René Fouéré : En hommage au swami Siddheswarananda


22 Mar 2009

Le Swami Siddheswarânanda a été au nombre des plus admirables, des plus généreux et des plus accueillants de mes amis. J’ai été navré de sa mort, dont je n’ai malheureusement pas été informé dans l’immédiat, et je ne peux jamais penser à lui sans ressentir une émotion profonde et une gratitude aussi vive que lorsqu’il était encore présent en ce monde.

C’était Robert Linssen qui m’avait mis en rapport avec lui et le Swami me reçut si chaleureusement à notre première rencontre que cette rencontre marqua l’origine d’une longue et cordiale amitié que sa mort seule a pu interrompre. Il était toujours prêt à m’accueillir et à me faire partager son repas. Sa porte m’était toujours ouverte. Je n’oublierai jamais les rapports que j’ai eus avec lui, la bonté et la considération qu’il n’a cessé de me témoigner.

Je ne puis que rendre hommage à son ouverture d’esprit. Comme j’ai eu l’occasion de l’écrire ailleurs, me trouvant engagé dans une recherche personnelle précoce, j’avais rencontré Krishnamurti dans l’axe même de cette recherche, après avoir bien connu auparavant l’Eglise catholique puis fréquenté les théosophes. Le Swami Siddheswarânanda a toujours respecté cette orientation de ma vie spirituelle, tout en m’accordant la plus haute estime.

Il est même allé jusqu’à me demander de faire une conférence sur Krishnamurti — conférence qui devint un petit livre et fut finalement intégrée dans mon ouvrage « KRISHNAMURTI ou la révolution du réel » — dans le cadre des conférences que lui-même faisait en Sorbonne sous les auspices du Centre de Recherches Philosophiques et Spirituelles. Je lui fus et lui reste toujours profondément reconnaissant de cette faveur exceptionnelle qu’il me fit.

Il faisait alors lui-même des conférences sur la Mandukyôpanishad et avait beaucoup insisté pour que je vienne chaque fois l’écouter et participer aux échanges de vues avec le public qui suivaient chacun de ses exposés. C’est avec joie que j’avais exaucé son vœu. Et le souvenir de ces moments reste toujours présent en moi.

Il me fit du reste l’émouvant honneur de m’offrir, pour m’aider à le comprendre et à participer aux discussions, de l’exemplaire même, dont il s’était tout d’abord servi, de l’ouvrage sur la Mandukyôpanishad et les Karikas de Gaudapada paru aux Editions Adyar en 1952. Je fus très sensible à ce présent si personnel qui m’inspira à son égard une chaleureuse gratitude. Je le garde toujours dans ma bibliothèque comme un précieux témoignage d’une inoubliable amitié.

Le Swami Siddheswarânanda eut aussi à mon égard une attention à laquelle je fus d’autant plus sensible qu’elle me fut donnée à un moment où il ressentait des craintes au sujet de la santé de sa mère. Ces craintes le conduisirent à faire un voyage en Inde pour la revoir. A l’occasion de ce voyage, il avait, avec l’accord obligeant du Swami Nityabodhananda, fait paraître deux de mes études dans le « VEDANTA KESARI ». Ces études, dont il avait confié la traduction à son ami P. Seshadri Iyer de l’Université de Travan¬core, ont paru dans les numéros d’août 1947 et de septembre 1947 du journal de la Ramakrishna Mission. Je n’ai pas besoin de dire qu’un tel geste, accompli dans de telles circonstances, m’avait très profondément ému.

Bien qu’à mon grand regret je ne puisse plus le revoir en ce monde, il n’a pas cessé depuis le moment où je l’ai rencontré et jusqu’après sa mort d’être présent en moi et c’est toujours avec une reconnaissante ferveur que je pense à lui.

P.S. – Bien qu’ayant eu la vocation très précoce de la recherche philosophique et spirituelle, je n’ai pu, en dépit des vœux de mon vieux professeur Abel Gorry, être en ces matières qu’un autodidacte. Or, un jour, le Swami m’a tenu des propos qui m’ont beaucoup ému et que je n’oublierai jamais. Il m’a dit qu’il avait eu l’occasion de rencontrer en France de nombreuses personnalités s’occupant de cette recherche et dotés de titres, mais que, souvent, leur attitude lui avait paru intellectuelle, tandis que je lui faisais l’effet d’une plante qui aurait poussé en pleine terre.

René Fouéré
7 juillet 1982