Eric Prat : La réflexothérapie endo-nasale


21 Oct 2018

(Revue Le chant de la licorne. No 24. 1988)

Il paraît surprenant de rechercher un effet thérapeutique par des attouchements à l’intérieur du nez. Pourtant, selon l’adage traditionnel bien connu «t out est dans tout », les réflexothérapeutes se proposent d’intervenir sur toutes les projections holographiques que peut offrir le corps humain. Comme des thérapies plus connues (auriculothérapie, iridologie, réflexothérapie plantaire…), la naso-sympathicothérapie, ou réflexothérapie endo-nasale, permet une rééquilibration énergétique efficiente de l’organisme.

Une histoire mouvementée

Les origines de cette prati­que très ancienne sont probable­ment multiples et l’on sait qu’Hip­pocrate, entre autre, soignait le hoquet et l’asthme par des attou­chements nasaux à l’aide de plu­mes. Après une longue période d’occultation, la réflexothérapie endo-nasale refait jour au début du siècle par la pratique de plu­sieurs médecins gynécologues (Mac Kensie, Fliess) qui remar­quent de très bons résultats dans leur discipline, notamment sur les aménorrhées, par des attouche­ments ou cautérisations à l’inté­rieur du nez. Bonnier, un oto-rhi­no-laryngologiste, est en 1910 le premier à établir une cartographie des fosses nasales où il situe dif­férents points de concentration des terminaisons nerveuses, qui réalisent ainsi une véritable pro­jection miniature de l’organisme (somatotopie). Il baptise sa mé­thode la centrothérapie. Gênant l’ordre médical officiel, il connaît malheureusement le sort de nom­breux novateurs: tous les livres de la dernière édition sont brûlés. Néanmoins, avec la première grande vague des médecines al­ternatives dans l’Europe de l’en­tre-deux guerres, chiropraxie, acupuncture, homéopathie… et réflexothérapie endo-nasale con­naissent un certain essor. Après une période d’oubli relatif, elle est actuellement beaucoup plus prati­quée par différents thérapeutes (ostéopathes, acupuncteurs, na­turopathes…) que par les doc­teurs en médecine, qui refusent encore, pour la majorité d’entre-eux, d’accorder un crédit scientifi­que à ce type de pratique. Cela n’empêche pas de nombreux au­teurs de codifier de plus en plus précisément cette discipline (Bontemps, Ridon, Bonneton, Bobin…).

Un traitement surprenant

Une première séance chez un nasosympathicothérapeute peut paraître impressionnante. Le praticien va, en effet, intro­duire à l’intérieur du nez un long stylet pour y pénétrer, dans cer­tains cas jusqu’à 10 cm, profon­deur normale des fosses nasales. Le stylet, dont l’extrémité est ar­rondie, est utilisé pour effectuer de petites pressions sur certaines régions de la muqueuse nasale. Il n’y a donc pas de piqûre comme avec une aiguille et la technique n’est jamais douloureuse, même si une zone réflexe devient légère­ment plus sensible à l’attouche­ment quand l’organe correspon­dant est perturbé. Une séance courte comprend deux à trois tou­ches effectuées avec de fins sty­lets, auparavant stérilisés, ou encore des écouvillons égale­ment stériles, dont l’extrémité sera alors imprégnée d’essences aromatiques de plantes. Le traite­ment ne se fait qu’après et en fonction d’un examen neurovégé­tatif précis. Beaucoup de théra­peutes utilisent cette approche en complément à une autre théra­peutique de base (homéopathie, thérapies manuelles…), pour une meilleure rééquilibration énergé­tique du patient.

De nombreuses indications

Par l’intermédiaire des projections du système neurové­gétatif sympathique, dont le rôle est fondamental pour l’équilibre physiologique de l’organisme, et du nerf olfactif en connexion étroite avec des centres nerveux et glandulaires clés (rhinencé­phale, hypophyse…), le clavier endo-nasal offre un vaste champ d’action thérapeutique. Sur le plan énergétique, il faut d’ailleurs rap­peler que, dans la conception ayurvédique, l’assimilation du prana (énergie vitale) se réalise essentiellement par les deux nari­nes, d’où partent deux nadis (ca­naux énergétiques), ida et pingala, dont la topographie se superpose aux deux chaînes sympathiques latérovertébrales.

L’indication majeure de la nasosympathicothérapie con­cerne tous les dérèglements fai­sant suite à des stress: anxiété, insomnie, fatigue chronique, spasmophilie, troubles fonctionnels digestifs et gynécologiques… Des guérisons ou améliorations constantes sont observées dans les cas de sinusite, migraine et névralgie faciale. Asthme et rhume des foins sont également une bonne indication de cette ap­proche. Signalons enfin les résul­tats très performants de la naso sympathicothérapie dans les trai­tements antitabac (90% de suc­cès, complets et durables pour notre propre expérience).

Encore mal connue, la réflexothérapie endo-nasale de­mande certainement plus de recul afin d’en juger précisément toute la portée. Sans constituer un sys­tème médical à part entière, elle s’inclut cependant déjà dans la pratique de nombreux thérapeu­tes où elle constitue un atout ma­jeur pour la rééquilibration des maladies fonctionnelles. Nous ne pouvons que regretter, comme pour l’ensemble des autres réflexothérapies, que la nasosympathicothérapie ne soit pas mieux intégrée dans l’éventail des soins médicaux officiels, pour un meilleur soulagement des souf­frances du patient.