Pierre-Henri Meunier : Nicholas Culpeper astrologue et médecin


10 Feb 2019

(Revue Le Chant de la Licorne. No 25. 1988)

Culpeper s’est comporté en franc-tireur au sein de la société médicale anglaise du XVIIème siècle. Ses recherches originales lui ont permis de rédiger différents ouvrages, dont un traité de phytothérapie reflétant les connaissances astrologiques et énergétiques de cette époque.

Nicholas Culpeper naît à Londres le 18 octobre 1616. Fils de pasteur, il étudie quelque temps à Cambridge le grec et le latin, ce qui lui permet de se plon­ger dans les vieux écrits médi­caux. Il fait ensuite un apprentis­sage chez un apothicaire de Bis­hopsgate. En 1640 (il a 24 ans), il s’installe comme astrologue et médecin à l’est de Londres. À cette époque de guerre civile opposant la royauté, jalouse de ses pouvoirs, et le parlement qui exige un droit de regard croissant sur ses décisions, Culpeper rallie le camp des parlementaires. On sait qu’il participe au moins à une bataille, au cours de laquelle il est sérieusement blessé à la poi­trine. Cela ne semble pas avoir entravé de manière significative son activité médicale qui lui vaut une réputation croissante. Bien qu’ayant des moyens plutôt modestes, il n’hésite pas à soigner gratuitement les pauvres.

En 1649, Culpeper franchit un pas décisif en publiant une tra­duction anglaise de la «Pharma­copée» du Collège des méde­cins, rédigée jusqu’alors en latin. Cette édition, qui rencontre un franc succès populaire, brise un monopole et soulève l’indigna­tion dudit Collège qui considère alors Culpeper comme un «traî­tre et un usurpateur sans scrupu­les, qui dénature ce livre original et n’hésite pas, par ses conseils faux et intempestifs, ni à empoi­sonner les honnêtes gens, ni à jeter l’opprobre sur l’honorable société des apothicaires et chi­rurgiens». À plusieurs reprises, le Collège des médecins tente, sans grand succès semble-t-il, de salir l’image de Culpeper. En 1654 paraît une troisième édition, entièrement refondue, de cet herbier, sous le titre «An English Physician Enlarged», intégrant de nouvelles plantes locales jus­qu’ici non étudiées.

Sa pratique médicale est in­tense. Il rédige de nombreux ou­vrages et prend en charge la for­mation d’apprentis désireux d’ac­quérir ses compétences. Toute­fois, le surmenage épuise sa vita­lité déjà amoindrie par son an­cienne blessure. Il meurt le lundi 10 janvier 1654, à l’âge de 38 ans, laissant à sa veuve et à ses sept orphelins près de 80 manuscrits inédits. La plus grande partie sera publiée dans les années qui suivent.

L’œuvre de Culpeper

Elle est constituée de traduc­tions de documents anciens et des propres apports de Culpeper. On peut la répartir en trois secteurs inégaux.

L’œuvre médicale

L’œuvre maîtresse demeure le «Culpeper’s Complete Her­bal», qui porte de plus en plus, au cours des rédactions successi­ves, l’empreinte de sa vision éso­térique. On en recense de nos jours plus de 25 éditions différen­tes. Cet ouvrage peut être consi­déré comme une somme de phy­tothérapie énergétique. Les édi­tions les plus récentes compren­nent le plus souvent des additifs de pharmacie et de médecine familiales.

On connaît six éditions du «Directory for Midwives», réper­toire à l’usage des sage-femmes, prodiguant des conseils pour la période s’étendant de la concep­tion au sevrage.

«Semeiotica Uranica» est un précis de sémiologie astrologi­que s’appuyant sur d’anciens tra­vaux grecs et arabes, intégrant notamment la théorie d’Hermès Trismégiste sur la première ma­nifestation de la maladie et le ju­gement d’Hippocrate. Une des éditions comprend un traité de l’urine. Semeiotica Uranica est un véritable cours d’astrologie médicale.

On connaît encore quelques ouvrages dont un concerne la diététique et un autre, la pratique des saignées, des ventouses et des scarifications.

Les ouvrages plus spécifi­quement astrologiques:

«Catastrophe Magnatum or the Fall of Monarchy» étudie l’éclipse du 29 mars 1652 et prédit la chute à terme de toutes les monarchies. Le contenu de ce livre est marqué par la lutte intes­tine qui mine l’Angleterre de l’époque et par le point de vue partisan de Culpeper.

Il publie trois années de suite des «Ephemeris».

En 1654, année de sa mort, paraît son «Opus Astrologicum» qui contient un grand nombre d’aphorismes, des prédictions à l’usage de ceux qui vont en guerre, de ceux qui partent en voyage, de ceux qui construisent, etc.

Un ouvrage d’hermétisme

«Treatise of Aurum Potabile». Cette introduction à la phi­losophie hermétique décrit les trois mondes, élémentaire, cé­leste et intellectuel. Un certain nombre d’indices, disséminés notamment dans l’Herbal lais­sent à penser que Culpeper avait, pour le moins, quelques connaissances en alchimie. Il précise à plusieurs reprises que certaines plantes ne sont souveraines que si elles sont «travaillées selon l’Art».

LE FRAGON OU PETIT HOUX

RUSCUS ACULEATUS – BUTCHER’S BROOM

C’est une plante de Mars, ayant de nobles propriétés dépuratives et désobstructives. La décoction de la racine faite avec du vin ouvre les obstructions, provoque l’urine, aide à expulser la pierre, est utile dans la strangurie, les règles, la jaunisse et le mal de tête; additionnée de miel ou de sucre, elle élimine le flegme des seins et les humeurs retenues dans la poitrine. Boire de la décoction de racine et faire un cataplasme des baies et feuilles, tout ceci est utile pour la restauration des os fracturés. Habituellement, on fait bouillir la racine avec du persil, du fenouil et du céleri dans du vin blanc, et on boit la dé­coction: plus on met de racines, plus la décoction est forte, cela n’a pas d’effet secondaire. Cependant, j’espère que vous avez assez de bon sens pour donner la décoction la plus forte aux constitutions les plus fortes.

tiré du «Culpeper’ s Complete Herbal»

Les théories médicales de Nicholas Culpeper

Culpeper a fait essentielle­ment œuvre de vulgarisateur, en dérobant le capital de connaissances d’une corporation médi­cale barricadée derrière ses tex­tes en latin, en le transformant progressivement en une œuvre à usage populaire et en le recen­trant sur la flore locale. Ses théo­ries médicales sont de ce fait peu développées de manière expli­cite et apparaissent sous forme éparse au cours des nombreuses études de plantes.

Il existe toutefois quelques rares textes disponibles qui révè­lent Culpeper comme le témoin d’une médecine énergétique, oc­cidentale et séculaire. Voici, à ti­tre d’illustration, sa théorie des tempéraments appliquée aux plantes.

Plantes et tempéraments

Toute plante médicinale est chaude ou froide, humide ou sè­che, ou neutre. Ces qualités sont à considérer par leur effet sur l’homme, non par elles-mêmes. En effet, celles qui sont dites chaudes réchauffent nos corps, celles qui sont froides les rafraî­chissent, celles qui sont neutres n’affectent le corps ni en tempé­rature, ni en humidité ou en sé­cheresse; mais elles peuvent aussi être neutres en tempéra­ture et humides ou sèches; ou bien, neutres en humidité et chaudes ou froides. Dans chaque qualité on distingue quatre degrés:

Les plantes qui sont chaudes au premier degré sont de même chaleur que le corps et, de ce fait, ne font que lui ajouter une chaleur naturelle, si celui-ci a été rafraîchi par nature ou par ac­cident; ainsi, elles nourrissent la chaleur naturelle si elle est faible ou la restaurent lorsqu’elle est déficiente.

On les utilise pour fluidifier les humeurs morbides dans le but de les expulser par transpira­tion; en applications externes pour s’attaquer aux inflamma­tions et aux fièvres en ouvrant les pores de la peau; pour assister l’action d’une préparation médici­nale en contribuant à maintenir le sang à une bonne température.

Les plantes qui sont chaudes au deuxième degré sont utilisées pour ouvrir les pores et éliminer les obstructions en «for­çant» les humeurs résistantes. Elles agissent ainsi de leur pro­pre puissance, lorsque la nature ne peut le faire par elle-même.

Les plantes chaudes au troisième degré sont plus puis­santes et sont à même de causer des inflammations ou des fièvres. On les utilise pour provoquer des transpirations importantes et s’attaquer aux humeurs tenaces. Pour cette raison, elles repous­sent les poisons.

Celles qui sont chaudes au quatrième degré, brûlent le corps si elles sont appliquées en externe. Leur rôle est de provo­quer des inflammations, de faire venir des vésicules et d’attaquer la peau.

Celles qui sont froides au premier degré ont un effet symé­trique à celles qui sont chaudes au premier degré. On les utilise pour atténuer la chaleur de l’esto­mac et faciliter la digestion; pour diminuer la chaleur dans les fiè­vres et pour reprendre ses es­prits lorsqu’on a été asphyxié.

(Le texte original ne men­tionne rien sur le deuxième degré. NDR)

Celles qui sont froides au troisième degré ont une action plus décisive. On s’en sert pour retenir les pertes de matière et arrêter les fuites; pour épaissir les humeurs; pour limiter la vio­lence de la bile, pour stopper une transpiration et empêcher quel­qu’un de s’évanouir.

Celles qui sont froides au quatrième degré stupéfient les sens. Elles sont utilisées dans les cas de violentes douleurs; dans les cas extrêmes, lorsqu’on dés­espère de garder le malade en vie.

Les médicaments assé­chants consument les humeurs, arrêtent les flux, resserrent les tissus et renforcent la nature. Mais si l’humidité est déjà épui­sée, alors ils consomment la force naturelle elle-même.

Ceux qui sont secs au pre­mier degré renforcent; au deuxième degré, ils resserrent; au troisième, ils arrêtent les flux mais inhibent l’alimentation du corps et apportent la consomp­tion; au quatrième, ils assèchent l’humidité fondamentale (ou radi­cale), ce qui, une fois celle-ci épuisée, produit la mort.

Les remèdes humides, op­posés aux secs, lénifient et ren­dent absent, rêveur. Ils ne peuvent excéder le troisième degré.

Les remèdes humides au premier degré soulagent les toux et apaisent l’irritation des voies respiratoires; au second degré, ils relâchent les intestins; au troi­sième, ils rendent l’organisme aqueux et phlegmatique, instal­lant léthargie, hydropisie ou ma­ladie du même genre.

Les remèdes agissent selon leur tempérament, les qualités actives sont chaleur et froid, les qualités passives sont séche­resse et humidité. Les qualités actives éliminent la maladie, les passives sont asservies à la na­ture. Ainsi, les remèdes chauds peuvent soigner l’hydropisie en ouvrant les obstructions; et les mêmes peuvent traiter la jau­nisse, par leurs qualités attracti­ves pour l’humeur en excès. Au contraire, les remèdes froids peuvent réduire une fièvre en condensant les vapeurs; et ces mêmes remèdes peuvent stop­per un flux ou un relâchement.

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ASTROLOGIE A L’USAGE

DE LA RÉCOLTE DES SIMPLES

Que l’on cueille dans l’heure de la planète qui gouverne la plante.

Que la planète qui gouverne la plante soit angulaire (si c’est une herbe de Saturne, que Saturne soit à l’Ascendant; si c’est une herbe de Mars, qu’il soit au Milieu du Ciel).

Que la Lune applique à la planète maîtresse en bons aspects sans qu’elle soit dans le domicile de ses ennemis. Si vous ne pouvez attendre, qu’elle applique à une planète de la même triplicité ou, à défaut, qu’elle soit conjointe à une étoile fixe de même nature.

L’étude de l’œuvre de Cul­peper montre qu’avant l’avène­ment de notre époque technique et matérialiste, une médecine énergétique existait, issue de nos racines culturelles, dont nombre d’informations sont à exhumer et à réactualiser. Mais l’heure où la science contemporaine pourra considérer avec intérêt et inté­grer de telles données n’est pas encore venue, si l’on en croit la très sérieuse Encyclopedia Bri­tannica, dans sa seule allusion à Nicholas Culpeper: «À côté des véritables herbiers, d’autres œuvres de nature superstitieuse ont probablement existé. Beaucoup furent conçues à l’aide de la fan­tasque théorie médicale des si­gnatures: la détection des plantes pour soigner les maladies humaines serait basée sur de suppo­sées ressemblances anatomi­ques. En Angleterre, ceci culmi­na avec l’herbier de Culpeper (1649) qui présente une pharma­copée pseudo-scientifique.»

Mais est-il nécessaire d’at­tendre l’aval de quiconque pour aller chercher une connaissance nécessaire partout où elle est susceptible de fleurir ?

BIBLIOGRAPHIE

Culpeper’s Complete herbal, Foulsham & Co, Londres