Sur les chemins de l'agrobioculture par Victor Michon

Revue 3e Millénaire. Ancienne série. No 17. Novembre/Décembre 1984) L’agriculture biodynamique est la réponse concrète et pratique à l’explication médicale, scientifique et traditionnelle de l’importance considérable des énergies que l’homme (et les bêtes) doivent puiser dans leur alimentation. Dans notre société supermécanisée, dominée par la science chimique et asphyxiée par les servitudes du profit et […]

Revue 3e Millénaire. Ancienne série. No 17. Novembre/Décembre 1984)

L’agriculture biodynamique est la réponse concrète et pratique à l’explication médicale, scientifique et traditionnelle de l’importance considérable des énergies que l’homme (et les bêtes) doivent puiser dans leur alimentation. Dans notre société supermécanisée, dominée par la science chimique et asphyxiée par les servitudes du profit et des résultats quantitatifs, cette démarche de l’agriculture biodynamique est une voie vers le qualitatif, un retour aux sources, une remise en question de tout ce qui se fait en agriculture conventionnelle. Par elle aussi, l’homme retrouve sa vraie place au sein de la nature et reprend conscience de son appartenance au cosmos. L’enseignement prodigué pour exercer le métier d’agriculteur biodynamique est donc élaboré sur plusieurs niveaux : le physique, l’éthérique et le spirituel. Entre cet agriculteur et sa terre, se recrée le lien brisé par le seul matérialisme ; c’est une osmose d’amour et de respect mutuel, osmose porteuse des plus riches promesses d’avenir.Si ce que nous mangeons nous forme et nous informe, il est urgent de changer de méthodes d’agriculture et de ne plus se priver des bienfaits de la biodynamie.

Victor Michon agriculteur et biodynamicien raconte quel fut son chemin et les difficultés qu’il a rencontrées dans ce domaine difficile à maîtriser. Il nous apprend également quelle fut sa lutte avec l’Administration et les services de l’Institut national de la recherche agronomique quand il a décidé de fonder son école d’agriculture biodynamique dont l’enseignement s’écartait évidemment des sentiers officiels.

Découverte, en captivité, de Rudolf Steiner • Premiers chocs et révélation de mon appartenance au monde végétal • La fin de la solitude • Premiers pas vers l’agro-biodynamique • La constitution du domaine et le projet d’îlots de survie • Heurts avec les incohérences de l’INRA • Un grand projet la création prochaine d’un Institut International de Biodynamie.

Citadin de naissance et de famille, mes rapports avec la nature durant mon enfance et ma jeunesse restèrent très superficiels. Écolier ou étudiant, je ne me suis jamais senti relié aux végétaux ni aux animaux. La découverte de la mer et du vent reste liée dans mes souvenirs à celle des chars à voile des plages du Nord et à la griserie de la vitesse ; la découverte de la montagne et des forêts à celle des premières promenades en bicyclette ou en automobile…

Plus tard j’ai traversé avec attention presque toute l’Europe, mais toujours en train, ne m’arrêtant que dans les villes pour des contacts d’homme à homme avec des artistes ou des économistes. Je ne me souviens des paysages agrestes découverts sur ces parcours que comme d’harmonieux tableaux aux couleurs gaies ou tristes, abstractions intérieures génératrices de rêves évanescents.

Il m’a fallu la guerre et la captivité en Allemagne pour m’éveiller aux forces telluriques et cosmiques qui régissent à quatre-vingt pour cent – je le sais maintenant – toutes les formes de vie terrestre. Je ferai grâce aux lecteurs. des péripéties qui amenèrent un élève-officier sursitaire à se trouver prisonnier dans un stalag de Bavière après un an de drôle de guerre ; le fait est qu’arrivé là, mon idée fixe motivée surtout par la dysenterie et la faim, fut de vouloir participer à « la moisson de quarante » dans une ferme allemande : elle m’offrait la chance de retrouver nourriture et santé et d’échapper à la vie concentrationnaire d’un camp de quatre-vingt mille hommes.

Avec dix paysans authentiques de vingt à quarante ans, je fus affecté dès le mois de juin dans un petit commando situé à Seebruck-a-Chimsee, au bord du lac du même nom, non loin du Starnberg et des forêts de Louis II le romantique. Notre gardien était un jeune pasteur protestant. Le chef civil indigène, sans doute le meilleur nazi du village, eût tôt fait d’apprécier le peu de valeur de mon concours aux travaux manuels…

Découverte de Rudolf Steiner

Après quelques jours d’essai dans sa propre entreprise de charpente pour terminer le baraquement qui devait nous abriter, il envoya les plus doués chez ses proches amis paysans et me fit affecter – moi, l’intellectuel incapable – chez son ennemi, l’ancien bourgmestre social-démocrate dont la ferme était éloignée du centre de la cité d’environ trois kilomètres.

L’accueil fut plutôt froid. Je n’étais pas un cadeau pour ce vieillard ! et parfaitement incapable de remplacer son fils aîné, mobilisé dans la Wehrmacht ; mais je balbutiais l’allemand et sa bru et sa femme très courageuses, tout en m’aidant à me refortifier, m’apprirent rapidement à rendre quelques services… et à les défendre contre les entreprises sournoises d’un petit neveu de seize ans, membre de la Hitlerjugend du pays en pension chez elles. En un mois je fus adopté. Les leçons d’allemand, que j’échangeais contre des leçons de français avec mon gardien que je retrouvais chaque jour pour la soirée et pour la nuit, me permirent d’établir un dialogue avec le chef de famille, ancien combattant blessé de la guerre de 14-18 qui lui avait laissé une claudication de la jambe gauche, traditionnaliste mais déjà européen, paysan cultivé comme on en rencontre peu en France, grand lecteur de livres d’histoire, ouvert au progrès scientifique et donnant l’exemple d’une vie laborieuse, pieuse et réfléchie.

C’est lui qui me prêta – discrètement parce qu’elles étaient interdites – les œuvres de Rudolf Steiner, fondateur de la biodynamie, et qui en dix mois, sans se départir d’une attitude digne et très réservée, transforma, sans s’en apercevoir, ma vie et mon avenir.

Le grand choc en un éclair

L’événement eut lieu au début de l’automne. Les travaux collectifs des foins et de la moisson avaient occupé tout l’été. A partir de septembre et après y avoir été initié, je passais mes journées à travailler seul, soit au bord du lac à couper des roseaux pour les litières d’hiver, soit dans les forêts, ramassant les bois morts pour le chauffage et les feuilles mortes destinées à enrichir le compost des fumiers et lisiers de la ferme. Merveilleux moments de solitude et d’intense vie intérieure qui me préparèrent à une prise de conscience qui eut lieu brusquement un jour où, comme à la lumière d’un éclair, je ressentis le monde végétal qui m’entourait comme mon propre monde, peuplé d’êtres visibles et invisibles dont je percevais immédiatement les pulsations et partageais la vie.

Sensations nouvelles, sentiments nouveaux se succédèrent jours et nuits jusqu’à la fin de l’automne 1940, renouvelant ma pensée dans ses fondements, en changeant même le fonctionnement. Joies et douleurs, inquiétude ou paix intérieure, répulsions ou désirs se trouvaient nourris de nouveaux courants substanciels. Je sentis pour la première fois mon esprit délivré de la dictature de la logique, soulevé par des forces d’amour et de conscience jamais ressenties, disponible à de nouveaux échanges au-delà du rationnel.

Le besoin de toujours acquérir commençait à faire place en moi au besoin de donner : ma solitude intérieure avait pris définitivement fin et j’avais découvert les chemins de l’imagination qui mènent à l’inspiration et à l’intuition.

Vingt ans (j’en avais vingt-sept) de construction logique et rationnelle s’écroulaient comme le mur d’une prison. Quelle que soit la conjoncture, mes lendemains devaient chanter !

Lorsque, la paix recouvrée après quatre ans de péripéties – évasion, résistance, maquis, démobilisation – et les agitations de l’après-guerre, j’ai pu, vers 1950, faire le bilan de cette période de notre histoire dont nous n’avions pas fini de subir les conséquences, j’ai pris conscience que cette transfiguration intérieure ressentie en Bavière avait changé pour moi la signification même de la vie. Il était temps de concrétiser les leçons de cette aventure.

Créer des îlots exemplaires de réflexion

Nous vivions dans un monde durablement troublé, où les médiocres allaient, comme toujours dans ce cas, prendre leur revanche. La culture et la civilisation dont j’avais moi-même bénéficié dans mon enfance, où la part de l’esprit et de la création personnelle était encore très grande, étaient gravement menacés par la suprématie déjà partout régnante des intérêts économiques et financiers. Le climat de guerre froide installé sur tout l’Occident paralyserait encore longtemps la planétarisation de la politique mondiale qui seule pourrait faire naître une paix durable pour tous les hommes.

La jeunesse sartrienne commençait à mener une existence sans vie…

Pour lutter contre toutes ces forces de mort il fallait donc, comme les moines bâtisseurs du Moyen-Age, créer des îlots exemplaires de réflexion et d’action organisés en autarcie stable et naturelle, garantissant à chacun nourriture et santé et par là-même disponibilité au monde et liberté d’esprit.

Là pourrait s’élaborer et s’expérimenter une nouvelle discipline à la fois scientifique et spirituelle : une « biodynamique », capable de mobiliser les énergies de consciences latentes dans tous les règnes terrestres pour leur rendre leur rythme assomptionnel.

L’agriculture biodynamique de Rudolf Steiner existait déjà, au moins théoriquement, dans notre pays. La prospective venait de naître et Gaston Berger la définissait : « La recherche d’une attitude pour l’action, qui tienne compte de l’avenir, en fonction de l’homme. »

Il fallait oser.

Effets pervers des intelligences non prospectives

En 1959 le marché des terres commençait à s’effondrer suite aux effets pratiques du rapport Armand-Rueff de 1958. Qui a lu ce rapport dont on a tant parlé ? Heureusement pour la mémoire de ses illustres auteurs qui étaient par ailleurs des hommes de grande vertu, presque personne n’en a pris connaissance. Mais tout le monde en a entendu parler comme d’une panacée miraculeuse ouvrant les portes de l’âge d’or. Ses recommandations furent effectivement suivies par nos gouvernements : pour assurer l’expansion économique et la puissance industrielle de la France, il fallait maintenir les prix agricoles au-dessous des prix industriels et pour diriger la main-d’oeuvre rurale vers l’industrie il fallait la cantonner dans « un niveau de vie sensiblement inférieur aux autres catégories de travailleurs » (sic)…

Voici comment des intelligences non prospectives peuvent en toute bonne foi accélérer une décadence.

Notre ménage pour sa part était prêt aux plus lourds sacrifices pour réaliser nos projets. Le Lyonnais, patrie de ma femme, présentait un choix considérable de propriétés à l’abandon. Nous y avons facilement trouvé un petit vigneronnage en colline entouré de terres et de bois abandonnés aux forces de la nature depuis trois ou quatre ans par un jovial vieillard en retraite : dix-sept hectares en friches et une habitation en ruine. C’était à notre portée. Nous avons pu inaugurer la nouvelle maison familiale rénovée à la Noël 1960.

C’était un premier bastion, mais trop étroit pour une expérience biodynamique valable, qui implique la pluralité des disciplines agricoles avec un élevage adéquat pour produire les engrais compostés. L’ancien cuvage était devenu salle à manger, l’écurie salle de jeux et la grange bureau bibliothèque. Nous ne pouvions planter qu’un verger et un potager. Ce fut fait. Dès cette première installation, sans démarche ni recherche, les propriétaires voisins vinrent successivement nous proposer leurs terres qu’ils avaient ou voulaient quitter. En quatre ans nous étions en mesure d’organiser une expérience biodynamique authentique sur une centaine d’hectares, moitié en bois et taillis, moitié en landes, terres et prairies… Terres très pauvres, pentes à 40 %, c’est-à-dire difficiles à travailler.

L’expérience pouvait être exemplaire.

11 ans : un cycle solaire d’épreuves

Avec les prodigieuses satisfactions que peut donner un amour familial unissant trois générations et conforté par son extension aux animaux et à la terre, nos joies furent aussi celles des difficultés surmontées.

Mais nous avons très vite appris qu’il fallait aussi parfois savoir attendre et se taire. Je ne raconterai jamais les trahisons, les mesquineries, les dérobades qui répondirent à notre confiance naïve et notre inexpérience du milieu rural. Durant onze ans – un cycle solaire – les épreuves se succédèrent allégrement. Les biodynamiciens français que nous consultions, très compétents en maraîchage et en arboriculture, connaissaient mal l’élevage et ignoraient la vigne. Ils ignoraient également l’art de la gestion et la loi de rentabilité qui doivent régir toute entreprise qui veut durer. Parallèlement la main-d’oeuvre régionale ne pouvait pas même concevoir que quatre-vingt pour cent de la vie végétale – comme la vie animale et humaine – dépendait des forces cosmiques que nous leur proposions de catalyser avec quelques grammes de « préparations venant de l’étranger » et pas seulement des substances – NPK ! – dont on nourrit le sol. A notre grand étonnement nos jeunes paysans ignoraient même la définition et le rôle de l’humus…

Même en nous relayant sur place, nous étions absents plus de la moitié du temps. Il nous a donc fallu nous borner à utiliser la méthode de culture dite biologique – utilisant exclusivement des engrais organiques – pour vivifier nos terrains. Nous étions condamnés à faire confiance, à fermer les yeux sur l’organisation du travail, à tolérer ceci… à tolérer cela… Il y eut beaucoup de stations à notre chemin de croix…

A l’évidence nous ne pourrions réaliser notre projet, ni même en préparer convenablement les assises sans rester à demeure sur place et prendre nous-mêmes avec nos enfants la responsabilité et l’organisation du travail de la terre.

l974: objectif atteint et développements

Notre deuxième cycle solaire qui commençait en 1970 fut inauguré par la décision de ma femme de quitter définitivement Paris et les affaires pour devenir fermière à Malleval. L’expérience biodynamique authentique commençait. Le Centre d’Études et de Recherches Biodynamiques » naissait en même temps avec le concours d’amis agronomes, chimistes (chimie biologique et chimie moléculaire), biophysiciens, géophysiciens, professeurs, membres du CNRS ou conseillers d’entreprises qui trouvaient chez nous un terrain d’expérimentation pour leurs propres travaux (effets des courants oscillants, effets Kirlian, résultats comparés des produits des différentes méthodes d’agriculture, etc.). Des étudiants stagiaires, souvent issus des milieux urbains et universitaires, se succédèrent en permanence.

En 1972, la rentabilité était acquise et la stricte méthode biodynamique appliquée. En 1974, l’autarcie était complète. En 1977, les « Compagnons Bâtisseurs » venaient nous aider à sauvegarder les vieux bâtiments qui menaçaient ruine et que nous destinions à la future Abbaye-Ecole où pourrait être enseignée un jour la « Biodynamique » nouvelle science qui, après l’agriculture pourrait appliquer ses lois à l’architecture et à la prospective du XXIe siècle.

L’indifférence de la France

Depuis 1925, l’agriculture biodynamique a son école-mère : l’Institut du Goetheanum de Dornach en Suisse, fondé par Rudolf Steiner lui-même et dont les propositions ont été depuis expérimentées et mises en pratique par des chercheurs de niveau et de qualification universitaire. Les publications de cet Institut se montent aujourd’hui à plusieurs centaines de titres. Malheureusement les traductions françaises en sont jusqu’à maintenant rares, faute d’intérêt… et de subventions. Daniel Simonnot, pionnier de l’agriculture biodynamique en Europe, qui aujourd’hui dispense bénévolement son savoir aux jeunes étudiants de notre Ecole a été le premier traducteur de ses Conférences aux agriculteurs. Il les commente quelques pages plus loin dans ce numéro.

A la même époque, Georges Clarke, attaché agricole auprès du Vice-Roi des Indes, puis son successeur Albert Howard, provoquaient la fondation de la première école anglaise. Howard a publié en 1940 un livre intitulé « Testament Agricole » où il relate son expérience aux Indes, à l’Institut d’Indore de 1931 à 1940. Les techniques de compostage et de fumure organique y sont développées à l’échelle industrielle et la notion de fertilité est soigneusement discutée et critiquée.

La biodynamie dans le monde

Pfeiffer, ingénieur agronome allemand, disciple direct de R. Steiner fonda dès 1927 un institut de biodynamie à Spring Valley, Massachusett aux Etats-Unis d’Amérique. Les écoles de même type s’y multiplient parallèlement au développement des « Organics Farmers » et plusieurs universités ont créé « en extension » des centres d’études et de recherches, tel que celui de Milwaukee dans le Wisconsin, où l’esprit scientifique n’a pas peur de se marier avec la Connaissance.

Maintenant, partout dans les pays germaniques, scandinaves, anglo-saxons, les méthodes biologiques et particulièrement la biodynamie sont des disciplines autonomes normalement reconnues dont les théoriciens et les praticiens sont acceptés par leurs pairs, même s’ils restent minoritaires.

Du 21 au 23 mars 1982 un colloque international a eu lieu à Upsala en Suède pris en charge par l’Université agricole suédoise sur le thème : Comparaison des systèmes agricoles. Ce congrès a élaboré des recommandations pour les méthodologies de comparaison entre systèmes conventionnels et biologiques, bases essentielles pour la validité des résultats.

Au Danemark la première école d’agrobiologie s’est ouverte le 9 octobre 1982 avec un programme d’enseignement conforme aux directives officielles qui s’articule parallèlement sur les méthodes conventionnelles et les méthodes biologiques.

Nous avons ouvert la première école française d’agrobiologie à Beaujeu en 1983. Les bâtiments inaugurés le 19 mars purent recevoir officiellement des élèves se préparant au BEPA à la rentrée d’octobre.

Parallèlement au programme conventionnel ils reçoivent, en internat, des cours de biologie végétale et animale accompagnés d’une initiation à l’esprit de la biodynamie.

Nous n’avons pas pu obtenir l’officialisation d’un certificat de spécialisation en Biodynamie pour les ingénieurs, conseillers agricoles, diplômés BTS ou agriculteurs exploitants ayant au moins deux ans de pratique responsable que nous recevons également en internat par sessions de quatre mois et demi, comportant 450 heures d’enseignement théorique et pratique de la méthode biodynamique. Ce n’est ni l’administration, ni l’enseignement agricole qui en sont la cause.

L’INRA reste opposée

L’administration gouvernementale, depuis 1980, a reconnu l’existence légale de l’agrobiologie avec laquelle elle s’efforce de normaliser ses rapports. L’enseignement agricole est aujourd’hui assez clairvoyant sur les résultats et l’avenir des différentes méthodes et de plus en plus nombreux sont les professeurs qui considèrent la biodynamie comme une alternative possible. C’est l’Institut national de la recherche agronomique qui rejette formellement tout ce qui choque son esprit matérialiste et scientiste et veut maintenir dans la marginalité tout ce qui s’apparente à l’agrobiologie. Or, son accord est pour l’instant déterminant pour l’agrément de toute initiative pédagogique ou scientifique dans ce domaine.

Il nous appartiendra d’en étudier les raisons.

En dehors de toutes les considérations humanitaires qui nous animent et sur le seul plan économique qui semble être sa préoccupation exclusive – mais au profit de qui ? – où en est l’agriculture de l’INRA, dite « de progrès » ? Si elle était dans une situation florissante et exempte de problèmes, on comprendrait le rejet de toute alternative. Ça ne semble pas le cas. Sa recherche, sa technique et son économie sont inspirées par des conceptions incompatibles entre elles et dont les conséquences sont incohérentes.

Sa recherche est, d’un côté génératrice de productivisme et de gros excédents (blé, beurre) ; d’un autre, son exclusivisme nous condamne à une dépendance vivrière inquiétante pour les animaux et les hommes : nous importons 90 % de nos besoins en protéines – 90 % en viande de lapin — 90 % en noisettes — 90 % en plantes condimentaires et médicinales – 80 % en miel — 90 % en châtaignes, etc. Nous n’importions presque rien de tout cela, sans en manquer, il y a trente ans.

Sa technique, par ses investissements croissants en machinisme et en produits chimiques de fertilisation, entraîne des prix de revient à la production qu’on ne peut pas réduire. La dette actuelle de l’agriculture française vis-à-vis du seul Crédit Agricole est supérieure à la valeur du capital foncier du pays TOUT ENTIER.

Son économie est incapable soit de réduire les excédents, soit de leur trouver une rémunération, soit de les écouler en direction du tiers monde qui meurt de faim.

On est abasourdi de tant de déraison de la part d’autorités qui écartent toute alternative au nom de la raison. On reste interdit quand on pense que cet organisme devenu grand censeur de toute initiative dans le domaine agraire a le monopole de la recherche poursuivie par quelque sept mille à huit mille ingénieurs agronomes et le monopole des moyens financiers de recherches (18 à 19 milliards par an).

Voilà les considérations qui peuvent laisser rêveurs les contribuables français sur les triomphes de leur pétrole vert… Sans aucun doute des réformes s’imposent. Nous sommes de ceux qui font confiance à l’avenir.

La jeunesse, qui représente cet avenir, a, grâce aux organisations écologiques nationales et internationales, trouvé le chemin de notre petite Ecole. En un an nous avons reçu des élèves de sept nationalités européennes et un Africain. Nous pouvons espérer que deux écoles semblables s’ouvriront bientôt. Il en faudrait une par région française.

En ce qui nous concerne, pressé par l’âge et les circonstances, aidé par les scientifiques et les penseurs désintéressés qui nous accompagnent depuis plus de dix ans, nous n’envisageons pas moins que de donner naissance à un « Institut international de biodynamique » qui ajoutera à l’agriculture figurant déjà au programme l’architecture et la prospective dont a besoin notre monde en mutation. Il faut oser !

P.S. Bien que depuis quelque cinquante ans je n’aie cessé de défendre mes sentiments, mes goûts et mes convictions dans des journaux et des revues, je ne suis pas écrivain et j’ai l’habitude de partager ma signature avec celle de Cercles que j’anime, dont je partage la pensée et souvent le verbe, ou de me servir d’un nomen rattaché à une famille spirituelle. Toute la partie documentaire de cet article est directement tirée des enquêtes accomplies par des membres du CERB et de leurs rapports. Mais j’ai volontiers déféré à la demande du directeur de la revue du 3e millénaire en signant de mon patronyme cet article assorti de quelques confidences personnelles.

V.M.

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