Robert Linssen : Krishnamurti et la science moderne


17 Nov 2008

(Revue Être Libre, Numéro 267, Avril-Juin 1976)

Nous avons présenté lors de nos diverses publications les parallélismes intéressants qui se révèlent chaque jour davantage entre l’enseignement de Krishnamurti, ceux de la « Voie Abrupte » et les sciences modernes.

Nous nous sommes fréquemment référés aux travaux relatifs à la philosophie des sciences physiques, biologiques, à la génétique, à l’embryologie.

Nous avons considéré comme capitale la parution de l’ouvrage du professeur Raymond Ruyer de l’Université de Nancy consacré à l’étude des conclusions des « gnostiques de Princeton ».

Une étude du plus haut intérêt vient de nous être communiquée. Elle est faite par un éminent savant français : le docteur Thérèse Brosse. Elle confirme et complète de façon remarquable nos diverses tentatives de psycho-synthèse.

Nous en citons quelques extraits empruntés au « Journal de Bord » que dirige Robert Faure (22, rue du Onze Novembre – 06 Cannes).

Au cours de ses nombreux travaux et enquêtes, le Dr. T. Brosse, ancien. Chef de clinique à la Faculté de Médecine de Paris, a mis en évidence, par des enregistrements, les variations physiologiques imputables aux modifications qualitatives de l’activité consciente : un travail intellectuel en rapport avec le cerveau cortical faisait disparaître des arythmies engendrées par l’émotion et l’angoisse tributaire du diencéphale.

Ceci met en évidence le fait que l’activité d’un niveau supérieur subordonne automatiquement celle des niveaux sous-jacents en raison de l’intégration structurale.

Lors d’une mission en Inde réalisée à la requête du Ministère de l’Education Nationale en 1935, Le Dr. Brosse procéda à divers enregistrements relatifs au comportement psychophysiologique des yoguis. Elle arrivait à la conclusion suivante du plus haut intérêt : la conscience, niveau supérieur autonome de la structure énergétique intégrait et subordonnait les niveaux psychosomatiques.

Nous rappellerons ici la position des « gnostiques de Princeton » considérant le caractère de priorité fondamentale de l’essence énergétique de l’Univers comme « Conscience cosmique », base et « Endroit » des apparences extérieures.

Lors d’une troisième mission effectuée en Inde en 1958 pour l’Ecole Française d’Extrême Orient, le Dr. Brosse se consacra à l’étude de la « nature de la Conscience » telle qu’elle est décrite dans le Sharkta Védanta, en tant qu’énergie primordiale universelle fondation de la structure de l’homme et de l’Univers.

C’est à de telles études que depuis plus de 40 ans nous consacrons nos efforts, nos publications et nos méditations dans une similitude de conclusions psychologiques et spirituelles que nous soulignons avec grande joie.

En effet, le Dr. Brosse considère comme complémentaires les découvertes de la microphysique et l’efficacité du message de Krishnamurti, relatif à la connaissance de soi.

Ces deux disciplines que l’on a toujours jugé sans aucun rapport entre elles aboutissent à la découverte d’une seule et même Réalité unique, inconditionnée, intemporelle.

Toute l’œuvre du Dr. Brosse se consacre à démontrer le bien fondé de cette optique que nous tentons de mettre en évidence depuis plus de 40 ans. Selon ses propres termes, le Dr. Brosse désire « accréditer une science de l’homme basée sur une structure unitaire intégrée dans le niveau supérieur énergétique de la Conscience Universelle.

Nous retrouvons jusque dans les détails les parallélismes entre la science moderne et l’enseignement de Krishnamurti que nous avons tenté de souligner. Nous lisons :
« La conscience s’exprime sous forme d’attention, mais lorsque cette attention est conditionnée par un psychisme qui choisit et qui juge, elle n’est d’aucune efficacité pour mettre un terme aux fluctuations mentales qu’elle entretient au contraire avec les désordres physiologiques qui s’en suivent. »

Le Dr. Brosse poursuit :
« En revanche lorsque cette attention (awareness) n’est qu’une simple mais permanente présence « lucide » sans appréciation, ainsi que le conseille Krishnamurti, elle « subordonne » automatiquement, sans effort, l’activité psychique. Si l’on se réfère à la loi biologique qui confère au niveau supérieur cette influence bienfaisante sur les niveaux sous-jacents, c’est donc que cette lucidité attentive, exprime non pas la conscience engagée et dégradée, du niveau psychique, mais la conscience pure avec ses prérogatives de niveau supérieur. »

Nous trouvons ici une confirmation du bien fondé de « la lucidité sans choix » dont parlent Krishnamurti et les Maîtres du Ch’an-taoisme.

Nous pensons ici à la pensée de Tchouang-Tseu « le Sage est comme le parfait miroir… il voit tout mais il ne prend rien, il ne choisit rien ». Le choix, les jugements, les comparaisons sont tous l’expression de l’emprise des mémoires du passé dont nous avons dénoncé l’ampleur de la « pesanteur » et de l’emprise sur notre esprit.

A la condition de nous libérer de cette emprise des mémoires du passé nous pouvons réaliser la mutation naturelle d’une prise de conscience infiniment plus vaste et profonde, libérée des entraves de l’égo.

Le Dr. Brosse déclare à ce sujet :
« Si Krishnamurti exhorte à cette attitude c’est en vue de l’accession à un nouvel état de conscience défini comme étant le Réel. De même dans le yoga, l’arrêt des fluctuations mentales est indiqué comme la condition sine qua non du désenchevétrement de la conscience permettant son retour à l’état pur de « Sat-Chit-Ananda » (Etre-Connaissance-Félicité) ».

Nous nous réjouissons de la publication prochaine de l’ouvrage du Dr. Brosse, traitant de l’Espace – Temps dans la structure de l’homme et de l’Univers, en comparant la physiologie, la physique, la microphysique et la Réalité spirituelle.