Carlo Suarès : Introduction à la logique de l’Irrationnel


25 Jun 2015

(Extrait de Critique de la raison impure par Carlo Suarès. Édition Stock 1955)

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PRÉAMBULE

Poser le problème de la connaissance c’est le postuler insoluble. Car quelle que soit la question préalable, elle n’existe qu’en tant qu’expression d’une contradiction. Les noms que l’on veut donner aux deux termes de cette contra­diction importent peu, car ils n’ont jamais un sens propre : matière et esprit, fini et infini, subjectif et objectif, etc… sont autant de catégories de l’esprit qui n’existent que du fait qu’on les oppose à leurs contraires. Or la pensée qui les confectionne, (en les opposant et les posant) ne le ferait pas si elle n’était elle-même la conscience de cette scission. Étant cette scission, le problème qu’elle établit et la méthode qu’elle se donne sont le résultat, le produit d’une contradic­tion. Et l’on se demande alors par quel miracle survenant en cours de route, cette conscience qui est contradiction, se servant de moyens qui sont contradiction, deviendrait brus­quement autre chose qu’elle-même, se transformerait en Connaissance. Cette transfiguration du philosophe par sa philosophie ne s’est jamais produite, l’Histoire ne nous en donne pas d’exemple.

S’avisant que les philosophes ont passé leur temps à nous sommer de choisir entre l’une ou l’autre de leurs caté­gories, de répondre immédiatement par oui ou non à des questions comme : cet objet est-il ou n’est-il pas ? etc… et que ce divertissement est oiseux, d’autres philosophes, à la remorque de Bergson ont voulu nous persuader que l’issue est dans une pensée « mouvante », faite de concepts « flui­des », « évanescents » (Sartre), en d’autres termes que l’on peut penser, sans penser à quelque chose. Loin de sortir de l’état de contradiction, cette façon de philosopher a contribué à nous installer dans la confusion. La raison, telle qu’on l’entend ordinairement, étant fondée sur le principe d’iden­tité (A = A) et le principe de causalité (tout effet provient d’une cause), ces philosophes ont imaginé se mettre en mouvement, en proclamant que A est l’opposé de A (que l’être est le néant) et que tout effet est le contraire de sa propre cause. La logique formelle, cette activité de l’esprit qui consiste à composer et à décomposer toutes sortes d’ar­chitectures au moyen de concepts, en tenant compte de leur structure et de leurs relations indépendamment de leur contenu – ou de leur manque de contenu – réapparaît à chaque tournant de la philosophie, sous des déguisements nouveaux dont le but, toujours le même, est d’offrir au philosophe le spectacle de sa propre présence, spectacle dont il nie d’autant mieux la nature qu’il s’interdit avec plus d’habileté l’accès à ses propres coulisses. Jusqu’ici, nous avons dénoncé le spectacle. La deuxième partie de notre ouvrage nous conduira dans les coulisses, dont les profon­deurs ont la dimension de toute la durée de notre Univers.

Nous ne posons donc pas le problème de la Connais­sance, mais celui de l’ignorance. Puisque, quelle que soit la question préalable, elle est, de toute évidence, l’expression d’une opposition entre deux termes contradictoires (dans ses éléments les plus immédiats, l’opposition est entre la non-connaissance et la connaissance ; entre la question que l’on pose et la réponse que l’on cherche; entre le problème et la solution qu’il invoque) ; et puisque cette question préalable n’est par conséquent, que l’expression d’un homme dont la conscience est contradiction ; il est vain de chercher la réponse à cette question ; il faut décomposer la question en éclairant la cause, à l’intérieur de la conscience qui la pose, de son existence en tant que contradiction. Notre rêveur, sur ses patins à roulettes, dévalant des montagnes en quête d’eau de fleur d’oranger, nous donne encore ici un précieux exemple, qui nous permet d’illustrer notre méthode. Nous venons de dire, en effet, que toute question portant sur l’existence, sur les apparences, sur la nature de l’homme, sur la conscience, sur les causes, sur la pensée, bref, sur ce que l’on appelle Connaissance, Gnose, science du suprême, recherche du transcendant, etc… est, de toute évidence, l’expression d’un « manque » : la conscience humaine se sent prisonnière d’une nécessité, prisonnière de sa propre nature, prisonnière de la perception qu’elle a d’elle-même en tant que conscience limitée ; et ne s’en accommode point.

En termes simples, la conscience humaine ne sait pas de quoi elle est faite ; et cela la gêne si fort, qu’elle en arrive, soit à refuser d’affronter cette angoisse – ce qui est le cas de la majorité – soit à se payer de mots qu’elle sait ne pas pouvoir concevoir (comme : je suis une âme immortelle), ce qui lui donne d’autres évasions. À l’examiner telle qu’elle est – et non telle qu’elle voudrait passer pour être – la conscience des philosophes les plus célèbres et des théolo­giens les plus saints, est identique en nature à celle de notre rêveur. Qu’il y ait, au bout de la recherche, la réponse : « ne sais-tu pas que l’eau s’extrait des pierres ? » ou : « ne sais-tu pas que le monde a été créé par Dieu ? » le creux de cette fausse évidence – d’autant plus évidente qu’elle est plus absurde – est aussi stupide dans un cas que dans l’autre. Et les deux mille années de « rationalisme chrétien », les quelque cinq-mille années de science hébraïque, l’héri­tage de Zoroastre et de Confucius, la tradition du Vedanta, ne sont pas pour nous impressionner, puisque leur résultat est le chaos mondial que nous subissons aujourd’hui.

Il serait vain et superficiel de dire que la pensée humaine a fait fausse route depuis qu’elle existe : elle nous a conduits là où nous sommes, c’est-à-dire à un tournant de l’Histoire, décisif et très brusque, où, en un instant – en un siècle – la puissance de l’homme a fait explosion. Constatation banale. Les armées de Bonaparte parcouraient les continents à pied ou à cheval, et les mers sur des bateaux à voiles. Depuis l’origine des temps jusqu’à ce matin – si l’on peut dire – les conditions de vie sur la planète, n’avaient pas beaucoup évolué. Aujourd’hui, le mot explosion est le seul qui donne une image de l’accélération vertigineuse, déchaînée, de la puissance de l’homme. L’éclatement de l’atome, à peine provoqué est déjà domestiqué, toutes les barrières des forces naturelles sont emportées. Et l’autre constatation banale est que l’esprit humain ne s’est pas adapté à cette mutation brusque. La nature a fait un saut par le truchement de la pensée inventive, concrète, objec­tive. Avec un certain retard, mais poussée par une nécessité vitale – il s’agit de la vie ou de la mort de l’espèce – elle produit, en ce moment même, une mutation correspondante, dans la psyché, par le truchement de ceux que réveille le monstrueux vacarme motorisé, sous leur fenêtre. Notre rêveur se protégeait contre le bruit d’un moteur, et il y parvenait, car cette voiture ne faisait pas irruption dans sa chambre. Nous, aujourd’hui, n’avons aucun mérite à nous réveiller : il y a eu irruption de deux guerres mondiales dans nos chairs et déjà l’horreur de la troisième.

Personne n’empêche cette catastrophe d’avoir déjà lieu, « chaude » en Asie, tiède ou froide partout ailleurs, car l’homme nouveau, l’homme qui tourne le dos à toute la pen­sée du passé, l’homme qui refuse tout l’héritage des géné­rations, n’en est encore qu’à se frotter les yeux, et, tout abêti de sommeil, à se demander de quoi il s’agit. En fait, de quoi s’agit-il ? En termes simples, l’homme n’est plus adapté. Ou, pour être plus précis : trop adapté à des condi­tions révolues, il n’est plus adaptable. Et tous les moyens cérébraux qu’il a eus jusqu’ici à sa disposition pour s’adapter à l’Histoire, au fur et à mesure de l’écoulement des siècles, sont faux aujourd’hui. Non seulement ne lui sont-ils d’aucun secours : ils provoquent la catastrophe. Ce qui était son instrument et sa défense, devient une arme contre lui-même. Pour survivre en tant qu’espèce, l’homme, au cours des siè­cles, s’est bâti lui-même et a bâti son monde d’une certaine façon, adaptée à la lenteur de l’écoulement du Temps. Ainsi, les hommes ont pu résister au courant du Temps, au sein duquel ils construisaient comme au milieu d’un fleuve. Leurs valeurs, à l’image de leur nécessité, étaient des éléments de fixation. Leurs pensées se solidifiaient autour d’eux, en même temps que l’argile de leurs briques. Et, brusquement, ce fleuve paresseux et maternel du temps s’est enflé sans mesure et, devenant torrentiel, emporte tout : pierres et concepts. L’espèce se trouve en train de vivre consciemment ce qu’ont vécu les espèces disparues, les monstres des épo­ques géologiques précédentes à la nôtre, qui n’ont pas pu s’adapter aux conditions nouvelles. Le bouleversement de notre monde n’a d’égal que ces convulsions géologiques, et notre crise, sans cesse accélérée par l’homme lui-même, ne se résoudra qu’en détruisant le vieil homme, tout comme furent détruits les anthropopithèques. Et, ce qu’il y a d’exal­tant dans cette aventure, c’est que la brusque mutation qui peut engendrer l’espèce nouvelle, c’est en nous, en notre pensée, en notre consciente lucidité qu’elle s’engendre. Elle naît de la destruction même des remparts qui furent construits au cours des âges, dans les flots du Temps. Nos maisons et nos châteaux, nos opinions et nos concepts, nos points de vue et nos morales, nos logiques et nos religions, immobilisés, établis, en couches stratifiées de générations, d’héritages, d’accumulations, de connaissances, de culture, tout est assailli par le torrent. Mais, alors que ce torrent est la vie même de « l’esprit qui souffle où il veut » ; l’appel au bonheur du large ; l’intensité créatrice de cette transcen­dance, de cet impensable, de cette Connaissance que l’on fait profession de tant désirer ; l’on s’enferme, l’on se barri­cade, l’on se suicide dans les sordides souterrains de la poli­tique, du réarmement, des guerres coloniales, des crises économiques, de la raréfaction des produits, des spécula­tions de Wall-Street.


IL Y A

Nous allons examiner, dans ses éléments contradictoi­res, cette lutte pour l’évolution des espèces, que nous vivons consciemment de nos jours. Nous pensons que la comprendre suffit. Nous pensons que la comprendre c’est déjà provo­quer la mutation, être dans son processus. Nous pensons qu’il est impossible, à la fois, de la comprendre et de la refuser. Nous pensons que la refuser c’est ne pas la com­prendre. Nous pensons que ne pas la comprendre, c’est lui préférer la souffrance, l’angoisse, la misère, l’assassinat en masse, la destruction, la démence, et s’aveugler pour périr. La comprendre est une action simple. Nous n’emploierons à cet effet que des mots ayant un contenu réel, accessibles à la raison la plus ordinaire : mouvement et résistance au chan­gement de mouvement; adaptation et adaptabilité; d’autres expressions sembleront un peu plus abstraites, comme le « il y a », le « pour-soi », le « pour-moi ».

Il y a. C’est une constatation. Il y a… telle est ma constatation de base. Il y a un Univers. Il y a de la lumière. Il y a des lumières. Il y a une Terre avec une atmosphère respirable. Il y a vie. Il y a mouvement. Et il y a conscience de tout cela. Il y a une conscience humaine en face de tout cela, qui éprouve le besoin de constater « il y a », et pas autre chose. Il y a, et c’est tout. Il y a, et ne pas aller plus loin. Pourquoi ? Parce que « il y a » est incompréhensible. Qu’il y ait… qu’il y ait quelque chose… qu’il y ait quoique ce soit, est incompréhensible. La présence d’un seul grain de sable comporte un mystère qui confond l’imagination. Je me pénètre de cette idée, de cette contemplation, de cette stupeur. J’en suis si rempli, qu’il ne reste aucune place dans mon esprit pour aucune religion d’aucune sorte. Tels de mes amis, qui sont chrétiens, juifs, musulmans, brahmanis­tes, me disent que leurs religions sont les seules vraies, vraiment révélées. Pour chacun d’eux, la sienne est une révélation. Et lorsque j’examine la nature de ces « révéla­tions », je vois que le mystère des mystères, le « il y a » à l’état pur, à l’état inassimilable, insupportable, a été déguisé, cuisiné, transformé en quelque chose de masticable par cha­que religion, afin de détourner les esprits de la simple consta­tation que nous vivons dans un monde impensable. Le mys­tère du « il y a » ? Mais que c’est simple. L’Univers, grâce à un être doublement mystérieux, a été créé par la vertu d’un triple mystère… (Ne le saviez-vous pas ? Ah, oui c’est vrai). Ou : un être doublement mystérieux, Brahman, rêve l’Univers ; le triple mystère n’est pas création, il est rêve… (ne le saviez-vous pas, redemande le dragon au rêveur ? Ah oui, c’est vrai). Voilà en quoi se résument les fausses évi­dences des religions dites révélées : elles surajoutent deux mystères au mystère, et les récits enfantins qui en résultent, endorment les esprits dans de fausses explications. Le mys­tère réel, immédiat, actuel, constant, ici, présent, à toute heure du jour et de nuit, le il y a, se trouve de ce fait écarté, caché dans les ténèbres de sanctuaires, rejeté dans un passé qui n’existe pas (le monde « a été créé » : puisque c’est fait, n’y pensez plus) ; dans un avenir qui n’existe pas (quand vous serez morts, vous saurez tout). Moins l’expli­cation est explicative, plus elle est convaincante : l’eau de fleur d’oranger s’extrait des pierres ; le problème n’existe plus ; il n’est pas résolu, il est volatilisé, néantisé. Le résultat est que le croyant s’est endormi d’autant plus profondé­ment qu’il est plus croyant. Sur la base de l’identité des pierres et de l’eau de fleur d’oranger, l’on a construit pour lui tout un rationalisme, tout un édifice logique, à l’intérieur duquel il contemple le vide de son esprit. Pendant ce temps, il y a. Il y a, à tout moment, cause et effet, en présence, dans le présent. Et mon indestructible volonté lucide de ne pas me rendormir dans des explications. Il n’y a pas de « cause première » : il y a cause, en cet instant même, agissante et vive, autant qu’elle l’a toujours été, puisqu’il y a.

Rien n’est effet, tout est cause, puisque tout est cause de ceci : il y a. L’on m’enseigne que l’Univers existe depuis deux milliards d’années, qu’il n’existe que depuis deux mil­liards d’années, et aussi qu’il est fini inclus dans sa courbure.

Ainsi l’on reporte mon esprit à la période antérieure à ces deux milliards d’années, où il n’y avait peut-être rien, et à l’inconcevable, non-espace qu’implique peut-être la notion d’un Univers fini. Je ne me laisse pas distraire par ces considérations : avant ces deux milliards d’années, il y avait un « il y aura », puisque maintenant il y a. « Il y aura », c’est encore un il y a. « Il y aura » c’est un « il y a » car un « il y a » en puissance c’est quelque chose, ce n’est pas néant. Que l’Univers soit en état d’expansion jusqu’à exploser un jour dans le non-manifesté — et recommencer — ces cycles, en admettant qu’ils existent, ne confondent pas plus ma raison que l’impensable présence de ce grain de sable. La présence du moindre des objets contient la tota­lité mystérieuse de l’impensable. Je le perçois et le sais, tout comme chacun peut le percevoir et le savoir, en faisant ainsi le tour de tout ce que les hommes ont inventé au cours des siècles pour expliquer l’inexplicable et penser l’impensable, et en rejetant tout, comme étant puéril et inintelligent. Ainsi, ma constatation la plus simple, la plus nue, la seule qui ne soit pas contestable, la seule universelle : il y a ; cette constatation, qui résulte de ma volonté de la percevoir toute nue et d’interdire à mon esprit toutes les voies d’évasion, toutes les représentations, tous les concepts, bref tout ce qui constitue la pensée même ; cette contemplation pure et simple du fait « il y a », qui ne peut se produire que par la perception aiguë de l’impossibilité qu’a ma raison de se transcender ; cet acte de conscience, s’il est vraiment dépouillé, est, en vérité, l’aboutissement de tout le savoir et de toutes les recherches. Cette perception est l’étincelle créatrice qui éclate au sein d’un esprit suspendu en lui-même, en état de constatation.

Cette constatation n’est ni objective ni subjective. Il y a, et il y a conscience de il y a, non pas conscience de moi-même constatant il y a, mais conscience émanant de il y a, constatant il y a, sans se laisser attarder par des consi­dérations accessoires, comme « je », ou « je suis », ou « je pense », ou toute autre invention de l’esprit car elles manquent totalement d’intérêt : il y a, se suffit, dans sa plénitude. Depuis que les hommes se transmettent, de géné­ration en génération, les compte-rendus de leurs disputes au sujet de la Connaissance, les uns proclament que l’Univers est engendré par une conscience, les autres que la conscience est le produit de la Nature. Au cours de ce combat chimérique – qui dure encore – ils oublient que s’il y a conscience d’abord ou que s’il y a Nature d’abord, ou que s’il y a concomitamment conscience et nature, ou nature et conscience, l’on en est au même point, face à l’impensable il y a. Les uns, croyant « penser » la conscience, font dispa­raître l’impensable derrière les coulisses, d’un côté ; les autres, proclament leur goût irrésistible pour l’entrée des coulisses qui se trouve de l’autre côté. Ainsi, l’angoissant problème du subjectif et de l’objectif, du moi qui observe et du monde extérieur qui est observé, n’existe, en tant qu’an­goisse et en tant que problème, que lorsqu’on s’évade de la constatation : il y a, dans sa nudité.

Je me dis : il y a constatation du il y a. Je ne me dis pas : je pense le il y a. Je pense que je constate : il est évident que je constate que je constate. Ainsi, ma constata­tion est une pensée en tant que constatation, mais cette constatation n’est pas une pensée, puisque le il y a est impen­sable. Je sais pourquoi il est impensable : c’est parce que le il y a est un continu espace-temps que je ne peux pas concevoir. Je ne peux pas le concevoir, parce que ma pensée n’existe et ne fonctionne que par une dissociation de l’espace et du temps. De même que notre lumière est diffuse, c’est-à-dire que les rayons lumineux sont renvoyés dans toutes les directions par les éléments de l’atmosphère, et réfléchis encore par les objets, grâce à quoi nous voyons le monde qui nous entoure, ce monde réfléchit, renvoie, diffuse la conscience qu’il engendre en nous — par notre expérience — rebondit en cette conscience, y assume des formes, des repré­sentations, des images, qui sont la pensée. Cela, je le sais. Et, pour le savoir, je n’ai qu’à examiner ma pensée. De deux choses l’une : ou elle a un contenu, et celui-ci a une base expérimentale, sensorielle, quel que soit le degré d’abstrac­tion de ma pensée ; ou elle n’a pas de contenu, (lorsque je profère des mots impensables, comme Absolu, Éternité, Infini, Dieu, etc…) et ce vide n’est autre chose qu’une représentation de moi-même ; préfabriquée, puis anéantie au regard de ma conscience consciente, donc encore une pensée, « moi », basée sur des éléments de perception, d’expérience.

J’en conclus que le continu espace-temps est impen­sable et que, dans notre système de relations, fait d’espace mesurable en unités de longueurs et de temps d’horloges, existent des discontinus, objets et pensées, dont la structure est une dissociation de l’espace et du temps.

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