De tous les moyens dont nous disposons pour percevoir l’ineffable divin, la musique, je suggère, est la plus directe et la plus pure, à l’exception seulement de cette « foi nue » dont parlent les véritables ascètes et — liée à cette foi humble — d’une participation désintéressée aux sacrements. Il est toutefois difficile de dire comment ces derniers — la foi et une vie sacramentelle — se rapportent à la musique, à moins de nous contenter d’une explication selon laquelle l’harmonie est l’accès « sensible » le plus pur dont nous puissions disposer ou que nous puissions espérer avoir, la foi pure se situant quelque part au-delà du domaine des sens.

Selon un tel modèle, la foi, tout comme l’espérance et l’amour, sont des vertus exigeantes qui relient directement la volonté humaine à Dieu, étant de nature « théologale », tandis que le don de la musique nous parvient comme la pluie ou la rosée ou l’inspiration, comme beauté, comme gratuité. C’est quelque chose qui adoucit le cœur et nous incline à écouter et à nourrir cet amour qui est au-delà de tous les amours, et à lui accorder la place la plus élevée dans nos vies. Lorsque la musique nous émeut, tout semble possible ; ses effets sont si miraculeux. Lorsque la beauté nous assaille, nous sommes parfois ébranlés jusqu’au plus profond de nous-mêmes et, ainsi ébranlés, brièvement tirés du sommeil qui peut si facilement fermer nos yeux et nos oreilles au bien.

‘Harmony of the Spheres’ by the English hermeticist Robert Fludd (1574-1637)

«L’Harmonie des sphères » de l’hermétiste anglais Robert Fludd (1574–1637), représentant l’âme de l’homme en harmonie avec l’univers. Image : Science History Images/Alamy Stock Photo

Le sublime dans le son

En ce qui concerne la musique céleste, en tant que catégorie transcendante en elle-même, que voulons-nous dire lorsque nous parlons du sublime dans le son ? Et pouvons-nous, du moins en théorie, distinguer l’extraordinaire beauté et la puissance parfois véhiculées par la musique de ce côté-ci du ciel, de cette expérience tant désirée que « l’œil n’a point vues, que l’oreille n’a point entendues, et qui ne sont point montées au cœur de l’homme » ? [3] La musique qui nous fait pleurer, ici et maintenant, a-t-elle un quelconque rapport avec le divin, au-delà de celui d’un humble messager, et, si oui, en quoi consiste ce rapport ? Pouvons-nous seulement en savoir quelque chose ?

Le compositeur et écrivain Andrew Baker ravive les théories platoniciennes sur le rôle de l’harmonie dans la mise en relation de l’humanité avec Dieu, en faisant appel à la géométrie inhérente aux relations musicales et à la manière dont la résonance harmonieuse reflète tant d’autres relations naturelles, proportions et manifestations de la beauté [4]. Selon une telle vision du monde, la musique possède en elle-même la capacité d’ordonner l’âme humaine, en encourageant le développement des vertus et en renforçant les aspirations métaphysiques de l’individu. Ainsi, la musique et le divin sont profondément entrelacés.

Pour répondre à la question de savoir ce que nous pourrions ou non nous attendre à entendre au ciel, un saut dans le grand inconnu est toutefois finalement requis. Les seules références à la musique dans l’au-delà que l’on trouve dans la Bible concernent des choses aussi spectaculaires que les trompettes et les harpes, mais la plupart d’entre nous les lisent comme poétiques et métaphoriques. En fin de compte, tout ce que nous pouvons faire est d’esquisser un état futur qui constitue une synthèse, un aboutissement et un point final donnant un sens à la voie qui y mène (et la justifiant). Sachant ce que nous savons du son en tant que vibration, phénomène désincarné, et de Dieu en tant qu’esprit pur, il n’est pas fantaisiste de supposer une correspondance entre les deux, d’autant plus que l’esprit suggère le mouvement et que le Logos implique la rationalité, l’élan d’une idée communicable.

Dans la musique, ce qui ne peut absolument pas être touché, tenu ou possédé d’une quelconque manière (sans parler des CD et des services de diffusion en continu) pénètre subtilement notre être même, nous touche, nous émeut et nous transforme au niveau cellulaire, tout comme peut le faire l’essence de Dieu lorsqu’elle est reçue par le fidèle communiant selon une théologie chrétienne de l’Eucharistie. Dans un cas comme dans l’autre, une transformation s’opère d’une manière ou d’une autre, et un merveilleux échange par lequel ce qui défie les limites de nos corps et nous pénètre par vibration nous transforme également.

Vidéo : le Quatuor à cordes danois interprète le Heiliger Dankgesang de Beethoven dans The Copenhagen Cycle, 2018. Durée : 19:04

Le Beethoven sourd

Parmi toutes les musiques qui m’ont parlé le plus directement, certaines œuvres se distinguent comme particulièrement mystérieuses. Lorsque j’ai découvert, adolescente, les derniers quatuors à cordes de Beethoven (numéros 12 à 16 [5]), j’ai été fascinée par le langage dépouillé de ces œuvres d’art exceptionnellement tendues et distillées. Je me demandais ce qui, non seulement, me transportait, mais me réduisait aussi au silence, me ramenant à mon propre centre d’une manière qui tenait davantage de la prière que de la performance ou de ses effets émotionnels. La puissance et la grandiloquence relatives des premières et moyennes périodes de Beethoven semblaient s’être évaporées, ne laissant derrière elles que le regard contemplatif.

Je ne l’aurais peut-être pas exprimé de cette façon, adolescente orageuse de dix-sept ans en quête d’une rédemption musicale, mais je percevais la pureté de l’intention qui sous-tendait ces œuvres, l’intégrité et la puissance qui me disaient que quelque chose de plus que ce que nous entendons normalement par « musique » était à l’œuvre. Ces constructions sonores étaient l’équivalent de « lieux minces » — des zones où les barrières du temps et de l’espace se dissolvent et où une ligne directe est tracée entre la source inspirée et l’auditeur réceptif.

Une réponse à mes interrogations d’adolescente pourrait être que, lorsque ces dernières œuvres furent composées, à partir de 1825, Beethoven était complètement sourd, ce qui n’a pu manquer d’instaurer chez lui une relation nouvelle et étrangement désincarnée avec la musique. Au-delà de la sensation, la musique est ici moins affaire d’expérience auditive que d’architecture sous-jacente, de concept pur, et je sens aujourd’hui que c’est l’une des raisons pour lesquelles ces œuvres tardives extraordinaires possèdent cette lueur éthérée et transcendante d’altérité. Elles sont des distillations de quelque chose qui se situe au-delà du son et des sens, de quelque chose qui participe de la perfection conceptuelle des mathématiques tout en reconnaissant, dans le même temps, la vulnérabilité de notre humanité.

Le Heiliger Dankgesang, ou « Chant sacré d’action de grâce », qui constitue l’Adagio du 15quatuor à cordes, opus 132, en est l’un des exemples les plus sublimes : un mouvement dans lequel le compositeur remercie Dieu de son rétablissement après une période de maladie, au moyen de mesures musicales qui évoquent à la fois l’abandon, l’impuissance et la gratitude.

Est-ce ainsi que résonnera le ciel, ou peut-être se ressentira-t-il ? Il est tentant de se montrer trop sûr de soi ou de s’extasier, mais la vérité est que nous n’en avons aucune idée et devons attendre d’être surpris. Que ce changement aura lieu est certain, et l’image du « clin d’œil » nous est offerte pour nous aider à concevoir à quel point notre conversion et notre illumination ultimes pourraient être rapides, certaines, instantanées. Que ce soit au son d’une trompette, dans le silence absolu dont parle le Livre de l’Apocalypse — un moment de « souffle retenu » tandis que les mystères de l’univers sont dévoilés (à l’ouverture du septième sceau) — ou dans un déferlement d’énergie tel que celui qu’évoque le « Freude ! » de Beethoven, le dévoilement de la divinité sera vraisemblablement bien au-delà de tout ce que l’esprit humain peut concevoir.

Dans son roman de 1928, Contrepoint, Aldous Huxley fait référence à la perfection cristalline du Heiliger Dankgesang de Beethoven comme démonstration efficace de l’existence de Dieu. Dans son essai de 1931, Le reste est silence, il poursuit son dialogue avec la musique en écrivant :

Toutes les choses qui sont fondamentales et les plus profondément significatives pour l’esprit humain ne peuvent être qu’expérimentées, et non exprimées. Le reste est toujours et partout silence… Après le silence, ce qui se rapproche le plus d’exprimer l’ineffable est la musique. [6]

Le fait que la musique varie considérablement selon les époques et les lieux ne change rien au fait qu’elle existe réellement en tant que langage spirituel, longueur d’onde, ou plus précisément spectre de longueurs d’onde, et qu’elle joue sur notre perception du temps lui-même. Qu’elle puisse faire couler les larmes, qu’elle puisse apaiser, unir et nous tirer de l’étroitesse de notre moi pour nous transporter vers un passé remémoré ou un avenir imaginé, tout cela témoigne de ses pouvoirs en tant que quelque chose qui dépasse la banalité du quotidien, même si elle est accessible à la plupart d’entre nous à tout moment. Nos corps fournissent l’instrument dans le don du chant, qui est aussi primordial que le cri d’un nouveau-né et aussi sophistiqué que Pythagore.

‘When the Morning Stars Sang Together’ by William Blake

« Quand les étoiles du matin chantaient ensemble » de William Blake, illustration du Livre de Job. Image : Wikimedia Commons

Réflexions finales

Y aura-t-il donc du silence au ciel, ou une musique d’une beauté qui dépasse toute conception humaine ? Parce que « ciel » est un mot, et que personne ne sait vraiment ce qu’il peut bien signifier, au-delà d’une vision et d’une expérience de Dieu qui soient complètes et finalement et pleinement satisfaisantes, la question présuppose des modes de connaissance qui ne nous sont pas encore accessibles. L’indication de Paul selon laquelle, au-delà du matériel, il y aura des joies que « l’œil n’a point vues, que l’oreille n’a point entendues, et qui ne sont point montées au cœur de l’homme » nous donne l’espoir que, dans une autre sphère, au-delà de nos conceptions du temps et de l’espace, justice sera rendue et que le désir de bonté ultime récompensé. Ce que cela impliquera, et à quoi nous pourrons le comparer au niveau sensoriel, demeure profondément mystérieux. Le fait que Dieu et la musique — tout comme les anges, qui sont eux aussi de purs esprits — partagent une qualité agile, désincarnée et essentiellement vibratoire (éthérée), suggère une identité qualitative, ou du moins une relation qui s’accorde avec nombre de nos intuitions les plus profondes.

Jusqu’à quel point la vérité se situe-t-elle au-delà de nos imaginations actuelles, nous ne le savons pas. Avec Job, je suis heureuse de chanter : « Je sais que mon Rédempteur est vivant » [7] et que « Mes yeux le verront » [8], celui qui prend ma défense, tout en reconnaissant avec la même joie que le langage reste en deçà de la réalité. Je suis plus réticente à suggérer que L’Art de la fugue de Bach, ou l’Opus 132 de Beethoven, restent en deçà de celle-ci, mais même les relations mathématiques les plus pures exprimées à travers la musique — c’est-à-dire de manière éthérée et vibratoire — nous parlent de choses que nous ne pouvons pas, dans notre état incarné, comprendre pleinement. Je suis heureuse d’attendre l’inéluctable transformation, dans ce clin d’œil promis, et la reconfiguration de ma nature jusqu’à ce que sa capacité à accueillir Dieu soit comblée et que mon potentiel de bonté soit réalisé, et que je sois prête à découvrir ce que le mot ciel signifie réellement.

Catherine Coldstream est écrivaine, mentore et ancienne religieuse carmélite. Autrice de Cloistered: My Years as a Nun (Chatto & Windus, 2024) et éditrice de William Coldstream Remembered: Portraits of a Painter (Sansom & Co, 2025), elle a enseigné les études religieuses dans des établissements scolaires et a collaboré à des revues telles que la Temenos Academy Review et le magazine artistique MONK. Ses écrits ont été adaptés pour la radio et sélectionnés pour des prix, notamment le TLS Ackerley Prize, le Hatchard’s and Biographers’ Club First Biography Prize.

Texte original publié en 2026 : https://besharamagazine.org/arts-literature/music-ineffable-divine-catherine-coldstream/

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1 Voir Nouveau Testament, 1 Co 15,36.

2 Voir Ancien Testament, 1 Rois 11–13.

3 Nouveau Testament, 1 Co 2,9.

4 Voir ANDREW BAKER, Hidden Music: a Franciscan Musical Theology (AJB Publications, 2023).

5 BEETHOVEN, opus 127, 130, 131, 132 et 135.

6 ALDOUS HUXLEY, « The Rest is Silence », dans Music at Night (Chatto and Windus, 1931).

7 Ancien Testament, Job 19,25.

8 Ancien Testament, Job 19,27.